République de Djibouti

Djibouti

Jumhuriyat Jibuti
République de Djibouti

Capitale: Djibouti 
Population:  799 000 (2005) 
Langues officielles: arabe et français   
Groupe majoritaire: somali ou issa (61,1 %) 
Groupes minoritaires:  afar (20,4 %), arabe (15,4 %), français (2,1 %), amharique (0,3 %), grec, tigrina, etc.
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 1, 3, 6 et 89 de la Constitution du 4 septembre 1992
Lois linguistiques: loi n°96/AN/00/4e portant orientation du système éducatif djiboutien, loi organique
n° 1/AN/92 relative aux élections, loi de 2001 portant organisation du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, arrêté n°2002-0217/PRE portant organisation du symposium sur la langue somali; arrêté n° 2003-0070/PRE portant organisation du symposium sur la langue afare; décret n°2004-0087/PR/MENESUP portant création d'un baccalauréat pour l'enseignement secondaire en langue arabe; arrêté n°2004-0655/PR/MENESUP organisant la formation initiale des élèves-instituteurs arabisants enseignant la langue arabe à l'Enseignement de base

1 Situation géographique

Djibouti est un État d'Afrique orientale situé à l'entrée de la mer Rouge, appartenant à la Corne de l’Afrique et limité à l'est par le golfe d'Aden, au sud-est par la Somalie, au sud et à l'ouest par l'Éthiopie et au nord par l'Érythrée. Djibouti est séparé de la péninule Arabique (et du Yémen) par le détroit de Bab el-Mandeb, d'une largeur de 30 km. Le pays possède une façade maritime longue de 370 km, qui donne sur la mer Rouge et le golfe d’Aden; sa superficie ne dépasse pas 23 200 km² (Belgique: 30 527 km²) et sa capitale est la ville de Djibouti.

La République de Djibouti est divisée en cinq circonscriptions administratives appelées districts: Djibouti (Jiibūti), Ali-Sabieh (Ali Sabīh), Dikhil (Dihil), Tadjoura (Tajūra) et Obock (Ubuk); voir la carte détaillée du pays. 

La nouvelle politique du gouvernement en matière de décentralisation a créé des Conseils régionaux aux sein des districts. Les membres de ces conseils sont choisis parmi les résidents des districts et disposent d'un large pouvoir en matière de gestion publique.

On constate que les districts sont de taille très inégale. Les districts formant la région Afar (Dikhil, Tadjoura et Obock), avec plus de 87 % de la superficie totale du pays, forment l'essentiel du territoire de la république de Djibouti; à eux seuls, les districts d'Obock et de Tadjoura en représentent plus de 60 % du pays. La région de Djibouti-Capitale, qui forme un seul district, ne compte que pour 2,5 % de la superficie du pays. 

Régions et districts

 Superficie

%

Population

I. RÉGION D'AFAR

20 200 km²

87 %

(1998)

(1) District d'Obock

5700 km²

24,5 %

3,5 %

(2) District de Dikhil

7200 km²

31,0 %

9,0 %

(3) District de Tadjoura

7300 km²

31,4 %

7,6 %

II. RÉGION DE SOMALI-ISSA

2400 km²

10,3 %

 

(4) District d'Ali-Sabieh

2400 km²

10,3 %

8,4 %

III. RÉGION DE DJIBOUTI-CAPITALE

600 km²

2,5 %

 

(5) District de la ville de Djibouti

600 km²

2,5 %

71,4 %

TOTAL: RÉPUBLIQUE DE DJIBOUTI

23 200 km²

100%

100 %

Le nom du pays proviendrait, soit de Dji-bouti signifiant en arabe yéménite «amène le boutre», c'est-à-dire un petit navire arabe à voiles, à l'arrière très élevé (le boutre étant utilisé par les premiers Yéménites arrivés à Djibouti), soit de Djab-outi, signifiant en langue somali «le lieu où s'est cassé l'ogre». Djibouti est également connu sous le nom de «Pays des Braves».

2 Données démolinguistiques

La population de Djibouti était estimée en 2005 à 799 000 habitants (en 1998: 588 100), dont plus des deux tiers vivent dans Djibouti-Capitale. À cette population, il faudrait ajouter les quelque 300 000 réfugiés originaires de l'Éthiopie, de la Somalie ou de l'Érythrée que les conflits ethniques ont poussé à l'exode.

Groupe ethnique Population Pourcentage Langue maternelle
Somalis (Issa) 485 000 61,1 % somali (issa)
Afars 162 000 20,4 % afar
Arabes, Omani   64 000 8,0 % arabe (Omani Spok)
Arabes, Ta'izz-Adeni   59 000 7,4 % arabe (Taizzi-Ade)
Français   17 000 2,1 % français
Amharas     2 700 0,3 % amharique
Grecs     1 800 0,2 % grec
Indo-Pakistanais       600 0,0 % hindi
Tigrina      600 0,0 % tigrina
Total (2005)

793 000

100 %

 

Le pays compte deux grandes ethnies principales aux rapports parfois difficiles: les Somalis (61,1 %) et les Afars (20,4 %), selon les données officielles. Cependant, Ethnologue, qui se base sur une population de 658 207 habitants, propose 45,5 % pour l'afar (300 000), 44,2 % pour le somali (291 207), 7,9 % pour l'arabe (52 000) et 2,2 % pour le français (15 000).

Les Somalis sont divisés entre trois clans distincts: les Issas, les Gadaboursis et les Issaqs. Au nord du golfe, habitent les Afars, des éleveurs nomades, tandis que les Somalis, qui se répartissent en Issas (majorité), en Gadaboursis (minorité) et en Issaqs, habitent le Sud. Le pays compterait aussi 8 % d'Arabes (à Djibouti-Capitale) et un faible pourcentage d'Européens (2,3 %), presque tous des Français et un certain nombre de Grecs. Plus de la moitié de la population est concentrée à Djibouti, une ville cosmopolite où se côtoient également Européens, Arabes, Éthiopiens, Yéménites, Pakistanais et Asiatiques divers.

En ce qui a trait aux langues, les ethnies djiboutiennes pratiquent la même économie, parlent des langues du même groupe couchitique (famille chamito-sémitique) et professent la même religion musulmane. Les Afars parlent l'afar, une langue couchitique de la famille chamito-sémitique; les Issas, les Gadaboursis et les Issaqs parlent le somali (appelé aussi l'issa), une autre langue couchitique. Les Arabes, pour leur part, parlent l'arabe djiboutien ou l'arabe omanais, alors que les Européens parlent généralement le français (sinon le grec).

Bien que les langues officielles soient le français et l'arabe, le français est réservé à la capitale et uniquement aux communications formelles ou officielles; le somali demeure la véritable langue véhiculaire dans tout le pays, alors que l'arabe djiboutien est la seconde langue. La langue afar semble en régression à Djibouti-Capitale au profit du somali et du français. D'ailleurs, l'afar emprunte massivement à ces deux langues. L'afar est parlé différemment à Djibouti, en Éthiopie et en Érythrée. Personne ne parle l'arabe officiel au sein de la population djiboutienne, mais c'est la langue du Coran et d'une partie de l'enseignement secondaire. 

Près de 98 % de la population est composée de musulmans sunnites. Le christianisme n'est pratiqué en principe que par les communautés d'origine européenne, le judaïsme par les juifs, etc. De toute façon, cette question, relativement secondaire dans le cadre de cet article, ne concerne pas la langue.

3 Données historiques

Les côtes djiboutiennes furent fréquentées dès le IIe millénaire par les commerçants arabes attirés par l'emplacement géographique du pays. Au carrefour de l'Afrique, du Proche-Orient et de l'océan Indien, Djibouti devint un important comptoir d'échanges entre les Arabes et l'Afrique au cours du Moyen Âge, que ce soit pour le trafic d'esclaves ou le commerce d'aromates. Les Britanniques furent les premiers Européens à avoir eu une politique expansionniste dans la région de la mer Rouge. Ils s'installèrent à Aden (Yémen du Sud), prise le 16 janvier 1839.

3.1 La présence française

C'est aussi la situation géographique de Djibouti qui suscita l'intérêt des commerçants français. Dès 1839, des explorateurs français parcoururent la région. Anticipant l'ouverture du canal de Suez (qui eut lieu le 17 novembre 1867) et, souhaitant contrebalancer la présence anglaise à Aden au Yémen du Sud, la France établit en 1862, par un traité avec les sultans afars (représentés par Dini Ahmed Abou Baker), une colonie à Obock. En réalité, il s'agissait d'une concession commerciale accordée par le sultan à la France pour quelque 50 000 francs de l'époque. La première concession dans ce qui était appelé à ce moment-là le territoire d'Obock fut effectivement cédée en 1872 à Denis de Rivoyre. Par la suite, vint Pierre Arnoux en 1880, puis tous deux fondèrent en 1881 la Compagnie franco-éthiopienne; la même année, Soleillet et Chefneux créèrent la Société française, mais elle fit faillite en 1886, alors que Brémond fonda les Factoreries françaises. L'enjeu pour la France était alors de rivaliser avec les Britanniques et les Italiens et d'avoir accès à l'Éthiopie. 

En 1883, Léonce Lagarde fut nommé commissaire du gouvernement français à Obock. Il décida d'abandonner Obock sur la rive nord du golfe de Tadjoura pour la rive sud et de transporter à Djibouti le siège de l'administration coloniale. Nommé en 1884 gouverneur de Djibouti, Lagarde fit progressivement de la ville de Djibouti un port moderne, où s'implantèrent des Somalis et des Arabes. C'est à cette époque qu'Arthur Rimbaud commerçait avec Ménélik et faisait partir ses caravanes de Zayla et de Tadjoura. En 1893, Djibouti comptait 1200 habitants, alors qu'Obock ne dépassait pas le millier d'habitants. Par le décret du 20 mai 1896, les Français créèrent une nouvelle colonie en réunissant le territoire d'Obock, les protectorats sur Tadjoura, le Gobaad, le Ghoubbet-el-Kharab, le pays des Issas avec Djibouti pour nouvelle capitale. Le décret du 20 mai 1896 devint l'acte de naissance officiel de la Côte française des Somalis et dépendances. Djibouti se transforma un port de mer important dans toute la région. En 1897, la ville de Djibouti comptait environ 6000 habitants, mais passa rapidement à 10 000 en 1898, puis à 15 000 en 1900, dont quelque 2000 Européens. 

C'est que la construction d'un chemin de fer (783 kilomètres de Djibouti à Addis Abeba en Éthiopie) terminé en 1917 allait transformer la petite ville de Djibouti. En effet, outre de nombreux Français, la ville vit arriver des travailleurs somalis, arabes, indiens, grecs et arméniens, ainsi que des populations nomades de l’intérieur, tous attirés par les activités liées au chemin de fer, au port de Djibouti et au commerce, sans oublier l’exploitation des Salines. En 1920, Djibouti se classait en septième position par rapport aux grands ports des colonies françaises.

L'enseignement primaire dans les écoles publiques fut dispensé en français pour les garçons de la République à partir de 1922.  Dans les établissements privés, l'école de la Nativité des Sœurs franciscaines de Calais éduquait les jeunes filles. Quant aux enfants djiboutiens, ils suivaient la coutume et fréquentaient les écoles coraniques ou parfois l'École franco-islamique.

En s'appuyant tantôt sur les Afars tantôt sur les Issas, selon le principe du connu «diviser pour régner», la colonisation française a même amplifié les différends entre les Afars et les Issas. En 1946, la colonie devint un Territoire français d'outre-mer (TOM). Les habitants accédèrent ainsi au statut de citoyen français, élirent une assemblée territoriale et envoyèrent un représentant à chacune des assemblées métropolitaines.

Au référendum constitutionnel de 1958, le maintien du statut de TOM prôné par Hassan Gouled Aptidon l'emporta. Le président Hassan Gouled, un Somali-Issa, réussit jusqu'à la fuite de Mengistu et l'attaque du Front afar, à rester «neutre» malgré une Éthiopie pro-Afars et une Somalie pro-Issas. L’agitation politique prit de l'ampleur et atteint un point culminant à l’occasion de l’escale du général de Gaulle, le 25 août 1966; le 26 au soir, la Légion étrangère intervint brutalement contre les manifestants venus acclamer le général; il y eut plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés. De Gaulle quitta Djibouti dès le lendemain.

Un nouveau statut du territoire fut préparé à Paris et adopté en décembre 1966 par le Parlement. En mars 1967, les électeurs djiboutiens se prononcèrent par référendum, dans une proportion de 58,3 %, pour le maintien de Djibouti au sein de la République française. En juillet 1967, le territoire de Djibouti prit le nom de Territoire français des Afars et des Issas (TFAI). Ce changement de nom reflétait les changements de soutien au régime colonial de la part des deux plus grandes communautés au pays, mais témoignait également des tensions sociales et politiques; l'armée française réprima durement les émeutes de 1966-1967. Après le référendum sur le nouveau statut de Djibouti, les Afars s’emparèrent des principaux postes administratifs du pays. 

Puis, les mouvements indépendantistes se multiplièrent. En 1975, la Somalie revendiqua la ville de Djibouti et les territoires habités par les Somalis, accélérant ainsi le processus d'indépendance. Un nouveau référendum, tenu le 8 mai 1977, donna une majorité en faveur de l'indépendance (98,8 %). Le 27 juin 1977, le nouvel État accéda à l'indépendance sous le nom de république de Djibouti.

3.2 L'indépendance 

La vie politique resta dominée par l’affrontement entre les deux ethnies, les Afars et les Issas. L’équilibre recherché dans le partage des pouvoirs – le président de la République Hassan Gouled Aptidon étant un Issa et le chef du gouvernement, Ahmed Dini, un Afar – resta précaire et ne résista pas à l’épreuve du pouvoir. Gouled Aptidon, le premier président de la République (réélu jusqu'en mai 1993) fut toujours appuyé par une importante présence militaire française. 

En 1972, le régime décida que la langue somali serait écrite en alphabet latin et accéderait au rang de «langue nationale. Pour la langue afar, l'orthographe latine s'est développée en 1976 grâce à Dimis et Reedo dans deux recueils produits pour le compte de l'Union pour le développement culturel (UDC).

Depuis 1991, le Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (FRUD) a entrepris un conflit armé contre le pouvoir, mais en dépit de l'accord de paix signé en 1994 avec une faction des belligérants les problèmes persistèrent. Les combats laissèrent un pays criblé de dettes et constamment sous la menace d'une grande instabilité politique. 

Après la démission du président Hassan Gouled Aptidon, âgé de 83 ans, l’élection présidentielle du 9 avril 1999 concrétisa la victoire de son candidat et ancien chef de cabinet, Ismaël Omar Guelleh. Mais la nouvelle élite dirigeante semble peu encline à changer les règles très inégales du jeu politique. Les Afars continuent de contrôler le nord du pays, tandis que les Somalis sont solidement installés dans la capitale. En attendant, le sort de Djibouti se joue autant à Paris qu’à Djibouti-Capitale. Les civils français représentent 90 % de la population européenne, la France contribue encore pour près de 60 % au produit national brut du pays. Djibouti accueille la seconde base militaire française d’Afrique. C'est le seul pays d'Afrique de l'Est, par ailleurs massivement anglophone, lié par la langue française à la Francophonie.  Djibouti est néanmoins entré dans l’ère des incertitudes, avec comme fond de scène, des conflits sanglants qui risquent de bouleverser la région encore longtemps. 

4 La politique linguistique

La politique linguistique de la république de Djibouti en est une de bilinguisme. C'est une politique qui favorise deux langues officielles qui ne sont guère parlées par la population locale. En effet, le français et l'arabe (classique) sont les deux langues officielles, alors que les langues usuelles sont l'afar, le somali et l'arabe dialectal.  L'article 1 de la Constitution du 4 septembre 1992 proclame:

Article 1 

1)
L'État de Djibouti est une république démocratique souveraine une et indivisible. 

2) Il assure à tous l'égalité devant la loi sans distinction de langue d'origine de race de sexe ou de religion. Il respecte toutes les croyances. 

3) Sa devise est «Unité, Égalité, Paix». 

4) Son principe est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. 

5)
Ses langues officielles sont l'arabe et le français. 

Afin de prévenir les antagonismes ethniques, l'article 3 reconnaît tous les Djiboutiens comme égaux par la langue:

Article 3 

La république de Djibouti est composée de l'ensemble des personnes qu'elle reconnaît comme membres et qui en acceptent les devoirs sans distinction de langue, de race, de sexe, ou de religion. 

L'article 6.3 interdit aux partis politiques djiboutien de s'identifier à une ethnie ou à une langue:

Article 6 

1) Les partis politiques concourent à l'expression du suffrage.

2) Ils se forment et exercent leur activité librement dans le respect de la Constitution, des principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.

3) Il leur est interdit de s'identifier à une race à une ethnie à un sexe à une religion à une secte à une langue ou à une région. 

4) Les formalités relatives à la déclaration administrative des partis politiques à l'exercice et à la cessation de leur activité sont déterminées par la loi. 

4.1 La langue de l'État

Au point de vue des langues officielles, la langue de l'État est le français. Les lois sont généralement rédigées en français; seuls les en-têtes sont en français et en arabe classique. Comme pour le texte de la Constitution, la version française prévaut sur la version arabe dans les textes bilingues:

Article 89 

La présente constitution sera soumise à référendum. Elle sera enregistrée et publiée en français et en arabe au journal officiel de la République de Djibouti, le texte en français faisant foi. 

De façon exceptionnelle, le gouvernement devrait faire traduire en afar et en somali la Convention relative sur les droits des enfants afin de diffuser ces droits de manière plus efficace. Selon la Loi organique 1/AN/92 relative aux élections, pour être éligible à l'Assemblée nationale, il faut savoir écrire et parler couramment le français OU l'arabe: 

Article 11 

Est éligible à l'Assemblée nationale tout djiboutien âgé de 23 ans révolus, ayant la qualité d'électeur et sachant lire, écrire et parler couramment le français ou l'arabe. 

Dans les tribunaux, il existe, concurremment au système calqué sur le système français et fonctionnant en français, deux autres ordres de juridiction: la charia et le tribunal coutumier fonctionnant dans les langues nationales (arabe, afar et somali).

L'Administration djiboutienne utilise le français dans ses formulaires et documents. L'emploi de la langue arabe n'est pas encore fréquent. C'est pourquoi, en vertu de l'article 14 de la loi de 2001 portant organisation du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, le gouvernement entend «favoriser l’utilisation de la langue arabe par les services administratifs du Ministère». Par ailleurs, l'affichage gouvernemental utilise les deux langues officielles avec les inscriptions en français (supérieur) et arabe (inférieur).

4.2 L'éducation  

C'est dans l'enseignement que la politique de bilinguisme semble la plus apparente.  L'État favorise l'enseignement en afar et en somali à la maternelle, mais le français dès le début du primaire. L'enseignement de l'arabe classique est introduit en CM1 (classe de cycle 3) et CM2 (classe de cycle 4), ainsi qu'au secondaire, concurremment au français. L’arabe fait partie des épreuves de l’entrée en 6e, du BEPC ainsi que du BAC. Ces pratiques sont conformes à l'article 5 de la loi n°96/AN (du 10 juillet 2000) portant orientation du système éducatif djiboutien:

Article 5 

1) L’éducation et la formation sont dispensées dans les langues officielles et dans les langues nationales.

2) Un décret pris en Conseil des ministres fixe les modalités de l’enseignement en français, en arabe, en afar et en somali. 

Malgré la loi, on pourrait dire que le français demeure la langue d'enseignement unique dans les écoles djiboutiennes. L'enseignement primaire accueille un peu moins de 50 % des enfants scolarisables, mais près de 80 % des élèves ne poursuivent pas leurs études au secondaire. Parmi eux, une part importante n'a pas tiré tout le profit souhaité de ce séjour à l'école, notamment en français. Djibouti a hérité de la colonisation française son système éducatif; il a conservé, jusqu'à récemment, les caractéristiques du modèle français: examens en fin de cycles, encyclopédisme de l'enseignement, concours pour l'accès aux différents niveaux, etc. Cependant, certaines transformations semblent manifestes, particulièrement au primaire où les programmes ont été révisés afin d'y introduire des notions plus proches de la réalité djiboutienne et de faire appel à méthodes pédagogiques faisant plus activement appel à l'intelligence des élèves. 

Le ministère de l'Éducation nationale dispose d'un Bureau du développement de la langue arabe et des langues nationales, lequel est notamment chargé de mettre en œuvre et suivre la politique de valorisation de la langue arabe, de promouvoir l’introduction des langues nationales dans le système éducatif et de favoriser l’usage de la langue arabe par les services administratifs du Ministère.

Bien que l'enseignement soit d'assez bonne qualité, le Ministère note lui-même certaines insuffisances, notamment en ce qui a trait aux manuels scolaires mal adaptés, aux conditions matérielles médiocres et au manque de qualification de nombreux enseignants, sans oublier les nombreux retards dans le paiement des salaires. La majorité d'entre eux, soit 62,5 %, sont titulaires d’un diplôme pédagogique, mais 37,4 % sont des contractuels qui n’ont reçu aucune formation professionnelle. Par ailleurs, l'enseignement de la langue anglaise est en train de faire une percée importante dans les établissements privés, notamment dans les «cours du soir». Par le fait même, il faut constater une baisse des effectifs dans ces établissements d'enseignement du français et de l'arabe.

L'un des problèmes des élèves djiboutiens provient du fait qu'ils ne se trouvent guère dans une environnement francophone à la fin de leurs études. Le monde du travail n'est pas le français, il n'existe que fort peu de livres en français (hormis les manuels scolaires) et la presse française demeure rare. De plus, il n'y a pas beaucoup de francophones avec qui parler. Le français demeure davantage un véhicule de l'unité nationale qu'une langue de la vie quotidienne, car ce sont l'afar et le somali, qui demeurent les langues populaires. Néanmoins, ces langues s'imprègnent du français, comme l'affirmait l'ambassadeur français Dominique Decherf lors de son arrivée à Djibouti en 2007:   

Ensuite, depuis que je suis arrivé à Djibouti, je constate un phénomène qui ne trompe pas, qui est la pénétration du français dans les langues nationales. Il s’insinue dans l’afar et imprègne le somali. On le regrette et, bien entendu, il faut défendre les langues nationales, mais c’est aussi la marque que toutes ces langues sont des langues vivantes, c’est la contrepartie de l’appropriation du français par tous les Djiboutiens.

Une université à Djibouti a été créée lors de la rentrée scolaire de 2000-2001 avec l'ouverture, le 14 octobre 2000, du Pôle universitaire de Djibouti, un établissement regroupant en son sein l'ensemble des formations supérieures de l'Éducation nationale. Les diplômes sont délivrés par les universités françaises, ce qui garantit ainsi aux candidats la possibilité de poursuite d'études supérieures de second et de troisième cycle à Djibouti ou à l'étranger. 

4.3 Les médias

Depuis quelques années, le pluralisme politique et syndical a favorisé l'exercice des libertés publiques. Tout citoyen peut publier un journal qu'il soit de nature politique, culturelle, artistique, sportive ou professionnelle. Par ailleurs, la presse étrangère est librement diffusée à Djibouti. Les seuls journaux francophones sont Agora et La Nation (bi-hebdomadaire). L'accès à l'information a lieu grâce à la radio nationale qui diffuse dans quatre langues (français, arabe, afar et somali), mais aussi à la télévision nationale qui s'est développée ces dernières années, ainsi que la libre réception des programmes télévisés par antennes paraboliques. Les émissions et les films sont généralement en français, mais des bulletins d'information et des émissions religieuses sont diffusés en arabe, en somali et en afar. En raison de la présence de militaires américains (env. un millier) sur une ancienne base française (le camp Lemonnier), Voice of America (VOA), le service de diffusion internationale par radio et télévision du gouvernement américain, émet en arabe et en anglais, bien que le français soit la deuxième langue officielle du pays.

En outre, les programmes pour enfants diffusés par les médias proviennent de sources aussi bien nationales qu'internationales; ce qui permet à l'enfant djiboutien d'avoir accès aux autres cultures tout en restant enraciné dans sa culture à la fois africaine et musulmane. Les journaux djiboutiens paraissent massivement en français, une minorité en arabe. L'unique cinéma de la capitale diffuse uniquement des films en français.

Le bilinguisme de Djibouti est pour le moins inégalitaire. Le français est plus officiel que l'arabe. Il est vrai que, contrairement au français, l'arabe n'est parlé par personne dans le pays, à l'exception des religieux, des enseignants et quelques autres spécialistes de la communication. Il semble que le statut officiel de l'arabe tienne plus du symbole que des nécessités de la vie quotidienne. Le français, pour sa part, a conservé ses acquis. On peut donc affirmer que la politique linguistique djiboutienne correspond à un bilinguisme déséquilibré. Ce n'est pas un modèle dont pourraient s'inspirer d'autres États.

De plus, les langues nationales sont restées à peu près oubliées dans cette politique. On ne peut même pas parler d'une politique de valorisation des langues nationales, puisqu'une telle politique n'a jamais été véritablement entamée. Le seul événement qui a eu lieu concerne un symposium sur la langue somali (voir l'arrêté n° 2002-0217/PRE portant organisation du symposium sur la langue somali) et une autre sur l'afar (voir l'arrêté n° 2003-0070/PRE portant organisation du symposium sur la langue afare) Pour le reste, le français accapare toute la place. Lors de la période coloniale, les Français étaient très fiers de la francisation de ce petit territoire. Contre toute attente, il est resté francophile. Ce n'est pas pour rien que la France, depuis des décennies, continue d'apporter une aide économique au pays. Djibouti reste également la plus importante des bases militaires françaises sur le continent africain. Bref, Djibouti demeure, selon les mots du président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh un «îlot de francophonie dans un océan anglo-arabophone».

Dernière mise à jour: 27 mai 2009
 

Bibliographie

CAPRILE, Jean-Pierre. «Situation respective du français et des langues africaines en Afrique centrale», dans Les relations entre les langues négro-africaines et la langue française, Paris, Conseil International de la langue française, 1977, p. 108-137.
 
COUBBA, Ali. Djibouti: une nation en otage, Paris, L'Harmattan, 1993, 353 p.

COUBBA, Ali. Le mal djiboutien: rivalités ethniques et enjeux politiques, Paris, L'Harmattan, 1996, 174 p.
 
HALAOUI, Nazam, Danielle BOUHAJEB, Anne DUPUY, Anne-Marie BUI DO. Les langues des États francophones : législations, politiques et situations, Talence, ACCT, CIFDI, 1994; vol. III: «États francophones d’Afrique noire» (Bénin à Côte d’Ivoire).
 
NATIONS UNIES. Rapports initiaux des États parties devant être présentés en 1993: Djibouti, Genève, Haut Commissariat aux droits de l'homme, 3 août 1998, CRC/C/8/Add.39. 

MANESSY, Gabriel. Le français en Afrique noire, Mythe, stratégies, pratiques, Paris, 1994, Éditions L’Harmattan, 245 p.

 

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