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GrèceEllinikí Dimokratía
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République
hellénique
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Capitale:
Athènes
Population: 11,1 millions (2006)
Langue officielle: grec (de facto)
Groupe majoritaire: grec (87 %)
Groupes minoritaires: albanais tosque et arvanite (1,9 %), turc
de Thrace (1,2 %),
macédonien (0,8 %), tsigane (0,4 %), bulgare ou pomaque (0,3 %), aroumain ou
valaque (0,2%),
etc.
Système politique: république parlementaire
Articles constitutionnels (langue): art. 3 et 5 de la
Constitution de 1975
Lois linguistiques: traité de Sèvres de 1920
(obsolète); traité de Lausanne de 1923 (en vigueur);
loi 694, du 16
septembre 1977 sur les écoles minoritaires de la communauté musulmane
de la Thrace occidentale; loi 682/1977 sur l'instruction privée; loi
695, du 16 septembre 1977 sur le règlement des problèmes concernant
l'enseignement et le personnel de surveillance dans les écoles
minoritaires et à l’École normale spéciale; décret ministériel
55369, du 16 mai 1978 sur les problèmes d'inscription, de transport,
des études, des examens, des diplômes et autres sujets scolaires
relatifs aux écoles minoritaires de la minorité musulmane en Thrace
occidentale; loi no 2414/96 sur l'éducation
interculturelle; Code la citoyenneté
grecque (2004).
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1 Situation
géographique
La Grèce (Ellada
ou Ελλάδa) est un État du sud-est de lEurope
occupant lextrémité de la péninsule des Balkans qui savance dans la
Méditerranée. Le pays est limité au nord par lAlbanie, la république
de Macédoine et la
Bulgarie, à lest par la Turquie.
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La Grèce, forme une vaste péninsule à la partie sud-est de l'Europe et
couvre une superficie de 131 957 km², soit 25 % de la superficie de la
France. Le pays compte plus de 2000 îles dispersées dans la mer Égée et la
mer Ionienne, et ses côtes s'étendent sur 15 021 km de longueur. Ses îles
couvrent approximativement le cinquième de sa superficie totale et commencent
à l'ouest par l'île de Corfou près de l’Albanie et couvrent à l’est
toutes les îles de la mer Égée (sauf Imbros et
Ténédos) jusqu'à l'île de
Rhodes (près de la Turquie) et au sud jusqu’à l'île de Crète (voir la
carte des régions administratives).
Cependant, parmi les quelque 2000 îles grecques, seulement 154 d'entre elles sont présentement habitées.
D'après la carte des régions historiques
présentées ici (voir la carte), la Grèce est divisée en 13 régions:
au
nord, l’Épire, la Macédoine de l’Ouest, la Macédoine centrale, la
Macédoine de l’Est et la Thrace (appelée souvent «Thrace occidentale» en Grèce par rapport à la «Thrace orientale»
perdue en 1923 lors du traité de Lausanne et située en Turquie);
au centre, la Thessalie, la Grèce centrale, l’Eubée
et l’Attique; au sud, le Péloponnèse, les îles de la mer Égée (Égée
septentrionale
et Égée méridionale), les îles Ioniennes et la Crète.
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On constate que les
régions administratives (voir la
carte) correspondent en fait aux régions antiques, coïncidence cultivée par
le jeune État grec. Certaines seulement sont trop petites pour devenir une
région administrative moderne et ne représentent qu'un nome (nomos ou
«département»). Par exemple, la Béotie (Viotia en grec), la Phtiotide ou
l'Elide. Seul le terme de Dodécanèse est un nom moderne. Dans l'Antiquité, il
s'agissait des Sporades du Sud. De même pour l'Eptanèse (îles de la Mer
ioniennes). Les 13 régions administratives actuelles sont les suivantes:
1) L'Attique(Attiki)
2) La Grèce centrale (Sterea Ellada)
3) La Grèce occidentale (Dytiki Ellada)
4) Le Péloponnèse (Peloponnisos)
5) La Thessalie (Thessalia)
6) La Macédoine centrale (Kentriki Makedonia)
7) La Macédoine occidentale (Dytiki Makedonia)
8) La Macédoine orientale et Thrace (Anatoliki Makedonia)
9) L'Épire (Ipiros)
10) Les îles de la mer Égée méridionale (Notio Aigaio)
11) Les îles de la mer Égée septentrionale (Voreio Aigaio)
12) Les îles Ioniennes (Ionia Nisia)
13) L'île de Crète (Kriti)
Les régions administratives sont elles-mêmes
subdivisées en 51 nomes (ou nomoi: une sorte de «département» à
l'exemple de la France, plus précisément une «préfecture») partagés en 147 éparchies
(ou «arrondissements»), regroupant des dèmes (ou fusions de communes
comptant plus
de 10 000 habitants) et des communes. Ce sont les nomes qui forment la
structure administrative de base de la Grèce d'aujourd'hui. Les «régions»
créées par décret présidentiel en 1987 ne disposent que de très
faibles pouvoirs se limitant à un rôle d'évaluation et de contrôle des nomoi.
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Mont-Athos
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De plus, il
existe en Grèce un État doté d'une certaine autonomie: le
Mont-Athos (Agios
Oros ou «Montagne sainte»), une sorte de république théocratique composée d'une vingtaine de monastères (1560 habitants,
tous des moines orthodoxes) dont le sommet est située à 2033 mètres d'altitude au
nord-est (dans le nome ou nomos de la Chalcidique en Macédoine),
la péninsule, pour sa part, possédant une altitude moyenne beaucoup plus
modeste. Cette
petite république monacale de 389 km² s'étire dans la mer Égée sur
57 km de longueur et de 7 à 10 km de largeur. Le centre administratif est
Karyès. Cet État dans l'État bénéficie d'un statut d'autonomie
(police, justice, finances) garanti par la Constitution grecque depuis 1926.
La «Sainte Communauté» (Hiera Koenotes) constitue le
gouvernement d'Athos et comprend un représentant de chacun des monastères.
L'accès au Mont-Athos en est strictement interdit aux femmes et aux
animaux femelles depuis 1060. |
2
Données démolinguistiques
La grande majorité des habitants de la Grèce parlent le
grec comme langue maternelle dans une proportion de près de 90 %. C’est donc un pays
relativement homogène au plan linguistique, puisqu’il ne reste que 13 % de
la population à parler des langues minoritaires, sans compter les 500 000 ou
700 000 immigrants dits «illégaux» (soit 7 %). Le grec est également
parlé par la diaspora dans le monde de la part des Grecs (au moins six
millions) qui ont émigré pour
des raisons politiques ou, beaucoup plus communément, pour des raisons
économiques, soit en Allemagne (400 000), aux États-Unis, en Australie, en Grande-Bretagne, au Canada
ou ailleurs.
Mais la Grèce est aussi devenue un pays
d'accueil. Le recensement de 2005 révélait que quelque 150 nationalités étaient
présentes sur le territoire grec et se répartissaient de la manière suivante :
les immigrés albanais sont les plus nombreux, suivis des immigrants d’origine
russe, moldave, géorgienne, azare, uzbek, bulgare et roumaine (plus de 40 000 au
total). Les Indiens et les Pakistanais sont plus de 180 000; les Polonais, plus
de 80 000; les Égyptiens, plus de 55 000; les Philippins, plus de 15 000,
surtout des femmes. On compte également des Africains et des Asiatiques.
2.1 La langue
grecque: bref historique
Le grec d'aujourd'hui est une langue
indo-européenne issue du grec ancien. Ce dernier est probablement la plus ancienne
langue indo-européenne attestée en Europe. La formation du grec ancien a
commencé vers le IIe millénaire avant notre ère. Les premiers
documents de l’époque mycénienne datent de 35 siècles; les poèmes d’Homère
(VIIIe avant notre ère) ont été transcrits à l’aide d’un alphabet emprunté aux Phéniciens qu’on
appelle aujourd’hui l’alphabet grec
(voir
la description détaillée de cet alphabet). On dit que la langue
grecque trouverait ses racines dans la langue des peuples helléniques qui seraient
venus par des vagues successives vers 1200 avant notre ère, mais ce n'est pas
sûr. De plus, selon les théories vieillissantes, les premiers Grecs parlaient le
dorien; or, c'est le dialecte attique qui l'a remporté, lequel appartient à la
famille des dialectes ioniens. De même, on ne sait pas si les différents
dialectes régionaux représentaient les différentes vagues d'envahisseurs. Ce
sont des théories globalement anciennes et que l'on ne rappelle plus qu'entre
parenthèses dans les universités grecques.
Le grec ancien était fragmenté en
plusieurs variétés dialectales réparties en quatre groupes correspondant aux
vagues successives des invasions indo-européennes: l’éolien
(parlé en Thessalie, en Béotie et en Asie mineure), l’ionien
avec son sous-dialecte l'attique
(Attique, Eubée, Cyclades et Asie mineure), le dorien
(Laconie, Crète, Rhodes, Thêra, Achaïe, Étolie, Épire, Sicile) et l'arcado-chypriote
appelé aussi l’achéen (Mycènes et
Cnossos, Arcadie, Chypre).
C’est l’attique des Athéniens, qui devint
progressivement la langue commune des Grecs et qui s’est substitué à tous
les autres dialectes à partir du IVe siècle avant notre ère.
Déjà, au cours de cette époque, l'attique exerçait une grande influence dans
tout le monde grec et servait de langue de référence pour écrire la prose.
Celui qu'on surnomma le «père de l'histoire», Hérodote (-484 à -425)
rapporte ces propos: «Nous appartenons à la même race, et nous parlons la
même langue, nous honorons les mêmes dieux avec les mêmes autels et les
mêmes rituels, et nos coutumes se ressemblent.» L'attique a servi de base à
la langue commune (koinè), et ce, dans un processus qui débuta au
IVe siècle avant notre
ère. Jusqu'en 700 avant notre
ère, les Grecs écrivaient de droite à gauche à l'exemple des langues
sémitiques (comme l'arabe). L'écriture s'écrivit de gauche à droite à
partir de l'an -500.
- La koinè grecque
Au cours du IVe
siècle, en raison de la multiplication des contacts et des conquêtes
macédoniennes d'Alexandre le Grand (-356 à -323), il se développa,
parallèlement aux langues existantes et un
peu partout dans le monde grec, une langue parlée et écrite réunifiée. Il s'agit de la koinè, une langue
grandement influencée par l'attique mais aussi par d'autres dialectes (ionien,
béotien, dorique, etc.). La koinè devint la langue de la cour, de
la littérature et du commerce dans tout l'empire hellénistique. Toutefois,
cette langue se scinda en deux variantes: d'une part, la koinè
littéraire, d'autre part, la koinè vernaculaire. La première resta
l'apanage des classes instruites de la société, lesquelles véhiculèrent une
vie intellectuelle et artistique intense, capable d'exprimer autant la
philosophie que les sciences. Quant à la langue vernaculaire, elle fut moins
influencée par les classiques et s'enrichit sur le plan lexical de nombreux
emprunts aux langues étrangères du Proche-Orient.
On peut croire que les Romains avaient imposé le
latin
lorsque la Grèce devint un protectorat romain en 146 avant notre ère, mais ce
ne fut pas le cas. Au contraire, l’étude du grec classique devint obligatoire pour tout
Romain instruit, tandis que cette langue continua d’être très répandue,
parallèlement au latin, dans tous l’est de l’Empire romain. Néanmoins,
l'expansion du latin arrêta définitivement la progression du grec dans le
monde. C'est la koinè
littéraire grecque qui s'est développée dans le monde médiéval et devint
ce qu'on a appelé le «grec byzantin». Cette
variété de grec est devenue la langue officielle de l’Empire byzantin
dès le VIe siècle, alors qu'auparavant c'était le latin. Aujourd'hui,
de nombreux linguistes ont donné le nom de koinè à toute langue
commune se superposant à un ensemble de dialectes ou de parlers sur une aire
géographique donnée. Le déclin de l'Empire byzantin après 1400 fut marqué
par la fragmentation de son territoire en petits États indépendants. La koinè
littéraire resta figée, alors que la langue vernaculaire éclata en de
nombreux dialectes locaux et fut soumise aux influences du bulgare, de
l'albanais, du turc, du vénitien, etc.
Sous l’occupation ottomane, qui a duré quelques siècles
(1453-1821), le grec vernaculaire prit lentement une autre forme: le démotique
ou dêmotikê (en grec dimotiki
ou dhmotiki),
c’est-à-dire la «langue parlée par le
peuple» (<demos : «peuple»), une
langue grecque influencée par des emprunts au latin, au turc et aux langues
slaves, mais aussi au français et à l'italien. C'est surtout au XIXe siècle
que le français exerça une grande influence sur le grec démotique. Mais
c'est sur la langue écrite, la
katharévousa, qu'on s'est appuyé pour redonner à la Grèce une langue
nationale commune. Les principales différences entre le grec ancien et le
grec moderne (démotique) ont trait aux déclinaisons (abandon du datif et du
duel), aux conjugaisons des verbes et au vocabulaire (emprunts massifs du
démotique à l'italien, au turc et au français).
- La «guerre linguistique»: démotique
et katharévousa
Avec la création de l’État grec en 1830, le gouvernement, désireux de s’affranchir
de la domination ottomane, adopta comme langue officielle la katharevousa,
c’est-à-dire la «langue épurée», une variété savante, puriste,
archaïsante et défendue par des idéologues réformateurs, dont Adamantios Koraïs (1748-1833) demeura le plus ardent purificateur linguistique.
Les campagnes menées par les puristes furent tellement déterminantes que le
gouvernement adopta la
katharévousa comme langue de l'État. Elle fut
utilisée dans tous les domaines de la vie publique, notamment dans la vie
politique, le droit et la justice, l’administration, la religion et l’enseignement. Cette
langue devint également l'un des facteurs d'unification de la «nouvelle nation
purifiée» de ses ajouts turcs, slaves et albanais accumulés lors de
l'occupation ottomane (voir la carte de l'empire
ottoman). Le
peuple, pour sa part, a toujours continué à parler le démotique dans la vie
quotidienne.
Au début du XXe
siècle, des écrivains, notamment
des poètes, s'élevèrent contre l'usage de la katharévousa qu'ils
considéraient comme une langue «artificielle» et «momifiée». Le
combat fut féroce entre les deux tendances, car la langue devint un facteur
idéologique opposant les tenants du démotique (les «démotiquistes») et ceux de la
katharévousa (les «puristes»). Certains Grecs adoptèrent même le démotique comme langue littéraire, mais ne
purent éliminer pour autant la katharévousa. On compta même plusieurs
variétés de katharevousa, car, selon les écoles de pensée, de nombreux
linguistes et écrivains propagèrent différentes variétés de cette langue. Le
phénomène se répéta avec le démotique puisqu'on devait parfois choisir, par
exemple, un mot parmi différentes formes dialectales possibles. Ainsi, le mot
«père» se disait kurès, tsurès, patera, afentès,
etc., mais ce fut finalement patera qui l'emporta (en katharévousa: patir). D'autres introduisirent la grammaire
du démotique tout en supprimant tous les mots d'origine étrangère. Durant une
bonne partie du XXe siècle, la Grèce vécut une véritable «guerre
linguistique». Lentement, une langue mixte a pris forme, car
les deux variétés s’influencèrent l’une l’autre. Néanmoins la
katharévousa n'influença que fort peu le démotique, mais certains mots et expressions
katharévousa se sont introduits en démotique. Dans la réalité, la
katharévousa resta une langue morte, utilisée surtout pour la rédaction des
documents officiels ou pour prononcer des discours solennels, mais jamais pour
la conversation quotidienne. Malgré tout, la plupart des gouvernements grecs ont bien tenté de faire
triompher la «langue pure», la katharévousa, mais le retour de la Grèce à la démocratie en
1975 entraîna l’échec définitif de la réforme des puristes, au grand dam
de l'Église orthodoxe.
Voici quelques exemples pour illustrer des différences entre
le démotique et la katharévousa.
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Français
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Démotique
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Katharévousa
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J'ai
une maison.
Je n'avais pas de vin.
Le temps passe vite. |
Echw ena spiti.
Den eicha krasi.
O kairos perna grègora.
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Echw oikian.
Den eichon oinon.
O chronos parerchetai tachewos.
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De façon générale, beaucoup de mots diffèrent entre le
démotique et la katharévousa, mais également la grammaire. On peut dire que la
katharévousa
se rapprochent davantage du grec ancien et qu'il a tendance à supprimer tout
emprunt aux langues étrangères. Enfin, la katharévousa présentait diverses
variantes en fonction des écoles de pensée.
En
français:
À onze heures, mon père prenait son chapeau et
sortait avec les enfants.
En
grec démotique:
Stis enteka o pateras mou pire to kapello tou kai
vgike
me ta paidia.
En grec katharévousa:
- Un peu puriste:
Eis tas endeka o patir mou epire to kapellon
tou kai exilthe me ta paidia.
- Plus puriste:
Eis tas endeka o patir mou elave ton pilon tou
kai exilthe me twn paidiwn.
- Encore plus puriste:
Tèn endekatèn o patir mou elave ton pilon
aftou kai exilthe me twn paidiwn.
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Comme quoi le ridicule ne tue
point, le conservatisme
linguistique des milieux ecclésiastiques est parfois complètement délirant, mais
pas partout, en particulier à Chypre où les politiciens parlent toujours la katharévousa.
En Grèce, il est toujours défendu (par décret synodale) de lire la Bible en
grec moderne pendant les services liturgiques dans les églises. L'Ancien
Testament doit être lu en grec ancien (le texte originel), et le Nouveau Testament en koinè
littéraire, toujours sans traduction. Les textes en koinè grecque
restent plus ou moins compréhensibles pour la population, alors que les autres formes du
grec ancien demeurent très difficilement accessibles pour le commun des mortels.
Ajoutons à tout cela que les autres textes de la liturgie étaient et sont écrits
en grec byzantin littéraire (donc fortement alignés sur la
langue classique attique). Même les nouveaux textes (par exemple, pour des
saints récemment canonisés) sont écrits uniquement dans cet idiome, dont la
compréhensibilité est presque nulle pour les Grecs qui n'ont pas étudié la
langue ancienne.
- Le démotique comme langue
officielle
L'État grec s'est dissocié de ce «délire
puriste» lorsqu'il adopta en 1976 le démotique comme langue officielle
de la Grèce et lui accorda une place
privilégiée dans l’éducation et l'Administration. Pendant ce temps, la
presse, tant écrite qu’électronique, contribua à sa façon au processus de
la disparition de la «langue pure». L'Administration utilisa durant un certain
temps la variété
katharévousa dans les documents officiels et juridiques, mais le démotique
finit par supplanter complètement la «langue morte».
En 1981, le gouvernement
de Papandreou introduisit une réforme de l’orthographe en supprimant le système
désuet des accents (trois sur quatre), seul l’accent tonique étant
maintenant conservé. Bien que les trois accents supprimés ne correspondaient
plus à aucune réalité phonétique, beaucoup de Grecs réagirent négativement
à voir disparaître ce qu’ils estimaient être l’un des aspects importants
du patrimoine linguistique grec. Les milieux conservateurs, notamment parmi les
ecclésiastiques, continuent d'écrire et d'imprimer les accents traditionnels.
Cela dit, certains disent regretter la disparition d’un idiome extrêmement flexible, nuancé,
avec des formes participiales d’une richesse extraordinaire, sans commune mesure avec la «pauvreté analytique» de la plupart des langues européennes modernes.
Aujourd'hui, il est
même interdit en Grèce de rédiger un document officiel en katharévousa. Il peut arriver
que certains groupes conservateurs, en particulier dans l'Église orthodoxe
grecque, utilisent parfois un style emprunté à la katharevousa; par exemple, les documents
patriarcats et synodaux sont rédigés dans ce style archaïsant. Pour le reste, la
katharévousa est vraiment disparue en Grèce (ainsi qu'au sein de la communauté
grecque de Chypre). Généralement, quiconque parlerait ou
écrirait en Grèce la katharévousa ferait aussitôt l'objet de moqueries.
Cela dit, la plupart des régions rurales de la Grèce,
notamment dans les îles, ont conservé leur dialecte local (d'origine plus
moderne que les dialectes de l'ancienne Grèce) dont certains sont encore très
employés. Cependant, ces variétés dialectales ne sont jamais employées
dans la langue écrite, sauf parfois dans la littérature ou pour exprimer un
effet particulier. Évidemment, le système scolaire très centralisé de la
Grèce, de même que l'avènement de la télévision et de la diffusion du
cinéma, ont eu pour effet de réduire considérablement l'emploi des variétés
dialectales dans les zones rurales. Il subsiste quand même des
différences d'accent et des mots locaux dans toutes les
régions du
pays.
Enfin, étant donné que la langue grecque s’écrit avec un alphabet
différent de l’alphabet latin plus familier aux étrangers, l'État a prévu
deux versions pour transcrire la langue dans les endroits publics : l'une, en alphabet grec traditionnel,
l'autre, en alphabet latin surtout pour l’anglais (mais aussi le français et
l’allemand). Dans les grandes villes, de même que dans les lieux
touristiques, les panneaux des rues portent généralement un double alphabet : l’un
en alphabet grec, l’autre en alphabet latin. Bien que cette pratique semble
plutôt systématique, les touristes prudents sont mieux d'apprendre les rudiments de
l'alphabet.
- Les dialectes grecs
Le grec moderne présente encore aujourd'hui de nombreuses variétés
dialectales. Ainsi, le grec démotique compte plusieurs nombreuses
variantes régionales dont les différences linguistiques demeurent néanmoins
mineures. En raison de leur haut degré d’intercompréhension, les linguistes
grecs appellent ces variétés des «idiomes». Ces variétés du grec démotique sont
divisées en deux groupes principaux: le groupe du Nord et le groupe du Sud.
Les
dialectes du Nord sont les suivants: le roumélien, l’épirote, le
thessalien, le macédonien et le thrace. Quant au groupe des
dialectes du Sud, il
compte trois sous-groupes:
- les dialectes de Mégare, d'Égine, d'Athènes, de
Kymi (ancien athénien) et de la péninsule de Magne (maniote);
- les dialectes du Péloponnèse (sauf Magne), des Cyclades et de
l'île de Crète, des îles Ioniennes, de l'Épire du Nord, de Smyrne et
de Constantinople:
- les dialectes du Dodécanèse et de Chypre.
Le tsakonien (Τσακωνικά)
est un dialecte utilisé dans quelques villages autour de la ville de
Sparte dans la région de Laconie (d'où le laconien) dans le sud du
Péloponnèse, et parfois au-delà de cette région.
Le dialecte pontique ou
grec pontique (Ποντιακή
διάλεκτος ou
Ποντιακά, Ρωμαίικα)
était parlé à l’origine dans la région du Pont-Euxin, sur les côtes sud
de la mer Noire, mais il est aujourd'hui utilisé en Macédoine ainsi
qu'en Bulgarie, en Roumanie, en Ukraine (Crimée), en
Russie et en Géorgie.
Le dialecte cappadocien
(Καππαδοκικά)
est un dialecte proche du pontique, mais il est d'origine byzantine; il
demeure très influencé par la langue turque. À la suite des échanges de
population, beaucoup de locuteurs du cappadocien se sont installés en
Grèce continentale.
Le dialecte kato-italiote
ou katoitaliótika (Κατωιταλιώτικα:
«italien du sud») compte deux variétés : le dialecte
gréco-calabrais et le griko. Il est parlé dans une quinzaine de villages
de l'Italie dans les régions de la Calabre et d’Apulie. Le kato-italiote
semble être la dernière trace vivante de la langue grecque en Italie
lors de l'époque de la Grande-Grèce.
Quant au
yévanique ou judéo-grec, c'était la langue
grecque des Juifs romaniotes, laquelle est disparue depuis peu; ils
vivaient autour de la mer Noire et autour de la Méditerranée orientale.
Aujourd'hui, les Juifs grecs parlent le ladino (langue maternelle),
ainsi que le grec et l'hébreu (langues secondes). Le ladino est une
langue composée essentiellement de mots espagnols du XVe
siècle, de quelques mots d'hébreu et d'autres mots grecs.
2.2 Les langues minoritaires
Pour ce qui est des minorités (plus d'un million de personnes, soit environ
plus de 10 % de la
population), le problème devient relativement complexe en
raison des implications que cette notion revêt en Grèce. D’une part, les
faits démontrent qu’il existe au moins huit minorités linguistiques
nationales (le turc, l’albanais, le
macédonien, le bulgare, le
pomaque, l’aroumain,
le tsigane, l’arménien
et le ladino), d’autre part, celles-ci n’existent pas au plan
juridique, sauf pour la minorité turque de religion musulmane
en Thrace
(occidentale), qui bénéficie de certaines protections en vertu du
traité de Lausanne
de 1923.
Un autre problème provient de l’absence de tout recensement linguistique
récent, car le dernier date de 1951. Cela signifie que tout dénombrement
actuel d’ordre linguistique ne peut reposer que sur des approximations.
Néanmoins, il est possible de dresser un tableau schématique présentant neuf
minorités (huit au plan linguistique), comptant environ un million de locuteurs:
Quoi qu'il en soit, une estimation moyenne dénombrait au moins 700 000 personnes
faisant partie de minorités ethniques en Grèce. Si l'on ajoute quelque 800 000
étrangers recensés en 2001, nous devons supposer qu'un million et demi
d'habitants, sur un peu plus de 11,4 millions, ne font pas partie de l'ethnie
grecque, soit plus de 13 %.
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La carte de gauche présente l'emplacement des
minorités linguistiques de la Grèce.
Au nord vivent des Slaves, soit des
Macédoniens (région de Florina) et des Bulgares (région de Serres),
ainsi que des Pomaques et des Turcs (en Thrace). En Épire et en
Thessalie, on trouve des Arvanites et des Aroumains.
Dans la grande région d'Athènes, dans la
Péloponnèse, les îles d'Eubée et d'Andros, coexistent
avec les Grecs des Arvanites. Enfin, dans l'île de Kos et dans l'île
de Rhodes, vivent de petites communautés turques.
Quant à la minorité tsigane, elle est
éparpillée dans toute la Grèce, mais d'importantes communautés
résident dans la Thrace occidentale. Près de Thessalonique, on peut
encore y trouver une minuscule minorité juive de langue ladino.
Il reste aussi de petites communautés arméniennes à
Thessalonique, à Athènes et dans l'île de Crète. |
- Les minorités «turques»
En Grèce, seule la minorité musulmane
bénéficie de droits officiels sur la base des dispositions du
traité de Lausanne (1923). Or, pour l'État
grec, cette minorité est composée de trois groupes de
population ethno-linguistiquement distincts:
- les musulmans turcophones d’origine turque (40 % à 50 %);
- les Pomaques, une population autochtone qui parle un dialecte slave et
s'est islamisée durant le régime ottoman (35 % à 40 %);
- les Roms/Tsiganes musulmans (15 %à 20 %).
Ainsi, les Turcs, les Pomaques et les Tsiganes
(Roms) appartiennent à la même communauté des musulmans turcophones. Au point de
vue social, le turc se situe à l’échelon le plus élevé, suivi du pomaque
et, en tout dernier, par le tsigane. En réalité, la situation
socio-économique des Tsiganes en Grèce est simplement inacceptable et le
gouvernement grec reconnaît qu’il y a «beaucoup de chemin à parcourir pour
remédier à la situation». Les Pomaques sont
considérés comme des «Turcs musulmans», bien qu'ils soient en fait des
«Bulgares musulmans». Cette identification s'explique par les liens
étroits entre les deux ethnies musulmanes. Quant aux tsiganes, souvent
turcophones, ils ont été en grande partie catalogués comme des Turcs.
Les minorités turques comptent deux sous-communautés
différenciées : les Turcs musulmans (env. 30 000), d’une part; les
Turcs
orthodoxes (env. 90 000), d’autre part. Les premiers, qui habitent
la Thrace (dite occidentale) et bénéficient d’un statut reconnu par le
traité
de Lausanne (1923), ce qui leur permet de conserver leurs institutions
religieuses. Les seconds résident à l’ouest, en Grèce du Nord, et ils ne
bénéficient d’aucun statut. Parmi ceux qu’on identifie comme «musulmans
reconnus», on doit distinguer les Turcs, les Tsiganes et les Pomaques. La langue
turque parlée par les Turcs de Thrace est parfois appelé le «turc de Thrace»
parce qu'il diffère un peu du turc officiel de Turquie. Les turcophones de
Thrace s'expriment exclusivement en langue turque; ils regardent uniquement les
chaînes de la télévision turque et, par conséquent, sont plutôt mal intégrés au
sein de leur propre pays, la Grèce. Par ailleurs, les mariages mixtes entre les
membres de la majorité et ceux de la minorité sont quasiment inexistants. Selon
les représentants de minorité turque, seul quelque 20 % des enfants membres de
cette minorité maîtriseraient à peu près le grec à leur sortie de l'école
primaire, ce qui semble extrêmement faible et en dit long sur le degré
d'intégration de cette minorité à la société grecque.
Les Pomaques (env. 40 000) constituent
une minorité musulmane identifiée aux Turcs de Thrace;
ils vivent dans les trois départements de la Thrace occidentale (Xanthi, Rhodope
et Evros). Cette communauté parle une variété
dialectale du bulgare méridional (langue slave) appelé pomaski ou pomatski
(en grec: pomakika), et évoluant en dehors de tout contact avec le bulgare officiel, au point où l’on
peut parler de deux langues distinctes; c’est une langue très influencée par
le turc de Thrace. Bien qu'il n'y ait pas de tradition écrite, l'alphabet propre
à écrire la langue pomaque est le cyrillique. Certains auteurs grecs considèrent
les Pomaques comme les descendants des anciennes tribus thraces qui furent tour
à tour hellénisées, latinisées, slavinisées, christianisées et islamisées. Ceux
d'entre eux qui sont demeurés dans les montagnes ont réussi à rester de «purs»
descendants de ces anciennes tribus, mais ils ont acquis au cours des siècles
beaucoup de mots du grec ancien dans leur vocabulaire. Pour les historiens
bulgares, le fait que les Pomaques parlent une langue bulgare démontre que les
Pomaques sont des Bulgares qui, sans doute au XVIIe
siècle, ont été forcés de s'islamiser, mais ils sont aussi restés
crypto-chrétiens et ont de fait conservé leur culture bulgare. Pour les Turcs,
parce que les Pomaques sont de religion musulmane, ils seraient les descendants
de diverses tribus turques (les Petchenègues, les Avars et les Coumans) qui se
sont établis dans le sud des Balkans avant la conquête de la région par les
Ottomans. Ainsi, les Pomaques seraient les plus anciennes populations turques
d'Europe. En 1951, l'État grec a décidé d'introduire l'enseignement du turc dans
les écoles des Pomaques afin de les éloigner des Bulgares.
Auparavant, la plupart des Pomaques s’identifiaient eux-mêmes comme des Turcs avec
lesquels ils partageaient le même territoire et la même religion. Aujourd'hui,
beaucoup veulent être reconnus comme des Pomaques, une revendication contre
laquelle le consulat de Turquie à Komotini essaie d'intervenir pour des raisons
évidentes. Les Pomaques ne se définissent ni comme des Turcs ni comme des
Bulgares, mais revendiquent une identité ethnique distincte. Jusqu'au milieu des années 1990, une bonne partie du territoire est
restée interdite d’accès aux étrangers; pour se rendre dans cette zone
frontalière, il fallait disposer d’une autorisation spéciale de l’armée.
Les Tsiganes
forment probablement une communauté de quelque 300 000 personnes (entre 250 000
et 300 000). Il est difficile d'estimer avec un degré raisonnable d'exactitude
le nombre de Tsiganes vivant en Grèce d'aujourd'hui. Même les sources
officielles présentent des estimations différentes. En 2001, le Plan d'action
global pour l'intégration sociale des Tsiganes grecs, par exemple, a estimé leur
nombre entre 250 000 et 300 000. Lors d'une étude de l'Organisation pour la
sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en 2001, la délégation grecque a
présenté une autre estimation: les Tsiganes furent estimés entre 120 000 et 150
000. En 1997, le Minority Rights Group International (MRG), une organisation non
gouvernementale basée à Londres, estimait qu'il y avait entre 160 000 et 200 000
Tsiganes en Grèce, alors que d'autres chercheurs ont suggéré un nombre aussi
élevé que 500 000. Quant au Greek Helsinki Monitor (GHM),
il évalue la population tsigane à environ 3 % de la population grecque, soit
environ de 300 000 à 350 000. Quoi qu'il en soit, nous ignorons
la proportion exacte de ceux qui parlent encore la langue tsigane (groupe
indo-iranien). Selon toute probabilité, une grande partie d’entre eux
parlent le turc comme langue maternelle — probablement 50 % —, et ce, depuis
plusieurs générations. Les Tsiganes sont éparpillés dans toute la Grèce,
mais ceux qui parlent encore le tsigane habitent surtout le département de
Xanthi en Thrace, où leur nombre est estimé à
environ 17 000 dans la région, soit 15 % de la population locale. Les Tsiganes sont chrétiens
ou musulmans; ils constituent une population à part, à la fois en marge
de la société grecque et de la minorité turcophone. Jusque vers 1975, les
Tsiganes n'avaient même pas le droit à la citoyenneté grecque; ils étaient
considérés comme des «étrangers d'origine tsigane», qui devaient être en
possession de pièces d'identité spéciaux que les autorités les oblige à
renouveler tous les deux ans.
Selon des sources gouvernementales grecques, le recensement (non
linguistique) de 1991 révèle que le nombre de musulmans habitant dans la
Thrace occidentale serait de 97 700 personnes, dont 54 % d'origine turque, 34 %
d'origine pomaque et 12 % de Tsiganes (Roms).
- Les minorités non turques
Les minorités qui ne sont pas turques n’ont jamais obtenu quelque statut que ce
soit en Grèce. Ce sont les Arvanites et les Albanais, les Aroumains (Valaques), les Macédoniens, les
Bulgares, les Juifs et les Arméniens. Ce n'est pas un hasard si les plus
importantes minorités non turques ne portent pas le nom de leur nationalité. Les
Albanais sont appelés des Arvanites ; les Aroumains, des Valaques
; les Bulgares, des Pomaques ; les Macédoniens, des Slaves.
L'attribution de termes différents pour désigner ces ethnies et leur langue est
une façon pour la Grèce de nier l'origine de ces populations étrangères aux
Grecs en leur attribuant le statut de «langue autonome». En conséquence, la
vulnérabilité de la langue minoritaire augmente au fur et à mesure que les
locuteurs perdent leur identité avec leur nation d'origine. Après de nombreuses
décennies, ces minorités en viennent à parler une langue distincte de leur pays
d'origine et sont d'autant plus vulnérables à l'assimilation. Les membres des
minorités sont dans l'obligation d'être bilingues avant de devenir unilingues
grécophones. L'idéologie officielle de l'État grec a été construite presque
exclusivement autour de la notion d'une seule nation, avec une seule religion et
une seule langue.
Les albanophones
On distingue deux groupes d'albanophones
: les Arvanites
ou Gréco-Albanais, constituant une minorité orthodoxe parlant l’albanais arvanite, et les Albanoï originaires
d'Albanie (les «Albanais» proprement dits), de confession musulmane et parlant l'albanais tosque
(officiel en Albanie).
Les Arvanites, appelés
Arvanitika (en grec) ou Arberor (en arvanite), sont installés dans
la plupart des départements des régions de la Grèce continentale et le
Péloponnèse, y compris dans les îles avoisinantes, l'île Eubée et l'île
d'Andros, un total de 200 villages. D'autres vivent près de la frontière
albanaise, en Épire et dans les départements de Florina et de Kastoria
(Macédoine occidentale). Depuis les années 1950, beaucoup d'Arvanites ont émigré
de leurs villages vers les villes et surtout dans la capitale (Athènes) et sa
banlieue. L'urbanisation a eu pour effet de rendre les Arvanites bilingues,
alors que d'autres ont perdu leur langue ancestrale, l'arvanite, une variété
d'albanais assez proche du tosque. Les locuteurs de l'arvanite détestent
recourir au terme «albanais» pour désigner leur langue; ils emploient eux-mêmes
le mot «arberor». En raison de la dispersion des Arvanites en Grèce, il existe
trois variétés d'arvanite: l'arvanite de Thrace, l'arvanite du Nord-Ouest et l'arvanite
central (région d'Athènes et Péloponnèse. Ces variétés locales de l'albanais
sont caractérisés par d'importants emprunts à la langue grecque dans le
vocabulaire, ainsi que par des adaptations de la grammaire albanaise à la
grammaire grecque. Certains linguistes affirment que l'arvanite est de
l'«albanais hellénisé». À long terme, l'arvanite est une langue menacée
d'extinction. Les jeunes ne l'apprennent plus; seules les personnes âgées sont
unilingues; tout le reste de la communauté est bilingue. Les Arvanites vivent en
Grèce depuis le XIIe
siècle, mais ce fut le XVe
siècle qui vit arriver le plus grand nombre: ce sont des chrétiens orthodoxes
qui quittèrent l'Albanie occupée par les Ottomans afin d'éviter l'islamisation
forcée. Depuis les années 1980, certains efforts visant à préserver la culture
des Arvanites ont été entrepris. Quatre associations culturelles ont été créées:
l'Arvanitikos Syndesmos Hellados («Ligue arvanite de Grèce»), le Kentro
Arvanitikou Politismou («Centre pour la culture arvanite»), l'Arvanitikos
Syllogos Ano Liosion («Association arvanite d'Ano Liosia») et la Corinthias
Syllogos Arvaniton («Association des Arvanites de Corinthe»).
Quant aux Albanoï, ce
sont des Albanais issus de l'immigration récente. Ils utilisent le terme
shqip (le même mot que les Albanais d'Albanie) pour désigner leur langue (Shqiptar
pour le peuple). Lorsque les frontières furent fixées au début du
XXe siècle, certains Albanais chrétiens
et musulmans se sont retrouvés sur le territoire grec, tout comme certains Grecs
se sont trouvés sur le territoire albanais. Une partie importante de ces
Albanais, les Chams musulmans, ont fui la Grèce vers la fin de la Seconde Guerre
mondiale; comme beaucoup l'avaient collaboré avec l'occupant, ils ont été
persécutés par la résistance grecque. Aujourd'hui, les Albanais d'origine
forment une communauté d'environ 30 000 personnes. Ces Albanais ne constituent pas une minorité nationale, mais font partie des
immigrants.
Les Aroumains (Valaques)
Il existe aussi dans le pays une minorité de langue romane: les
Aroumains que les Grecs appellent généralement
Valaques
(Vlachos) ou Méglénites. Le terme Valaques, qui est dépréciatif pour désigner les Aroumains de Grèce,
provient du grec eisai vlakias et signifie «tu es stupide»,
mais en albanais le mot Vlahos est neutre et signifie «frère».
 |
Linguistiquement, l'aroumain fait partie des dialectes roumains du Sud avec le
mégléno-roumain (d'où Méglénitiques ou Méglénites) et le macédo-roumain, et l’intercompréhension avec le
roumain officiel (un dialecte du Nord) est rendu difficile; c’est pourquoi on
parle de langues distinctes (voir le texte
particulier sur les Aroumains). Les Aroumains de Grèce habitent dans les régions
montagneuses de la Thessalie, de l’Épire et du
Pinde, ce qui leur a permis de
conserver leur langue durant quelques siècles, malgré la présence du grec, du
turc et des langues slaves. Après les guerres balkaniques de 1912-1913, la
Grèce a reconnu les Valaques (ou Vlachos) comme une minorité à la
suite de la signature du traité de Bucarest (1913); la Roumanie a même
financé quelques écoles valaques. Mais après la Seconde Guerre mondiale, la
Roumanie communiste a cessé toute aide financière aux communautés valaques de
Grèce, car celles-ci étaient perçues comme anti-grecques par le gouvernement
grec. |
Aujourd’hui, l'omniprésence du grec et la hellénisation de la culture
aroumaine ont certainement été des facteurs déterminants dans
l'affaiblissement de cette langue considérée par le Conseil de l’Europe
comme en grand danger d’extinction, avec seulement quelque 50 000 locuteurs de
l’aroumain. Par ailleurs, l’Institut sociolinguistique catalan de Barcelone
estime que la Grèce compterait une communauté ethnique de quelque 200 000 Aroumains;
pour sa part, l’Association des Aroumains français affirme dénombrer plus de
600 000 Aroumains en Grèce, ce qui semble peu probable.
Or, le recensement
officiel de 1951 ne faisait mention que de 25 000 «Grecs valacophones», c’est-à-dire
des Grecs parlant le valaque (aroumain). Bref, il est réaliste de croire à une
communauté aroumaine de 200 000 membres dont 50 000 locuteurs de la langue. Les autorités grecques considèrent maintenant les Aroumains (toujours
appelés Valaques par les Grecs) comme faisant partie intégrante de la population
grecque. Ils parlent la langue nationale sans difficulté, ils ont adopté les
mœurs grecques et ils s’identifient comme des Grecs. Comme le
traité de
Lausanne de 1923 engageait la Grèce à accorder des droits aux minorités
religieuses autres qu’orthodoxes, les Aroumains n’ont pas
bénéficié de tels droits puisqu’ils sont de religion orthodoxe grecque. Les
Aroumains de Grèce sont généralement considérés comme une minorité
assimilée, surtout les individus qui ont migré vers les villes. Des experts
soutiennent que l'aroumain est menacé d'extinction davantage en Grèce que dans
d'autres pays des Balkans qui ont eu tendance, après l'effondrement du
communisme, à accorder une reconnaissance officielle aux Valaques. Les
conditions sociales (isolement géographique, habitudes de travail, structure
sociale, etc.) qui ont permis dans le passé aux Valaques de survivre sont
aujourd'hui disparues, et ce, d'autant plus que l'État grec ne semble pas avoir
l'intention de reconnaître le valaque comme langue minoritaire. De plus, les
Valaques n'ont aucun contact avec la Roumanie, la patrie d'origine de cette
communauté, ni avec les communautés valaques de l'Albanie, de la Macédoine ou de
la Bulgarie. Quant à la Roumanie, elle évite soigneusement de soulever la
moindre vague sur les Valaques, et ce, depuis le début des années 1990.
Les Bulgares et les Macédoniens
À la frontière de la Macédoine de l’ex-Yougoslavie et de la Bulgarie, c’est-à-dire
dans la région administrative grecque de Macédoine
occidentale (plus précisément dans la région de Florina),
habitent des Macédoniens et des
Bulgares, sans oublier les
Pomaques qui parlent une variété de bulgare.
Pour l’État grec, il n’existe pas de minorité dite macédonienne ou
bulgare. On parle plutôt de Grecs slavophones,
car les Grecs n’ont jamais admis qu’il puisse exister une langue
macédonienne distincte de la langue bulgare.
Rappelons qu’au point de vue
linguistique le macédonien actuel puise ses racines dans la langue liturgique
de l’ancien slavon du Xe siècle, un idiome dont est également
issu le bulgare. Le vieux slavon occupe la même place en bulgare que la
katharevousa en Grèce. Cette langue est à l'origine du bulgare et a
influencé le serbo-croate ainsi que le russe par l'entremise de l'Église
orthodoxe. Le bulgare, tout comme le grec, n'existait qu'à l'état dialectal au
XIXe siècle, parmi lequel
on comptait le dialecte bulgare de Macédoine ou le dialecte de Roumélie (ou dit
aussi «bulgare de l'Est», reconnaissable à son accent «mouillé » plus proche du
russe). Cette filiation directe issue du dialecte macédonien avec le vieux
slavon date des mouvements autonomistes de la fin du XIXe
siècle dans cette région. Par la suite, cette lecture historique a été
cultivée par le maréchal Tito de l'ancienne Yougoslavie, qui avait reconnu et
standardisé le macédonien en 1944. Aujourd’hui, la langue macédonienne
officielle de la république de Macédoine n'est pas très éloignée du bulgare,
bien qu'elle ait conservé davantage de traits archaïsants par rapport au bulgare
officiel.
Il est malaisé de savoir
précisément combien de locuteurs parlent le macédonien et le bulgare en
Grèce du Nord, car beaucoup de slavophones auraient délaissé leur langue pour
le grec. On sait que les slavophones atteignent probablement les 250 000 ou
300 000. Il est probable aussi que quelque 30 000
Gréco-Bulgares puissent parler le bulgare. En tant que membres d’une
confession orthodoxe, les slavophones de Grèce ne sont pas considérés comme
une minorité. Beaucoup
d'observateurs ont remarqué une baisse importante du nombre des Macédoniens
slavophones, qui sont passés au grec. Le nombre des Gréco-Macédoniens atteint
possiblement les 10 000 ou les 30 000 locuteurs; et quelque 77 % de
tous les Gréco-Macédoniens auraient une certaine connaissance du macédonien.
Par ailleurs, l'ère postcommuniste a amené en Grèce un
nombre considérable d'immigrants qui parlent des langues slaves, surtout le
russe, l'ukrainien et le polonais. La plupart de ces arrivants ont une origine
ethnique grecque et, pour cette raison, ils sont implicitement encouragés à ne
pas parler russe en public, si c'est la principale langue entendues dans
certains marchés aux puces.
Les Juifs et le ladino
Mentionnons aussi une petite
communauté juive qui, bien que décimée par les déportations
allemandes de la Seconde Guerre mondiale, compte encore quelques milliers de
membres à Thessalonique (encore 2000 et 3000 personnes sur un total de 5000). Avant
1944, la communauté juive comptait bien quelque 50 000 membres. Les Juifs
parlent le ladino, une langue apparentée au castillan et parlée à l'origine par les
Juifs espagnols depuis 1492.
Les Arméniens
Les Arméniens en Grèce (en grec: Αρμένιοι, Arménioi) sont
des citoyens grecs d'origine arménienne (famille indo-européenne).
La présence arménienne en Grèce a commencé il y a plusieurs siècles lorsque les
Arméniens, pour diverses raisons, ont quitté l'Arménie et se sont installés dans
la grande région de Thessalie, en Macédoine
orientale et en Thrace. De petites communautés arméniennes ont pu également
être trouvées dans les îles grecques de Crète et de Corfou. Puis, après le
génocide de 1915, quelque 70 000 à 80 000 Arméniens ont fui la Turquie pour se
réfugier en Grèce, surtout en Thrace. Mais il n'en existe presque plus depuis
les années 1950, sauf à Komotini, à Xanthi et à Alexandroupolis, car la plupart des Gréco-Arméniens ont émigré en Amérique du
Nord ou se sont installés dans d'autres régions grecques, surtout à Athènes et
sa banlieue. On trouve encore de petites collectivités isolées à Thessalonique
et dans l'île de Crète. La majorité des Arméniens sont de confession chrétienne
apostolique, mais certains sont catholiques ou évangéliques. Le
nombre des Gréco-Arméniens est estimé entre 20 000 et 35 000.
- Les immigrants illégaux
Enfin, le gouvernement grec admet désormais qu'il y aurait dans le pays
entre 600 000 à 800 000 immigrants dits illégaux, soit
approximativement 7 % de la population. Autrement dit, il semble que la Grèce
soit passée d’un pays d’émigration — au moins cinq millions de Grecs se
sont expatriés — à un pays d’immigration. Ce changement subit n'est
certainement pas étranger à la vague de xénophobie qui s'étend dans le pays,
mais ce n'est pas le seul facteur à considérer.
Il existe à l'heure actuelle une vingtaine d'associations
ethniques, dont en voici quelques-unes: l'Union nationale des étudiants
palestiniens, la Communauté égyptienne. la Communauté soudanaise, la Communauté
tunisienne, l'Association Maghreb, l'Association des immigrants en provenance de
Syrie, la Communauté éthiopienne, la Ligue des citoyens guanéens, la Communauté
nigérienne, l'Union des immigrants philippins, le Forum des immigrants albanais,
l'Association polonaise Solidaristnost, le Mouvement des minorités de Thrace,
l'Association culturelle des Tsiganes grecs, etc.
3 La langue,
la religion et l’hellénisme
En Grèce, la religion, la langue et la citoyenneté grecque ne font qu’un.
Autrement dit, un citoyen grec pratique nécessairement la
religion
grecque orthodoxe et parle obligatoirement
la langue grecque; il doit
croire aussi à l’hellénisme, développé surtout à l’époque de l’empire
d’Alexandre le Grand, mais qui est cinq fois millénaire en Grèce. Dans les
années 1920, toute personne qui ne satisfaisait pas à ces trois conditions devait être
assimilée ou expulsée. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
3.1 La religion orthodoxe
L’État grec moderne, officiellement reconnu depuis 1830, n’a jamais
été un État laïc. Même l’actuelle Constitution de 1975 est promulguée
«au nom de la Sainte, Consubstantielle et Indivisible Trinité». Conformément
au paragraphe 1 de l’article 59 de la Constitution, un serment à la Sainte,
Consubstantielle et Indivisible Trinité doit être prêté par les députés et
par le président de la République avant leur prise en fonctions dans le palais
de la Chambre des députés et en séance publique.
|
Article 59
Devoirs et droits des
députés
1) Avant de prendre leurs
fonctions, les députés prêtent, dans le palais de la Chambre des
députés et en séance publique, le serment suivant:
«Je
jure au nom de la Sainte, Consubstantielle et Indivisible
Trinité d'être fidèle à la Patrie et au régime démocratique,
d'obéir à la Constitution et aux lois et de remplir
consciencieusement mes fonctions.»
2)
Les députés hétérodoxes ou appartenant à une autre religion prêtent
le même serment selon la formule de leur propre dogme ou religion.
3) Ceux qui sont proclamés
députés hors session de la Chambre des députés prêtent serment
devant la Section de la Chambre en fonction. |
À l’article 3, la
Constitution grecque reconnaît comme «religion dominante la religion de l’Église
orthodoxe orientale du Christ» marquant par là que l’orthodoxie fait partie
de l’hellénisme. Elle accepte «l’inviolabilité de la liberté de la
conscience religieuse», mais interdit le prosélytisme, c’est-à-dire
les efforts déployés pour défendre sa foi, à l’exception de l’orthodoxie
grecque. Selon le ministère grec de la Justice, cette interdiction concerne
«le prosélytisme de mauvais aloi» et non pas la diffusion des convictions
religieuses, ce qui permettrait par ailleurs de protéger le pays de «toute
religion dangereuse».
|
Article 3
1)
La religion dominante en Grèce est celle de l'Église orthodoxe
orientale du Christ. L'Église orthodoxe de Grèce, reconnaissant pour
chef Notre Seigneur Jésus-Christ, est indissolublement unie, quant
au dogme, à la Grande Église de Constantinople et à toute autre
Église chrétienne du même dogme, observant immuablement, comme
celles-ci, les saints canons apostoliques et synodiques ainsi que
les saintes traditions. Elle est autocéphale et administrée par le
Saint-Synode, qui est composé des évêques en fonction, et par le
Saint-Synode permanent qui, émanant de celui- ci, est constitué
comme il est prescrit par la Charte statutaire de l'Église, les
dispositions du Tome patriarcal du 29 juin 1850 et de l'Acte
synodique du 4 septembre 1928 étant observées.
2)
Le régime ecclésiastique existant dans certaines régions de l'État
n'est pas contraire aux dispositions du paragraphe précédent.
3) Le texte des Saintes
Écritures reste inaltérable. Sa traduction officielle en une autre
forme de langage sans l'approbation de l'Église autocéphale de Grèce
et de la Grande Église du Christ à Constantinople est interdite.
|
N’oublions pas que la pratique du prosélytisme a souvent
été
sévèrement punie en Grèce: emprisonnement, amende élevée, surveillance policière et
expulsion des étrangers.
Jusqu'à une époque récente, un non-orthodoxe n’était pas considéré comme un «véritable Grec».
À l’époque
d’Homère, on qualifiait alors de «Barbares» tous les non-Grecs. Ainsi, à
leur façon, les Grecs ont pu donner en Europe l’image de ce que pouvait être l’«intégrisme
islamique» dans d’autres régions du monde. En Grèce, on a jadis très mal toléré
les exceptions. Mais, selon l’article 13 de la Constitution grecque, le liberté
de religion est garantie comme «inviolable» pour tous les citoyens grecs.
Article 13
1) La liberté de la conscience religieuse est inviolable. La
jouissance des libertés publiques et des droits civiques ne dépend
pas des convictions religieuses de chacun.
2) Toute religion connue est libre, et les pratiques de son
culte s'exercent sans entrave sous la protection des lois. Il n'est
pas permis que l'exercice du culte porte atteinte à l'ordre public
ou aux bonnes mœurs. Le prosélytisme est interdit.
3) Les ministres de toutes les religions connues sont soumis
à la même surveillance de la part de l'État et aux mêmes obligations
envers lui que ceux de la religion dominante.
4) Nul ne peut, en raison de ses convictions religieuses,
être dispensé de l'accomplissement de ses obligations envers l'État
ou refuser de se conformer aux lois.
5) Aucun serment n'est imposé qu'en vertu d'une loi qui en
détermine aussi la formule. |
Selon
un sondage paru le 13 février 2005 dans le quotidien Eleftherotypia, quelque 48
% des Grecs sont favorables à la séparation de l'Église et de l'État, et 35 %
sont contre. L'attitude des Grecs vis-à-vis de la religion a tout de même
beaucoup évolué.
En 1993, le Parlement grec — soit tous les parlementaires grecs, qu’ils
soient de gauche ou de droite — avait confirmé la loi rendant obligatoire la
mention d'appartenance religieuse sur toutes les nouvelles cartes d'identité,
malgré l'opposition des minorités juive et catholique, ainsi que de quelques
députés et organisations non gouvernementales (ONG). La Grèce était alors le seul
pays de l’Union européenne à imposer la mention de la religion sur les
cartes d'identité. Les religions non orthodoxes reconnues étaient considérées
par le gouvernement comme des «cultes étrangers», le Code pénal grec
les désignant comme «tolérées». D’après le gouvernement grec (ministère
de l’Intérieur, de l’Administration et de la Décentralisation), la mention
de la religion sur la carte d’identité n’avait aucune valeur juridique.
Cette mention correspondait simplement à l’expression d’une «tradition religieuse» et
répondait aux «demandes faites par l’Église orthodoxe grecque». Puis le Parlement européen a demandé au gouvernement grec d’abolir toute mention
de religion, même facultative, sur les nouvelles cartes d’identité grecques
et de ne pas se laisser influencer par la hiérarchie orthodoxe. La résolution
du Parlement européen affirmait que «la mention obligatoire de la religion
sur les cartes d’identité viole les libertés fondamentales de l’individu,
telles que celles-ci sont exposées dans la Déclaration universelle des droits
de l’homme et la Convention européenne des droits de l’homme». Le
Parlement européen a même rappelé que la liberté d’opinion et de religion
constitue l’un des fondements de l’État de droit et qu’une telle liberté
est du ressort exclusif de la conscience humaine.
Quoi qu'il en soit, la mention religieuse sur les cartes
d'identité a été abolie par le gouvernement grec. N'oublions pas que la Grèce
est passée d'un État théocratique à un État laïc moderne. Par exemple, l'état
civil est une création récente dans un pays où seules les autorités religieuses
tenaient les registres de chaque communauté. Dès lors, pour qu'un Grec du
Dodécanèse puisse obtenir un passeport, il fallait parfois écrire à l'évêché
pour obtenir l'acte de naissance des parents.
3.2 La langue grecque
Dans les faits, le grec est la langue officielle de la Grèce sans qu’il ne
soit nécessaire de le proclamer dans la Constitution. Citons néanmoins l’article
3 de la Constitution (déjà cité) qui traite spécifiquement de la langue. Nous verrons
comment sont interreliés la langue et la religion. Cet article ne définit pas
le statut de la langue officielle en Grèce, mais celui de
la langue
officielle de l’Église autocéphale de Grèce, sans même nommer
cette langue : «Le texte des Saintes Écritures ne sera pas modifié. La traduction
officielle du texte dans une autre forme de langue, non sanctionnée par
l'Église autocéphale de Grèce et la Grande Église du Christ de
Constantinople, est prohibée.» Comme pour le judaïsme en Israël, la religion orthodoxe en
Grèce revêt une dimension ethnique très forte que l’État se doit de
défendre. C’est ce qu’on appelle une «démocratie ethnique», comme il en
existe en Israël, en Croatie, en Serbie, etc.
De plus, la Constitution grecque définit l’éducation comme une «mission
fondamentale de l’État ayant comme but [...] le développement de la
conscience nationale et religieuse des Grecs». En vertu de ces principes, l’enseignement
religieux, selon le rite de l’Église orthodoxe, est obligatoire dans toutes
les écoles primaires et secondaires; il est, de plus, interdit d’embaucher
des professeurs non orthodoxes; par ailleurs, l’autorisation d’un évêque
orthodoxe est obligatoire pour la construction ou la réparation des lieux de
culte des autres religions. Et il ne faudrait pas croire que ce sont là des
détails sans importance!
Qu’on pense aux problèmes auxquels les membres des autres confessions
religieuses doivent faire face lorsque, par exemple, ils veulent faire éduquer
leurs enfants selon les préceptes de leur religion. Les enfants devront-ils,
malgré tout, recevoir un enseignement conforme aux rites de l’Église
orthodoxe grecque? Comment feront-ils pour embaucher des professeurs non
orthodoxes? L’autorisation d’un évêque est-elle une simple formalité
lorsqu’il s’agit, par exemple, de réparer une mosquée? Ce sont là d’énormes
problèmes auxquels sont confrontées les minorités en Grèce, et il ne faut
pas en minimiser l’importance pour une raison bien simple: les minorités linguistiques
ne correspondent à aucune réalité juridique en Grèce, seules sont «tolérées» les minorités religieuses.
D’ailleurs, dans ce pays, il est considéré comme «normal» que des
personnalités politiques importantes nient l’existence des minorités
ethniques, que ce soit les Turcs, les Macédoniens, les Bulgares, etc. Par
exemple, le 24 juin 1996, la Commission européenne des droits de l'homme a
jugé recevable l'appel du Foyer de la civilisation macédonienne, qui
avait été refusé par les instances grecques du fait qu'«il n'existait pas de
minorité macédonienne» et que cette association mettait en danger
«l'intégrité territoriale du pays». Il ne s’agit là que d’un exemple
(et il y en aurait bien d'autres!),
mais il donne une idée de l’attitude des Grecs devant leurs minorités
linguistiques.
3.3 L’hellénisme
On sait aussi que, de tout temps, les historiens ont souligné la notion d'hellénisme
dans l’identité nationale grecque. L'hellénisme demeure une notion culturelle: est grec celui qui a reçu une éducation hellénique. Forte de
plusieurs millénaires, cette identité continue d'influencer profondément la
société grecque moderne. La situation géographique et l'histoire de la Grèce
avec les pays voisins, notamment la Bulgarie et la Turquie (les ennemis
historiques), constituent des
facteurs qui expliquent cette importance si grande. Toutefois, ces mêmes
facteurs peuvent aussi engendrer un ethnocentrisme excessif. D’ailleurs, la
Grèce a fort à faire pour améliorer sa réputation plutôt médiocre en
matière d’intolérance à l’égard de toute différence et de xénophobie
envers les étrangers (ou les minorités).
À ce sujet, on peut rappeler quelques résultats d’un sondage européen
effectué en 1993 sur la perception des Grecs à l’égard de leurs minorités
nationales: 89 %
des Grecs trouveraient les Turcs antipathiques, 76 % auraient un préjugé
défavorable envers les Arvanitès (Albanais), 57 % envers les Juifs et 55 % envers les
Tsiganes. De plus, 84 % de la population considère que «beaucoup d'étrangers
vivant en Grèce constituent un danger public» et 90 % croient qu'ils
«usurpent le travail des Grecs». Ce n’est pas pour rien que tous les groupes
minoritaires en Grèce, tant chez les ressortissants grecs que chez les
immigrants, disent éprouver une impression d'aliénation, car ils ont tous
été confrontés à la xénophobie des grécophones et à la violence de la
part de la police, tandis que les tribunaux ont souvent violé ou supprimé
leurs droits.
Or, la Grèce connaît, depuis quelques années, une hausse sensible de
l'immigration, régulière mais aussi et surtout clandestine; il semble évident
qu'elle n'a pas toujours disposé de structures et de procédures efficaces pour
y faire face. C'est ainsi que l’hellénisme, si cher
aux Grecs, est en train de creuser un fossé de plus en plus grand entre les
orthodoxes et les minorités nationales.
4 Les
minorités reconnues: les musulmans
En Grèce, le gouvernement maintient que seules les minorités reconnues par des
traités internationaux encore en vigueur sont reconnues officiellement. Or, il
n’existe qu’une minorité en Grèce, reconnue par des traités
internationaux: la minorité musulmane. Le traité de Sèvres de 1920, qui n’a
jamais été en vigueur parce que la Turquie ne l’a pas appliqué, contient
cette disposition (art. 85) qui référait à la langue et à la religion:
|
Article 85
La Grèce accepte, en agréant
l'insertion dans un traité particulier, les dispositions qui seront jugées nécessaires,
notamment en ce qui concerne Andrinople, pour protéger en Grèce, les intérêts des
habitants qui diffèrent de la majorité de la population par la race, la langue ou la
religion. |
Dans le traité de Lausanne de 1923 (encore en vigueur)
qui engageait la Turquie et la Grèce, les deux États convenaient dun principe de
réciprocité en vertu duquel les Grecs de Turquie obtiendraient les mêmes droits que les
Turcs de Grèce (Thrace). Cest pourquoi larticle 45 contient cette disposition:
|
Article 45
Les droits reconnus par les stipulations
de la présente disposition aux minorités non musulmanes de la Turquie sont également
reconnus par la Grèce à la minorité musulmane se trouvant sur son territoire.
|
Cet article
accorde à la minorité musulmane de la Grèce les mêmes droits
qu’aux minorités non musulmanes de Turquie, ce qui a permis à chacune des
parties de remettre en cause plusieurs des droits aux citoyens membres de ces
minorités. Alors que le traité de Lausanne instituait la notion de réciprocité
en des termes «positifs», son application s’est étendue, tant en Grèce qu'en
Turquie, de façon «négative». En effet, ca Cour constitutionnelle turque a
interprété ces dispositions selon le principe du «donnant-donnant»: la Turquie
s'engageait à respecter les droits des minorités conférés par le traité aussi
longtemps que la Grèce les respectait. Or, une telle interprétation apparaît
contraire à l’article 45 du traité, qui prévoyait des responsabilités
parallèles, et non interdépendantes, pour chaque partie. Quant au Conseil de
l'Europe, il estime que la reconnaissance de droits fondés sur la stricte
réciprocité est «inacceptable eu égard au droit international des droits de
l’homme», «anachronique» et «nuisible à la cohésion nationale en ce que chaque
État punit ses propres citoyens». D'ailleurs, l’article 60.5 de la Convention de
Vienne sur le droit des traités interdit le principe de réciprocité dans le
domaine des droits de l’Homme.
|
Article 60
5) Les paragraphes 1 à 3 ne s’appliquent pas aux dispositions
relatives à la protection de la personne humaine contenues dans des
traités de caractère humanitaire, notamment aux dispositions excluant
toute forme de représailles à l’égard des personnes protégées par
lesdits traités. |
Au lieu de respecter les clauses du traité, les parties
(Grèce et Turquie) en sont venues à exercer des représailles auprès de leurs
propres citoyens afin de les punir pour le non-respect pratiqué par l'autre
État. L’interprétation faite par la Grèce de certaines dispositions du traité de
Lausanne s'est avérée restrictive, comme en Turquie. Heureusement, depuis les
années 1990, l'idéologie
de la réciprocité aurait cessé d'être considérée par
les autorités politiques comme une façon adéquate de traiter une partie de sa
population.
Le traité de Lausanne reconnaît une minorité religieuse
musulmane en Thrace et non une minorité nationale turque. Sur cette base, les
autorités grecques ont refusé l'utilisation du terme «turc» dans les noms des
associations. Saisie de ce refus, la Cour européenne des droits de l’homme a
déjà condamné la Grèce à plusieurs reprises. La position officielle de l’État grec sur la «minorité musulmane se
trouvant sur son territoire» d’après le traité de Lausanne) est qu’il s’agit
d’une minorité essentiellement religieuse. Selon l’interprétation
de l’Administration grecque, cette minorité religieuse serait constituée de
citoyens d’origine turque, pomaque et tsigane, ce qui exclut les Albanais
musulmans, les Turcs chrétiens, les Aroumains orthodoxes, les Arméniens
catholiques, les juifs, etc.
Dans toute la législation grecque, seul le traité de Lausanne de 1923 consacre
la notion de minorité religieuse, non pas celle de minorité linguistique.
Cette interprétation juridique n’est pas sans causer de multiples
confusions puisque l’État n’accorde pas les mêmes droits à des
communautés parlant la même langue mais pratiquement une religion différente
(Turcs musulmans et Turcs chrétiens) et des groupes professant une même
religion mais parlant une langue différente (musulmans turcophones de Thrace et
musulmans albanophones). Autrement dit, la Grèce interprète de façon très
restrictive l’article 45 du traité de Lausanne en ne protégeant
partiellement que les Turcs musulmans de la Thrace occidentale, ce qui inclut
les Pomaques et les Tsiganes considérés officiellement comme des Turcs. Il en
résulte que, sur le plan linguistique, seul le turc est reconnu juridiquement
comme langue minoritaire en Grèce.
Au final, que ce soit pour la minorité musulmane de Thrace
ou de la minorité orthodoxe grecque de Turquie, les deux États ont adopté une
perception «extérieure» à l'égard de leur minorité reconnue. En effet, tandis
que la Grèce tente de protéger sa minorité religieuse orthodoxe de Turquie au
moyen d'un bureau des Affaires politiques relevant du ministère des Affaires
étrangères, la Turquie surveille la minorité musulmane de Thrace par un consulat
général situé à Komotini.
4.1 La représentation turque
En Thrace, lors des élections, des interprètes sont présents pour assister
les électeurs turcophones. Mais la loi électorale grecque fixe le seuil d’éligibilité
à 3 % des voix exprimées au plan national. Or, il est extrêmement difficile
pour les membres de la communauté musulmane d’être élus au Parlement grec
à partir de leurs propres listes; il leur faudrait un quota minimum de deux
députés, par exemple, car l’élection d’un candidat turc relève presque
du miracle. D’ailleurs, les candidats turcs aux élections nationales seraient
régulièrement éliminés et quelques rarissimes élus auraient même fait l’objet
d’une contestation électorale, sinon de destitution, voire d’emprisonnement. Néanmoins,
le Parlement compte régulièrement deux à trois élus turcs (souvent du PASOK, le
Parti socialiste). De même, il existe des maires turcs en Thrace, mais
uniquement dans les petites municipalités. Si Komotini ou Xanthi élisait
effectivement un maire non grec, ce serait un véritable séisme local. Malgré
tout, la plupart des élus des municipalités peuplées de turcophones sont des
Grecs.
4.2 Les tribunaux
En principe, les Turcs (incluant les Pomaques et les Tsiganes) ont le droit d’utiliser
leur langue dans un tribunal de la Thrace, mais il est interdit au
juge d’utiliser le turc au lieu de la langue officielle. Ceux qui désirent s’exprimer
en turc ou qui ne connaissent pas le grec (ce n’est pas rare chez les plus de
50 ans en Thrace) doivent recourir à un interprète. Il existe à cet effet un
certain nombre d’interprètes agréés par l’État. Cependant, seul le traducteur de
Xanthi reçoit une rétribution pour son travail. De façon générale, la cour
fait plutôt appel à un volontaire parmi le personnel judiciaire lorsqu’elle a besoin
d’un interprète. Cette procédure fréquemment utilisée n’apparaît pas
très conforme à la loi, car certains points importants peuvent être jugés
non pertinents par l’interprète improvisé et omis dans sa traduction.
Cela dit, il existe un autre type de tribunal: les müftülüks. Dans
chacune des trois préfectures de la Thrace occidentale, on compte un müftülük,
une sorte de tribunal musulman habilité à juger les questions de droit
familial et successoral. L’autorité musulmane suprême est représentée par
un müfti qui dispose d’un pouvoir judiciaire qu’il délègue à un cadi
(juge religieux). Celui-ci applique le Code civil grec dans les mariages, les
divorces, les décès, l’émancipation des jeunes, les testaments, etc. Quant
au müfti, il choisit en plus les candidats à l’Université coranique
musulmane. Généralement, toutes ces affaires se déroulent en turc, tant à l’oral
qu’à l’écrit.
Cependant, depuis l’adoption de la loi no 1920 du 4 février 1991, les
décisions des müftis ne sont plus forcément exécutoires, car elles n’ont
plus aucune valeur légale. Un tribunal de première instance a même refusé de
reconnaître les effets de la loi islamique sur le Code civil grec. Depuis ce
temps, les müftis sont harcelés par les autorités grecques, surtout
les müftis élus par les associations minoritaires — il y a aussi des müftis
nommés par l’État. Certains müftis élus, par exemple dans les
villes de Xanthi et de Komotini, ont été condamnés à des peines de prison pour
«manifestation d’autorité», alors qu’ils avaient seulement utilisé leur
titre de müfti dans des documents écrits.
Le problème des muftis est le même que celui des imams en
France. L'islam ne connaît pas de clergé institué, donc peut se déclarer imam
ou müfti toute personne élue par une communauté donnée. Le problème est
grand quand le jeu devient politique entre consulat de Turquie et l'autorité
régionale grecque. Pour éviter que se multiplient des muftis professant des
idées nationalistes, les autorités grecques ont décidé d'obliger les müftis
à être agréés par les autorités régionales, un peu comme ce qui se fait en
France avec les imams pour limiter les mosquées islamistes. Évidemment, une telle
initiative est source inévitable de conflits au plan local.
4.3 L’Administration publique
Le turc est absent de tout usage officiel dans l’Administration grecque,
puisqu’en vertu du traité de Lausanne la langue de la minorité doit
concerner les affaires religieuses (celles de l’islam). Ainsi, tous les
services gouvernementaux, incluant les hôpitaux et les soins de santé, ne sont
assurés qu’en grec.
Depuis 1977, tous les noms de lieux et noms de rues de trois préfectures où
les Turcs étaient concentrés ont été changés: les noms turcs ont été
supprimés et remplacés par des noms grecs. De plus, un décret interdisait l’emploi
des anciens noms à des fins officiels sous peine d’amende ou d’emprisonnement.
La mention du toponyme ou de l’odonyme turc entre parenthèses après ou en-dessous de celui en grec a été également interdite par les autorités. Cette
pratique a été étendue à tout le pays et il n’existe à l’heure actuelle
aucune affiche en une autre langue que le grec ou... l’anglais. En effet,
l'affichage en langue anglaise est accepté dans les lieux touristiques pour des
raisons pratiques. En fait, cette tolérance ne change en rien la règle de
l'unilinguisme grec aux dépens des langues minoritaires du pays (macédonien,
bulgare, turc, albanais ou arménien).
Le gouvernement grec a lui-même reconnu il y a quelques années qu’il
existait un régime de discrimination administrative au détriment des
minorités. Depuis, l’Administration grecque en Thrace semble plus tolérante.
Des fonctionnaires turcs prennent l’initiative de diffuser des communiqués et
autres publications pratiques en turc, sans trop encourir de tracasseries
administratives.
4.4 Les droits scolaires
Le système d'éducation en Grèce possède une structure
plutôt conservatrice et demeure sous contrôle strict du gouvernement. En
raison de l'accent mis sur le christianisme présenté à partir d'un point
de vue orthodoxe, les élèves non orthodoxes et non chrétiens sont
dispensés des cours de religion. Les programmes sont uniformes pour
toutes les écoles publiques et privées, et ils sont déterminés par le
ministère de l'Éducation et du Culte.
Il existe des écoles maternelles (ou préscolaires) facultatives, le
Nipiagogio, qui accueillent les enfants dès l’âge de trois ans et demi.
L’école est obligatoire en Grèce durant les neufs premières années, soit de de 6
à 15 ans. Les élèves doivent d'abord fréquenter une école primaire, le
Dimotiko, pendant six ans, au cours de laquelle ils doivent apprendre à
maîtriser le grec oral et écrit, puis passer à l'école secondaire, le
Gymnasio (ou collège), pendant trois ans. Il existe aussi en Grèce des
collèges d'éducation musicale, des collèges d'enseignement interculturel et des
collèges dotés d'une section sport. À la sortie du Gymnasio, les élèves
peuvent s’inscrire dans un lycée, le Lykeio, c'est-à-dire un
établissement d’enseignement général, technique ou polyvalent. Pour les élèves
de ce niveau d’études, le système d'éducation propose aussi des écoles
professionnelles et techniques. À partir de la 2e
année, il faut choisir entre la filière dite «théorique» et la filière dite
«sciences et technologie». À la fin de la 3e
année du lycée, les élèves subissent des examens dans le cadre de leur
établissement pour obtenir le diplôme de fin d'études du lycée.
Pour s’inscrire
dans une université ou un institut supérieur de technologie, tout étudiant doit
passer un examen d'admission. Dans tous les établissements d'enseignement, le
grec constitue la langue d'enseignement. L'un des objectifs de l’éducation
grecque est de «développer la conscience nationale et religieuse». Quant aux
écoles privées, elles dispensent leurs cours dans des établissements distincts
pour le primaire et le secondaire, et elles sont tenues de respecter les mêmes
programmes scolaires que les écoles publiques.
- Les écoles interculturelles
Compte tenu de la présence de plus en plus nombreuses de
communautés issues de l'immigration, la Grèce a entrepris de créer en 1996 des
«écoles interculturelles» destinées aux enfants provenant surtout des mariages
mixtes, des enfants d'immigrants, des enfants turcs et tsiganes ou juifs, ou aux
expatriés dont les parents travaillent pour les délégations de leur pays. Ces
écoles sont publiques et gratuites pour tous, et offertes dans tous les
départements du pays (les 51 nomes). Il en existe une trentaine qui sont
publiques, et une douzaine, qui sont privées. La pédagogie est axée sous forme
de jeux (jeux de sociétés, cuisine et danse traditionnelle, folklore, etc.). Les
écoles interculturelles sont présentes dans les maternelles, au primaire et au
secondaire.
Cette éducation dite «interculturelle» (Διαπολιτισμική
Εκπαίδευση) consiste, entre autres, à sensibiliser les élèves à leurs cultures
et leurs valeurs propres. Ces écoles intègrent donc le folklore, la langue, la
littérature, les arts propres à diverses communautés ethniques. On espère ainsi
faire mieux connaître la contribution de chacun des groupes ethnoculturels dans
l’édification de la société grecque. Pour résumer la problématique, l'éducation
interculturelle consiste en principe, d’une part, en un accueil d’intégration, dont
l'objectif est de rendre la culture d'accueil et ses valeurs accessibles aux
autres; d'autre part, en un accueil d'acceptation des autres cultures
pour la société dominante au lieu de chercher uniquement à les transformer.
Normalement, cet enseignement interculturel suppose que les enseignants maîtrisent
la langue maternelle des élèves, que ce soit le turc, l'arménien, le bulgare,
etc. L'objectif principal des écoles interculturelles consiste à mieux intégrer
les enfants d'immigrants dans leur pays d’accueil, tout en souhaitant préserver
la langue et la culture du pays d’origine de leurs parents. Ce sont là les
principes de bases qui devraient guider les établissements d'enseignement qui
ont opté pour l'éducation interculturelle.
Or, en Grèce, cet enseignement apparaît plutôt contestable au point
de vue pédagogique, car les enseignants ne sont pas tenus de maîtriser la langue
maternelle (étrangère) de l’élève; cette langue n’est pas enseignée comme deuxième
langue (après le grec) dans les établissements concernés. Le seconde langue enseignée après le
grec est l'anglais; la troisième, le français. Dans les faits, au lieu de se
familiariser avec leur langue maternelle, les élèves doivent apprendre les
éléments de deux nouvelles langues, la grammaire grecque et la grammaire
anglaise, sinon la grammaire française. En raison des problèmes de communication
et de la diversité des populations réunies, le niveau de ces classes demeure
relativement reste bas. Dans les faits, la mission des écoles interculturelles
est d'enseigner la langue et la culture grecques.
Bref, la présence accrue
d'élèves étrangers dans les écoles primaires et secondaires, ce qui représente
au moins 10 % des élèves, n'a pas eu pour effet de modifier ni le contenu ni la
vision ethnocentrique du système d'éducation grec. Les immigrants ne peuvent pas
apprendre leur langue maternelle; les langues étrangères (anglais et français)
demeurent peu enseignées. Ce sont des cours plus ou moins intensifs de langue et
de culture grecques. Ainsi, ces écoles ne sont interculturelles que de nom,
car ce sont en réalité des classes d'accueil destinées à immerger les enfants
d'immigrants dans la société grecque. À ce stade, nous devons affirmer que
«l'éducation interculturelle» n'est pas encore une réalité dans le système
scolaire grec. Rappelons que le nombre d’élèves dans ces
écoles est estimée en Grèce à environ 1,2 million de personnes. C'est la
loi 2413/96 sur l'organisation des écoles d'éducation
interculturelle qui régit ce type d'école.
- Les langues étrangères
L’anglais est une matière obligatoire pour tous les élèves
à partir de la troisième année du primaire en raison de trois heures par
semaine. Au secondaire (Gymnasio), les élèves doivent choisir entre
le français et l’allemand en tant que deuxième langue étrangère obligatoire.
L’anglais est enseigné à raison de trois heures par semaine en première année,
et de deux heures par semaine en deuxième et troisième année. Le français et
l’allemand sont dispensés pendant les trois années en raison de deux heures par
semaine. En fait, le français tient le statut de seconde langue étrangère après
l’anglais. Un enseignement de rattrapage est offert l’après-midi aux élèves qui
en ont besoin, sous forme de cours spéciaux de langues vivantes.
Dans l'enseignement secondaire supérieur, le lycée ou
Lykeio, l'anglais demeure l'une des matières enseignées dans le cadre de
l'enseignement général. Lors de la première année, l'anglais est enseigné trois
heures par semaine et dans les 2e et 3e année, l'anglais est enseigné durent
deux heures par semaine. Le français ou l'allemand reste une matière facultative
dans le programme. Dans les écoles professionnelles techniques (TEE), dans les
première et deuxièmes classes du premier cycle de l'enseignement technique et
professionnel, l'anglais est enseigné pendant deux heures par semaine dans
toutes les spécialités, sauf pour les spécialisations des arts appliqués, où le
français est enseigné pendant deux heures par semaine.
Dans l'enseignement supérieur, l'angais est la langue étrangère obligatoire dans
toutes les universités et instituts d'enseignement technologique, suivie par un
enseignement facultatif des langues étrangères, comme le français, l'allemand,
l'italien, l'espagnol, le russe, l'arabe, etc., selon le curriculum de chaque
établissement d'enseignement technologique ou universitaire. Sauf pour les
langues étrangères incluses dans les programmes, il existe aussi des cours de
langues issues des pays voisins comme le bulgare, le roumain, le serbe et le
turc, en fonction de l'offre de la part des établissements d'enseignement.
- Les minorités turques
Pour les minorités, c’est encore le traité de Lausanne qui
fixe le cadre de l’enseignement
en langue turque pour la Thrace. Mais cet enseignement ne s’est réellement
concrétisé qu’à partir de 1951. Depuis, le gouvernement a adopté une série de lois scolaires réglementant
l’accès et les droits à l’enseignement en turc: la loi 694 du 16 septembre
1977 sur les écoles minoritaires de la communauté musulmane de la Thrace
occidentale; la loi 682/1977 sur l'instruction privée; la loi 695 du 16
septembre 1977 sur le règlement des problèmes concernant l'enseignement et le
personnel de surveillance dans les écoles minoritaires et à l’École normale
spéciale; le décret ministériel no 55369 du 16 mai 1978 sur les problèmes
d'inscription, de transport, des études, des examens, des diplômes et autres
sujets scolaires relatifs aux écoles minoritaires de la minorité musulmane en
Thrace occidentale. Les autorités grecques n'ont jamais permis aux Pomaques de
recevoir leur instruction dans leur langue, le pomaque, de peur de les
rapprocher culturellement de la Bulgarie. Tout au plus, le pomaque est toléré dans les écoles
maternelles comme langue véhiculaire entre enseignants et parents. Comme ils
sont de religion musulmane, les Pomaques ont aussi accès à un enseignement en
arabe, comme les turcophones. Généralement, les Pomaques sont trilingues: ils
parlent le pomaque, le grec et le turc, l'arabe demeurant une langue liturgique.
Conformément à la législation en vigueur, la parents turcophones ou
considérés comme tels (par exemple, les Tsiganes et les Pomaques) ont le droit d’exiger, sur demande expresse, que leurs enfants fréquentent une école primaire
— il
n’y a pas d’écoles maternelles turques — où l’on garantit un
enseignement en turc dès la première année. Cet enseignement est assuré
durant les six années du primaire et il est cofinancé par l’État grec.
Toutes les écoles turques — de confession musulmane — sont ouvertes aux
Pomaques et aux Tsiganes, mais aussi aux slavophones (orthodoxes) habitant en
Thrace occidentale.
On dénombre environ 250 écoles primaires turques regroupant quelque 12 000 élèves.
Toutes ces écoles sont tenues d’offrir un enseignement bilingue: la moitié
des disciplines est enseignée en turc, l’autre, en grec. Depuis la nouvelle
loi scolaire de 1995, l’enseignement de l’anglais et devenu obligatoire. Il faut
ajouter aussi que l'instruction, telle qu'elle est pratiquée chez les
turcophones de Grèce, apparaît comme totalement inadaptée au monde moderne: les
enfants sont scolarisés dans la langue turque, alors qu'ils parlent le «turc de
Thrace», le bulgare (pomaque) ou le tsigane (Roms). De plus, ils sont placés
sous l’autorité de l’État grec et des autorités musulmanes qui emploient l'arabe
coranique.
Au secondaire, l’enseignement en turc n’est plus garanti; on ne compte
que deux écoles secondaires turques, qui doivent demeurer bilingues et exiger
à l’admission la réussite d’un examen en langue grecque. C’est pourquoi
une majorité d’élèves (de 60 % à 70 %) préfère poursuivre ses études en
Turquie; les autres fréquentent les établissements grecs.
Pour ce qui est de l’enseignement supérieur, jusqu’en 1991, tous les
turcophones (et les autres minorités) étaient exclus de l'enseignement
supérieur sous prétexte qu'ils ne connaissaient «pas suffisamment le grec».
Ceux qui désiraient fréquenter l’université devaient s’expatrier en
Turquie. Depuis 1995, la loi scolaire oblige les universités de Thrace à
pratiquer un programme de discrimination positive à l’intention des élèves
turco-musulmans désirant accéder aux études supérieures. La loi prévoit que
200 places (soit 2 %) doivent obligatoirement être occupées par des étudiants
musulmans. Jusqu’ici, environ 50 élèves ont soumis chaque année une demande
d’admission dans ces universités.
Cela dit, les écoles turques vivent de graves problèmes. Le plus
préoccupant semble concerner la formation insuffisante des enseignants. Avant
1968, la plupart des professeurs embauchés provenaient du monde arabe en raison
de leur familiarité avec l’islam. Depuis, seuls les musulmans diplômés de l’École
normale spéciale de Thessalonique et ceux des universités grecques
ont le droit d’enseignement dans les écoles turques de Grèce. Or, les futurs
professeurs grécophones orthodoxes, même après quatre années d’études, ne
reçoivent aucune formation pour enseignement le grec comme langue seconde,
alors que les candidats turcophones ne bénéficient que d’une formation
sommaire de deux ans.
Un autre problème provient de la mauvaise qualité des manuels scolaires
de langue turque. La plupart des élèves disposent encore de vieux manuels datant
des années cinquante. La cause est complexe : la Turquie ne veut pas que soient
imprimés en Grèce des manuels en turc, car elle estime qu'elle seule peut
fournir de tels manuels. Mais la Grèce bloque l'importation de manuels turcs en
rétorsion à la non-application des accords de Lausanne par la Turquie. Lorsque
le gouvernement grec a déjà, dans le passé, fait imprimer certains livres
modernes en turc, il s’est heurté à une vivre opposition non seulement de la
part de la Turquie, mais aussi de la part de la minorité. Pourtant, un ministre
de l'Éducation, M. Georges Papandréou, le fils de l'ancien premier ministre, a
admis en juin 1995 que le système scolaire grec véhiculait des stéréotypes
racistes et antisémites, et que les manuels scolaires alimentaient non seulement
l'antisémitisme, mais aussi les sentiments de xénophobie. Pour les manuels
scolaires grecs, plusieurs commissions bilatérales de révision des manuels ont
été instituées entre la Grèce et la Turquie et, récemment, entre la Grèce et
l'Albanie. Le but est de nettoyer les mentions hostiles et xénophobes vis-à-vis
des voisins dans chacun de ces pays. Pour la vétusté des manuels turcs, c'est
une situation indéniable. Par ailleurs, l'état de l'enseignement aux Grecs de
Turquie est encore plus lamentable (nomination des enseignants systématiquement
reportés au second trimestre empêchant la tenue des enseignements durant
l'automne, manuels datant des années cinquante, écoles confisquées régulièrement
par l'État). Dans ce jeu de chassé-croisé diplomatique, les minorités de Thrace
s'avèrent être les éternels otages.
Enfin, les faits démontrent qu’un nombre important d’élèves habitant
les régions rurales et les villages ne complètent pas leur cours secondaire.
Conséquemment, beaucoup d’entre eux sortent de l’école primaire avec une
connaissance plus ou moins limitée de la langue grecque.
Les inspecteurs du Conseil de l'Europe ont constaté de
grandes disparités de niveau entre les écoles minoritaires et les écoles de la
majorité grecque en Thrace. Les écoles minoritaires ne sont pas du même niveau
que les écoles de la majorité. C'est pourquoi beaucoup de membres de la minorité
choisissent d'envoyer leurs enfants dans les écoles de la majorité afin de leur
garantir une instruction de qualité. Il n'existe que deux établissements
secondaires supérieurs pour les minorités en Thrace et deux écoles religieuses (medrese)
à Komotini et Echinos. De plus, l'accès à une instruction de qualité semble
particulièrement difficile dans les villages de montagnes, là où habitent
essentiellement les Pomaques.
- Les enfants tsiganes
En ce qui a trait particulièrement aux enfants tsiganes,
ils sont totalement exclus du système d'éducation dans la mesure où ils sont
victimes de discrimination raciale et, en raison de leur extrême pauvreté, ils
n'ont pas la possibilité de compléter leur instruction primaire de base, que ce
soit en turc ou en grec. En effet, de nombreux enfants tsiganes (roms) en Grèce
sont soumis à la ségrégation dans des écoles ghettos ou des classes réservées,
dispensant un enseignement de qualité inférieure. Certaines autorités
municipales et scolaires entravent volontairement l'accès des enfants tsiganes à
l'éducation en refusant d'inscrire les élèves dans les écoles locales ou en les
dispersant loin de leur lieu de résidence, sans parler le refus de leur fournir
un transport scolaire adapté. En conséquence de cette pratique, les enfants
tsiganes placés dans des écoles éloignées de leur foyer ne sont pas scolarisés,
faute de transport. Cette pratique est fondée sur une notion raciste laissant
supposer que les enfants tsiganes sont moins aptes que les autres enfants et que
leur présence à l'école aura pour effet d'empêcher les enfants non tsiganes
d'atteindre de bons résultats. Dans d'autres cas, les autorités scolaires
«oublient» simplement qu'il existe des enfants tsiganes d'âge scolaire dans leur
région, lesquels doivent être inscrits à l'école. Évidemment, cette attitude
anti-tsigane entretenue par les responsables locaux et la communauté majoritaire
constituent un sérieux obstacle pour l'intégration des Tsiganes dans la société
grecque. Dans son rapport de février 1999 au Comité des Nations unies pour
l'élimination de la discrimination raciale, le gouvernement grec a rédigé ce
commentaire:
|
Unfortunately, the attitudes of local communities, as expressed
through the attitude of local government bodies, constitutes, in a
number of cases, a basic obstacle in every attempt at reform and
efforts to improve conditions. It is obvious that, in relation to
the perceptions and attitudes of the majority of the population
towards this particular social group, invisible but powerful
mechanisms leading to a way of thinking or mentality that runs
counter to the aims of the programme still exist. |
[Malheureusement, les
attitudes des communautés locales, tel qu'elles sont exprimées à
travers l'attitude des collectivités locales, constituent, dans un
certain nombre de cas, un obstacle fondamental à toute tentative de
réforme et d'efforts pour améliorer les conditions scolaires. Il est
évident que, en ce qui concerne les perceptions et les attitudes de
la majorité de la population envers ce groupe social particulier, il
existe toujours des mécanismes invisibles mais puissants conduisant
à un mode de pensée ou de mentalité allant à l'encontre des
objectifs du programme.] |
Même pour les enfants tsiganes qui
terminent de façon plus ou moins sporadique leur école primaire, il existe
une forte tendance à l'abandon scolaire lorsque les enfants atteignent l'âge
de 12 ans. Selon les propres estimations du gouvernement grec, soixante pour
cent des Tsiganes dans le groupe d'âge des 18-50 ans n'ont jamais fréquenté
l'école et sont en fait des analphabètes; une autre tranche de 22 % est
considérée comme fonctionnellement analphabète, car les individus n'auraient
fréquenté l'école primaire que de façon épisodique. Il ne reste que 18 % des
Tsiganes qui ont terminé avec succès leurs études primaires et ont obtenu un
diplôme d'études, ce qui comprend ceux qui n'ont obtenu qu'un diplôme
primaire seulement sans jamais avoir commencé ou terminé leur secondaire.
Le quasi-refus de reconnaître le droit à
l'instruction à la minorité tsigane touche particulièrement la communauté
musulmane de la Thrace occidentale. Or, comme les Tsiganes musulmans de
Thrace forment une partie de la minorité musulmane, ils ont le droit, en
vertu du traité de Lausanne de 1923, de recevoir leur instruction en turc
(non en tsigane), la seule langue officiellement reconnue chez une minorité
en Grèce. Ce droit est nié dans les faits.
4.5 Les médias
Les turcophones se sont dotés de plusieurs journaux (une dizaine de
périodiques) dans leur langue. Il y a peu de temps, les journalistes turcs
étaient
souvent harcelés par la police qui les empêchait de faire leur travail. Il en
était ainsi pour les journalistes étrangers qui voulaient faire des reportages, par
exemple, sur les Turcs, les Macédoniens ou les Bulgares. Cependant, cette
situation n'a plus cours. Pour qui lit régulièrement la presse grecque, un
effort semble être fait depuis quelques années en faveur d'une meilleure
perception des étrangers, tandis que les dérives xénophobes sont régulièrement
l'objet de critiques. De même, la presse turque en Thrace est en principe libre,
même s'il y a une volonté des autorités locales de maintenir le statu quo,
la peur principale est un «dérapage à la bosniaque».
La radio d’État diffuse quotidiennement en turc de courts bulletins de
nouvelles et quelques rares émissions d’information. La mairie de Komotini en
Thrace retransmet depuis quelques années une chaîne privée en langue turque. Comme
les ondes ne sont plus brouillées entre la Grèce et la Turquie, les
turcophones de Grèce peuvent capter, grâce à des antennes paraboliques, la
plupart des émissions de radio et de télé en provenance de la Turquie.
La presse est libre en Grèce, mais un certain nombre de sujets
peuvent entraîner l’emprisonnement
de journalistes pour «diffamation» et «insulte», notamment les critiques à
l’égard de la religion, les relations avec les pays voisins, surtout la
Macédoine, la Bulgarie et la Turquie, et... la question des minorités. À ce
propos, la presse grecque est reconnue en Europe comme étant l’un des plus
grands générateurs de haine raciale dans ce pays. Les minorités nationales
sont plus souvent qu’à leur tour prises à partie par les médias.
5 Les
minorités non reconnues
Les minorités qui ne bénéficient d’aucun statut juridique sont,
rappelons-le, les Turcs chrétiens, les Macédoniennes et les Bulgares, les
Aroumains et les Albanais. Toutes ces minorités linguistiques n’habitent pas
la Thrace et ne bénéficient pas des dispositions du
traité de Lausanne. Il ne reste d’autre texte juridique que l’article 5 de la
Constitution grecque de 1975:
|
Article 5
Toute personne vivant sur le territoire grec verra sa vie, son honneur et
sa liberté entièrement protégés sans que sa nationalité, sa race ou sa
langue et ses croyances religieuses ou politiques soient prises en compte. Les
seules exceptions acceptées sont celles prévues par le droit international.
|
Il s’agit de dispositions relatives au principe de la non-discrimination.
Or, on sait ce que valent de telles dispositions. Pour simplifier, on peut dire
que ces textes ont constitué un formidable écran de fumée destiné à
endormir les puissances alliées de l’époque... et les minorités. Le
traité de Lausanne en 1923 était peut-être révolutionnaire pour l’époque, mais
les mentalités ont bien changé aujourd’hui en ce qui a trait aux minorités
nationales... sauf en Grèce.
La situation actuelle est très simple. Aucune des minorités mentionnées
ici — Turcs chrétiens, les Macédoniens et les Bulgares, les Aroumains et
les Albanais — n’ont obtenu aucun droit linguistique quelconque. En effet,
ils ne bénéficient d’aucun service public ni d’aucune présence dans l’enseignement.
Un exception: les slavophones de la Thrace peuvent fréquenter les écoles de
langue turque si cela leur convient. Dans les médias, les Albanais et les
Aroumains n’ont pas de journaux et encore moins d’émissions radiophoniques
ou télévisées. Dans certaines régions slavophones, il est possible de capter
des émissions en provenance de radios ou de stations de télévision de la
Bulgarie et de la république de Macédoine. Par ailleurs, un mensuel bilingue
(grec-macédonien) est publié à Florina.
6 La propagande anti-minoritaire
En Grèce, il est considéré comme normal que des personnalités politiques
importantes prennent ouvertement position pour nier l’existence des minorités
ethniques, que ce soi les Turcs, les Macédoniens, les Albanais, etc. D’ailleurs,
en décembre 1998, le ministre grec des Affaires étrangères, M. Thedoros
Pangalos, ne déclarait-il au sujet de la question des minorités à des
journalistes occidentaux: «C’est une invention d’intellectuels et de
journalistes pervers.» On peut trouver d’autres cas similaires. Ainsi, en
août 1998, le président du Parlement grec, Apostolos Kaklamanis, a nié
l'existence d'une minorité nationale turque et appelé à
«l'homogénéisation» de la «population grecque orthodoxe et musulmane de la
Thrace». En décembre de la même année, de savants nationalistes grecs ont
été honorés par l’Académie de Grèce et décorés par le président de la
République, alors qu’ils avaient ouvertement contribué à la propagande
anti-minoritaire. L’État grec reste le seul État balkanique qui refuse
encore de reconnaître l'existence de minorités nationales sur son territoire.
D'ailleurs, dans son troisième rapport sur la Grèce (5 décembre 2003), la
Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) notait
qu’en Grèce les personnes qui souhaitent exprimer leur identité
macédonienne, turque ou autre ont à faire face à des préjugés et des stéréotypes,
et sont parfois victimes de discrimination et d’atteintes à leur liberté
d’association.
6.1 Les Turcs
La Turquie constitue l’un des sujets les plus litigieux qui soient dans le
pays et la langue turque apparaît comme le symbole de l'ennemi héréditaire de
la Grèce. Les conflits incessants entre la Grèce et la Turquie à propos de l’île
de Chypre revendiquée par les deux États n’ont certes pas aidé la cause des
«Turcs de Grèce».
Depuis de nombreuses années, la Grèce a même développé une véritable
politique répressive à l’égard de «ses» Turcs. Plusieurs faits peuvent
illustrer cette réalité. Il y a plusieurs dizaines d’années, en France, on
punissait les enfants bretons qui parlaient breton à l’école. En Grèce, on
punissait encore, il y a quelques années seulement, les petits enfants qui
parlaient bulgare, albanais ou turc en les confiant à des crèches
hellénophones d’État pour leur faire apprendre le grec. On ne procède plus ainsi
aujourd’hui, mais il est curieux de constater que les autorités aient
interdit l’emploi de l’adjectif turc dans les titres
identifiant les associations et autres formes de corporation publique. C’est
ainsi qu’en 1986 l’Association des enseignants turcs de la Thrace
occidentale était dissoute par un tribunal de la ville de Komotini. En
1996, un professeur d’une école minoritaire de la ville de Xanthi a été
suspendu pour une année parce qu’il avait qualifié son école d’école
turque plutôt que d’école de la minorité. De façon
générale, il est illégal de nommer turc / turque un
établissement public ou une association quelconque. C’est pourquoi toutes les
associations dites «turques» ont été dissoutes. D’après de nombreux
journalistes, les «musulmans turcs» font régulièrement l’objet de répression
de la part des forces policières et de l’administration grecque. Il est illégal
d'employer le terme turc, car il transgresse les accords de Lausanne, et
c'est aussi pour les Grecs une mesure d'équivalence à l'interdiction du terme
grec en Turquie. Pensons que le patriarcat grec orthodoxe d'Istanbul doit
d'appeler officiellement «patriarcat turc orthodoxe» ("Türk rumi patriarcanesi").
En octobre 1998, un tribunal de Komotini a refusé à des musulmans
l'inscription de l'«Association d'ecclésiastiques des Saintes Mosquées de
Thrace occidentale», parce que les mots «Thrace occidentale»
«pouvaient être interprétés comme un défi malveillant et intentionnel
lancé au caractère grec de la Thrace». Le tribunal en a décidé ainsi, bien
qu’aucune autre association ne comportait dans sa dénomination ce nom par
ailleurs encore employé comme terme géographique en Grèce. Mais il n’y
a pas que les Turcs de Grèce qui se plaignent de l’attitude répressive de l’État
à leur égard. Si le terme de Thrace occidentale est refusé, il
en va de même en Turquie où le terme de Thrace orientale est tabou: il
rappelle en effet que cette région appartenait à la Grèce jusqu'en 1923.
De plus, depuis les années 1990, le gouvernement grec a
installé dans la région de la Thrace un grand nombre de «Pontiques», ces Grecs
des rivages de la mer Noire, qui ont quitté l’ancienne Union soviétique, dans le
but de modifier les rapports de force ethniques.
6.2 Les Macédoniens
On connaît l'antipathie grecque pour le symbole même de la république de
Macédoine, ce petit pays qui a dû changer jusqu'à son nom et son
drapeau parce que la Grèce considérait que ceux-ci faisaient partie de son
héritage historique. La Grèce continue de contester le nom de la «république
de Macédoine» parce qu’elle considère qu'aucun autre pays n'a le droit de
porter le même nom que la province de Macédoine du nord de la Grèce. Quant à
la langue macédonienne, officiellement «elle n’existe pas», car c’est un
«pseudo-langage» purement inventé par des idéologues. En mai 2010, le
président de la Grèce, M. Karolos Papoulias, déclara à la presse: «Les
Macédoniens n'existent pas comme nation séparée, ce sont des Bulgares qui ont
usurpé l'histoire, et le nom de la Macédoine.» Ces propos témoignent de
l'idéologie xénophobe des dirigeants grecs. Il est vrai que, au moment de
l'indépendance, la Macédoine avait rappelé à l'article 1 de la Constitution sa
«vocation» à «réunifier» tous les
territoires «macédoniens», soit en fait la Macédoine grecque, d'où proviennent
les insignes et le premier drapeau en question de ce jeune pays. Certains
croient aussi que la république de Macédoine n'a pas à s'attribuer exclusivement
une appellation régionale («Macédoniens») que les Albanais, les Grecs et les
Bulgares partagent aussi.
Le fond du problème est que la «Macédoine» a failli faire
renaître le «conflit macédonien», si sanglant, du début du XXe
siècle, ce qui explique le caractère enflammé des réactions de part et d'autres
(en Bulgarie aussi). N'oublions, pour la petite histoire, que c'est précisément
en Macédoine, alors ottomane, qu'a été créé le premier mandat international avec
gendarmerie étrangère, à l'image ce qui existe de nos jours en Bosnie, ce qui
permet de mieux saisir la dimension du problème, moins insignifiant qu'il n'y
paraît de prime abord. Les autorités de Skopje, à la recherche compréhensible
d'une doctrine historique assurant la cohésion du pays, cultivent depuis
volontairement la confusion entre le terme géographique de Macédoine et le terme
historique, poursuivant cette exploitation systématique de l'histoire antique si
caractéristique des Balkans. Ainsi, dans les écoles de «Macédoine», il est
actuellement enseigné qu'Alexandre le Grand était «macédonien» (soit «slave
macédonien» dans ce contexte) et qu'il parlait déjà le «slave», et ce, neuf
siècles avant l'arrivée des populations slaves dans la région!
La minorité macédonienne de Grèce se plaint d’être harcelée et
maltraitée par la police en plus d’être privée de sa liberté d’expression.
L’organisation Amnistie International a souvent protesté contre le fait que
des Macédoniens seraient même physiquement torturés par la police. De plus,
les Slaves macédoniens affirment qu’il ne leur est pas permis d'ouvrir des écoles
publiques pour instruire leurs enfants dans leur langue maternelle. D'ailleurs, la
Grèce a déjà été condamnée par le Tribunal européen pour les Droits de
l'homme pour la violation de la liberté d'association parce que les tribunaux
grecs n'ont pas permis en 1990 la création de la Maison de la civilisation
macédonienne. Le Tribunal européen a mentionné qu’il était nécessaire
pour le gouvernement grec de respecter les documents de l'OSCE (Organisation pour
la sécurité et la coordination en Europe) qu'il avait signés, mais qu'il avait
considérés comme étant simplement déclaratifs et sans valeur juridique.
6.3 Les Bulgares
Quant aux Bulgares, il n’en est jamais fait mention dans le pays. Les
minorités bulgares sont ignorées parce qu’ils font partie, avec la Grèce,
des ennemis historiques de la Grèce. La Bulgarie ne reconnaît pas plus de
minorités (contrairement à la Roumanie) et la situation des Grecs de Bulgarie
n'est pas reluisante. Toutefois, les Bulgares ne représentent plus depuis les
années soixante-dix des «grands ennemis», date à laquelle Grecs et Bulgares ont
cessé leur revendication territoriale croisés et ont allégé leur dispositif
militaire.
6.4 Les
Arvanites
Les Arvanites (Gréco-Albanais), pour leur part, sont devenus la cible d’une
politique radicale d'assimilation; le gouvernement grecs a interdit l’emploi
public de la langue maternelle et les noms de lieu albanais ont été
hellénisés. Quant à la minorité tsigane, elle est systématiquement soumise
à la discrimination dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et du
logement, et est régulièrement expulsée et violentée par la police grecque.
7 Le droit international et les minorités
La législation grecque interdit la discrimination fondée sur l'origine
ethnique, mais l'article 19 du Code de la nationalité prévoit que les
citoyens grecs qui n'appartiennent pas à la communauté de souche grecque
peuvent être déchus de la nationalité lorsqu'ils quittent le pays; les
autorités grecques considèrent que ces citoyens partent sans esprit de retour.
En 1994 et en 1995, un certain nombre de personnes ont été touchées par de
telles mesures: quelque 60 000 citoyens grecs, principalement d’origine
turque, ont été ainsi privés de leur nationalité. L'abrogation de cet
article a déjà fait l'objet d'un vaste débat public et le Conseil de l’Europe
considère que l'ajustement du Code de la nationalité sur la
législation européenne commune devrait se faire sans plus tarder. Après de
multiples pressions internationales, la Grèce a finalement consenti à abolir
en 1998 cette disposition de son article 19 du Code de la nationalité,
mais sans effet rétroactif..
Il n’est pas dû au hasard que la Grèce n'ait pas encore signé ou
ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et
la Convention de l'UNESCO concernant la lutte contre la discrimination dans
le domaine de l'enseignement. Il serait urgent qu'elle le fasse au plus
tôt. Heureusement, en 1997, le gouvernement grec a signé mais non ratifié la
Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. Bien
sûr, le gouvernement a déclaré que la Convention ne s'appliquerait qu'à la
minorité musulmane, puisque c'est la seule reconnue. En outre, le
Conseil de l’Europe recommande à la Grèce d’accepter l'article 14 de la
Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de
discrimination raciale et d’envisager la signature et l'adoption de l'Accord
européen concernant les personnes participant aux procédures devant la
Commission et la Cour européennes des droits de l'Homme. Enfin, on espère
que la ratification du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques de 1966, actuellement en cours d'examen au Parlement grec,
interviendra dans les plus brefs délais. À l'heure actuelle, il n'existe pas
en Grèce d'organisme spécialisé chargé des questions de racisme et
d'intolérance.
Pourtant, le pays est encore aux prises avec un évident
climat de xénophobie, bien
encré non seulement dans les mentalités, mais surtout dans les médias et l’Administration
publique. Selon le Greek Helsinki Monitor, les décisions
gouvernementales destinées à instaurer le respect des normes internationales
en matière des droits de l’homme ou des droits des minorités linguistiques
se heurtent trop souvent à la résistance de la part de fonctionnaires qui
agiraient comme un «État fantôme» et saperaient systématiquement les
quelques rares politiques d’ouverture du gouvernement. Par ailleurs, celui-ci semble
se montrer réticent quand il s’agit de s’opposer à cette résistance
bureaucratique.
Terminons en relevant un fait datant du 2 février 2001, qui
illustre la perception qu'on a des langues minoritaires en Grèce. Le 1er juillet 1995, lors de la Rencontre panhellénique annuelle
des Aroumains (Société de culture aroumaine) à Naoussa, M. Sotiris Bletsas,
un architecte grec, a remis au président de ladite association une publication
en langue anglaise du Bureau européen pour les langues moins répandues, dans
laquelle il était mentionné que, dans certaines régions de Grèce, on parle,
outre le grec, «cinq autres langues». L’architecte fut poursuivi pour
«diffusion de fausse information » et déféré devant la 10e cour
d’Athènes, le 2 février 2001. Lors du procès, la cour a décidé que la mention des «langues autres que le grec» parlées en Grèce
constituait «un délit criminel». Et le tribunal a condamné l’accusé
Sotiris Bletsas à 15 mois de prison et à 500 000 drachmes (environ 1300 $US),
l'accusé ayant même aggravé son cas en faisant référence à son «idiome» maternel, le
turc. Des députés du Parlement européen ont dénoncé l’article 191 du Code
pénal grec, qui permet de telles accusations se référant au concept de
«dissémination de fausses information». Selon la 10e cour
d’Athènes: «Nulle part en
Grèce on ne parle d'autre langue que le grec.» Le procureur du gouvernement
grec a
déclaré ce qui suit à l’issue du procès:
|
Nous avons traité d’un problème important qui peut être résumé par
les vers du poète: «Ma langue est le grec!» La question de la langue est
fondamentale. Nous sommes en train de parler d’un facteur décisif dans la
formation de la conscience nationale, d’un critère racial. L’accusé
aurait dû faire davantage attention en distribuant ce feuillet.
|
Il a été également question du Bureau pour les langues moins répandues, l’organisme
responsable du texte incriminé. Le président de la cour a conclu ainsi:
«Peut-être que les Européens n’ont pas été bien informés. La personne
qui a rédigé le texte devrait être identifiée et en subir les
conséquences.» Comme quoi, encore une fois, le ridicule ne tue point en Grèce,
surtout lorsqu'il est question de langue!

En fait, les Grecs mènent la vie dure aux Turcs de leur pays, mais les Turcs de
Turquie font de même à «leurs» Grecs. Il semble que la Grèce redoute une
éventuelle balkanisation de son territoire et qu’elle chercherait ainsi à se
protéger de ses puissants voisins turcs. Les causes d’une telle attitude
d’hostilité et de fermeture de la part de la Grèce envers ses minorités sont
nombreuses. Elles reposent en partie sur l'homogénéisation ethnique du pays, qui
compte près de 90 % de Grecs. Mais le rôle de l'Église orthodoxe grecque n'y est
certainement pas étranger, car depuis des siècles celle-ci n'a jamais cessé de
fournir à l'État grec ses ressources idéologiques et spirituelles, lesquelles
ont permis de façonner la cohésion nationale et la continuité de la souveraineté
de l’État. De plus, l'armée et le système d'éducation ont toujours été des
mécanismes de reproduction de l'idéologie nationaliste. Il faut ajouter à ces
causes une compréhension restrictive des engagements internationaux de la Grèce
au sujet de ses minorités, ainsi qu'une conception juridique étroite et déphasée
des droits civils chez les groupes minoritaires, sans parler du niveau de
culture politique très médiocre à cet égard de la part des dirigeants grecs. Ces
faits ont contribué à considérer avec restriction les droits civils et
communautaires légitimes des membres des minorités en Grèce.
De toute façon, la politique
linguistique de la Grèce n’est pas excusable. Lorsqu’un État ne peut même
pas accepter la présence d’une faible minorité turque représentant 3 % de la
population dont il n’a rien à craindre, il ne s'agit même plus d’intolérance,
mais de sectarisme et de fanatisme. Pourtant, la Grèce, qui prétend offrir au
monde l’image d’un régime démocratique, ne reconnaît aucunement ses
minorités linguistiques, mais seulement une minorité religieuse, et ne lui accorde que des droits fort limités
(quand elle les lui accorde). En Grèce, il n'existe guère de protection juridique
d'une quelconque langue minoritaire, sauf pour les Turcs dans la région de la
Thrace, en conformité avec le cadre juridique des dispositions du
traité de Lausanne, qui garantissait les
droits linguistiques scolaires pour les musulmans, mais avec les mêmes droits
pour les Grecs de Turquie. Sans cette «compensation» de la part de la Turquie,
jamais la Grèce n'aurait accepté de tels droits à «ses» Turcs. En 1997, le président de la République, M. Kostis Stephanopoulos, faisait la déclaration suivante au Conseil de l'Europe:
|
La Grèce attache une importance particulière à la lutte contre le
racisme et la xénophobie, sujet qu'elle considère comme une des grandes
priorités. [...] Par ailleurs, la mise en vigueur imminente de la
Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, convention
que mon pays vient de signer, constitue un pas très important pour la
protection des groupes minoritaires en Europe et contribuera à la
stabilité et à la paix dans notre continent.
|
Il terminait en citant cette phrase célèbre de Périclès (-495 à
-429): «Nous avons un régime politique qui n'a rien à envier à celui des
autres». Malheureusement, les politiciens d'aujourd'hui ont l'honneur d'être
perçus comme les plus mauvais gouvernants de toute l'Europe. Ils ont trafiqué
les livres de l'état et fermé les yeux sur une économie au noir qui dépasse les
20 % du PIB. Ils ont laissé enfler un appareil administratif dont l'obésité n'a
d'égale que son inefficacité. Les mégaprogrammes sociaux ont été impuissants à
soulager la pauvreté. Et une culture politique fondée essentiellement sur des
pots-de-vin qui auraient atteint, selon Transparency International, les 88
milliards d'euros, soit 120 milliards de dollars US. Comme quoi la naïveté n’a jamais fait mourir personne, parce que,
sur la question des minorités nationales, la Grèce en est encore au siècle de
Périclès! En effet, parmi les États d'Europe, la Grèce traîne nettement la patte en la
matière. L'enseignement des minorités constitue un enjeu de taille pour tous les
pays d'Europe. S'il est vrai que le droit à l'instruction est un droit
fondamental reconnu, il n’en va pas de même pour l'enseignement dans les langues
minoritaires en Grèce. D'ailleurs, les instruments contraignants du Conseil de
l’Europe allant en ce sens n’ont jamais été ratifiés par la Grèce... ni par la
Turquie.
Sans un changement fondamental de sa politique, la Grèce risque d’être pointée du doigt par les organisations gouvernementales européennes et les
organisations non gouvernementales, qui surveillent le respect des droits de l’homme
et des droits des minorités dans l’ensemble de l’Europe. La Grèce demeure
l’un des rares à ne pas avoir ratifié les traités internationaux de l’Union
européenne reconnaissant des droits réels aux minorités. L’attitude de ce
pays prétendument démocratique est actuellement non seulement indéfendable
mais proprement scandaleuse. La Grèce en est restée à la mentalité qui a
prévalu au traité de Lausanne de 1923. Si celui-ci a paru révolutionnaire
pour l’époque, les mentalités ont bien changé depuis en ce qui concerne les
minorités nationales... sauf en Grèce. Ce n'est pas pour rien que la Grèce
n'a jamais ratifié la Convention-cadre pour la
protection des minorités nationales. La Grèce semble bien mériter sa
réputation de «plus mauvais gestionnaire d'Europe».
Dernière mise à jour:
15 nov. 2011
CONSEIL DE LEUROPE. «Rapport sur la Grèce, approche pays par pays», dans
Tous différents, tous égaux, [http://www.ecri.coe.fr/fr/02/02/05/f02020512b.htm].
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Paris, Flammarion, 2000, 355 p.
DIMITRAS, Panayote Elias. «Minorités linguistiques en
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EURYDICE. «The Education System in Greece» dans Eurydice,
The Information Network on Education in Europe, Eurybase 1997, 3 ko,
25 mars 1998,
[http://www.eurydice.org/Eurybase/files/dossier.htm].
FÉDÉRATION INTERNATIONALE D’HELSINKI POUR LES DROITS
DE L'HOMME (IHF). «Grèce, Rapport annuel 1999» dans Le Courrier des
Balkans, 11 mai 1999, trad. Cécile Fisler, 32 ko.
[http://atlas.bok.net/balkans/msg00473.html].
FRANGOPOULOS, Yannis. «La minorité musulmane et les Pomaques de la
Thrace : entre islam et ethnisme» dans Cahiers d’études sur la
Méditerranée orientale et le monde turco-iranien (CEMOTI),
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1994, p.153-166.
GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS.
Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue
française / Conseil international de la langue française, 1993,
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Heraklidis, A. «Les raisons de la position de la Grèce hostile aux
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LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval,
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MERCATOR-MÉDIAS. «The Muslim minority of Greek
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de l'Union européenne, 29 avril 1997,
[http://www.mfa.gr/foreign/bilateral/musmin.htm].
VERMEIRE, Stephan. Letterkundig archivaris - Universiteit van Leuven -
Vlaanderen (België): échange important de lettres et de documents par
courrier électronique, novembre 2001.
|