|
République de Hongrie
|
Généralitésd'ordre géographique, démolinguistique
|
Capitale: Budapest
|
|
|
La république de Hongrie est un pays dEurope centrale d'une superficie de 93 030 km² et limité au nord par lAutriche et la Slovaquie, à lest par lUkraine, au sud-est par la Roumanie, au sud par la République fédérale de Yougoslavie (Voïvodine) et la Croatie (voir la carte). En hongrois, le pays a comme nom Magyar Köztársaság, c’est-à-dire littéralement «le pays magyar» ou plus précisément «le pays hongrois» ou «République hongroise». Le pays ne dispose pas d’accès à la mer. Sa capitale est Budapest. La Hongrie est divisée en collectivités territoriales, lesquelles sont des entités juridiques pouvant s'associer librement — elles ont le droit de propriété et des revenus propres. La Hongrie possède deux types de collectivités territoriales: les municipalités (villages, villes, grandes villes et Budapest) et les comtés ou comitats (voir la carte des comtés): |
Györ-Moson-Sopron, Komárom-Esztergom, Nógrád, Borsod-Abaúj-Zemplén, Szabolcs-SzatmárBereg, Haidú-Bihar, Heves, Jasz-Nagykun-Szolnok, Békés, Csongrád, Budapest, Pest, Bác-Kiskun, Baranya, Tolna, Fejér, Somogy, Zala, Vas, Veszprém.
Ce pays de 10,5 millions d’habitant abrite un grand nombre d’ethnies. La grande majorité des Hongrois, soit 90 %, parlent le hongrois, une langue non indo-européenne appartenant à la famille ouralienne dont font partie aussi le finnois, le lapon, l’estonien, etc.; ce sont là quelques-unes des rares langues non indo-européennes de l’Europe (avec le basque). Le hongrois s’écrit en alphabet latin et a été fortement influencé par des emprunts aux langues turques, mais aussi aux langues slaves et à l’allemand, ainsi que par le latin et un peu par le français. Les Hongrois dont la langue maternelle est le hongrois s’appellent des Magyars. La Hongrie compte plusieurs minorités nationales, 13 au total:
|
Tsiganes Allemands Slovaques Croates Roumains Arméniens Polonais |
600 000 220 000 110 000 80 000 80 000 30 000 15 000 |
Slovènes Serbes Grecs Bulgares Ukrainiens Ruthènes |
10 000 10 000 6 000 3 000 3 000 2 500 |
Les Tsiganes (600 000) constituent la minorité la plus importante en nombre, mais ils ne constituent pas nécessairement une minorité linguistique; en effet, la plupart des Tsiganes ont adopté le hongrois comme langue maternelle et forment ainsi une minorité ethnique ayant conservé leurs coutumes et leur culture. On distinguent trois catégories de Tsiganes:
- les Romungre: assimilés, ils ont perdu leur langue;
- les Béas: ils parlent à la fois le hongrois et le tsigane:
- les Valaques: ils parlent le tsiganes et sont perçus comme «ne voulant pas s’intégrer à la société».
Il n’en est pas de même pour les autres minorités, puisqu’elles ont davantage conservé leur langue maternelle. Mentionnons les Allemands (220 000), les Slovaques (110 000), les Croates (80 000) et les Roumains (80 000), les Arméniens (30 000), les Polonais (15 000), les Slovènes (10 000) et les Serbes (10 000), ainsi que quelques autres petites communautés telles que les Grecs (6000), les Bulgares (3000), les Ukrainiens (3000) et les Ruthènes (2500). Contrairement aux Hongrois, les minorités nationales de Hongrie parlent toutes des langues indo-européennes, surtout des langues appartenant aux groupes indo-iranien (tsigane), germanique (allemand), slave (slovaque, croate, polonais, slovène, serbe, bulgare, ukrainien, ruthène) ou aux langues romanes (roumain).
Il ne pas oublier que la Hongrie est marquée depuis plusieurs siècles par la diversité culturelle. Rares seraient les familles actuelles qui ne compteraient pas parmi leurs ancêtres trois ou quatre descendants d’origine ethnique ou nationale différente. La diversité ethnique est donc une réalité bien intégrée en Hongrie et elle n’est généralement pas perçue comme un handicap, mais au contraire comme une force nationale. Bien qu’on assiste à un «beau mélange» de diverses nationalités sur l’ensemble du pays, il est possible de délimiter certains aires géographiques dans lesquelles habitent des minorités sont plus concentrées. La plupart des minorités sont géographiquement dispersées sur l'ensemble du territoire de la Hongrie, surtout les Bulgares, les Tsiganes et les Grecs. En ce qui concerne une langue en particulier, il n'existe pas de secteur où une langue régionale soit parlée à l'exclusion de toute autre. En voici un résumé faisant état de cette concentration territoriale des minorités en Hongrie:
En fait, on compte des communautés membres d’une minorité nationale dans quelque 1500 collectivités territoriales. C'est là une situation qui témoigne de la complexité et de l’imbrication des minorités, car chacune d'entre elles constitue généralement une minorité au sein d'une collectivité donnée. Presque toutes les minorités ont développé une double identité, par exemple à la fois hongroise et allemande ou roumaine. Beaucoup de membres des minorités ont été assimilés linguistiquement, ont abandonné progressivement leurs pratiques religieuses traditionnelles et ont développé de nouveaux liens socio-affectifs avec leur pays d’adoption, la Hongrie.Tsiganes: les quelque 600 000 à 700 000 Tsiganes (Roms) sont répartis partout sur l'ensemble du territoire hongrois et il est pratiquement impossible de délimiter géographiquement les secteurs où le tsigane (variétés rom et béa) est utilisé, et ce, d’autant plus que la plupart d’entre eux (sauf les Valaques) ont adopté le hongrois comme langue maternelle.
Allemands:
les 220 000 à 250 000 Allemands vivent surtout dans le comté de Baranya, à Budapest et dans les comtés de Gyór-Moson-Sopron (près de l’Autriche), Tolna, Pest, Komárom-Esztergom (au sud de la Slovaquie) et Bács-Kiskun. Les premiers Allemands sont arrivés en Hongrie au Moyen Âge, puis d’autres ont suivi au XVIIIe siècle en provenance du sud et de l’ouest de l’Allemagne.Slovaques:
la plupart des 110 000 Slovaques (environ 60 %) résident dans les comtés de Békés et Csongrad, mais également dans le comté de Pest, celui de Szabolcs-Szatmár-Bereg (près de l’Ukraine) et ceux situés au sud de la Slovaquie: Nograd, Komárom-Esztergom et Borsod-Abauj-Zemplén. Les Slovaques ont jadis été nombreux en Hongrie, surtout à partir des XVIIe et XVIIIe siècles; après la Seconde Guerre mondiale, quelque 73 000 Slovaques ont été déplacés de la Hongrie vers la Slovaquie (Tchécoslovaquie).Croates:
les 80 000 membres de cette communauté sont installés à Budapest et dans les régions frontalières du sud-ouest du pays, notamment le sud des comtés de Bács-Kiskun et Baranya, le long du fleuve Drava, le comté de Zala et les comtés de Vas et Gyór-Moson-Sopron, bref dans les régions jouxtant la frontière nationale croato-hongroise. Beaucoup de Croates ont émigré en Hongrie au cours de l’invasion de l’Empire ottoman au XVe siècle.Roumains:
bien que concentrés principalement dans le comté de Békés et à Budapest, les 80 000 membres de cette minorité vivent dans des comtés frontaliers de la Roumanie (Hajdú-Bihar et Csongrad). Des communautés roumaines se sont installées en Hongrie il y a plusieurs siècles et ont créé des institutions, des écoles, des sociétés et des associations, le tout dans le cadre de l'Église orthodoxe; lors du traité de Trianon (1920), les communautés roumaines de Hongrie se sont retrouvées coupées des Roumains de Transylvanie et furent livrées à elles-mêmes.Arméniens:
parmi les 30 000 Arméniens, un grand nombre d’entre eux sont concentrés principalement à Budapest et dans d'autres grandes villes du pays. La plupart des Arméniens qui ont immigré en Hongrie au XVIIe siècle se sont assimilés linguistiquement aux Hongrois, mais ont conservé leurs traditions religieuses (catholiques arméniens); cependant, les Arméniens qui ont immigré en Hongrie au XXe siècle ont maintenu leur langue.Polonais:
la plupart des 30 000 Polonais résident dans quelques collectivités du nord-est du pays, ainsi que dans les grandes villes industrielles, mais surtout à Balatonboglár. Les Polonais sont arrivés dans le pays par petites vagues successives à partir du milieu du XIXe siècle.Slovènes:
les 10 000 membres de la communauté sont concentrés à la frontière austro-hongroise, dans sept collectivités voisines au sud de Szentgotthard, mais aussi dans quelques grandes villes (Budapest, Mosonmagyarovar et Szombathely). Les Slovènes de Hongrie constituent l’une des plus anciennes minorités ethniques et on su depuis le Moyen Âge préserver leur langue et leur culture.Serbes:
la plupart des 10 000 Serbes vivent à Budapest et sa banlieue, ainsi qu’à la frontière entre la Hongrie et la Yougoslavie (dans le comté de Csongrad), et dans les comtés de Baranya et Békés. Les Serbes sont arrivés sur le territoire hongrois entre le XVe et le XVIIe siècle; les membres de cette communauté ont toujours développé une vie culturelle intense, mais après le traité de Trianon (1920), la plupart des Serbes ont quitté le pays pour la Yougoslavie.Grecs:
cette petite communauté de 6000 personnes habite surtout les villes de Budapest, Miskolc, Pécs et Tatabanya. Des marchands grecs se seraient installés en Hongrie dès le XVIe siècle pour développer des communautés importantes dans une vingtaine de villes hongroises (XVIIIe siècle); mais l’assimilation a eu raison de la plupart d’entre eux, sauf pour les réfugiés grecs arrivés vers 1948.Bulgares:
bien que dispersés sur l'ensemble du territoire hongrois, on les trouve en nombre important à Budapest, dans des communautés proches de la capitale hongroise, ainsi qu'à Miskolc et Pécs (total de 3000 personnes). Les Bulgares ont immigré en Hongrie à la fin du XIXe siècle et ont réussi à édifier des écoles et des églises.Ukrainiens:
la majorité des 3000 Ukrainiens habite Budapest et certaines villes de province. La petite communauté ukrainienne est installée en Hongrie depuis le XIXe siècle et a tenté comme elle a pu de défendre son héritage culturel.Ruthènes:
une partie des 2500 Ruthènes réside à Budapest, Sarospatak, ainsi que dans le nord-est (à Komloska et Mucsony). Plus nombreux avant le traité de Trianon, les Ruthènes se sont réfugiés dans de petites communautés de montagnes du Nord-Est.
Les Magyars eux-mêmes constituent des minorités importantes dans les pays voisins, notamment en Roumanie (1,8 million), en Slovaquie (600 000), en Serbie/Voïvodine (350 000), en Slovénie et en Ukraine (170 000). L’insertion de ces communautés hongroises dans un environnement administratif non magyar — un héritage du traité de Trianon — cause quelques problèmes.
Au plan de la religion, la Hongrie est traditionnellement un pays catholique romain (environ les deux tiers), avec une importante minorité protestante (près du quart). Les principaux groupes protestants sont représentés par l'Église calviniste réformée hongroise (18 %) et l'Église luthérienne hongroise (8 %). Les orthodoxes représentent 0,4 % de la population et la communauté juive, 1 %.
Après avoir chassé les communistes du pouvoir en 1990, la Hongrie s’est trouvée confrontée à une situation intérieure et extérieure difficile. À l’exemple des autres pays d'Europe centrale et orientale, la Hongrie a subi, au cours des dernières années, des bouleversements et des transitions d'ordre social, économique et culturel. Les remous de la vie politique ont quand même permis un important travail législatif qui a réussi à mettre en place les bases institutionnelles de la démocratie, de l'État de droit et de l'économie de marché.
D’ailleurs, la réussite de cet effort institutionnel a été reconnu par le Conseil de l'Europe, qui a rapidement accepté la Hongrie en son sein. De plus, la Hongrie est confrontée au problème de ses propres ressortissants hongrois dans les pays voisins. En effet, la présence des minorités hongroises de la Yougoslavie, de la Slovaquie, de l’Ukraine, de la Roumanie et de la Slovénie rend les relations difficiles avec ces pays. L'absence de solution à ce problème pourrait, à long terme, constituer un handicap sérieux au développement intérieur et extérieur de la Hongrie.
Cela dit, la Hongrie a développé une politique linguistique très élaborée. Elle porte, d’une part, sur le code linguistique hongrois et la valorisation sociale de cette langue, d’autre part, sur les langues des 13 minorités nationales reconnues. Si le premier volet de la politique s’avère simple, il n’en n’est pas de même pour le second, tout axé sur les langues minoritaires.
Hongrie |
||
La politique linguistique à l'égard du hongrois |
La politique linguistique à l'égard des minorités nationales |
Bibliographie |