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Afrique du SudLa politique linguistique du multilinguisme |
LAfrique du Sud a décidé dadopter comme politique linguistique un multilinguisme de stratégie. Cette politique consiste à exploiter apparemment toutes les ressources linguistiques du pays dans le but dassurer la communication là où une langue en particulier permet de mieux le faire sans entraves. La création des neuf provinces correspond à ce besoin: chacune delle choisit la langue qui lui convient le mieux à la condition de ne pas en promouvoir une seule. Le paragraphe 1er de l'article 6 de la Constitution se lit comme suit:
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Article 6 Languages (1) The official languages of the Republic are Sepedi, Sesotho, Setswana, siSwati, Tshivenda, Xitsonga, Afrikaans, English, isiNdebele, isiXhosa and isiZulu. |
Article
6 Langues (1) Les langues officielles de la République sont le sepedi, le sotho, le tswana, le swati, le venda, le tsonga, l'afrikaans, l'anglais, le ndébélé, le xhosa et le zoulou. |
Tous les paliers de gouvernement (national, provincial et local), c'est-à-dire les administrations publiques, le Parlement national, les neuf assemblées législatives provinciales ainsi que les municipalités, sont dans l'obligation d'appliquer le multilinguisme constitutionnel. Bien que la politique linguistique sud-africaine n'implique pas le secteur privé, le gouvernement national a tout de même manifesté son intention d'encourager et d'appuyer le développement et la mise en œuvre de politiques linguistiques au sein des entreprises privées.
Cependant, entre la théorie et la pratique, il peut y avoir tout un monde! Une telle disposition constitutionnelle peut aussi favoriser la langue la plus forte, en l'occurrence l'anglais qui joue alors un rôle hégémonique aux dépens des langues africaines.
1.1 Les organismes linguistiques
Pour aider à résoudre certains problèmes, il existe en Afrique du Sud un certain nombre d’organismes de planification linguistique et d’autres institutions chargées de la mise en oeuvre de la politique linguistique. Mentionnons d'abord le Pan South African Language Board (PANSALB) ou Grand Conseil sud-africain des langues, un organisme officiel indépendant dont le mandat est de conseiller les autorités publiques aux niveaux central et provincial en matière de politique linguistique et d’emploi des langues. Le PANSALB dispose d’une succursale provinciale dans chacune des neuf provinces. Le PANSALB a été créé en 1995 par une loi du gouvernement central: la Loi sur le Grand Conseil sud-africain des langues. Mais les activités du PANSALB sont limitées par les contraintes de la réalité: chaque groupe ethnique veut protéger «sa» langue et seules les activités basées sur une langue en particulier ont des chances d'arriver à certains résultats. Lorsqu'il s'agit de promouvoir des activités portant sur le multilinguisme, les portes ont tendance à se fermer.
Il faut mentionner également le National Language Service (NLS) ou Service sur la langue nationale, qui sert à promouvoir et faciliter la communication entre les langues sud-africaines. Conformément aux prescriptions linguistiques de la Constitution, ce service gère la diversité linguistique de la société sud-africaine et est responsable de l'exploitation de toutes les langues des locuteurs en mettant en oeuvre les mesures prévues par la politique linguistique et ses effets pratiques destinés à promouvoir l'usage de ces langues, incluant celles qui ont été historiquement négligées. Il existe également quelque 14 organismes linguistiques nationaux dont la tâche est de veiller au développement du «corpus» de chaque langue.
La Constitution de 1996 prévoyait également la création de la Commission for the Protection of the Rights of Cultural, Religious and Linguistic Communities, soit la Commission pour la protection des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques. L'un des mandats de cette commission était de soutenir les tendances ethniques ou «ethnicistes», ce qui permettrait à certains groupes ethniques de voir le jour et de mieux se positionner pour obtenir des droits... ou des privilèges.
En plus des organismes linguistiques mentionnés, il faut signaler trois nouveaux organismes: les Offices linguistiques, le Forum national sur les langues et le Conseil des professionnels sud-africain de la langue:
1) Offices linguistiques (Languages Units): dans chaque ministère du gouvernement national et dans chacune des provinces, il est prévu un Office linguistique pour aménager la traduction, préparer et définir des services en vue de l'augmentation prévue de la demande de ces services et aussi développeer une terminologie dans les langues indigènes.
2) Forum national sur les langues (National Language Forum): il s'agit d'un réseau de collaboration entre les représentants du gouvernement et ceux des organismes non gouvernementaux, qui contrôlera le processus de mise en oeuvre, donnera la priorité aux projets reliés à la langue et organisera des campagnes de soutien à la politique linguisrtique sous la direction du ministère des Arts et de la Culture.
3) Conseil des professionnels sud-africain de la langue (South African Language Practitioners' Council): ce conseil doit être un organisme statutaire établi par une loi du Parlement pour gérer la formation, l'accréditation et l'enregistrement des traducteurs et des interprètes afin d'élever le statut de la profession relative à la langue et améliorer la qualité des produits de la langue. Cet organisme doit élaborer et maintenir des standards.
1.2 Les responsabilités administratives
Toutes les questions de politique linguistique relèvent de trois niveaux de juridiction: national, provincial et municipal.
Au plan national, les responsabilités en matière d'aménagement linguistique sont partagées par quatre ministères: le ministère des Arts et de la Culture (Department of Arts and Culture), le ministère de l'Éducation (Department of Education), le ministère des Communications (Department of Communications) et le ministère de la Justice et du Développement constitutionnel (Department of Justice and Constitutional Development).
Le ministère des Arts et de la Culture a la responsabilité des grandes questions de politique linguistique, alors que le ministère de l'Éducation est responsable de la politique linguistique en éducation, ce qui comprend la langue d'enseignement dans les écoles publiques, les programmes scolaires, les obligations reliées à la langue des ministères provinciaux de l'éducation et les écoles d'enseignement supérieur. Le ministère des Communications est responsable de la politique linguistique auprès des radiotélédiffuseurs publics et le ministère de la Justice et du Développement constitutionnel s'occupe des questions linguistiques dans le domaine judiciaire.
Au plan provincial, chacun des neufs gouvernements provinciaux doit gérer lui-même ses propres questions d'ordre linguistique. Cette responsabilité implique une certaine adaptation des politiques linguistiques en fonction des circonstances, besoins et préférences régionales.
Au plan municipal, lequel forme la base dans la gestion de la hiérarchie des langues, les municipalités doivent développer des politiques linguistiques compatibles non seulement avec la politique nationale, mais également avec la politique provinciale concernée, tout en tenant compte de la langue d'usage local et des préférences de leurs concitoyens.
Dans le domaine de la législature, les langues officielles du Parlement national sont langlais et lafrikaans, mais tout membre des deux assemblées peut prendre la parole en utilisant lune ou lautre des onze langues officielles de son choix. Ainsi, le droit de s’exprimer dans la langue de son choix au Parlement national constitue une réalité: les locuteurs changent et mélangent les langues en fonction des auditeurs en présence. Toutefois, les services d'interprétation simultanée existants ne fonctionnent que pour langlais et lafrikaans, et les députés désirant sexprimer dans une langue sud-africaine ne sont donc pas compris. Un comité a été mis sur pied pour élaborer une politique sur cet aspect du problème, mais on voit mal comment le Parlement pourra rendre la traduction simultanée avec 121 combinaisons sans coût prohibitif. Le problème que posent la politique du multilinguisme et de l’usage égal des différentes langues réside dans les coûts que nécessite toute la gestion de la traduction et d’impression, un coût considéré comme prohibitif pour les finances de l’Afrique du Sud. Dans l'état actuel des choses, le président de l'Assemblée doit accepter qu'un député s'exprime, par exemple en sotho, mais il doit en même temps faire appel à un parlementaire pris au hasard pour faire traduire approximativement le discours. Dans ces conditions, il est bien tentant de faire appel à l'anglais.
De plus, depuis que les droits linguistiques actuels sont reconnus, toutes les lois et tous les rapports parlementaires sont, comme par le passé, disponibles uniquement en anglais et en afrikaans. Les lois du Parlement national sont même modifiées uniquement en anglais, ou en afrikaans et en anglais pour des projets particuliers. Une exception: la Loi sur le Grand Conseil sud-africain des langues (Pan South African Language Board Act) a été traduite dans les onze langues officiel
les. En dépit des dispositions constitutionnelles favorisant le multilinguisme, les services de traduction et d'interprétation dans les langues africaines sont fort peu développés.Ainsi, au gouvernement national, les services linguistiques de l'État disposent d'un bureau central où des traducteurs, des terminologues et des spécialistes ont pour tâche d'offrir des services linguistiques complets à tous les ministères. Cependant, ce bureau ne compte qu'un traducteur et un seul terminologue pour chacune des onze langues officielles. En réalité, la plupart des documents administratifs ne sont encore publiés qu'en anglais. On peut certes déplorer que les lois nationales et les documents administratifs ne soient pas systématiquement formulés dans les neuf langues sud-africaines, mais on peut comprendre aisément les raisons pratiques qui incitent les gouvernements à gérer leurs affaires seulement en anglais et/ou en afrikaans.
Quant aux parlements provinciaux, ils utilisent généralement à l'oral les langues officielles locales (voir la carte). Dailleurs, la Constitution reconnaît expressément comme champ de juridiction provinciale la politique linguistique et la réglementation sur les langues officielles à la condition dobtenir un accord des deux tiers des membres de leur assemblée. Toutefois, quoi quil en soit, l'une des deux langues officielles de l'État sud-africain, l'anglais et/ou l'afrikaans, demeure obligatoire dans chaque province. À l'exception de la province du Cap-Occidental (afrikaans), ces deux langues sont toujours parlées par une minorité de citoyens. Dans les provinces, les assemblées législatives et les gouvernements locaux doivent embaucher des traducteurs afin de traduire les documents officiels dans les langues officielles de la province. Cela étant dit, l'offre des services de traduction et d'interprétation apparaît bien aléatoire et presque toujours problématique. La plupart des services linguistiques provinciaux manquent malheureusement de personnel, alors que les postes vacants ne sont même pas comblés. Actuellement, les assemblées législatives qui disposent d'un service d'interprétation pour les documents officiels semblent extrêmement rares.
Malheureusement, dans tout le pays, les traducteurs et les interprètes semblent avoir une profession nettement marginalisée et négligeable. Il n'existe pas d'ordre professionnel réglementant la traduction et l'interprétation.
En matière de justice, l’article 35 de la Constitution reconnaît que chaque accusé a un droit à un procès juste, ce qui inclut le droit à un accusé de comparaître devant un juge dans une langue (officielle) qu’il comprend ou, si cela s’avère impossible, le droit de recourir aux services d’un interprète.
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Constitution Section 35 Arrested, detained and accused persons (3) Every accused person has a right to a fair trial, which includes the right-
(4) Whenever this section requires information to be given to a person, that information must be given in a language that the person understands. |
Constitution Article 35 Personnes arrêtées, détenues et accusées (3) Tout accusé a droit à un procès équitable, ce qui inclut le droit:
(4) Les informations que le présent article prévoit de donner à une personne doivent l’être dans une langue que celle-ci comprend. |
La Magistratee’s Court Act no 32 de 1994 (Loi sur les juges de paix) prévoit des systèmes de traduction s'il est considéré qu'un accusé ne connaît pas suffisamment la langue dans laquelle le témoignage est donné. Malgré l'identification formelle des onze langues officielles dans la Constitution, il n'y a jusqu'à présent que fort peu de témoignages présentés dans les onze langues officielles. Par ailleurs, l'article 13 des Règlements du tribunal constitutionnel du 31 octobre 2003 (Rules of the Constitutional Court) prévoit qu'il est possible de recourir à l'une ou l'autre des onze langues officielles autres que l'anglais et l'afrikaans, mais il faut un préavis de sept jours, question de quérir un traducteur.
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Rules of the Constitutional Court Section 13 Argument [...] Argument may be addressed to the Court in any official language and the party concerned shall not be responsible for the provision of an interpreter. Should a person wish to address the Court in an official language other than the language in which such person's written argument is couched, such person shall, at least seven days prior to the hearing of the matter in question, give written notice to the Registrar of his or her intention to use another official language and shall indicate what that language is. Section 25 Translations |
Règlements du tribunal constitutionnel Article 13 Plaidoirie [...] La plaidoirie peut être adressée à la Cour dans n'importe quelle langue officielle et la partie concernée ne sera pas responsable du service d'interprétariat. Si une personne veut s'adresser la Cour dans une autre langue officielle que celle dans laquelle la plaidoirie écrite par cette personne est formulée, celle-ci devra, au moins sept jours avant l'audience de l'affaire en question, donner un avis écrit au registraire de son intention d'employer une autre langue officielle et indiquer quelle est cette langue. Article 25 Traductions |
La Loi sur la promotion de la justice administrative de 2000 (Promotion of Administrative Justice Act) prévoit différences mesures d'ordre linguistique en ce qui a trait aux enquêtes et auditions publiques. Ainsi, un témoin ou un intervenant peut choisir la langue dans laquelle il veut s'exprimer (art. 3, 7-c et art. 11, 3-b) ou au moins deux des langues officielles dans une province donnée.
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Promotion of Administrative Justice Act, 2000 Section 3 Notice of public inquiry 7) Persons who want to submit requests for permission to testify or to make oral representations, must submit in writing to the person referred to in sub-regulation (3)(d) –
Section 4 Section 11 Commencement of public hearings 3) A notice published in terms of sub-regulation (2) must :
Section 14 Persons appearing at public hearing Section 19 Language |
Loi sur la promotion de la justice administrative de 2000 Article 3 Avis d'enquête publique 7) Les personnes qui désirent soumettre des demandes d'autorisation pour témoigner ou faire des représentations orales doivent soumettre par écrit à la personne mentionnée dans le paragraphe 3 (d):
Article 4 Article 11 Début des auditions publiques 3) Un avis publié selon les dispositions du paragraphe 2 doit :
Article 14 Personnes
comparaissant dans une audition publique Article 19 Langue |
Dans les faits, l'anglais et l'afrikaans demeurent les langues normales de la justice. Par exemple, les cours d’appel n’utilisent que l’anglais ou l’afrikaans. Il ne fait aucun doute que l'élimination quasi systématique des langues sud-africaines dans la procédure judiciaire occasionne d'énormes obstacles pour les locuteurs de ces langues. De plus, dans les rares cas de traduction, il est parfois très difficile pour les juges et les avocats de saisir adéquatement le sens des mots et des notions provenant de la part des interprètes parce qu'ils ne connaissent généralement pas les langues sud-africaines.
Pour ce qui est de l'Administration gouvernementale, la loi exige en principe que toutes les langues officielles soient placées sur un pied dégalité. En principe, chaque ministère du gouvernement national doit désigner une langue de travail, tant pour les communications intra-ministérielles que les communications inter-ministérielles. Les documents officiels provenant des ministères nationaux doivent être publiés dans toutes les onze langues officielles là où un service efficace et stable exige une telle mesure.
Dans le cas où l'usage de toutes les langues officielles n'est pas exigée, les documents doivent être publiés selon le principe du «multilinguisme fonctionnel».
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Promotion of Access to Information Act, 2000 (Act 2 of 2000) Section 31
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Loi sur la promotion sur l'accès à l'information, 2000 (loi 2 de 2000)
Article 31
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Selon ce principe, un choix de langues peut être employé par le gouvernement, selon la fonction destinée, la finalité d'un document et la clientèle cible. Conformément à ce principe, une exigence minimale pour le gouvernement a été mise au point: les documents officiels doivent être publiés simultanément dans au moins six langues : l'anglais, l'afrikaans, le songa, le venda et au moins une langue du groupe nguni (ndébélé, xhosa, zoulou et swati) et au moins une du groupe sotho (sepedi, sesotho et tswana). La langue du groupe nguni et du groupe sotho doit être choisie selon le principe de la rotation. La langue de communication au niveau international doit être l'anglais ou la langue préférée du pays concerné. Quant aux communications avec le public au moyen de la correspondance officielle, elles doivent être dans la langue demandée par le citoyen.
Dans les faits, si les administrations nationales appliquent plus ou moins aisément la politique linguistique de l'Afrique du Sud, la situation semble différente dans les administrations provinciales, et elle est pratiquement ignorée dans les municipalités. Selon une enquête menée par le Comité linguistique de la province du Cap-Occidental, plus du tiers des municipalités de cette province ignorent complètement cette politique. Or, le Cap-Occidental est l'une des provinces avec le Gauteng — les deux provinces les plus riches —, qui met en oeuvre la politique linguistique nationale avec une certaine efficacité. On peut donc imaginer comment est appliquée la politique linguistique nationale dans les autres provinces «pauvres», issues des anciens bantoustans.
À l'exception de l'administration provinciale du Cap-Occidental, il est rare que les citoyens puissent recevoir des services dans leur langue maternelle, sauf s'il s'agit de l'anglais ou de l'afrikaans, les langues africaines étant toujours laissée pour compte. Dans la plupart des organismes et ministères des gouvernements provinciaux, tous les document sont généralement publiés en anglais, souvent en afrikaans, mais rarement dans l'une des neuf autres langues officielles. De nombreuses municipalités ne respectent aucunement la politique linguistique nationale. Rares sont les municipalités qui adhèrent à certains aspects de cette politique linguistique. De façon générale, il n'existe à peu près pas de municipalité, sauf pour la Ville de Cap Town au Cap-Occidental, qui ait même désigné du personnel pour mettre en oeuvre une quelconque politique linguistique. Par exemple, la signalisation et les affiches dans les districts municipaux apparaît toujours uniquement en anglais ou en afrikaans et aucune des affiches intérieures ou extérieures n'est disponible dans les langues officielles de la province concernée. Le matériel de marketing de la plupart des municipalités n'est pas davantage disponible dans les langues officielles. Il est rare qu'un citoyen, dont la langue maternelle est africaine, puisse s'adresser dans sa langue dans les commissariats de police, les bureaux provinciaux ou les hôpitaux.
Cette situation s'explique par le fait que les provinces les plus déshéritées, celles formées des anciens bantoustans et peuplées d’une population noire et pauvre, sont tout simplement dans l’incapacité de mettre en œuvre une quelconque politique linguistique. Elles n'ont pas de support technique ni administratif de la part du gouvernement national, encore moins de budget. En réalité, toute politique linguistique doit être introduite progressivement, encore faut-il disposer des budgets nécessaires et du personnel compétent. Or, les contraintes budgétaires ainsi que la pénurie de professionnels de la langue (linguistes, terminologues, traducteurs, interprètes, etc.) entraînent non seulement des retards dans l'application de la politique linguistique nationale, mais la rendent généralement inopérante. Il est vrai que les véritables efforts doivent être consentis pour promouvoir les langues africaines, car l'anglais continue d'assurer sa dominance, alors que l'afrikaans perd graduellement du terrain. Les neuf langues officielles africaines — le sepedi, le sotho, le tswana, le swati, le venda, le tsonga, le ndébélé, le xhosa et le zoulou — traînent loin derrière. Quant aux municipalités, il vaut mieux oublier qu'elles existent, bien que les employés municipaux puissent aisément employer une langue africaine à l'oral.
4.1 La prédominance de l'anglais
Malgré le fait que la Constitution interdise toute diminution du statut officiel et des droits linguistiques, l’usage tend de plus en plus à confirmer la pratique de l’unilinguisme anglais.
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Dans la plupart des organismes et ministères du gouvernement national, le véhicule de communication est langlais, et la plupart des réunions de fonctionnaires se déroulent en anglais. Cette tendance est aussi visible dans les publications officielles. Les documents nationaux importants sont de plus en plus publiés en anglais seulement. Cela inclut les directives, les décrets présidentiels, les avis, les rapports ministériels, etc. Même les documents publiés dans le but d’obtenir des commentaires de la part du public en général tendent aussi à ne paraître qu’en anglais. Ce n'est pas un hasard, par exemple, si les billets de banque n'apparaissent qu'en anglais (''South African Reserve Bank'' - ''Fifty Rand'') dans un pays qui a onze langues officielles! Même le bilinguisme anglais-afrikaans a disparu! |
Le ministère des Arts, de la Culture, des Sciences et de la Technologie a promis que les services linguistiques seraient accrus de façon à répondre à une plus grande demande dans les langues officielles. Ce même ministère a annoncé également qu'il avait formé un comité destiné à élaborer un programme national en ce sens. Dans la plupart des services publics, l'unilinguisme anglais progresse, tant au niveau national que provincial.
Cette évolution défavorise les locuteurs de l'afrikaans, qui craignent que l’égalité reconnue entre l’afrikaans et l’anglais ne vienne à disparaître dans peu de temps, surtout que la classe moyenne noire tend à favoriser l’anglais. Pour cette classe, associée à l’establishment noir, la préférence pour l’anglais contribuerait éliminer les risques de division ethnique fondée sur la langue. Autrement dit, malgré l'appareil juridique ambitieux dont dispose l'Afrique du Sud, la politique linguistique réelle concernant la promotion des langues indigènes ne semble pas dépasser le stade des déclarations de principe.
4.2 L'emploi des langues dans les provinces
Dans les provinces, lemploi des langues officielles locales est courant dans les communications orales, mais ces langues demeurent très réduites dans les documents officiels écrits, langlais et/ou lafrikaans restant très nettement des langues privilégiées. Étant donné que la Constitution ne précise pas quelles langues officielles doivent être employées dans une province, chacune d'elles a implicitement opté pour le statu quo, car toutes les administrations utilisaient déjà l'anglais et l'afrikaans durant l'apartheid. Plus précisément, les provinces n'ont ajouté dans l'ensemble qu'une seule langue africaine, sauf la province du Gauteng qui en a choisi deux, les provinces du Mpumalanga et du Limpopo, trois.
Province sud-africaine |
Langues officielles |
Cap-Occidental |
afrikaans |
Kwazulu-Natal |
zoulou |
Cap-Oriental |
xhosa |
Cap-Nord |
afrikaans |
État libre |
sesotho |
Nord-Ouest |
tswana |
Gauteng |
afrikaans |
Mpumalanga |
swati |
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Limpopo |
sepedi |
En 2000, le gouvernement sud-africain a préparé un projet pour rebaptiser plusieurs villes du pays avec des noms plus en rapport avec les «origines africaines»; par exemple, Pretoria devait ainsi s'appeler Tshwane. Il y a eu des centaines de dénominations géographiques qui ont été modifiées en même temps, ce qui a causé de nombreux problèmes de confusion par la suite.
Il faut constater encore de bien grands écarts, d'une part, entre les dispositions constitutionnelles et législatives, d'autre part, les pratiques effectives mises en oeuvre dans les écoles. Néanmoins, certaines évolutions récentes témoignent qu’il existe de la part de l'État sud-africain une indéniable volonté de faire appliquer les dispositions de la Constitution en matière linguistique et notamment dans l'enseignement des langues. La politique linguistique en éducation doit en principe favoriser la communication et la compréhension entre les diverses communautés linguistiques. Pour ce faire, le gouvernement national a prévu un système d’éducation bilingue basé sur l’enseignement dans la langue maternelle tout en favorisant le multilinguisme individuel plutôt que de recourir exclusivement à une seule langue véhiculaire.
5.1 Les obligations constitutionnelles
Dans le domaine de l'éducation, l’article 29 de la Constitution reconnaît que toute personne a droit à un éducation de base ainsi qu’à un accès égal aux établissements d’enseignement, de recevoir son instruction dans la langue officielle de son choix dans le cas où cela est raisonnablement de le faire, de créer des établissements denseignement daprès une culture ou une religion communes, à la condition quil ny ait pas de discrimination selon un critère de race. Il existe donc des écoles fondées sur la religion et/ou sur la langue. Voici, dans sa version anglaise originale (avec traduction française), cet article 29 de la Constitution portant sur léducation:
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Constitution Article 29 (1) Everyone has the right - (a) to a basic education, including adult basic education; and (b) to further education, which the state must take reasonable measures to make progressively available and accessible. (2) Everyone has the right to receive education in the official language or languages of their choice in public educational institutions where that education is reasonably practicable. In order to ensure the effective access to, and implementation of, this right, the state must consider all reasonable educational alternatives, including single medium institutions, taking into account -
(3) Everyone has the right to establish and maintain, at their own expense, independent educational institutions that -
(4) Subsection (3) does not preclude state subsidies for independent educational institutions. |
Constitution Article 29 (1) Chacun a droit : (a) à une éducation de base, incluant l'éducation adulte de base; et (b) à une formation continue,
pour laquelle l'État doit prendre des mesures raisonnables afin de la
rendre progressivement disponible et accessible.
(3) Chacun a le droit de créer et d'entretenir à ses frais des établissements d'enseignement indépendants qui :
(4) Le paragraphe 3 n'exclut pas les subventions de l'État pour les établissements d'enseignement indépendants. |
Toutefois, ces dispositions ne sappliquent intégralement quà la maternelle et au primaire. Les activités éducatives sont réglementées par les divers ministères d'éducation provinciaux, mais des exigences nationales sont néanmoins fixées, notamment par le Livre blanc sur léducation de 1994 et un autre en 1997, la proclamation R-102 du 3 juin 1994, la proclamation R-151 du 31 octobre 1994 et la Educators Employment Act de1994.
Ainsi, le premier cycle du primaire prévoit des activités axées sur la lecture, lécriture, le calcul et le développement des compétences linguistiques dans la langue maternelle: les élèves doivent aussi sinitier aux rudiments dune langue seconde, ordinairement langlais ou lafrikaans. Ces activités sont poursuivies tout au long du deuxième cycle en privilégiant la lecture et la compétence orale dans la langue maternelle et la langue seconde, en plus des mathématiques, de lhistoire, de la géographie, des sciences générale. D'après le Programme d'études de 2005 (Curriculum 2005), la langue privilégié au début du primaire est celle du foyer (''home language''), puis une «langue complémentaire» (''additional language'') est introduite dès la troisième année, mais la «langue du foyer» doit continuer à être employée à côté de la «langue complémentaire» pour aussi longtemps que possible. Lorsque des élèves entrent dans une école où la «langue des études et d'enseignement» (LOLT: Language of Learning and Teaching) n'est pas leur langue maternelle, les enseignants doivent assurer une aide spéciale et dispenser un apprentissage particulier de la «langue complémentaire» jusqu'au moment où l'élève est capable d'apprendre de façon efficace la langue des études et d'enseignement (LOLT).
Les parents ne sont pas obligés denvoyer leurs enfants dans les écoles enseignant une langue bantoue, ils peuvent choisir une école dont la langue denseignement est uniquement langlais ou lafrikaans. Malheureusement, il ny a pas encore de statistiques disponibles sur cette répartition quant à la langue denseignement, mais on sait que les langues locales ne sont que fort peu enseignées... lorsqu'elles le sont.
Au secondaire, lélève devra recevoir un enseignement où la langue du foyer sera progressivement réduite pour ne laisser la place quà langlais et/ou à lafrikaans. Autrement dit, lenfant est en principe alphabétisé dans sa langue pour passer graduellement vers les langues officielles nationales, langlais et lafrikaans. Dailleurs, pour sinscrire dans une université sud-africaine, les élèves doivent réussir un examen dadmission prouvant leur connaissance de lune ou lautre des deux langues secondes nationales, car les cours à ce niveau se donnent uniquement en anglais et/ou en afrikaans, selon luniversité choisie.
5.2 Les pratiques réelles
En raison de l'urgence de la situation pour appliquer la politique linguistique en éducation, le gouvernement national a pensé mettre en oeuvre des moyens permettant de former plus rapidement les enseignants. On a choisi le «modèle en cascade» (''the Cascade model''). Celui-ci consiste à fournir un corps de 20 fonctionnaires, appelés mastertrainers («formateurs experts»), dans chaque province et spécialement formés pour faire connaître le Curriculum 2005 auprès des enseignants représentatifs de leurs écoles. Ces mêmes enseignants auront pour tâche de former à leur tour les autres enseignants dans les écoles:
| These mastertrainers would then cascade the information to classroom practitioners and other educators in their respective districts. This training model, commonly referred to as the Cascade model became the primary means of preparing the majority of educators for C2005 implementation. | Ces formateurs experts «cascaderont» ensuite l'information aux praticiens des salles de classe et à d'autres éducateurs dans leurs districts respectifs. Ce modèle de formation, généralement mentionné comme le modèle en cascade est devenu un moyen essentiel afin de préparer la majorité des éducateurs pour la mise en oeuvre du Curriculum 2005. |
Ce moyen destiné à former rapidement les enseignants présente des inconvénients importants. Non seulement les périodes de formation sont de courte durée, mais les formateurs ne maîtrisent pas toujours le cadre conceptuel destiné à transmettre aux enseignants de la base. Par voie de conséquence, il se produit inévitablement une «perte d’information» préjudiciable au bon fonctionnement du système d'éducation. Bref, la situation présentée dans le Report of Review Committee on Curriculum 2005 laisse croire qu'il n'existerait que des obstacles dans la mise en œuvre de la politique nationale, celle-ci étant destinée à monde idéal qui n'existe pas.
Dans les faits, rien ne semble avoir été entrepris pour doter les langues locales de manuels scolaires et de grammaires nécessaires à l'enseignement d'une langue d'enseignement, ni au primaire ni au secondaire. La plupart des manuels ne sont disponibles qu’en anglais et non dans les langues africaines pourtant largement prédominantes dans les anciens homelands. Les langues sont trop nombreuses et les subventions ne suivent pas. Par voie de conséquence, les langues bantoues ne sont à peu près jamais enseignées, sauf de façon sporadique. Force est de constater que les écoles «riches», le plus souvent «blanches» sont généralement bien dotées et disposent d'enseignants bien formés; elles demeurent les principales bénéficiaires de la réforme scolaires, alors que les écoles mal dotées et sous-équipées perpétuent l'ancien système scolaire colonial au détriment des langues africaines. C'est dans ces écoles noires qu'on manque de personnel qualifié, de manuels scolaires adaptés, d'équipements et de locaux adéquats, avec des classes surpeuplées.
Soulignons aussi que la grande diversité des situations dans les provinces fait en sorte que l’interprétation du programme national en éducation (le Curriculum 2005) varie considérablement d’une province à l'autre, sinon d'un enseignant à l’autre, et que la préparation des enseignants semble largement insuffisante dans la mesure où elle laisse paraître un clivage entre Africains et Blancs. À l'exception des provinces du Cap-Occidental et du Gauteng, le personnel administratif n'est pas assez nombreux, ce qui fait que la gestion du Curriculum 2005 n’apparaît pas comme une préoccupation primordiale dans les provinces.
Pourtant, une enquête en 1998 laissait entendre que les deux tiers des Sud-Africains souhaitaient un enseignement de la langue maternelle de leurs enfants, alors que seulement 12 % des parents optaient pour l’enseignement uniquement en anglais. Dans les faits, l'anglais et l'afrikaans représentent à eux seuls 94 % des langues d’enseignement, tandis que le zoulou, la première langue sud-africaine en importance numérique, ne représente que 6 %. Bref, bien que les parents se prononcent en faveur de l’utilisation du zoulou comme langue d’enseignement, les pratiques réelles montrent qu'ils préfèrent scolariser leurs enfants dans les écoles anglophones.
C'est là l'une des grandes contradictions du système d'éducation en Afrique du Sud. En effet, ce système prétend être multilingue, mais beaucoup d'établissements d'enseignement ignorent totalement les langues africaines des élèves. Une autre contradiction provient du fait que la majorité des parents préfère expressément que leurs enfants reçoivent leur instruction en anglais, alors que la plupart des enseignants ont été insuffisamment préparés pour enseigner l'anglais. On peut même affirmer que la discrimination continue en Afrique du Sud, mais de façon plus subtile: ceux qui s'instruisent en anglais sont considérablement avantagés par rapport à ceux qui reçoivent un enseignement dans leur langue maternelle africaine. C'est pourquoi il est rare que des Sud-Africains noirs réclament des droits linguistiques particuliers en matière d'éducation.La problématique des langues africaines dans l'enseignement demeure une question extrêmement litigieuse en Afrique du Sud dans la mesure où ce sont les parents qui désirent que leurs enfants apprennent l'anglais plutôt que leurs propres langues maternelles. On peut relever quelques explications. De façon générale, les parents désirent assurer une réussite sociale et financière pour leurs enfants parce qu'ils croient que seul l'anglais peut atteindre cet objectif; ils sont aussi convaincus que le marché du travail exige avant tout la seule connaissance de l'anglais. De plus, ce n'est pas un hasard si les écoles qui utilisent des langues africaines dans l'enseignement ne disposent jamais des mêmes ressources humaines, matérielles et financières. Il est actuellement impossible de faire des études complètes dans une langue africaine, que ce soit au secondaire ou dans les universités où c'est carrément impensable. Enfin, de façon réaliste, les écoles sud-africaines ne peuvent pas disposer de l'infrastructure ni des ressources financières et humaines, encore moins développer la motivation nécessaire pour accommoder plusieurs langues. Le problème, c'est qu'une politique linguistique qui garantit aux parents l'accès à la «langue du pouvoir» pour leurs enfants devrait simultanément être capable d'assurer aussi la valorisation et le développement des autres langues dans une société prétendument multilingue.
Cela étant dit, la province du Cap-Occidental a élaboré une nouvelle approche concernant la mise en oeuvre d'un programme destiné à instaurer un enseignement dans la langue maternelle de l'élève durant sept années, ainsi que l’apprentissage d’une troisième langue. Dans cette province, tous les élèves des écoles primaires doivent en principe apprendre les trois langues officielles de la province: l’afrikaans, l’anglais et le xhosa. Plus précisément, l'école doit enseigner d'abord la «langue du foyer» (''home language''), puis la «première langue complémentaire» (''first additional language'') et ensuite la «seconde langue complémentaire» (''second additional language'').
Dans la vie économique, la langue anglaise domine quand même tout le paysage sud-africain. Les édifices publics du gouvernement national portent des inscriptions généralement bilingues (anglais-afrikaans). La pratique du bilinguisme s'étend aussi à la signalisation routière et parfois aux termes génériques des odonymes (noms de rues). Par contre, la grande majorité des toponymes, peut-être 80 %, sont dans une langue bantoue.
Pour ce qui est des municipalités, elles ont en principe le droit de se déclarer unilingues (anglais ou afrikaans) ou bilingues (anglais + afrikaans; anglais ou afrikaans + langue locale) ou trilingues (anglais + afrikaans + langue locale); ce choix dépend de la composition démolinguistique des habitants. Selon qu'une municipalité est unilingue, bilingue ou trilingue, les inscriptions odonymiques sont en anglais et en une langue bantoue ou en anglais, en afrikaans et en une langue bantoue, mais les pratiques en ce domaine ne sont pas encore vraiment bien établies.
L'affichage commercial et la publicité ne sont pas réglementés, mais les pratiques sont peu diversifiées en ce domaine. De façon générale, le bilinguisme est peu répandu, car les commerçants préfèrent utiliser la langue de leur choix: l'anglais ou l'afrikaans. Dans les provinces, c'est le régime du bilinguisme (anglais + langue locale ou afrikaans + langue locale) ou du trilinguisme qui prévaut (anglais + afrikaans + langue locale). Ainsi, dans la province du Cap-Oriental, c'est l'anglais et le xhosa, dans le Kwazulu-Natal, c'est l'anglais et le zoulou, mais, ailleurs, les langues officielles peuvent être l'anglais, l'afrikaans et le tswana (province du Nord-Ouest), ou encore l'anglais, l'afrikaans et le wenda (province du Nord), etc. Dans le domaine de l'affichage, il ne faut pas s'attendre à des pratiques très systématisées au sein des provinces. De toute façon, l'affichage public et commercial est moins courant que chez les Blancs. Par exemple, il arrive que les plaques de rue soient tout simplement inexistantes. La publicité, lorsqu'elle existe, est le plus souvent en anglais (plus rarement en afrikaans).
Du côté des médias, la presse écrite paraît massivement en anglais, seulement quelques quotidiens sont publiés en afrikaans et rarissimes sont ceux publiés dans une langue bantoue. Quelques-unes des langues officielles du pays sont utilisées à la radio (anglais, afrikaans, xhosa, tsonga, zoulou), mais parmi les langues bantoues seuls le xhosa et le zoulou connaissent une assez grande diffusion. La programmation des émissions de télévision en anglais et en swahili est courante dans tout le pays et moins fréquente en afrikaans. Seules des émissions éducatives destinées aux enfants sont diffusées en langue bantoue.
La Loi sud-africaine sur les langues (South African Languages Act) a été soumise une première fois à la population en 2000. Elle n'a été présentée officiellement qu'en 2003 aux instances parlementaires. Le préambule du projet de loi rappelle l’inefficacité des dispositions constitutionnelles en faveur de la diversité des langues sud-africaines. Le projet de loi présente comme objectif principal de mettre en application la lettre et l'esprit de l'article 6 de la Constitution en favorisant l'usage équitable des langues officielles, en permettant à tous les Sud-Africains d'employer les langues officielles de leur choix et en prévoyant un cadre régulateur pour faciliter la mise en oeuvre efficace des prescriptions constitutionnelles concernant le multilinguisme. Le projet de loi prévoit aussi la traduction obligatoire de tous les textes administratifs nationaux dans les onze langues officielles, ou à défaut, dans six d’entre elles, soit en une langue nguni et une langue sotho, ainsi qu'en venda, en tsonga, en anglais et en afrikaans.
Le projet de loi redéfinit également le rôle des diverses instances linguistiques, en cherchant à dynamiser les offices ministériels et provinciaux, qui doivent voir le jour dans un délai maximum de cinq ans. Jusqu'à présent, le projet de loi n'a pu être débattu au Parlement national. Le projet de loi a même été retiré des travaux de l'Assemblée et son éventuelle adoption est reportée aux calendes grecques. Il est vrai que la question ne semble guère préoccuper les partis politiques en Afrique du Sud. En réalité, deux groupes sont davantage préoccupés des questions linguistiques en Afrique du Sud. D'une part, les Blancs parlant l'afrikaans, qui voient le nombre de leurs locuteurs diminuer progressivement au profit de la communauté indienne et de l'expansion de la langue anglaise, d'autre part, certaines leaders zoulous craignent de voir l'importance de leurs comunautés diminuer au sein des groupes ethniques sud-africains. Pourtant, le zoulou témoigne d'une expansion continue et s’impose de plus en plus comme langue véhiculaire dans toute la province du Gauteng.
On peut consulter le texte du projet de loi en cliquant ICI, s.v.p.
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Il ne faut pas se leurrer, l'anglais domine largement le paysage linguistique sud-africain et les politiques linguistiques de multilinguisme ne peuvent empêcher la visibilité réduite des langues bantoues (dans les provinces). En réalité, les onze langues officielles ne le sont pas au même degré. Elles nont pas toutes la même force ni le même pouvoir dattraction. Aucune langue bantoue ne peut rivaliser avec lune ou lautre des deux «langues blanches», surtout en ce qui concerne langlais qui a nettement pris la tête du peloton des langues en Afrique du Sud. Les langues bantoues de ce pays ne seront jamais officielles au même titre que langlais ou lafrikaans, le pouvoir dattraction de langlais étant décidément trop fort pour ces trop nombreuses langues. Autrement dit, la politique de multilinguisme stratégique ne pourra jamais se transformer en multilinguisme égalitaire dans la pratique, et ce, peu importe ce quon peut lire dans les textes juridiques. Il y a une explication relativement simple: il est illusoire de rendre égales les neuf langues africaines, alors que leurs bases démographiques diffèrent totalement.
En Afrique du Sud, le multilinguisme relativement théorique savère quand même un bon choix au plan politique dans la mesure où il a été guidé par les impératifs de la situation démolinguistique. En effet, les populations bantoues ne connaissent que fort peu l'anglais ou l’afrikaans dans les différentes régions. Le gouvernement sud-africain a, dans la Constitution, reconnu les faits, mais il ne pourra jamais empêcher les populations locales de valoriser l’anglais aux dépens de leur propre langue. La politique du multilinguisme stratégique demeure une façon efficace d’obtenir la paix à un coût social relativement faible, ce qui ne change en rien la marginalisation des langues de la majorité de la population noire. Quoi qu’il en soit, cette politique demeure éminemment préférable à l’unilinguisme officiel ou à la dévalorisation.
Le problème, c’est que la politique linguistique égalitaire reconnue dans les textes juridiques ne concorde pas avec la pratique sur le terrain, ni avec les données démolinguistiques. En ce sens, les langues officielles «noires» (bantoues) risquent, à long terme, de devenir des «langues de décoration» destinées à assurer seulement l’identité collective des populations noires. C'est le résultat du choix de la politique linguistique des années quatre-vingt-dix. Les politiciens sud-africains ont abouti à l'objectif contraire à celui souhaité, qui était alors de sauvegarder les langues locales. En évitant de choisir une seule langue africaine, ils se sont trouvés ainsi à privilégier l'anglais... que ces mêmes politiciens maîtrisaient déjà. Cependant, le degré d’intelligibilité mutuelle entre les langues permettrait d'élaborer de nouvelles stratégies plus réalistes. C’était la base des propositions de Jacob Nhlapo dans les années 1940 et reprises par Neville Alexander en 1992. Une ou deux langues seraient davantage en mesure de tenir tête à l'anglais, par exemple, que neuf langues concurrentes qui dispersent leurs forces.
De plus, le gouvernement national semble partager la perception que l’anglais, la langue des affaires et de l’éducation, est la clé de l’avenir dans une perspective mondialiste. Si tel est le cas, la politique de multilinguisme stratégique risque à long terme de se transformer en une politique unitariste, jacobine et même impérialiste. Ce n'est pas un hasard si la classe politique noire affiche une nette préférence pour l’anglais dans la mesure où cette langue pourrait contribuer à éliminer, d'une part, les risques de division ethnique que comporte toute politique basée sur la langue, d'autre part, le rampart identitaire ethnique transmis par le régime colonial et l’apartheid. Il y a loin de la coupe aux lèvres lorsqu'il s'agit de proclamer le multilinguisme afin d'éviter la marginalisation des langues africaines. Néanmoins, la promotion de «l’unité dans la diversité» sud-africaine constitue avant tout une volonté politique qui a pour objectif la reconstruction de la cohésion nationale. C'est un objectif fort honorable, mais difficile à réaliser, dans la mesure où le choix de la «biodiversité linguistique» s'opère au prix de complications infinies, rendant difficilement gérable le quotidien administratif.
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