[Benin flag]

République du Bénin

Bénin

Capitale: Porto Novo
Population: 8,4 millions (2005)
Langue officielle:  français
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires:  fon (24,2 %), yorouba (8 %), bariba (7,9 %), goun (5,5 %), ayizo (3,9 %), nago (3 %), gen (2,1 %), ditamari, (2 %), etc. 
Langue coloniale: français
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 1, 11 et 40 de la Constitution du 11 décembre 1990
Lois linguistiques: arrêté no 45/MCC/CAB/DA/SA portant attribution, organisation de l'alphabétisation et fonctionnement de la direction de l'alphabétisation; arrêté de 1984 no 467-C/MESRS/DGM/SP portant création et organisation du Centre national de linguistique appliquée; ordonnance no 75/30 du 23 juin 1975 portant loi d'orientation de l'Éducation nationale; loi no 2000-18 portant règles générales pour les élections en république du Bénin.

1 Situation géographique

Le Bénin (officiellement la république du Bénin, l'ancien Dahomey) est un pays d’Afrique occidentale d'une superficie de 112 622 km2. Le pays est situé sur le golfe de Guinée et est bordé au nord par le Burkina Faso et le Niger, à l’est par le Nigeria et à l’ouest par le Togo. Il s’étend de l’océan Atlantique au fleuve Niger sur une longueur de 700 km; la largeur varie de 125 km (le long de la côte) à 325 km. Le Bénin a presque la même étendue que Cuba (110 860 km2).

Le Bénin compte 12 départements: l'Atakora, l'Alibori, le Borgou, le Donga, les Collines, le Zou, le Plateau, le Couffo, l'Ouémé, le Mono, l'Atlantique et le Littoral (voir la carte détaillée). Les principales villes sont Cotonou (environ 750 000 habitants ), le siège du gouvernement et le centre commercial et économique, Porto-Novo (environ 191 000 habitants), la capitale administrative, Abomey (environ 67 000 habitants), Parakou (environ 106 000 habitants ), Natitingou (environ 57 000 habitants).

2 Données démolinguistiques

Le Bénin comptait environ 8,4 millions d’habitants, selon les estimations officielles de 2005. Environ 70 % de la population vit en zone rurale. 

2.1 Les ethnies 

Les Béninois sont fragmentés en une mosaïque d'ethnies. Les Fons et les Adjas, deux communautés très apparentées, constituent les groupes les plus importants au sud du pays, mais les Baribas et les Sombas sont les plus nombreux au nord du pays. Les Yorubas, qui regroupent environ 10 % de la population, prédominent au sud-est. À d’autres petits groupes côtiers comme les Mina et les Pla, il convient d’ajouter les «Brésiliens» qui, portant des noms portugais, sont des anciens esclaves revenus du Brésil à la fin du XIXe siècle. 

Voici la liste des principales ethnies par région:

Sud-Ouest Adjas, Ouatchis, Guins, Houédas, Houlas
Sud Fons, Aïzos, Holis, Toffins
Sud-Est Gouns et Yorubas
Centre Fons, Mahis, Yorubas
Nord et au Nord-Est  Batombus, Dendis, Fulbés
Nord-Ouest Bétamaribés, Waabas, Yowas 

2.2 Les langues nationales

En ce qui a trait aux langues, on en compte près d'une cinquantaine dans le pays. Pour une population de moins de sept millions d'habitants, on peut parler d'une mosaïque linguistique. Seules une vingtaine de langues sont parlées par plus de 60 000 locuteurs. Parmi celles-ci, le fon est de loin la langue la plus importante puisqu'il est parlé par 24 % de la population. Suivent le yorouba (8 %), le bariba (7,9 %), l'adja (6,2 %), le goun (5,5 %) et l'ayizo (3,9 %). 

Langue

Nombre
des locuteurs
% Province Famille
linguistique
Fon 1 400 000 24,2 % Atlantique, Zou nigéro-congolaise
Yourouba 465 000 8 % Ouémé, Zou nigéro-congolaise
Bariba 460 000 7,9 % Central, Borgou (nord)  nigéro-congolaise
Adja 360 000 6,2 % Atlantique, Mono nigéro-congolaise
Goun 320 000 5,5 % Porto Novo, Ouémé nigéro-congolaise
Ayizo 227 000 3,9 % Atlantique, Mono nigéro-congolaise
Nago 175 000 3 % Ouémé, Atakora nigéro-congolaise
Gen 126 000 2,1 % Atlantique, Mono nigéro-congolaise
Ditamari 120 000 2 % Atakora  nigéro-congolaise
Ouatchi 110 000 1,9 % Mono nigéro-congolaise
Cabé 80 000 1,3 % Borgou, Zou nigéro-congolaise
Boko 70 000 1,2 % Borgou nigéro-congolaise
Pila 70 000 1,2 % Atakora nigéro-congolaise
Mahi 66 000 1,1 % Zou nigéro-congolaise
Tofin 66 000 1,1 % Atlantique, Ouémé nigéro-congolaise
Mokolé 65 500 1,1 % Borgou nigéro-congolaise
Ouémé 60 000 1 % Ouémé nigéro-congolaise
Lama 60 000 1 % Atakora nigéro-congolaise

Autrement dit, plus de la moitié de la population du Bénin parle le fon, le yorouba, le bariba, l'adja ou le goun. Toutes les langues béninoises, hormis le haoussa (famille chamito-sémitique), appartiennent à la famille nigéro-congolaise. Les quelque 50 langues parlées au Bénin peuvent être divisées en trois groupes nigéro-congolais:

1) Groupe des langues gur:  l'anii, le batonum, le biali, le bulba, le ditamari, le gulmancema, le kabiyé, le kotokoli, le kufalu, le lekpa, le looso, le mbelimé, le mooré, le nateni, le sola, le waama et le yom.

2) Groupe des langues kwa: sous-divisé en langues «gbe» et en langues «ede», il comprend l'ajagbe, l'ayizogbe, le basa, le cigbe, le cokosi, l'ede cabé, l'ede ica, l'ede idaca, l'ede ife, l'ede ije, l'ede nago, l'ede yoruba, le fongbe, le foodo, le gengbe, le gungbe, le kogbe, le maxigbe, le makalé, le saxwegbe, le setogbe, le tofingbe, le toligbe, le ouatchigbe, le wemegbe, le xwedagbe et le xwlagbe. 

3) Autres langues:  le boko (groupe mande), le dendi, le zarma (groupe songhaï), le fulfuldé (groupe ouest atlantique), le haoussa (groupe tchadique) et le cenka.

Par province, la situation linguistique est la suivante:

Province de l'Atlantique : fon , alada, aizo, seto, tofin, toli, mina; 
Province de l'Ouémé : ayizo, guon, holi, yoruba, ife, nago, ouémé; 
Province de l'Atacora basila, cabré, dendi, dompago, dyerma, fulfuldé, gourmantché, kotokoli, mossi, natembé, peul, niendi;
Province de Mono : adja, guin, mina, popo, saxwe, ouatchi, xwéda.

2.3 Le français

La plupart des Béninois utilisent le français, le fon, le yorouba ou le bariba comme l'une des langues véhiculaires. Cependant, le prestige du français comme langue des communications interethniques, ainsi que dans les domaine de la radio, la télévision et du travail, rend son acquisition pratiquement indispensable en milieu urbain. Même analphabètes, beaucoup de Béninois se donnent du mal pour pouvoir comprendre et articuler le français.

On distingue au Bénin trois catégories de français. Il s'agit d'abord du français standard correspondant à celui qui est enseigné dans les écoles et utilisé dans les familles considérées comme scolarisées; c'est donc un français qui respecte scrupuleusement les règles de la langue, même de la part de ceux qui ont appris les rudiments du français à l'extérieur de l'école. Mais, dans la rue ou au marché, c'est un français populaire, presque argotique, qui est utilisé; on l'appelle le français d'Afrique et il est surtout utilisé à Cotonou. Outre les termes argotiques, cette variété est caractérisée par les erreurs dans l'attribution des genres (masculin/féminin), le problème du choix entre les verbes avoir et être dans la conjugaison aux temps composés («il a tombé», «j'ai parti», etc.), les énoncé nominaux («moi venir», «toi rien comprendre»), sans oublier les interférences linguistiques (ou mélanges des langues). La troisième variété de français correspond à ce qu'on appelle le français «snobé» de Cotonou. C'est un français mal compris, destiné surtout à épater, dans lequel on trouve des fautes systématiques et imprévisibles, le tout dans un style hypercorrectif avec l'emploi du subjonctif et l'utilisation délibérée de mots rares. 

Quant aux religions, la majeure partie de la population béninoise est animiste (61 %) et pratique le «culte vodun» (à l'origine du vaudou), mais le catholicisme (19 %), le protestantisme (3 %) et l’islam (15 %) dominent certaines régions du pays. Le Bénin est considéré comme le berceau du vaudou, une religion vouée au culte des ancêtres.

3 Données historiques

Les traces d'habitats humains sont très anciennes dans cette région de l,Afrique, probablement dès le paléolithique. Les premiers royaumes furent mis en place à partir du XIVe siècle. Le plus connu, le royaume du Dan-Homé (Dahomey), semble avoir été créé dans le sud du pays par les Yoroubas. Il serait à l'origine des principautés de Sava et d'Allada qui prirent contact avec les premiers navigateurs européens. Au siècle suivant, une scission parmi les héritiers du royaume d’Allada aboutit à la formation du royaume d’Adjatché, au sud-est et, plus au nord, sous la direction d’Houegbadja (1645-1689), du royaume du Dahomey, à partir d’Abomey, qui devint la capitale du royaume. Le Dahomey se transforma en puissance dominante de la région grâce à la traite des Noirs. Le royaume du Dahomey joua un rôle d’intermédiaire avec les comptoirs européens de la côte. En 1782, Hogbonou, la capitale du royaume d’Adjatché, fut baptisée Porto-Novo par les Portugais installés dans le comptoir négrier de Ouidha.

Dans la première moitié du XIXe siècle, sous le long règne (1818-1858) du roi Guézo, le royaume d'Abomey développa l'agriculture vivrière et commerciale en introduisant de nouvelles plantes: maïs, tomate, arachide et tabac. Cependant, la traite exercée aux dépens des peuples voisins pesa lourdement sur l'économie du pays.

3.1 La colonisation française

En 1851, la France signa un traité commercial et d’amitié avec le chef du petit royaume côtier de Porto-Novo. Par les traités de 1868 et de 1878, la région de Cotonou, située entre Ouidah, comptoir portugais, et Porto-Novo, fut cédée à la France. En 1883, le roi de Porto-Novo, désirant se protéger des visées expansionnistes du Dahomey, signa un traité de protectorat avec la France. Le roi Béhanzin tenta de reconquérir la région occupée par les Français, mais il fut battu en 1892, capturé en janvier 1894 et déporté en Martinique. Les établissements français de la région furent regroupés au sein de la colonie du Dahomey.

En 1899, le Dahomey fut intégré à l’Afrique occidentale française (AOF). Ses frontières furent fixées en accord avec la Grande-Bretagne établie au Nigeria et l’Allemagne occupant le Togo. Durant l’entre-deux-guerres, le Dahomey, où la scolarisation grâce aux missions religieuses, était importante, notamment dans le Sud, fut l’un des principaux foyers politiques et intellectuels de l’AOF. De nombreux partis politiques furent fondés dès cette époque, tandis que se développait une presse d’opposition au système colonial.

En 1958, le pays devint la «république du Dahomey», un État autonome au sein de la Communauté française. L'indépendance fut proclamée le 1er août 1960, à Porto Novo, la capitale du nouvel État qui devint, le mois suivant, membre des Nations unies.

3.2 L'indépendance 

Par la suite, le Bénin connut une histoire politique mouvementée. Surnommé le «Quartier latin de l'Afrique» durant l'époque coloniale en raison de sa vie politique, le pays connut quatre régimes successifs dirigés par des hommes du Sud jusqu'au coup d'État du commandant Mathieu Kérékou  en 1972.
Les 12 premières années furent marquées par une instabilité chronique, les anciennes élites coloniales, pour la plupart originaires du Sud, se disputant le pouvoir. En 1972, le commandant Mathieu Kérékou destitua le Conseil présidentiel et devint le chef d’un État auquel il voulut donner peu à peu une orientation marxiste-léniniste. En 1975, pour réduire le poids politique du Sud, le nom de Dahomey (république du Dahomey) fut symboliquement abandonné pour celui de Bénin (République populaire du Bénin), du nom du royaume qui s’était autrefois épanoui au Nigeria voisin. Une nouvelle constitution, instaurant un régime à parti unique, fut promulguée en 1977. La même année, une tentative de coup d'État appuyée par des mercenaires échoua et durcit davantage le régime. Les trois anciens présidents, emprisonnés en 1972, furent libérés en 1981. Au cours de cette période, les dirigeants du pays n'ont jamais pensé modifier le statut de la langue française, qui demeura la langue officielle, notamment dans l'Administration, la justice et les écoles.  

Durant les années quatre-vingt, la situation économique du Bénin continua de se dégrader, alors que la répression antidémocratique se durcit. Les problèmes sociaux et politiques conduisirent le président Kérékou à renoncer à l’idéologie marxiste-léniniste et à accepter l’instauration d’une Conférence nationale, réunissant les représentants des différents mouvements politiques.

Un gouvernement de transition, mis en place en 1990, ouvrit la voie au retour de la démocratie et du multipartisme. Le premier ministre, Nicéphore Soglo, battit Kérékou à l’élection présidentielle de mars 1991. Cependant, les ajustement structurels et la compression des dépenses publiques recommandées par le FMI ravivèrent le mécontentement de la population. Après avoir perdu sa majorité au sein de l’Assemblée législative, le président Soglo, accusé de népotisme par ses adversaires, fut battu par Mathieu Kérékou qui revint au pouvoir lors de la présidentielle du 17 mars 1996. Après le multipartisme, ce fut ensuite l'alternance. En mars 2001, Mathieu Kérékou fut réélu président de la République avec 84 % des voix. À l'âge de 67 ans, il entamait donc un second mandat consécutif dans des conditions difficiles. Malgré les réformes, le Bénin demeure encore l'un des pays les plus pauvres du continent africain et reste toujours un pays en voie de développement.

4 La politique linguistique

La politique linguistique du Bénin comprend deux volets: l'une porte sur le français comme langue officielle, l'autre sur les langues nationales. L'article 1er de la Constitution du 11 décembre 1990 proclame que le français est la langue officielle: 
 

Article 1er

L'État du Bénin est une république indépendante et souveraine.

  • La capitale de la république du Bénin est Porto-Novo.
  • L'emblème national est le drapeau tricolore vert, jaune et rouge. En partant de la hampe, une bande verte sur toute la hauteur et sur les deux cinquièmes de sa longueur, deux bandes horizontales égales: la supérieure jaune, l'inférieure rouge.
  • L'hymne de la République est «L'Aube nouvelle».
  • La devise de la République est «Fraternité - Justice - Travail».
  • La langue officielle est le français.
  • [...]

4.1 La politique de la langue officielle

En conformité avec la Constitution, le français est la langue de l'État, c'est-à-dire de la Présidence, du Parlement, de l'Administration, de la justice et de l'éducation.  

Cela signifie que seul le français est admis au Parlement, tant dans les débats que dans la rédaction et la promulgation des lois. Dans les tribunaux, plusieurs langues nationales sont permises à l'oral, surtout le fon, le yorouba et le bariba. Toutefois, dans les documents écrits, seul le français est utilisé. Le juge rend officiellement ses sentences en français, mais le tribunal traduit la sentence à partir du français vers toute autre langue lorsque cela est jugé nécessaire. 

Dans l'Administration gouvernementale, les fonctionnaires répondent généralement dans la langue locale du citoyen, mais les documents écrits ne sont disponibles qu'en français. Cette pratique est restée inchangée bien qu'une bonne partie de la population soit analphabète et ignore le français. Selon des statistiques de l'UNESCO (1994), le taux d'analphabétisme chez les hommes était de 63 % et de 74 % chez les femmes. En 1997, seuls 26 % des Béninois étaient alphabétisés (hommes et femmes confondus).

Même la loi sur les élections du 31 octobre 2000 exige la connaissance du français. Ainsi, peut-on lire à l'article 55 de la loi n° 2000-18 portant règles générales pour les élections en république du Bénin: 

Article 55

[...]

Les membres du bureau de vote sont désignés avant l'ouverture de la campagne électorale par décision de la Commission électorale nationale autonome (CENA). Ils doivent savoir lire et écrire le français. Le pouvoir de décision est exercé par la commission électorale départementale (CED) en ce qui concerne les élections locales. [...]

En cas de défaillance d'un membre du bureau constatée à l'ouverture ou au cours du scrutin, il est pourvu à son remplacement par le président qui choisit au sort parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français; mention en est portée au procès-verbal.

Et à l'article 75:

Article 75

Les membres du bureau de vote effectuent le dépouillement des votes et le décompte des voix, assistés de scrutateurs choisis par le président parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français.

Dans les écoles, les langues nationales ne sont pas enseignées. Les quelques expériences tentées en ce sens ont été abandonnées. Depuis l'indépendance en 1960, trois périodes peuvent être distinguées dans l'histoire de la politique éducative au Bénin: 

(1) De 1960 à 1972, le système éducatif était calqué sur le système français. 
(2) À la suite de la révolution de 1972, le gouvernement a adopté la réforme dite de «l'École nouvelle» fondée sur un modèle de développement de type socialiste; cette réforme a été appliquée jusqu'en 1989. 
(3) La tenue des états généraux de l'éducation (EGE) en octobre 1990 marqua le début de la troisième période. 

Depuis 1991, le gouvernement a entrepris un programme de réforme de tout le secteur de l'éducation, conformément aux recommandations des EGE. Le français est la seule langue enseignée tant au primaire qu'au secondaire; aucune langue étrangère autre que le français n'est enseignée au primaire. 

Il faut souligner, de l'aveu même du ministère de l'Éducation nationale (Rapport national sur le développement de l'éducation d'avril 1991), la piètre qualité de l'enseignement en raison notamment du nombre élevé d'enseignants non qualifiés et du manque de contrôle pédagogique. De plus, la connaissance du français de la part des enseignants laisse souvent à désirer, ce qui rend l'enseignement du français assez difficile. Les trois écoles normales d'instituteurs du primaire de Lokossa, Natitingou et Parakou ont été fermées en 1990 à la suite de restrictions budgétaires. L'École normale supérieure pour les enseignants du secondaire de Porto-Novo a aussi été fermée.

Enfin, dans l’enseignement du français, les enseignants moins qualifiés ont souvent recours aux méthodes répressives datant du temps de la colonisation française. Généralement, ces méthodes se transposent en des châtiments corporels ou des dénigrements verbaux à l'intention des élèves qui ne s’expriment pas correctement en français. Il existe aussi une forme de punition particulière: le «signal», ce qu'on a appelé longtemps en France le «symbole». Le «signal» serait une punition en voie de disparition, mais la pratique existe encore. Il en serait ainsi du châtiment corporel, formellement interdit, mais beaucoup d’enseignants disent ne pas avoir d’autre choix.   

4.2 La politique relative aux langues nationales

Il ne faudrait pas croire que le gouvernement n'a aucune politique concernant les langues nationales. Outre la Constitution qui contient des dispositions en ce sens, il existe aussi des lois, dont l'arrêté no 45/MCC/CAB/DA/SA portant attribution, organisation de l'alphabétisation et fonctionnement de la direction de l'alphabétisation, l'arrêté de 1984 no 467-C/MESRS/DGM/SP portant création et organisation du Centre national de linguistique appliquée et l'ordonnance no 75/30 du 23 juin 1975 portant loi d'orientation de l'Éducation nationale. 

L'article 11 de la Constitution reconnaît que toutes les communautés composant la «Nation béninoise» jouissent de la liberté d'utiliser leurs langues parlées et écrites:

Article 11

1) Toutes les communautés composant la Nation béninoise jouissent de la liberté d'utiliser leurs langues parlées et écrites et de développer leur propre culture tout en respectant celles des autres.

2) L'État doit promouvoir le développement de langues nationales d'intercommunication.

Cette déclaration constitutionnelle semble assez vague dans la mesure où elle n'est pas soutenue par des moyens donnant lieu à des directives ministérielles. Seule la langue officielle est restée le modèle reconnue par la politique linguistique; cette langue est donc en usage dans tous les organismes gouvernementaux, dont les établissements d'enseignement. 

L'article 40 de la Constitution parle des programmes d'alphabétisation:

Article 40

L'État a le devoir d'assurer la diffusion et l'enseignement de la Constitution, de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples de 1981, ainsi que de tous les instruments internationaux dûment ratifiés et relatifs aux droits de l'Homme.

L'État doit intégrer les droits de la personne humaine dans les programmes d'alphabétisation et d'enseignement aux différents cycles scolaires et universitaires et dans tous les programmes de formation des Forces armées, des Forces de sécurité publique et assimilés.

L'État doit également assurer dans les langues nationales par tous les moyens de communication de masse, en particulier par la radiodiffusion et la télévision, la diffusion et l'enseignement de ces mêmes droits.

Des linguistes et autres chercheurs ont choisi six langues à promouvoir par l’Etat béninois dans l’alphabétisation des adultes. Il s’agit de l'aja (360 000 locuteurs), du batonum ou bariba (460 000 locuteurs), du dendi (30 000 locuteurs), du fon (1,4 million), du ditamari (120 000 locuteurs) et du yoruba (465 000 locuteurs).  Même si, en principe, toutes les langues béninoises ont le statut de langues nationales, elles n’ont pu se développer dans un environnement valorisant. Les expérimentations sur le plan de la transcription des six langues choisies n’ont pas été entreprises de façon systématique et durable. 

Durant la période de la révolution du régime marxiste-léniniste de 1975 à 1989, les écoles maternelles publiques ont été appelés CESE, des «centres d’éveil et de stimulation de l’enfant»; ces centres fonctionnaient sur le principe d’une revalorisation des éléments culturels, notamment des langues béninoises. Mais le gouvernement a dû faire face à l'opposition des parents qui croyaient que l'État voulait priver leurs enfants d’apprendre le français, une condition nécessaire pour la réussite sociale. De plus, jamais les langues nationales n'ont été enseignées dans les écoles primaires. Aucun projet n'a, en ce sens, été pensé ni planifié, encore moins mis à exécution. Aujourd’hui, seul est resté le principe selon lequel, dans les écoles maternelles, la langue locale domine les activités pédagogique, du moins au début de la scolarisation. À partir de la deuxième année de la maternelle, le français est de plus en plus employé. À l’école primaire, l’enfant doit immédiatement «se débrouiller en français». Il n’existe qu'une phase de 45 jours nommée «phase du langage accéléré», qui est accordée pour acquérir un certain niveau de la langue française parlée.

Rappelons aussi que l'État béninois s'est doté d'une Charte culturelle du Bénin, qui met l’accent sur la promotion des langues nationales. Le titre IV de la loi est le suivant: «Du développement des langues nationales et de l'alphabétisation» (articles 17 à 21). En vertu de la Charte, l’État béninois reconnaît «l’impérieuse nécessité de développer les langues nationales, vecteurs de nos cultures et instrument privilégiés du développement culturel et social». De plus, on peut lire: «L’État béninois, tout en assurant une égale promotion à toutes les langues nationales, doit préparer et mettre en œuvre les réformes nécessaires à l’introduction progressive et méthodique de ces langues dans l’enseignement.» Évidemment, cette politique tarde beaucoup à se réaliser, car dans les faits rien n'a été entrepris jusqu’à présent.

Dans la vie économique, le français occupe une place presque exclusive, notamment à l'écrit. L'anglais suit de très loin. Cependant, les communications informelles orales se déroulent souvent en fon, en yorouba ou en bariba. Les émissions radiophoniques sont produites en français et dans plusieurs langues nationales. La Radiodiffusion et Télévision du Bénin émet en 18 langues nationales. La presse écrite ne paraît qu'en français. La politique linguistique réelle, notamment à Cotonou, consiste à faire usage exclusif du français à la fois comme langue officielle, langue de travail et seule langue d'enseignement. 

Il n'est pas très difficile de résumer la politique linguistique de l'État béninois. C'est la non-intervention, tant pour la langue officielle, le français, que pour les langues nationales. Dans le premier cas, il s'agit de perpétuer les pratiques utilisées par l'ancien colonisateur. Dans le second cas, il suffit de ne rien faire. De fait, les tentatives visant à revaloriser les langues nationales, en plus d'être fort modestes, sont demeurées lettre morte.  

Pourtant, on peut croire que l'instruction dans la langue maternelle serait un moyen efficace qui permettrait à une grande partie de la population de participer aux affaires de la nation. Cette exclusion de la plus grande partie de la population béninoise par la langue représente un frein important au développement économique du pays dans la mesure où elle nuit à la scolarisation des citoyens. N'oublions pas que le taux d'analphabétisme chez les hommes est de 63 % et de 74 % chez les femmes, ce qui paraît très élevé. En 1997, seuls 26 % des Béninois étaient alphabétisés (hommes et femmes confondus). Il paraît évident que l’enseignement à l’école primaire devait commencer dans une langue béninoise avant d’introduire progressivement le français. Pour le moment, il y a loin de la coupe aux lèvres, car il ne semble pas que cette politique soit une priorités pour les dirigeants du pays. 

Dernière mise à jour: 01 févr. 2010
 

Bibliographie

CROIZER,C. «Politique linguistique et développement: approche francophone et anglophone, le cas du Bénin et du Nigeria», mémoire de maîtrise Institut d’anglais, 1991, Université de Strasbourg. 
 
ENCYCLOPÉDIE ENCARTA 2004, art. «Bénin», pour la partie historique.
 
HALAOUI, Nazam, Danielle BOUHAJEB, Anne DUPUY, Anne-Marie BUI DO. Les langues des États francophones : législations, politiques et situations, Talence, ACCT, CIFDI, 1994; vol. III: États francophones d’Afrique noire (Bénin à Côte d’Ivoire).
 
IGUE, Akanni, Mahmoud, «La situation du français au Bénin», dans Le français dans l’espace francophone: description linguistique et sociolinguistique de la Francophonie, Tome 2, Paris, Honoré Champion, coll. "Politique linguistique 6", 1996, p. 577-585.
MANESSY, Gabriel. Le français en Afrique noire, Mythe, stratégies, pratiques, Paris, 1994, Éditions L’Harmattan, 245 p.
 
MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION NATIONALE ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE. Rapport national sur le développement de l'éducation, Porto-Novo, Institut national pour la formation et de la recherche en éducation, avril 2001.

Carte Afrique
L'Afrique

   
 
Accueil: aménagement linguistique dans le monde