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Île Maurice(Republic of Mauritius) |
République de Maurice |
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L’île Maurice (en angl.: Mauritius) est
située dans le sud-ouest de l'océan Indien, à quelque 800 km
à l'est de la grande île de Madagascar et à 220 km à l’est de l’île de La
Réunion. Ainsi, d’ouest en est, l’île de La Réunion, l’île Maurice (et ses îlots
de Agaléga, Saint-Brandon, Cargados Caraos et Chagos Archipelago) de même que
l’île Rodrigues forment l'archipel des Mascareignes du nom du
navigateur portugais Pedro Mascarenhas qui les explora. Toutes les îles de
l’archipel des Mascareignes appartiennent à la république de Maurice (voir la
carte 2), sauf l’île de La Réunion qui constitue un département français
d’outre-mer (DOM). Toutefois, l’île Maurice est beaucoup moins éloignée de La
Réunion (200 km) que de l’île Rodrigues (560 km). La superficie de la république
de Maurice est de 1865 km², et elle atteint un total de 2040 km² en incluant ses
dépendances. L'île Rodrigues, la plus petite des trois îles de l’archipel des Mascareignes avec ses 109 km ², bénéficie depuis 2002 d'une autonomie administrative, tout en faisant partie de l'île Maurice. |
À 394 km au nord-est de l’île Maurice se trouvent les Cargados Carajos qui regroupent 22 îles. L'une d'elles, l'île Saint-Brandon, possède un hôpital et une station météorologique; seuls quelques pêcheurs engagés par une compagnie mauricienne y séjournent périodiquement. Plus loin, se profilent les îles Agalega dont la population est de 300 habitants et, au sud des Maldives, Diego Garcia (voir la carte 3) abritant une base militaire américaine, mais dont la souveraineté est réclamée par le gouvernement mauricien. Tout au nord de l’archipel se trouve l’îlot Tromelin qui est demeuré sous contrôle français. La république de Maurice (en angl. Republic of Mauritius), autrefois colonie française (1715-1810), puis britannique, est un État indépendant depuis 1968. L'île Rodrigues bénéficie, en tant qu'État non souverain, d'une page particulière dans ce site; cliquez ICI s.v.p. pour y accéder.
La population de la république de Maurice s’élevait à 1,2 million d’habitants en 2004, mais la quasi-totalité des habitants de cet État résident dans l’île Maurice elle-même, puisqu’on ne dénombre que 35 000 habitants dans l’île Rodrigues et que les autres petites îles ne sont pas régulièrement habitées. L’agglomération de la capitale, Port-Louis, nommée ainsi en souvenir de Louis XV, compte près de 300 000 habitants, soit plus de 40 % de la population totale de l'île Maurice. Les principales villes demeurent, outre Port-Louis, Rose Hill, Beau-Bassin, Quatre-Bornes, Vacoas, Phoenix, Cure-Pipe (ces villes se touchent et forment une seule agglomération) et Mahébourg où se situe l'aéroport (voir la carte détaillée).
Le pays est composé de différentes ethnies: 68 % de la population est d'origine indienne; ils sont suivis des Métis (27%), des Chinois (3 %) et des Européens (2 %). En somme, deux habitants sur trois sont dorigine indienne; ce sont les descendants de travailleurs venus dans les plantations, après labolition de lesclavage (1835) par la Grande-Bretagne. Les autres Mauriciens sont des Métis (ou «Créoles») descendant des premiers esclaves et des colons français, puis des Chinois (arrivés après les Indiens) fort actifs aujourd’hui dans les commerces d’alimentation.
Le recensement démographique de 2000 (publié en 2002) révélait que les langues parlées quotidiennement sont le créole par 826 152 locuteurs (70,0 %), le bhojpouri par 142 387 locuteurs (12,0 %) et le français par 39 953 locuteurs (3,3 %), ce qui correspond à 10,0 millions de locuteurs, sur une population recensée de 1,1 million (en fait: 1 178 848). Cependant, il est difficile de déterminer avec précision le nombre des locuteurs d'une langue, car très peu de Mauriciens sont unilingues. D'autres statistiques établissent plutôt à 80,5 % le pourcentage du créole, à 12,1 % celui du bhojpouri, à 3,4 % celui du français et à moins de 1 % celui de l'anglais. Il resterait 3,7 % pour toutes les autres langues (tamoul, ourdou, chinois mandarin, télougou, chinois hakka, marathi, gujarati, arabe, etc.). L'un des problèmes pour déterminer les langues parlées provient du fait que les Mauriciens sont généralement bilingues, sinon trilingues, voire polyglottes. Il n'est pas rare de trouver des Mauriciens parler cinq ou six langues. Les combinaisons entre le créole, le français, l'anglais et le bhojpouri sont monnaie courante. Parmi les personnes bilingues ou trilingues, le créole est toujours présent, ainsi que le français. Il reste ensuite des combinaisons possibles avec une langue indienne autre que le bhojpouri et le chinois, ce qui comprend toujours le créole mauricien.
Les données du Central Statistics Office de 2001 révèlent que de nombreuses communautés comptent des membres connaissant le créole mauricien et une autre langue, dont le chinois (3155), le français (17 863), le bhojpouri (65 775), l'hindi (5161), la marathi (1806), le tamoul (7827), le télougou (2194), l'ourdou (11 131), auxquels il faudrait ajouter 7258 locuteurs sont la langue maternelle n'a pas été identifiée. Ces individus bilingues forment un ensemble disparate de quelque 122 1700 locuteurs, soit près de 10 % de la population. Les Créoles, les Franco-Mauriciens et les Rodriguais sont des populations autochtones, alors que les Bhojpouris, les Tamouls, les Hindis, les Ourdous, les Télougous, les Marathes et les Gudjarats proviennent de populations immigrantes originaires de l'Inde, sans oublier les nombreux Chinois.
2.1 Le créole mauricien (morisyen)
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Bien que la langue officielle de la république de Maurice
soit langlais, la majorité de la population, quelle soit dorigine
africaine, métisse ou indienne, parle le
créole
mauricien ou
morisyen dans une proportion d'au moins 70 %. On emploie également le
terme
créole franco-mauricien
parce qu'il est à base de français, une conséquence de la colonisation française qui a duré un siècle.
La carte de gauche illustre l'importance du créole sur l'île Maurice.
Cette langue est parlée sur l'ensemble de l'île (voir la carte détaillée).
Ainsi, on peut présumer que les deux tiers de la population mauricienne peuvent s'exprimer en morisyen. En raison de ses similitudes linguistiques, le français demeure la langue européenne la mieux comprise par lensemble des Mauriciens, et ce, dautant plus quil est parlé comme langue maternelle par 37 000 Franco-Mauriciens, contre 3000 pour langlais. Rappelons que le créole morisyen provient du «créole bourbonnais», le tronc commun des créoles français parlés dans l'océan Indien et comprenant non seulement les créoles mauricien et rodriguais, mais également les créoles réunionnais et seychellois, ce qui inclut le créole chagossien des îles Chagos. Le créole bourbonnais a d'abord été parlé à La Réunion (alors appelée «île Bourbon»), puis il s'est propagé sur l'île Maurice et, de là, sur l'île Rodrigues et l'archipel des Seychelles. En raison des distances et de l'insularité de ces créoles, ceux-ci se sont progressivement différenciés. Les différences se sont ensuite amplifiées avec la colonisation anglaise qui a touché Maurice, Rodrigues et les Seychelles. C'est pourquoi il n'est pas toujours aisé pour les créolophones de l'océan Indien de communiquer en créole entre eux et de se comprendre parfaitement. Environ 10 % des mots du créole mauricien seraient d'une origine autre que française, c'est-à-dire anglaise, indienne, malgache, bantoue, wolof ou mandingue. |
Malgré d'évidentes similitudes, ces créoles ont tous des particularité lexicales importantes. Voici quelques exemples comparatifs du créole mauricien (île Maurice), du créole rodriguais (île Rodrigues), du créole réunionnais (île de La Réunion) et du créole seychellois :
| Français | Créole mauricien | Créole rodriguais | Créole réunionnais | Créole seychellois |
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Peuples créoles du monde entier, donnons-nous la main. |
Tou dimoune ki koz langaz kreol anou mars ansam. | Tou kreol lor la ter, anou marye pyke. | Anou pèp kréol dan lo Monn antyé anon mèt ansanm. | Tou pep Kreol dan lemonn, annou atrap lanmen. |
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Nous sommes créoles, et donc nous parlons créole.
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Nou finn ne kreol, alor nou noz kreol. | Nou kreol, nou koz nou lang. | Nou lé kréol, nou koz kréol. | Nou Kreol, alor nou koz Kreol. |
| Le créole est la puissante langue de notre patrie car il est parlé par tout le monde. | Langaz kreol pli gran patrimwann nou pei parski tou dimounn koz li. | Kreol li enn gran lang kot nou parski tou dimoune kose li. | Lo kréol lé la lang lo pli gabyé nout nasyon parské tout domoun i koz ali. | Kreol i lalang pli pwisan nou patri akoz tou dimoun i koz li. |
2.2 Les langues indiennes
Quant à la population dorigine indienne, de nombreux locuteurs ont conservé leur langue dorigine: ils parlent le bhojpouri (31,4 %), le tamoul (3,5 %), l'hindi (2,8 %), l'ourdou (2,7 %), le télougou (1,5 %), le marathi (1,3 %) et le gujarati (0,1 %). Le tamoul et le télougou sont des langues dravidiennes, alors que les autres font partie des langues indo-iraniennes. Si beaucoup ont conservé leur langue d'origine, nombreux sont ceux qui sont passés au créole morisyen. Le bhojpouri est surtout parlé dans de nombreuses agglomérations situées au nord-est de l'île. Les Indo-Mauriciens peuvent généralement parler jusqu'à quatre langues, par exemple, le créole, le bhojpouri, le français et l'anglais.
En 2008, le gouvernement mauricien a fait adopter des lois pour favoriser la vie culturelle des communautés de langue marathi (Loi sur l'union des locuteurs du marathi), de langue tamoule (Loi sur l'union des locuteurs du tamoul) et de langue télougou (Loi sur l'union des locuteurs du télougou).
2.4 Les langues chinoises
L'île Maurice compte une importante minorité de sinophones, que ce soit le chinois mandarin (1,5 %), le chinois wu (1,4 %) ou le chinois hakka (0,2 %). Ces langues font partie de la famille sino-tibétaine. Les communautés chinoises sont généralement quadrilingues, ce qui comprend presque toujours l'anglais, le français, le créole, en plus de leur langue.
2.5 Le français et l'anglais
L’anglais et le français constituent pour tous les Mauriciens à lexception des Franco-Mauriciens et des Anglo-Mauriciens des langues étrangères. Tout le monde parle le créole mauricien ou une langue indienne (ou chinoise), sauf les quelques
«Métropolitains» britanniques ou français. Soulignons que la connaissance du français et de l’anglais est variable dans la population, elle dépend grandement du degré d’instruction des individus. Il est plus facile pour la majorité des Mauriciens d’apprendre le français que l’anglais en raison des affinités linguistiques avec le créole et en raison également du prestige dont jouit le français au point de vue culturel.Langlais, pour sa part, souffre de son isolement linguistique par rapport au créole. Rares sont les Mauriciens qui affirment savoir plus langlais que le français, à lexception des Indo-Mauriciens et des Sino-Mauriciens toujours plus familiers avec langlais quavec le français. Mais on aurait tort de croire que ces groupes ethniques ignorent le français: ils le connaissent moins, c’est tout. L’anglais est la langue de l’État, mais les fonctionnaires connaissent plus le français que l’anglais...
Dans les faits, le français est nettement la
deuxième langue (après le créole) des habitants de lîle Maurice et langlais,
la troisième, et ce, même pour les Indo-Mauriciens et les Sino-Mauriciens. Cest
probablement cette situation qui porte certains à dire que «tout le monde parle en
français, mais tous écrivent en anglais».
2.6 Les religions
En ce qui a trait à la religion, les Mauriciens
pratiquent la religion hindouiste dans une proportion de 52 %; les catholiques comptent
pour 26 %, les musulmans pour 16,6 %, les protestants pour 2 %. Les diverses autres
religions forment 3 % de la population.
Une carte de 1153, dressée par
le célèbre géographe arabe, Al Sharif el-Edrissi, montre que les trois îles des
Mascareignes portaient les noms de Dina Arobi (île Maurice), Dina Margabin (île
de La Réunion) et Dina Moraze (île Rodrigues). Mais les Arabes ne restèrent pas
longtemps aux Mascareignes dont le nom vient d'un navigateur portugais: Pedro de
Mascarenhas. Ce dernier découvrit l'île Bourbon (aujourd'hui lîle de La Réunion)
en 1505; Diégo Fernandez Pereira découvrit en 1507 lîle Maurice et lîle
Rodrigues, mais cest Don Diégo Rodriguez qui donna son nom à cette dernière en
1528. Pour les Portugais, les îles de larchipel
des Mascareignes servaient simplement de relais et de centre de ravitaillement sur la
route des Indes. Ils noccupèrent jamais les Mascareignes.
3.1 La période hollandaise (1598-1710)
Cest en 1516 que
les premiers Hollandais débarquèrent à lîle Maurice. Ils ne purent vraiment
coloniser lîle à ce moment-là, car les esclaves amenés dAfrique
sétaient enfuis dans les montagnes dès leur arrivée: ce furent les premiers
esclaves marrons de Maurice. Afin de rentabiliser leur nouvel établissement
de l'île Maurice, les Hollandais développèrent vers 1641 le commerce des esclaves
en provenance de Madagascar. Cependant, peu d'esclaves malgaches furent acheminés
vers Maurice durant loccupation hollandaise.
En 1598, une escadrille
hollandaise, sous les ordres de lamiral Wybrand Van Warwyck, aborda lîle
Maurice qui fut nommée
Mauritius en l'honneur du prince Mauritius
Van Nassau de Hollande. Une petite colonie de colons venus des établissements
hollandais du cap de Bonne-Espérance s’installèrent avec des esclaves d’origine
africaine. Au lieu de faire fructifier leur nouvelle colonie, les Hollandais se
contentèrent de piller la faune (d’où l’extinction, entre autres, du célèbre
dodo, une sorte de gros pigeon qui aurait abandonné ses ailes et aurait pris du poids en l'absence de
prédateurs) et la flore (causant en particulier l’épuisement du
bois d’ébène). En revanche, les Hollandais introduisirent la canne à sucre et
importèrent des cerfs de Java, mais ils quittèrent l’île avec leurs esclaves en
1710 à la suite de graves sécheresses et de terribles ravages des cyclones.
3.2 La colonisation
française (1715-1810)
Abandonnée par les Hollandais,
l'île Maurice devint une possession française en septembre 1715 lorsque Guillaume
Dufresne d'Arsel laborda, en prit possession et la nomma «île de France». Les
premiers colons français arrivèrent en 1721 au moment où lîle était
administrée par la Compagnie des Indes orientales (de 1722 à 1767). On sait que, pour
concurrencer les autres pays européens, Louis XIV et Colbert avaient créé la Compagnie
des Indes orientales en 1664. Afin dattirer des capitaux, ils lui avaient accordé
un monopole commercial dans l'océan Indien pendant 50 ans et lui avaient cédé la
souveraineté sur Madagascar ainsi que sur les îles voisines et les futurs territoires à
conquérir.
En 1725, les Français annexèrent lîle Rodrigues
qui fut occupée en permanence à partir de 1735. Rappelons, par ailleurs, que
lîle Bourbon (appelée aujourdhui La Réunion) avait reçu ses premiers
colons en 1665 (rappel de la carte 1).
Dès le début de la colonisation française à lîle
de France (Maurice), surtout entre 1721 et 1735, quelques centaines (entre
400 et 600) desclaves en provenance du Sénégal et de la Guinée
arrivèrent à lîle. Depuis le 28 août 1670, à la demande du ministre
Colbert, le Conseil d'État du royaume avait officialisé la pratique de l'esclavage
en France. Aux Antilles, lesclavage avait vite assuré la prospérité
économique de ces régions. En mars 1685, était proclamé le fameux Code noir, une ordonnance de Louis XIV destinée
à réglementer et à tempérer le régime de lesclavage, et précisant les
devoirs des maîtres et des esclaves. On le sait, ce Code Noir, qui
resta en vigueur dans toutes les Antilles et en Guyane française jusqu'en
1848 (date de l'abolition définitive de l'esclavage par la France), fut rarement
respecté, les exploitants nen ayant fait bien souvent quà leur
tête.
En 1723, le célèbre Code
Noir de 1685 fut adapté à l'usage des Mascareignes et les lettres patentes de Louis
XV, en forme d'édit, furent enregistrées à lîle Bourbon (La Réunion) dans la
ville de Saint-Paul, le 18 septembre 1724, par le Conseil supérieur de Bourbon. Ce
nouveau Code Noir adapté à la situation de lîle Bourbon (La Réunion) et
de lîle de France (Maurice) favorisa, dès 1725, larrivée de milliers desclaves
qui venaient en majorité de lîle de Madagascar et de l'Afrique orientale pour y
cultiver le café et les plantes à épices. Cette main-d'uvre abondante paraissait nécessaire pour permettre à la Compagnie des
Indes orientales de poursuivre lexpansion économique de locéan Indien.
Cest en 1735 que lîle
de France (Maurice) commença son véritable développement avec larrivée de son
plus célèbre gouverneur: Bertrand-François Mahé de Labourdonnais, nommé par la
Compagnies des Indes orientales; il dirigea la colonie de 1735 à 1746 et fonda la ville
de Port-Louis.
Mahé de Labourdonnais fit
prospérer l'île de France (Maurice) avec la fondation de plusieurs villes dont Port-Louis, la construction dédifices
administratifs, de magasins, dentrepôts et de casernes militaires. Il favorisa
l'exploitation des forêts pour le bois d'oeuvre (et des chantiers navals), la production
de la canne de sucre ainsi que la culture du café, de lindigo et du poivre. Port-Louis
devint le chef-lieu des établissements français de toute la région. Pendant que lîle
de France (Maurice) ne comptait que 1000 habitants, lîle Bourbon (La Réunion) en
comptait 8000 (dont 6000 esclaves). À partir de 1735, le gouverneur Mahé de
Labourdonnais fit peupler lîle Rodrigues, avec comme mission le ramassage de
tortues et leur chargement sur les bateaux de la Compagnie des Indes orientales. Rodrigues
connut son véritable peuplement à partir de 1760. Une garnison française y résida
même en permanence; lîle comprenait alors des colons blancs et des esclaves. En
1767, sous ladministration de l'intendant Pierre Poivre (1767-1772), on recensait à
Rodrigues encore seulement 32 habitants: 4 Français, 2 Blancs créoles de lîle
Bourbon (La Réunion), 16 Malabars libres et 10 esclaves.
Grâce à Pierre Poivre,
le «commissaire ordonnateur» et lintendant général des îles de France
(Maurice) et de Bourbon (La Réunion), larchipel des Mascareignes devint une colonie
prospère, organisée et enviée par les Britanniques. Poivre avait introduit l'imprimerie
à lîle de France en 1768 (l'Imprimerie royale de Port-Louis) et, comme il était
botaniste et membre de plusieurs académies de sciences, il avait acclimaté sur les îles
de larchipel quantité dépices (dont, bien sûr, le poivre, mais aussi la
girofle, la muscade, la cannelle, etc.) et des dizaines d'espèces végétales; il avait
également favorisé la culture des arbres fruitiers et fut même l'auteur des premières
lois sur la protection de la nature; cest à lui que les Mauriciens doivent le
célèbre jardin de Pamplemousses, qui abrite des nénuphars géants et plus de 60
variétés de palmiers. De plus, Poivre assainit le climat moral et social des
Mascareignes en améliorant le sort des esclaves dans tout larchipel. La population
augmenta à lîle de France (Maurice): de près dun millier dhabitants
en 1735, elle atteignait en 1767 les 20 000 habitants, dont 15 000 esclaves.
Les historiens ont dailleurs
établi que la période démergence du créole mauricien
se situait entre
1721 et 1769. Cest ce qui expliquerait que le créole mauricien daujourdhui
contient encore des mots dorigine sénégalaise provenant en réalité de la langue
wolof. Ce créole contient en outre de
grandes quantités de mots malgaches et comoriens, car un grand nombre desclaves
furent importés aussi de lîle de Madagascar et des Comores.
Le 27 juillet 1793, la
Convention de Paris proclama l'interdiction de la traite et, quelques mois plus tard, le 4
février 1794, celle de l'esclavage. Le décret prescrivait «labolition
immédiate», mais ne prévoyait aucune disposition sur le dédommagement des
propriétaires ou sur l'avenir des «populations libérées». LAssemblée
coloniale de lîle de France (Maurice) se prononça contre ce décret et réclama
avec insistance à la Convention sa suppression pure et simple. Les colons de lîle
de France (Maurice) et ceux de Bourbon (La Réunion) n'obtinrent qu'un sursis et
décidèrent alors de ne pas appliquer le décret dabolition.
Le 20 mai 1802, le premier
consul de la République, Napoléon Bonaparte, rétablit partiellement l'esclavage. Les
intérêts économiques avaient eu raison des idéaux révolutionnaires de liberté et de
dégalité. Les colons de larchipel des Mascareignes, qui n'avaient pas
appliqué le décret de la Convention nationale, furent évidemment rassurés. Toutes les
réformes de la Révolution furent également supprimées, au grand soulagement de tous
(sauf pour les esclaves!), y compris la Déclaration des droits de l'homme et du
citoyen adoptée en 1789 par l'Assemblée nationale:
| Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. |
En 1803, le général Charles Mathieu Isidore
Decaen (ou de Caen)
envoyé par Bonaparte débarqua aux Mascareignes pour imposer le nouveau régime
politique. La colonie fut aussitôt prise en mains par les administrateurs nommés par
Bonaparte, qui dirigèrent les affaires de lîle Bourbon (devenue entre-temps lîle
Bonaparte) à partir de lîle de France.
Mais les rivalités franco-britanniques, déjà virulentes aux Antilles, se propagèrent dans locéan Indien, et ce, dautant plus que la colonie française de locéan Indien ne pouvait que susciter la convoitise des Britanniques. Comme cette colonie sétendait sur une grande surface dans locéan Indien, cest-à-dire tout larchipel des Mascareignes (île de France, île Bonaparte et île Rodrigues) et tout larchipel des Seychelles situé plus au nord (voir la carte 4), elle risquait de nuire considérablement au commerce anglais. De plus, pendant les guerres napoléoniennes, lîle de France (Maurice) et lîle Bonaparte (La Réunion) étaient devenues le rendez-vous des corsaires français qui organisaient des raids fructueux contre les navires commerciaux britanniques. Il était temps pour les Britanniques de mettre fin à lhégémonie française dans cette partie de locéan Indien.
En 1809, les troupes britanniques commencèrent par occuper
lîle
Rodrigues, ce qui devait constituer la première étape dans la conquête
de larchipel des Mascareignes et de larchipel des Seychelles.
En effet, les Britanniques avaient rassemblé leurs 10 000 soldats à Rodrigues
avant de prendre d'assaut l'île de France (Maurice) et l'île Bonaparte (La
Réunion) en décembre 1810; ils occuperont larchipel des Seychelles en
1812 (voir la carte 4). Le dernier gouverneur français
de lîle de France, le général Decaen, dut capituler au nom de la France,
ses forces étant jugées trop inférieures en nombre. À la fin de l'occupation
française, en 1810, la population s'élevait à 73 000 habitants et était constituée
à 80 % d'esclaves originaires de l'Afrique orientale pour la plupart, notamment
du Mozambique et de Madagascar.
Selon les clauses du traité de Paris de 1814, les Français perdirent définitivement larchipel des Seychelles et larchipel des Mascareignes à lexception de la seule île Bonaparte (La Réunion), rebaptisée Isle of Bourbon par les Anglais, qui fut rétrocédée à la France. En devenant une colonie britannique, l'île de France reprend son nom d'origine. Dans lancienne colonie française, il ne subsistait de la présence française que la langue française et le créole (à base lexicale française). Après seulement deux générations, la langue véhiculaire issue des esclaves africains ou malgaches et des Français était devenue la langue maternelle des descendants d'esclaves: le créole mauricien ou (morisyen).
3.3 La
colonisation britannique (1810-1968)
Après le traité de Paris, lîle
de France reprit son nom précédent de
Mauritius. Dans lacte de capitulation
de 1810, larticle 8 spécifiait que les colons pouvaient conserver «leurs
religion, lois et coutumes». Bien que le traité de Paris de 1814 ne reprenait pas
réellement cette formulation, le nouveau gouvernement anglais, dirigé par le gouverneur
Sir Robert Farquhar, admit que l'usage de la langue française constituait lune de
ces «coutumes» que les colons pouvaient maintenir. En fait, les Britanniques
consentirent à ce que les habitants de l'île Maurice et de l'île Rodrigues continuent dutiliser
leur langue, leur religion, leur code civil, leurs traditions et leurs douanes. Peu
nombreux et nayant pas lintention dhabiter larchipel, les Anglais
étaient prêts à faire des concessions.
Des changements sociaux et
économiques se firent sentir aussitôt. Les fonctionnaires français furent
remplacés par des fonctionnaires anglais au sein de ladministration et toute léconomie
se développa dorénavant dans le cadre de lEmpire britannique. Beaucoup de
Franco-Mauriciens blancs, notamment des grands propriétaires fonciers et des hommes
d'affaires, décidèrent de rester à lîle et poursuivirent lexploitation de
la canne à sucre avec leur main-d'oeuvre d'esclaves africains et malgaches. Ces Blancs
constituèrent le groupe des Franco-Mauriciens qui continuaient de parler la langue
française. Appuyés par le clergé catholique, ils opposèrent une résistance opiniâtre
aux velléités gouvernementales de mainmise linguistique. Quant à leurs esclaves, ils
furent maintenus dans leur infériorité sociale et purent continuer à utiliser le
créole mauricien. De toute façon, comme les Anglais ne cherchaient pas à s'installer en
grand nombre à l'île Maurice, les autochtones continuèrent de parler essentiellement
français et créole.
En 1832, le gouvernement
colonial anglais imposa une première
politique linguistique: la langue anglaise
devint obligatoire pour les Mauriciens lors de toute communication avec les autorités
britanniques. Lannée suivante, langlais devint lunique langue de lAdministration
en servant de critère dembauche dans les services gouvernementaux.
Le changement le plus important
survint en 1835 lors de labolition de lesclavage dans toutes les
colonies britanniques. Limportation desclaves avait cessé depuis 1833 à
Maurice alors que la population sélevait à quelque 100 000 habitants dont plus de
80 000 esclaves. Devant les besoins de main-doeuvre pour faire fonctionner les
plantations sucrières, lAdministration anglaise décida de recourir à des
travailleurs indiens rétribués à contrat; cest en 1829 queurent lieu les
premières tentatives pour importer des travailleurs agricoles de l'Inde. Entre 1835 et
1865, plus de 200 000 immigrants indiens et
chinois affluèrent à lîle Maurice et changèrent radicalement la composition
ethnique des habitants. Les immigrants indiens, qui étaient de religion hindouiste ou
musulmane, formèrent rapidement la majorité des travailleurs agricoles. Quant aux
Chinois, ils sajoutèrent ultérieurement et devinrent de petits commerçants.
Les nouveaux immigrants
asiatiques ne changèrent à peu près rien au rôle social des langues à lîle
Maurice. Les Franco-Mauriciens réussirent à confiner les nouveaux arrivants dans une
infériorité sociale; les Indo-Mauriciens adoptèrent alors le créole comme langue
véhiculaire, qui senrichit de mots anglais ou indiens, eux-mêmes créolisés.
Par ailleurs, en 1841, lenseignement de
langlais devint obligatoire au primaire dans toutes les écoles en plus
du français. Les Franco-Mauriciens protestèrent du fait que les «pauvres
négrillons» furent «forcés de crier toute la journée comme des perroquets
des mots barbares», mais rien ny fit.
Enfin, en 1845, l'anglais devint la langue de la
Cour suprême;
toutefois, les tribunaux inférieurs, qui statuaient encore à partir du code
de Napoléon, continuèrent à utiliser le français. Au début du XXe
siècle, la population mauricienne atteignait les 371 000 habitants et la majorité
de la population était déjà constituée dIndiens. En 1870, l'île perdit
sa position stratégique à l'occasion de l'ouverture du canal de Suez, et cet
événement eut pour effet décarter lîle de Maurice de la
route des Indes et daggraver la
situation socio-économique. Jusquen 1903, lîle Maurice et les Seychelles (voir
la carte 5) furent administrées comme une seule colonie par la Grande-Bretagne.
Puis, lîle Maurice affirma de plus en plus son autonomie face à la couronne britannique. À partir des années trente, des mouvements populaires en faveur de la démocratisation commencèrent à se manifester et aboutirent graduellement au droit de suffrage universel et aux élections législatives de 1948. Des mouvements nationalistes se formèrent et, suite à un référendum, lîle Maurice devint un État indépendant le 12 mars 1968; il fut doté dun système parlementaire de type britannique. Depuis son indépendance, Maurice est un pays souverain qui fait partie du Commonwealth britannique et, depuis le Ve Sommet doctobre 1993, la république de Maurice fait également partie de la Francophonie.
Auparavant, en 1965, Maurice avait perdu l'archipel de Chagos, devenu par décision de Londres le Territoire britannique de l'océan Indien (British Indian Ocean Territory). Entre 1967 et 1973, les quelque 2000 insulaires — des Métis d'Africains, d'Asiatiques et de colons français arrivés essentiellement au XVIIIe siècle —, appelés Chagossiens, furent tous déportés à l'île Maurice et aux Seychelles.
Éloignée de 560 km, la petite île Rodrigues ne connut pas le même développement économique que l’île principale, ce qui suscita des velléités autonomistes. Au cours des années, les habitants de Rodrigues devinrent de plus en plus nombreux à demander un statut d'autonomie pour leur île. Les Rodriguais préparèrent un projet de loi portant création d'une assemblée régionale. Le projet fut présenté à l'Assemblée nationale de Maurice, qui l'adopta à l'unanimité le 21 novembre 2001. La Rodrigues Regional Assembly Act accordait à l'île un statut d'autonomie assez étendu, le ministère de Rodrigues fut aboli et remplacé par une assemblée régionale. Ce statut permet à la population rodriguaise de contrôler et gérer ses propres affaires. Un gouvernement régional est habilité à adapter les lois mauriciennes aux spécificités de l'île, voire en à adopter d'autres en autant qu'elles n'entrent pas en conflit avec les lois mauriciennes.
Par ailleurs, la république de Maurice continue de revendiquer les 65 îles de l’archipel des Chagos que les Britanniques ont pris de force, il y a quatre décennies, après avoir expulsé tous ses habitants vers Maurice et les Seychelles. Le gouvernement mauricien considère qu'en supprimant Diego Garcia de son territoire en 1965 les Britanniques ont agi en violation du droit international et des résolutions de l'ONU condamnant le démembrement d'un État non encore indépendant. Chaque année, Maurice renouvelle à l'Assemblée générale des Nations unies sa revendication de rétrocession de l'archipel des Chagos à Maurice. Londres a promis que l'atoll de Diego Garcia sera rétrocédé à l'île Maurice lorsque... les Américains seront partis. Quoi qu'il en soit, le 22 octobre 2008, les cinq arbitres de la Chambre des lords (les Law Lords) ont rendu un jugement en faveur du gouvernement britannique. Les "Law Lords" ont estimé que la Grande-Bretagne avait vidé l'archipel des Chagos pour des raisons politiques et qu'ils n'avaient pas à évaluer le bien-fondé de sa démarche. Le chef de l'État mauricien a traité les Britanniques de «colons dominateurs». Par ailleurs, des études britanniques ont révélé que, en raison du réchauffement climatique, la montée de l'océan entraînerait à moyen terme la quasi-disparition de Diego Garcia.
Le statut officiel des langues
nest pas défini dans la Constitution de l'île Maurice. Au point de vue
juridique (de jure), il n'y a donc pas de langue officielle à Maurice,
mais l'anglais a acquis ce statut dans les faits (de facto). En effet, larticle 49 de la
Constitution de 1992 ne traite que de la
«langue
du Parlement»:
|
Section 49 Official
language |
Article
49 Langue officielle La langue officielle de l'Assemblée est l'anglais, mais tout membre peut s'adresser à la Présidence en français. |
Daprès cette disposition
constitutionnelle, langlais est la seule langue de travail de lAssemblée
législative. Dans la pratique mauricienne, langlais est considéré comme
la langue officielle
écrite, le français et le créole, comme les langues
officielles parlées. Dailleurs, larticle 33 précise ainsi les
conditions d'éligibilité des membres de lAssemblée:
|
Section 33 Qualifications
for membership
|
Article
33 Qualités requises des membres Sous réserve des dispositions de l'article 34, une personne n'est éligible comme membre de l'Assemblée que si elle satisfait aux conditions suivantes: [...]
|
À larticle 46, on lit
même comment sont intitulées les lois (en anglais dans le texte):
|
Section 46 Mode of
exercise of legislative power |
Article
46 Mode
d'exercice du pouvoir législatif |
Ainsi, daprès larticle
49, le français est juste considéré comme une langue acceptée ou tolérée à lAssemblée
législative.
Cependant, les députés peuvent aussi sexprimer en créole. Il en résulte, dans
les faits, que langlais, le français et le créole sont tous trois utilisés au Parlement.
Seuls les députés dorigine créole sexpriment parfois en français et
surtout en créole, tandis que les députés indo-mauriciens sexpriment presque exclusivement
en anglais. Les faits démontrent que langlais est plus souvent utilisé que le
français et le créole à la fois; mais le créole est plus fréquent que le français.
S'il est vrai que l'anglais reste la langue prédominante à l'Assemblée
législative, de plus en plus de députés s'expriment dans une alternance de
langues ou code-switching, c'est-à-dire un mélange de langues peu
habituel. En voici un petit extrait rapporté par le Hansards, le recueil
officiel des transcriptions des débats parlementaires à l'île Maurice:
|
Speaker :
Put your question
ou je vais sonner la cloche... Bérenger: The Honourable Member is better in tire tapairre lor difil électric. Duval : Je demande au ministre de retirer ses propos. Bérenger: To amene tapairre dan rénion. Duval : Je demande au ministre de retirer ses propos. He is lying. Speaker: Withdraw the word 'lying'. It's unparliamentary. Duval : Je retire mes propos. Meet me outside. |
Les débats ont été rapportés intégralement dans le Hansard (recueil officiel des transcriptions des débats parlementaires à Maurice) sans traduction. En fait, le créole n'est utilisé que dans des échanges informelles ou lors de digressions à fonction ludique ou injurieuse (invectives, insultes, moqueries, etc.) entre les parlementaires.
Les lois adoptées avant 1814 sont rédigées en français ainsi que tous les modifications à ces mêmes lois. Celles adoptées après 1814 sont rédigées exclusivement en anglais. Autrement dit, les lois modernes sont en anglais, les lois anciennes et leurs modifications contemporaines, en français. De façon générale, les politiciens sexpriment en créole auprès de leurs électeurs, en anglais lorsquils sadressent à toute la population, en une langue indienne surtout le bhojpouri et lourdou lorsquun politicien indo-mauricien sadresse aux membres de sa communauté.
Pour le gouvernement mauricien, l'anglais est la première langue officielle, le français, la seconde langue officielle, même si aucun texte ne le proclame formellement.
Daprès larticle 5
de la Constitution, on pourrait comprendre que trois langues sont permises dans les
tribunaux:
|
Section 5 Protection of right to personal liberty (2) Any person who is arrested or detained shall be informed as soon as reasonably practicable, in a language that he understands, of the reasons for his arrest or detention. |
Article
5 Protection du droit à la liberté personnelle Quiconque est arrêté ou détenu doit être informé aussi rapidement qu'il sera raisonnablement possible, et dans une langue qu'il comprend, des raisons de son arrestation ou de sa détention. |
Pourtant, d'après
la Courts Act (Loi sur les tribunaux) de 1945
(toujours en vigueur), la langue officielle des tribunaux
est l'anglais, mais elle autorise aussi le français et le créole de la part des
justiciables. L'expression «dans la langue que [que le témoin] manie le mieux»
fait indirectement référence au créole. S'il s'agit d'une langue étrangère,
différente de l'anglais ou du français, celle-ci pourra être traduite si la cour
l'ordonne. Selon l’article 175 de la Loi sur les tribunaux, les témoignages
introduits dans une langue autre que l’anglais ou le français doivent être
traduits, mais «sous réserve des dispositions des articles 176
et 189» (voir ci-dessous). Citons les dispositions
linguistiques (en traduction) contenues dans la
Loi sur les tribunaux de
1945:
| Article 14
Langue à utiliser en Cour suprême : a) La langue officielle à utiliser devant la Cour suprême de l’île Maurice sera l’anglais, mais il est entendu que toute personne comparaissant devant la cour et établissant qu’elle ne maîtrise pas la langue anglaise pourra témoigner ou faire toute déclaration dans la langue qu’elle manie le mieux. Article 131.1(d) La langue à utiliser devant la cour intermédiaire ou devant les cours de district sera l’anglais, mais toute personne pourra s’adresser à la cour en français.
Article
131-2 Lorsqu’une personne
témoigne dans une langue
autre que l’anglais ou le français, les témoignages
devront être traduits si la cour l’ordonne.
Article 175
(e) Traduction des témoignages rendus en langue étrangère :
Article 176
(f) Cas de dispense de traduction des témoignages
en matière civile : Lorsqu’au cours d’une procédure engagée devant la Cour suprême en matière civile ou par-devant le juge en chambre, ou bien par-devant le juge des banqueroutes et faillites, un témoin s’exprime dans une langue comprise à la fois par le demandeur, le défendeur et, selon le cas, les juges, les représentants du Ministère public, le juge en chambre ou le juge des faillites, et les avocats paraissant dans l’affaire, l’audition de ce témoin [pourra] se faire dans cette langue et il ne sera pas nécessaire de traduire en anglais les dépositions ou les réponses, sauf si ces dépositions ou réponses sont faites en créole et si elles doivent être enregistrées par le greffier ou un autre officier de justice. Article 189
(g) Cas de dispense de traduction des témoignages
en matière criminelle : Lorsqu’au cours d’un procès devant un juge de la Cour suprême assisté ou non d’un jury, un témoin s’exprime dans une langue comprise par l’accusé, par tous les jurés ainsi que par le juge, les représentants du Ministère public et les avocats paraissant dans l’affaire, l’audition de ce témoin pourra se faire dans cette langue et il ne sera pas nécessaire de traduire sa déposition en anglais. [Traduction d'Arnaud Carpooran, 2005] |
Bien que la loi autorise les Mauriciens à sexprimer dans lune des trois langues officielles de la justice (anglais, français et créole), le français reste la langue la plus utilisée dans les tribunaux ; il est suivi du créole et enfin de langlais. Les juges rendent généralement leurs sentences en français, moins souvent en anglais et rarement en créole. Dans toute procédure écrite, la sentence peut être rédigée en anglais ou en français.
Toutes les cours dappel, notamment la Cour suprême du pays, nutilisent
que langlais (depuis 1845). Les Franco-Mauriciens et la plupart des créolophones sexpriment
en français dans les cours de justice, alors que les Anglo-Mauriciens, les Indo-Mauriciens
et les Sino-Mauriciens sexpriment en anglais.
Les fonctionnaires utilisent généralement le français ou le créole comme langue de travail. Lorsquils sadressent oralement aux citoyens, ils le font normalement en créole ou en français, mais ils passeront à langlais si cela est nécessaire (surtout à lintention des Indo-Mauriciens et des Sino-Mauriciens). Les documents officiels du gouvernement sont généralement rédigés en anglais seulement.
Un fait mérite d'être signalé: la
Loi sur
la citoyenneté de 1968. L'article 5 de cette loi met comme l'une des
conditions de devenir citoyen de l'île Maurice une connaissance adéquate de
l'anglais ou de toute autre langue courante à Maurice:
|
Section 5 Registration of Commonwealth citizens 1) Subject to this section, the Minister may cause any commonwealth citizen, being a persons of full age and capacity, to be registered as a citizen of Mauritius where he makes application in the prescribed manner and satisfies the Minister that -
Section 9. Naturalization 1) Subject to this section, the Minister may grant a certificate of naturalization to any alien or British protected person of full age and capacity who makes an application in the prescribed manner and satisfies the Minister that -
|
Article 5 Enregistrement des citoyens du Commonwealth 1) Sous réserve du présent article, le Ministre peut demander à un citoyen du Commonwealth, qui est une personne adulte et avec ses facultés, de s'enregistrer comme citoyen de Maurice s'il en fait la demande de la façon prescrite et répond aux exigences du Ministre :
Article 9 Naturalisation 1) Sous réserve du présent article, le Ministre peut accorder un certificat de naturalisation à un étranger ou un ressortissant britannique protégé d'âge adulte et avec ses facultés s'il fait une demande de la façon prescrite et répond aux exigences du Ministre :
|
Dans les administrations
municipales, les hôpitaux ou autres établissements de santé, les langues utilisées
sont toujours le créole et le français. On parlera anglais seulement si cela paraît
nécessaire. Bref, lusage spontané est
demployer le créole, puis le français ensuite. Langlais est réservé aux
demandes expresses, notamment avec les citoyens dorigine indienne ou chinoise.
En ce qui concerne la
toponymie, les noms de lieu sont très majoritairement d'origine française (Savanne,
Pamplemousses, Rivière-du-Rampart, Port-Louis, Grand-Port, Poudre d'Or,
Riche-en-Eau, Flic-en-Flac, Nouvelle-France, Grand-Bassin, Quatre-Bornes, La
Roche-qui-Pleure, Curepipe, etc.), mais un
certain nombre de ceux-ci ont été jadis traduits par l'Administration britannique
(Black River, The Mount, Royal Palm, etc.);
d'où les inscriptions toponymiques bilingues à l'île Maurice. Le bilinguisme français-anglais est presque la
règle sur les plaques odonymiques (rues), mais l'ensemble de la signalisation routière
est en anglais.
Ainsi, dans ladministration,
on constate que langlais est peut-être la langue de lÉtat, mais pas celle de
la population qui, dailleurs, est généralement plus favorable au français quà
langlais.
Lemploi des langues dans lenseignement primaire est réglementé par lEducation Ordinance no 39 de 1957. Ainsi, à la maternelle, toutes les langues sont permises (incluant les langues indiennes), mais il nexiste que des écoles maternelles en créole et en français. En vertu de la réglementation officielle, les enseignants de l'enseignement primaire peuvent utiliser la langue de leur choix (créole, français, anglais, bhojpouri), etc., au cours des trois premières années du primaire (standards I, II et III), mais l'emploi de l'anglais est obligatoire à partir de la quatrième année (standard IV) de ce cycle d'études.
En 1945, la
Loi sur l'éducation (Government Notice 88) précisait que la
langue d'enseignement était «toute langue qui, de l’avis du directeur des
écoles, convient le mieux aux élèves», mais en remplaçant «autant que
possible» le créole par le français:
|
Article 61 Dans les classes élémentaires des écoles primaires jusqu’au standard IV (quatrième année) inclus, toute langue qui, de l’avis du directeur des écoles, convient le mieux aux élèves pourra être utilisée comme langue d’enseignement, à condition que le français soit utilisé à la place du créole autant que possible, et que l’anglais soit graduellement introduit dès le plus jeune âge comme langue d’enseignement, et continue de fonctionner ainsi de manière soutenue. [Traduction d'Arnaud Carpooran, 2005] |
Ce texte laissait entendre qu'une grande liberté était laissée au directeur des écoles quant au choix de la langue d’enseignement dans les classes de base des écoles primaires. On comprend également que le législateur semblait souhaiter que l’usage du créole soit remplacé autant que possible par celui du français. C'était la première fois qu'un texte législatif faisait mention du «créole», mais pour le bannir.
Plusieurs années plus tard, l'article 3 de la
Loi sur l'éducation
de
1957 (toujours en vigueur)
ne mentionne que l'«enseignement plus efficace de
l'anglais et de la diffusion de cette langue à Maurice»:
|
Section 1 Short title This Act may be cited as the Education Act. Section 3 1) The Minister shall
have control of the educational system of Mauritius and shall be
responsible for the general progress and development of such
system.
Section 37A
2) Subsection (1) shall not apply to -
|
Article 1er Titre abrégé La présente loi peut être désignée comme la Loi sur l'éducation. Article 3 1) Le Ministre exerce
le contrôle du système d'éducation de Maurice et il est
responsable du progrès général et du développement dudit
système.
Article 37A
2) Le paragraphe 1 ne s'applique pas:
|
Le texte de la loi est suivi
d'une «First Schedule». L'article 43 énonce que «toute langue peut être employée
comme langue d'enseignement, en autant que cette langue est, de l'avis du
Ministre, la plus appropriée pour les élèves» (ce qui diffère de la loi de 1945,
qui laissait la liberté aux directeurs d'école):
|
Section
43
Medium of instruction and teaching of languages
1) In the
lower classes of Government and aided primary schools up to and
including Standard III, any one language may be employed as the
medium of instruction, being a language which in the opinion of
the Minister is most suitable for the pupils. |
Article 43
Véhicule d'enseignement et enseignement des langues
1) Dans
les classes élémentaires des écoles primaires publiques et
subventionnées par le gouvernement jusqu'au standard III, toute langue peut être employée
comme langue d'enseignement, en autant que cette langue est, de
l'avis du Ministre, la plus appropriée pour les élèves. |
Selon la réglementation en vigueur, on peut croire que l'anglais devrait être la langue d'enseignement durant tout le primaire, mais le texte en annexe (art. 43) précise bien que toute autre langue peut être employée, ce qui n'exclut ni le créole ni le français. Or, ce sont les parents et les comités de parents qui décident du dosage des langues utilisées dans les écoles primaires. Les Mauriciens ont décidé que ce serait le français qui serait enseigné durant les trois premières années, et non l'anglais. En effet, dans la plupart des écoles, langlais est balayé sous le tapis au profit du français, les parents préférant conserver langlais pour le secondaire, une fois acquis les rudiments du français oral et écrit. Cette pratique na jamais été normalisée par le gouvernement qui donne sûrement ainsi son accord tacite. Ainsi, à la fin de ses études secondaires, l’élève mauricien est généralement trilingue.
Au primaire, toutes les langues sont autorisées, mais dans la pratique tout le premier cycle du primaire ne se fait quen créole et en français. Au second cycle, langlais est obligatoire, mais les écoles continuent généralement de ne dispenser les cours quen français et en créole. Dans la pratique, les cours sont plus souvent dispensés en créole mauricien au cours des trois premières années du primaire.
En même temps, le français est introduit graduellement, suivi d'un peu d'anglais, en recourant à des manuels en français et en anglais. De plus, il est tout à fait possible de prévoir des classes ou des écoles trilingues dans lesquelles l'enseignement est dispensé en anglais, en français et en créole; il peut y avoir aussi des classes ou écoles bilingues, soit en créole et en français, soit en anglais et en français, soit en anglais et en créole. Théoriquement, une école peut être unilingue anglaise ou unilingue française, voire unilingue créole.En réalité, le choix de la langue d'enseignement n'est pas neutre ni dépourvu de valeur sociale. De façon générale, les enseignants préfèrent utiliser le français dans les écoles urbaines, mais ils choisiront plutôt le créole dans les écoles rurales ou les écoles urbaines ouvrières. Dans ces conditions, la plupart des Mauriciens se demandent s'il ne serait pas nécessaire de remettre en question les fonctions attribuées à l'anglais, notamment comme langue d'enseignement.
Au secondaire,
langlais devient une langue denseignement courante, statut quil partage
avec le français. Si la plupart des manuels sont en anglais, il demeure
fréquent que l'enseignant continue d'utiliser le français, même dans les cours
de littérature anglaise.
Cette prédilection pour le français à lécole de
la part des parents créolisants sexplique par le fait que le créole est très
apparenté au français, ce qui contribue à sa compréhension. Par contre, en ce qui
concerne langlais, en raison de labsence de liens de parenté
linguistique, la connaissance
de cette langue reste assez rudimentaire. Langlais devient très important au secondaire
en raison surtout des examens de sortie qui sont en anglais. Quant aux langues indiennes,
elles sont très largement négligées par les principaux intéressés eux-mêmes. Ils
jugent la connaissance de leur langue ancestrale peu utile dans le contexte mauricien; la
plupart croient même que la connaissance du français demeure préférable aux langues
indiennes, une fois, bien sûr, langlais acquis.
À l'université, la langue d'enseignement est l'anglais, quelle que soit la classe sociale du professeur. Il a recours au français et au créole dans certaines situations bien précises.
Pour ce qui est des langues indiennes comme le bhojpouri, le tamoul, lourdou, l'hindi, etc., elles ont été introduites au primaire à partir de 1940 comme matière facultative pour les élèves surtout indo-mauriciens et sino-mauriciens (mais aussi à d'autres) à la place des leçons de catéchisme des élèves chrétiens (et parlant créole). Lorsque les élèves suivent ces cours dits de «langues ancestrales», ils doivent apprendre lalphabet latin quils ne connaissent pas, ainsi que, selon le cas, lalphabet dévanâgari (hindi) ou tamoul ou bhojpouri, etc., mais ils doivent aussi apprendre le français et langlais. En fait, en visitant des écoles, il ne serait pas étonnant de voir des Créoles, des Sino-Mauriciens, des Tamouls, entre autres, qui apprennent l'hindi, alors que des hindous et des créolophones apprennent le mandarin. Il peut arriver que la situation deviennent un peu lourde pour des élèves que plusieurs abandonnent et se contentent du français et de langlais. En général, les élèves chrétiens, hindous, bouddhistes, musulmans, etc., s’expriment tous en créole, la langue maternelle de la majorité.
L'unilinguisme anglais dans laffichage
n'existe que pour les édifices gouvernementaux et il n'est pas fréquent, le
bilinguisme anglais-français étant généralement la règle. Quelques ministères (comme les Postes) et les
banques adoptent même l'unilinguisme français.
8.1 La publicité commerciale
Les langues de la
publicité
commerciale sont l'anglais (normalement), le français (moins fréquent) et le
créole (plutôt exceptionnel).
Le publicitaire utilise la langue de son choix et tout dépend du groupe
à qui on s'adresse, mais également du caractère du produit et du lieu, ainsi que du véhicule
publicitaire. On retrouve presque de tout : des affiches bilingues anglaises-françaises ou
françaises-créoles, des affiches unilingues françaises ou créoles, mais peu d'affiches
unilingues anglaises. Cette situation n'est pas surprenante quand on sait que l'anglais
est la langue maternelle de moins de 3000 personnes à l'île Maurice. En schématisant, on pourrait dire que Maurice
est un cas intéressant de bilinguisme dans l'affichage. Les panneaux routiers
sont toujours en anglais, mais les panneaux «privés» (du genre «maison à
vendre», «chambres à louer», les enseignes des boutiques comme les «tabagies»,
etc.) sont en français. Parfois, les deux langues sont utilisées, mais pas
pour exprimer les mêmes messages, sauf pour les panneaux destinés aux
touristes.
En réalité, le français, le créole et l'anglais se sont réparti, de façon fonctionnelle, le domaine de la publicité commerciale. Le français, la langue la plus fréquente, sert surtout à publiciser les événements culturels, les annonces religieuses de l'Église catholique, les produits de luxe, les biens de consommation des petites et moyennes entreprises, les films (français) à l'affiche dans les cinémas. Bien qu'il soit moins répandu, l'affichage en créole est utilisé pour les messages politiques, pour les informations ayant trait à la sécurité publique, pour les produits de consommation de base, pour les slogans diffusés par certaines institutions religieuses et d'autres organismes non gouvernementaux. Quant à l'anglais (encore moins fréquent), il se limite à la publicité des produits technologiques (mécanique, électronique, informatique), à celle des boîtes de nuit ainsi qu'aux messages destinés aux touristes. Par ailleurs, les phénomènes d'emprunt sont fréquents, de même que l'alternance linguistique (mélange des langues). Bref, la non-réglementation dans le domaine de l'affichage reflète le multilinguisme de l'île Maurice, mais aussi le caractère fonctionnel de chacune des langues dans l'affichage.
8.2 La vie économique
Dans le monde du travail, le français, l'anglais et le créole sont couramment utilisés. S'il s'agit de communications informelles, le créole est le plus souvent utilisé. Lorsqu'il s'agit de professions prestigieuses, le français a tendance à être employée dans la moitié des contextes, l'anglais dans environ le quart. Dans certaines situations, comme les banques, le personnel a tendance à tenir compte de la tenue vestimentaire lorsqu'il répond à ses clients. Selon que le client est «mal habillé» ou «pas bien habillé», il se fera adresser la parole en français ou en créole. L'anglais sera utilisé seulement sur demande. Les langues indiennes et chinoises ne sont guère employées. Les Mauriciens ne s'expriment qu'en français ou en anglais avec les étrangers. Avec les policiers, c'est le français qui est choisi, l'anglais n'étant réservé que dans les procès-verbaux.
8.3 Les médias
La
Mauritius Broadcasting Corporation Act
no 22 du 8 octobre 1982 est une loi-cadre régissant le fonctionnement de la
radio et de la télévision nationales. Le texte de la loi fait explicitement
mention non seulement du créole, mais aussi
du bhojpouri, du français, de l'hindoustani et de
l'anglais.
|
Section 1
(e) give adequate
coverage in its broadcasting programmes to news items, both
local and foreign, in
the languages specified in paragraph (a)
and ensure to the best of its ability that the news bulletins
broadcast are accurate and presented in an impartial manner; |
Article 1
(e) assurer une couverture adéquate dans ses programmes de radiodiffusion aux informations locales et étrangères dans les langues spécifiées au paragraphe a) et s'assurer au mieux de sa capacité que les bulletins des nouvelles émissions soient exacts et présentés de façon impartiale; Article 26 |
En réalité, ces dispositions de la loi
sur la radiodiffusion ne semblent pas avoir modifié immédiatement de
façon significative les rapports entre les langues dans l’espace
audiovisuel officiel par comparaison avec l'époque où le français et
l’hindoustani y occupaient une position de prestige. Ce
n’est que depuis 2001 que les Mauriciens ont eu droit à un bulletin
quotidien d’information intégralement en créole à la
télévision, à côté de ceux existant en français, en
hindoustani et en anglais. De façon générale, les stations de radio sont
plus créolophones que francophones et plus francophones
qu'anglophones. Lorsque des émissions sont diffusées en
anglais, ce sont normalement des programmes éducatifs.
![]() |
Pour ce qui est des médias électroniques, ils sont en français, en anglais et en créole mauricien, sinon dans les langues indiennes ou chinoises. Lorsque les émissions télévisées sont en français, elles sont complétées par des rappels des actualités et des informations en anglais. Le réseau MBC (Mauritius Broadcasting Corporation) est en anglais, mais TV5 et RFO-Réunion sont en français. Depuis quelques années, la télévision de langue anglaise supplante le français en raison des émissions et des films américains. La plupart des stations de radio privées (Kool FM, Radio Moris, Taal FM, Top FM, etc.) diffusent en créole mauricien, mais à Rodrigues c'est en créole rodriguais et en français. Les chaînes de télévision nationale diffusent également des émissions en chinois en provenance de la Chine, généralement en cantonnais ou mandarin. Quant aux médias écrits, ils sont massivement francophones. Mentionnons les titres suivants: LExpress, Le Mauricien (trilingue), Week-End Scope, La Matinal, Plus Dimanche, Business Publications Ltd, Financial Year Book, Business Mag, Magazine d'économie et de politique, The Chinese Daily News, Le Militant Magazine, Le Socialiste, Star (français et anglais), La Vie catholique. La publicité dans la presse, surtout dans les petites annonces, sont presque 100 % en français. |
Étant donné que les Mauriciens dorigine indienne sont relativement nombreux, on peut être surpris de labsence de leurs langues dans la politique linguistique de ce pays. Cest que la perception des langues indiennes est claire pour la plupart des Mauriciens, autant de la part des créolisants que des Indo-Mauriciens eux-mêmes: ces langues servent seulement dinstrument didentité communautaire et elles vont bientôt disparaître de lîle. Comme il s'agit d'une perception, cela ne signifie pas que ces langues vont effectivement disparaître, bien qu'elles soient en déclin. C'est qu'il y a un grand engouement chez les jeunes (pas uniquement chez les hindous) pour le cinéma indien ainsi que les émissions de télé et de radio en langues indiennes. De plus, ces langues sont primordiales pour la bonne pratique de la religion.
Cela étant dit, on voit mal pourquoi le gouvernement sen mêlerait et tenterait de sauvegarder ces langues. Les pratiques actuelles ne semblent pas brimer les Mauriciens qui trouvent avantageux dutiliser leur langue maternelle (créole ou langues indiennes) quand bon leur semble et de recourir à deux langues supra-communautaires très standardisées dont la connaissance ne connaît pas de frontière ethnique. En attendant, pour tous les Mauriciens, le trilinguisme créole-français-anglais est perçu comme allant de soi et ne saurait être remis en question. L'anglais reste la langue du commerce, de l'enseignement secondaire et de l'administration; le français, la langue du prestige social et de l'enseignement primaire, alors que le créole est la langue parlée préférée quotidiennement par tous les Mauriciens.
BibliographieATCHIA-EMMERICH, Bilkiss. «La situation linguistique à l'île Maurice. Les développements récents à la lumière d'une enquête empirique», Université de Nuremberg, dissertation inaugurale à la Faculté de philosophie II (science de la langue et de la littérature, 20 janvier 2005, 225 p. BAGGIONI, Daniel et Didier de ROBILLARD. Île Maurice, une francophonie paradoxale, Paris, L'Harmattan, Espace Francophone, 1990, 185 p. CARPOORAN, Arnaud. «Langue créole, recensements et législation linguistique à Maurice» dans Revue française de linguistique appliquée, Paris, vol. X, 2005-1. CARPOORAN, Arnaud. «Le français à Maurice face à quelques ambiguïtés démolinguistiques» dans Séminaire international sur la méthodologie d'observation de la langue française dans le monde, Paris, document préparatoire, du 12 au 14 juin 2008, p. 245-254. CHAUDENSON, Robert. «Le français dans les îles de l'océan Indien (Mascareignes et Seychelles)» dans VALDMAN A., Le français hors de France, Paris, Champion, 1979, p. 543-617. GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p. GOVERNMENT OF MAURITIUS, «History of Mauritius» dans Official
Home Page, Port-Louis, 26 septembre 1999, LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. "Synthèse", 1992, 708 p. ROBILLARD, Didier de. «Développement, langue, identité ethnolinguistique : le cas de l'île Maurice», dans Langues, économie et développement, tome 2, Paris, Didier Érudition, 1991, p. 123-181. STEIN, Peter. Connaissance et emploi des langues à lîle Maurice, Mayence (Allemagne), Helmut Buske Verlag Hambourg, 1982, 661 p. TIRVASSEN, Rada. «Le problème de la langue d'enseignement à l'île Maurice : une approche socio-politique», dans Langues, économie et développement, tome 2, Paris, Didier Érudition, 1990, p. 183-200. VÉDRINE, Emmanuel W. «20 Fraz kreyòl
potomitan» dans
Creole Project inc.,
Dorchester (Massachusetts),
|