Sint Eustatius

Commune néerlandaise
à statut particulier

 
Capitale: Oranjestad
Population:
2768 (2009)
Langues officielles: néerlandais et anglais
Groupe majoritaire: anglais local (85 %)
Groupes minoritaires: néerlandais (8 %), espagnol (3 %), créoles divers, portugais, etc.
Système politique: commune néerlandaise à statut particulier au sein du Royaume des Pays-Bas
Langue coloniale: néerlandais
Articles constitutionnels (langue):
aucune disposition linguistique dans la Constitution de 1983.
Lois linguistiques:
 Loi du 15 octobre 1995 sur l'enseignement professionnel (1995) ; Loi du 15 septembre 2005 sur l'orthographe ; Loi provisoire sur les langues officielles des îles BES (2010) ; Loi sur les traducteurs assermentés des îles BES (2010) ; Loi d'exécution des organismes publics de Bonaire, de Sint Eustatius et de Saba (2011).

1 Données géographiques

La petite île de Sint Eustatius (21 km²), appelée aussi Statia (ou Saint-Eustache en français), est située géographiquement dans les Îles-du-Vent avec Saba et Sint Maarten (Saint-Martin). Sint Eustatius est rattachée aux Territoires néerlandais d'outre-mer en tant que commune néerlandaise à statut particulier. Juridiquement, Sint Eustatius fait partie des «îles BES» (voir la carte), avec Bonaire et Saba. L'archipel des Îles-du-Vent couvre une superficie totale d'environ 67 km². L'île de Saba fait partie des «îles BES» (voir la carte) avec Bonaire et Sint Eustatius.

La petite ville d'Oranjestad sert de capitale régionale, nommée en l'honneur de la monarchie néerlandaise, la maison d'Orange-Nassau.

2 Données démolinguistiques

En 2009, l'île comptait 2768 habitants qui se répartissent dans quelques petites localités: Zeelandia, Concordia, Fort de Windt, Fort Amsterdam, Fort Nassau et Fort Royal. La majorité de la population est composée des descendants d'esclaves noirs africains.

Selon le recensement de 2001, quelque 45 % des insulaires étaient nés à Sint Eustatius et 78 % étaient de nationalité néerlandaise. Dans le domaine des langues, 83 % des Eustachois utilisaient l'anglais comme langue principale à la maison, contre 8 % pour l'espagnol et 4 % pour le néerlandais. Le néerlandais et l'anglais sont les véritables langues officielles de l'île. L'anglais parlé par la plupart des Eustachois est un anglais local relativement créolisé. Bref, les Eustachois maîtrisent un anglais familier, pas l'anglais standard. 

3 Données historiques

Découverte par Christophe Colomb (1493), Sint Eustatius fut occupée d’abord par les Espagnols, puis alternativement par les Anglais, les Français et les Hollandais; l’île changea de mains au moins 22 fois en 80 ans de guerre, avant de rester définitivement hollandaise en 1816. L’arrivée des Européens avait eu comme résultat immédiat de décimer entièrement la population autochtone (les Caraïbes).

3.1 Les Hollandais

L’île devint la propriété de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales en 1632. Au XVIIIe siècle, la compagnie en fit l'un des centres principaux du commerce antillais (esclavage, sucre, tabac et coton), ce qui lui valut le surnom de Golden Rock (le «rocher d'Or»), en souvenir de cette ère de prospérité. La port d’Oranjestad, exempté de taxe, devint l’un des plus florissants de toutes les Antilles. Quelque 8000 personnes, des commerçants blancs et des esclaves noirs, habitèrent en permanence la petite île de 21 km² au cours du XVIIIe siècle, alors que 3500 bateaux faisaient escale chaque année sur ses rivages; dans les périodes de pointe, l’île comptait jusqu’à 20 000 personnes; des commerçants juifs séfarades venus d’Amsterdam y établirent des postes de ravitaillement.

Le 16 novembre 1776, les habitants ainsi que le gouverneur de Fort Oranje, Johannes de Graaff, saluèrent l’arrivée du navire de guerre Andrew Doria qui arborait le nouveau drapeau américain à étoiles; de ce fait, ils furent le premier État à reconnaître officiellement les États-Unis comme nation indépendante. Durant toute la guerre de l’indépendance américaine (1776-1783), Sint Eustatius se transforma aussitôt en centre de ravitaillement en nourriture et en armes pour les troupes de Georges Washington. Durant cette époque, Sint Eustatius resta la seule liaison entre l'Europe et les colonies américaines; même Benjamin Franklin faisait acheminer son courrier par l’île Sint Eustatius (Statia) pour assurer une livraison sûre. 

Cet engagement trop partisan provoqua la colère de l'Angleterre en guerre contre la Hollande (depuis 1781). La vengeance de George Brydges Rodney, l'amiral anglais, ne se fit pas attendre. Il confisqua tous les biens, entrepôts et navires (150 bateaux marchands) des Statiens. Étonné de trouver si peu d'argent pour une île réputée riche, il fit ouvrir plusieurs tombeaux recouverts depuis peu et trouva de l’or que les marchands juifs de l'île avaient caché. Les Anglais pillèrent l’île et l’abandonnèrent à son sort.

Les Français l’occupèrent pendant trois ans, avant de se faire expulser par les Hollandais; cette valse entre Britanniques, Français et Hollandais se perpétua jusqu’en 1816. Mais les Statiens ne se remirent jamais du pillage britannique, ni des changements d’allégeance entre les trois puissances européennes. L'émancipation des esclaves en 1863 donna le coup de mort à l’économie de Sint Eustatius. La plupart des insulaires quittèrent Sint Eustatius et ceux qui restèrent furent réduits à poursuivre une agriculture de subsistance et à la dépendance économique. Durant la Seconde Guerre mondiale, Sint Eustatius servit de relais commercial entre Saint-Martin / Sint Maarten et les États-Unis. L'importance de Sint Eustatius prit des proportions énormes en ce qui a trait au commerce «déguisé» avec les États-Unis: les cargaisons étaient réexpédiées vers les États-Unis comme des produits «britanniques», alors qu'ils étaient bien souvent français à l'origine.

3.2 L’autonomie administrative

En 1954, Sint Eustatius obtint l’autonomie administrative au même titre que les autres îles hollandaises. L’île fait partie des Territoires néerlandais d'outre-mer tout en demeurant membre du royaume des Pays-Bas. Mais le marasme économique s’est poursuivi. Alors qu’en 1790 la population permanente atteignait 8000 personnes, elle est aujourd’hui de 2700, et vit principalement d’agriculture et de tourisme.

En octobre 2010, Sint Eustatius devint une commune néerlandaise à statut particulier. À l'instar de deux autres îles néerlandaises (Bonaire et Saba), Sint Eustatius a voté en faveur des liens directs avec les Pays-Bas et fait maintenant partie des Pays-Bas, constituant ainsi une partie des «Caraïbes des Pays-Bas». Chacune des îles a le statut d'un organisme public au sens de l'article 134 de la Constitution néerlandaise. En fait, le statut est maintenant celui des communes néerlandaises, avec des ajustements pour leur petite taille, leur éloignement par rapport aux Pays-Bas et leur situation géographique dans la région des Caraïbes. Les articles 1bis et 2 définissent le rôle du souverain néerlandais dans les États. Voici l'article 1er de la Charte du royaume des Pays-Bas:

Artikel 1

1)
Het Koninkrijk omvat de landen Nederland, Aruba, Curaçao en Sint Maarten.

2) Bonaire, Sint Eustatius en Saba maken elk deel uit van het staatsbestel van Nederland. Voor deze eilanden kunnen regels worden gesteld en andere specifieke maatregelen worden getroffen met het oog op de economische en sociale omstandigheden, de grote afstand tot het Europese deel van Nederland, hun insulaire karakter, kleine oppervlakte en bevolkingsomvang, geografische omstandigheden, het klimaat en andere factoren waardoor deze eilanden zich wezenlijk onderscheiden van het Europese deel van Nederland.
Article 1er

1)
Le Royaume comprend les États des Pays-Bas, d'Aruba, de Curaçao et de Sint Maarten.

2) Bonaire, Saint-Eustache et Saba représentent chacun une partie du régime politique des Pays-Bas. Ces îles peuvent élaborer des règlements et autres mesures spécifiques pour respecter leurs conditions économiques et sociales, leur éloignement de la partie européenne des Pays-Bas, leur insularité, leur faible superficie et la taille de leur population, leur géographie, leur climat et autres facteurs insulaires, qui diffèrent sensiblement de la partie européenne des Pays-Bas.

L'île de Sint Estatitus est devenue un organisme public néerlandais qui a le pouvoir de réglementer ses affaires intérieures. Pour ce faire, Sint Eustatius dispose d'un exécutif local et d'un conseil local. Les habitants de cet organisme public sont habilités à voter lors des élections à la Chambre néerlandaise des représentants, ainsi qu'aux élections au Parlement européen. La petite île de Sint Eustatius dispose maintenant de deux niveaux de gouvernement, à savoir l'autorité locale et le gouvernement central néerlandais. D'une manière générale, le gouvernement central a repris les fonctions exercées antérieurement par les autorités des Antilles néerlandaises. Le gouvernement local demeure sous le contrôle de l'ensemble des représentants locaux («le conseil de l'île»). Saba ne fait pas partie de l'Union européenne, mais l'île a le statut de commune des Pays-Bas et celui de territoire d'outre-mer (PTOM). 

En conséquence, les îles néerlandaises BES de Bonaire, de Sint Eustatius et de Saba jouissent d'un certain nombre d'avantages, par exemple lorsqu'il s'agit d'exportation de biens vers l'Union européenne. En outre, ces îles reçoivent des subventions du Fonds européen de développement (FED). Puisque les citoyens de ces territoires néerlandais sont des ressortissants néerlandais, ils peuvent aussi voter aux élections au Parlement européen.

4 La politique linguistique

La politique linguistique de la commune spéciale de Sint Eustatius n'est pas précisée dans des textes juridiques locaux. Il existe cependant des lois adoptées par les Pays-Bas:

- Loi du 15 septembre 2005 fixant les règles sur l'obligation pour les autorités publiques, dans le cas des établissements d'enseignement financés par le Trésor public, ainsi que pour les examens pour lesquels des règlements sont adoptés et sur le respect de l'orthographe du néerlandais qui doit être décidée par l'Union de la langue néerlandaise;

- Loi provisoire sur les langues officielles des îles BES (2010);

- Loi d'exécution des organismes publics de Bonaire, de Sint Eustatius et de Saba (2011).

Néanmoins, des décisions locales ont été prises en matière de langue. En principe, le néerlandais est la langue de l'État néerlandais, mais l'anglais à Sint Eustatius est facultatif en matière administrative. En fait, tout citoyen peut demander de recevoir des services dans la langue de son choix :

Artikel 4d

1) Een ieder kan de Nederlandse taal gebruiken in het verkeer met de in artikel 4b, eerste lid, bedoelde organen en personen.

2) Een ieder kan:

a. het Papiaments gebruiken in het verkeer met de organen van het openbaar lichaam Bonaire;

b. het Engels gebruiken in het verkeer met de organen van het openbaar lichaam Sint Eustatius of Saba.

3) Een ieder kan het Papiaments ofwel het Engels gebruiken in het verkeer met de Rijksvertegenwoordiger en met personen die in de openbare lichamen werkzaam zijn onder verantwoordelijkheid van de centrale overheid.

4) Het tweede en derde lid gelden niet, indien het orgaan of de persoon heeft verzocht de Nederlandse taal te gebruiken op de grond, dat het gebruik van het Papiaments of het Engels tot een onevenredige belasting van het bestuurlijk verkeer zou leiden.

Article 4d

1)
Quiconque peut employer la langue néerlandaise dans ses relations avec les organismes et les individus, conformément au premier paragraphe de l'article 4b.

2) Quiconque peut:

a. employer le papiamento dans ses relations avec les institutions de l'organisme public de Bonaire;

b. employer l'anglais dans ses relations avec les institutions de l'organisme public de Sint Eustatius et de Saba.

3) Quiconque peut employer l'anglais ou le papiamento dans ses relations avec le représentant de l'État et avec les employés des organismes publics œuvrant sous la responsabilité du gouvernement central.

4) Les paragraphes 2 et 3 ne s'appliquent pas si un organisme ou un individu a demandé d'employer la langue néerlandaise, alors que l'emploi du papiamento ou de l'anglais se traduirait par un fardeau excessif en matière administrative.

Mais le paragraphe 4 prévoit une dérogation au libre choix. Il ne faut pas que l'emploi de l'anglais se traduise par un fardeau excessif en matière administrative, que ce soit au point de vue des coûts ou des services. Même un document officiel peut ne pas être traduit en néerlandais, «à moins qu'il soit raisonnable de croire que ce n'est pas nécessaire» (art. 4j).

4.1 Le Conseil de l'île et justice

Le Conseil de l'île de Sint Eustatius n'emploie que le néerlandais dans la rédaction et la promulgation des ordonnances, mais les débats des conseillers municipaux se font généralement en anglais local. 

En principe, les tribunaux ne reconnaissent que le néerlandais, mais dans les communications orales l'anglais et ses variantes locales sont couramment utilisés. Cependant, dans les tribunaux de haute instance, ainsi que la Cour suprême des Pays-Bas, seul le néerlandais est admis.

4.2 Les langues de l’Administration

Bien que le néerlandais soit la langue officielle de l’Administration, l'anglais standard est concurremment employé comme langue co-officielle à Sint Eustatius, sauf dans les documents officiels avec les Pays-Bas. En fait, à l'oral, l'anglais est la langue universelle, que ce soit dans les assemblées, les réunions et les communications avec les citoyens. Dans l’Administration du royaume des Pays-Bas, le néerlandais reste la seule langue d’usage.

4.3 Le système d’éducation et l'enseignement des langues

C'est le Département de l'éducation et de la culture qui est le responsable des écoles publiques à Sint Eustatius, ainsi que le ministère néerlandais de l'Éducation, de la Culture et des Sciences. L'instruction publique reste basée sur le système d'éducation néerlandais, mais c'est le néerlandais et l'anglais se disputent depuis longtemps la prépondérance dans l'enseignement. Au début du XXe siècle, l'anglais constituait la langue d'enseignement dans les écoles. En 1933, l'enseignement du néerlandais fut introduit à la place de l'anglais, car la connaissance de la langue néerlandaise paraissait nécessaire pour faire carrière au sein du gouvernement. Cependant, en 1976, le Conseil exécutif décida que l'enseignement serait dorénavant en anglais et que le néerlandais serait enseigné comme langue seconde. Puis, lors de la réforme constitutionnelle de 2010, le public a lancé un appel urgent de faire du néerlandais la langue d'enseignement au niveau primaire.

Bref, ce va-et-vient entre la langue anglaise et néerlandaise semble une constante dans l'enseignement à Sint Eustatius: c'est le "Duivelse Spiralen" ou en anglais "Devilish Spiral" ("spirale diabolique"). Avec l'intégration de l'île de Sint Eustatius dans le Royaume des Pays-Bas, l'enseignement du néerlandais devrait s'accentuer. Personne n'est contre l'enseignement de l'anglais dans les écoles primaires, mais les parents aussi que leurs enfants ont besoin de maîtriser le néerlandais à un niveau plus élevé qu'ils ne le sont aujourd'hui afin de réussir à l'école secondaire.

L'École universitaire de médecine de Sint Eustatius (University of Sint Eustatius School of Medicine) dispense en anglais un enseignement spécialisé en médecine.

4.4 Les médias

Il n'existe pas de quotidien publié à Sint Eustatius. Des magazines américains sont disponibles dans les librairies (en anglais); d'autres proviennent de l'État de Sint Maarten.

Dans les médias électroniques, il existe deux ou trois stations de radio qui diffusent en anglais et en néerlandais. La Radio Pays-Bas Internationale ("Radio Nederland Wereld Omroep"), une station publique indépendante des Pays-Bas, diffuse dans le monde entier, notamment à Sint Eustatius

La politique de la commune néerlandaise de Sint Eustatius est peu élaborée. Le néerlandais demeure la première langue officielle, même s'il est très peu utilisé en public par la population. Mais c'est la langue des lois et de l'Administration des Pays-Bas. Partout ailleurs, c'est l'anglais qui domine, que ce soit dans les écoles, les médias, le tourisme et les affaires. Il ne faut pas de doute que l'anglais a évincé la langue coloniale qu'a été le néerlandais.

Dernière révision en date du 31 mai 2011
 

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