Capitale: Dacca
Population: 131 millions (2001)
Langue officielle: bengali
Groupe majoritaire: bengali (80 %)
Groupes minoritaires: chittagonien (11,2 %), sylhetti (4 %), sadri (0,16 %), santali (0,13 %), mogh (0,1 %), birman (0,1 %), chin (0,1 %), etc.
Système politique: république unitaire parlementaire
Articles constitutionnels (langue): art. 3 et 23 de la Constitution du 30 avril 1996
Lois linguistiques: aucune
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Le Bangladesh (officiellement appelé République populaire du
Bangladesh) est un pays d’Asie méridionale situé dans la partie nord-est du
sous-continent indien; limité au sud par le golfe du Bengale, le pays est
presque entièrement enclavé par le nord-est de l'Inde et possède une
courte frontière avec la Birmanie. La superficie
du pays est de 147 570 km², équivalant à environ la moitié de celle de
l'Italie. La capitale et la plus grande ville du pays
est Dacca (environ neuf millions d’habitants pour l’agglomération). Le Bangladesh est constitué de six unités administratives, du nord au sud: Rajshahi, Dacca, Sylhet, Khulna, Barisal et Chittagong. Les villes les plus importantes sont Dacca (10,4 millions), Chittagong (3,3 millions), Khulna (1,2 million) et Rajshani (712 720). |
Au point de vue géographique, historique et culturel, le Bangladesh correspond à la partie la plus vaste et la plus peuplée de l'ancien Bengale, constitué également par l’État indien voisin appelé Bengale occidental (capitale: Calcutta). Rappelons aussi qu'entre 1947 et 1971 le Bangladesh était une province du Pakistan (Dominion of Pakistan), appelée Pakistan oriental. Le 25 mars 1971, les dirigeants du Pakistan oriental ont proclamé l’indépendance du pays sous le nom de Bangladesh (du bengali «nation du Bengale»); mais son indépendance n’a été effective que le 16 décembre 1971, alors que les troupes pakistanaises se sont rendues aux forces conjointes du Bangladesh et de l’Inde.
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Le Bangladesh |
Les divisions administratives |
La très grande majorité des habitants du Bangladesh sont des Bengalis, mais le terme pour désigner tous les habitants du pays est Bangladais, de quelque origine qu'ils soient. Les Bengalis descendent des Indo-Aryens qui ont commencé à émigrer dans le pays en provenance de l’Ouest il y a des milliers d’années et qui se sont métissés au Bengale (ancien Bengal) avec les groupes indigènes. Les Bengalis occupent les basses vallées du Gange et du Brahmapoutre et constituent l'extrême avancée vers l'est des langues indo-iraniennes. Ils sont séparés géographiquement des Moundas confinés vers le sud-ouest, des Himalayens (à l'est du Népal), des Môn-Khmers (encore présents en Assam, par l'ethnie des Khasis) et des Tibéto-Birmans (au nord et à l'ouest).
Environ 25 communautés ethniques et minoritaires vivent au Bangladesh, notamment dans quatre régions (les Chittagong Hill Tracts, le Nord-Ouest, le Centre-Nord et les districts du nord du pays). Parmi les minorités ethniques figurent les Chakma et les Mogh, des peuples mongoloïdes vivant dans les collines des Chittagong, les Santal qui descendent en grande partie d’émigrants venant de l’Inde actuelle et les Biharis, des musulmans non bengalis qui sont venus de l’Inde après la partition de 1947.
L’islam, la religion d’État, est pratiqué par environ 85 % de la population, la quasi-totalité des musulmans étant de rite sunnite. Les autres sont hindouistes, bouddhistes ou chrétiens (ou animistes).
2.1 Le bengali
La langue nationale et officielle est le bengali, une langue indo-européenne (groupe indo-iranien) parlée comme langue maternelle par 80 % de la population, mais par 98 % incluant la langue seconde. C'est donc l'un des pays les plus homogènes au monde sur le plan linguistique. Le bengali est appelé bangla au Bangladesh. On peut comparer quelques mots bengalis à d'autres langues indo-européennes telles que le sanskrit (indo-iranienne), le latin (italique), l'anglais (germanique) et le français (romane).
| Langue | Comparaisons linguistiques | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Bengali | maash | mata | nobo | ratri | naakh | tin |
| Sanskrit | mãs | matar | nava | nakt | nãs | trayas |
| Latin | mensis | mater | novus | nox | nasus | tres |
| Anglais | month | mother | new | night | nose | three |
| Français | mois | mère | nouveau | nuit | nez | trois |
Évidemment, les mots ne se ressemblent pas tous autant ; dans le cas présent, il s'agit de montrer les cas similaires des langues indo-européennes. N'oublions pas que dans son vocabulaire le bengali a beaucoup emprunté au sanskrit et qu'il a reçu aussi un apport lexical arabo-persan peu négligeable.
Le bengali est parlé non seulement au Bangladesh, mais aussi en Inde, particulièrement dans les États du Bengale occidental (no 19), d'Orissa, d'Assam, du Bihar et de Tripura, mais en Inde les Bengalis sont de religion brahmaniste. Il existe aussi des Bengalis au Népal et au Bhoutan. En Inde, le bengali est la langue officielle régionale du Bengale occidental et de l'État de Tripura; le bengali est également parlé dans le district de Cachar dans l'État d'Assam. Au point de vue numérique, le bengali demeure l'une des langues les plus importantes du monde. En fait, le bengali est la 4e langue du monde (250 millions de locuteurs) après le chinois mandarin (885 millions), l'espagnol (358 millions), l'anglais (322 millions) et avant l'arabe (200 millions).
Le bengali s’écrit à l’aide d’un alphabet dérivé du sanskrit appelé alphabet bengali:
- Pour les voyelles:

- Pour les consonnes:

Voici un court texte rédigé avec l'alphabet bengali; il s'agit de l'article 1 de la Déclaration universelle des droits de l'homme:
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«Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.» |
Le bengali présente plusieurs variétés dialectales. Selon la classification du linguiste irlandais George Abraham Grierson (1851-1941), il convient de distinguer six grands groupes dialectaux:
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Central Bengali (Standard) Bengali central (standard) |
Northern
Bengali (Koch, Siripuria),
Rajbanshi, Bahe) Bengali septentrional |
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Western Bengali (Kharia Thar, Mal Paharia, Saraki) Bengali occidental |
Eastern Bengali
(Barisal, Chittagong, Comilla,
Faridpur, Noakhali, Manikganj, Mymensingh, Munshiganj et Sylhet ) Bengali oriental |
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Southwestern Bengali Bengali du Sud-Ouest |
Southeastern
Bengali Bengali du Sud-Est |
Chacun des groupes peut lui-même fragmenté en plusieurs variétés dialectales. La variété du bengali central sert de norme pour le bengali standard. Les variétés du bengali occidental correspondent aux dialectes du Bengale occidental de l'Inde, alors que les autres sont parlés au Bangladesh. La plupart des locuteurs du bengali sont capables de communiquer dans plus d'un dialecte, car l'intercompréhension est relativement aisée d'une région à l'autre, sauf lorsque les régions sont éloignées l'une de l'autre (p. ex. le Nord et le Sud).
Il existe deux formes d'écriture du bengali :
1) La shadhubhasha («la langue de sages»): il s'agit d'une écriture ancienne tirée du sanskrit et utilisée dans l'hymne national, les textes littéraires, les chansons, etc., mais son usage est de plus en plus à la baisse.
2) La choltibhasha («la langue courante»): c'est une écriture plus proche de la langue parlée, qui sert généralement de norme pour le bengali écrit.
2.2 Les langues minoritaires
Les langues minoritaires sont relativement nombreuses au Bangladesh, mais la plupart sont en voie de disparition. Beaucoup de ces langues sont parlée dans le district de Chittagong. Mentionnons d'abord les langues indo-européennes telles que le bengali chittagonien (11,2 %), le sylhetti (4 %), le chakma (0,02 %), le sadri (0,16 %), le tangchangya (0,01 %), le tippera (0,08 %) et l'usui (0,00 %).
Parmi les langues sino-tibétaines, soulignons le mogh ou arakanais (0,1 %), le birman (0,1 %), le chin (0,1 %), le darlong (0,01 %), le garo (0,08 %), le tripura (0,06 %), le lushai (0,00 %), le meitei (0,7 %), le maru (0,02 %), le pankhu (0,0 %), le riang (0,0 %) et le shendu (0,0 %). Enfin, ajoutons deux petites langues austro-asiatiques: le khasi (0,07 %) et le santali (0,13 %).
Les différentes communautés ethniques constituent un peu plus de 1 % de la population; elles sont situées surtout dans le Chittagong et dans la plaine du grand Dinajpur. En ce qui a trait aux Chittagong, les communautés marma, chakma et tanchangya sont bouddhistes; d'autres communautés ethniques, initialement animistes (par exemple, les communautés bawm, lushai et pankhu), se convertissent graduellement au christianisme. Hors des Chittagong, les Garo (ayant leurs propres traditions religieuses, proches de l'animisme) sont essentiellement chrétiens.
En raison de sa position stratégique, le Bengale ancien a servi de port d’entrée et d'intermédiaire commercial entre le sud de l’Asie et l’Extrême-Orient. L’influence du Bengale s’est répandue partout. De puissants empires (Gangaridai et Prasioi, Mauryas, Guptas, Sasanka, Pala, Senas) se sont succédé dans la région durant plusieurs siècles. Dans l'Antiquité, le Bengale était connu comme la terre de l’abondance. Alexandre le Grand a parcouru la région, attiré par son abondance légendaire. Le Bengale fut converti à l'hindouisme très précocement et fit partie des grands empires de l'Inde du Nord. Il a acquis une certaine personnalité sous la dynastie des Pala après le VIIIe siècle, qui développèrent le bouddhisme. Les Pala agrandirent le territoire pour englober les États actuels de Bihar, d'Orissa et du Bangladesh. Après 1200, la région fut conquise par les musulmans, mais ceux-ci ne purent islamiser le reste de l'Inde. Après 800 ans de domination musulmane, seulement 25 % de la population indienne avait été islamisée. Toutefois, le Bengale et le Pakistan actuel subirent l'islamisation en raison de l'établissement dès le XIVe siècle de fortes principautés musulmanes. À la suite de cette invasion islamiste, surgit une langue commune aux hindous et aux musulmans: l'ourdou qui est resté la langue véhiculaire d'une grande partie du nord de l'Inde et du Pakistan.
3.1 Le Bengale britannique
À la fin du XVIe siècle, l'actuel territoire du Bangladesh fut conquis par l'empereur moghol Akbar; la majorité de la population, initialement bouddhiste, fut convertie à l'islam. Parallèlement au déclin de la puissance moghole au XVIIIe siècle, une dynastie distincte émergea au Bengale, au Bihar et dans l'Orissa, sous la domination des nababs du Bengale. Dès le XVe siècle, les Européens commencèrent à s'intéresser aux richesses du Bengale, notamment les Portugais, les Anglais et les Français. Tous installèrent des comptoirs le long de la Hooghly. Les nababs entrèrent bientôt en conflit avec les Britanniques et presque la totalité de la région (à l'exception du Cooch Behar et Tripura) devint une «division» des Indes britanniques en 1699. C'est à partir du Bengale que les Britanniques organisèrent la conquête de l'Inde du Nord. Les Anglais réussirent à imposer définitivement leur domination après la bataille de Plassey en 1757. Puis la défaite du général français Thomas de Lally-Tollendal à Madras (1758) et sa reddition à Pondichéry (1761) assurèrent à la couronne d'Angleterre la domination sur tout le sous-continent indien, soit du Pakistan jusqu'au Sri Lanka.
La province du Bengale fut une des plus importantes de l'Inde britannique, dont Calcutta devint la capitale entre 1857 et 1910. À l'époque, le Bengale incluait l'actuel Bangladesh, le Bihar, l'Orissa et s'étendait jusqu'à Agra (la ville du Taj Mahal). Au gré des décisions politiques, le Bengale fut plusieurs fois morcelé, notamment en 1905. C'est pourquoi lord Curzon (1859-1925), alors vice-roi des Indes britanniques, divisa le Bengale, car il considérait que cette province était trop étendue pour pouvoir être administrée correctement. Cette partition allait donner naissance au Bengale occidental (actuel Bengale occidental, le Bihar et l'Orissa) et au Bengale oriental (Bangladesh actuel et Grand Assam élargi).
Durant la colonisation britannique, les autorités exploitèrent consciemment l'antagonisme entre hindous et musulmans afin de diviser pour régner. Les Britanniques favorisèrent d'abord les hindous parce qu'ils se méfiaient des musulmans. Puis devant le nationalisme musulman, les Britanniques tentèrent de gagner l'appui des musulmans aisés en leur offrant plus d'emplois au gouvernement et dans les établissements d'enseignement. La grande mutinerie en 1857 en Inde du Nord marqua le début des mouvements nationaux, lesquels atteignirent leur apogée dans les années 1920 avec Gandhi (assassiné en 1948). Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’histoire du Bangladesh se confondit avec celle de l’Inde.
3.2 Le Pakistan oriental
En 1947, avec l'indépendance de l'Inde et la séparation de ce grand pays en deux entités: l'Inde hindoue et le Pakistan musulman, la partie occidentale de l'ancienne province du Bengale fut attribuée à l'Inde sous le nom de Bengale occidental (aujourd'hui le Pakistan) et la partie orientale devint le Pakistan oriental (aujourd'hui le Bangladesh). Les deux Pakistans ou Dominion du Pakistan restèrent séparés par la langue (ourdou et bengali), la culture et plus de 1600 km de territoire indien; l'islam apparut comme le seul lien unificateur des deux Pakistans. Les musulmans de l'Inde affluèrent dans les deux Pakistans, alors que les hindouistes se réfugièrent en Inde. Quelque 11 millions d'hindous émigrèrent vers l'Inde au moment de la partition.
Le Pakistan occidental se mit à pratiquer une politique hégémonique, qui ne tarda pas à susciter chez les Bengalis du Pakistan oriental un fort mécontentement. En effet, les Pakistanais orientaux (Bengalis) perçurent rapidement que la partition territoriale de 1947 ne les mettait pas dans une position d’égalité avec les Pakistanais occidentaux; ils ne purent admettre l’absence des Bengalis dans la conduite des affaires menées par le gouvernement central (le Dominion). Quant à la question linguistique, elle a contribué à alimenter les conflits. En effet, le gouvernement central du Pakistan ignora la demande de proclamer le bengali comme langue co-officielle du Dominion et décida d'imposer l'ourdou comme seule langue de l'État. Dès 1948, un mouvement pour rétablir le bengali dans le Dominion commun se forma. Le 21 février 1952, les étudiants des universités de Dacca tentèrent de s'approcher pacifiquement de l'Assemblée du Pakistan oriental afin de forcer les députés à acquiescer à leurs demandes; la police ouvrit le feu sur les étudiants qui manifestaient pacifiquement à la Cité universitaire de Dacca.
Le lendemain, lors d'une grève générale pour protester contre la répression policière, les forces de sécurité pakistanaises ouvrirent à nouveau le feu sur la foule; ce fut alors les premiers «martyrs» de la langue du Bangladesh. Les Bengalis orientaux constatèrent ainsi que leur situation coloniale n'avait guère changé depuis 1947. Bien que constituant la très grande majorité de la population du Pakistan oriental, le bengali ne devint officielle sur leur propre territoire qu'après des années de lutte. Pendant ce temps, la quasi-totalité des fonctions administratives et gouvernementales était monopolisée par les Pakistanais occidentaux.
Le président du Dominion du Pakistan, le général Ayyub Khan, se décida à organiser l’élection d’une Assemblée constituante pour le Pakistan oriental en décembre 1970. Toutefois, son refus d’entériner la victoire de la Ligue Awami déclencha une guerre civile, suivie d'une violente répression de la part du Pakistan occidental. Grâce à l'intervention de l'armée indienne, le Pakistan oriental obtint son indépendance en décembre 1971 sous le nom de Bangladesh. Entre-temps, quelque trois millions de Bangladeshi sont morts pour l'indépendance du pays.
3.3 Le Bangladesh indépendant
Mujibur Rahman (1920-1975), dirigeant de la Ligue Awami, devint chef du gouvernement en janvier 1972 (président en 1975). Assumant tous les pouvoirs, il exerça une quasi-dictature et supprima le Parlement. Il fut renversé par un coup d'État en août 1975, puis exécuté. Contre toute attente, aucune disposition linguistique ne fut adoptée dans la Constitution du 4 novembre 1972, mais elle supprima toute identification politique entre la religion et l'État, c'est-à-dire toute exploitation de la religion pour des fins politiques, et interdit la discrimination pour des raisons religieuses (article 2 de la Constitution). L'imposition de la nationalité bengalie à tous les citoyens du Bangladesh a marginalisé les communautés ethniques qui n'étaient pas d'origine bengalie (Bangladeshi).
Par la suite, le pays fut gouverné par des militaires: Zia ur-Rahman (1935-1981) de 1975 jusqu'à son assassinat en 1981, puis Muhammad Ershad (1929- ), de 1982 à 1990. Ce dernier renforça la politique d'islamisation engagée par son prédécesseur: l'islam devint ainsi la religion d'État en 1988 grâce à une modification constitutionnelle à l'initiative du général Ershad sous le prétexte que la population était musulmane à près de 90 %. Les tribus chakmas, qui vivaient dans les Chittagong Hill Tracts à l'est du Bangladesh, subirent durant de nombreuses années un génocide silencieux, perpétré en toute impunité par les forces armées. En 1986, quelque 70 000 Chakmas durent fuir la répression et survivre dans les camps de réfugiés de la région de Tripura, en Inde.
Accusé de corruption, Ershad fut contraint de démissionner en décembre 1990 et
fut condamné à vingt ans d’emprisonnement. De nouvelles élections furent organisées en février 1991. Le Parti national du Bangladesh
remporta la majorité
des 330 sièges du Parlement, et la bégum Khaleda Zia, veuve de
Zia ur-Rahman, devint premier ministre. Son règne fut marqué par une forte
progression des mouvements islamistes. La
montée du fondamentalisme rendit la situation politique du Bangladesh encore plus
instable. La crise sociale conduisit, le 27 mars 1996, à la démission de Khaleda Zia et à l’annulation des
élections législatives boycottées par l’opposition.
Les élections du 12 juin 1996 portèrent au gouvernement la Ligue Awami avec l’appui du
Jatiya Party. Le
nouveau gouvernement s’attacha à la libéralisation de l’économie et à la
coopération économique avec ses voisins et
avec les pays musulmans. La question du partage des eaux du Gange avec l’Inde
trouva une solution négociée. Un traité de paix fut signé (2 décembre 1997) afin
de mettre un terme à l’insurrection dans les Chittagong Hill
Tracts, où les
minorités tibéto-birmanes réclamaient leur autonomie depuis 1975. Le
gouvernement a mis en œuvre certaines dispositions, dont la création du ministère
des Chittagong Hill Tracts et du Conseil régional des Chittagong Hill Tracts
ainsi que d'une commission pour le règlement des questions territoriales.
Cependant, dans les faits, rien n'a réellement changé et on ne peut que
déplorer la lenteur avec laquelle l'Accord de paix des Chittagong Hill Tracts
est mis en œuvre. On attend encore le transfert éventuel hors de la région
des 400 000 colons bengalis installés dans les Chittagong. Selon les
autorités, l'accord aurait permis le retour de l'Inde et la réinstallation
dans les Chittagong Hill Tracts des derniers membres des tribus chakma, marma et
tripura. Toutefois, les dizaines de milliers Chakmas qui demeurent parqués dans
les camps du Tripura en Inde, ont refusé d'être rapatriés parce que le
gouvernement du Bangladesh n'aurait pas accepté d'associer au processus ni le
Haut-Commissariat des réfugiés ni le Comité international de la Croix-Rouge.
C'est pourquoi les réfugiés ont estimé que leur sécurité n'était pas
garantie et qu'ils n'avaient aucune chance d'obtenir des conditions de
ré-installation adéquates. Néanmoins, au début du mois d'avril 1997, quelque
7000 d'entre eux ont été rapatriés de force.
De juillet à septembre 1998, une véritable catastrophe naturelle s’abattit sur le Bangladesh: des inondations touchent 31 millions de personnes et causèrent des pertes évaluées à deux milliards de dollars. En octobre 1999, le Bangladesh, qui se classait au troisième rang mondial pour sa contribution en hommes destinés aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, reçut un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. En mars 2000, après la ratification par le Bangladesh du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), Bill Clinton fut le premier président américain à effectuer une visite officielle dans le pays. À l'aube du XXe siècle, le Bangladesh, devenu relativement démocratique, reste encore exposé au problèmes des eaux et à ceux engendrés par sa dynamique démographique, ainsi que par la confrontation entre groupes laïcs et éléments fondamentalistes. Par ailleurs, le Bangladesh doit composer avec une démographie galopante, un taux d'alphabétisation dérisoire et une pauvreté quasiment endémique. Enfin, les autorités ne semblent n'avoir prêté aucune attention aux allégations de torture de la part de la police et de l'armée. Les allégations d'arrestations et de détentions arbitraires ainsi que de mauvais traitements à l'encontre de la population tribale vivant dans les Chittagong préoccupent les responsables des droits de l'homme.
En tant que pays relativement homogène sur le plan linguistique, le Bangladesh a développé une politique d'unilinguisme bengali. La Constitution de 1972 ne contenait aucune disposition d'ordre linguistique. Toutefois, celle du 30 avril 1996 en compte deux. À l'article 3, on peut lire que la langue officielle est le bengali: «La langue officielle de la République est le bengali.» C'est en fait la seule disposition linguistique dans la Constitution. D'autres clauses énoncent des principes interdisant la discrimination. Par exemple, l'article 23, il stipule que l'État doit adopter des mesures pour préserver les traditions culturelles et l'héritage des citoyens:
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Article 23 La culture nationale The State shall adopt
measures to conserve the cultural traditions and heritage of the people,
and so to foster and improve the national language, literature and the
arts that all sections of the people are afforded the opportunity to
contribute towards and to participate in the enrichment of the national
culture. L'État adopte des mesures pour préserver les traditions culturelles et le patrimoine des citoyens, afin de favoriser et d'améliorer la langue nationale, la littérature et les arts, auxquels toutes les parties de la population ont la possibilité de contribuer et de participer à des fins d'enrichissement de la culture nationale. |
Pour sa part, l'article 28 précise au paragraphe 1: «L'État ne doit pas faire de discrimination entre les citoyens exclusivement fondée sur la religion, la race, la caste, le sexe et le lieu de naissance.» Malheureusement, la Constitution ne reconnaît pas formellement les communautés ethniques en tant que «minorités ethniques» ou «populations autochtones». Or, sous le régime britannique, les Chittagong Hill Tracts (CHT) bénéficiaient d'un statut spécial d'autonomie et d'interdiction de vente et de transfert de la terre aux non-autochtones; la région a perdu ce statut spécial à la suite d'une modification constitutionnelle en 1963, sans compter que le gouvernement a permis l'afflux de musulmans, alors que les autochtones étaient très majoritairement non musulmans.
Article 3 [
2004 La langue officielle La langue officielle de la République est le bengali. |
D'ailleurs, la Constitution accorde un rôle spécial à l'islam défini comme la religion d'État, mais la Charia ne constitue pas la base des lois du pays. Les droits des hindous (13 %), des bouddhistes (0,6 %), des animistes (1,1 %) et des chrétiens (0,3 % dont 300 000 catholiques) sont reconnus par la loi. Les catholiques appartiennent généralement à des groupes tribaux tenus en marge de la société. Mais la situation des chrétiens du Bangladesh semble s'être détériorée ces dernières années en raison de la montée des fondamentalistes musulmans, avec le résultat que les minorités religieuses et ethniques sont de plus en plus marginalisées au Bangladesh. Les premiers groupes visés sont les représentants de la minorité hindoue et les membres des populations tribales bouddhistes dans la région conflictuelle des Chittagong Hill Tracts. Et le gouvernement semble rester silencieux devant les attaques répétées contre les minorités religieuses. Selon Joyanta Adhikari, président du Département de l'éducation du Conseil national des Églises du Bangladesh, il existe «un fort courant contre les minorités» au sein de la nation, ce qui se traduit par l'absence des membres de minorités religieuses dans la police et dans l'armée, ainsi que dans la fonction publique en général.
En somme, la Constitution semble faite pour une nation homogène tant au plan culturel, religieux que linguistique. Le pays est dirigée par une population majoritairement de religion musulmane et de langue bengalie. D'ailleurs, la plupart de Bangladeshi croient que les minorités ethniques sont des immigrants et non pas des «Bhumiputra» (des «fils du sol»). Dans ces conditions, il serait surprenant que la politique linguistique du Bangladesh soit généreuse à l'égard de ses minorités.
4.1 La législation et la justice
Bien qu'il n'existe pas de loi à ce sujet, la seule langue admise au Parlement (Jatiya Sangsad) est le bengali. Les débats se déroulent en cette langue, de même que la rédaction et la promulgation des lois. Dans les tribunaux, la situation est identique, sauf lorsque des ressortissants étrangers demandent le recours à un interprète. Il n'existe pas de disposition particulière à l'égard des minorités nationales. Les anciennes lois du régime colonial sont en anglais, la version originale anglaise ayant force de loi.
Il faut dire aussi que l'administration de la justice n'est généralement pas accessible aux gens pauvres, comme c'est le cas chez les minorités. Certaines causes restent pendantes jusqu'à dix à vingt ans avant d'être réglées. Le présent système juridique est vieilli, traditionnel et corrompu; les réformes sont urgentes. Plusieurs comités ont été formées depuis l'indépendance du Pakistan en 1947... en vain. De là à tenir compte des minorités, il y a loin de la coupe aux lèvres.
4.2 L'Administration publique
Dans l'Administration publique, le bengali est la langue utilisée, mais les documents en anglais sont acceptés. Les communications orales se déroulent généralement en bengali, rarement en anglais. Cette situation se répète dans les administrations municipales et les hôpitaux dans tout le pays.
4.3 L'éducation
De nombreuses caractéristiques du système éducatif du Bangladesh sont héritées du système éducatif britannique et indien. La structure du système éducatif au Bangladesh comprend cinq années pour le primaire, trois années d’éducation secondaire de base (ou secondaire de premier cycle), deux années d’éducation secondaire et deux années d’éducation secondaire supérieure.
Il existe trois types d’écoles primaires: les écoles gouvernementales, les écoles non gouvernementales répertoriées (privées) et les écoles communautaires. Le bengali est la langue utilisée pour l’enseignement, sauf dans les écoles privées où une autre langue (l'anglais) peut être utilisée. Les programmes officiels sont normalisés dans tout le pays. Environ 20 % de toutes les écoles primaires sont gérées par le secteur privé; elle sont généralement réservées aux riches. Dans ces écoles, les cours peuvent se donner en anglais, sauf pour les cours de bengali et les cours de religion offerts en arabe.
Dans les écoles secondaires, le bengali est la langue utilisée pour l’enseignement, et les programmes officiels jusqu’à la huitième année sont identiques pour tous les élèves. L’enseignement dans les écoles secondaires ou «high schools» comporte à la fois une composante d’enseignement général et une spécialisation ou filière; en neuvième et dixième année, les élèves se placent soit dans la filière scientifique soit dans la filière des humanités. Toutes les écoles secondaires de premier cycle, soit 97 % de toutes les écoles secondaires et toutes les écoles secondaires supérieures (à l’exception de trois d’entre elles), appartiennent au secteur privé. Toutes les écoles enseignent l'anglais comme langue seconde. L’éducation secondaire supérieure se déroule en onzième et douzième année. Cet enseignement s’effectue dans les collèges intermédiaires. Le bengali est la langue utilisée pour l’enseignement, bien que l’enseignement de l’anglais soit obligatoire.
4.4 Les médias
Les journaux du Bangladesh paraissent généralement en bengali et en anglais. Parmi les journaux en bengali, mentionnons In Bangla, The Daily Ittefaq, The Daily Muktakantha, Anannya, Computer Bichitra Online, The Daily Janakantha, Weekly Jai Jai Din, Prothom Alo, Robbar, Unmad, etc. Sont publiés en anglais The Daily Star, The Daily New Nation, The Weekly Holiday, Dhaka Courier, Dhaka-Bangladesh Web's News, Economic Observer, Evidence, Independent, Today, The Financial Express, etc.
Dans les médias électroniques, la plupart des stations de radio émettent en bengali, mais Radio-Bangladesh (Bangladesh Betar) de Dacca diffuse sur ondes courtes en bengali, en anglais, en hindi, en ourdou et en népali. Beaucoup de stations de radio diffusent en anglais, mais il n'existe guère de programmes à l'intention des minorités.
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Quand on observe les pratiques utilisées au Bangladesh en ce qui a trait aux langues minoritaires, on ne peut qu'être très déçu du résultat. Pourtant, les langues minoritaires ne sont ni réprimées ni interdites, elles sont simplement ignorées. Après une trentaine d'années d'indépendance, le Bangladesh ne semble pas avoir réussi à se doter d’une véritable constitution démocratique. Le pays a subi de fréquents changements de gouvernement et des coups d'État militaires à répétition, souvent sanglants. Le principe fondateur, le «nationalisme bengali laïc» qui a guidé la Constitution de 1972, s'est écroulé avec les années. Le pays est actuellement déchiré entre des partis islamiques de droite et une classe politique incompétente dont la culture politique parlementaire apparaît bien rudimentaire. On peut certes parler d'une politique de non-intervention à l'égard des langues minoritaires, ce qui équivaut à une politique d'assimilation.
Au Bangladesh, les minorités linguistique sont considérées comme des minorités religieuses. Pourtant, la Constitution interdit la discrimination raciale, ethnique ou religieuse, mais celle-ci n'est ni expressément interdite et ni dûment sanctionnée par le Code pénal. On ne peut que déplorer le fait que la sécurité des minorités ne soit même pas garantie par l'État et que les membres de ces communautés ne puissent guère accéder aux emplois de la fonction publique et encore moins à des postes de responsabilité, sans parler de l'accord de paix de 1997 relatif aux Chittagong Hill Tracts dont les dispositions tardent à être appliquées. Et dire que l'article 29 de la Constitution prévoit l'égalité des chances pour tous dans les emplois publics: «L'égalité des chances est reconnue pour tous les citoyens dans le respect des emplois ou postes au service de la République.»
Par ailleurs, on serait probablement surpris des résultats négatifs provenant d'études officielles concernant la situation économique et sociale de toutes les minorités ethniques, religieuses et tribales, ainsi que sur leur participation inexistante à la vie publique. Malheureusement, sur ce sujet, le gouvernement ne dispose d'aucune information. Il faudrait que l'État examine, en toute objectivité, les besoins de ses minorités et communautés ethniques, notamment au sujet du financement des institutions religieuses et s'assure que les fonds publics alloués soient suffisants et équitablement répartis entre toutes les communautés. Cependant, il faudrait au départ que les autorités cessent d'oublier les minorités nationales.
En réalité, la situation des minorités dans ce pays dépassent les simples droits linguistiques, car il s'agit avant tout de droits plus généraux appelés les «droits de l'Homme». La situation des minorités au Bangladesh ne s'améliorera pas à moins que les droits fondamentaux ne soient garantis par la Constitution et que la Déclaration universelle des droits de l´Homme des Nations unies ne soient mis en oeuvre. Pour ce faire, il faudrait développer le dialogue interreligieux et que les autorités cessent de se faire dicter leur conduite par les fondamentalistes de la rue, avec les effets dévastateurs qu'on connaît présentement.
Bibliographie
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