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République fédérale socialiste de YougoslavieDe 1945 à 1990 |
On distingue trois «Yougoslavie». La première (qui prit le nom de Yougoslavie en 1929 dans l'entre-deux-guerres) fut dominée par la monarchie serbe. La seconde, la République fédérale socialiste de Yougoslavie, sur laquelle régna Tito jusqu'à sa mort en 1980, prit fin en 1991 avec la sécession de la Slovénie et de la Croatie, suivies des déclarations d'indépendance de la Macédoine et de la Bosnie-Herzégovine. La Serbie et le Monténégro ont alors proclamé la troisième Yougoslavie: la République fédérale de Yougoslavie, qui correspond essentiellement au règne de Slobodan Milosevic (1992-2000). Depuis le 14 février 2003, la Yougoslavie porte désormais le nom officiel de Communauté d'États de Serbie-et-Monténégro.
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Au moment de sa création en novembre 1945 par le chef communiste croate Josip Broz dit Tito, la République fédérale socialiste de Yougoslavie était une fédération formée de six républiques et de deux régions autonomes. La composition ethnique de ce pays de 23 millions dhabitants était relativement complexe, car on y comptait plus d'une vingtaine de communautés linguistiques. Dans lancienne Yougoslavie, on ne trouvait jamais le mot minorité dans les textes juridiques, mais plutôt les termes nation et nationalité. |
Au nombre de six, les nations correspondaient aux ethnies d'origine slave: les Serbes, les Croates, les Macédoniens, les Slovènes, les Monténégrins et les «Musulmans» (des Slaves de religion musulmane parlant un croate fortement turquisé). À eux seuls, les Serbes et les Croates formaient 66 % de la population. Le serbo-croate de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine sécrivaient en alphabet latin, celui de la Serbie et du Monténégro, en cyrillique.
D'après la Constitution de l'époque, chacune des nations — slaves — disposait, du moins en principe, d'une république :
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la Serbie pour les Serbes; deux
régions autonomes (Vojvodine pour les Hongrois et Kosovo pour les Albanais); - la Croatie pour les Croates; - la Macédoine pour les Macédoniens; - la Slovénie pour les Slovènes; - le Monténégro pour les Monténégrins; - la Bosnie-Herzégovine pour les Musulmans bosniaques. Source de la carte:
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Quant aux nationalités, elles correspondaient aux communautés dont la composition n'était pas d'origine slave: les Albanais (Kosovo), les Hongrois (Vojvodine), les Bulgares, les Tchèques, les Roumains, les Italiens, les Allemands, les Ruthènes, les Turcs, les Ukrainiens, les Valaques, les Tsiganes (romani), etc. Cela dit, historiquement parlant, les Bulgares, Tchèques, Ruthènes et Ukrainiens étaient tout de même des peuples slaves! Par ailleurs, l'ancienne Yougoslavie titiste était un pays très multilingue et les républiques «ethniques» reconnues formellement ne correspondaient pas toujours à la réalité. Sauf en Slovénie et un peu au Kosovo, les populations dans chacune des républiques yougoslaves demeuraient très diversifiées à peu près partout, notamment en Bosnie-Herzégovine et en Voïvodine, mais aussi en Croatie et en Serbie, au point où de nombreux citoyens ont préféré se déclarer «yougoslaves» lors des recensements fédéraux.
La République fédérale socialiste de Yougoslavie avait prévu plusieurs dispositions constitutionnelles au chapitre de la langue. Ainsi, l'article 131 de la Constitution de 1971 proclamait que le serbo-croate, le slovène et le macédonien étaient les langues que l'État fédéral devait employer pour communiquer avec les peuples de la Yougoslavie. Toutefois, la pratique a révélé que l'État fédéral communiquait parfois en albanais et en hongrois dans les zones où étaient concentrées ces nationalités. Les faits ont aussi démontré que l'État fédéral ne respectait pas toujours les prescriptions constitutionnelles.
Les républiques et les régions autonomes (Vojvodine et Kosovo) avaient leur propre constitution et légiféraient en matière de langue; elles pouvaient reconnaître des langues sans statut au niveau fédéral. Il s'agissait donc de législations autonomes de celles du gouvernement fédéral, mais les unes et les autres demeuraient généralement compatibles et relativement harmonisées. À part la région autonome de la Vojvodine, tous les autres États ne comptaient qu'une langue officielle sur l'ensemble du territoire, ce qui n'empêchait pas certaines langues des «nationalités» d'obtenir localement un statut co-officiel, notamment dans les collectivités autonomes. Ce statut de co-officialité n'impliquait ni l'État fédéral ni une république, mais une commune ou une municipalité.
Afin de mieux comprendre le fonctionnement linguistique de la fédération yougoslave de l’époque, il suffit de consulter le tableau ci-dessous.
| République | Population |
Langue(s) officielle(s) |
Langues en usage |
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Voïvodine
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5,6 millions |
serbe (90
%)
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serbe (54,4 %), hongrois (18,9 %), croate, slovaque, ruthène, ukrainien |
hongrois, croate, slovaque, ruthène, ukrainien, etc. |
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1,5 million |
albanais (77,5 %)
[alphabet latin] |
albanais, serbe, romani, turc, etc. |
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CROATIE |
4,5 millions |
croate (80 %) [alphabet latin] |
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BOSNIE- HERZÉGOVINE |
4,1 millions |
croate (32
%)
[alphabet latin] |
croate, serbe, etc. |
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MACÉDOINE |
1,9 million |
macédonien (95 %) [alphabet latin] |
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SLOVÉNIE |
1,8 million |
slovène (97 %) [alphabet latin] |
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MONTÉNÉGRO |
584 310 |
serbe (75 %) [alphabet cyrillique] |
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