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AzerbaïdjanSituation générale |
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1 Situation générale
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L'Azerbaïdjan, officiellement République azerbaïdjanaise
(en
azéri,
Azärbaycan Respublikasi),
est un État d’Asie occidentale, situé en
Transcaucasie orientale. L’Azerbaïdjan est limité au nord
par la Russie, au nord-ouest par la Géorgie, à l’ouest par l’Arménie, au
sud par l’Iran et à l’est par la mer Caspienne.
Le pays s’étend sur une superficie de 86 600 km². Sa capitale est Bakou. L’Azerbaïdjan possède une république autonome (le Nakhitchévan) et une région autonome (le Haut-Karabagh). Située entre l’Arménie et l’Iran, la République autonome du Nakhitchévan (5500 km²) est séparée du reste de l’Azerbaïdjan par une étroite portion de territoire arménien (voir la carte détaillée). L'isolement de la République autonome du Nakhitchévan du reste du pays est relativement récent, puisqu'il date seulement de 1924, quand Staline a transféré la province de Zangezur (alors en Azerbaïdjan) sous contrôle arménien. Quant à la Région autonome du Haut-Karabagh (4400 km²), elle constitue une enclave arménienne l’ouest de l'Azerbaïdjan. Depuis 1990, un conflit armé oppose l’Azerbaïdjan à l’Arménie. Il a pour enjeu le rattachement de l’enclave arménienne du Haut-Karabagh à la république d’Arménie. Actuellement, la Région autonome du Haut-Karabagh demeure sous le contrôle de l'armée arménienne. |
Le nom du pays, l'Azerbaïdjan, provient de celui d'un général d'Alexandre le Grand, Atropates («protégé par le feu»), qui créa ce royaume»: azer est la déformation de la première partie de son nom et baïdjan est, dans la culture turque, le royaume d'un bey (le mot bey est apparenté au grec basileos, «roi»). Les habitants de l'Azerbaïdjan sont des Azerbaïdjanais, mais il faut distinguer les Azéris (appelés abusivement «Azerbaïdjanais») des autres ethnies telles que les Lezguiens, les Russes, les Arméniens, les Talish, les Avars, les Turcs, les Tatars, les Ukrainiens, etc. Le gouvernement tend à utiliser le terme Azerbaïdjanais pour désigner les Azéris, ce qui serait une façon de ne pas nommer les autres ethnies.
L’Azerbaïdjan est le pays le plus peuplé de Transcaucasie. En 2001, la population était estimée à 7,8 millions d'habitants. L'Azerbaïdjan a été longtemps un État multinational et comptait, à la fin des années cinquante, 67 % d’Azéris, 12 % d’Arméniens, 13,5 % de Russes. Depuis quelques années, le pays connaît une certaine homogénéisation ethnique, mais il compte encore de nombreuses minorités qui vivent en Azerbaïdjan depuis des siècles. Voici la répartition de population azerbaïdjanaise en 1999:
| Groupes nationaux | En milliers de personnes |
Pourcentage de la population locale |
Affiliation linguistique |
| 1999 | 1999 | - | |
| Population globale | 7953,4 | 100 % | - |
| Azéris | 7205,5 | 90,6 % | famille altaïque |
| Lezguiens | 178,0 | 2,2 % | famille caucasienne |
| Russes | 141,7 | 1,8 % | langue slave |
| Arméniens | 120,7 | 1,5 % | famille indo-européenne |
| Talish | 76,8 | 1,0 % | langue indo-iranienne |
| Avars | 59,9 | 0,6 % | famille caucasienne |
| Turcs | 43,4 | 0,5 % | famille altaïque |
| Tatars | 30,0 | 0,4 % | famille altaïque |
| Ukrainiens | 29 | 0,4 % | langue slave |
| Tsakhours | 15,9 | 0,2 % | famille caucasienne |
| Géorgiens | 14,9 | 0,2 % | famille caucasienne |
| Kurdes | 13,1 | 0,2 % | |
| Tats | 10,9 | 0,13 % | famille caucasienne |
| Juifs | 8,9 | 0,1 % | langue indo-iranienne |
| Oudines | 4,1 | 0,05 % | |
| Autres minorités | 9,6 | 0,12 % |
- |
Les Azéris, peuple d’origine turque, constituent aujourd’hui plus de 90 % de la population. Leur proportion s’est accrue depuis le début du conflit armé qui a contraint un certain nombre d’Azéris à fuir l’Arménie. Inversement, les Russes et les Arméniens ont massivement quitté l’Azerbaïdjan. Désormais, les Arméniens d'Azerbaïdjan se concentrent exclusivement dans la Région autonome du Haut-Karabagh où ils représentent 80 % de la population. Au nord, soit sur sa frontière septentrionale, le pays compte d’importantes communautés originaires du Daguestan (Avars, Tsakhours, Lezguiens, Tats, Oudis, etc.); certaines d’entre elles revendiquent leur rattachement à la République russe du Daguestan. Sur la frontière méridionale (près de la mer Caspienne) vit la petite communauté des Talishs.
2.1 L'azéri (azerbaïdjanais)
L'azéri ou azerbaïdjanais est la langue parlée par 90,6 % de la population d'Azerbaïdjan. C'est une langue turcique appartenant à la famille altaïque au même titre que le turc, le turkmène, l'ouzbek, l'ouïgour, le kazakh, le kirghiz, le tatar, etc. L'azéri a été appelé «turc» par l'Azerbaïdjan nouvellement indépendant, puis maintenant «azerbaïdjanais». Cette langue est également parlée dans le sud du Daguestan (Russie), en Arménie, en Géorgie, au Kazakhstan, au Turkménistan, en Ouzbékistan, au Kirghizstan et même en Estonie (immigrants). Dans la plupart des pays, l'azerbaïdjanais est appelé azéri, sauf en Azerbaïdjan où le terme azerbaïdjanais est de plus en plus employé pour désigner la langue officielle. En russe d'Azerbaïdjan, on utilise le terme азербайджанского, c'est-à-dire azerbaydjanskiy (azerbaïdjanais).
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Jusqu'en 1929, l'azéri s'écrivait avec l'alphabet arabo-persan (voir la figure à gauche). Sous l'influence de la Turquie et de Mustafa Kemal Atatürk, l'azéri se mit à l'alphabet latin, comme le turc. |
Enfin, à partir de 1939, par la Loi de la République socialiste soviétique de l'Azerbaïdjan sur le transfert de langue écrite de l'Azerbaïdjan du latin à l'alphabet russe (du 11 juillet 1939), le Présidium du Soviet suprême d'Azerbaïdjan adopta l'alphabet cyrillique dans le but de marquer la séparation des Azéris soviétiques et des Turcs.
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Aujourd'hui,
l'azéri a encore changé d'alphabet. Par la Loi de la République azerbaïdjanaise sur le renouvellement de l'alphabet de l'Azerbaïdjan
par
l'alphabet latin, du 25 décembre 1991, la loi de 1939 a été abrogée et
l'azéri est revenu à l'alphabet latin (32 lettres): Remarques:
On peut se demander si l'azéri est assez semblable au turc. Malgré les différences entre les deux langues, la plupart des Turcs et des Azéris peuvent se comprendre en prenant certaines précautions. |
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Depuis le XIXe siècle, beaucoup de mots russes ont pénétré dans la langue azérie, sans parler des influences grammaticales, L'azéri compte aussi un certain nombre de mots persans. Soulignons que 38 % des Azerbaïdjanais seraient bilingues et parlent le russe couramment.
2.2 Les communautés minoritaires
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Comme l'Azerbaïdjan est un pays multiethnique, on compte plusieurs minorités.
Trois communautés semblent plus importantes que les autres: les Lezguiens, les
Russes et les Arméniens. Les Lezguiens sont les plus nombreux (178 000 individus): ils sont installés essentiellement dans les régions du nord de l’Azerbaïdjan (districts de Khachmas et Gusar). Leur langue, le lezguien, est rattachée à la famille caucasienne du groupe nakho-daguestanien (Nord-Est). Suivent les Russes (141 700 personnes) localisés dans les centres industriels de l'Est (Bakou, Sumgayit) et dans un certain nombre de districts ruraux (Ismayilly et Gedabey). Quant aux Arméniens (120 700 personnes), ils sont regroupés massivement dans le Haut-Karabakh, mais plusieurs vivent en dehors de cette région, notamment, dans la région de Bakou où se sont installés de 30 000 à 50 000 Arméniens. Les Arméniens parlent l'arménien une langue indo-européenne du groupe arménien. |
Parmi les autres minorités, il faut mentionner les langues de la famille altaïque telles que le turc (43 400 locuteurs) parlé surtout dans le nord et le sud du pays, et le tatar (30 000 locuteurs) utilisé surtout dans les principales villes d’Azerbaïdjan (dont Bakou). Ajoutons aussi les langues indo-européennes comme l'ukrainien (29 000 locuteurs) surtout parlé à Bakou, le talish (76 800 locuteurs près de la frontière iranienne dans les districts de Lenkara, Astara, Massaly et Lerik) du groupe indo-iranien, le kurde (13 100 locuteurs parlant la variété kurmanji dans les régions de Latchine, Kalbadjar, Gubaldy et Zangelan, particulièrement dans la bande de terre ou «couloir» entre le Haut-Karabakh et la frontière arménienne) et le tat (10 900 locuteurs) employé surtout dans les régions de Khachmaz et Davachi, le long de la frontière russe. Enfin, on compte quelques langues caucasiennes dont l'avar (50 900 locuteurs dans le Nord, surtout dans les districts de Zakataly et de Balakan), le tsakhour (15 900 locuteurs dans le Nord, surtout dans la région de Zakataly), le géorgien (14 900 locuteurs implantées essentiellement dans la région de Gakh), l'oudi (4100 locuteurs dans les régions de Gabala et d’Oguz).
On compte également une petite communauté de Juifs (8900 personnes) réparties entre les Juifs d’Europe (Ashkénazes), les Juifs montagnards et les Juifs géorgiens; ils vivent essentiellement dans la région de Guba et la ville de Bakou; ils parlent surtout l’hébreu, mais aussi le russe, l’hébreu de Géorgie et le géorgien. La plupart des minorités sont bilingues et parlent, outre leur langue maternelle, le russe, l'azéri ou le farsi. Les Russes parlent l'azéri dans une proportion d'environ 32 %, mais les Arméniens du Haut-Karabagh connaissent plutôt le russe que l'azéri.
L'Azerbaïdjan compte aussi plusieurs autres petites nationalités. Par
exemple, les Khinalugh, Ingiloy, Haput, Dzhek et Kiriz sont des nationalités qui
n'existent qu'en Azerbaïdjan et leurs populations n'excèdent pas 3000 à 5000
individus. De plus, le Département pour la recherche sur les minorités
nationales de l'Institut des relations nationales effectue des études
ethnographiques au sujet de ces peuples. Il a publié des monographies sur les
Oudines, les Ingiloy, les Talysh et les Juifs.
AVIS: Certaines parties historiques de
cette section sont tirées presque intégralement de l'Encyclopédie Microsoft
Encarta 2004, art. «Azerbaïdjan». Ce qu'on a l'habitude d'appeler l'«Azerbaïdjan historique»
correspond à une région d’Asie occidentale englobant l'actuelle République
azerbaïdjanaise et les provinces du nord-ouest de l’Iran. Après avoir
fait partie du royaume d’Urartu, l'Azerbaïdjan fut intégré au VIIIe siècle
avant notre ère à
l’empire des Mèdes, puis à l’Empire perse des Achéménides. Comme
c'était la patrie de Zoroastre (VIe
siècle avant notre ère), la région devint un haut lieu de la religion mazdéenne. Elle
fut conquise par les Arabes et la population fut convertie à
l’islam vers la fin du VIIe siècle de notre ère. La population
parlait des variétés de persan, rarement l'arabe. Au XIe siècle, le pays fut envahi par les Turcs oghouz.
Dominée par la dynastie des Seldjoukides, la population devint turcophone.
La langue et l’origine turques communes, ainsi que la religion islamique des
populations locales, ont finalement conduit à la consolidation du peuple
azéri, laquelle s’achève aux XIe et
XIIe siècles. C’est
essentiellement à cette période que fleurit la culture azérie avec des
philosophes, des architectes, des poètes et des scientifiques de renommée
mondiale. Conquis par les Mongols au XIIIe
siècle, l’Azerbaïdjan connut à partir du
XVe
siècle une longue période d’instabilité. Disputée pendant deux cents ans entre
les Perses et les Turcs, la région connut une nouvelle prospérité sous la
dynastie des Safavides (XVIIe siècle). C’est en 1501 qu’apparut
l’État des Safavides (ainsi nommé d’après la dynastie régnante, avec Tabriz
pour capitale) qui, au début du XVIe siècle, pour la première fois
dans l’histoire de l’Azerbaïdjan, unifia tous les territoires du pays en un
seul État, celui des Safavides. Ce territoire se développa comme un «État
azéri», le pouvoir politique étant aux mains de la noblesse azéri, l'armée
étant constituée d’unités issues des plus grandes tribus azéris. De plus,
l’azéri devint la langue officielle de l’État des Safavides. La fin de la domination safavide
au XVIIe siècle provoqua
un émiettement du territoire en principautés, khanats et sultanats. La capitale
de l’État des Safavides fut transférée à Ispahan, en Iran (Perse). Le shah de
Perse gouverna le pays en s’appuyant sur la noblesse perse. C'est pourquoi les
Azéris empruntèrent beaucoup aux spécificités de la Perse. Un peu avant le milieu du XVIIIe siècle, l’affaiblissement du
pouvoir du shah se traduisit par l’apparition sur le territoire de
l’Azerbaïdjan d’un certain nombre de khanats indépendants: Ardabil, Bakou,
Ganja, Derbent, Kavad, Karabakh, Garadag, Erevan, Guba, Maku, Maraga,
Nakhitchevan, Salyan, Ourmia, Khoy, Tabriz, Talysh, Sarab, Shirvan et Sheki.
En plus de ces khanats, apparurent un certain nombre de sultanats:
Gazakh-Shamsadil, Borchali, Ilisu, Arash, Gutgashen et Gabali. Les musulmans
d’Azerbaïdjan et la population albano-chrétienne du Haut-Karabagh faisaient
partie du khanat azéri du Karabakh qui regroupait alors les territoires
compris entre les fleuves Kura et Arak.
2 Données historiques
A la suite des luttes de la population locale contre le califat au
IXe
siècle, plusieurs nouveaux États (Khanats) apparurent en Azerbaïdjan, dont le plus
durable sera l’État de Shirvan, avec pour capitale Shamakhi, où régna la
dynastie Shirvanshah; cet État a existé jusqu’au XVIe
siècle et
joua un rôle important dans l’histoire de l’Azerbaïdjan médiéval. Au cours du IXe, et jusqu’au XIe
siècle, les États indépendants des
Sajides, Salarides, Ravvadides (capitale: Tabriz) et l’État des Sheddadides
(capitale: Ganja) furent constitués et se développèrent sur le territoire de
l’Azerbaïdjan.
3.1 Les dominations russe et soviétique
En raison de sa situation géographique décisive, l’Azerbaïdjan devint le
théâtre de luttes entre l’Iran, la Russie et l’Empire ottoman.
La conquête russe commença au début du XIXe siècle. À la suite de plusieurs
guerres, l’Iran céda à la Russie, lors des traités de Gulistan (1813) et de
Tourkmantchaï (1828), ses provinces situées au nord de l’Araxe.
Aux termes du traité de
Tourkmantchaï (1828) et du traité de paix conclu à Edirne en 1829, les Arméniens qui, à cette époque, vivaient en Iran et dans l’Empire ottoman, ont été contraints de s'installer en Azerbaïdjan, essentiellement sur le territoire des khanats de Nakhitchevan, Erevan et Karabakh. Entre 1828 et 1830, on estime que 40 000 Arméniens d’Iran et 84 000 Arméniens de Turquie s'installèrent dans la région transcaucasienne; ils occupèrent les «meilleures terres des provinces de Yelisavetpol (Karabagh) et de Erevan» où la population arménienne était insignifiante à l’époque. Le gouvernement russe attribua 200 000 dessiatines (mesure de superficie) de terres aux Arméniens. En réalité, la politique russe visait à transformer la structure démographique de l’Azerbaïdjan au profit des Arméniens et aux dépens des Azéris. Après avoir envahi la partie est de la Turquie en 1854, les Russes déportèrent 100 000 Arméniens vers le Caucase où ces derniers s'installèrent à la place des Azéris contraints à l’émigration ou à la mort.Pendant la guerre de 1877-1878, la Russie s’empara de la région du Kars-Ardagan, expulsa les musulmans et y installa 70 000 Arméniens, puis environ 60 000 autres à l’occasion des événements de 1895-1896. Jusqu'en 1920, on estime que, au total, 560 000 Arméniens se seraient installés en Azerbaïdjan. En réalité, les Arméniens qui vivent au Haut-Karabagh sont les descendants de la population locale albanaise «arménianisée». L’historien arménien B. Ishkhanian écrit ceci à ce propos: «Les Arméniens qui vivaient au Haut-Karabagh sont en partie des aborigènes, les descendants d’anciens Albanais… et, en partie, des réfugiés de Turquie et d’Iran pour lesquels le territoire de l’Azerbaïdjan est devenu un refuge contre les persécutions». On comprendra que, aux yeux de la plupart des Azéris, l'Arménien est apparu comme le symbole d'un capitalisme étranger exploiteur. C'est pourquoi l'Arménien sera la victime privilégiée de pogroms, en particulier en 1905.
En 1918, l’Azerbaïdjan se proclama république indépendante. L’«azérisme» devint la doctrine officielle du développement national de la République démocratique d’Azerbaïdjan (ADR), dont les fondements reposaient également sur le principe du modernisme; c’est ainsi que l’«islamisme» et le «turquisme» symbolisèrent le «combat du peuple azéri» pour la préservation et l’appartenance à la civilisation musulmane et à la spécificité culturelle et ethnique turque. Mais le pays fut occupé par l’Armée rouge et rattaché à l’Union soviétique en 1920. Selon le télégramme adressé par le quartier général du front pour le Caucase du commandement de la 11e Armée rouge, le 1er mai 1920, il fut donné ordre aux troupes de l’URSS de «s’emparer de la totalité du territoire de l’Azerbaïdjan tel que défini par les frontières de l’ancien empire russe et sans passer la frontière avec l’État perse».
Pendant l’ère soviétique, les territoires du Zangezur, de Goycha, ainsi que d’une partie du Nakhitchévan et d’autres régions, ont été soustraits à l’Azerbaïdjan au profit de l’Arménie voisine. De ce fait, le territoire de l’Azerbaïdjan qui, pendant la période de l’ADR en 1920, comportait 114 000 km², s’est trouvé réduit à 86 600 km² pendant la période 1920-1991. En outre, le 7 juillet 1923, sur l’initiative du pouvoir bolchevique, la Région autonome du Haut-Karabakh, où dominait la population arménienne, a été soustraite du Karabakh historique dont la population était majoritairement azérie. Autrement dit, la Région autonome du Haut-Karabagh fut créée par les autorités soviétiques en dépit de l'opposition de Bakou. Cette décision unilatérale constitua la première étape d’une politique délibérée qui visait à détacher le Haut-Karabagh de l’Azerbaïdjan. En 1936, l'Azerbaïdjan devint une république socialiste soviétique fédérée de l’URSS: la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan. Dès lors, son histoire se confondit avec celle de l’URSS.
Au point de vue économique, l'Azerbaïdjan est vite apparu comme un simple satellite de l’économie soviétique fournisseur de pétrole, de matières premières et de produits agricoles. Dans le domaine culturel, le changement de l'alphabet latin pour l'alphabet cyrillique entraîna une diminution des liens avec les «sources écrites de la culture spirituelle du peuple azéri». Si les Azéris se considéraient comme des «Turcs» et furent qualifiés de «Turcs» dans les documents officiels, le pouvoir soviétique tenta de couper tous les liens qui unissaient l'Azerbaïdjan à la Turquie. La russification apparut dès lors comme le seul moyen d'accéder à la promotion sociale et aux «connaissances». Finalement, l'identité azérie a supplanté l'identité turque. Mais il faudra le choc provoqué par le conflit du Haut-Karabakh pour qu'elle voie le jour. Par ailleurs, au cours des deux siècles passés sous le contrôle des empires russe et soviétique, il n'y a eu aucune politique cohérente au sujet des minorités . Au contraire, les politiques impériales firent tout pour favoriser les hostilités nationales et opposer les différents peuples entre eux.
Le 20 février 1988, la Région autonome du Haut-Karabagh, l'enclave arménienne en territoire azerbaïdjanais, profita du climat de réformes instauré par Mikhaïl Gorbatchev pour réclamer son rattachement à l’Arménie, tandis que de nombreux Azéris fuyaient l'Arménie. Dans cette région autonome de l'Azerbaïdjan, on dénombrait, en 1988-1989, pas moins de 136 établissements secondaires où l’arménien était la langue d’enseignement (16 120 élèves) et 13 écoles internationales (7045 élèves). Durant cette même période, il y avait en Azerbaïdjan 181 établissements secondaires Arméniens (20 712 élèves) et 29 établissements internationaux (12 766 élèves). Dans la seule ville de Khankendi (anciennement Stepanakert), une école normale accueillait 2130 élèves (essentiellement des Arméniens) qui suivaient des enseignements en azéri, en arménien et en russe. Par ailleurs, des douzaines de collèges d’enseignement technique et d’établissements professionnels fonctionnaient dans la région autonome du Haut-Karabakh (RAHK) en langues arménienne et russe.
D’importantes
manifestations se déroulèrent en 1988 à Stepanakert (aujourd'hui Khankendi), la capitale du Haut-Karabagh, et en
Arménie. Ce fut l’un des détonateurs de la «flambée nationale» en URSS. En
réaction, la ville de Sumqayit, un important centre industriel proche de Bakou,
devint
le lieu d’un véritable pogrom. Plusieurs dizaines d’Arméniens furent assassinés et
des centaines d’autres blessés. En janvier 1990, quelques milliers d’Azéris
réfugiés d’Arménie firent subir un nouveau pogrom à l’importante communauté
arménienne de Bakou (environ 100 000 personnes). Une semaine après, l’armée
soviétique donna l’assaut à la ville de Bakou, perpétrant un véritable massacre
dans la population civile. Au printemps 1991, les troupes soviétiques entreprirent de
«vider» les villages arméniens situés sur le territoire de
l’Azerbaïdjan.
3.2 L’Azerbaïdjan indépendant
L’effondrement du bloc communiste conduisit l’Azerbaïdjan à proclamer son
indépendance le 30 août 1991. Le pays adhéra à l’Organisation des Nations unies
(ONU) en 1992. Les premières années de l’indépendance se caractérisèrent par un
grand désarroi politique. En juin 1992, Aboulfazl Eltchibey, le chef du Front
populaire azéri (FPA), fut élu président au suffrage universel avec 55 %
des voix. À la suite d'une courte guerre civile, il fut destitué en juin 1993 et remplacé provisoirement par l’ancien
dirigeant soviétique Gueïdar Aliev, chef du Parti communiste. La destitution d’Eltchibey
fut «acceptée» par référendum en octobre 1993 et Aliev fut élu président avec 98,8
% des suffrages lors d’un scrutin incontesté.
Le conflit avec l’Arménie fut marqué en 1993 par une vaste offensive arménienne.
Celle-ci aboutit à l’occupation par les troupes arméniennes de la partie
occidentale de l’Azerbaïdjan séparant l’Arménie du Haut-Karabagh. Cette défaite
engendra d’importants problèmes politiques. Pour sa part, le Conseil de
sécurité des Nations unies condamna l'occupation du territoire de la
République azerbaïdjanaise dans ses résolutions nos 822 (30 avril
1993), 853 (29 juillet 1993) 874 (14 octobre 1994) et 884 (11 novembre 1993).
Un cessez-le-feu entra en vigueur au
printemps 1994, tandis que le président Aliev paraissait décidé à mener à leur terme
les négociations engagées avec le gouvernement arménien. Après l’échec d’une
tentative de putsch en octobre 1994, l’état d’urgence fut instauré. En mars
1995, une nouvelle tentative de coup d’État échoua. L’état d’urgence
fut
prolongé et tous les partis d’opposition furent interdits.
En novembre 1995,
eurent
lieu de nouvelles élections législatives et un référendum constitutionnel.
Entachés de nombreuses irrégularités selon l’OSCE (Organisation pour la
sécurité et la coopération en Europe), ceux-ci donnèrent une écrasante
victoire au président Gueïdar Aliev. Les négociations sur la «république
autoproclamée du Haut-Karabagh» commencèrent en novembre 1995, mais butèrent sur le
problème du «couloir» de Latchine qui sépare le Haut-Karabagh de l’Arménie.
Cependant, même si les négociations sur ce problème demeuraient dans l’impasse
après le rejet, en 1997, du plan de paix de l’OSCE par les dirigeants du
Haut-Karabagh, l’Azerbaïdjan vit sa position internationale se renforcer
considérablement, en raison de ses très importantes réserves pétrolières
situées dans ses eaux territoriales de la mer Caspienne. Cette situation, qui
lui vaut le surnom de «nouveau Koweït», lui permit de resserrer ses liens avec
la Turquie et de se rapprocher des États-Unis, avec lesquels furent signés
d’importants contrats (près de 10 milliards de dollars US) en août 1997. Après avoir
signé un pacte d’amitié et de coopération économique et pétrolière avec
l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, la Russie accepta, en avril 1998, de partager
les réserves pétrolières de la mer Caspienne avec l’Azerbaïdjan et le
Kazakhstan.
Depuis 1998, l'Arménie expulsa des milliers d'Azéris de la région autonome du
Haut-Karabakh, ce que les Azéris appelèrent «une véritable épuration ethnique
de toute population non arménienne».
En octobre 1998, Gueïdar Aliev fut réélu avec 76,1 % des suffrages, lors
d’un scrutin boycotté par les partis d’opposition. En juin 1999, des
affrontements reprirent entre les forces azéries et les Arméniens du Haut-Karabagh.
En décembre 1998, réunis à Istanbul au sommet de l’OSCE, l’Azerbaïdjan, le
Kazakhstan, la Géorgie et la Turquie signaient un accord pour la construction d’un
oléoduc stratégique reliant Bakou (Azerbaïdjan) à Ceyhan (Turquie). Son
ouverture, qui était prévue pour 2004, devait permettre de réduire la dépendance de
l’Azerbaïdjan à l’égard de la Russie.
Le président Heydar Aliyev, qui a dirigé d'une mai de fer l'Azerbaïdjan de
1993 à 2003, a fait élire fils Ilham Aliyev à la présidence lors des élections
de 2003 avec près de 77 % des voix. Ilham Aliyev a été réélu avec 89% des
voix en octobre 2008, en l’absence d’une opposition qui avait choisi de
boycotter le scrutin. Aussitôt après cette élection, l'entourage du président a
commencé à s’interroger sur la continuité du pouvoir dans la famille Aliyev qui
dirige l’Azerbaïdjan depuis 1969. L'Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE) a considéré cette élection comme «non
démocratique».
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