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GéorgieSak'art'velos Respublika |
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La république de Géorgie (en
géorgien: Sak'art'velos Respublika ou simplement Sak'art'velo) est un pays situé entre la
mer Noire à l'ouest et la mer Caspienne à l'est, dans la région
Transcaucasienne. La Géorgie est limitée au nord par plusieurs «sujets» de
la fédération de Russie (Tchérkessie, Balkarie, Ossétie du Nord, Ingouchie,
Tchétchénie et Daghestan), au sud-est par l'Azerbaïdjan et l'Arménie et au
sud par la Turquie (voir la carte de la
Géorgie). Toute la frontière nord est délimitée par la
haute chaîne montagneuse que forment les montagnes du Grand Caucase. Du point de vue géographique, la Géorgie ne fait partie ni de l’Europe ni de l’Asie (mais il est d'usage de situer la Géorgie en Asie); du point de vue culturelle, l’influence n’est ni occidentale ni orientale, le pays ayant sa propre langue (caucasienne) et ses propres coutumes et traditions. Du point de vue politique, la Géorgie fait partie à la fois du Conseil de l'Europe et de la Communauté des États indépendants (CEI). La capitale de la République est Tbilissi. |
D'une superficie totale de 69 700 km² (2,2 fois la Belgique), la république de Géorgie compte trois territoires autonomes — voir le document Territoires autonomes de Géorgie dans ce site —, dont deux républiques autonomes, l’Abkhazie (8600 km²) au nord-ouest près de la mer Noire, et l’Adjarie (3400 km²) au sud-est et également près de la mer Noire, ainsi qu'une région autonome (un oblast), l’Ossétie du Sud (3900 km²), dans le centre-nord du pays. Dans la première moitié des années quatre-vingt-dix, la Géorgie a connu deux conflits armés: le premier, entre 1990 et 1992, a opposé les autorités géorgiennes aux Ossètes suite à la déclaration d'indépendance de l'Ossétie du Sud en 1990; le second, entre 1992 et 1993, a vu s'affronter les autorités géorgiennes et les sécessionnistes abkhazes. En août 2008, les troupes russes ont pénétré en Ossétie du Sud afin de soutenir la minorités russophone de cette région.
Administrativement, la Géorgie est divisée en 65 districts, mais on compte une douzaine de «grandes régions» (voir la carte des régions). La capitale, Tbilissi, constitue le plus grand centre urbain avec 1,4 million d’habitants (1996) et beaucoup de diversité ethnique. La deuxième ville du pays, Koutaïssi, située sur le cours supérieur du Rioni, compte 236 000 habitants (estim. 1991). Les autres centres urbains de plus de 100 000 habitants sont Batoumi (en Adjarie) et Soukhoumi (en Abkhazie), les capitales respectives de l’Adjarie et de l’Abkhazie, ainsi que Roustavi, une ville située au sud-est de Tbilissi.
La Géorgie comptait en 2001 une population estimée à 5,5 millions d'habitants. Le pays comprend une centaine de groupes ethniques. À l'intérieur de ses frontières, elle possède la République autonome d'Adjarie (70 000 habitants), la République autonome d'Abkhazie (120 000 habitants) et la Région autonome d'Ossétie du Sud (10 000 habitants). Cela dit, la Loi sur l'autonomie de 1997 a accordé à plusieurs régions une certaine autonomie administrative.
Les Géorgiens sont le plus important de ces groupes, car ils représentent 70 % de la population. Il sont suivis des Arméniens (8,1%), des Russes (6,3 %), des Azéris (5,7 %), des Ossètes (3 %), des Abkhazes (1,8 %) et plusieurs autres (env. 5 %), dont des Grecs, des Ukrainiens, des Allemands, des Polonais, des Kurdes, des Biélorusses, des Azerbaïdjanais, des Tchétchènes, des Turcs, des Assyriens, des Inghilois, des Imérétiens, des Gouriens, des Khevsours, des Pchavs, des Mingréliens, des Lazes (ou Adjars), des Svanes, des Ouroums, des Tsiganes, etc.
GÉORGIE
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Nombre des nationalités |
Pourcentage total |
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| 1979 | 1989 | 1979 | 1989 | |
| Géorgiens | 3 33 011 | 3 787 393 | 68,6 % | 70,1 % |
| Arméniens | 448 000 | 437 211 | 9,0 % | 8,1 % |
| Russes | 371 608 | 341 172 | 7,4 % | 6,3 % |
| Azerbaïjanais (Azéris) | 255 678 | 307 556 | 5,1 % | 5,7 % |
| Ossètes | 160 497 | 164 055 | 3,2 % | 3,0 % |
| Grecs | 95 105 | 100 324 | 1,9 % | 1,8 % |
| Abkhazes | 85 285 | 95 853 | 1,7 % | 1,8 % |
| Ukrainiens | 45 036 | 52 443 | 0,9 % | 1,0 % |
| Kurdes | 25 688 | 93 391 | 0,5 % | 0,6 % |
| Juifs géorgiens | 7 974 | 14 314 | 0,2 % | 0,3 % |
| Juifs russes | 20 107 | 10 312 | 0,4 % | 0,2 % |
| Biélorusses | 5 702 | 8 595 | 0,1 % | 0,1 % |
| Assyriens | 5 286 | 6 206 | 0,1 % | 0,1 % |
| Tatars | 5 089 | 4 099 | 0,1 % | 0,1 % |
| Autres nationalités | 29 116 | 37 977 | 0,6 % | 0,7 % |
| Total population | 4 993 182 | 5 400 842 | 100 % | 100 % |
Du côté des langues, on peut répartir la population de la façon suivante, mais le pourcentage des ethnies ne correspond pas nécessairement à celui des locuteurs des langues: 71 % de locuteurs parlant le géorgien, 9 % le russe, 7 % l'arménien, 6 % l'azéri, 3 % l'ossète, 1,8 % l'abkhaze, etc. Le géorgien, l'abkhaze, le mingrélien, le laze, le bats et le svane sont des langues de la famille caucasienne. Le russe (groupe slave), l'arménien (isolat linguistique), le kurde (groupe indo-iranien) et l'ossète (groupe indo-iranien) appartiennent à la famille indo-européenne, alors que l'azéri (azerbaïdjanais) fait partie de la famille altaïque et l'assyrien, de la famille chamito-sémitique.
2.1 La langue géorgienne
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Les Géorgiens de souche s'appellent eux-mêmes Kartveli
(«habitants de la Kartlie»)
et nomment leur territoire Sakhartvelo, c’est-à-dire le «pays des
Kartveli» (Géorgiens), celui de l’unification politique, culturelle et
religieuse du début du XIe siècle. Pour les Géorgiens, ces
appellations remontent au héros mythique Kartlos auquel la légende aurait
trouvé une origine biblique: d’après le livre de la Genèse, Kartlos
serait le fils de Thorgama, petit fils de Japhet, lui-même fils de Noé. Les
Arabes et les Perses désignent les Géorgiens par Kourdj ou Gourdj,
d’où dérive Gruzia, le nom russe de la Géorgie. La langue géorgienne appartient au groupe des langues caucasiennes du Sud qui ne se rattachent à aucun des autres groupes linguistiques, ni indo-européens, ni altaïques. Elle ne s'apparente qu'à quelques langues caucasiennes comme le mingrélien, le laze et le svane. De façon beaucoup plus lointaine, on peut citer parmi les autres langues caucasiennes le tcherkesse, l'abkhaze, l'avar, le lesghien, le tabassaran, le lack, le tchétchène et l'ingouche. Le géorgien aussi parlé dans certaines parties de l'Azerbaïdjan et du nord de la Turquie, ainsi que dans une quinzaine de villages de la région d'Ispahan en Iran. Le géorgien possède son propre alphabet dit mkhedruli, qui comporte 33 lettres (28 consonnes et cinq voyelles) et s'écrit de gauche à droite. Cette écriture remonterait au IIIe siècle, où elle aurait été créée par Pharnavaz, le premier roi du pays, à partir du phénicien, puis du grec. Les alphabets arménien et géorgien sont voisins et vraisemblablement apparentés; la légende leur a donné un «père» commun: saint Mesrob. Toutefois, les spécialistes ne s'entendent pas, et l'origine de l'alphabet fait l'objet de controverses: certains croient qu'il est issu de l’alphabet grec, d'autres, de l'alphabet persan. |
Au point de vue phonétique, notons l'existence de deux [r], l'un «grasseyé», l'autre, roulé. La langue géorgienne est également réputée pour posséder une grammaire complexe. Outre un système de déclinaisons de sept cas (nominatif, narratif, datif, génitif, ablatif, circonstanciel et vocatif), le géorgien a recours à un système verbal particulier, dont le caractère «pluripersonnel». Contrairement au français où la conjugaison des verbes dépend du seul sujet (j'aime, il aime, nous aimons, etc.), le géorgien, à l'instar du basque, possède une conjugaison où interviennent à la fois le sujet et le complément du verbe. Si l'on ajoute que la racine verbale peut être différente selon qu'il s'agit du «perfectif» ou de l'«imperfectif», le système se révèle d'une certaine complexité, ce qui demande un «bon entraînement» pour s'y retrouver. Soulignons aussi que le géorgien utilise un système de numérotation vicésimale, c'est-à-dire un multiple de 20. Malgré l'originalité profonde du géorgien, on y retrouve des mots empruntés au turc, au persan, à l'arabe, au russe et, pour le vocabulaire technique, à l'anglais.
Le géorgien contemporain a donné naissance à plusieurs langues voisines, telles que la langue de la province montagneuse de Svaneti, le svane (svanuri); la langue de la province de Samegrelo, le mingrélien (megruli), et quelques autres qui, avec la plus répandue d’entre elles, le géorgien moderne, forment la famille des langues caucasiennes. Le géorgien connaît également, selon les régions, des variantes dialectales: l'imérétien, le racha-lechkhoum, le gourien, l'adjhar (ou acharien), l'imérkhev kartlien, le kakhétien, l'ingilo, le touch, le khevsour (kheysour), le mokhev, le pchav, le mtioul, le ferejdien et le meskhour-javakhouri.
3.2 Les minorités linguistiques
Les plus importantes minorités linguistiques parlent l'arménien, le russe, l'azéri, l'ossète, l'abkhaze, le grec, le kurde et le turc. Soulignons que les combats qui ont fait rage en Ossétie du Sud en 1991, suivis par le conflit en Abkhazie en 1992 et 1993, ont entraîné des déplacements massifs (au moins 270 000 personnes) de Géorgiens, d’Ossètes et d’Abkhazes, ainsi que de Russes, d’Arméniens et d’autres minorités ethniques.
Les Arméniens (langue indo-européenne) constituent la plus importante minorité ethnique de Géorgie avec une population de quelque 450 000 individus. Ils sont géographiquement assez fortement concentrés à Tbilissi, où vivent 200 000 d'entre eux, ainsi que dans la région de Javakheti (Akhalkalaki et Ninotsminda) près de la frontière arménienne. Dans cette région du Sud, se trouvent les descendants des réfugiés arméniens d'Anatolie occidentale venus pendant les guerres russo-turques (XIXe siècle) et également avant la Première Guerre mondiale. Par ailleurs, quelque 100 000 Arméniens vivaient en Abkhazie avant le conflit qui a éclaté après l'indépendance de la Géorgie. De petites communautés arméniennes se dispersées dans les plaines géorgiennes.
Les Russes (langue slave) forment le second groupe groupe minoritaire (372 000), mais eux-mêmes ne se considèrent pas comme une minorité. Ils sont répartis un peu partout dans les grands centres urbains industriels, notamment dans les régions de Samtskhe-Javakheti (ou Meskhétie au sud), de l'Abkhazie au nord-ouest, de la Kakhétie au sud-est, ainsi que dans les villes de Tbilissi et de Rustavi. Contrairement à certaines autres communautés, les Russes ne parlent pas le géorgien, ce qui leur cause de nombreux problèmes depuis l'indépendance. Beaucoup ont quitté le pays pour la Russie, principalement à Moscou et dans les régions centrales du pays.
Les 300 000 Azéris ou Azerbaïdjanais (langue altaïque) résident surtout au sud de la Géorgie, principalement dans les zones de Marneuli, Bolnisi, Dmanisi et Gardabani, où ils forment des majorités locales, mais aussi dans la région de Tsalka (un peu plus au nord), la ville de Rustavi, ainsi que dans d'autres agglomérations de la Kakhétie. La plupart des Azéris sont de confession musulmane de rite chiite (peu de sunnites).
La majorité des 165 000 Ossètes (langue indo-iranienne) de Géorgie ont vécu, jusqu'à récemment, à l'extérieur de l'ancienne région autonome d'Ossétie qui avait été créée en avril 1922 après l'invasion soviétique. Aujourd'hui, la plupart des Ossètes habitent dans la république autonome d'Ossétie du Sud, précisément dans la région de Tskhinvali, bien que d'autres vivent à Tbilissi, Gori, Khashuri et à Rustavi. Les Ossètes sont parmi les derniers descendants des grands peuples nomades d'origine iranienne, comme les Squithiens, les Sarmats et les Alans. Les Ossètes de Géorgie ont beaucoup fait parler d'eux, depuis qu'ils se sont soulevés contre l'État géorgien afin que leur république autonome (Ossétie du Sud) soit être réunie à l'Ossétie du Nord au sein de la fédération de Russie. D'ailleurs, à l'heure actuelle, on assiste à un fort processus de migration causé par la guerre civile vers l'Ossétie du Nord en Russie. Des Tchétchènes et des Avars habitent près de la frontière avec le Daghestan et la Tchétchénie.
On compte approximativement quelque 100 000 Abkhazes (langue caucasienne) en Géorgie. La plupart d'entre eux habitent l'Abkahzie, la région autonome qui a autoproclamé son indépendance. Malgré la répression dont ils ont été victimes sous le régime soviétique, ils ont su préserver leur culture caucasienne traditionnelle et leur héritage historique. Certains sont musulmans, d'autres chrétiens. À l'exemple des Ossètes, les Abkhazes réclament leur rattachement à la fédération de Russie, mais ils sont minoritaires dans leur propre république autonome.
Les 100 000 Grecs de Géorgie sont d'origines diverses, bien qu'ils soient presque tous de confession grecque orthodoxe. On distingue des «Grecs turcophones» et des «Grecs hellénophones», notamment dans les régions du sud-ouest de Tbilissi (à Tsalka et à Tetritskaro), ainsi que dans d'autres plus grandes villes, et autour des rives de la mer Noire en Géorgie occidentale, principalement en Abkhazie et Adjarie. La plupart d'entre eux ont immigré d'Anatolie au XIXe siècle. La Fédération des communautés grecques compte 23 communautés dans toutes les régions de la Géorgie.
Le nombre des Ukrainiens en Géorgie était de 52 000 lors du recensement de 1989. Aujourd'hui, ils pourraient être d'environ 41 000. Ils sont principalement concentrés dans la capitale Tbilissi (env. 16 000), en Abkhazie (env. 11 000) et en Adjarie (env. 6000). Les premiers Ukrainiens sont arrivé en Géorgie au cours du XIXe siècle et se sont installés près de la mer Noire et dans la capitale. Depuis 1990, beaucoup d'Ukrainiens ont quitté l'Abkhazie en raison du conflit.
La plupart des 33 000 Kurdes de Géorgie sont des musulmans de confession yézidie. Ils parlent généralement la variété du kurde dite kurmanji. Ils sont les descendants de réfugiés ayant échappé la répression religieuse sous l'Empire ottoman. Ils vivent principalement à Tbilissi et à Rustavi. Bien que les Kurdes soient urbanisés et bien intégrés socialement, ils ont su préserver leur identité ethnique, leur langue et leurs traditions culturelles. Comme les Kurdes (et les Assyriens) n'ont pas d'État voisin ou de patrie abritant leurs frères, ils se trouvent en Géorgie dans une situation moins favorable que d'autres minorités.
On compte aussi quelque 14 000 Assyriens (juste 6000, selon le gouvernement), dont seulement 3000 parleraient encore le néo-araméen (langue chamito-sémitique). Les autres parlent plutôt le russe comme langue maternelle, sinon le géorgien. La plupart des locuteurs de l'assyrien sont des gens assez âgés. Les Assyriens ont employé deux langues au cours de leur histoire: l'assyrien antique, appelé akkadien, et l'assyrien moderne, soit le néo-araméen soit le néo-syriaque. L'akkadien a été écrit avec un système d'écriture cunéiforme vers 750 avant notre ère. Puis l'araméen a fini par supplanter l'assyrien antique en raison de la percée technologique de l'alphabet araméen dans l'écrit. L'araméen a été la deuxième langue officielle de l'Empire assyrien en 752 avant notre ère. On en trouve non seulement dans les régions regroupant la Géorgie, l'Arménie, la Turquie, la Grèce et une partie de la Russie, mais aussi au Liban, en Syrie et en Irak.
La question des Turcs meskhètes appartient à l'histoire soviétique. En 1944, environ 100 000 membres de la population indigène du sud de la Géorgie (la région Samtske-Javakheti) furent déportés par Staline à la suite d'une répression politique. Les Meskhètes sont maintenant concentrés principalement en Azerbaïdjan et dans le nord du Caucase (dans les régions de Stavropol et de Krasnodar en Russie). Les Turcs meskhètes tentent toujours de retourner dans leur patrie, mais la Géorgie est à peine capable dans les conditions présentes de rapatrier un si grand nombre de personnes. Même si le gouvernement géorgien a officiellement reconnu ce droit par un décret du président Chevardnadzé, seuls moins de 1000 Meskhètes ont été rapatriés et ont pu obtenir la nationalité géorgienne. En fait, le rapatriement est freiné par des obstacles bureaucratiques ainsi que par la résistance de certaines municipalités. Ceux qui n'ont pas la citoyenneté géorgienne risquent d’être contraints de partir, car ils sont considérés comme des «immigrants illégaux». Les nouveaux rapatriés éprouvent généralement des difficultés à s'intégrer en raison de leur maîtrise insuffisante de la langue géorgienne, des problèmes pour reprendre leurs noms de famille d'origine ou pour obtenir la nationalité géorgienne. La plupart des Turcs meskhètes parlent le russe et le turc, peu connaissent le géorgien.
Il est difficile de présenter des données statistiques exactes concernant le nombre de Polonais en Géorgie, en raison du manque d'informations démographiques. Lors du dernier recensement, beaucoup de Polonais auraient adopté une autre nationalité dans l'émission de leurs passeport. On estime actuellement à 2000 le nombre des Polonais en Géorgie. Tbilissi demeure toujours le centre principal des résidents polonais, mais un nombre non négligeable vit à Kutaisi, Batumi, Rustavi et Ahaltsikhe.
Les Juifs constituent l'une des minorités les plus anciennes de Géorgie. Conformément au recensement de 1989, il y avait 24 795 Juifs dans le pays et vivaient principalement à Tbilissi, Kutaisi et Oni. À l'heure actuelle, la plupart des Juifs ont quitté la Géorgie pour Israël. Les Juifs géorgiens parlent le géorgien, les Juifs russes, le russe, mais une minorité parle le yiddish.
Quant aux Tsiganes, leur situation est assez mal connue. S'appuyant sur le recensement de 1989, le gouvernement géorgien avance le chiffre de 1200 personnes, mais des organisations non gouvernementales estiment qu'il y en aurait un nombre considérablement supérieur. D'après certaines sources, les membres de ces communautés seraient défavorisés dans des secteurs aussi essentiels que l'éducation et l'emploi, sans compter des problèmes importants dans leurs relations avec la police et les fonctionnaires. Certains parlent le tsigane, une langue indo-iranienne, mais d'autres parlent le russe ou le géorgien.
La plupart des minorités linguistiques parlent le russe comme langue seconde, non le géorgien. Ainsi, en 1989, moins de 3 % des Abkhazes, moins de 10 % des Azerbaïdjanais et environ 20 % des Arméniens vivant en Géorgie déclaraient parler couramment le géorgien. De fait, le russe est, après le géorgien (langue officielle), la langue la plus répandue dans le pays. Le russe sert de langue des communications inter-ethniques, surtout de la part des Azéris, des Arméniens et des Géorgiens. La quasi-totalité de la population est encore bilingue (russe / langue maternelle), mais une tendance semble se dessiner pour l'abandon du russe en faveur de l'anglais considéré maintenant comme plus prestigieux. Toutefois, l'abandon du russe attire des critiques, car les enfants ainsi éduqués se révèlent incapables de communiquer avec leurs voisins du Caucase.
Au point de vue religieux, les Géorgiens sont majoritairement (75 %) des chrétiens orthodoxes (Géorgiens orthodoxes: 65 %; Russes orthodoxes: 10%), puis des musulmans (11 %), des Arméniens apostoliques (8 %), des Juifs et d'autre confessions. De multiples informations font état de manifestations répétées de violence et de harcèlement à l'encontre des membres des minorités religieuses de Géorgie. Les témoins de Jéhovah, les baptistes et les chrétiens de l'Église évangélique semblent être les cibles les plus fréquentes de manifestations comme des actes de violence et de harcèlement.
AVIS: Certaines parties historiques de cette section sont tirées presque intégralement de l'Encyclopédie Microsoft Encarta 2004, art. «Géorgie».
Peuplée dès l’époque paléolithique, la région de la Géorgie était, entre les VIe et IVe siècles avant notre ère, divisée en deux régions: à l’ouest, la Colchide (partie occidentale de la Géorgie actuelle), une terre mythique de la légende de la Toison d’or, colonisée par les Grecs de Milet, puis par Mithridate VI Eupator, roi du Pont; à l’est, l’Ibérie en Géorgie orientale. Située à un point stratégique entre l’Orient et l’Occident, la Géorgie fut fréquemment envahie par des armées ennemies, ses terres furent dévastées et ses habitants, soumis à des lois étrangères et à des querelles pour la possession de territoires. Ainsi, dominés par les Perses, les Géorgiens se soumirent à Alexandre le Grand; après son règne, ils acquirent leur indépendance. La zone fut conquise par Pompée en 65 avant notre ère, mais gardèrent leurs souverains. La Colchide tomba alors sous la suzeraineté de Rome, tandis que l’Ibérie fut dominée par la Perse.
Le christianisme fut introduit au IVe siècle de notre ère lorsque une vierge de Cappadoce, appelée plus tard sainte Nino, évangélisa les Géorgiens et accomplit des miracles; les Géorgiens la vénèrent et la considèrent comme leur patronne. Par la suite, le pays se couvrit de nombreuses écoles et monastères, ce qui permit un essor et une diffusion de la culture géorgienne. Jusqu’au VIIe siècle, les Byzantins et les Perses se disputèrent la Géorgie, conquise par les Arabes au VIIe siècle, puis par les Turcs seldjoukides au XIe siècle.
La renaissance nationale commença au IXe siècle avec la dynastie des Bagratides, qui reconquit progressivement des territoires sur les occupants arabes, réunissant la Géorgie occidentale à la Géorgie orientale, sauf Tbilissi. Au début du XIIe siècle, David III chassa les Turcs et restaura le royaume de Géorgie, qui atteint son apogée sous le règne de la reine Thamar (1184-1213), dont le royaume s'étendit de la mer Noire à la mer Caspienne, du Caucase du Nord à l'Azerbaïdjan iranien. La reine Thamar, qui poussa ses armées jusqu’à Trébizonde (ville grecque près de la mer Noire), étendant son royaume de la mer Noire à la mer Caspienne et du Caucase à l’Azerbaïdjan, fut à l’origine d’une véritable renaissance culturelle.
3.1 Les dominations perse et turque
Cependant, à la fin du XIVe siècle, déjà ravagé par les invasions mongoles de Tamerlan (1336-1405), le pays se retrouva isolé du monde chrétien après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Dès lors, la Géorgie connut une période de déclin et passa sous le contrôle de la Perse et de l’Empire ottoman jusqu’au XVIIIe siècle. Certains Géorgiens des territoires inclus dans l'Empire ottoman furent islamisés: les Adjars, qui ont conservé la langue et la culture géorgiennes, les Turcs meskhètes devenus turcophones, ainsi que les Abkhazes. D'autres groupes non géorgiens furent également islamisés dans le Caucase occidental: d'une part, les «peuples montagnards», c'est-à-dire les Tcherkesses (ou Circassiens) les Adigués, les Balkars, les Tchétchènes et les Ingouches; d'autre part, les «peuples montagnards du Daguestan», dont les Avars, les Darghiniens et les Lesguiens. La majorité est de rite sunnite, mais on compte aussi des chiites.
En 1783, grâce à un accord de protectorat, la Russie prit le contrôle des Affaires étrangères du royaume géorgien et, en 1801, le dernier roi géorgien abdiqua. La Géorgie intégra alors l’Empire russe du tsar Alexandre Ier, mais les nombreux soulèvements qui éclatèrent localement n’empêchèrent pas la Russie d’étendre son influence dans toute la région. Les Géorgiens furent fractionnés en des sous-ensembles ethniques et régionaux (Mingrélie, Imérétie, Kakhétie, Karthvélie, Svanie, etc.), qui les affaiblirent. En 1880, le russe fut proclamé langue obligatoire. Afin de renforcer son influence dans la région, l'Empire russe prit l'habitude de faire déporter certaines communautés, religieuses ou linguistiques, vers la Géorgie, ce qui explique en partie le caractère multiethnique du pays.
3.2 La domination soviétique
En 1918, au lendemain de la révolution d'Octobre, la Géorgie proclama son indépendance sous le nom de «République démocratique géorgienne» et se rangea sous la «protection de l’Allemagne». Voici le texte de la déclaration:
Acte d'indépendance de la Géorgie (1917)Pendant plusieurs siècles, la Géorgie a existé comme État libre et indépendant. À la fin du XVIIIe siècle, pressée de tous les côtés par des ennemis, la Géorgie s’allia volontairement à la Russie, à condition que la Russie s’engageât à défendre la Géorgie contre ses ennemis extérieurs. Les événements de la Grande Révolution russe ont créés une situation intérieure telle que le front de guerre s’est effondré entièrement et que la Transcaucasie a été évacuée par les armées russes. Abandonnées à leurs propres forces, la Géorgie et avec elle la Transcaucasie, ont pris entre leurs mains le soin et la direction de leurs propres affaires et se sont donné des organes gouvernementaux appropriés. Mais la pression des forces extérieures a amené la dissolution des liens qui unissaient les peuples de la Transcaucasie et l’unité politique de celle-ci s’est effondrée. La situation présente de la nation géorgienne commande impérieusement à la Géorgie d’avoir sa propre organisation d’État en vue de prévenir, par ce moyen, la conquête du pays par les forces extérieures et de créer des bases solides pour son développement indépendant. En conséquence, le Conseil national géorgien, élu par l’Assemblée nationale, le 22 novembre 1917, déclare :
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Mais, en 1921, les troupes soviétiques envahirent le pays qui fut aussitôt incorporé à l’URSS pour former, avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie. Après la dissolution de la RSFS de Transcaucasie en 1936, dans le cadre de la réorganisation administrative de l’Asie centrale, la Géorgie devint une république de l’Union soviétique: la République socialiste soviétique de Géorgie.
Sous le régime soviétique, la langue russe supplanta le géorgien. La plupart des établissements d'enseignement utilisèrent le russe. Les professeurs géorgiens parlaient aux élèves en russe; ils devinrent rapidement incapables d'enseigner en géorgien des matières comme les mathématiques, la physique ou l'anglais, sans compter la pénurie effarante des manuels en langue géorgienne; lorsque ces derniers étaient en langue géorgienne, il s'agissait de simples traductions du russe. Les écoles russes étaient vues comme les meilleures écoles, même par les Géorgiens de souche. Si les cours de géorgiens demeuraient obligatoires, à l'exception des enfants de militaires russes appelés à déménager souvent, ils n’étaient pas pris au sérieux par les élèves et étaient plutôt considérés comme une «matière à option». Quoi qu'il en soit, ces cours ne suffisaient généralement pas pour apprendre à parler le géorgien et encore moins à s’intégrer dans la société géorgienne. Quant aux programmes scolaires, ils étaient décidés par Moscou, sauf l’histoire de la Géorgie, laquelle était rédigée par Tbilissi, mais cette matière était enseignée en russe, de même que l’examen de fin d’année . Enfin, il était possible pour les écoles géorgiennes de regrouper différentes nationalités (comme les Abkhazes, les Ossètes, les Arméniens, etc.) et de leur enseigner le géorgien en plus de leur langue maternelle.
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La plupart des
fonctionnaires ne s'exprimaient qu'en russe, y compris aux Géorgiens. Ajoutons
aussi que le géorgien n'était à peu près pas utilisé comme langue de
travail, sauf dans les régions rurales.
Profitant d'une période de développement économique, Joseph Staline (un Géorgien) appliqua une politique de russification dans toutes les républiques de l'URSS, ce qui incluait la Géorgie. La langue du «socialisme internationaliste», celle des dirigeants soviétiques, celle de l'ethnie majoritaire, celle de la littérature et des sciences était le russe. Le 13 mars 1938, Staline décréta l'apprentissage obligatoire du russe dans toutes les écoles de l'URSS, proclamé comme «le moyen de communication transnationale». D'où l'introduction (ou l'imposition), dès le début des années quarante, des alphabets cyrilliques qui facilitaient, notamment dans les républiques d'Asie centrale, l'emprunt de mots russes. |
L'arrivée des minorités russophones, avec les incontournables purges politiques dans presque toutes les républiques, eut un effet d'entraînement considérable pour la diffusion du russe. Staline abolit toutes les unités militaires nationales et imposa l'unique langue russe à l'armée soviétique. Les purges staliniennes décimèrent le personnel politique géorgien et les intellectuels, alors que les minorités nationales, surtout les Abkhazes, furent soumises à une vigoureuse campagne d'assimilation. Toutefois, il semble que la culture géorgienne n’ait pas trop souffert d'étouffement sous l’Union soviétique: on y comptait nombre de journaux, radios et chaînes de télévision en langue géorgienne.
En 1971, Édouard Chevardnadzé, un Géorgien, fut chargé par Moscou de prendre le contrôle de la Géorgie alors que la corruption et le nationalisme semblaient avoir dépassé les limites du tolérable. En fait, Chevardnadzé se posa en protecteur de la langue géorgienne et de la culture nationale. Gérant «sa» république avec mesure et habileté, le futur ministre des Affaires étrangères de l'URSS acquit la réputation d'un grand réformateur. Au début des années quatre-vingt, Mikhaïl Souslov (1902-1982), le gardien intransigeant de l'idéologie communiste sous Leonid Brejnev, fit une «conférence à huis clos» au cours de laquelle il justifiait ainsi les intentions quasi machiavéliques de l'URSS à l'égard de la Géorgie:
| [...]
Le Parti communiste est le ciment de la Russie et nous devons oeuvrer pour un plan de sauvegarde de la Russie, avant que celui-ci ne perde sa force et sa nature même, plan qui sera différent selon la République à laquelle il s'adressera. Nous devons permettre à nos généraux d'Extrême-Orient de continuer à avoir des conditions de vie «normales». Pour procéder à leurs rapatriements, nous avons besoin des territoires situés au bord de la mer Noire où vivent, comme vous le savez, les Géorgiens. Nous devons tenir compte du fait que les Géorgiens se différencient fortement de nous et que, tôt ou tard, ils poseront la question de l'indépendance et de la liberté. Nous devons commencer à les affronter en Abkhazie. En profitant de l'Abkhazie, nous accorderons l'indépendance à la Mingrélie, la Svanéthie et l'Adjarie. Nous raviverons ainsi les sentiments provinciaux et nationaux entre eux. Nous devons dresser la Géorgie occidentale contre la Géorgie orientale et ensuite jouer le rôle de conciliateurs. Nous devons simultanément persuader scientifiquement les Géorgiens qu'ils sont issus de pays divers et qu'ils sont les représentants de diverses nations, ce qui nous donnera la possibilité de les chasser définitivement du territoire géorgien. [...] |
Ce texte a été rapporté par Vakhtang Abachidze, le directeur des relations de presse du président Édouard Chevardnadzé, dans l'édition du 30 octobre 1999 du journal La République de Géorgie.
La situation commença à changer vers la fin du régime soviétique, notamment avec l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir et la Perestroïka, puis la chute du mur de Berlin, l'effondrement des régimes communistes, la fin du monopole politique des partis communistes, etc.
En Géorgie, les Abkhazes et les Ossètes commencèrent, à la fin des années quatre-vingt, par réclamer leur autonomie. Les tensions entre le gouvernement géorgien et les enclaves ethniques augmentèrent en 1989, lorsque le Soviet suprême soviétique de Géorgie adopta une loi accordant à la langue géorgienne un statut supérieur aux autres langues. Comme dans les autres républiques socialistes soviétiques, les soixante-dix ans du régime soviétique avaient fait reculer considérablement la langue géorgienne. Encore aujourd'hui, presque tout le monde parle russe en Géorgie, surtout dans les villes; dans les zones rurales, seules certaines personnes des générations précédentes pratiquent encore quotidiennement cette langue. Bref, les Géorgiens ont subi l'assimilation et la russification de leur langue nationale. C'est pourquoi la «restructuration» (Perestroïka) en Géorgie se manifesta par une remise en valeur des aspirations nationales, ce qui devait entraîner une «géorgianisation linguistique».
Après que l’Ossétie du Sud eût déclaré sa souveraineté en 1990, le Soviet suprême géorgien supprima le statut administratif de la région. Des combats entre les Géorgiens et les Ossètes s’ensuivirent et ne se calmèrent que lorsqu’une force de maintien de la paix, composée de quatre parties (russe, géorgienne, ossète du Sud et ossète du Nord), fût déployée en 1994.
3.3 L'indépendance
Un troisième conflit éclata entre les forces géorgiennes et abkhazes, après que le Soviet suprême abkhaze eût proclamé l’indépendance de l’Abkhazie en juillet 1992. Les autorités géorgiennes envoyèrent des troupes en Abkhazie, apparemment pour protéger les voies d’approvisionnement et poursuivre les forces soutenant Gamsakhourdia. D’intenses combats eurent lieu bientôt, les Abkhazes recevant le soutien des peuples caucasiens de la fédération de Russie. Quelque 200 000 Géorgiens quittèrent la république sécessionniste, victimes d'un véritable «nettoyage ethnique» de la part des Abkhazes. Les forces géorgiennes perdirent énormément de terrain jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu fût déclaré en juillet 1993. Les Abkhazes violèrent l’accord de cessez-le-feu et expulsèrent en octobre 1993 la milice géorgienne, ainsi qu’environ 200 000 résidents géorgiens.
Le même mois, n'ayant plus le choix, le gouvernement géorgien décida d'adhérer à la Communauté des États indépendants (CEI) et de céder des bases militaires, afin de gagner le soutien de l’armée russe contre les partisans de Gamsakhourdia. Un accord fut conclu, en février 1994, autorisant la Russie à maintenir trois de ses bases militaires sur le territoire géorgien en échange de fournitures militaires. En 1994, la Géorgie devint membre d’un programme de partenariat pour la paix, accord de coopération militaire limitée avec l’OTAN.
En août 1995, le Parlement géorgien adopta une nouvelle Constitution, instaura un régime présidentiel, et Chevardnadzé fut élu président de la République en novembre. Son nouveau gouvernement prononça en 1997 l’abolition de la peine de mort. Le pays, qui subit depuis son indépendance une grave crise économique et sociale, vit s’amorcer à partir de 1995 un renouveau économique, encouragé par le Fonds monétaire international qui lui accorda un prêt de 246 millions de dollars.
Cependant, les tensions avec l’Ossétie et l’Abkhazie se poursuivirent. Impuissants à résorber le conflit, les Géorgiens accordèrent finalement à l’Abkhazie une large autonomie. De surcroît, ne pouvant soutenir en Géorgie le droit des Abkhazes à l’indépendance tout en le refusant en Russie aux Tchétchènes, les Russes finissent par se rallier aux positions géorgiennes. Sous l’impulsion de Moscou, une déclaration de paix entre la Géorgie et les sécessionnistes abkhazes fut signée en août 1997, les deux parties s’engageant à ne plus recourir aux armes. Mais cette paix s'est révélé fragile: le 9 février 1998, Édouard Chevardnadzé échappait à un attentat à Tbilissi. En mai de la même année, alors que les combats avaient repris entre Géorgiens et Abkhazes, ces derniers prirent le contrôle de zones disputées, jusqu’alors sous contrôle géorgien. La Géorgie devint membre du Conseil de l'Europe, le 27 avril 1999.
Alors que l’absence de solution définitive à la question abkhaze maintenait la Géorgie dans une relation de dépendance vis-à-vis de la Russie, l’Union des citoyens de Géorgie — le parti gouvernemental — remporta la majorité absolue aux élections législatives d’octobre 1999. Quant à Édouard Chevardnadzé, il fut réélu président de la République en avril 2000, avec plus de 80 % des voix. Les observateurs internationaux firent savoir toutefois que le déroulement de ces deux scrutins avait été entaché d’irrégularités.
La Géorgie devenait en 1999 le 41e État membre du Conseil de l’Europe. La même année, elle signait un accord de coopération avec la Turquie, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, pour la construction d’un oléoduc stratégique reliant Bakhou (Azerbaïdjan) à Ceyhan (Turquie). Prévue en 2004, son ouverture devrait permettre de réduire la dépendance économique de la Géorgie à l’égard de la Russie. Après les élections législatives du 2 novembre 2003, la Cour suprême de Géorgie avait annoncé l'annulation des résultats des élections législatives, pour falsifications. Celles-ci ont été à l'origine du mouvement de contestation populaire qui a abouti à la démission du président Édouard Chevardnadzé.
La démission de M. Chevardnadzé a sans doute évité que la situation politique ne s’aggrave et que les antagonismes sociaux dans le pays ne dégénèrent. Néanmoins, la Géorgie doit gérer sur son territoire les relations inter-ethniques et maintenir sont intégrité territoriale. Les problèmes qui secouent l'Abkhazie et l’Ossétie du Sud ne datent pas d’hier. C’est grâce à l’habileté et au prestige de M. Chevardnadzé, surnommé le «renard du Caucase» que la Géorgie a maintenu tant bien que mal une unité nationale très précaire. Ses successeurs devront aussi franchir tous ces caps délicats à négocier. Certains analystes prévoyaient même que le départ de M. Chevardnadzé pouvait entraîner une dislocation du territoire géorgien, comme l’a connu la Yougoslavie dans les années 1990. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé.
Le 4 janvier 2004, Mikheil Saakachvili remporta l’élection présidentielle de Géorgie avec plus de 96 % des suffrages exprimés, et devenait ainsi le plus jeune président «européen». Sakachvili a tissé des liens étroits avec les États-Unis, car il a fait ses études dans ce pays et souhaite que son pays intègre rapidement l’Alliance atlantique. Il bénéficie d’un soutien fort de la part de Washington et semble un défenseur du libéralisme. De plus, l'armée géorgienne est engagée aux côtés des États-Unis en Irak.
Mais la Géorgie connaît des difficultés avec l'Ossétie du Sud en principe sous son contrôle. En août 2004, la Géorgie a aussi repris l'offensive contre l'Abkhazie en tirant sur tout navire s'approchant des côtes abkhazes et du port de Soukhoumi. En juillet 2006, la Géorgie a placé une partie de ses troupes dans la partie géorgienne des gorges de Kodori, une zone frontalière de l'Abkhazie, pour combattre une insurrection. Le président Saakachvili s'est ensuite rendu sur place pour assister au à la mise en place d'un gouvernement abkhaze pro-géorgien. En août 2008, la guerre en Ossétie du Sud, alors que les troupes russes envahissait la région et reconnaissait, le 26 août 2008, l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, provoquant ainsi une nouvelle crise dans le Caucase. Ce sont des unités blindées de la 58e armée de la fédération de Russie, stationnées en république autonome d’Ossétie du Nord, qui ont pris le contrôle de la région en ayant comme objectif de «contraindre la Géorgie à la paix», selon les propres mots du président russe, Dmitri Medvedev. La Russie semble vouloir retirer des avantages contre la Géorgie en s’emparant d’une partie du territoire, notamment les régions sécessionnistes de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie. Beaucoup craignent une confrontation directe entre la Russie et les États-Unis.
La Géorgie n'a pas de politique linguistique élaborée et définie dans un grand nombre de lois. Des projets sont en préparation, mais aucune véritable loi linguistique n'a encore vu le jour. Comme la Géorgie connaît de graves problèmes de fragmentation ethnique — pour ne pas parler de sécession —, il serait urgent que l'État réussisse à définir une politique linguistique dans des textes juridiques particuliers à ce sujet.
Pour le moment, il faut se contenter de la Constitution du 17 octobre 1995, de la Loi sur la culture du 12 juin 1997, de la Loi sur l'éducation du 27 juin 1997 et de la Loi sur l'autonomie (1997). Mentionnons également un projet de loi sur la langue officielle. Ce projet de loi a été réévalué et remis en question en juin 2002. Malgré le fait que le gouvernement géorgien ait travaillé sur le projet de loi linguistique depuis 1997, le Parlement a décidé, le 17 mai 2002, d'arrêter tout débat sur son approbation finale, et ce, pour une période indéfinie. L'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) a aussi critiqué une partie du projet de loi, surtout au sujet de la connaissance obligatoire du géorgien pour les fonctionnaires et les citoyens ayant affaire avec les bureaux du gouvernement. C'est une question particulièrement délicate, notamment dans deux régions orientales où d'autres langues sont parlées; pensons surtout aux Arméniens, aux Azerbaïdjanais et aux Russes.
Par ailleurs, le Comité pour les droits de l'homme et des minorités au Parlement géorgien a déjà discuté d'un projet de loi portant sur les minorités nationales. Le projet de loi a été rédigé par G. Zhorzholiani, directeur de l'Académie géorgienne du Centre des sciences pour les relations internationales, et A. Abashidze. Avant les discussions du comité, le projet de loi même a été étudié par l'ONU et des experts de l'OSCE, qui lui ont donné une évaluation positive. Mais le texte n'a pas encore été adopté par le Parlement malgré les pressions du président géorgien. C'est pourquoi, en matière de politique linguistique, il faut se référer avant tout aux pratiques établies dans le pays. Il convient néanmoins de féliciter la Géorgie pour la création de nombreuses institutions en vue de la promotion et la protection des droits de l'homme, telles que l'instauration d'un médiateur (ombudsman), du Comité pour les droits de l'homme et les relations ethniques et du Comité pour l'intégration chargé de défendre les intérêts des minorités.
En 1998, a été institué un nouveau Bureau de l'assistant du Président chargé des relations interethniques, dont le personnel comprend des représentants de différentes minorités nationales. Ses tâches consistent à surveiller de manière générale la situation en ce qui a trait aux droits des membres appartenant aux groupes ethniques, religieux et linguistiques, et à élaborer de nouveaux textes de loi ou autres actes normatifs destinés à protéger et promouvoir ces droits.
Lors de son adhésion au Conseil de l'Europe en avril 1999, la Géorgie s'était engagée à signer et à ratifier, dans un délai d'un an suivant son adhésion, la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales et la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Il semble que le Parlement examine actuellement la ratification de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. Toutefois, le gouvernement géorgien ne peut imposer ni garantir l'application de sa législation en Abkhazie et en Ossétie du Sud, deux régions dans lesquelles son contrôle est faible, sinon inexistant.
4.1 La langue de la législation
Les Géorgiens se sont toujours préoccupés de leur langue nationale. Cette question avait fait la «Une» des journaux en 1973, alors que les Géorgiens avaient protesté contre l'apprentissage obligatoire du russe dans les écoles. En 1978, ils se mobilisèrent contre la nouvelle Constitution socialiste soviétique (15 avril) qui voulait rendre le russe et le géorgien les langues officielles de la République. Finalement, les dirigeants soviétiques durent accorder, par l'article 75, le statut de langue officielle au géorgien et le statut de langue des relations inter-ethniques au russe:
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Article 75 1) Le géorgien est la langue officielle de la RSS de Géorgie. 2) La RSS de Géorgie accorde tout le soin possible de l'État au développement de la langue géorgienne et garantit son utilisation dans les organismes gouvernementaux et sociaux, dans les institutions culturelles, dans les institutions d'enseignement et autres. 3) En RSS de Géorgie est garantie dans les institutions et organismes susmentionnés la libre utilisation du russe et des autres langues qu'emploie la population. 4) Aucun privilège ou restriction dans l'utilisation de ces langues ou d'autres langues n'est autorisé. |
Les dispositions constitutionnelles prévoyaient en réalité que le statut du russe était préservé et qu'aucun privilège ou restriction dans l'utilisation d'une langue n'était autorisé. Il n'en demeure pas moins que le géorgien obtenait un statut hiérarchiquement supérieur. Ce genre de disposition était très rare dans les anciennes républiques soviétiques. À l'époque, les parlementaires géorgiens utilisaient le russe ou le géorgien; les lois étaient rédigées en géorgien et traduites en russe (ou l'inverse), mais les deux versions étaient considérées comme d'égale valeur juridique.
Aujourd'hui, la Constitution du 15 avril 1995 proclame le géorgien comme langue officielle, ainsi que l'abkhaze (ou abkhazien) en Abkahzie. Voici le texte de l'article 8 à ce sujet:
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Article 8 La langue officielle de la Géorgie est le géorgien; en Abkhazie, l’abkhazien est aussi la langue officielle. |
Il est vrai que tous les anciens textes rédigés en russe conservent encore leur valeur légale. Depuis l'indépendance, seule la version géorgienne est maintenant considérée comme officielle. Le russe est peu employé au Parlement dans les débats oraux (moins de cinq députés russophones), mais il n'est pas interdit; il n'y a pas de système de traduction simultanée. En général, seuls les rares députés russophones et ceux appartenant à une minorité ethnique s'expriment en russe. Bref, l'article 110 de la Constitution soviétique de 1978 reste encore appliqué:
| Article
110
Les lois de la RSS de Géorgie, les décrets et les autres documents du Soviet suprême de la RSS de Géorgie sont publiés dans les langues géorgienne et russe et, dans le cas des républiques autonomes et des régions autonomes, aussi dans la langue de la république autonome et de la région autonome, et portent les signatures du président et du secrétaire du Soviet suprême de la RSS de Géorgie. |
Présentement, le nombre des membres de Parlement représentant des minorités nationales ne reflète pas leur représentation réelle dans la population du pays. On compte généralement moins de 10 députés appartenant aux minorités nationales (alors qu'ils représentent 30 % de la population); il s'agit de députés russes, arméniens et azerbaïdjanais. La réglementation géorgienne ne prévoit pas encore de quota minimum pour les députés membres des minorités linguistiques. Il est donc difficile pour l'un d'eux de se faire élire en tant que représentant d'une communauté minoritaire. Les instances internationales en matière des droits de l'homme ont quand même raison de déplorer la sous-représentation des minorités ethniques au Parlement.
4.2 Le domaine judiciaire
La législation géorgienne ne semble pas encore au point à ce sujet. Lors de la Constitution de 1978, l'article 171 prévoyait expressément dans quelle langue serait conduite une procédure judiciaire:
| Article
171
La procédure judiciaire dans la RSS de Géorgie est conduite dans la langue géorgienne ou dans la langue de la république autonome ou de la région autonome ou dans la langue de la majorité de la population de la localité donnée. Les personnes participant au procès et ne possédant pas la langue dans laquelle se fait la procédure judiciaire ont le droit de prendre pleinement connaissance du dossier, de prendre part aux actions judiciaires par l'intermédiaire d'un interprète et de s'exprimer durant l'audience dans leur langue maternelle. |
La Constitution actuelle (1995) contient une disposition de ce genre. C'est l'article 85.2:
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Article 85
[...] 2) La procédure se déroule dans la langue officielle. Les individus qui connaissent pas la langue reconnue légalement par la cour seront pourvues des services d’un interprète. Dans les régions où la population n'a pas une connaissance de la langue officielle, l'État fournira dans la langue officielle l’instruction et les explications des questions se rapportant à sa juridiction. [...] |
On peut aussi se rabattre sur l'article 14 qui pose le principe de «l'égalité devant la loi» de tous les êtres humains, indépendamment de la race, de la couleur de la peau, de la langue, du sexe, de la religion, des conceptions politiques ou autres, de l'appartenance nationale, ethnique ou sociale, de l'origine, de la situation patrimoniale et sociale ou encore du lieu de résidence:
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Article 14 Chacun est né libre et égal devant la loi, indépendamment de la race, de la couleur de peau, de la langue, du sexe, de la religion, des croyances politiques et autres, de l'appartenance nationale, ethnique et sociale, de la propriété ou du titre de noblesse ou de domicile. |
L'article 38 de la Constitution, qui entend protéger les droits des personnes appartenant à des minorités nationales, stipule que tous les citoyens de Géorgie sont égaux en droits dans la vie sociale, économique, culturelle et politique, indépendamment de leur appartenance nationale ou ethnique, de leur religion ou de leur langue:
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Article 38 1) Les citoyens de la Géorgie sont égaux dans la vie sociale, économique, culturelle et politique, indépendamment de leur appartenance nationale, ethnique, religieuse ou linguistique. En vertu des principes universellement reconnus et des normes des lois internationales, tous ont le droit de développer librement leur culture, sans aucune discrimination ni immixtion. Ils peuvent employer leur langue maternelle dans la vie privée et publique. 2) Conformément aux principes universellement reconnus par les lois internationales, l'exercice des droits de minorités ne doit pas s'opposer à la souveraineté, l'intégrité et l'indépendance politique de la Géorgie. |
En matière judiciaire, les dispositions constitutionnelles se transposent dans les faits de façon bien simple. Les cours de justice peuvent toutes fonctionner en deux langues: le géorgien et le russe. Lorsque des membres des minorités linguistiques ne connaissent aucune de ces deux langues, le tribunal a généralement recours à un interprète.
De plus, l'article 142 du Code pénal de l'atteinte à l'égalité des droits pour des raisons de race, de couleur, de langue, de sexe, d'appartenance nationale, ethnique, sociale ou de classe. Cependant, cette disposition ne paraît applicable que si l'atteinte à l'égalité des droits entraîne une grave violation des droits de l'homme.
4.3 Les services gouvernementaux
Bien que le géorgien soit la langue officielle de l'État, les services gouvernementaux sont également offerts en russe, ainsi qu'en abkhaze dans la République autonome d'Abkhazie. Les documents gouvernementaux ne sont publiées qu’en géorgien et en russe. Bref, le paragraphe 1 de l'article 38 de la Constitution prévoyant que les citoyens «peuvent employer leur langue maternelle dans la vie privée et publique» n'est pas respecté.
Mais le Parlement géorgien a récemment ratifié la Loi sur l'Administration locale et les collectivités territoriales. En vertu de cette loi, le gouvernement central s'est engagé à transférer certains de ses pouvoirs aux autorités locales. Cela signifie que les membres des communautés linguistiques fortement concentrées localement pourront obtenir des services dans leur langue. On peut s'attendre à ce que ces nouvelles mesures touchent surtout les Arméniens et les Azéris, mais également les Abkhazes, les Ossètes et les Grecs.
Traditionnellement, ces communautés connaissent plus le russe que le géorgien, c'est pourquoi ils utilisent normalement le russe comme langue des communications inter-ethniques. Toutefois, beaucoup de citoyens dits «ethniques» habitant hors de la capitale ne parlent ni la langue officielle ni le russe. La possibilité de pouvoir utiliser leur langue maternelle dans les administrations locales constituera une nette amélioration par rapport à la situation présente. Déjà, le gouvernement a autorisé la publication d'un Guide des citoyens aux élections municipales en russe, en arménien et en azéri.
Il faudra certainement que le gouvernement central informe ces communautés de leurs droits, car de façon générale les membres de ces groupes n'ont pas l'habitude de se renseigner d'eux-mêmes; ils craignent l'Administration centrale comme la peste Cela dit, les instances internationales notent avec inquiétude les obstacles existant à la participation des minorités aux institutions administratives; par exemple, le fait que la participation des minorités aux organismes exécutifs locaux soit limitée par le manque de connaissance du géorgien constitue un obstacle de taille.
4.4 L'éducation
Les Géorgiens ont le droit de choisir la langue dans laquelle leurs enfants recevront leur instruction, tant au primaire qu'au secondaire. La législation préconise l’existence des «écoles nationales» (publiques), le géorgien étant reconnu comme langue d’enseignement, sauf pour ceux dont la langue maternelle n'est pas le géorgien et qui peuvent suivre un enseignement dispensé dans leur langue. La seule exigence ministérielle reste l’apprentissage parallèle du géorgien (langue seconde) pour obtenir un diplôme reconnu par l'État géorgien.
Selon l'article 4 de la Loi sur l'éducation de 1997, l'État, conformément aux recommandations des autorités locales, doit créer les conditions nécessaires pour que les enfants des communautés ethniques puissent recevoir leur instruction primaire et secondaire dans leur langue maternelle respective. Le gouvernement géorgien en a fait l'une de ses priorités. En fait, cette politique vise à enrayer la russification de la société géorgienne; certains n'hésitent pas à parler de «désoviétisation». C'est pourquoi l’accent est mis sur la promotion des «langues maternelles», ce qui permet de diminuer le nombre des inscriptions des enfants minoritaires dans les écoles russes. Les programmes éducatifs dans les écoles minoritaires (russes, arméniennes, azéries, etc.) doivent être conformes aux programmes nationaux fixés par l'État. En vertu de l'article 20 de la Loi sur la culture (1997), l'État géorgien doit nécessairement créer des conditions égales pour le développement culturel de toutes les régions.
Au début des années quatre-vingt-dix, les écoles publiques étaient présentées comme une «vitrine du multiculturalisme» géorgien. L’enseignement primaire était dispensé en six langues: en géorgien (68 % des élèves), en russe (21 %), en abkhaze, en ossète, en arménien et en azéri. Certains géorgiens plus nationalistes y ont vu là un obstacle important à la «géorgianisation» des populations minoritaires. Quoi qu'il en soit, un rapport datant de l'année 2000 montre que le nombre des écoles primaires dans les langues des minorités a plutôt baissé entre 1990 et 1998, comme l'illustre le graphique suivant:

En Géorgie, il existe des établissement préscolaires en géorgien, mais aussi en russe, arménien, en azéri et en ossète. En 1997, de nombreuses minorités nationales possédaient leurs propres écoles. On comptait 183 écoles arméniennes, environ 233 écoles russes (et des jardins d'enfants ainsi que des département de russe dans les principales universités), 159 écoles azéries (et des jardins d'enfants ainsi que des département d'azerbaïdjanais dans deux universités) et quatre écoles ossètes. De plus, les Grecs peuvent apprendre le grec dans des classes grecques; les Kurdes bénéficient des mêmes avantages en kurde, ainsi que les Juifs en yiddish. Les Allemands, quant à eux, disposent de cours d'allemand langue seconde (ils fréquentent des écoles russes ou géorgiennes). Les Abkhazes possèdent leurs propres écoles en Abkhazie. C’est dans les régions à forte concentration de minorités ethniques qu’on trouve le plus d’écoles publiques.
Il existe aussi des écoles bilingues pour les minorités linguistiques: russe-arménien, russe-azéri, russe-ossète, russe-abkhaze, russe-géorgien, russe-yiddish, arménien-géorgien, azéri-géorgien, etc. On compte des écoles trilingues en géorgien-russe-ossète.
En vertu de la Loi sur l'éducation de juin 1997, l’école est obligatoire et gratuite jusqu’à la dixième classe. Cependant, seules deux à cinq heures de cours par jour sont gratuites, les cours «supplémentaires» étant «payants». Aujourd’hui, environ 70 % des Géorgiens paient pour leur éducation. Les professeurs sont souvent obligés de travailler à la fois dans des écoles publiques (où ils peuvent néanmoins se faire rémunérer pour des cours particuliers) et dans des écoles privées.
Dans la situation présente, ce ne sont pas tous les enfants des minorités
ethniques qui fréquentent leurs écoles. Si les Géorgiens fréquentent les
écoles russes dans une proportion de 6,9 %, ce pourcentage atteint les 96 % pour les
Grecs, 81 % pour les Kurdes, 61 % pour les Ossètes, 40 % pour les Arméniens et
30 % pour les Abkhazes. C’est dans
les régions à forte concentration ethnique que la fréquentation des écoles
russes est la plus élevée. Néanmoins, la part du russe dans l’enseignement diminue au cours des
années au profit du géorgien. Tandis que le russe occupait la seconde place
après la «langue maternelle», il est maintenant relégué au douzième rang.
De façon générale, la situation scolaire semble plutôt satisfaisante pour
les minorités nationales, mais l'ECRI
(European Commission against Racism and Intolerance), la Commission
européenne contre le racisme et l'intolérance souligne que beaucoup de
professeurs parlent mieux le russe que le géorgien; il faudrait, de manière urgente,
veiller à ce que la
langue géorgienne soit mieux enseignée afin de permettre à tous ceux qui
vivent dans ce pays de s'intégrer pleinement à la société
géorgienne. Bien souvent, l'enseignement du géorgien comme langue
seconde ne suffit pas à donner aux enfants une maîtrise correcte de la langue
officielle, car cet enseignement, d'après les observations, n'est pas toujours adéquat et
peu conforme aux
exigences du ministère géorgien de l'Éducation. Or, une connaissance insuffisante
du géorgien aurait des répercussions néfastes sur les possibilités de trouver un
emploi dans certains secteurs, notamment dans le secteur public.
Par ailleurs, il faut déplorer les faibles salaires donnés aux professeurs (un tarif incroyable d'environ 0,40 $ US l'heure en 1997), sans compter que les retards de paiement semblent constituer la règle. Il n'est pas surprenant que dans ces conditions près de 10 000 professeurs aient quitté le domaine de l’éducation depuis 1995-1996. Les organismes internationaux déplorent également le manque de chauffage en hiver, ce qui oblige de nombreuses écoles à rester fermées pendant des mois, sans oublier le coût élevé du matériel scolaire et la pénurie du matériel de base comme le papier, les crayons ou les craies.
L'ECRI note aussi que, à l'exception des ouvrages traitant de la langue, de l'histoire et de la géographie géorgiennes, les manuels scolaires utilisés par les enfants membres des minorités ethniques proviennent souvent de l'étranger (Arménie, Azerbaïdjan, Russie, etc.). Il semble aussi que le nombre d'enfants des minorités non scolarisés soit en train d'augmenter, essentiellement pour des raisons économiques.
En somme, l’école géorgienne reste à l’image du pays: en proie aux difficultés économique et de solutions viables pour l’avenir. Les écoles publiques connaissent depuis quelques années une forte baisse des effectifs scolaires, car les non-Géorgiens préfèrent émigrer vers d'autres pays. La désaffection des écoles publiques, le poids des guerres civiles, le ressentiments de chacune des nationalités et la situation déplorable du système scolaire actuel en Géorgie laissent présager un avenir plutôt sombre pour les minorités en Géorgie. Même si la législation en vigueur se veut protectrice des droits des minorités, les politiques mises en œuvre semblent impuissantes à combattre une marginalisation grandissante de ces minorités.
4.5 Les médias
Il y a approximativement 200 journaux indépendants en Géorgie, la plupart étant en géorgien, voire en russe (Svabodnaia Gruzia, Rech, Vecherni Tbilisi, Zakavkazskie Vedomosti, Zaria Vostoka, Batumi, etc.). Pour sa part, le gouvernement finance et contrôle un journal qui apparaît en géorgien, en russe et en azéri. Quant aux minorités nationales, elles disposent de plusieurs journaux. Il en existe en arménien (Vrastan, Faros et Arshaluis), en assyrien (Aviuta), en azéri (Gurjistan, Samgori, Akhali Marneuli, Heirat, Chanlibel, etc.), en allemand (Kaukasishe Post, Kaukasishe Zeitung) et en grec (Elinika Diaspora et Batumi); les Juifs publient deux journaux: Menorah (en géorgien) et Shalom (en russe). Toutefois, l'ECRI constate qu'en Géorgie la presse écrite verse souvent dans le sensationnalisme lorsqu'elle traite des questions touchant aux membres de minorités religieuses et qu'elle a de nombreuses fois apporté son soutien aux auteurs d'agressions visant les membres de ces groupes.
Les médias électroniques diffusent massivement en géorgien, mais les Russes disposent d'émissions radiophoniques quotidiennes dans leur langue, ainsi que d'une station de télévision et de deux canaux en provenance de la fédération de Russie. Les Arméniens bénéficient d'une émission radiophonique d'une heure par jour, les Azerbaïdjanais de bulletins de nouvelles de 30 minutes et d'un programme de musique et les Kurdes d'un programme hebdomadaire de 15 minutes. Les émissions de télévision dans ces langues sont très irréguliers, mais plus fréquents en azéri.
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La Géorgie est aux prises avec de sérieux problèmes. Ce pays demeure divisé en de nombreuses ethnies, en clans, en factions politiques, le tout sur un fond de haine née de la guerre civile, de meurtres et de traditionnelles prises d'otages, d'incurie, de corruption, de marché noir et de contrebande. C'est ce qu'on appelle un «pays ingouvernable», alors que la Géorgie fut l'une des républiques les plus prospères de l'Union soviétique.
Sur le plan linguistique, la langue officielle a été reléguée au second plan durant un grand nombre de décennies au cours du régime soviétique et la politique de géorgianisation ne fait pas l'unanimité. De plus, l'État géorgien doit composer avec de nombreuses minorités mal intégrées au sein de la société géorgienne, surtout en Abkhazie, en Ossétie du Sud et en Adjarie, sans oublier des «poches de résistance» dans les communautés azerbaïdjanaises et arméniennes. Par exemple, la population arménienne ne désire rien de moins que l'autonomie et le rattachement de la région du Javakhétie à l'Arménie. Beaucoup de membres des communautés minoritaires préfèrent quitter la Géorgie plutôt que de s'intégrer... quand ils en ont les moyens. La situation en Abkhazie et en Ossétie du Sud a eu pour conséquence des discriminations à l'égard de personnes d'origine ethnique différente, dont un nombre important de personnes déplacées et de réfugiés.
Toutes les minorités se disent très préoccupées par la situation actuelle de la Géorgie et sont très pessimistes quant à l’avenir du pays. Ce n'est pas pour rien que certaines instances internationales, dont le Conseil de l'Europe, considèrent que la situation du respect des droits de l'homme en Géorgie ne paraît pas du tout satisfaisante. De leur côté, les autorités géorgiennes soutiennent qu'ils leur faut plus de temps pour assurer la «transition» et qu'il leur manque les ressources nécessaires humaines et surtout financières. Il n'est pas normal que la Géorgie se retrouve avec un territoire en miettes, où le pouvoir central a perdu le contrôle de plusieurs régions-clés. Non seulement l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud et l'Adjarie sont en cause, mais la région arménienne de Javakhétie est aussi au bord de l'explosion, car la révolte populaire des Arméniens semble imminente.
Il paraît donc essentiel que la Géorgie signe et ratifie la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales et la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, et fonde sa politique à l'égard des minorités sur les principes énoncés dans la Recommandation 1201 (1993) de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe:
- prendre toutes les mesures nécessaires pour accroître la représentation des minorités nationales au Parlement et dans les assemblées locales;
- prendre des mesures concrètes pour restructurer le Bureau du procureur dans l'esprit de la réforme du système judiciaire et assurer l'application intégrale des dispositions juridiques garantissant dans la pratique le respect des droits de l'homme;
- mettre sur pied un Bureau du garant des droits fondamentaux des citoyens et une Commission parlementaire pour l'intégration civile;
- lancer une réforme du système éducatif aux niveaux primaire et secondaire, qui prévoit renforcer la place consacrée aux droits de l'homme;
- adopter un programme visant à améliorer la connaissance du géorgien par les membres des minorités nationales.
En somme, bien que la législation en vigueur en Géorgie soit relativement protectrice envers les droits des minorités, les politiques mises en œuvre restent impuissantes à combattre la marginalisation des minorités. Loin d'unifier les communautés ethniques autour de la langue officielle, la politique de géorgianisation creuse graduellement un écart entre les Géorgiens de souche et les autres ethnies. En ce sens, la politique linguistique géorgienne peut être considérée comme un échec, même si elle prévoit des mesures protectrices à l'égard des langues minoritaires. Il est vrai, la Géorgie a pris des mesures pour se libérer d’une certaine mentalité héritée du communisme, mais elle a encore du chemin à parcourir pour se rapprocher des objectifs démocratiques qu’elle s’est fixés.
Bibliographie
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Territoires autonomes de Géorgie: Abkhazie, Adjarie et Ossétie du Sud
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