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La politique linguistique
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La politique linguistique de l'Union indienne dont il est question ici correspond à celle du gouvernement central (ou fédéral). Autrement dit, elle concerne d'abord et avant tout l'hindi et l'anglais, mais elle doit également se plier aux contingences des langues en usage dans le pays, que ce soit les langues constitutionnelles, les langues officielles des État et les langues minoritaires, tribales ou non.
La Constitution du 26 janvier 1950 compte une bonne quinzaine de dispositions linguistiques. Ces dispositions constitutionnelles laissent entendre que le pays vit une conjoncture de très forte concurrence linguistique. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la carte linguistique de l'Inde pour s'en donner une idée.
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En vertu de l'article 343 intitulé Langue officielle de l'Union, l'hindi est proclamé comme la langue officielle nationale de l'Union (fédération) et il doit être transcrit en alphabet devanagari (paragraphe 1). Ainsi, au sein de l’Union, l’hindi, l’une des langues «autochtones» du pays, a acquis un statut nettement privilégié par rapport aux autres:
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Cet article 343 pourrait laisser entendre qu'il n'existe qu'une seule langue officielle pour l'Union: l'hindi. Pourtant, tel n'est pas le cas. Au moment de l’adoption de la Constitution en 1950, on avait prévu que, pendant une période de quinze ans, l'anglais et l’hindi seraient utilisés aux fins officielles de l'Union (paragraphes 2 et 3):
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Article 343 2) Nonobstant toute disposition du paragraphe 1, pendant une période de quinze ans, à compter de la date de promulgation de la présente Constitution, l'anglais continuera d'être utilisé aux fins officielles de l'Union pour lesquelles il était déjà utilisé immédiatement avant la promulgation : Pendant ladite période, le président pourra autoriser par décret, aux fins officielles de l'Union, l'utilisation de la langue hindi, en plus de la langue anglaise, et des chiffres selon la forme devanagari, en plus des chiffres indiens selon la forme internationale. 3) Nonobstant les dispositions du présent article, après ladite période de quinze ans, le Parlement peut, par une loi, autoriser l'usage:
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Ces deux paragraphes revenaient à faire de l'anglais la «seconde langue officielle» du gouvernement fédéral. Ainsi, l’hindi et l’anglais sont déclarés les deux langues officielles de l’Union indienne (gouvernement central). Après un laps de temps de quinze ans, l’hindi devait en principe rester la seule langue officielle. Pourtant, ce n’est pas ce qui s’est passé. Il s'est révélé impossible de remplacer l'anglais par l'hindi, en raison de l'opposition des États du Sud, où l'on parle des langues dravidiennes. Ces États estimèrent que l’État central tentait d’imposer l’hindi dans tous les États du pays, y compris ceux du Sud, et ils ont plutôt préféré continuer à utiliser l’anglais, une langue apparemment plus «acceptable» pour eux parce que, contrairement à l'hindi, elle n'est pas associée à une ethnie en particulier. Plus tard, l'Official Languages Act de 1963 instaura de façon statutaire l'hindi et l'anglais comme langues utilisées au Congrès, tandis que les États et les territoires conservèrent le choix de leurs langues officielles.
Rappelons que l'hindi standard correspond à la codification de la khari boli ou khariboli (signifiant «la langue qui se tient» ou «la langue debout»), parlée à l'origine dans la région comprise entre les districts situés à l'ouest de l'Uttar Pradesh : Mathura, Meerut et Agra. C'est une langue très normalisée et très «sanskritisée» (influencée par le sanskrit), correspondant à celle des manuels scolaires et de l'enseignement.
Le Parlement fédéral indien a adopté en 1963 la loi no 19, appelée Loi sur les langues officielles (Languages Official Act). Cette loi modifiée en 1967 fixait les conditions d'utilisation tant de l'hindi que de l'anglais dans la conduite des affaires relevant de la juridiction du gouvernement fédéral, ainsi que dans les cours de justice. L'article 3 de la Loi sur les langues officielles autorise le report de l'expiration de la période de quinze ans quant à l'usage de l'anglais:
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Section 3 1) Notwithstanding the expiration of the period of fifteen years from the commencement of the Constitution, the English language may, as from the appointed day, continue to be used in addition to Hindi,
Provided that the English language shall be used for purposes of communication between the Union and a State which has not adopted Hindi as its Official Language: Provided further that where Hindi is used for purposes of communication between one State which has adopted Hindi as its official language and another State which has not adopted Hindi as its Official Language, such communication in Hindi shall be accompanied by a translation of the same in the English language: Provided also that nothing in this sub-section shall be construed as preventing a State which has not adopted Hindi as its official language from using Hindi for purposes of communication with the Union or with a State which has adopted Hindi as its official language, or by agreement with any other State, and in such a case, it shall not be obligatory to use the English language for purposes of communication with that State. |
Article 3 1) Malgré l'expiration de la période de quinze ans à partir de l'application de la Constitution, la langue anglaise, à ce jour désigné, peut continuer à être employée en plus de l'hindi,
À la condition que la langue anglaise soit employée à des fins de communication entre l'Union et un État qui n'a pas adopté l'hindi comme langue officielle; À la condition que, de plus, là où l'hindi est employé pour des fins de communication entre un État qui a adopté l'hindi comme langue officielle et un autre État qui n'a pas adopté l'hindi comme langue officielle, une telle communication en hindi sera accompagnée par une traduction équivalente en langue anglaise; À la condition également que rien dans ce paragraphe ne sera interprété comme un empêchement de la part d'un État qui n'a pas adopté l'hindi comme langue officielle d'employer l'hindi à des fins de communication avec l'Union ou avec un État qui a adopté l'hindi comme langue officielle, ou selon l'accord avec un autre État et, dans un tel cas, il ne sera pas obligatoire d'employer la langue anglaise pour les fins de communication avec cet État. |
Autrement dit, l'hindi ou l'anglais peut être employé à des fins de communication entre un ministère, un département ou un bureau du gouvernement central, toute société possédée ou contrôlée par le gouvernement central. Le même article (au paragraphe 3) permet l'utilisation des deux langues, l'hindi ou l'anglais, dans les résolutions, les ordonnances générales, les règlements, les avis, les documents administratifs et autres rapports ou communiqués de presse publiés ou rédigés par le gouvernement central ou par un ministère, un département, un bureau, une société possédée ou contrôlée par le gouvernement central. Il en est ainsi des contrats, accords, autorisations, permis, avis et appels d'offres relevant du gouvernement fédéral ou d'un ministère, d'un département, d'un bureau ou d'une société d'État.
Le gouvernement fédéral peut, par règlement, prévoir les langues à employer pour des fins officielles de l'Union, y compris le fonctionnement des ministères, services, sections ou bureaux, mais dans tous les cas il faudra s'assurer que les fonctionnaires ou les employés ayant la maîtrise linguistique en hindi ou en anglais peuvent fonctionner pertinemment tout en n'étant pas placés dans une situation défavorable du fait qu'ils ne possèdent pas la compétence des deux langues. Le paragraphe 5 du même article 3 prévoit que les dispositions quant à l'usage de l'anglais demeureront en vigueur jusqu'à ce jusqu'à ce que des résolutions pour l'abandon de l'anglais pour les fins mentionnés par la loi aient été adoptées par les législatures de tous les États qui n'ont pas choisi l'hindi en tant que langue officielle. Il faut aussi qu'une résolution pour un tel abandon ait été acceptée par chacune des Chambres du Parlement fédéral:
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Section
3
5) The provisions of clause (a) of sub-section (1), and the provisions of sub-section (2), sub-section (3) and sub-section (4) shall remain in force until resolutions for the discontinuance of the use of the English language for the purposes mentioned therein have been passed by the legislatures of all the States which have not adopted Hindi as their Official Language and until after considering the resolution aforesaid, a resolution for such discontinuance has been passed by each House of Parliament. |
Article
3
5) Les dispositions de l'alinéa (a) du paragraphe (1) et celles des paragraphes (2), (3) et (4) demeureront en vigueur jusqu'à ce jusqu'à ce que des résolutions pour l'abandon de l'usage de l'anglais pour les fins mentionnés ci-dessus aient été adoptées par les législatures de tous les États qui n'ont pas choisi l'hindi en tant que langue officielle et jusqu'à ce, ayant considéré la résolution susmentionnée, une résolution pour un tel abandon ait été accepté par chacune des Chambres du Parlement. |
L'article 4 prévoit la création d'un Comité sur la langue officielle. Il peut paraître quelque peu insolite que ce comité porte sur «la langue officielle» alors qu'il en existe deux: l'hindi et l'anglais. Or, ce comité de 30 membres est constitué pour évaluer le progrès accompli dans l'emploi de l'hindi à des fins officielles et de soumettre un rapport au président du Congrès en faisant des recommandations à ce sujet. Le président peut, après considération du rapport en question, donner des directives en accord en totalité ou en partie à ce sujet.
L'article 5 de la Loi sur les langues officielles précise que le texte en version hindi d'une loi fédérale sera considéré comme faisant foi par rapport à l'anglais (ou à toute autre langue):
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Section 5 1) A translation in Hindi published under the authority of the President in the Official Gazette on and after the appointed day-
2) As from the appointed day, the authoritative text in the English language of all Bills to be introduced or amendments thereto to be moved in either House of Parliament shall be accompanied by a translation of the same in Hindi authorised in such manner as may be prescribed by rules made under this Act. |
Article 5 1) Une traduction en hindi publiée sous l'autorité du président dans la Gazette officielle et après le jour désigné:
2) À partir du jour désigné, le texte autorisé en langue anglaise de tous les projets de loi à être présentés ou des modifications à être proposées dans l'une ou l'autre Chambre du Parlement sera accompagné par une traduction équivalente autorisée en hindi de façon telle qu'il peut être prescrit par des règlements adoptés selon cette loi. |
La Loi sur les langues officielles semblent privilégier ainsi l'usage de l'hindi sur l'anglais. Ainsi, l'article 6 de la loi précise même que là où la législature d'un État (sauf pour le Jammou-et-Cachemire) prescrit une autre langue que l'hindi dans l'usage des lois adoptées par la législature de cet État ou dans les ordonnances promulguées par le gouverneur de ce même État, une traduction équivalente en hindi, en plus d'une traduction en anglais, peut être publiée sous l'autorité du gouverneur de l'État dans la Gazette officielle de l'État et, en ce cas, la traduction en hindi d'une telle loi «sera considérée comme le texte faisant foi».
En vertu de l'article 7 de la Loi sur les langues officielles, le gouverneur d'un État (sauf pour le Jammou-et-Cachemire) peut, avec le consentement préalable du président du Parlement, autoriser l'emploi de l'hindi ou de la langue officielle de l'État, en plus de l'anglais, pour l'usage de tout jugement, décret ou arrêté passé ou édicté par la Haute Cour de cet État et pour tout jugement, décret ou arrêté passé ou édicté dans une telle langue (autre que l'anglais). On peut consulter une version bilingue (anglais-français) du texte de loi fédérale en cliquant ICI, s.v.p.
La Loi sur les langues officielles de 1963 est complétée par les Règlements sur les langues officielles (The Official Languages Rules) de 1976 modifiés en 1987. L'article 2 des Règlements distingue trois régions d'application des langues officielles:
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1) la Région «A» (en rosé): toujours en hindi
2) la Région «B» (en orangé): habituellement en hindi
3) la Région «C» (en vert): en anglais
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L'article 3 des Règlements sur les langues officielles précise que les communications entre un bureau central du gouvernement et un État ou un territoire de l'Union situé dans la Région «A», sauf dans des cas exceptionnels, est en hindi et, si toutes les communications sont publiées à chacun d'entre eux en anglais, celles-ci devront être accompagnées d'une traduction en hindi. La Région «B» est soumise aux mêmes exigences, sauf que les communications sont «habituellement» en hindi. Cependant, les communications d'un bureau central du gouvernement ou d'un territoire de l'Union de la Région «C» sont en anglais. Les communications entre un bureau du gouvernement central de la Région «C» à un État ou un territoire de l'Union de la Région «A» ou de la Région «B» peuvent être en hindi ou en anglais.
L'article 4 des Règlements sur les langues officielles énonce que, dans la Région «A», les communications entre les ministères ou départements du gouvernement central peuvent être en hindi ou en anglais; les communications entre les bureaux du gouvernement central situés dans la Région «A» et des bureaux de la Région «B» ou la Région «C» peuvent être en hindi ou en anglais. Les communications entre les bureaux du gouvernement central situés dans la Région «B» ou la Région «C» peuvent être en hindi ou en anglais;
En vertu de l'article 6 des Règlements sur les langues officielles, l'hindi et l'anglais seront employés pour tous les documents mentionnés dans la Loi sur les langues officielles et il sera de la responsabilité des personnes signant de tels documents d'assurer que ces derniers soient faits, rédigés ou publiés en hindi et en anglais.
Selon l'article 8 des Règlements sur les langues officielles, aucun employé du gouvernement central possédant une connaissance fonctionnelle de l'hindi n'a le droit de ne pas demander une traduction en anglais d'un document rédigé en hindi, sauf dans le cas des documents de nature juridique ou technique.
À l'article 10, la réglementation considère qu'un employé possède une connaissance de l'hindi comme langue de travail lorsqu'il a réussi la «matriculation» ou un examen équivalent en hindi, ou l'examen dit «Pragya» ou encore tout autre examen proposé par le gouvernement central. Le personnel d'un bureau du gouvernement central sera considéré comme ayant acquis une connaissance de l'hindi comme langue de travail si 80 % du personnel a déjà acquis cette connaissance.
D'après l'article 11 des Règlements sur les langues officielles, les noms, en-têtes et inscriptions rédigés sur des enveloppes et autres articles de papeterie utilisés dans les bureaux du gouvernement central doivent être à la fois en hindi et en anglais.
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L'un des organismes linguistiques les plus importants en Inde est le Department of Official Language ou DOL ("Département de la langue officielle"), qui est sous la juridiction du ministère des Affaires intérieures (Ministry of Home Affairs), lequel est autorisé à superviser la situation et les usages des langues officielles du pays. En fait, ce ministère supervise aussi le Department of Home (Département de l'Intérieur), le Department of Internal Security (Département de la sécurité intérieure) et le North Eastern Council (Conseil du Nord-Est). Afin de garantir la conformité de la Constitution et des dispositions juridiques relatives à la langue officielle et de promouvoir l'usage de l'hindi aux fins officielles de l'Union, le Département de la langue officielle a été créé en juin 1975 comme un service (département) distinct du ministère des Affaires intérieures (Ministry of Home Affairs). Depuis lors, ce département a fait des efforts pour implanter progressivement l'hindi aux fins officielles de l'Union. |
Le Département de la langue officielle s'est vu confier les tâches suivantes:
1) La mise en œuvre des dispositions de la Constitution relativement à la langue officielle et les dispositions de la Loi sur les langues officielles de 1963, sauf si les mesures d'implantation relève d'un autre service.
2) L'approbation préalable du président pour autoriser l'usage limité d'une autre langue que l'anglais dans la procédure de la Haute Cour d'un État.
3) La responsabilité primordiale de toutes les questions concernant l'usage progressif de l'hindi comme langue officielle de l'Union, y compris la formation en hindi pour les employés du gouvernement central et la publication de magazines, journaux et autres documents connexes.
4) La coordination de toutes les questions relatives à l'usage progressif de l'hindi comme langue officielle de l'Union, y compris la terminologie administrative, les manuels, les cours de formation et l'équipement exigé (avec un alphabet normalisé).
5) La constitution et la gestion cadre du Service de secrétariat central de la langue officielle (Central Secretariat Official Language Service).
6) Les questions concernant le Bureau central de la traduction (Central Translation Bureau).
7) Les questions concernant le Kendriya Hindi Samiti, y compris ses sous-comités; cet organisme de décision politique, constitué en 1967 et présidé par le premier ministre de l'Inde, détermine les linges directrices pour la diffusion et l'usage progressif de l'hindi comme langue officielle de l'Union.
8) La coordination des travaux concernant les Hindi Salahkar Samities créés par les divers ministères et départements.
Le Département de la langue officielle (Official Language Department) doit publier annuellement un programme relatif au développement de l'hindi comme langue officielle et à son usage à des fins officielles. Le gouvernement indien constate que, bien que des progrès importants aient été remarqués et que la visibilité de l'hindi ait beaucoup augmenté, la langue de travail demeure encore l'anglais dans de nombreux bureaux, départements et ministères. On peut lire les Directives importantes relatives à la politique sur la langue officielle de 2009. Dans ce texte, le gouvernement central présente sa politique linguistique pour l'année 2009 concernant l'emploi de l'hindi comme langue officielle.
Afin d'améliorer le statut de l'hindi au sein de l'appareil gouvernemental, il apparaît nécessaire que les ordonnances présidentielles soient respectées par les ministères, départements et bureaux; que les technologies de l'information rendent disponibles en hindi l'emploi des ordinateurs, des courriers électroniques et des sites Web; que des mesures nécessaires soient prises pour élaborer une documentation technique en hindi par les départements concernés; que la formation des sténographes en hindi soit accélérée; que le personnel affecté au département relié à la langue officielle soit mieux formée pour mieux faire face à ses obligations; que la politique linguistique soit basée sur l'encouragement et la motivation.
L'anglais et l'hindi sont, depuis 1950, utilisés lors des débats au Parlement fédéral de Delhi, mais aussi au Conseil des ministres, dans l'administration centrale, dans les formulaires et les symboles de l'État (timbres et billets de banque), ainsi que dans l'affichage à l'intérieur des territoires fédéraux.
4.1 Les affiches gouvernementales
En fait, les inscriptions gouvernementales sur les édifices fédéraux dans les États accordent toujours la prépondérance à l'anglais dans toute la partie nord du pays; dans les États de langue dravidienne (la partie sud), États traditionnellement réfractaires à l'hindi, seul l'anglais est utilisé. Dans les communications entre États, l’anglais est très souvent la seule langue utilisée, surtout s’il s’agit du gouvernement fédéral à l’égard d’un État dont l’hindi n’est pas une langue officielle ou co-officielle. En réalité, l'usage de l'hindi et de l'anglais dépend des trois régions administratives. Par exemple, dans la Région «A», la correspondance en hindi varie autour de 50 % (les machines à écrire étant en alphabet devanagari à 100 %), alors que dans la Région «B» elle se situe à 35 % et à 20 % dans la Région «C» (les machines à écrire étant en alphabet devanagari à 55 %).
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4.2 Les billets de banque En principe, sur les 22 langues constitutionnelles reconnues, on peut trouver les 15 langues suivantes sur les billets de banque (roupies): l'hindi, l'anglais, l'assamais, le bengali, le gujarati, le kannada, le kashmiri, le malayalam, le marathi, l'oriya, l'ourdou, le panjabi, le sanskrit, le tamoul et le télougou. Cependant, l'emploi de ces langues n'est disponible que sur le côté pile des billets de banque dans un encadré de gauche. Partout ailleurs, c'est le bilinguisme intégral hindi-anglais avec une certaine prépondérance de l'hindi sur l'anglais. 4.3 Les médias Dans ce vaste pays linguistiquement très diversifié, les journaux sont publiés dans plus d'une centaine de langues, dont une vingtaine sont numériquement plus importantes que d'autres. La part du lion revient à l'hindi avec plus de 2500 quotidiens. Suivent les quotidiens en ourdou (534), en anglais (407), en marathi (395), en tamoul (366), en kannada (364), en malayalam (225), en télougou (180), en gujarati (159), en panjabi (107) et en bengali (103). |
La situation est plus ou moins similaire à la radio, car les langues citées précédemment sont les plus employées dans les stations radiophoniques; au total, il y a plus de 80 langues. Les bulletins nationaux sont tous diffusés dans les onze langues précitées (parfois seize). Les canaux de télévision diffusent beaucoup en hindi et en anglais, mais la libéralisation de la télévision en Inde a contribué à la croissance des canaux dans toutes les langues régionales officielles des États: assamais, bengali, bodo, dogri, gujarati, hindi, kannada, kashmiri, konkani, maithili, malayalam, manipouri, marathi, mizo, népali, oriya, panjabi, ourdou, santali, sindhi, tamoul, télougou, tripouri.
4.4 Les garanties linguistiques
Le gouvernement central a élaboré une politique linguistique à l'usage des États. Toutefois, il n'est pas assuré que chacun des États puisse se conformer aux principes suivants:
1) la traduction et la publication des textes de loi, règlements et avis importants, dans toutes les langues minoritaires parlées par au moins 15 % de la population totale d'un district ou un sous-district;
2) la déclaration du statut de «seconde langue officielle» ("second official language") pour les langues minoritaires parlées dans les districts où elles sont parlée par au moins 60 % de la population;
3) la réception et les réponses aux demandes des citoyens dans les langues des minorités;
4) l'instruction dans les langues maternelles des minorités linguistiques au niveau primaire;
5) l'instruction dans les langues des minorités au niveau secondaire;
6) l'inscription à l'avance des préférences linguistiques des élèves appartenant aux minorités linguistiques;
7) la disponibilité des manuels et d'enseignants dans les langues minoritaires;
8) la mise en pratique la formule des trois langues;
9) la distribution de brochures dans les langues des minorités énumérant les garanties disponibles aux minorités linguistiques;
10) la mise en place de mécanismes appropriés au niveau de l'État et des districts.
De plus, le gouvernement demande que la connaissance de la langue officielle de l'État ne soit exigée au moment du recrutement, mais qu'un test d'aptitude de la langue officielle de l'État soit prévu avant la fin de la probation;
Ces principes élaborés par les autorités centrales ont pour objectif principal de garantir aux membres des minorités qu'ils peuvent vivre dans leur État en toute sécurité pour leur langue maternelle. Mais la réalité fait en sorte que beaucoup d'Indiens acceptent mal la concurrence linguistique ou encore l'usage de petites langues dans leur district. Certains États ne tiennent pratiquement aucun compte des garanties linguistiques accordées aux minorités.
4.5 Les langues officielles
Au sein de chacun des États, l’article 345 de la Constitution a prévu l’usage d’une ou de plusieurs autres langues à des fins officielles:
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Article 345 Sous réserve des dispositions des articles 346 et 347, la législature d'un État pourra, par une loi, adopter une ou plusieurs des langues en usage, ou encore l'hindi, pour une ou plusieurs des fins officielles de l'État. Jusqu'à ce que la législature de l'État en décide autrement par une loi, l'anglais continuera d'être utilisé aux fins officielles de l'État pour lesquelles il était déjà utilisé immédiatement avant la promulgation de la présente Constitution. |
On sait ce qui est arrivé, environ 35 langues ont obtenu le statut de langue officielle ou de langue co-officielle dans un État — ce qui est différent de celui des 22 langues constitutionnelles : l’assamais, le bengali, le bhojpouri, le bhotia, le garo, le gudjarati, l’hindi, le kannada, le kashmiri, le khasi, le konkani, le kuki, le lushai, le malayalam, le manipouri, le marathi, le marwadi, le miau, le mizo, le naga, le népali, l’oriya, l’ourdou, le pahadi, le pendjabi, le rajasthani, le sindhi, le tamoul, le télougou et le tripouri. À ces langues il faut ajouter, bien sûr, l’anglais mais aussi le français dans l’État de Pondichéry.
Plus d'un demi-siècle d'efforts législatifs n'ont pas encore réussi à faire remplacer l'anglais par l'hindi. Les rapports de force ont fait que les choses se sont passées autrement. L'hindi a l'avantage d'être parlé, à des degrés divers, par environ la moitié de la population, mais il présente l'inconvénient majeur d'être associé à l'ethnie dominante et à la religion hindoue.
En 1967, lorsque le gouvernement fédéral a bien tenté de remplacer l'anglais par l'hindi, tous les États du Sud – le Kerala, l’Andhra Pradesh, le Tamil Nadu et le Karnataka – se sont soulevés d'un bloc. Cette décision a donné lieu à des révoltes sanglantes, puis les démissions se sont succédé aux démissions tant au gouvernement central que dans les gouvernements régionaux. Enfin, toutes les universités de l'Inde ont manifesté vivement leur opposition, tandis que les mouvements autonomistes explosaient partout dans le pays. Le gouvernement central a dû faire volte-face et, non seulement il a conservé l'anglais comme l'une des langues officielles, mais il a été contraint de créer d'autres États linguistiques.
Il est plus facile de conserver les privilèges de l'anglais en Inde que de promouvoir l'hindi, qui heurte les susceptibilités régionales, notamment dans le Sud où dominent les langues dravidiennes. La promotion de l'hindi est vue comme une forme de domination centripète et un facteur de dévalorisation des langues régionales. En prenant la parole à une assemblée publique à Madras (Chennai), le 29 avril 1963, C.N. Annadurai (1909-1969), un scénariste tamoul célèbre, qui allait devenir ministre en chef ("Chief Minister"), l'équivalent d'un premier ministre, du Tamoul Nadu en 1967, avait affirmé au sujet de l'hindi:
| We will go to every part of Tamil Nadu and tell the people that Hindi is coming and that it is like a thunder strike on the heads of Tamil and Dravidian people.... If Hindi were to become the official language of India, Hindi-speaking people will govern us. We will be treated like third rate citizens. | [Nous allons passer dans chaque partie du Tamil Nadu et dire aux gens que l'hindi s'en vient et qu'il est comme un coup de tonnerre sur la tête des Tamouls et des peuples dravidiens [...]. Si l'hindi devait devenir la langue officielle de l'Inde, les hindiphones nous dirigeront. Nous serons traités comme des citoyens de troisième zone.] |
C.N. Annadurai fut cité en justice le 3 décembre 1963 pour conspiration en vue de brûler la Constitution indienne. Il a donné des détails au juge en expliquant pourquoi il s'opposait à l'hindi comme langue officielle de l'Inde. Voici ce qu'il a alors affirmé:
| Making a language (Hindi) that is the mother tongue of a region of India the official language for all the people of India is tyranny. We believe that it will give benefits and superiority to one region (the Hindi-speaking region).... Danger to the people of Tamil Nadu because of Hindi becoming the official language of India is great. | [Rendre une langue (l'hindi), qui est la langue maternelle d'une région de l'Inde, officielle pour tous les citoyens de l'Inde, c'est de la tyrannie. Nous croyons que cette langue apportera des avantages et la supériorité à une région (la région hindiphone) [...]. Le danger pour la population du Tamil Nadu est grand à cause du fait que l'hindi deviendrait la langue officielle de l'Inde.] |
L'anglais, langue néocoloniale, pénètre
plus volontiers les structures des États régionaux, surtout dans le Sud,
parce qu'il ne représente pas une menace centralisatrice. Voici le point de
vue d'un nationaliste tamoul, Tamil Tribune en avril 2003
| This is not that Tamil people have a special love for English and
hatred for Hindi. This is the only equitable, fair official language
policy for an artificial country like India that consists of many
nations with their different languages, each spoken by tens of
millions of people. [...] The one and only equitable solution is to make English the sole official language of India. English is taught in every school in India, it is a necessary language for international communication and advanced studies in science and technology, and it gives no unfair advantage to any linguistic group in India. Ideally Tamils would like to see Tamil as the official language but as part of a multi-lingual country it is not possible. So we offer English as the compromise. It is not because we love English and hate Tamil. What Hindians want is to make Hindi the official language of India and get unfair advantages over others. If they are so proud of their language and could not accept English, I suggest that Hindi states form their own country, call it India or Hindia or whatever. |
[Ce n'est pas que les Tamouls ont une affection particulière pour
l'anglais et qu'ils détestent l'hindi. Ce n'est la seule politique
juste et équitable pour des langues officielles pour un pays
artificiel comme l'Inde, qui se compose de nombreuses nations avec
leurs langues différentes, chacune étant parlée par des dizaines de
millions de locuteurs [...]. La seule solution équitable est de rendre anglais la seule langue officielle de l'Inde. L'anglais est enseigné dans toutes les écoles de l'Inde, c'est une langue indispensable pour la communication internationale et les études supérieures en sciences et en technologie, et il n'occasionne aucun avantage injuste à un groupe linguistique particulier en Inde. Idéalement, les Tamouls aimeraient voir le tamoul comme langue officielle, mais ce n'est pas possible en faisant partie d'un pays multilingue. C'est pourquoi nous proposons l'anglais comme un compromis. Ce n'est pas parce que nous aimons l'anglais et que nous détestons le tamoul. Quels sont les «Hindiens» qui veulent rendre l'hindi langue officielle de l'Inde et obtenir des avantages injustes par rapport aux autres. S'ils sont si fiers de leur langue et ne peuvent pas accepter anglais, je suggère que les États hindiphones forment leur propre pays, qu'ils appelleront «Inde» ou «Hinde» ou tout autrement.] |
L'anglais favoriserait au contraire le maintien des langues régionales en gardant l'hindi dans un rôle plus secondaire. Aujourd'hui, l'hindi se répand dans les villes du Nord, mais il cède la place à l'anglais dans les villes du Sud, pendant que le gouvernement central doit continuer de privilégier cette langue néocoloniale jusqu'au Conseil des ministres. En somme, lors de la colonisation britannique, l'anglais était la «langue de l'oppresseur»; aujourd'hui, l'anglais reste le meilleur moyen de tenir tête à une autre langue qui a pris la relève: l'hindi.
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Article 29 Protection et intérêts des minorités 1) Tout groupe de citoyens résidant sur le territoire de l'Inde ou sur toute partie de celui-ci et ayant une langue, une écriture ou une culture distinctes a le droit de les conserver. 2) Aucun citoyen ne pourra se voir refuser l'admission dans un établissement scolaire tenu par l'État ou subventionné à même les fonds publics uniquement pour des raisons de religion, de race, de caste ou de langue. |
L’article 30 est très clair en ce qui concerne l'accès à des écoles pour les groupes minoritaires. Toutes les minorités, qu'elles soient linguistiques ou religieuses — et elles sont fort nombreuses —, ont le droit de créer et d'administrer des établissements d'enseignement:
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Article 30 Droit des minorités de créer et d'administrer des établissements scolaires 1) Toute minorité, par sa religion ou par sa langue, a le droit de créer et d'administrer les établissements scolaires de son choix. 1A) Au moment de promulguer une loi prévoyant l'acquisition obligatoire de toute propriété appartenant à un établissement scolaire créé et administré par une minorité telle qu'elle est décrite au paragraphe 1, l'État doit s'assurer que le montant fixé en vertu de cette loi pour ladite acquisition est tel qu'il ne restreint ni n'abolit les droits garantis par la présente. 2) Au moment d'accorder son aide à des établissements scolaires, l'État ne doit pas faire preuve de discrimination à l'endroit de quelque établissement scolaire que ce soit, sous prétexte qu'il est administré par une minorité religieuse ou linguistique. |
Dans les faits, il n’a pas été possible de prévoir des écoles pour toutes les minorités du pays. Sauf exception, seuls les groupes parlant une langue comptant environ un million de locuteurs ont pu bénéficier de cette disposition constitutionnelle, parfois de petites langues parlées par plus de 100 locuteurs ont réussi à obtenir que leur langue soit enseignée dans les écoles.
Ces langues minoritaires sont rarement enseignées au primaire, mais elles demeurent néanmoins sous la supervision d’un commissaire aux minorités linguistiques («Commissioner Linguistic Minorities» ou CLM), qui émet des recommandations aux différents gouvernements des États. Plusieurs de ceux-ci espèrent secrètement que les nombreuses petites langues de leurs administrés auront disparu avant même d’avoir été enseignées.
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La politique linguistique prônée par l'Union apparaît ambiguë. D'une part, elle vise à promouvoir l'hindi, d'autre part, elle doit éviter les susceptibilités régionales et tolérer l'anglais. Le problème, c'est que cette tolérance en vient à nuire à la diffusion de la langue indigène qu'est l'hindi au profit de la langue néocoloniale qu'est l'anglais. L’anglomanie, qui s’est développée en Inde, porte ainsi préjudice à l’épanouissement des langues du pays, que ce soit des langues indo-iraniennes ou des langues dravidiennes. Cette situation n’est pas sans effet négatif sur l’évolution dite normale de la société. Beaucoup d’hommes politiques dénoncent cette situation qu’ils qualifient d’«anormale» dans la mesure où il s’agit d’une langue coloniale qui a conservé des privilèges considérables. Cependant, la plupart des Indiens ne sont manifestement pas prêts à faire les compromis nécessaires pour supprimer l’anglais, notamment en ce qui a trait à l’emploi des langues dravidiennes au sein de l’Union fédérale. Pendant ce temps, l’anglais gagne du terrain, tandis que l’élite politique et économique du pays, dont certains décrient à haute voix l’usage de l’anglais, envoient leurs propres enfants dans les meilleures écoles anglaises du pays. C'est là que réside l'ambiguïté de la politique de l'Union.
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