République autonome de Crimée

Crimée

(Ukraine)

 

Capitale: Simferopol (Ak Mesjid)
Population: 2,5 millions (1998)
Langues officielles: russe et ukrainien
Groupe majoritaire: russe (65 %)
Groupes minoritaires: ukrainien (22 %), tatar de Crimée (10 %), biélorusse, arménien, bulgare, allemand, grec et caraïte
Système politique: république autonome au sein de la république d’Ukraine
Articles constitutionnels (langue): art. 10, 11, 12 et 24 de la Constitution ukrainienne de 1996
Lois linguistiques ukrainiennes: la Loi sur la langue (1989); la Déclaration des droit des nationalités en Ukraine (1991); la Loi sur la citoyenneté (1991); la Loi sur les minorités nationales en Ukraine (1992); la Convention-cadre des langues minoritaires (en vigueur: 1998).

1 Situation géographique

La République autonome de Crimée couvre une superficie de 26 100 km² (Belgique: 30 527 km²). C’est une presqu’île qui se détache de l'Ukraine (au sud) en s’enfonçant dans la mer Noire qui borde toutes ses côtes, sauf pour la côte nord-est baignée par la mer d’Azov. 

La Crimée fait juridiquement partie de l’Ukraine depuis 1954 et constitue une république autonome, malgré l'opposition d'une partie de ses habitants (Russes et Tatars).

La capitale est Simferopol (Ak Mesjid), une ville de 343 700 habitants. Les autres villes importantes sont Sevastopol (Akyar), Kerch, Feodosiya, Yalta et Yevpatoriya (Gözleve). 

2 Données démolinguistiques

En 1998, la population de la Crimée comptait 2,5 millions d’habitants, dont de 65 % de Russes (langue slave), 22 % d’Ukrainiens (langue slave) et 10 % de Tatars (langue altaïque). On dénombre aussi 3 % de petites minorités biélorusses, bulgares, arméniennes, allemandes, grecques, estoniennes et juives ou caraïtes (karaim); le caraïte est une langue altaïque parlée par les juifs de Crimée. Non seulement les russophones constituent le groupe majoritaire en Crimée, mais ils sont dispersés partout sur le territoire avec des zones unilingues dans le Sud. Les Ukrainiens occupent également une bonne partie du territoire, notamment la partie plus septentrionale. Quant aux Tatars, ils sont regroupés près des centres urbains. 

Durant toute l’époque soviétique, les Tatars de Crimée, qui sont aujourd'hui considérés comme une population «autochtone», furent appelés les «Turcs tatars». Ils parlent en effet une langue turque de la famille altaïque appelée parfois le crimo-tatar ou turc criméen.

Groupes altaïques Langues

Turc
(turcique)

turc, turkmène, crimo-tatar, ouzbek, ouïgour, azéri, kazakh, kirghiz, tatar, gagaouze, karakalpak, bachkir, yakoute, tchouvache, karachaï-balkar, koumik, shor, etc.

Mongol

khalkha, oïrat, bouriat, kalmouk, xorein, évenki, darkhat, kalmik-oirat, etc.

Toungouze

mandchou, lamout, éven, nanai, negidal, oroch, orok, oudihe, oulch. etc. 

On compte au moins 6,6 millions de Tatars dans le monde, dont 260 000 en Crimée (1998); et 300 000 (en 2001). Le plus gros contingent se trouve dans la fédération de Russie avec 86 % de tous les locuteurs du tatar: Azerbaïdjan (31 787), Géorgie (3102), Kazakhstan (328 000), Kirghizie (70 000), Tadjikistan (80 000), Turkménistan (40 434), Ukraine (90 542), Ouzbékistan (468 000). Les autres habitent la Lettonie (5000), l’Estonie (4000), la Lituanie (5100), la Finlande (1000), l’Afghanistan (350), la Chine (1000) et les États-Unis (de 7000 à 10 000). On compterait peut-être de deux à quatre millions de Tatars de Crimée en Turquie, qui descendent dans l'ensemble d'immigrés du XIXe siècle, mais ils ont perdu depuis longtemps leur langue et sont aujourd'hui bien assimilés à la majorité turque. Dans la république de Crimée, la plupart des Tatars habitent dans des établissements concentrés à la périphérie des centres urbains, ce qui contribue à leur isolement. Les représentants de cette communauté parlent ghettoïsation!

La langue tartare n’est pas un idiome uniforme: on distingue, par exemple, le «moyen tatar» (ou tatar kazan), le «tatar occidental», le «tatar oriental» (ou tatar sibérien), le «tatar de Crimée,» etc. La variété dialectale du tatar de Crimée correspond essentiellement à une langue parlée, très influencée par d’autres langues, notamment le turc de Turquie, mais aussi l’arabe, le persan et le russe. Même si le tatar de Crimée demeure une langue de communication au sein de la communauté, sa connaissance reste en grande partie limitée à l’oral et aux communications informelles. D’ailleurs, le tatar de Crimée ne dispose pas de vocabulaire technique ni scientifique nécessaire à toute langue moderne.

En ce qui a trait à la religion, la plupart des Russes et des Ukrainiens sont de confession orthodoxe, mais les Tatars de Crimée appartiennent à la religion islamique ou caraïte (une toute petite minorité d’environ 500 personnes).

3 Données historiques

La Crimée était connue dans l'Antiquité sous le nom de Chersonèse taurique. Elle fut habitée par les Cimmériens, puis par les Scythes avant d’être colonisée par les Grecs (au VIe siècle avant notre ère) qui y établirent des comptoirs commerciaux. Les Grecs fondèrent vers -480 le royaume du Bosphore cimmérien, qui passa sous le protectorat romain en -47.

Par la suite, la Crimée fut successivement occupée par les Goths, les Huns, les Khazars, les Russes, les Coumans. Les Génois y avaient fondé, à partir de 1275, de nombreux comptoirs sur la côte, qu'ils durent abandonner en 1475, lorsque les Tatars y organisèrent un khanat indépendant tout en reconnaissant la suzeraineté ottomane. Les plus vieux textes en tatar de Crimée datent du XIIIe siècle; ils étaient écrits en alphabet arabe. Les Tatars s’intégrèrent complètement à l’Empire ottoman à partir au XVIe siècle et devinrent tous des turcophones musulmans.

3.1 La Crimée russo-soviétique

Après la première guerre russo-turque (1788-1774), la Crimée, rendue indépendante par le traité de Kutchuk Kaïnardji, fut annexée par la Russie de Catherine II en 1783; le feld-maréchal Potemkine y aménagea la puissante forteresse et base navale de Sébastopol. Au moment de l'annexion russe (1783), les Tatars étaient environ 500 000 à vivre dans cette péninsule. Après la révolution russe de 1917, la Crimée fut érigée en république autonome (1921) sous le nom de république du Tatarstan, et ce, dans le but explicite de réparer les mauvais traitements que les Tatars avaient subis pendant la période tsariste. Bien que les Tatars fussent minoritaires (25 %), ils occupaient une place politique prépondérante au sein de la république autonome. À partir de cette époque, les Tatars de Crimée passèrent de l’alphabet arabe à alphabet latin (jusqu'en 1938), à l’instar de la Turquie de Mustafa Kemal Atatürk qui, en 1924, avait délaissé l’alphabet arabe pour l’alphabet latin.

Cependant, la tolérance du pouvoir soviétique à l’égard des minorités nationales (polonaise, ukrainienne, allemande, tarare, etc.) ne dura guère, et la libéralisation de la Crimée prit fin en 1928. Les persécutions reprirent de plus belle avec des campagnes intensives de russification et de soviétisation. Entre 1928 et 1939, près de 35 000 à 40 000 Tatars furent emprisonnés ou déportés. La classe intellectuelle fut complètement exterminée. L'étude et l’enseignement de la langue et de la littérature tartare furent systématiquement interdits, de même que les publications et la presse en tatar. Tous les mots d'origine persane, turque ou arabe furent remplacés par des emprunts russes, tandis que l’alphabet cyrillique fut imposé par Staline en lieu et place de l’alphabet latin. Ainsi, en moins de vingt ans, les Tatars ont changé trois fois d’alphabet (arabe, latin et cyrillique). Après la défaite des Soviétiques en octobre 1941, on comprendra que les Allemands furent accueillis presque comme des libérateurs. Néanmoins, vers la fin de l'occupation, soit en décembre 1943 et en janvier 1944, les Allemands détruisirent complètement 128 villages dans les montagnes de la Crimée.

Puis la Crimée fut reconquise par les Soviétiques en 1944, tandis que les Tatars, au nombre de quelque 200 000 à l’époque, furent accusés collectivement de collaboration avec les nazis. Beaucoup de Tatars de Crimée auraient trahi «la Patrie» en abandonnant les unités de l'Armée rouge qui ont défendu la Crimée et en se rangeant du côté des Allemands, puis en exerçant des «représailles sauvages contre des partisans soviétiques» et en infiltrant l’Armée rouge d’espions et de saboteurs. Le 11 mai 1944, le Comité de défense de l’État, dirigé par Joseph Staline, émit le décret no 5859 qui ordonnait, pour le 1er juin suivant, le bannissement de tous les Tatars du territoire de la Crimée. En réalité, Staline devait déporter 90 % de la population tatare «de manière permanente» en tant que «colons spéciaux» dans des régions de la République socialiste soviétique de l'Ouzbek.

Les Tatars furent transportés en Sibérie dans des wagons à bestiaux insalubres, sans équipement sanitaire, avec les portes verrouillées de l’extérieur; le coût du transport devait être le même que celui des prisonniers et des forçats. Durant les deux premières années, 46 % des déportés succombèrent à la malnutrition et à la maladie ou moururent dans les camps de concentration de Sverdlovsk. La vie en exil de ces «colons spéciaux» se révéla très difficile, car le but des autorités soviétiques était la complète russification de la nation tatare. En tant que «peuple puni», les Tatars de Crimée vécurent sous haute surveillance militaire; ils n’eurent pas le droit, sous peine de mort, de s’éloigner de plus de cinq kilomètres de leur lieu d’habitation. Évidemment, leur langue fut interdite dans les écoles, la littérature et la recherche. En 1946, la République autonome de Crimée fut abolie et la Crimée fut repeuplée par des Russes; tous les toponymes furent rebaptisés par des noms russes. Juridiquement parlant, les Tatars déportés cessèrent d’exister. On les oublia, mais les décennies de répression et d’assimilation forcée n’ont pas détruit l’identité nationale des Tatars.

Après la mort de Staline (1953), le nouveau président de l’URSS, Nikita Khrouchtchev, dénonça la politique «injustifiée» de déportation appliquée par son prédécesseur. Les Tatars, comme les autres peuples déportés (Polonais, Lituaniens, Allemands, etc.), retrouvèrent quelques-uns de leurs droits, mais ne furent pas autorisés à rentrer dans leur pays. En 1954, la Crimée fut cédée par Khrouchtchev à l'Ukraine, dans l'indifférence générale. Le 5 septembre 1967, le Décret du présidium du Soviet suprême de l'URSS portant sur les citoyens de nationalité tatare autrefois résidant en Crimée innocenta les Tatars, parce que les accusations passées s’étaient révélé «sans fondement». Toutefois, aucune mesure ne fut prise pour faciliter leur retour en Crimée, ni pour les indemniser pour perte de vie ou de biens. En 1987, les Tatars manifestèrent à Moscou pour réclamer leur droit de retourner en Crimée, mais jusqu'aux derniers jours de l'URSS (1988-1989) ils ne furent pas autorisés à rentrer en Crimée. 

À la faveur de la perestroïka, les minorités déportées de l’URSS acquirent une marge de manoeuvre dont elles tirèrent rapidement parti; les sentiments nationaux identitaires refirent surface, ce qui suscita le désir chez ces minorités de retourner sur la terre de leurs ancêtres. Vers le milieu de l’année 1990, environ 90 000 Tatars de Crimée étaient déjà retournés de leur propre initiative dans leur patrie d’origine; à l’automne de 1991, leur nombre avait atteint les 150 000. En avril 1991, le Soviet suprême de l'URSS déclarait «illégales et criminelles» toutes les lois concernant les déportations. Les peuples déportés étaient enfin réhabilités (sans indemnisation).

En août 1991, soit peu de temps après la dissolution de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et l’indépendance de l’Ukraine (29 août 1991), la possession de la Crimée attisa les tensions entre la Russie et l'Ukraine, surtout en raison du problème du stationnement de la flotte russe dans la mer Noire. Un mouvement sécessionniste dirigé par des Russes se forma en Crimée qui proclama elle-même son indépendance (sous réserve d’un référendum), mais l’indépendance fut finalement abrogée en 1992. Le Parlement de la fédération de Russie (ou Soviet suprême russe) déclara nul et caduc le transfert de 1954 qui rattachait la Crimée à l'Ukraine et donna le statut de République autonome à cette région. Quant au gouvernement ukrainien, il n’avait jamais cessé de vouloir maintenir cette région à l'intérieur de l'Ukraine.

3.2 La Crimée ukrainienne

En janvier 1994, les premières élections à la présidence de la Crimée eurent lieu. La plupart des candidats (cinq sur six) à la présidence soutinrent publiquement le rattachement de la Crimée à la Russie, dont le gagnant, Iouri Mechkov, un ancien garde-frontière soviétique et procureur juridique. Celui-ci promit un référendum sur l’indépendance de la Crimée, qui fut finalement remplacé par un «sondage» au cours duquel plus de 70 % des électeurs de Crimée — tous des Russes — votèrent en faveur d'une plus grande indépendance vis-à-vis de l'Ukraine et pour le droit à la double nationalité russe et ukrainienne. Finalement, la Russie se ravisa et finit par reconnaître la Crimée comme faisant partie de l’Ukraine.

En mars 1995, le Parlement ukrainien, profitant des dissensions entre le président Mechkov de Crimée (un russophone) et le Parlement local, prit la décision d'annuler l'autonomie accordée par la Russie à la république de Crimée. Dans l’état actuel des choses, la république de Crimée est une entité autonome, mais faisant partie «intégrante et inséparable» de l’Ukraine. Plusieurs dispositions de la Constitution ukrainienne de 1996 — les articles 134 à 139 — sont consacrées à la République autonome de Crimée qui, par ailleurs, est dotée de sa propre constitution (1998) selon laquelle elle exerce le pouvoir dans des domaines comme la préservation de la culture et de la langue. Les représentants de la minorité tatare projettent de revenir à l’alphabet latin, à l’exemple de plusieurs républiques turques de l’ex-URSS. Jusqu’ici, ce changement d'alphabet semble avoir été plus symbolique que réel; bien que les panneaux d’affichage et les enseignes apparaissent de plus en pus en alphabet latin, les journaux et les livres continuent d’être rédigés en alphabet cyrillique. Mais il est possible que les Tatars de Crimée, même s’ils sont pour le moment en retard en ce domaine, deviennent en réalité les premiers à transformer complètement l’orthographe de leur langue.

3.3 Le retour des Tatars en Crimée

Au cours des dix années qui ont suivi la disparition de l’URSS (1991), environ 300 000 Tatars de Crimée, parmi une population totale estimée à 400 000 ou 550 000, sont rentrés dans leur pays d’origine dans des conditions matérielles difficiles, après avoir perdu tous leurs biens en Russie, en Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Kazakhstan. Leurs problèmes ne furent pas résolus pour autant, car étant très minoritaires — seulement 10 % — ils doivent depuis se battre non seulement pour faire reconnaître leurs droits politiques, économiques et culturels, mais aussi pour assurer leur survie matérielle. En prenant la décision de rentrer en Crimée, de nombreux Tatars ont été guidés par des espoirs irréalistes et alimentés par certains de leurs dirigeants politiques.

Aujourd’hui, les membres de cette communauté souffrent de ghettoïsation, car la plupart des rapatriés vivent dans des établissements concentrés à la périphérie des villes, ce qui ajoute à leur isolement. Les problèmes des Tatars sont importants: ils portent d’abord sur la question de la citoyenneté (sans citoyenneté, pas d’emploi, pas d’instruction, pas de soins, etc.), puis l'emploi (un taux de 60 % de chômage), le logement (généralement des abris de fortune), la sécurité sociale (soins de santé prohibitifs), l’éducation, ainsi que la protection culturelle et linguistique. La pleine restauration de l'identité nationale des Tatars de Crimée exige également la disparition de tous les vestiges de xénophobie et de discrimination auxquels ils se sont heurtés dans le passé. Or, les Tatars de Crimée doivent encore affronter la discrimination et l’hostilité des Russes qui les associent toujours, après un demi-siècle, à la collaboration nazie. En somme, quand la population russophone ne fait pas preuve d’une regrettable xénophobie des musulmans, elle se contente de les ignorer et de les parquer dans des «réserves», sans eau courante ni électricité. Les Ukrainiens sont plus tolérants envers les Tatars, car c'est une façon pour eux de diminuer la force politique des Russes de Crimée.

À l’heure actuelle, la plupart des responsables tatars et ukrainiens estiment que la quasi-totalité de ceux qui vivent encore en Asie centrale (Ouzbékistan) et en Russie — environ 250 000 personnes — retourneront un jour en Crimée. À ces retours pourraient s'ajouter ceux des Grecs, Bulgares et Allemands qui ont des attaches en Crimée; ils sont estimés par les Ukrainiens à quelque 50 000 personnes. Au rythme d’un programme ukrainien autorisant le retour de 50 000 personnes par année, on peut s’attendre à quelques années de migration.

4 La politique linguistique

La politique linguistique est d’abord déterminée par la majorité russophone de la République autonome de Crimée et, ensuite, par les Ukrainiens qui gouvernement le pays. C'est une politique de bilinguisme russo-ukrainien déséquilibré à l'avantage du russe. Les Tatars réclament le statut de «peuple autochtone». En conséquence, ils désirent que leur langue soit reconnue au même titre que l’ukrainien et le russe. Les représentants tatars disent s’appuyer sur les paragraphes 3 et 4 de l’article 10 de la Constitution ukrainienne, qui énoncent les dispositions suivantes:

Article 10

3) En Ukraine, le libre développement, l’usage et la protection du russe et des autres langues des minorités nationales de l’Ukraine sont garantis.

4) L’usage des langues en Ukraine est garanti par la Constitution de l’Ukraine et est fixé par la loi.

Mais les Russes estiment que cette demande est tout simplement irréaliste, et ils contrôlent massivement le pouvoir local. Pour sa part, le gouvernement ukrainien affirme que la Loi sur les minorités nationales en Ukraine (1992) accorde la possibilité d’utiliser la langue d’une minorité là elle forme la majorité réelle de population. En Crimée, l’éparpillement des Tatars sur le territoire rend difficile l’application de la loi, sauf dans quelques petits villages où ils forment une majorité.

4.1 Les langues du Parlement autonome

Jusqu’en 1998, les Tatars ont été pratiquement absents de toute représentation au Parlement autonome de la Crimée. Étant donné que les élections se font au scrutin majoritaire et que les Tatars constituent une minorité de 10 % dispersée sur l’ensemble du territoire, ils n’avaient pu faire élire de candidat au Parlement. Les Tatars les plus radicaux réclamèrent le rétablissement des droits qu’ils avaient avant la déportation, soit un quota de 30 % et le statut de langue co-officielle en Crimée. En 1998, ils ont obtenu, sur la base d’un quota de sièges, un contingent de 14 sièges sur un total de 96, mais leur langue n’est toujours pas reconnue comme officielle. Les lois sont rédigées en russe, puis traduite en ukrainien, mais promulguées dans ces deux langues. Au Parlement ukrainien, la Verkhovna Rada, les Tatars sont représentés par deux parlementaires. Ainsi, seuls l'ukrainien et le russe sont admis au Parlement. 

4.2 Les langues de l'Administration

Au sein de l’Administration de la république autonome, c’est le russe qui domine partout, bien que l’ukrainien soit en principe obligatoire. Les Tatars demeurent pratiquement absents des postes de responsabilité (environ 1 %) dans les divers organismes administratifs et des services de santé; seulement 0,1 % des Tatars occupent des postes dans la police et les services de sécurité. Le russe demeure dans les faits la seule des deux langues officielles employée par le gouvernement local.

4.3 L'éducation

En éducation, les Tatars disposent de sept écoles primaires et d’un institut pédagogique pour les enseignants tatars de Crimée. Il existe aussi quatre écoles pour les enfants de langue ukrainienne. Les élèves tatars doivent apprendre le russe, l’ukrainien et le tatar; ils apprennent aussi l'arabe coranique en raison de leur appartenance à l'islam. Dans toutes les autres écoles de Crimée, l’enseignement est dispensé uniquement en russe. Ajoutons également que l'appui à l'enseignement en «tatar de Crimée» ne fait pas l'unanimité au sein de la population tatare de Crimée, surtout en raison des inconvénients que cet enseignement constituerait pour les élèves qui poursuivent leurs études et recherchent des emplois mieux rémunérés. Rappelons que les parents ont le droit de demander la création d'une classe, dans une langue particulière, s'il est possible de rassembler au moins huit enfants. Enfin, l'État a permis une faculté en tatar de Crimée à l'Université nationale de Simferopol.

(La Vérité de Crimée)

4.4 Les médias

Du côté des médias, la grande majorité des journaux sont publiés en russe (comme ici La Vérité de Crimée). On en compte aussi plusieurs en ukrainien ainsi que six journaux et magazines écrits en tatar. 

Cependant, il n'y a pas de journaux financés par l'État dans d'autres langues que le russe.

Il est possible de se procurer des journaux en «tatar de Russie», bien qu’ils ne soient guère adaptés à la réalité crimo-tatare. Les Tatars disposent de quelques stations de radio locales émettant en tatar.

La république de Crimée est restée essentiellement une péninsule russophone. Les Ukrainiens et les Tatars constituent les principales minorités du territoire. Les Tatars sont tellement préoccupés par leur survie qu’ils n’ont guère le temps et les moyens de se battre pour leur langue. De plus, ils sont pris en étau entre un fort nationalisme ukrainien et un incontournable irrédentisme russe. Les Tatars, pour leur part, désirent simplement retrouver la terre de leurs ancêtres, qui ne leur appartient plus.

La lutte des Tatars n’est malheureusement pas terminée, car après avoir vécu l’exclusion de la période tsariste et celle de la période soviétique, ils doivent maintenant faire face aux nombreuses difficultés de toutes sortes que traverse la société ukrainienne dans son ensemble. Une majorité de Tatars opteraient sans doute pour l’indépendance de la Crimée s’ils le pouvaient. Évidemment, la majorité russe de la péninsule est fermement opposée à la création d'un «État des Tatars de Crimée», craignant apparemment sans doute le «nationalisme radical» des Tatars. Pourtant, la plupart des Tatars déclarent parler le russe à la maison avec leurs enfants. En somme, la Crimée pratique une politique de bilinguisme déséquilibré à l'avantage du russe omniprésent.

 Dernière révision: 24 mars, 2007

Bibliographie

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COMRIE, B. «Ukrainian» dans International Encyclopedia of Linguistics, vol. 4, p. 204-205. New York, Oxford University Press, 1992.

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GENTON, Isaline. «Russie / Ukraine: la controverse impossible du discours identitaire», conférence présentée en octobre 1997 à la section de russe de l'Université de Lausanne, Lausanne,
[http://www.unil.ch:8080/slav/section/Ukr.s8.html].

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Québec, Office de la langue française/Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

GOUVERNEMENT DE LA RÉPUBLIQUE D’UKRAINE. Rapport de l’Ukraine sur la mise en oeuvre des dispositions de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, Kiev, Conseil de l’Europe, 2 novembre 1999.

MERCIER, Thomas. Échanges de courriers électroniques.

ORGANISATION DES NATIONS UNIES. Quatorzièmes rapports périodiques des États parties devant être présentés en 1996: Ukraine, Genève, 10/03/97, Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD), Add. 14.

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