Drapeau de l'Inde
Union territoriale de Pondichéry

Pondichéry

(Puducherry/Putuccēri/Poudouchéry)

புதுச்சேரி

Capitale: Puducherry (Poudouchéry)
Population: 973 829  (2001)
Langues officielles: anglais (de jure),
tamoul (de jure), malayalam (Mahé), télougou (Yanam), français (symbolique)
- Pondichéry: tamoul, anglais et français
- Mahé: malayalam et anglais
- Karaikal: tamoul et anglais
- Yanam: télougou et anglais

Groupe majoritaire: tamoul (88,4 %)
Groupes minoritaires: télougou (5,2 %), malayalam (4,3 %), ourdou (0,7 %), hindi (0,4 %), bengali (0,1 %), gujarati (0,1 %), kannada (0,1 %), oriya, marathi, anglais, français, etc.
Système politique: territoire de l'Union indienne
Articles constitutionnels (langue): art. 29, 30, 120, 210, 343 à 350 de la Constitution de 1956 (en vigueur); Traité de cession des Établissements français de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon (1956).
Lois linguistiques de l'Union: l'
Ordonnance présidentielle de 1960; l
a Loi sur les langues officielles (Official Languages Act) de 1963 modifiée en 1967; les Règlements sur les langues officielles (Official Languages Rules) de 1976 modifiés en 1987; Directives relatives à la langue officielle de 2009.
Lois de l'État:
Loi sur les langues officielles de Pondichéry (1965); Loi sur l'Université de Pondichéry, no 53 de 1985.

1 Situation générale

Pondichéry (en français) ou Pondicherry (en anglais), et Puducherry (nouvelle dénomination officielle en tamoul, signifiant «nouveau village») en français: Poudouchéry est la forme officielle désigne à la fois un territoire autonome, un district et une ville (Puducherry), soit la capitale du Territoire autonome de Pondichéry (ou Union territoriale de Pondichéry: Union Territory of Puducherry), ancienne capitale des Établissements français de l'Inde, fondés peu après 1664. Le territoire de Pondichéry/Poudouchéry a obtenu son indépendance de la France en 1954. Les autorités indiennes ont modifié le noms de plusieurs villes, dont Pondichéry pour Puducherry, afin d'effacer le souvenir de la période coloniale.

Ce territoire de Pondichéry/Poudouchéry compte aujourd'hui quatre enclaves situées en trois États du sud de l'Inde. Il comprend les villes côtières districts de Pondichéry (Poudouchéry) et Karaikal (Karikal) dans le Tamil Nadu, de Yanam (Yanaon) dans l'Andhra Pradesh et de Mahé dans le Kerala.

Le territoire de Pondichéry (Poudouchéry) ne constitue pas une unité territoriale en Inde. La ville de Puducherry est située à environ 170 km au nord de Karaikal, alors que Yanam est à 840 km au nord (Andhra Pradesh) et Mahé sur la côte occidentale à 653 km dans le Kerala.

La superficie totale de toutes ces enclaves est de 492 km² : Poudouchéry (293 km²), Karaikal (160 km²), Mahé (9 km²), Yanam (30 km²). Le territoire bénéficie d'un statut particulier au sein de l'Union indienne, avec son propre gouvernement et son assemblée, et qui englobe les morceaux épars des anciennes possessions françaises que sont Pondichéry/Poudouchéry, Karaikal, Mahé et Yanam.
 
La répartition territoriale de Pondichéry (Puducherry) reflète une situation fort complexe que beaucoup qualifieraient d'ailleurs absurde, ce qui ne serait pas totalement faux. Par exemple, dans la ville de Pondichéry elle-même (voir l'illustration à gauche), qui constitue un district, est fractionné en plusieurs petits îlots (ou quartiers) perdus dans le grand ensemble administratif de l'État du Tamil Nadu: Puducherry ou Poudouchéry, Kalapetai, Zhukarai, Ariankuppam, Thavalkuppam, Bahour, Villianur, Kuppam, Madagadipef, Kariamanikkam, Karayanputhur.

Ce morcellement du territoire résulte des rivalités anglo-françaises passées, alors que les Britanniques avaient souvent posé comme condition à sa restitution un tel morcellement destiné évidemment à affaiblir les positions françaises dans la région.

2 Données démolinguistiques

La population du territoire de Pondichéry était en 2001 de 973 829 habitants. Près de 75 % de la population est concentrée dans le district de Poudouchéry, les autres étant dispersés à Karaikal (17,5 %), Yanam (3,7 %) et Mahé (3,7 %). Les langues officielles du territoire de Pondichéry sont le français, l'anglais, le malayalam, le tamoul et le télougou. Évidemment, l'une ou l'autre de ces langues officielles change selon la ville ou le district de résidence. En général, le français et le tamoul sont présents partout au point de vue administratif à Pondichéry (Puducherry), mais ce sont l'anglais et le malayalam à Mahé, le tamoul et le français à Karaikal, puis le télougou et l'anglais à Yanam. Bref, le français n'est pas du tout présent dans les districts de Yanam et de Mahé.

District Superficie Population
(2001)
% Langues officielles
Puducherry
(enclavé dans le Tamil Nadu)
293 km²

730 004

74,9 % tamoul-français
Karaikal
(enclavé dans le Tamil Nadu)
160 km² 170 640 17,5 % tamoul-français
Yanam
(enclavé dans l'Andhra Pradesh)

 30 km²

  36 362   3,7 % télougou-anglais
Mahé
(enclavé dans le Kerala)
  9 km²  36 823   3,7 % malayalam-anglais
TOTAL 492 km²

973 829

100 %  

Les districts de Poudouchéry et de Karaikal comptent une majorité de locuteurs du tamoul, alors que le district de Yanam est en majorité de langue télougou, celui de Mahé, majoritairement de langue malayalam. En ce qui a trait aux langues parlées par la population du Territoire autonome de Pondichéry (Puducherry), on peut citer les langues suivantes: d'abord le tamoul, puis le télougou, le malayalam, l'ourdou, l'hindi, le bengali, le gujarati, le kannada, l'oriya, le marathi, l'anglais et quelques petites langues: 
 

Langue maternelle Locuteurs (2001) Pourcentage Groupe linguistique
tamoul  861 502     88,4 % famille dravidienne
télougou    50 908       5,2 % famille dravidienne
malayalam    42 782      4,3 % famille dravidienne
ourdou     7 092      0,7 % langue indo-iranienne
hindi     4 357       0,4 % langue indo-iranienne
bengali     1 180       0,1 % langue indo-iranienne
gujarati     1 180       0,1 % langue indo-iranienne
kannada     1 566       0,1 % famille dravidienne
oriya       966       0,0 % langue indo-iranienne
marathi       824       0,0 % langue indo-iranienne
anglais      454       0,0 % langue germanique
français      200       0,0 % langue romane

Il reste encore une douzaine de langues parlées par quelques individus. Le tamoul, le télougou, le malayalam et le kannada sont des langues dravidiennes, alors que les autres langues sont d'origine indo-iranienne. L'anglais et le français demeurent des langues étrangères.

Le français dans le territoire de Pondichéry (Puducherry) a perdu depuis longtemps son statut de langue véhiculaire au profit de l'anglais, mais davantage surtout en raison de la puissance d'attraction des langues locales, le tamoul (Poudouchéry et Karaikal), le malayalam (Mahé) ou le télougou (Yanam). Même si le français a conservé son statut de langue co-officielle avec le tamoul (districts de Pondichéry et Karaikal), il n'est la langue maternelle que pour les quelque 7000 Français d'origine indienne, c'est-à-dire une infime minorité d'environ 200 personnes qui utilisent le français dans leurs échanges quotidiens, alors que moins d'un tiers de ceux-ci possède une maîtrise courante du français comme langue seconde. Le tamoul est donc aujourd'hui la langue maternelle des «Franco-Pondichériens». En somme, le français, en tant que langue maternelle, reste avant tout l'affaire des quelque 600 Français d'Europe qui travaillent dans les différentes institutions françaises de Pondichéry. Quant au français langue seconde, il serait parlé à des degrés divers par quelque 7600 personnes sur l'ensemble du territoire, ce qui représenterait 1,4 % de la population, bien loin derrière l'anglais, soit 102 000 locuteurs ou 17 % de la population.

Il faut souligner que la répartition fragmentée des districts et secteurs du territoire favorise la multiplicité des langues et du multilinguisme individuel. Ainsi, les individus bilingues ou trilingues, voire quadrilingues, sont nombreux dans le territoire de Pondichéry. Cependant, l'acquisition des langues diffère pour chacun des groupes linguistiques. Par exemple, les locuteurs de l'assamais (langue maternelle) apprennent généralement plus l'hindi, puis le bengali. Mais pour les locuteurs du bengali, c'est l'anglais, puis l'hindi et ensuite le tamoul. Voici un petit tableau à ce sujet:
 

Locuteurs (langue maternelle) Langues connues (multilinguisme)
Assamais assamais + hindi + bengali
Bengali bengali + anglais + hindi + tamoul
Gujarati gujarati + anglais + tamoul + hindi
Hindi hindi + anglais + tamoul + gujarati
Kannada kannada + tamoul + anglais + hindi
Malayalam malayalam + tamoul + anglais + hindi
Oriya oriya + anglais + hindi + tamoul
Panjabi panjabi + anglais + hindi + tamoul
Sindhi sindhi + anglais + hindi + tamoul
Tamoul tamoul + anglais + télougou
Télougou télougou + tamoul + anglais + hindi
Ourdou ourdou + tamoul + anglais + hindi

Il ressort de ce tableau que les individus bilingues ont tendance à acquérir d'abord une autre langue de la même famille que celle qu'ils parlent. Ainsi, une personne parlant l'assamais (langue indo-iranienne) comme langue maternelle devrait apprendre l'hindi (langue indo-iranienne) avant le tamoul (langue dravidienne); il en est de même pour le bengali, l'oriya, le panjabi, mais, contre toute attente, pas pour le gujarati et l'ourdou, deux langues appartenant pourtant à la même famille. Un locuteur du tamoul ou du télougou apprendra en principe une langue dravidienne avant une langue indo-iranienne. Quoi qu'il en soit, ceux qui maîtrisent l'assamais, le bengali, l'oriya, le panjabi ou le sindhi ont une plus grande connaissance de l'hindi que du tamoul. Cependant, ceux qui connaissent le gujarati ou l'ourdou ont une plus grande maîtrise du tamoul plutôt que de l'hindi.

La présence du multilinguisme individuel dans le territoire de Pondichéry s'explique par la grande fragmentation géographique de ce territoire, lequel comprend quatre anciens établissements français, c'est-à-dire Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanam. Les districts de Pondichéry et de Karaikal sont enclavés dans l'État du Tamil Nadu (de langue tamoule); celui de Mahé dans le Kerala (malayalam); celui Yanam, dans l'Andhra Pradesh (télougou).

3 Données historiques

Des fouilles ont permis de révéler que des origines romaines existaient à Pondichéry il y a plus de 2000 ans. À l'origine, les quatre districts de ce qui constitue aujourd'hui l'Union territoriale de Pondichéry (Puducherry, Karaikal, Mahe et Yanam) faisaient partie de leur région géographique respective. Il n'existait aucun lien, ni administratif, ni politique, entre les diverses entités de ce territoire actuel de l'Inde. L'histoire de Pondichéry (Poudouchéry) commence avec l'acquisition par la France de comptoirs commerciaux sur différents territoires indiens.

3.1 Des comptoirs français

Dans ses efforts pour développer le commerce, le ministre de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert (1609-1683), fonda en 1664 une compagnie à monopole, la fameuse Compagnie des Indes orientales, qui était en réalité la première entreprise commerciale française, la seule à pouvoir échanger des marchandises avec l’Inde. La compagnie envoya aussitôt plusieurs flottes dans l’océan Indien dans le but d'y fonder des comptoirs. En Inde, le Grand Moghol Aurangzeb (1618-1707) autorisa les Français à s’établir à Surate dans le Gujarat. Après avoir tenté d'établir une colonie dans l'île de Ceylan (aujourd'hui le Sri Lanka), les Français remontèrent la côte du golfe du Bengale et finirent par s'implanter à Pudu Cheri (francisé plus tard en «Pondichéry»), un village de pêcheurs situé à l’embouchure de la rivière d’Ariancoupam. La région était sous la souveraineté du sultan musulman de Bijapur. François Martin, un agent de la Compagnie française des Indes orientales, signa avec le sultan un accord lui permettant d’y fonder une «maison de commerce» en 1674. Il y érigea aussitôt un fort à la Vauban, puis des centaines d'habitations furent construites. En 1691, on y recensait quelque 20 000 habitants. La France avait acquis en 1673 un autre comptoir, Chandernagor, au nord de Calcutta (Bengale). Viendront s'ajouter en 1723 Mahé et Yanaon, ainsi que Karikal en 1738.

3.2 Les Établissements français de l'Inde

Les Français avaient donc sous leur juridiction cinq comptoirs commerciaux en Inde:

- Chandarnagor, fondé en 1673 (aujourd'hui Chandannagar dans le Bengale-Occidental);
- Pondichéry, fondé en 1674 (aujourd'hui Puducherry dans le Tamil Nadu);
- Mahé, fondé en 1723 (aujourd'hui Mahe dans le Kerala);
- Yanaon, fondé en 1723 (aujourd'hui Yanam dans l'Andhra Pradesh);
- Karikal, fondé en 1738 (aujourd'hui Karaikal dans le Tamil Nadu);

En 1693, la ville de Pondichéry fut capturée par les Hollandais lors de la guerre de la ligue d'Augsbourg (1688-1697), puis restituée à la France en 1697 par le traité de Ryswick. Les Britanniques s'en emparèrent à trois reprises au cours du XVIIIe siècle et, après des périodes variant entre deux à onze mois d'occupation, le territoire de Pondichéry fut rendu à la France. En 1742, Joseph-François Dupleix devint gouverneur de l'Inde française. C'est sous sa direction que Pondichéry connut son apogée. Par ses victoires militaires contre les Britanniques, Dupleix réussit à étendre le petit territoire autour de la ville de Pondichéry et à Karikal; il exerça par le fait même une grande influence dans les affaires des souverains de la région. Dupleix obtint le poste de gouverneur général de tous les Établissements français de l'Inde. Il désirait acquérir pour son pays de vastes territoires en Inde.

Mais la colonie de Pondichéry passa de nouveau sous le contrôle de la Grande-Bretagne de 1803 à 1814, avant de redevenir un territoire français jusqu'en 1954, au moment où le territoire fut rétrocédé à l'Inde.

Au cours de cette dernière période française, Pondichéry n'était plus qu'une escale vers les colonies française d'Extrême-Orient. Le français fut l'unique langue de l'Administration et des affaires, le tamoul étant relégué aux communications informelle entre Indiens. Autant on parlait français dans la ville blanche, autant on parlait tamoul dans la ville noire. L'agglomération de Pondichéry comptait environ 100 000 habitants, dont quelque 30 000 Français.

En 1940, sous l'invitation pressante des Britanniques, l'Inde française devint l'une des premières colonies à soutenir le général de Gaulle et à se rallier au mouvement de la France libre. En 1948, les Établissements français de l'Inde comptaient quelque 362 000 habitants répartis sur une superficie de 509 km². En 1950, la France perdit la ville de Chandernagor, après l'avoir administrée sans interruption depuis 1816, la population locale ayant voté à 97 % à son intégration dans l'État du Bengale occidental au sein de l'Union indienne.

3.3 La rétrocession de Pondichéry (1954-1956)

Le traité officiel de la cession de Pondichéry fut signé le 28 mai 1956, soit huit ans après le transfert de facto, entre l'Union indienne et la République française. Dans l'article 28 du traité de cession, il était écrit ce qui suit à propos de la langue française:

Section 28 [version officielle]

The French language shall remain the official language of the Establishments so long as the elected representatives of the people shall not decide otherwise.

Article 28 [version officielle]

Le français doit rester la langue officielle des Établissements aussi longtemps que les représentants élus de la population n'auront pas pris une décision différente.

Au sujet de la langue, soulignons qu'aucune disposition du traité de cession ne garantissait aux Français quelque droit que ce soit. Le président René Coty (1954-1959) n’a aucunement songé à faire insérer une quelconque disposition linguistique dans le traité, ce que Nehru n’aurait certainement pas refusé. Les négociateurs français savaient probablement comment protéger jusqu'à un certain point les biens et défendre les intérêts des personnes, mais la survie de la langue ne les préoccupait guère, à l'exemple précédent de Bonaparte lors de la vente de la Louisiane aux Américains (voir le texte du contrat de vente). Il en avait ainsi dans le traité de Paris de 1763 lors de cession de la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne.

Pondichéry faisait alors partie intégrante de l'ancien État de Madras, aujourd'hui l'État du Tamil Nadu. En janvier 1963, plusieurs milliers de Pondichériens choisirent d'opter pour la nationalité française. Ces «optants» et descendants d'«optants» demeurent aujourd'hui les seuls «francophones» ou «francisants» à Pondichéry. Le 1er juillet de la même année, fut créé l'Union territoriale de Pondichéry englobant les quatre anciens districts français de Pondichéry, Karikal, Yanaon et Mahé répartis dans trois États (l'Andhra Pradesh, le Tamil Nadu et le Kerala). On estime que près de 20 000 descendants des Pondichériens vivent aujourd'hui en France et que près de 7000 citoyens français résident dans le territoire de Pondichéry. On peut y voir encore certaines traces de l'influence française, telles que le consulat, le lycée français, des noms de rue encore inscrite en français, les képis des policiers, la bibliothèque Romain-Rolland, les statues de Jeanne d'Arc et de Joseph-François Dupleix, gouverneur des colonies françaises en Inde de 1742 à 1754, etc. Mais le développement urbain des dernières décennies a réduit de façon substantielle le cachet français qui en faisait le charme pour devenir une ville à l'allure indienne. 

4 La politique linguistique

L'Union territoriale de Pondichéry a adopté en 1965 la Loi sur les langues officielles de Pondichéry (Pondicherry Official Languages Act). La croyance veut que la loi proclame l'emploi de cinq langues à des fins officielles: le tamoul, le malayalam, le télougou, l'anglais et le français. Voyons ce qu'il en est de cette loi qui ne compte que quatre articles. L'article 1er sert d'article préliminaire sur le titre, la portée et l'entrée en vigueur de la loi de 1965:

Article 1er [traduction]

Titre abrégé, portée et début

1) La présente loi peut être appelée Loi sur les langues officielles de Pondichéry de 1965.

2) Elle porte sur l'ensemble de l'Union du territoire de Pondichéry.

3) Elle entre immédiatement en vigueur.

L'article 2 est de moindre intérêt, car il se limite à la définition des mots «administrateur» et «Territoire de l'Union». Toutefois, l'article 3 de la Loi sur les langues officielles de Pondichéry est fondamental, car il porte sur l'emploi explicite des langues officielles dans le territoire. D'abord, le tamoul demeure la langue à utiliser en totalité ou en partie aux fins officielles du territoire de l'Union. C'est donc la langue principale sur le territoire de l'Union; il est même écrit «la langue tamoule qui doit (en anglais: "shall") demeurer la langue à utiliser en totalité ou en partie aux fins officielles», alors que dans le district de Mahé, il est possible (en anglais: "may") d'utiliser le malayalam et, dans le district de Yanam, le télougou, aux mêmes fins officielles:

Section 3

Official Language of the Union territory.

With effect from such date the Administrator may, by notification in the Official Gazette, appoint in this behalf, the TamiI language shall, subject to the provisions of section 34 of the Government of Union territories Act, 1963 (Central Act 20 of 1963), be the language to be used for all or any of the official purposes of the Union territory, and different dates may be appointed for different official purposes or for different areas in the Union territory :

Provided the Administrator may, by like notification, direct that in the case of Mahe area, the Malayalam language, and in the case of Yanam area, the Telugu language may be used for such official purposes and subject to such conditions as may be specified in such notification.

Article 3 [traduction]

À compter de la présente date, l'administrateur peut, par avis dans le Journal officiel, désigner dans ce nom la langue tamoule qui doit, sous réserve des dispositions de l'article 34 de la Loi sur le gouvernement des territoires de l'Union de 1963 (loi fédérale no 20 de 1963), demeurer la langue à utiliser en totalité ou en partie aux fins officielles du territoire de l'Union, et des dates différentes peuvent être choisies pour différentes fins officielles ou pour différents domaines dans le territoire de l'Union :

Pourvu qu'il soit possible que l'administrateur, par simple avis, ordonne que, dans le cas du district de Mahé, la langue malayalam et, dans le cas du district de Yanam, le télougou puissent être utilisés aux mêmes fins officielles et sous réserve des conditions qui peuvent être spécifiées dans ledit avis.

Ainsi, il existe une hiérarchie entre les trois langues «indiennes»: le tamoul est obligatoire, mais il est possible d'employer le malayalam à Mahé et le télougou à Yanam. Il en est ainsi de l'anglais qui peut ("may") être employé.

Quant à l'article 4 de la Loi sur les langues officielles de Pondichéry, il précise que l'anglais, nonobstant les dispositions de l'article 3, peut être utilisé en totalité ou en partie aux fins officielles du territoire de l'Union:

Section 4

Use of the English language for official purposes.

Notwithstanding anything contained in section 3, as from the commencement of this Act the English language may be used for all or any of the official purposes of the Union territory. 

Article 4 [traduction]

Emploi de l'anglais à des fins officielles

Nonobstant les dispositions de l'article 3, à partir de l'entrée en vigueur de la présente loi, la langue anglaise peut être utilisée en totalité ou en partie aux fins officielles du territoire de l'Union.

Autrement dit, l'anglais peut se substituer à toute autre langue, y compris au tamoul. Dans les faits, toutes les lois sont rédigées en anglais, traduites en tamoules, très rarement en malayalam ou en télougou, jamais en français. 

D'après la Loi sur les langues officielles de Pondichéry de 1965, il n'est fait aucune mention du français. En effet, juridiquement parlant, le français n'est pas une langue officielle, puisque seulement quatre (tamoul, malayalam, télougou et anglais) sont explicitement nommées. Pourtant, l'emploi du français est légal dans le territoire de Pondichéry; il est même incontestablement admis par tous, même sans texte juridique formel. Cet emploi du français relèverait donc de la pure tradition orale, c'est-à-dire du droit coutumier et de la Common Law britannique, tel qu'il a été établi à l'article 28 du traité de cession: «Le français doit rester la langue officielle des Établissements aussi longtemps que les représentants élus de la population n'auront pas pris une décision différente.» Pour le gouvernement de Pondichéry, le territoire se veut néanmoins «the Window of French Culture», une expression qu'avait lui-même utilisée l'ancien premier ministre indien, Jawaharlal Nehru (1947-1964) en 1954 lors de la rétrocession du territoire. À l'hôtel de ville de Pondichéry, Nehru avait insisté sur l'importance de préserver la culture française à Pondichéry; il voulait que le territoire demeure une «fenêtre de la France sur l'Inde» ("a window of France on India").

Il faut aussi comprendre que la co-officialité des langues n'est pas uniforme sur le territoire. Ce multilinguisme se prête à de nombreuses applications, lesquelles tiennent compte de la situation géographique, du district, du quartier, de la fonction de communication, etc. En principe, le tamoul est la langue officielle du gouvernement territorial, mais le télougou et le malayalam le sont également dans les communications avec les autres États, notamment le Kerala, l'Andrha Pradesh et le Tamil Nadu. De plus, l'anglais peut remplacer l'une des ces trois langues en toutes circonstances. Quant au français, il ne conserve son statut de co-officialité que de façon strictement symbolique, surtout dans la ville de Pondichéry. 

4.1 La législation territoriale

Bien qu'il puisse exister juridiquement cinq langues officielles pour le territoire de Pondichéry, seuls deux d'entre elles sont employées pour la rédaction des lois et règlements. Ainsi, l'Assemblée législative locale ne rédige ses lois qu'en anglais, les traduit en tamoul, mais conserve le titre du Journal officiel en trois langues, c'est-à-dire en tamoul, en français et en anglais:

En ce qui a trait au français, son statut est avant tout symbolique. Les débats des parlementaires se déroulent généralement en tamoul, mais l'anglais peut aussi être utilisé, même le français (théoriquement).

4.2 La dénomination du territoire

En 2006, l'Assemblée législative de Pondichéry, avec l'approbation du gouvernement central, a adopté une loi modifiant le nom du territoire fédéral. Le nom Pondicherry (en anglais) a été changé pour Puducherry, un nom tamoul.  Selon les fonctionnaires qui ont proposé cette nouvelle appellation, le nouveau nom, qui signifie «nouveau village», doit mieux refléter l'histoire autochtone de la région. En réalité, ce mot était celui utilisé à l'origine et l'administration française a employé ce nom dès le début pour son usage officiel. Avec le temps, les Français l'ont modifié en Pondichéry (en anglais: Pondicherry). Le gouvernement territorial a ordonné d'employer le mot Puducherry dans toutes les places publiques. Ce sont des nationalistes tamouls qui ont réussi à influencer le gouvernement pour imposer la nouvelle appellation.

Cependant, pour beaucoup de Pondichériens, le mot Pondicherry est demeuré l'appellation la plus populaire pour désigner la ville. L'ordonnance du gouvernement n'a jamais été respectée, sauf dans le titre du Journal officiel ("Gazette de l'État de Poudouchéry"), dans la correspondance en tamoul et dans la société de transport. Pour les reste, ni les fonctionnaires ni le public n'ont tenu compte de cette ordonnance. Lorsqu'un document officiel est rédigé en anglais, le mot Pondicherry continue d'être utilisé. Il s'agit là d'une des nombreuses contradictions de la politique linguistique du gouvernement territorial.

4.3 Les services aux citoyens

Selon la politique linguistique du gouvernement, le tamoul doit être employé pour toutes les fins officielles du territoire de l'Union. Dans le cas des districts de Mahé et de Yanam, le malayalam et le télougou peuvent être respectivement employés pour ces mêmes fins. Dans les faits, la loi territoriale n'est pas respectée par le gouvernement. Tous les documents officiels destinés au public sont uniquement rédigés en anglais. Les fonctionnaires n'utilisent le tamoul que pour répondre à des requêtes rédigées en tamoul; il en est ainsi à Mahé avec le malayalam, à Yanam pour le télougou et avec le tamoul à Karaikal. Bref, tous les textes officiels sont rédigés en anglais, souvent traduits en tamoul, parfois en malayalam et en télougou, mais jamais en français.

De plus, si le gouvernement fait des efforts pour répondre en tamoul, c'est en grande partie dû aux interventions répétées du Committee for Tamil Development ("Comité d'action pour le développement du tamoul") ou ACTD, un organisme formé surtout d'enseignants et de spécialistes du tamoul et destiné à la promotion du tamoul comme langue administrative et langue d'enseignement dans le but de «protéger le tamoul de la dominance des autres langues.» Depuis quelques années, l'administration du territoire a commencé à employer le tamoul, même de façon limitée. En raison des demandes persistantes de l'ACTD, le gouvernement a émis une ordonnance informant tous les fonctionnaires de signer les registres officiels en tamoul. Par la suite, le gouvernement n'a jamais insisté pas sur le suivi de cette directive. L'anglais est redevenu rapidement privilégié comme langue de l'administration et du pouvoir, bien que seule une petite minorité de 454 locuteurs puisse maîtriser cette langue.

Précisons que la plupart des fonctionnaires, surtout ceux exerçant des postes de direction dans le gouvernement territorial, proviennent des services du gouvernement central. Il en résulte que le transfert du personnel hindiphone à Pondichéry, Mahé, Karaikal et Yanam réduit considérablement l'usage du tamoul dans l'administration, les fonctionnaires demeurant plus à l'aise en anglais et en hindi qu'en tamoul. D'une part, le gouvernement territorial n'est pas prêt à renoncer à l'anglais ni renvoyer son personnel, quitte à lui faire apprendre le tamoul, d'autre part, il ne veut pas se mettre à dos les mouvements pro-tamouls. C'est pourquoi il ne pratique pas une politique stricte de promotion du tamoul. En ce qui a trait au français, le gouvernement ne s'oppose pas à son emploi, car il considère la langue française et sa culture comme un héritage culturel prestigieux.

Cela étant dit, il faut admettre que le gouvernement pondichérien a mis en œuvre certains programmes destinés à promouvoir en douceur le tamoul. Ces programmes concernent surtout l'attribution de récompenses, subventions ou prix liés à la production de littérature, musique, prose, danse ou autres œuvres artistiques ou de festivals reliés à la langue tamoule.

Pour les membres du Comité d'action pour le développement du tamoul (ACTD), ces activités, bien que fort utiles, demeurent insuffisantes, car elles n'améliorent guère le statut de  la langue tamoule. Il convient plutôt d'appliquer les dispositions de la Loi sur les langues officielles de 1965. Pour ce faire, il faut activer l'emploi du tamoul au sein de l'administration gouvernementale, rendre la maîtrise du tamoul obligatoire pour obtenir un emploi dans la fonction publique, accorder la préséance aux candidats maîtrisant le tamoul, publier des glossaires administratifs de tamoul, former les fonctionnaires en tamoul et faire suivre des cours de tamoul aux fonctionnaires qui ignorent cette langue.

L'ACTD recommande aussi au gouvernement d'imposer des affiches ou enseignes en tamoul pour identifier le nom des établissements publics et privés, d'employer en tout temps l'appellation Pudu Cheri (en tamoul) au lieu de l'anglais Pondicherry, de recourir à des symboles tamouls pour les chiffres et le calendrier, d'imposer le tamoul pour l'enregistrement des véhicules et les cérémonies religieuses, interdire l'usage du sanskrit ou d'autres langues dans les cérémonies de mariage. L'ACTD demande, entre autres, que le gouvernement écoute l'avis des spécialistes du tamoul pour trouver des solutions aux problèmes linguistiques et de prévoir qu'un de ces spécialistes siège de facto à l'Assemblée législative de Pondichéry.  

Il n'est pas dans les habitudes du gouvernement territorial d'imposer des mesures obligatoires en matière de langue. Le principe appliqué depuis des décennies, c'est de ne pas intervenir ou à tout le moins tout en douceur en ne contrariant pas les citoyens dont le vote décide de l'avenir politique de chacun des politiciens. L'une des façons courantes de faire (depuis plus de cinquante ans), c'est d'accepter d'intervenir par des ordonnances en se gardant bien de les faire appliquer par la suite.

4.4 L'affichage

Les noms de rue à Pondichéry constitue un autre aspect de l'aménagement linguistique. Les vestiges du régime français sont toujours présents dans la ville de Pondichéry (moins à Karaikal), dans l'urbanisme, les routes, les maisons, etc. La ville est construite avec des rues projetées d'est en ouest et du nord au sud dans un rectangle parfait; cet alignement à angle droit des rues reste un héritage vivant des bâtisseurs français. Un long canal qui coule du nord au sud a été construit pour distinguer l'ancien quartier des Blancs et celui des Noirs, les Indiens. Les noms de rue témoignent du statut des langues dans la ville de Pondichéry. On distingue trois types de panneaux pour les noms de rue:

1) Panneaux en français ou bilingues français-tamoul;
2) Panneaux en tamoul ou bilingues tamoul-anglais;
3) Panneaux unilingues tamouls.

Sur les panneaux bilingues français-tamoul en métal, les mots sont rédigés avec des lettres blanches sur fond bleu. Ils sont généralement fixés sur les murs de la première et de la dernière maison de chaque rue. Le nom de la rue peut être en tamoul en dessus et en français en dessous. Sous le régime français, c'était l'inverse: le français était au dessus, le tamoul, en dessous. Ce positionnement indique clairement le statut du français aujourd'hui.

Notons que le nom des rues dans la ville «blanche» désignent souvent des personnalités françaises (Rue Duplexi, Rue François-Martin, Rue Saint-Louis, Rue Mahé de Labourbonnais), notamment des gouverneurs. Dans la ville «noire», les noms sont en tamoul ou en tamoul et en anglais, et désignent des personnalités indiennes (Nehru Street), des temples (Muthu Mariamman Koil Street, Cathedral Street) ou des castes (Chetty Street). Bien que la tendance actuelle soit de privilégier les dénominations anglaises, la Ville de Pondichéry fait des efforts pour conserver la langue et la culture françaises dans le paysage linguistique.
Pour sa part, la bibliothèque Romain-Rolland, fondée en 1827, possède une vaste collection de plus de 60 000 volumes en français, en anglais et en tamoul.

4.4 L'éducation

Bien que le territoire de Pondichéry ait une politique globale concernant les langues officielles, il n'a jamais élaboré une politique unique relativement à l'éducation et à l'enseignement des langues. En raison de la discontinuité géographique des quatre districts (Pondichéry, Karaikal, Yanam et Mahé), lesquels constituent l'Union territoriale, la politique linguistique correspond à celle des États voisins, qui devient celle du territoire pondichérien. Ainsi, le district qui se trouve près de l'État concerné adopte la politique d'enseignement de cet État. Par exemple, les districts de Pondichéry et de Karaikal, situés près du Tamil Nadu, là où le tamoul est la langue officielle, ont comme politique d'enseignement celle de l'État du Tamil Nadu. Le district de Mahé, qui est enclavé dans l'État du Kerala, adopte la politique de cet État, alors que le district de Yanam adopte la politique en usage en Andhra Pradesh. Les examens publics pour les différentes étapes au cours des études sont aussi décidés par ces États pour les étudiants de Pondichéry. Ainsi, pour ce qui est de l'éducation, le territoire de Pondichéry est considéré comme une partie des États respectifs, soit le Tamil Nadu, le Kerala et l'Andhra Pradesh.

Par conséquent, le territoire de Pondichéry a deux politiques différentes en ce qui concerne l'enseignement des langues: l'une pour l'agglomération de Pondichéry, l'autre pour les districts de Yanam, Karaikal et Mahé.

- L'agglomération urbaine de Pondichéry

Dans l'agglomération urbaine de Pondichéry, l'enseignement des langues est à la fois complexe et unique, car plusieurs langues sont dispensées: le tamoul, l'anglais, l'hindi, le sanskrit et le français. Le nombre des langues offertes de façon facultative ou obligatoire dans les divers niveaux d'enseignement varie d'une école à l'autre. La situation se présente ainsi: les élèves apprennent le tamoul, l'hindi ou le français comme première langue. Il leur est possible de choisir l'une de ces trois langues dans les écoles comme leur langue maternelle et même de changer cette langue au cours des étapes ultérieures jusqu'au secondaire, et ce, que ce soit dans les écoles publiques ou privées. Le français est demeuré l'une des langues offertes parce que beaucoup de Pondichériens, au moment de la cession de Pondichéry à l'Inde, ont opté pour la citoyenneté française. Cest pourquoi le gouvernement de Pondichéry a offert le français comme première langue (ou langue maternelle) dans les programmes scolaires. Le gouvernement a aussi ouvert des écoles françaises non seulement à Pondichéry, mais aussi à Villianur, qui appartient à la région administrative de Pondichéry, et à Karaikal.

De son côté, la France possède une école appelée "Lycée français de Pondichéry", dans laquelle la seconde langue enseignée est l'anglais, mais le tamoul, l'allemand ou l'espagnol est offert comme troisième langue. Dans les écoles françaises publiques, l'anglais est enseigné comme matière, mais pas le tamoul. Dans l'agglomération urbaine de Pondichéry, aucune école n'offre le télougou ou le malayalam. Les familles qui proviennent de Mahé ou de Yanam préfèrent pour leurs enfants l'hindi comme première langue plutôt que le tamoul. Il y a un nombre significatif de bilingues chez les hindiphones dans le territoire de Pondichéry. De plus, afin de faciliter la tâche aux enfants des employés du gouvernement central, l'hindi est présenté comme langue maternelle dans le système scolaire de Pondichéry. La plupart des écoles anglaises privées offrent le tamoul, l'hindi ou le français comme première langue.

- Les districts de Mahé et de Yanam

Dans les districts de Mahé (enclavé dans le Kerala) et de Yanam (enclavé dans l'Andhra Pradesh), la formule trilingue est adoptée. Le tamoul, le télougou et le malayalam sont dispensés comme première langue dans leur région respective, c'est-à-dire le malayalam au Kerala (et Mahé), le télougou en Andhra Pradesh (et Yanam) et le tamoul au Tamil Nadu (Pondichéry et Karaikal). L'anglais est la seconde langue, mais l'hindi est enseigné à Mahé et à Yanam à partir de la cinquième année. Les élèves, qui ont opté pour l'hindi ou le français comme langue maternelle, doivent apprendre le tamoul comme langue complémentaire. Cela signifie que ces élèves doivent d'abord étudier leur langue maternelle (la première langue), soit l'anglais et le tamoul, alors que les autres élèves de langue maternelle tamoule apprennent seulement deux langues, c'est-à-dire le tamoul et l'anglais.

- L'enseignement de l'hindi

La situation géographique de l'Union territoriale de Pondichéry est, comme le sait, fragmentée (divisée en quatre districts dispersés). De plus, elle est située dans l'ère linguistique des langues dravidiennes et non dans celle des langues indo-iraniennes comme pour les États du Nord. Pourtant, l'hindi, l'une des langues officielles de l'Inde et la plu importante langue du Nord, demeure une langue presque incontournable dans cette partie du sud de l'Inde. Cette situation s'explique en partie par le fait que Pondichéry n'a pas le statut d'un État, mais celui d'un territoire de l'Union. Par ailleurs, rappelons qu'une grande partie des fonctionnaires est issue du personnel du gouvernement central, dont la langue officielle est l'hindi. Il faut aussi se rappeler que l'hindi n'est pas, au plan numérique, une langue importante dans le territoire: elle n'est parlée que par 0,4 % de la population. Pourtant, l'hindi est à ce point incontournable que beaucoup de Pondichériens désirent apprendre l'hindi en raison des possibilités d'emploi dans toute l'Inde. Évidemment, tant que les citoyens demeurent dans les limites territoriales de Pondichéry, soit 293 km², il n'y a pas de problème, mais la quasi-totalité des Pondichériens doivent quitter leur petit territoire d'origine.

Or, l'étude de l'hindi dans les écoles de Pondichéry est axée sur l'usage de la langue écrite, donc sur la langue des manuels et des dictionnaires. Les élèves et étudiants apprennent cette variété d'hindi dès le début de leurs études. Une fois sur le marché du travail, ils éprouvent certaines difficultés d'adaptation, car la langue qu'ils ont apprise n'est pas celle que parlent la plupart des hindiphones. Il peut même arriver, selon les régions de l'Inde, qu'ils ne comprennent rien à l'hindi parlé, surtout s'il est teinté d'influences dialectales. Par contre, les élèves qui apprennent le tamoul à l'école se rendent compte qu'il est sensiblement le même que celui parlé dans la vie quotidienne.

- Le français

Le français enseigné dans les écoles de Pondichéry est également celui des livres et des manuels. Cependant, les possibilités de rencontrer de vrais francophones se limitent probablement à des touristes français en visite à Pondichéry. En effet, outre les ressortissants français, les vrais «francophones» (plutôt «francophiles) de Pondichéry semblent être les quelque 1400 élèves du lycée français (le plus important des huit établissements du sous-continent indien) et les 400 élèves de l'école de l'Ashram. Ces deux établissements dispensent des cours de français dans l'enseignement, la centaine d'étudiants des établissements indiens, du secondaire au supérieur, qui apprennent le français comme langue étrangère, les 600 étudiants de l'Alliance française et un petit millier de personnes; enfin, des anciens fonctionnaires de l'administration coloniale, des enseignants de français ou des membres de l'Ashram. En tant que langue étrangère, le français conserve encore un rôle appréciable. À l'école, le français bénéficie d'une situation unique dans la mesure où, l'anglais étant la langue normale d'enseignement, il reste la seule langue étrangère.

- Les propositions de l'ACTD

Quant au Comité d'action pour le développement du tamoul (ACTD), il propose au gouvernement de rendre obligatoire l'enseignement du tamoul dans toutes les écoles non tamoules, dans tous les districts, à partir de la cinquième année; il propose aussi l'enseignement de l'anglais comme langue seconde à partir de la sixième année. L'ACTD va encore plus loin en suggérant au gouvernement de transformer toutes les écoles anglaises en écoles tamoules et d'obliger les universités à employer le tamoul dans l'enseignement. Le comité demande également qu'il ne soit plus possible d'obtenir un diplôme d'études primaires ou secondaires, sans même connaître la langue tamoule. 

- L'enseignement universitaire

Dans l'enseignement universitaire, la Loi sur l'Université de Pondichéry (1985) précise que l'Université de Pondichéry a le droit de dispenser et d'organiser des études en français (art. 5) et que les ressortissants français d'origine indienne, autorisés à résider à long terme dans l'Union territoriale de Pondichéry, peuvent également être admissibles à cette université (art. 8):

Article 5

Pouvoirs de l'Université

L'Université dispose des pouvoirs suivants, notamment: 

1) dispenser un enseignement dans les disciplines d'études comme l'Université peut, de temps à autre, le décider et prendre les dispositions pour la recherche, l'avancement et la diffusion des connaissances;

2) dispenser et organiser des études en français;

[...]

Article 8

Université ouverte à toutes les castes de classes et de croyance

1) L'Université doit être ouverte aux personnes des deux sexes et de races, de religions, de classes ou de castes divers, et il n'est pas permis à l'Université d'infliger ou d'imposer à une personne un interrogatoire, que ce soit sur la croyance religieuse ou la profession afin de lui accorder le droit d'être admis à l'Université, et ce, autant pour un enseignant que pour un étudiant, ou de détenir un poste pour y obtenir un diplôme:

Que rien dans le présent article ne soit considéré pour empêcher l'Université de prendre des dispositions particulières pour des groupes plus faibles de la clientèle, notamment pour les castes et les tribus reconnues.

2) Les
ressortissants français d'origine indienne qui ont été autorisés à résider à long terme dans le territoire d'Union de Pondichéry en vertu des dispositions du traité de cession peuvent également être admissibles à l'Université.

Dans les faits, la plupart des cours sont dispensés en anglais, parfois en tamoul ou en hindi, rarement en français. Cela étant dit, c'est le seul texte de loi du territoire de Pondichéry à employer le mot «français» ("French") dans un texte.

4.5 Les médias

Le territoire de Pondichéry reçoit de nombreux journaux indiens et étrangers, mais n'en produit que fort peu en raison de sa petite population. Il existe des journaux tamouls tels que Daily Thanthi, Dinamalar National, Dinamani, Dinakaran, Malai Malar Evening Tamil, tous publiés à partir du Tamil Nadu. Le Dinamani, le Dinamalar et le Dinakaran sont publiés avec des adaptations locales. Certains périodiques, publiés à Pondichéry et en petit nombre, sont en tamoul comme le French Nesan (800 exemplaires), le Sukha Jivani (100 exemplaires) et le Indian Advertiser en français, en anglais et en tamoul (100 exemplaires). ll existe aussi deux magazines mensuels, le teLi Tamil et le Vellum tu:ya Tamil, lesquels sont destinés aux Tamouls afin de promouvoir la langue tamoule à Pondichéry. Les quotidiens nationaux anglophones tels The Hindu, le Deccan Herald, l'Indian Express, le Times of India et le Hindustan Times sont également très populaires auprès du lectorat pondichérien. Par ailleurs, quelques commerces de Pondichéry (Grinde, Focus, Nilgiri, etc.) distribuent des périodiques français régulièrement tels que Paris Match, L'Express, Le Point, Le Monde, etc.

Pour les médias électroniques, tous les Pondichériens peuvent capter les ondes des stations et canaux en provenance des autres États. Les pratiques observées démontrent que les Pondichériens choisissent leurs médias électroniques en fonction de la langue du diffuseur. Ainsi, les locuteurs du bengali, de l'oriya, du sindhi, du gujarati et de l'hindi préfèrent des émissions en hindi sur Doordarshan et Zee TV.  Mais les locuteurs du télougou, du malayalam, du marathi, de l'ourdou et du kannada choisissent des émissions en tamoul. Quoique les canaux comme Udaya, Gemini, Asianet, etc., soient disponibles en kannada, en télougou et en malayalam, les locuteurs de ces langues préfèrent des canaux en tamoul. Les locuteurs du marathi et de l'ourdou regardent plus fréquemment des canaux en télougou. Pondichéry offre par satellite ou par câble des émissions en français sur TV5.

De nombreux Tamouls de Pondichéry ont développé une forte identité pro-tamoule en raison du caractère multilingue et multiculturel de l'Union territoriale de Pondichéry. La situation fragmentée des divers districts formant le territoire fait en sorte que les habitants se perçoivent plus facilement comme une minorité que comme une majorité. Si l'hindi et l'anglais sont souvent considérés comme des langues rivales pour le tamoul, il n'en est pas ainsi pour le français, la langue de l'ancien colonisateur du territoire. La présence du français, ou ce qu'il en reste, n'est pas dangereuse, et elle contribue au contraire à l'identité particulière des Pondichériens. Du point de vue de nombreux Tamouls, la politique linguistique du gouvernement paraît plutôt tiède à l'égard de la langue tamoule; elle laisse croire que le gouvernement considère le tamoul comme une langue sans valeur, même pour la simplement signature de documents administratifs. En réalité, le gouvernement de Pondichéry n'a pas de politique linguistique particulière autre que la non-intervention. Même la Loi sur les langues officielles de 1965 n'est à peu près pas appliquée, sinon de façon timorée. Les vestiges du français correspondent à une sorte de symbole identitaire dans cet ensemble indien, unique en son genre. Évidemment, l'Union territoriale de Pondichéry n'est pas un État francophone, car le français demeure avant tout une langue seconde à simple valeur identitaire. Ce symbole identitaire vaut surtout pour le district de Pondichéry, moins pour Karaikal, mais il ne joue qu'un rôle extrêmement réduit pour les districts de Yanam (Andhra Pradesh) et de Mahé (Kerala). La langue à défendre sur ce territoire, c'est paradoxalement celle de la majorité tamoule, la langue la plus puissante étant l'anglais. Quant au télougou et au malayalam, ils ne sont co-officiels respectivement qu'à Yanam et à Mahé.

Dernière mise à jour: 21 janv. 2012


 
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