Friuli-Venezia Giulia
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Frioul-Vénétie Julienne Regione Autonoma Friuli Venezia Giulia (Italie) |
Capitale: Trieste |
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La région autonome du Frioul-Vénétie Julienne (Friuli Venezia
Giulia en italien, sans trait d'union; Friûl Vignesie-Julie en frioulan;
Furlanija Julijska krajina en slovène) est située au nord-est de l’Italie. Le Frioul-Vénétie Julienne est l’une des cinq régions bénéficiant d’une
autonomie avec le Val-d’Aoste, le Trentin-Haut-Adige, la Sardaigne et
la Sicile. Les 15 autres provinces
n'ont pas de statut particulier. Cette région de 7855 km² du nord-est de l’Italie est bordée par
l’Autriche, au nord, par la Slovénie à l’est, par le golfe de Venise au
sud (mer Adriatique) et par la Vénétie, à l’ouest. Par ailleurs, la région autonome est composée de quatre provinces administratives: Pordenone à l'ouest, Udine au centre, Gorizia à l'est et Trieste au sud-est. La capitale de toute la région du Frioul-Vénétie Julienne est la ville de Trieste située dans la province du même nom. |
Chacune des provinces dispose d'une capitale du même nom. On constate que la province d'Udine couvre à elle seule plus de 62 % du territoire et compte pour 43 % de la population; la ville d'Udine représente 18 % de la population de cette province (95 300 hab.). Les provinces de Pordenone et de Trieste présentent à peu près la même population, mais sûrement pas la même densité: on compte 125 hab./km² à Pordenone, mais 1163 hab./km² à Trieste. |
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Le nom de la région autonome provient en partie de l'appellation latine «Forum Julli» («la marche de Jules») en hommage à la puissante famille romaine des Giulii à laquelle appartenait Jules César. C'est au milieu du Ier siècle de notre ère qu'est apparue l'agglomération de Fréjus («Forum Julli») située sur la voie Aurélienne (Via Aurélia) qui reliait le Rhône à l'Italie.
L'italien est parlé dans l'ensemble des quatre provinces (Udine, Pordenone, Gorizia et Trieste), alors que le frioulan est concentré dans des aires plus restreintes dans trois provinces (Pordenone, Udine et Gorizia), le slovène dans les provinces de Gorizia et de Trieste, l'allemand dans le nord de la province d'Udine.
Comme on le remarquera dans le tableau ci-dessous, on peut constater que 43 % des habitants de la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne parleraient le frioulan comme langue maternelle et 4,7 %, le slovène; les autres parleraient l’italien dans une proportion de 53,5 % et une très faible minorité, l’allemand (0,4 %).
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Province |
Population |
Italien |
Frioulan |
Slovène |
Gorizia |
141 088 |
99 184 |
34 707 |
10 440 |
Pordenone |
299 640 |
161 206 |
110 866 |
7 491 |
Trieste |
240 332 |
218 702 |
4 085 |
17 063 |
Udine |
520 843 |
113 022 |
390 111 |
17 187 |
TOTAL |
1 210 913 |
647 838 |
520 692 |
56 912 |
On doit également remarquer que les langues sont réparties inégalement entre les quatre provinces. Les italophones sont partout majoritaires, sauf dans la province d’Udine où ils forment une «minorité» (strictement numérique) représentant 21,7 % de la population. Les Frioulans, pour leur part, sont numériquement «majoritaires» dans cette même province avec 74,9 % de la population. Les Slovènes forment partout une petite minorité, variant entre 2,5 % (prov. de Pordenone), 3,3 % (prov. d’Udine), 7,1 % (prov. de Trieste) et 7,4 % (prov. de Gorizia). Les germanophones sont peu nombreux et présents uniquement au nord de la province d'Udine.
2.1 Le frioulan
Le frioulan, appelé également ladin oriental, est une langue romane appartenant au groupe rhéto-roman, à l’exemple du ladin (en Italie dans le Trentin-Haut-Adige) et du romanche (en Suisse). Il serait parlé par 600 000 locuteurs, peut-être 650 000. Une enquête sociolinguistique réalisée en 2001 révélait que 52,2 % des personnes interviewées comprenaient et parlaient régulièrement le frioulan; 20 % le comprenaient tout en le parlant seulement à l'occasion; 19,9 % le comprendraient, mais ne le parleraient pas, alors que 2,6 % ne le comprenaient pas et ne le parlaient pas du tout.
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Le frioulan n’est pas une langue homogène, car il est fragmenté en plusieurs variétés dialectales: le frioulan moyen ou central, le frioulan oriental, le frioulan occidental, le frioulan carnique, le frioulan d'Agordino et le frioulan d’Atesino. Le frioulan moyen est celui de la province d'Udine, appelé «friulano del medio Friuli e della fascia collinare», c'est-à-dire le frioulan du Moyen Frioul et de la bande de collines; c'est la variété standard, celle qui est utilisée dans les documents officiels. Le frioulan oriental ou frioulan de l'Isontino est appelé «friulano del goriziano», soit le frioulan de la province de Gorizia. Le frioulan occidental est désigné comme le «friulano del pordenonese», le frioulan de la province de Pordenone. Le frioulan carnique correspond au «friulano dell'alta Carnia occidentale», le frioulan de la Haute Carnia occidentale (les Alpes carniques). Le frioulan d'Agordino n'est pas une variété frioulane du Frioul, car il est parlé dans la région d'Agordino, une commune de la province de Belluno située dans la Région de Vénétie (Regione del Veneto). Quant au frioulan d'Atesino, il est parlé dans la région de la commune de Genesio San Atesino, située dans la province de Bolzano (Région du Trentin-Haut-Adige). |
Tout comme la langue italienne, le frioulan dérive du latin, mais les premiers écrits dans cette langue datent du XIIIe siècle. Bien qu'il n'existe pas de données officielles sur le nombre des locuteurs des langues pour la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne, on estime que, en 1997, les italophones constituaient le groupe majoritaire avec environ 52 % de la population. Suivaient les locuteurs du frioulan qui atteignaient peut-être les 600 000 (sur un total de 700 000 pour toute l'Italie); la plupart des Frioulans vivent dans des régions rurales. Les locuteurs du frioulan constituent, après le sarde (1,3 million de locuteurs), la seconde langue minoritaire d'Italie. Une enquête menée en 1998 par l’Université d’Udine, et dirigée par une commission de l’Observatoire de la langue frioulane, a estimé qu'il n'y avait pas de locuteurs unilingues frioulans. Il y aurait quelque 800 000 Frioulans établis à l’étranger, dont environ la moitié qui utiliserait encore le frioulan.
2.2 Le slovène
Quant aux locuteurs du slovène appelé slovencina (ou familièrement slavo), ils seraient au nombre de quelque 56 000. À l’instar du frioulan, on distingue plusieurs variétés dialectales: le carinthien (ou korosko), le slovène du littoral (primorsko), le slovène de Rovte (rovstarsko), le haut-carniolien (gorenjsko), le bas-carniolien (dolenjsko), le styrien (stajersko) et le pannonien (panonsko). La plupart des locuteurs du slovène sont concentrés à l'est de la Région autonome, près de la Slovénie.
2.3 L'allemand
Enfin, les locuteurs de l'allemand (env. 4800 loc.) parlent en réalité l’une des variétés dialectales de type austro-bavarois: le tyrolien du Sud (ou Südbairisch) fortement influencé par la langue italienne. Ils parlent le tyrolien du Sud, mais écrivent en allemand standard. Ils sont généralement concentrés au nord-est de la Région autonome, près de la frontière autrichienne.
Au IIe siècle avant notre ère, les Romains fondèrent une cité dans l’actuelle région du Frioul-Vénétie Julienne; ils l'appelèrent Forum Julii dont le nom Frioul est dérivé, et latinisèrent le territoire. Au VIe siècle, le Frioul devint un duché lombard, puis la région fut annexée par Charlemagne en 775, pour être rattachée à la maison des Habsbourg en 922.
Jusqu'au XVe siècle, la majorité de la population parlait le frioulan. Par la suite, on distingua, d'une part, le Frioul-Vénitien avec pour capitale Udine, associé à la république de Venise, d'autre part, le Frioul-Autrichien, dont la capitale Trieste reçut le statut de «port franc» en 1719. Pendant que l'ensemble de la population parlait le frioulan, la noblesse et les classes cultivées utilisaient, selon la région, le vénitien (Frioul-Vénitien) ou l'allemand (Frioul-Autrichien).
En 1866, les régions d’Udine et de Pordenone furent annexées au royaume d'Italie avec la Vénétie, alors que le Frioul-Oriental, appelé «comté de Gorizia et Gradisca», resta autrichien jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Durant la Seconde Guerre mondiale, Mussolini imposa au Frioul une politique d'assimilation, qui eut pour résultat la modification les noms de famille et les noms de lieux pour des appellations «italiennes». Ceux qui s'opposèrent à ces changements furent emprisonnés. En 1921, Trieste fut rendue à l'Italie. En mai 1945, les partisans communistes de Tito, la IVe armée yougoslave, entrèrent à Trieste aux cris de «Trieste est à nous». En 1947, le traité de Paris créa le «Territoire libre de Trieste» sous contrôle des Nations unies, mais coupé en deux zones: la zone A, anglo-américaine et comprenant la ville de Trieste, la zone B, yougoslave et comprenant la ville de Capodistria (Koper). Le 26 octobre 1954, la zone A (partie alliée) fut remise à l'Italie. En 1963 fut créée la région du Frioul-Vénétie julienne.
En décembre 1999, le Parlement italien a adopté une nouvelle loi destinée aux minorités linguistiques du pays: il s’agit de la loi du 15 décembre 1999, no 482, intitulée Norme in materia di tutela delle minoranze linguistiche storiche (en français: Règles en matière de protection des minorités linguistiques historiques). Le premier paragraphe de l’article 1 rappelle que «la langue officielle de la République est l’italien». Toutefois, le second paragraphe énonce ce qui suit:
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Article 1 2) La République, qui valorise le patrimoine linguistique et culturel de la langue italienne, fait la promotion et la valorisation des langues et des cultures protégées par la présente loi. |
L’article 2 est plus explicite, car il énumère les minorités concernées par la loi, dont le slovène et le frioulan:
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Article 2 En vertu de l'article 6 de la Constitution et en harmonie avec les principes généraux établis par les organisations européennes et internationales, la République protège la langue et la culture des populations albanaise, catalane, germanique, grecque, slovène et croate, et de celles qui parlent le français, le franco-provençal, le frioulan, le ladin, l'occitan et le sarde. |
Un fait semble clair: le slovène et le frioulan sont expressément nommés parmi la liste des «langues protégées». La loi prévoit les mêmes normes d’application minimale que la loi de 1991 en matière de protection linguistique. Il faut, d’une part, qu’une minorité forme au moins 15 % de la population d’une municipalité, d’autre part, que le Conseil provincial et le tiers au moins conseillers municipaux aient approuvé majoritairement la procédure d’adoption prévue par la loi. Il est tout de même curieux que la loi no 38 (Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la région du Frioul-Vénétie Julienne) ne traite aucunement des Frioulans et seulement des Slovènes. Heureusement que le ridicule ne tue pas, car la législation italienne laisse peu de marge de manoeuvre pour appliquer des mesures de protection à l'égard des Frioulans. Jusqu’ici, la loi n’a encore rien changé dans les faits.
Les 56 000 Slovènes (environ 4,7 % de la population) de la région autonome se répartissent entre trois des quatre provinces: celle de Gorizia (7,4 %), celle de Trieste (7,1 %), celle d'Udine (3,3 %). Officiellement, il n'y a pas de minorité dans la province de Pordenone, bien qu’on compte au moins 7000 personnes (2,5 %).
5.1 Les droits définis juridiquement
La minorité slovène bénéficie d'une protection résultant d'un accord international imposé à l'Italie: le Mémorandum de Londres du 5 octobre 1954. Cependant, le statut spécial n'a été consenti qu'en 1963 par la Loi constitutionnelle du 31 janvier 1963. On doit mentionner aussi la Loi régionale no 15 du 22 mars 1996 : Règles pour la sauvegarde et la promotion de la langue et de la culture frioulanes, et l'institutionna-lisation de services pour les langues régionales et minoritaires, sans oublier le traité d’Osimo de 1975, le décret no 634 du président de la République du 26 octobre 1972 sur le régime des droits d’enregistrement, la loi du 18 et 24 janvier 1979 sur l’élection des représentants italiens au Parlement européen.
L'un des lois les plus récentes est la loi du 23 février 2001, no 38, ou Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène de la région du Frioul-Vénétie Julienne. Cependant, la loi 38/01 connaît de nombreuses ratés dans son application parce que le Comité institutionnel paritaire prévu à l'article 3 est généralement inopérant, ce qui empêche l'élaboration de la liste des communes dans lesquelles la minorité slovène est traditionnellement présente et de transmettre cette même liste à la Présidence de la République pour conformation.
Le statut régional spécial (Statuto speciale della Regione Friuli-Venezia Giulia) défini à l’article 3 de la Loi constitutionnelle du 31 janvier 1963 (Legge costituzionale del 31 gennaio 1963) spécifie que tous les citoyens de la région doivent bénéficier d'un traitement égal, quel que soit le groupe linguistique auquel ils appartiennent, et que leurs caractéristiques ethniques et culturelles respectives doivent être sauvegardées:
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Articolo 3 Nella Regione è riconosciuta parità di diritti e di trattamento a tutti i cittadini, qualunque sia il gruppo linguistico al quale appartengono, con la salvaguardia delle rispettive caratteristiche etniche e culturali. |
Article 3 Dans la région, il est reconnu à tous les citoyens la parité de droit et de traitement, quel que soit le groupe linguistique auquel ils appartiennent, avec la sauvegarde de leurs caractéristiques ethniques et culturelles respectives. |
L'article 8 du traité d'Osimo de 1975 prescrivait une certaine protection pour les Slovènes d'Italie et les Italiens de Slovénie:
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Articolo 8 Al momento in cui cessa di avere effetto lo Statuto Speciale allegato al Memorandum d'intesa di Londra del 5 ottobre 1954, ciascuna parte dichiara che essa manterrà in vigore le misure interne già adottate in applicazione dello Statuto suddetto e che essa assicurerà, nell'ambito del suo diritto interno al mantenimento del livello di protezione dei membri dei due gruppi etnici rispettivi previsto dalle norme dello Statuto Speciale decaduto. |
Article 8 Chaque Partie déclare que, lorsque cessera d'avoir effet le Statut spécial annexé au Mémorandum d'entente de Londres du 5 octobre 1954, elle maintiendra en vigueur les mesures nationales déjà adoptées sur la base dudit Mémorandum et qu'elle assurera, dans le cadre de son droit national, le maintien du niveau de protection des membres des deux groupes ethniques, tel qu'il est prévu par les dispositions du Statut spécial qui n'est plus applicable. |
L'enseignement de la langue frioulane a été, du moins en principe, officiellement accepté comme matière dans les écoles de la région autonome avec l'adoption de la loi 482/1999. Près de 60 % des parents auraient demandé que leurs enfants reçoivent un enseignement dans cette langue; un millier d'enseignants auraient soumis leur candidature pour pouvoir enseigner le frioulan. Enfin, une récente loi italienne a été adoptée le 23 février 2001. Il s'agit de la loi no 38 intitulée Norme per la tutela della minoranza linguistica slovena della regione Friuli - Venezia Giulia («Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène dans la région du Frioul-Vénétie Julienne»). Cette loi reconnaît aux Slovènes des provinces de Trieste, de Gorizia et d'Udine le droit d'utiliser le slovène notamment dans les noms de lieu (toponymes), l'administration publique et les écoles. C'est la première fois que l'État italien accorde des droits à tous les minorités linguistiques slovènes dans trois provinces (sauf celle de Pordenone) du Frioul-Vénétie Julienne. L'article 1 de la loi 38/01 précise à ce sujet:
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Article 1
Reconnaissance de la minorité slovène 1) La République reconnaît et protège les droits des citoyens italiens appartenant à la minorité slovène présente dans les provinces de Trieste, Gorizia et Udine, en vertu des articles 2, 3 et 6 de la Constitution et l'article 3 de la Loi constitutionnelle du 31 janvier 1963, apportant l'approbation du Statut spécial de la région du Frioul-Vénétie Julienne, conformément aux principes généraux du règlement et aux principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme, les conventions internationales et les traités signés par le gouvernement italien. 2) Les dispositions de la loi du 15 décembre 1999 s'appliquent aux citoyens italiens appartenant à la minorité slovène, sauf les dispositions prévues dans la présente loi. |
De plus, les territoires bénéficiant de la protection linguistique inclut les municipalités, ou une partie d'entre elles, mais comptant au moins 15 % des citoyens inscrits dans les listes électorales (art. 4):
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Article 4
Domaine territorial d'application de la loi 1) Les mesures de protection de la minorité slovène prévue dans la présente loi s'appliquent conformément aux conditions et modalités indiquées dans la loi elle-même, dans le territoire dans lequel la minorité est historiquement présente. Ce territoire inclut les municipalités, ou une partie d'entre elles, indiquées dans un tableau prévu, sur demande, d'au moins 15 % des citoyens inscrits dans les listes électorales ou sur la proposition d'un tiers des conseillers des municipalités intéressées et du Comité dix-huit mois avant sa constitution, et approuvée par décret du président de la République. |
5.2 Des droits distincts selon les provinces de résidence
Dans les faits, les droits reconnus aux Slovènes diffèrent à la fois selon leur province de résidence et en fonction de domaines particuliers tels que l’école, l’administration locale, les tribunaux, etc.
- Les écoles
Les Slovènes de la province de Trieste (21 571) et ceux de la province de Gorizia (10 197) disposent d'un réseau d'enseignement complet au primaire (109 écoles au total). Ces écoles sont appelées Drzavna sola slovenskim ucnim jezikon en slovène ou Scuola elementare statale con lingua d’isegnamento slovena en italien (école primaire d’État avec langue d’enseignement en slovène). Ce sont la loi du 19 juillet 1973 et le décret du président de la République du 31 mai 1974 qui garantissent l’emploi du slovène dans les écoles primaires. En principe, toutes les matières sont enseignées en slovène, sauf pour les cours d’italien obligatoire. Des manuels de classe rédigés en slovène sont disponibles dans ces écoles. Dans la province de Gorizia, on ne compte qu’une quinzaine d'écoles slovènes pour moins de 1000 élèves. Dans la province d'Udine et celle de Pordenone, l'État italien se refuse à considérer les Slovènes comme une minorité. Cela signifie que l'école reste entièrement unilingue italienne.
D'après la loi intitulée Règles en matière de protection de la minorité linguistique slovène dans la région du Frioul-Vénétie Julienne, les dispositions des lois du 19 juillet 1961, no 1012, et du 22 décembre 1973, no 932, continuent d'être appliquées. À l'article 2, les alinéas 1 et 2, de la loi du 22 décembre 1973, no 932, après que les mots «de langue maternelle slovène» sont insérés les suivants «ou avec pleine connaissance de la langue slovène». Dans les faits, la nouvelle loi ne change pas beaucoup la situation scolaire des Slovènes.
- Les tribunaux
L’article 2 de la loi no 108 du 3 avril 1974 sur la réforme du Code de procédure pénale donne le droit aux membres des minorités le droit d’être entendu dans leur langue maternelle et de se défendre dans cette langue dans les cours de justice. Ce droit n’était reconnu jusqu'en 2001 que pour les Slovènes de la province de Trieste. Dans les faits, le slovène n'est employé dans les cours de justice que dans les cas de force majeure, c'est-à-dire lorsque les Slovènes ignorent l'italien, ce qui demeure très rare. Comme partout en Italie, la langue des jugements et la langue des cours d'appel demeurent uniquement l'italien. Dans les autres provinces, il n'est pas possible d'utiliser le slovène. La loi intitulée Règles pour la protection de la minorité linguistique slovène dans la région du Frioul-Vénétie Julienne reste plus ou moins muette sur les droits linguistiques dans les tribunaux. Néanmoins, l'article 8 mentionne mentionne l'expression «le droit d'employer le slovène dans ses relations avec les autorités administratives et judiciaires locales», ce qui suppose un certain emploi du slovène devant un juge:
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Article 8
Emploi de la langue slovène dans l'administration publique 1) Conformément au caractère officiel de la langue italienne, il est reconnu à la minorité slovène présente dans le territoire mentionné à l'article 1 le droit d'employer le slovène dans ses relations avec les autorités administratives et judiciaires locales, aussi bien qu'avec les fournisseurs concernés de services d'intérêt public installés dans le territoire mentionné à l'article 1 et les compétences des autorités et municipales mentionnées à l'article 4, selon les modalités prévues à l'alinéa 4 du présent article. Il est également reconnu le droit d'obtenir une réponse en slovène:
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On doit comprendre que l'usage du slovène n'impose pas le bilinguisme à la Cour, le juge n'étant nullement obligé de connaître le slovène; un interprète suffit à rendre effectif le droit au slovène. L'usage du slovène dans ces conditions s'étend maintenant dans les provinces de Trieste, Gorizia et Udine.
- L’Administration locale
Le slovène est admis sans restriction dans l’Administration provinciale de Trieste, ce qui n’est pas le cas dans les trois autres provinces (Gorizia, Pordenone et Udine). Cette «reconnaissance» ne concerne que les pouvoirs locaux assurés par l’Administration provinciale, non ceux de l’Administration régionale (Frioul-Vénétie Julienne) ou de l’Administration italienne (l’État). Au sein de ces deux dernières instances, l’utilisation du slovène est simplement inexistant et s’est toujours heurtée à une fin de non-recevoir. Même dans les administrations provinciales de Trieste, le slovène reste possible seulement dans les établissements publics où les slovénophones sont concentrés (environ six communes). Les Slovènes ont en principe le droit d'apposer des inscriptions toponymiques bilingues, mais les enseignes de tous les établissements publics restent en italien. En principe, la loi du 23 février 2001 (no 38) étend ce droit d'utiliser le slovène dans les trois provinces reconnues (Gorizia, Trieste et Udine).
Dans la province de Gorizia, les quelques communes dont le conseil municipal est aux mains de la minorité admettent le slovène dans leurs missives officielles et apposent parfois des écriteaux bilingues. Dans toutes les provinces, seul l’italien est employé dans les débats du Parlement régional et aux Conseils provinciaux, ainsi que la rédaction et la promulgation des lois ou des règlements.
- Les médias
La situation semble plus positive du côté des médias. La RAI-Trieste A et Radio Opcine (station privée), qui émettent aussi en Slovénie, diffusent tout deux un programme complet en slovène (en version originale ou doublée). Du côté de la télévision, les stations TV Koper et RAI 3 (la troisième chaîne de la radio-télévision italienne) diffusent quelques émissions en slovène chaque semaine.
Enfin, les Slovènes disposent d’un quotidien, Primorski Dnevnik, de trois habdomadaires (Gospodarstvo: L’Écomonie; Katoliski glas: La Voix catholique; Novi list: Le Nouveau Journal) et de huit magazines.
On peut consulter une version française de la loi intitulée Règles pour la protection de la minorité linguistique slovène dans la région du Frioul-Vénétie Julienne en cliquant ICI s.v.p.
La situation linguistique des Frioulans n'est guère beaucoup plus enviable que celle du slovène. Bien qu'il soit parlé par quelque 700 000 personnes (au total dans toute l’Italie) et 531 000 dans le Frioul-Vénétie Julienne, le frioulan ne possédait jusqu'à récemment aucun statut juridique dans cette région autonome. Dans la province d'Udine, environ 75 % de la population parle régulièrement le frioulan; cependant, dans la ville même d'Udine, environ 17 % des familles utilisent cette langue quotidiennement, comparativement à 65,5 % en banlieue. Dans les autres provinces, les Frioulans constituent des minorités non négligeables (24 % à Gorizia, et 37 % à Pordenone), sauf à Trieste où ils sont quasi inexistants (1,7 %).
6.1 Les droits définis juridiquement
Rappelons que, à l'instar des Slovènes, l’article 3 de la Loi constitutionnelle du 31 janvier 1963 définit comme égaux les droits des citoyens, quel que soit le groupe linguistique auquel ils appartiennent; leurs caractéristiques ethniques et culturelles respectives doivent être sauvegardées (rappel):
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Article 3 Dans la région, il est reconnu à tous les citoyens la parité de droit et de traitement, quel que soit le groupe linguistique auquel ils appartiennent, avec la sauvegarde de leurs caractéristiques ethniques et culturelles respectives. |
Par ailleurs, le paragraphe 2 de l’article 1 du Décret du président de la République du 20 novembre 1991 se lit comme suit: «La République protège la langue et la culture des populations frioulane et sarde.» C'est encore très peu, car ce type de protection s'apparente à une forme de voeu pieux.
En 1996, le Parlement régional adoptait la Loi régionale no 15 du 22 mars1996 relative aux règles en matière de protection et de promotion de la langue et de la culture frioulanes, ainsi que l'institutionnalisation de services pour la langue régionale minoritaire. Cette loi poursuivait comme objectif la promotion de la culture et de la langue frioulanes considérées comme une question fondamentale pour le développement de leur autonomie particulière. Ainsi, l’article 3 stipule que la protection et la promotion de cette langue minoritaire constituent un apport important dans la reconstruction d’une nouvelle Europe fondée sur les principes de la démocratie et du respect des diversités culturelles. Des mots... qui se transposent difficilement dans la réalité. Comme il s'agit d'une loi régionale, et non d'une loi nationale, elle bénéficie de moins de force et risque d'être abrogée en totalité ou en partie. Les trois premiers articles méritent d'être cités in extenso:
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Article 1 But Afin de pratiquer une politique active de conservation et de développement de la langue et de la culture frioulanes qui sont des composantes essentielles de l'identité ethnique et historique de la communauté régionale, la Région, édicte par la présente loi les principes fondamentaux de l'intervention concernant la réalisation d'une telle politique. Article 2 Protection du frioulan Le frioulan est l'une des
langues de la communauté régionale. La Région du Frioul-Vénétie Julienne
considère la protection de la langue et de la culture frioulanes comme une question
centrale pour le développement de l'autonomie particulière. Contexte européen 1) La Région du Frioul-Vénétie Julienne, tout en reconnaissant que la protection et la promotion des diverses langues locales ou minoritaires représentent une contribution importante à la construction d'une Europe fondée sur les principes de la démocratie et du respect des diversités culturelles, maintient et développe les traditions présentes sur son territoire. 2) Dans les limites de ses compétences juridiques, la Région considère la protection et la promotion des langues parlées traditionnellement sur son territoire comme une obligation particulière à l'égard de la famille des peuples européens, en réservant une attention particulière à la langue frioulane, laquelle est parlée presque exclusivement sur son territoire. |
Par la suite, de nombreux articles de cette loi ont été abrogés: 4, 11, 12, 14, 15. 16, 17, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27 et 28. Autrement dit, avec les années, la loi avait perdu une grande partie de son intérêt.
Cependant, en 2007, la Région a adopté la
loi régionale du 18 décembre 2007, no 29,
appelé Règles pour la protection,
la valorisation
et la promotion de la langue frioulane. C'est la loi la plus importante
du genre à l'égard de la minorité frioulane. La Région ne rend pas officielle la
langue frioulane, mais permet son usage dans les instances administratives du
gouvernement régional ainsi que dans le système d'éducation. Citons l'article 1er
de la loi:
| Article 1 But 1) En conformité avec l'article 6 de la Constitution et de l'article 3 de la Loi constitutionnelle du 31 janvier 1963, no 1 (Statut spécial de la Région du Frioul-Vénétie Julienne, la Région protège, valorise et promeut l'emploi de la langue frioulane dans ses différentes expressions, comme langue propre des Frioulans et partie du patrimoine historique, culturel et humain de la communauté régionale. La Région promeut la recherche historique et exerce une politique active de préservation et de développement de la culture et des traditions, lesquelles sont des composantes essentiels de l'identité de la communauté frioulane. 2) Par la présente loi la Région promeut et soutient
les initiatives publiques et privées destinées à maintenir et à
développer l'emploi de la langue frioulane dans le territoire de
référence. 4) La Région, dans le domaine de ses compétences statutaires, promeut et encourage aussi la connaissance et l'emploi de la langue frioulane auprès des communautés co-régionales en Italie et dans le monde. 5) La présente loi, en conformité avec les dispositions prévues sur la protection des minorités linguistiques slovène et germanophone, actualise les politiques de la Région en faveur de la diversité linguistique et culturelle. |
Ces dispositions et les suivantes portent surtout sur l'emploi du frioulan dans l'administration régionale, le système d'éducation, l'affichage, les moyens de communication, le monde de l'édition, la toponymie, etc. Le gouvernement régional prévoit aussi une politique linguistique reliée à la langue frioulane. Ces nouvelles mesures mises en place pour défendre le frioulan s'expliquent non seulement par le nombre élevé de locuteurs du frioulan, mais aussi par les pressions politiques exercées depuis les dernières décennies par les divers groupes voués à la défense du frioulan.
Quoi qu'il en soit, les droits ne sont reconnus, d'après la loi régionale no 15 du 22 mars 1996, que dans des limites territoriales établies sur la base des attestations fournies par résolution de la part des administrations communales:
| Article 5 Limites territoriales dans l'application de la loi 1) En conformité avec les principes prévus à l'article 4, paragraphe 1, alinéa c), les dispositions de la présente loi s'appliquent uniquement pour la partie du territoire régional dans laquelle le frioulan est traditionnellement et significativement parlé, ainsi que sur la base des attestations fournies par résolution de la part des administrations communales. Ce territoire est déterminé par décret du président de la Junte régionale en conformité avec les délibérations de la Junte elle-même. |
D'ailleurs, la loi régionale du 18 décembre 2007 reprend la même dispositions dans son article 3: «Les dispositions de la présente loi s'appliquent dans le territoire d'implantation du groupe linguistique frioulan délimité aux sens de l'article 5 de la loi régionale no 15/1996».
6.2 Les langues et l’Administration
L’article 11 de la loi régionale no 15 du 22 mars1996 précisait que, malgré le caractère officiel de la langue italienne, l’administration régionale du Frioul-Vénétie Julienne, les entités provinciales (Gorizia, Pordenone, Trieste et Udine et les conseils communaux pouvaient utiliser le frioulan dans les limites permises par les lois de l’État italien.
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Article 11
(abrogé) Usage du frioulan 1) Sans préjudice au caractère officiel de la langue italienne, l'Administration régionale, les organismes locaux et leurs entités instrumentales respectives fonctionnant dans les communes dans lesquelles le frioulan est historiquement enracinée peuvent employer le frioulan, dans les limites dans lesquelles le permettent les lois de l'État et ses Statuts respectifs. 2) Les modalités pour l'emploi du frioulan de la part des bureaux, services et organismes instrumentaux de l'Administration régionale, ayant leur siège dans les communes prévues au paragraphe l sont réglementées par un règlement approprié édicté avant le 31 décembre 1998 par le Comité scientifique de l'Observatoire prévu à l'article 21. |
Cela s'est traduit par des communications orales (fréquentes) avec l’administration provinciale dans les localités où les Frioulans sont majoritaires, mais toute la documentation restait unilingue italienne.
Néanmoins, quelques conseils locaux ont installé de leur propre initiative quelques panneaux indicateurs dans les deux langues (italien et frioulan); c’est en pratique la seule présence publique du frioulan dans la région autonome. Pourtant, l'article 11 bis de la loi régionale 15/96 autorisait l'emploi du frioulan:
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Article 11 bis
Statut des organismes locaux 1) Au sens et en vertu des limites du paragraphe 2 de l'article 13 du décret législatif du 2 janvier 1997, no 9, les statuts des communes, de la province, et des autres organismes locaux doués d'une autonomie statutaire peuvent se prévaloir des dispositions de la présente loi. 2) En particulier, dans les limites du paragraphe 1, le statut peut prévoir : (abrogé)
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Mais le long article 6 de la loi régionale du 18 décembre 2007 précise bien que l'emploi du frioulan est permis dans les relations avec les bureaux des organismes locaux et de ceux placés sous leur juridiction et installés dans le territoire prévu à cet effet:
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Article 6 Emploi public du frioulan
1) L'emploi du frioulan est permis dans
les communications avec les bureaux des organismes locaux et de ceux
placés sous leur juridiction et installés dans le territoire prévu,
conformément à l'article 3.
4) Les dispositions prévues aux paragraphes 1 et 3 s'appliquent
aussi aux fournisseurs de services publics pour les organismes,
mentionnés aux paragraphes 1 et 2, installés dans le territoire délimité au sens de
l'article 3. |
L'article 8 de la même loi régionale
énonce que les documents officiels doivent être rédigés aussi en
frioulan en plus de l'italien, et ce, pour la région entière. De plus,
tout texte en frioulan doit avoir la même taille, y compris
typographique, que celui en italien:
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Article 8 Documents et informations à caractère général
1) Les documents
communiqués en général aux citoyens de la part du personnel, selon
les dispositions prévues à l'article 6, sont rédigés aussi en
frioulan en plus de l'italien.
3) La présence du frioulan est de toute façon garantie
également dans les communications institutionnelles et dans la
publication des documents destinés à la région entière. |
En vertu de l'article 9 de la loi régionale du 18 décembre 2007, ces dispositions s'appliquent aussi aux conseillers régionaux, aux membres des conseils des associations intercommunales et des unions de communes, des communes de montagne et des provinces qui comprennent des communes dans lesquelles le frioulan est reconnu. L'article 10 de la loi régionale inclut également les panneaux, enseignes, supports visuels et toute autre indication d'utilité publique exposée au public dans les immeubles à bureaux et dans les structures opérationnelles du personnel, le tout devant être accompagné de la traduction en frioulan avec une égale taille graphique à l'italien. L'article 11 prévoit aussi le bilinguisme italien-frioulan dans les toponymes et hydronymes (rivières, lacs, etc.) pour les communes, hameaux et localités établis dans la Région. Dans la plupart des cas, l'ARLE, l'Agjenzie regjonâl pe lenghe furlane (Agence régionale pour la langue frioulane) joue un rôle essentiel de consultation et de recommandation auprès des autorités régionales.
L'article 7 de la Loi régionale du 18 décembre 2007 prévoit une certification linguistique pour attester la compétence du locuteurs en matière de langue frioulane.
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Article 7 Certification linguistique 1) La connaissance du frioulan est attestée au moyen d'une certification linguistique émise par un personnel qualifié, public et privé.
2) La certification linguistique est offerte à tous ceux qui
répondent aux qualités prévues au sens du paragraphe 3. |
La Région encourage la formation du personnel pour acquérir leur certification linguistique. Pour ce faire, la Région compile la liste du personnel public et privé qualifié pour l'émission de la certification linguistique et encourage l'organisation de cours de formation et de recyclage.
Dans les faits, la visibilité de la langue frioulane au statut récent encore rudimentaire. Dans la province d'Udine, 90 % des communes prévoient des normes spéciales pour la sauvegarde de la langue et de la culture frioulanes. Environ 40 % des communes de la province d'Udine présentent une signalisation routière bilingue (italien-frioulan).
En matière de justice, le frioulan n’est pas interdit, mais les audiences se tiennent exclusivement en italien, les juges italiens ne parlant généralement pas du tout cette langue. Théoriquement, toute personne impliquée dans un procès peut demander à être entendue en frioulan si elle n’en connaît pas d’autre, ce qui n’arrive jamais, les Frioulans adultes étant tous bilingues. De plus, aucune loi ne précise un emploi quelconque d'une langue minoritaire dans une cour de justice.
5.3 Les langues et l’école
Dans les provinces de Gorizia et de Trieste, le frioulan n'est accepté dans les écoles maternelles que sur demande expresse. Au primaire et au secondaire, seules quelques rares écoles (10 % au primaire et 8 % au secondaire) enseignent, sur une base volontaire, le frioulan comme matière d'enseignement à titre expérimental (une heure par semaine) en plus de l’italien. Il s'agit d'un programme bilingue frioulan-italien d'immersion partielle qui s'en tient au modèle «une personne-une langue».
Le problème, c’est que l'enseignement du frioulan à l'école, d’une part, dépend de la bonne volonté des établissements et de la disponibilité des professeurs compétents (moins de 50 % des enseignants parlent le frioulan) pour enseigner le frioulan, d’autre part, cet enseignement est tributaire des variantes dialectales et de l’absence d’une grammaire normative ou standardisée.
C’est pourquoi l’enseignement en frioulan est généralement limité aux écoles de la province d'Udine. La loi régionale de 1996 (art. 27) autorisait l’administration régionale à financer les dépenses nécessaires encourues dans l’organisation et la réalisation des cours dispensés en langue frioulane.
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Article 27 (abrogé)
Enseignement scolaire du frioulan 2) L'Administration régionale est aussi autorisée à financer, dans les limites et les objectifs prévus dans la présente loi, les dépenses encourues par l'Organisme Frioul dans le monde ou toute autre association disposant d'une organisation adéquate pour dispenser des cours de frioulan auprès des communautés immigrantes. Article 28 (abrogé) Modalités et délais pour l'octroi des contributions 1) Pour les délais concernant les contributions prévues au paragraphe 1 de l'article 27, le représentant juridique de l'école doit présenter avant le 15 novembre de l'année à la Direction régionale de l'éducation et de la culture une demande appropriée accompagnée, sous peine de non-admissibilité, d'un programme détaillé des activités pédagogiques complémentaires, approuvé de façon régulière par les organismes scolaires compétents et accompagné d'une évaluation des dépenses. 2) Aux écoles admissibles aux contributions il est affecté, conjointement à la mesure des octrois, une avance égale à 60 % des contributions attribuées. Les 40 % qui restent sont distribués sur réception du bilan à réaliser avant le délai fixé selon le décret de l'octroi. 3) L'absence de bilan avant le délai implique la révocation de la subvention accordée ainsi que la restitution de l'avance. |
L'article 12 de la loi régionale du 18 décembre 2007 énonce que l'enseignement du frioulan est inséré à l'intérieur d'une parcours éducatif plurilingue qui prévoit, après la langue italienne, la compréhension des langues minoritaires historiques et des langues étrangères. Pour les autorités régionales, le parcours éducatif plurilingue constitue une partie intégrante de la formation à une citoyenneté européenne active et à la valorisation de la spécificité de la Région.
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Article 12
Langue frioulane et éducation plurilingue 1) L'apprentissage et l'enseignement du frioulan sont insérés à l'intérieur d'une parcours éducatif plurilingue qui prévoit, après la langue italienne, la compréhension des langues minoritaires historiques et des langues étrangères. La parcours éducatif plurilingue constitue une partie intégrante de la formation à une citoyenneté européenne active et à la valorisation de la spécificité de la Région. |
Il n'existe pas d'écoles où l'on enseigne seulement le frioulan, seulement des classes sur une base facultative. Ainsi, en raison du respect de l'autonomie des établissements scolaires, la parents ou les tuteurs des élèves doivent communiquer leur refus d'envoyer leurs enfants dans une classe de frioulan au moment de l'inscription. Ce choix exprimé est valable pour la durée respective de l'école maternelle, du primaire et du secondaire du premier cycle et il peut être modifié, sur demande des parents, au début de chaque année scolaire.
L'article 19 de la Loi régionale du 18 décembre 2007 précise bien le caractère facultatif et volontaire de l'enseignement du frioulan. M^me les enseignants sont embauchés sur la base du volontariat:
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Article 19 Enseignement volontaire du frioulan
1) Afin de
favoriser l'apprentissage et l'emploi du frioulan de la
part des citoyens, la Région promeut les activités de volontariat pour
l'enseignement du frioulan. |
Dans ces conditions, l'enseignement du frioulan ne peut que demeurer accessoire. De plus, selon l'article 14 de la loi, l'enseignement du frioulan est garanti pour au moins une heure par semaine pour la durée de l'année scolaire, dans le cadre de la portion concernant l'autonomie scolaire.
L'Université des études d'Udine et l’Observatoire régional de la langue frioulane organisent des stages de formation pour lexicologues, traducteurs, journalistes et enseignants.
5.4 Les médias
Heureusement, la situation est plus favorable dans le domaine des médias. L’article 29 (en vigueur) de la loi régionale no 15 du 22 mars1996 autorise l’administration régionale à signer une convention avec la RAI (la Radio-Télévision italienne) en vue de permettre une programmation en langue frioulane.
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Article 29
Programmes télévisés en frioulan 1) L'Administration régionale est autorisée à prévoir un accord avec la Radio-télévision italienne (RAI) pour la réalisation de programmes télévisés en frioulan à insérer dans la programmation d'un réseau régional. 2) L'Administration régionale est aussi autorisée à prévoir des conventions avec des stations émettrices de radio ou de télévision privées pour la réalisation de programmes radiophoniques ou télévisés en frioulan. |
Dans la
loi régionale du 18 décembre 2007,
l'article 20 prévoit que la Région soutient la production et
l'émission de programmes en frioulan dans ses différentes expressions et
soutient également les émetteurs radiophoniques qui transmettent des
programmes en frioulan. Le soutien est en proportion du pourcentage des
émissions transmises en frioulan et celles produites en propre:
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Article 20 Radio et télévision
1) La Région soutient la production
du matériel audiovisuel en frioulan pour en donner une
plus grande diffusion. 3) La Région soutient les émetteurs radiophoniques qui transmettent des programmes en frioulan. Le soutien est en proportion du pourcentage des émissions transmises en frioulan et celles produites en propre. |
Aucun quotidien ni hebdomadaire n'est publié entièrement en frioulan, mais plusieurs périodiques sont édités soit en italien soit dans les deux langues (frioulan et italien). On compte trois mensuels (La Patrie dal Friûl, Sot la nape, La Comugne) diffusés uniquement en frioulan ainsi que cinq magazines. Le quotidien italien le Messagero Veneto contient chaque jour une brève colonne en frioulan. Un autre quotidien italien, Il Gazzettino, publie un article en frioulan une fois par semaine et l'hebdomadaire La Vita Cattolica comprend aussi une page en frioulan chaque semaine. On compte aussi différentes publications (périodiques, bulletins, etc.) publiées par des associations. La Società Filologica Friulana est la plus importante association frioulane; elle édite principalement des manuels scolaires et des publications et dispose d'une bibliothèque conséquente.
Les quelque cinq stations de radio locales émettent des émissions en frioulan, qui ne dépassent pas 10 h/semaine (à l'exception d'une seule à 45h/semaine). Mentionnons Radio-Spazio 103 (six heures par jour) et Radio-Mortegliano (quatre heures par jour). Une station de radio privée émet quelque 40 heures par semaine en frioulan: la Radio onde furlane, diffusée presque entièrement en frioulan; elle joue de temps en temps un rôle de point de contact pour différentes initiatives en faveur du frioulan . Aucune station de télévision n'émet exclusivement en frioulan, mais la chaîne de télé Tele Friuli diffuse des émission en frioulan en raison d’un après-midi par semaine, alors que Tele Pordenone émet quinze minutes par jour.
La région compte deux stations de radio en frioulan: Radio Onde Furlane (complètement en frioulan) et Radio Spazio 103 (seulement quelques heures). De plus, trois stations privées présentent des émissions de télévision en frioulan. Il s'agit surtout d'émissions subventionnées d'informations («Lis Gnivis» - les nouvelles). La chaîne de télévision Tele Friuli diffuse des bulletins de nouvelles en frioulan durant trois minutes une fois par jour; ces émissions sont financées par le gouvernement provincial. Comme on le constate, la situation linguistique dans cette région à majorité frioulane est le reflet d'une population dont les droits ne sont que fort peu reconnus.
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Le cas des minorités linguistiques d'Italie illustre bien le fait qu'il peut y avoir loin de la coupe aux lèvres, et ce, même lorsque l'égalité constitutionnelle est proclamée et qu'elle est assortie de toute une batterie de lois et de règlements, le tout dans le cadre d'un statut d'autonomie régionale. De plus, il est plutôt inusité qu'un pays accorde des droits aussi disparates à différentes minorités bénéficiant d'une région autonome: force est de constater que les Sardes et les Frioulans ne disposent pratiquement d'aucune protection, que les Ladins et les Valdôtains ne jouissent que de droits limités, que les germanophones reçoivent une protection tout à fait correcte dans la seule province de Bolzano, et nulle dans la province de Trente.
Le cas de la région du Frioul-Vénétie Julienne illustre encore cette inégalité dans le traitement des langues minoritaires. En effet, selon les provinces de résidences, les membres des minorités nationales ont des droits différents. Ceux-ci sont limités à l’école dans les provinces de Trieste et de Gorizia, mais ils sont limités dans la province d’Udine et encore plus limités dans la province de Pordenone. Or, les italophones sont même minoritaires dans la province d’Udine. Le fait que la loi 38/01 connaît de nombreuses ratés dans son application est tout aussi inacceptable: le Comité institutionnel paritaire prévu à l'article 3 est généralement inopérant (surtout pour des raisons administratives et politiques), ce qui empêche l'élaboration de la liste des communes dans lesquelles la minorité slovène est traditionnellement présente et de transmettre cette même liste à la Présidence de la République pour conformation. La loi régionale du 18 décembre 2007 constitue certainement une amélioration des droits linguistiques de Frioulans, mais illustre aussi les limites législatives de la part de la Région.
Ajoutons encore que toutes les minorités du Frioul-Vénétie Julienne sont soumises à de fortes doses de bilinguisme social, surtout dans l’enseignement, les services publics et les médias, ce qui réduit considérablement le droit de ces langues. N'oublions pas que les droits linguistiques de plus de 46 % de la population sont pratiquement ignorés, ce qui, en ce début du XXIe siècle, semble presque anachronique pour un pays d'Europe occidentale.
De plus, l'État italien semble en complète contradiction avec la protection des minorités inscrite à l'article 6 de la Constitution du 27 décembre 1947 qui proclame que «la République protège par des mesures convenables les minorités linguistiques.» Il est vrai que le gouvernement de Rome a la mauvaise réputation d'être l'un des gouvernements occidentaux les plus inefficaces qui soient.
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