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SuèdeKonungariket Sverige |
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La Suède (officiellement le royaume de
Suède) est un pays de lEurope du Nord situé dans la partie
orientale de la péninsule scandinave. Elle est limitée au sud par le Danemark,
à louest par la Norvège, au nord-est par la Finlande et est baignée à
lest par la mer Baltique.
Avec 449 964 km² (France: 543 965 km²), la Suède est le quatrième pays d’Europe par la superficie. La Suède compte 21 comtés (län en suédois) : Blekinge, Dalarna, Gävleborg, Gotland, Halland, Jämtland, Jönköping, Kalmar, Kronoberg, Norrbotten, Örebro, Östergotland, Skåne, Södermanland, Stockholm, Uppsala, Värmland, Västerbotten, Västernorrland, Västmanland et Västra Götaland. Stockholm est la capitale et ville principale. |
Depuis le recensement de 1930, il n'existe aucune statistique officielle basée sur la langue maternelle des Suédois; tous les chiffres concernant les locuteurs des langues relèvent donc d’estimations. En fait, la Suède ne recueille pas de statistiques officielles sur l'emploi des langues, que ce soit pour le suédois ou les langues minoritaires ou régionales, ce qui limite forcément la possibilité des autorités de planifier et d'adopter des mesures appropriées pour la protection et la promotion des langues. Mais la Suède n'a jamais pris de mesures visant à recueillir des données fiables sur le nombre des locuteurs des langues dans le pays, ainsi que sur leur répartition géographique.
Nous savons néanmoins que la plupart des Suédois parlent la langue suédoise (une langue du groupe germanique du Nord), et ce, dans une proportion de 85,3 %, ce qui laisse peu de place pour les minorités dans ce pays. De plus, la plupart des suédophones sont concentrés dans le sud et l'ouest du pays, bien que certains habitent le Nord-Ouest dans une situation de bilinguisme avec les finnophones (voir la carte linguistique).
2.1 Le suédois
Mais la langue suédoise n'est pas uniforme, car il existe des variantes régionales qui se manifestent surtout dans la prononciation et l’intonation: suédois méridional, suédois oriental, götalandais, gotlandais, svealandais et norrlandais. Il existe d'autres variétés dialectales, presque toutes en voie de disparition. On distingue surtout le suédois méridional et le suédois de Finlande, avec leurs variantes locales, mais les locuteurs de Göteborg, de Stockholm, de l’île de Gotland (gotlandais) et du Norrland (norrlandais) ont également des caractéristiques particulières. Dans l'île de Gotland, les insulaires — notamment dans les villages de När et de Lau, ainsi que sur la petite île de Fårö — parlent le gotlandais, ce qui correspond au gotländska, une variété du gutnisk, plus archaïque.
Le suédois est une langue scandinave comme le danois, le norvégien et l'islandais, appartenant au groupe des langues germaniques du Nord:
| Français | Suédois | Danois | Norvégien | Islandais | Anglais |
| chemise gant père mari (époux) maison |
skjorta handske fa(de)r man hus |
hands keskjort fader mand hus |
skjorte hanske far mann hus |
skyrta hanzki faðir eiginmaður hús |
shirt glove father husband house |
| porte panier bouteille fleur noir |
dörr korg flaska bloma svart |
dør kurv flaske blomst sort |
dør kurv flaske blomst sort |
dyr karfa flaska blóm svartur |
door basket bottle (flask) flower black |
De toutes les langues scandinaves, c'est l'islandais qui est la langue la plus différenciée, mais le suédois suit tout de suite après. Les Danois, les Norvégiens et les Suédois se comprennent mutuellement sans trop d'efforts. Mais aucun des locuteurs de ces langues ne comprend ni ne lit l'islandais, tandis qu'un islandophone comprend assez aisément les trois autres langues.
Le suédois a subi de nombreuses influences allemandes, françaises et anglo-saxonnes. Le suédois standard utilise l'alphabet latin, dont certaines sont particulières, par exemple, au français: les lettres å (comme [o] long), ö (comme le son [eu]) et ä (comme [è]). La voyelle écrite o se prononce un peu comme le [ou] français. La voyelle u est très différente du français: à la différence du français (dans buche) ou de l'allemand (dans müde), elle est prononcé en suédois comme [i]. C'est la lettre y qui se prononce comme le [u] français dans byrå («bureau»), mais en plus arrondi.
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Au point de vue grammatical, l’article défini est placé après le nom (post-posé) et soudé à la fin de celui-ci. Il n'existe pas d’article indéfini pluriel. Par exemple, dag signifiant «jour» donne au pluriel dagar. Contrairement à l'allemand, le suédois, une langue germanique, ne possède pas de cas (à l’exception d’un reste de génitif). | ||||||||||||
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De plus, à l'encontre du français, la conjugaison est simple et le pronom
personnel n'entraîne pas de modification dans la forme verbale (voir le
tableau de gauche).
La langue suédoise privilégie la composition dans la formation des mots, ce qui conduit à des termes relativement longs par comparaison au français. Par exemple, on peut trouver dans les mots savants et les termes administratifs des créations telles que resursallokering (allocation des ressources), ståndpunktstagande (prise de position), kvittblivningsproblematiken (la problématique de l'élimination des déchets) ou känsloidentifikation (identification émotionnelle). |
Au cours de son histoire, le suédois a emprunté de nombreux mots à l'allemand, au français (XVIIe et XVIIIe siècles) et à l'anglais (plus récemment). Une fait assez intéressant en ce qui concerne l’allemand ou plutôt le bas-allemand: l’influence du bas-allemand sur le suédois est presque exactement du même degré que l’influence du français sur l’anglais, ce qui est énorme. Par exemple, dans un dictionnaire, plus de la moitié du lexique provient du bas-allemand, y compris de grandes parties du vocabulaire de base. Ces mots ont été importés surtout entre les XIIIe et XVIe siècles au temps de la Ligue hanséatique. Bien que le suédois soit une groupe germanique du Nord, il est aujourd'hui très proche du néerlandais (qui ressemble plus au bas-allemand que l’allemand standard) au point de vue lexical. Rappelons que le bas-allemand ou Niederdeutsch est le terme générique employé pour désigner les dialectes du Nord, que ce soit le bas-allemand de l'Ouest (Schleswigsch, Holsteinisch, Nordniedersächisch, Westfälisch, Ostfälisch, etc.) ou le bas-allemand de l'Est (Mecklenburgisch, Märkisch, etc.). Le bas-allemand comprend le Plattdeutsch (le bas-allemand du Nord), la langue commerciale du Nord, ainsi que le bas-saxon et l'afrikaans (en Afrique du Sud et en Namibie).
Du français, on a, par exemple, les mots byrå (<bureau), kotlett (<cotelette), parfym (<parfum), parfym (<parfum), scen (<scène), nivå (<niveau), teater (<théâtre), ateljé (<atelier), paraply (<parapluie), etc. On pourrait en ajouter des centaines d'autres.
Depuis le XIXe siècle, c’est l’anglais qui reste la langue donneuse avec des mots comme biff (<beef), kex (<cakes: «biscuits), paj (<pie), jobb (<job), strejk (<strike: «grève»), tunnel (<tunnel), intervju (<interview), shampoo (<shampoo), hockey (<hockey: «hockey sur glace»), tejp (<tape: «ruban adhésif»), lunch (<lunch), snobb (<snob), sport (<sport), rock (rock), skateboard (<skateboard: «planche à roulettes»), pop corn (<pop corn: «maïs soufflé»), mejl (<e-mail: «courriel»), sajt (<web site: «site»), etc.
2.2 Les immigrants
Sur une population estimée en 2005 à quelque neuf millions d’habitants, on compte près d’un million d’immigrants arrivés en Suède depuis les quatre dernières décennies, ce qui, théoriquement, impliquerait quelque 125 langues immigrantes dont les origines proviennent soit des autres pays nordiques (Norvège, Finlande, Danemark, Russie), soit de divers pays d’Europe (Italie, Grèce, Yougoslavie, Pologne, Estonie, Hongrie, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Bosnie-Herzégovine, etc.), mais aussi du Proche-Orient (Turquie, Syrie, Irak, Iran) et d’autres parties du monde (Vietnam, Chili, Érythrée, États-Unis, etc.).
On estime que les langues immigrantes totalisent 10,9 % de la population de la Suède. Les langues les plus importantes sont les suivantes: serbo-croate (1,4 %), arabe (1,3 %), espagnol (0,7 %), persan ou farsi (0,7 %), allemand (0,7 %), norvégien (0,6 %), polonais (0,6 %), danois (0,5 %), anglais (0,4 %), kurde (0,4 %), albanais (0,4 %), turc (0,3 %), somali (0,2 %), hongrois (0,2 %), araméen (0,2 %), chinois (0,2 %), grec (0,1 %), russe (0,1 %), thaï (0,1 %), estonien (0,1 %), vietnamien (0,1 %), roumain (0,1 %), français (0,1 %), italien (0,1 %). Il convient d'ajouter également le néerlandais (0,08 %), le portugais (0,08%), le tchèque (0,06 %), le tigrina (0,06 %), l'islandais (0,05 %), le pendjabi (0,05 %), l'oromo (0,05 %), le slovaque (0,04 %), etc.
Ceux que l’on appelle les «nouveaux Suédois» tendent à s’assimiler après la seconde génération, mais ce n’est pas toujours le cas. Certains groupes forment une forte cohésion interne et conservent leur langue, ce qui semble particulièrement le cas des Grecs, des Syriens, des Chiliens, des Érythréens et des Vietnamiens. De plus, dans certaines zones à forte concentration d'immigrés, des variantes du suédois se sont développées. La plus connue est celle que l'on nomme le Rinkebysvenska, c’est-à-dire le suédois de Rinkeby (du nom d’une banlieue de Stockholm), parlé principalement par des jeunes maîtrisant mal le suédois standard. Cette variante du suédois, qui dispose par ailleurs d’un assez grand pouvoir d’attraction, compte toute une série de mots et d’expressions issues d'autres langues, et marque de son empreinte ce «nouveau suédois».
2.3 Les minorités nationales
Le pays compte environ 450 000 locuteurs reconnues officiellement comme faisant partie des cinq «minorités nationales» ("nationella minoriteter") de Suède. Ce sont les Finnois de Suède, les Tornédaliens (Tornedalers), les Sames (Lapons), les Tsiganes (Romani chib) et les Juifs.
- Les finnophones
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Les finnophones constituent la minorité
la plus importante de Suède dont le nombre des locuteurs est estimé entre 220
000 et 300 000, soit environ 3,4 % de la population totale. Il serait plus
juste de parler de quelque 200 000 personnes dont 25 % seraient déjà
assimilés au suédois. Les «vrais finnophones»
parlent le finnois standard de Finlande,
une langue appartenant à la famille ouralienne,
car la plupart sont des immigrants finlandais récemment arrivés en Suède.
On les retrouve concentrés surtout dans le nord de la Suède (voir
la carte), près de la frontière finlandaise, mais de nombreux finnophones
sont présents dans les grands centres urbains du pays. En Suède, il faut distinguer une autre catégorie de finnophones, ceux qui parlent le meänkieli, c’est-à-dire le finnois de Tornédalie (ou finnois tornédalien). Cette langue, relativement différente du finnois standard, est parlée par environ 40 000 à 60 000 locuteurs dans le comté de Norrbotten (pop.: 270 000 habitants), soit tout au nord, dans la vallée du fleuve Torne qui sépare la Suède et la Finlande. La Tornédalie est une région située au nord-est de la Suède, frontalière avec la Finlande et d'où sont originaires les Tornédaliens; ce sont des Suédois parlant le meänkieli ou finnois tornédalien, surtout dans les petits villages, mais également dans les villes de Övertorneå, Kalix, Kiruna, Gällivare et Pajala. Le finnois tornédalien est appelé meän kieli («notre langue») en Suède et fait l’objet de controverses, car ses différences avec le finnois standard reposent sur des critères à la fois linguistiques et sociaux. En effet, le tornédalien de Suède comprend non seulement de nombreux mots finnois locaux, mais aussi des éléments du suédois, du norvégien et du same. De plus, les Tornédaliens se considèrent généralement comme des Suédois finnophones qui ne parlent pas le «vrai finnois», alors que les locuteurs du finnois standard se prétendent avant tout comme des Finnois, ou plutôt des Finlandais, parlant le finnois de Finlande. |
En fait, les Tornédaliens sont considérés comme les seuls finnophones originaires de la Suède (voir la carte linguistique). La transmission de cette langue chez la jeune génération ne se fait plus beaucoup.
- Le same
La troisième minorité linguistique importante est constituée des locuteurs du lapon (ou same), une autre langue ouralienne. La population same comprend de 15 000 à 20 000 personnes, dont quelque 9000 locuteurs du same, essentiellement en Laponie dans la région de Lappland (au nord du pays). La plupart des Sames vivent dans les villes du Nord (ou à Stockholm): Kiruna, Gällivare, Jokkmokk et Arvidsjaur.
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Une étude démographique (datant du début
des années soixante-dix) du peuple same vivant en Suède a révélé qu'environ
60 % des Sames de ce pays habitaient dans la région traditionnelle d'habitation
same, c'est-à-dire le territoire Sápmi, alors qu'il y en avait 40 % en dehors
de cette région. Soulignons que l’ensemble des Sames vivent dans les régions septentrionales de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et de la Russie. Quelque 70 000 à 100 000 Sames sont installés dans cette grande région nordique appelée Sápmi (voir la carte détaillée) dans laquelle on dénombre dix langues sames. On estime aussi que plus de la moitié des Sames d'Europe vivent en Norvège (approximativement 35 000), environ 17 000 en Suède, 6000 en Finlande et, approximativement, quelque 2000 en Russie. Ces chiffres sont cependant d'une crédibilité relative, étant donné qu'il n'y a jamais eu de recensement sur la langue same (ou lapon). |
La langue same (ou sami) actuelle comprend trois grandes variétés dialectales inintelligibles entre elles: le same oriental, le same central et le same méridional. Ces trois langues sames se subdivisent encore en neuf variétés dialectales:
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1) le same du Sud (= same méridional);
3) le same de Pite ou Arjeplog (= same central);
6) le same d'Inari (= same oriental); |
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Précisons que les variétés 1 (same du Sud) et 2 (same d’Ume) correspondent au same méridional (et sont pratiquement éteints), les variétés 3 (same de Pite), 4 (same de Luleå) et 5 (same du Nord), au same central, alors que les les variétés 6 (le same d'Inari), 7 (same de Skolt), 8 (same de Kildin) et 9 (same de Ter) renvoient au same oriental. Si l'intercompréhension est impossible entre, par exemple, les variétés du same central et celles du same oriental, les locuteurs parlant le same d'Inari, le same de Skolt, le same de Kildin et le same de Ter peuvent se comprendre aisément.
- Les autres minorités
Enfin, la Suède a reconnu deux autres petites minorités dispersées — les minorités dites non territorialisées: d'une part, les Tsiganes (environ 50 000 personnes) et, d'autre part, les Juifs (entre 20 000 et 25 000). Beaucoup de Tsiganes (de 12 000 à 15 000 locuteurs) parlent encore le romani, une langue indo-iranienne, alors que certains Juifs s’expriment en yiddish (une langue du groupe germanique). Parmi les Juifs, seuls 3000 parlent encore le yiddish, car cette langue en Suède est en voie d'extinction. C'est pourquoi les congrégations juives font des efforts pour promouvoir l'emploi de cette langue en Suède.
Il existe aussi une Suède une langue en grand danger de disparition: l'elfdalien (Övdalsk ou Övdalską en elfdalien; Älvdalska ou Älvdalsmål en suédois), une langue appelée aussi dalécarlien et réputée proche du vieux norrois des Vikings. C'est une langue suédoise parlée par quelque 3000 locuteurs dans la municipalité d’Älvdalen (comté de Dalarna). Le statut de cette langue n'est pas défini: traditionnellement considéré comme un dialecte suédois, l'elfdalien est aujourd'hui considéré par plusieurs linguistes comme une langue distincte. Le Comité d'experts du Conseil de l'Europe considère que l’elfdalien devait être considéré comme une langue minoritaire ou régionale. Le parlement suédois devait se prononcer sur cette question en 2007, en lui accordant un statut officiel (local), mais la décision a été remise aux calendes grecques.
La Suède est un pays relativement homogène au point de vue linguistique, puisque 85 % de la population a le suédois comme langue maternelle. C’est ce qui explique sans doute que le statut de la langue officielle du royaume de Suède n’est même pas défini dans la Constitution de 1975. Le suédois a donc acquis ce statut dans les faits — un unilinguisme de facto. Ce type de situation reflète une réalité où le multilinguisme de fait semble inexistant.
Depuis 1944, le Conseil de la langue suédoise (Svenska språknämnden) a pour rôle de suivre l’évolution de la langue suédoise parlée et écrite, d’assurer une planification linguistique et travailler à une coopération entre les pays nordiques sur les questions d'ordre linguistique. Le conseil est formé de représentants d’associations diverses ayant un intérêt pour la langue suédoise: par exemple, les associations d’enseignants, les académiciens, les écrivains et les journalistes. Le Conseil de la langue suédoise est un service public financé par l’État. Le Conseil publie des dictionnaires et des manuels scolaires, et publie la revue Språkvård. La terminologie technique est du ressort du Centre suédois de terminologie (Terminologicentralen TNC), qui gère également des banques de terminologie en usage dans l’Union européenne. D’autres organismes qui s’occupent de terminologie sont le Groupe pour la terminologie informatique suédois (Svenska datatermgruppen) et le Comité linguistique de la Société médicale suédoise (Svenska läkaresällskapets språkvårdskommitté). Depuis plusieurs années, le Conseil de la langue suédoise s’inquiète du fait que de nombreux domaines de la vie sociale sont inondés de mots empruntés à l'anglais, notamment dans l'informatique, les secteurs bancaires et financiers, la médecine et les sciences en général, etc. Il n’est devenu très fréquent la recherche et l’éducation soient menées en anglais.
C’est pourquoi une commission gouvernementale a préparé un programme destiné à élaborer une politique linguistique axée sur l’avenir de la Suède. Cette politique suppose que la Suède sera ouverte sur le multilinguisme tout en s'assurant que le suédois demeure la langue commune de tous les citoyens. Par ailleurs, des efforts sont faits pour «débureaucratiser» la langue administrative officielle et la rendre accessible aux citoyens. L'un des objectifs de la politique linguistique suédoise serait de combattre les dérives du langage bureaucratique et de remplacer ou d’adapter les termes empruntés pour en faire du «bon suédois». Pour lutter contre le jargon bureaucratique de l’Administration, plusieurs postes permanents d’experts linguistiques ont été créés dans les services du gouvernement. À l'exemple du service de traduction de la Commission européenne, la Suède a lancé une campagne intitulée «Fight the fog» («Dissipez le brouillard») pour encourager les rédacteurs à écrire de façon limpide. Par ailleurs, la Radiotélévision suédoise et plusieurs grands quotidiens ont leurs propres experts linguistiques chargés de préciser les lignes directrices pour l’usage de la langue suédoise standard.
Enfin, le gouvernement suédois a créé en avril 2002 une commission d’enquête parlementaire destinée à renforcer le statut de la langue suédoise. On songeait alors à faire adopter une loi établissant que le suédois est la langue principale de la Suède et sa langue officielle dans les instances internationales. De fait, au printemps de 2009, le Parlement a adopté une loi linguistique, appelée Språklagen (Loi sur les langues). Cette loi, qui compte 15 articles, entrait en vigueur le 1er juillet 2009.
La loi de 2009 reconnaît ce que tout individu résidant en Suède sait déjà : que le suédois est la langue parlée par la plupart des Suédois soit comme langue maternelle soit comme langue seconde. Toutefois, la loi énonce que «le suédois est la langue principale en Suède» et la «langue commune de la société suédoise». En conséquence, «les autorités publiques ont une responsabilité particulière dans l'emploi et le développement du suédois»:
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Svenska språket Artikel 4 Svenska är huvudspråk i Sverige. Artikel 5 Som huvudspråk är svenskan samhällets gemensamma språk, som alla som är bosatta i Sverige ska ha tillgång till och som ska kunna användas inom alla samhällsområden. Artikel 6 Det allmänna har ett särskilt ansvar för att svenskan används och utvecklas. |
La langue suédoise Article 4 Le suédois est la langue principale en Suède. Article 5 Comme la langue principale est la langue commune de la société suédoise, tous ceux qui résident en Suède doivent y avoir accès et peuvent l'utiliser dans tous les secteurs de la société. Article 6 Les autorités publiques ont une responsabilité particulière dans l'emploi et le développement du suédois. |
L'article 10 (le premier alinéa) précise que «la langue des tribunaux, des autorités administratives et autres organismes qui accomplissent des tâches dans les activités publiques est le suédois»:
| Artikel 10 Språket i domstolar, förvaltningsmyndigheter och andra organ som fullgör uppgifter i offentlig verksamhet är svenska. [...] |
Article 10
La langue des tribunaux, des autorités administratives et autres organismes qui accomplissent des tâches dans les activités publiques est le suédois. [...] |
Les autorités publiques doivent s'assurer que la langue suédoise est utilisée dans un contexte international. De plus, en tant que langue officielle reconnue au sein de l'Union européenne, le suédois est protégé:
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Svenskan i internationella sammanhang Artikel 13 Svenska är Sveriges officiella språk i internationella sammanhang. Svenskans ställning som officiellt språk i Europeiska unionen ska värnas. Den enskildes tillgång till språk Artikel 14 Var och en som är bosatt i Sverige ska ges möjlighet att lära sig, utveckla och använda svenska. [...] |
Le suédois dans le contexte international Article 13 Le suédois est la langue officielle dans le contexte international. Le suédois, comme langue officielle reconnue dans l'Union européenne, est protégé. L'accès individuel à la langue Article 14 Quiconque réside en Suède devrait avoir la possibilité d'apprendre, de développer et d'utiliser le suédois. [...] |
La loi déclare aussi que quiconque réside en Suède devrait avoir la possibilité d'apprendre, de développer et d'utiliser le suédois. Cette loi de juillet 2009 est la première loi à assurer un statut au suédois, non comme «langue officielle» — le mot n'est pas employé —, mais comme «langue principale» et comme «langue commune».
Enfin, les organismes linguistiques gouvernementaux, tels que le Conseil suédois de la langue, le Conseil de la langue finnoise de Suède et le Groupe suédois pour un langage clair, ont été fusionnés au sein d'une nouvelle instance, l'Institut suédois de dialectologie, d'onomastique et d'études folkloriques (Språk- och Folkminnesinstitutet ou SOFI; en anglaisd: Institute for Dialectology, Onomastics and Folklore Research). Cet institut a pour fonction de valoriser et de promouvoir les langues régionales ou minoritaires de Suède. Bien que cet organisme dispose d'un pouvoir de contrôle, il ne possède pas des crédits nécessaires pour le mettre en œuvre.
La Suède a toujours pratiqué un unilinguisme de fait, bien que des communautés finnoises, tsiganes et juives s’y soient installées dès le XVIe siècle, alors que les Lapons habitaient la région bien avant l’arrivée des Suédois. Puis, au XIXe siècle, les Lapons et les Finnois ont particulièrement été les principales victimes d’une politique officielle d’assimilation. Jusqu’à la fin des années soixante-dix, la politique linguistique appliquée en Suède était très simple. Elle consistait à appliquer plus ou moins uniformément la règle de l’unilinguisme suédois. Il est vrai que, lorsqu’on peut compter sur un apport très majoritaire (plus de 90 % de la population) de la langue officielle, celle-ci s’impose plus facilement.
Mais ce n’est plus la politique linguistique de la Suède. Suite à une étude gouvernementale au cours des années quatre-vingt-dix, la Suède a décidé d’adopter une politique globale au sujet de ses minorités nationales, notamment à l’égard des Finnois, des Tornédaliens (finnophones de la vallée de Tornédalie), des Sames (Lapons), des Tsiganes et des Juifs. Les langues concernées correspondantes sont le finnois standard, le meänkieli ou finnois tornédalien, le same (ou lapon), le tsigane (toutes ses formes) et le yiddish. D'ailleurs, la loi du 1er juillet 2009 (Loi sur les langues) reconnaît formellement ces cinq minorités nationales :
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De nationella minoritetsspråken Artikel 7 De nationella minoritetsspråken är finska, jiddisch, meänkieli, romani chib och samiska. Artikel 8 Det allmänna har ett särskilt ansvar för att skydda och främja de nationella minoritetsspråken. |
Les langues des minorités nationales Article 7 Les langues des minorités nationales sont le finnois, le yiddish, le meänkieli, le rom chib et le same. Article 8 Les autorités publiques ont la responsabilité particulière de promouvoir et protéger les langues des minorités nationales. |
De ces diverses langues, le same, le finnois et le tornédalien ont une base géographique et historique; leurs locuteurs sont reconnus comme étant des minorités «territorialisées» ou géographiquement concentrées, par opposition aux Tsiganes et aux Juifs considérés comme des minorités «non territorialisées» (géographiquement dispersées).
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En Suède, pour être reconnu
comme une minorité nationale, il faut qu'un groupe partage
un certain sentiment d'appartenance commune, qu'elle soit religieuse, culturelle
ou linguistique; qu'il désire conserver son identité et avoir des liens
historiques avec la pays datant d'au moins un siècle. La politique linguistique suédoise en faveur des minorités n'est en en place que depuis l'année 2000 et elle peut être modifiée en fonction de l'expérience acquise. Les grands principes de la politique linguistique suédoise reposent sur les dispositions de deux traités internationaux: la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales de 1994 (en vigueur depuis le 1er juin 2000 en Suède) et la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires de 1992 (en vigueur depuis le 10 juin 2000). En ce qui concerne les minorités nationales, lors de la ratification de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, la Suède a fait une déclaration par laquelle elle reconnaît officiellement l'existence de cinq minorités: les Sames, les Finno-Suédois, les Finnois de Tornédalie, les Roms et les Juifs. Afin de s'ajuster aux exigences des deux chartes européennes, le gouvernement suédois a, de plus, fait adopter en juin 1999 une loi sur les minorités nationales: c’est la loi 143-1999 ou Loi sur les minorités nationales de Suède. En décembre 1999, le Parlement suédois (Riksdag) a également adopté deux autres lois très similaires dans leur formulation et entrées en vigueur le 1er avril 2000: la Loi sur le droit d’employer les langues finnoise et meänkieli dans les relations avec l’administration publique ainsi que la Loi sur le droit d’employer le same dans les relations avec l'administration publique et les tribunaux. Rappelons que dans la législation suédoise le mot meänkieli renvoie toujours au finnois tornédalien. Par cette législation, la Suède officialise ainsi les mesures destinées à protéger et à promouvoir les minorités officielles du pays, mais surtout les minorités territorialisées (Sames et Finnois). La nouvelle législation suédoise s’applique en effet dans les municipalités comprises dans les territoires administratifs dans lesquelles le same, le finnois et le meänkieli (tornédalien) sont historiquement employés. En ce qui a trait au same, ce territoire comprend les quatre municipalités de Kiruna, Gällivare, Jokkmokk et Arjeplog; pour le finnois (toutes ses formes), ce sont les cinq municipalités de Tornédalie, soit Haparanda, Övertorneå, Pajala, Kiruna et Gällivare. Toutes ces villes sont officiellement bilingues, voire trilingues (Gällivare). La politique linguistique suédoise est considérée comme devant compléter la politique d’intégration prévue pour les immigrants. |
Des subventions d’un million de couronnes suédoises (plus de 100 000 $US) devaient être accordées dès l’année 2000. Le Conseil national des Affaires culturelles devait analyser comment ces fonds seraient distribués aux minorités same, finnoise, tornédalienne, tsigane et juive. Selon la législation en vigueur, la Suède doit continuer à encourager la coopération transfrontalière (surtout avec la Finlande, la Norvège et la Russie) portant sur des problèmes d'intérêt relatifs aux minorités nationales (finnophones et sames), telles que la culture, l’histoire, la langue, la religion, etc. Le gouvernement considère qu’il en coûtera annuellement quelque 10 millions de couronnes suédoises (environ un million de dollars US) à partir de l’an 2000.
4.1 Le domaine de la législation
Les nouvelles dispositions législatives concernant les minorités de Suède n’ont, en principe, aucun effet au Parlement national (Riksdag). Ainsi, le suédois demeure la seule langue en usage dans les débats du Riksdag, ainsi que dans la rédaction et la promulgation des lois. Néanmoins, la loi prévoit que les règlements qui concernent spécifiquement les droits des minorités nationales devront être traduits dans les langues de ces minorités, notamment en same, en finnois standard et en finnois tornédalien.
Par ailleurs, les Sames disposent, depuis 1991, de leur propre parlement, appelé Parlement same (ou Sametinget), dont les pouvoirs sont relativement limités, mais où la langue same est autorisée en plus du suédois. Les principales responsabilités du Parlement same sont de stimuler et encourager la culture same, de répartir les fonds gouvernementaux pour la culture same, de nommer les commissaires des écoles sames et de conseiller les autorités suédoises sur les affaires sames.
Pour le moment, le Parlement same utilise encore le suédois comme langue principale, mais plusieurs de ses membres ont recours au same, et les délibérations sont traduites dans les deux langues; les procès verbaux de l’assemblée sont aussi rédigés dans les deux langues, soit en suédois et en same du Nord. Outre ce fait, de façon générale, les communications écrites se font rarement en same.
4.2 Les langues de la justice
En matière de justice, l’article 8 de la Constitution interdit la discrimination à l’égard des personnes qui parleraient une langue différente du suédois:
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Article 8 Dans l'exercice de leurs fonctions, les tribunaux et les autorités administratives resteront objectifs et impartiaux. Ils ne pourront sans raison légale traiter les personnes différemment en raison de conditions personnelles comme les croyances religieuses, les opinions, la race, la couleur de la peau, l'origine, le sexe, l'âge, la nationalité, la langue, le statut social ou les circonstances financières. |
Dans les faits, cela signifie qu’on permet, en cas de force majeure, l’usage d’une autre langue à la condition d’avoir recours à un interprète. Il s’agit, dans tous les cas, des citoyens non suédois, notamment les immigrants turcs, maghrébins, etc., traduits en justice. Cette clause de non-discrimination ne concerne pas les minorités nationales (finnoises, tornédalienne, same, etc.) qui, dans le pire des cas, doivent s’exprimer en suédois ou, dans le meilleur des cas, pourront recourir à leur langue dans les tribunaux prévus à cet effet. L'article 8 de la Loi sur la procédure administrative (1986), prévoit le recours à l'interprétariat pour ces cas de force majeure:
| Loi sur la procédure
administrative de 1986 Article 8 Interprète |
Cela dit, il est possible, dans une cour de première instance, de recourir théoriquement au finnois ou au same (lapon) dans les localités où ces minorités sont concentrées, mais dans la réalité il n’en était encore rien jusqu’à présent.
Cependant, les articles 4 à 7 de la législation de 1999, soit la Loi sur le droit d’employer les langues finnoise et meänkieli dans les relations avec l’administration publique et la Loi sur le droit d’employer le same dans les relations avec l'administration publique, prévoient que le finnois, le meänkieli (finnois tornédalien) et le same peuvent être employés dans les cours de justice dans la mesure où la procédure se déroule dans les limites territoriales prévues, à savoir les municipalités de Kiruna, Gällivare, Jokkmokk et Arjeplog (pour le same), ainsi que celles de Haparanda, Övertorneå, Pajala, Kiruna et Gällivare (pour le finnois).
| Loi sur
le droit d'employer les langues finnoise et meänkieli
dans les relations avec l'administration publique (2000) Article 4 1) Les langues finnoise et et meänkieli peuvent être employées lors de la procédure d'un procès, en autant que la cause est à proximité du territoire administratif. 2) Ce droit est aussi appliqué à l'apport d'activités correspondant aux tribunaux où la décision a été soumise. Article 5 1) Selon l'article 4, le droit d'employer le finnois et le meänkieli comprend aussi le droit de transmettre de la documentation relative à l'affaire, aussi bien que le droit de parler le finnois et le meänkieli lors des débats oraux devant le tribunal. 2) Le tribunal devra assumer la traduction en suédois, si c'est nécessaire. Article 6 1) Ceux qui doivent employer le finnois et le meänkieli lors de la procédure d'une cause dans un tribunal doivent précédemment en faire la demande en vertu de l'article 4. 2) S'il ce n'est pas fait ainsi, la demande peut être rejetée. Article 7 Dans l'éventualité où une partie intéressée se sert des langues finnoise ou meänkieli, elle devra aussi recourir à un interprète, en vertu des dispositions correspondant au chapitre 5, des articles 6 à 8 et au chapitre 33, l'article 9 du Code civil et les articles 50 à 52 de la Loi sur la procédure administrative. |
De plus, ceux qui désirent employer ces langues durant la procédure d’une cour devront préalablement présenter une requête en ce sens, sinon le droit d’employer cette langue pourra être refusé. L’article 7 prévoit aussi le recours à l’usage d’un interprète. Il reste pour le moment à mettre en application ces nouvelles dispositions législatives. Cela étant dit, les autorités judiciaires n'ont pas l'obligation de produire des documents rédigés en same ou en finnois (meänkieli), cette législation exigeant seulement qu’une traduction orale soit assurée sur demande. Enfin, tout juge peut rejeter la demande d'un accusé d'employer le same (ou une autre langue minoritaire) au cours de la procédure s'il estime qu'elle est soumise «à des fins illégitimes». Sur cet aspect de la loi, les autorités suédoises affirment que cette disposition (paragraphe 3 de l'article 6) n'est appliquée que de façon très restrictive, lorsque, par exemple, il apparaît évident que la demande vise à retarder la procédure.
Selon une enquête réalisée en 2008, seuls 4 % des samophones emploient leur langue dans leurs relations avec les autorités administratives et judiciaires. Rien ne permet non plus d'indiquer qu'ils soient particulièrement incités à le faire. Par ailleurs, les autorités administratives ne disposent pas toujours de traducteurs ou d’interprètes pour le same et ne recourent aux services de professionnels externes que ponctuellement.
En Suède, il existe de nombreux obstacles pratiques et organisationnels qui font en sorte que l'exercice du droit d'employer les langues régionales ou minoritaires devant les instances judiciaires demeure très difficile. Ces lacunes concernent surtout le manque de personnel qualifié, les offres d'emploi de greffier ou de juge, qui n'exigent pas la maîtrise d'une langue régionale ou minoritaire, et le fait que les locuteurs de ces langues ne sont pas encouragés de manière active à employer leur langue.
4.3 Les langues dans l’Administration
Jusqu’à récemment, l'article 8 de la Constitution n’était pas appliqué en ce qui a trait aux services gouvernementaux, puisque aucun service n’était disponible en une autre langue que le suédois. Des mesures en ce sens appliquées à l’échelle régionale — les municipalités désignées par la loi — sont prévues dans la législation de 1999 (art. 3 et 4). Ainsi, les membres des minorités ont le droit d’employer leur langue maternelle dans l’Administration publique: bureaux de l’Administration, bureaux régionaux judiciaires, postes de police, bureaux de l'impôt et bureaux d'emploi, conseils de comté et conseils municipaux. Pour les Sames (Lapons), la région désignée inclut les municipalités d’Arjeplog, de Gällivare, de Jokkmokk et de Kiruna (toutes au nord); pour les Finnois, ce sont les municipalités de Gällivare, de Haparanda, de Kiruna, de Pajala et d’Övertorneå (toutes situées près de la Finlande).
Dans ses communications avec les autorités administratives, tout membre d’une minorité reconnue a, en principe, le droit de choisir oralement le finnois ou le same (lapon), et l’Administration s’engage à donner une réponse dans la langue du demandeur. Le gouvernement exige que les municipalités comprises dans les régions administratives désignées offrent des services aux personnes âgées dans leur langue maternelle. De plus, le gouvernement suédois semble déterminé à obliger le ministère de la Santé et du Bien-Être social d’assurer des services en finnois (toutes ses formes) et en same (toutes ses formes) aux personnes âgées habitant dans les municipalités désignées par la loi.
Dans les faits, la loi doit vaincre de fortes résistances, même au sein des populations concernées. En effet, dans les situations formelles auprès de l’Administration, les Sames et les finnophones n’utilisent que très rarement leur langue maternelle. L’usage officiel de ces langues n’est pas très répandu par les autorités administratives. On utilise généralement ces langues de façon informelle à l’oral (conversations, pauses, etc.), jamais de façon officielle. Même les conseils municipaux des villes concernées n’ont pas recours à ces langues, bien qu’ils traient des affaires sames ou finnoises. Le gouvernement alloue néanmoins des primes en argent aux personnes en poste dans la région de Tornedalen. Les administrations régionales de la vallée de Tornedalen assurent aux finnophones certains services essentiels dans leur langue. Le plus grave problème provient du fait que l'Administration manque de personnel samophone, ce qui empêche la bonne mise en œuvre des dispositions de la loi; il existe aussi une pénurie de personnel compétent pour la production de documents rédigés en same.
D’après un rapport publié par le Parlement suédois, la possibilité d’employer le finnois standard devant les administrations locales n'est supérieure que pour le same et le meänkieli (tornédalien). La capacité à traiter les demandes en finnois varie selon les municipalités, mais entre 20 % et 50 % des services municipaux sont aptes à traiter des demandes en finnois aussi rapidement que celles en suédois. Enfin, les autorités suédoises ne font état d’aucune mesure prise par les administrations d’État locales ou régionales, telles que les services régionaux du ministère public, l’administration de la police, celle des impôts, les services de l’emploi, pour la mise en œuvre de ces engagements en matière d'emploi des langues minoritaires. Dans le comté de Norrbotten, les autorités peuvent offrir des services en meänkieli (tornédalien), mais il semble que les locuteurs de cette langue préfèrent encore utiliser le suédois dans la pratique. Au mieux, cette langue n'est employée que pour la communication orale.
Pour ce qui est des Tsiganes et des Juifs, l’Administration suédoise n’offre pas de services dans la langue de ces deux minorités non territorialisées. On peut penser qu'au plan théorique une personne pourrait s'adresser aux administrations locales et nationales dans l'une de ces langues (tsigane ou yiddish) et recevoir une réponse dans la même langue. En pratique, c'est, bien sûr, toute autre chose. En somme, la législation linguistique suédoise envers les minorités est parfois de nature «cosmétique».
Certaines informations laissent croire qu'il y aurait un règlement obligeant à utiliser le suédois quand la sécurité publique est en jeu, mais cette hypothèse n'a pu être vérifiée. Si tel est le cas, cela démontrerait la nécessité, pour les minorités, de connaître la langue de la majorité, car on s'attendrait plutôt à ce que l'État impose le bilinguisme suédois-danois, suédois-finnois, suédois-lapon, etc., de façon à assurer une certaine protection aux minorités, surtout lorsque la sécurité publique est en jeu. De toute façon, cette pratique serait conforme à la politique séculaire d'unilinguisme administratif.
Par ailleurs, la Loi contre la discrimination ethnique du 7 avril 1994 interdit la discrimination ethnique. Le Code pénal prévoit même (art. 9, chap. 16) l’incrimination aux fonctionnaires qui traiteraient de façon différenciée les administrés selon la couleur de leur peau, leur race ou leur nationalité.
Le Parlement suédois (Riksdag) a aussi décidé qu’il convenait d’accorder une attention particulière aux minorités sames et finnoises dans le cas de la toponymie, notamment sur les cartes et les signaux routiers. Dans les zones plurilingues (le Norrbotten et le Västerbotten), la toponymie doit être celle des langues pratiquées dans ces zones, et l’orthographe minoritaire doit être utilisée. Dans les cartes du cadastre national, la toponymie doit apparaître en suédois, mais aussi en same et en finnois. Les frais entraînés par le bilinguisme ou le trilinguisme sont couverts par une subvention publique et gérée par le Conseil d’administration du comté du Norbotten.
En somme, malgré certains progrès constatés à l'échelon local et régional, l'emploi des langues régionales ou minoritaires dans les relations avec les services de l'administration publique demeure faible. Il est très rare que les citoyens déposent une demande écrite dans ces langues, qui sont plutôt réservées au domaine oral. En réalité, le manque de personnel doté des compétences linguistiques nécessaires, ainsi que l'absence de formation et de disponibilité d'interprètes qualifiés ne peuvent pas aider à offrir des services adéquats dans les langues minoritaires ou régionales.
4.4 Les langues de l’éducation
En Suède, l'éducation est obligatoire et gratuite pour toute la scolarité, incluant les études universitaires. Les neuf premières années constituent «l'école de base» et elles sont obligatoires. Il n'existe pas de frais particulier pour les aides pédagogiques, les repas pris durant les heures de classe, les soins médicaux et le transport des enfants. C'est le gouvernement qui fixe les programmes d’enseignement, les objectifs nationaux et les orientations de l’enseignement public. Une partie du budget national est allouée aux municipalités pour leurs différentes activités pédagogiques. Par la suite, la municipalité décide, dans le cadre des objectifs et des directives gouvernementales, de la manière dont seront exercées les activités pédagogiques. La Direction nationale de l’enseignement scolaire (Skolverket) a pour mission d’évaluer et d’exercer le suivi de l’enseignement public en Suède.
En 1920, il n’existait plus une seule école en Suède où l’on enseignait soit le finnois soit le same (lapon). C’est pourquoi, dans le domaine de l’éducation, toutes les écoles primaires et secondaires du pays n’ont utilisé durant des décennies que le suédois comme langue d’enseignement. Depuis 1970, sur une base strictement volontaire, certaines écoles primaires pouvaient offrir des cours en finnois comme matière d’enseignement. Cela ne constituait pas un droit exercé par les minorités, mais juste un droit reconnu par les autorités scolaires en matière de programme.
D’après la loi no 143 de 1999, le gouvernement peut autoriser les municipalités comprises dans les régions administratives désignées (pour les Sames et les Finnois) à offrir des écoles maternelles dans ces langues minoritaires. Selon la législation en vigueur, les élèves ayant pour langue maternelle le same, le finnois, le meankieli (finnois tornédalien), le romani chib ou le yiddish ont le droit de recevoir un enseignement dans cette langue à l'école. Il existe à cet égard des règles particulièrement favorables pour le same, le meankieli et le romani chib. Ainsi, les municipalités sont dans l'obligation, pour les écoles maternelles, de répondre aux exigences du programme suédois d’enseignement pour les enfants ayant une autre langue maternelle que le suédois: ils ont droit à un soutien particulier dans leur langue d’origine afin d'assurer à la fois le développement de leur langue maternelle et du suédois. La loi de 1999 vient combler ce vide juridique en en faisant un droit officiellement reconnu. Cependant, certaines municipalités imposent comme critère préalable à un enseignement en langue minoritaire un usage quotidien de cette langue dans la famille pour l'accès à cet enseignement. Plusieurs écoles ont alors dû cesser leurs activités.
De fait, la loi prévoit que les enfants appartenant aux minorités finnoise, tornédalienne et same puissent recevoir un enseignement dans leur langue maternelle, tant au primaire qu’au secondaire, mais un minimum de cinq élèves est nécessaire pour recevoir son instruction dans l'une de ces langues. Il s’agit, comme par le passé, d’un enseignement bilingue (une à deux heures/semaine) destiné à promouvoir à la fois la langue minoritaire et le suédois, langue officielle. Il s'agit là d'un principe théorique, car dans la pratique il peut exister des différences d'application. La plupart des écoles primaires et secondaires sont «municipales»; l’élève fréquente généralement une école de la commune de résidence. Les parents peuvent aussi envoyer leurs enfants à l’école dans une autre commune, notamment si la «filière» désirée n’existe pas dans leur propre commune. Il est également possible pour les parents de choisir une école secondaire indépendante de la municipalité.
En réalité, seule la municipalité de Pajala, où la promotion du finnois tornédalien (meänkieli) fait l’objet d’une réelle volonté politique; c'est aussi celle où l’offre d’enseignement du meänkieli est la meilleure. La promotion du finnois tornédalien dans l’éducation figure dans un plan d’action adopté par la municipalité, laquelle a décidé dès 1999 que 80 % des élèves devaient être capables d’écrire et de lire le finnois tornédalien (meänkieli) à la sortie de l’école primaire. Enfin, il faut souligner que certaines demandes d’enseignement dans des langues minoritaires en ne sont pas satisfaites faute d’enseignants compétents.
L'article 14 de la loi du 1er juillet 2009 (Loi sur les langues) reconnaît à la fois le nécessité d'apprendre le suédois, mais également la langue d'une minorité nationale:
| Den enskildes tillgång till språk Artikel 14 Var och en som är bosatt i Sverige ska ges möjlighet att lära sig, utveckla och använda svenska. Därutöver ska 1) den som tillhör en nationell minoritet ges möjlighet att lära sig, utveckla och använda minoritetsspråket, och 2) den som är döv eller hörselskadad och den som av andra skäl har behov av teckenspråk ges möjlighet att lära sig, utveckla och använda det svenska teckenspråket. Den som har ett annat modersmål än de språk som anges i första stycket ska ges möjlighet att utveckla och använda sitt modersmål. |
L'accès individuel à la langue
Article 14 Quiconque réside en Suède devrait avoir la possibilité d'apprendre, de développer et d'utiliser le suédois. En outre: 1) ceux appartiennent à une minorité nationale doivent avoir la possibilité d'apprendre, de développer et d'utiliser la langue de la minorité, et 2) ceux qui sont malentendants ou sourds et qui ont besoin de la langue des signes doivent avoir la possibilité d'apprendre, de développer et d'utiliser la langue des signes suédoise. Ceux qui ont une autre langue maternelle que la langue visée au premier paragraphe doivent avoir la possibilité de développer et d'utiliser leur langue maternelle. |
Ces mesures valent en principe les langues immigrantes, notamment en kurde, en turc, en espagnol, en lituanien, en yiddish, etc. En effet, environ 15 % de tous les élèves des écoles suédoises sont d’origine étrangère; ces jeunes sont nés à l’étranger ou en Suède de parents nés à l’étranger. L'accès à l’enseignement dans la langue d’origine est facultative, mais les municipalités sont tenues d’organiser ce type d'enseignement pour tous les élèves qui ont une autre langue maternelle que le suédois. Les enfants des familles d'immigrants ont effectivement le droit de recevoir leur instruction dans leur langue maternelle «comme discipline» en plus du «suédois langue seconde». Le droit et la possibilité d’apprendre le suédois comme langue seconde sont offerts aussi bien à l’école de primaire qu’à l’école secondaire. Toutefois, cet enseignement n’est obligatoirement disponible s’il n’existe aucun enseignant qualifié ou si le nombre d’élèves d’un groupe d’enseignement est inférieur à cinq. Même lorsque cet enseignement est disponible, beaucoup d'élèves ne profitent pas de cette opportunité tellement ils veulent s'intégrer à la société suédoise. C'est pourquoi le gouvernement suédois juge qu'il serait nécessaire d'adopter une autre stratégie dans le but de mieux cibler ces élèves pour une intégration plus aisée.
Pour leur part, les cinq «minorités nationales» (Finnois de Suède, Tornédaliens, Sames, Tsiganes et Juifs) ont un droit plus étendu à l’enseignement de leur langue maternelle. Comme pour tous les élèves des écoles publiques, qui ont une autre langue maternelle que le suédois, ont le droit d’apprendre le «suédois langue seconde» ainsi que leur langue d'origine.
Dans les universités, le suédois demeure, sauf exceptions pour le same, l’unique langue d’enseignement, et les facultés de science ont tendance à embaucher des professeurs étrangers ne parlant pas le suédois. Dans de nombreux cours, les étudiants doivent donc savoir l’anglais pour bénéficier de ces cours. On enseigne les langues minoritaires dans les cours de spécialisation, comme on le fait pour les langues étrangères. Par ailleurs, l’Académie Tornedaliensis (Meän Akateemi) a été fondée en 1989 et fonctionne en tant qu’académie populaire et université d’été.
- Les finnophones (fennophones)
Les élèves finnophones ont le choix entre une école obligatoire normale où l’on enseigne uniquement en suédois et une école bilingue où l’on enseigne deux heures par semaine en finnois standard ou en finnois tornédalien. On emploie le finnois tornédalien comme langue d’enseignement dans une seule école primaire à Haparanda; deux autres écoles l’enseignent comme matière obligatoire en raison d’une à trois heures par semaine. Toutes les autres écoles de la vallée de Tornédalie offrent le finnois local comme cours facultatif en tant que «langue du foyer». Environ 35 % des élèves tornédaliens, et 25 % des élèves du finnois standard (dans une douzaine d'écoles primaires), reçoivent en principe des cours de finnois en tant que «langue du foyer» (une à deux heures par semaine).
Malheureusement, l’offre d’enseignement en finnois varie considérablement d'une municipalité à l'autre. Cette disparité s’expliquerait par le fait que la législation en vigueur apparaît plus restrictive pour le finnois que pour les autres langues régionales ou minoritaires. Par ailleurs, aucun document pédagogique en finnois n'est produit en Suède; ceux qui demeurent disponibles sont produits en Finlande et leur contenu n’est guère adapté aux programmes suédois ni au contexte social de la Suède. En 2008, le gouvernement suédois a proposé que l’enseignement du finnois (ainsi que du yiddish) bénéficie des mêmes mesures ques celles qui s’appliquent au sâme, au meänkieli et au romani, ce qui signifie que le finnois pourra être enseigné, même si un seul élève en fait la demande et qu’il ne pratique pas cette langue quotidiennement à la maison.
- Les Sames
Quant aux Sames (Lapons), ils ont le choix entre l'école obligatoire «normale», la grundskola (ou école «de base» ordinaire), et la sameskola (l'école «same») où l'enseignement est donné à la fois en suédois et en same. En réalité, les sameskola peuvent imposer cet enseignement en raison de deux heures par semaine durant tout le primaire en inculquant aux enfants des notions sur leur histoire, leur langue et leur culture. On compte présentement six sameskola, toutes situées dans le nord du pays (Gällivare, Jokkmokk, Karesuando, Kiruna, Lannavaara et Tärnaby). Dans toutes les écoles sames, on enseigne la variété locale de same, soit l’une des neuf variétés reconnues; une même école peut dispenser un enseignement dans plusieurs de ces variantes. Le same du Nord, le same de Luleå et le same du Sud demeurent les variétés les plus enseignées.
De façon générale, les locuteurs de variétés différentes de same utilisent le suédois lorsqu’ils communiquent entre eux, sauf lorsqu’il s’agit des locuteurs d’une même variété linguistique. On estime qu’environ 10 % de tous les enfants sames reçoivent un enseignement en same, les autres préférant fréquenter les écoles suédoises. C'est l’État suédois qui prend en charge tous les frais des écoles sames, notamment les salaires des enseignants, le logement des élèves en foyer scolaire et les transports des élèves. Cependant, dans les faits, l'enseignement en same demeure très inégal, d'autant plus que els statistiques officielles ne tiennent pas compte des parents samophones qui ne demandent pas l’enseignement de la langue maternelle. Il n'existe pas de statistiques sur l'enseignement du same du Nord, du same de Lule et du same du Sud.
De plus, les élèves sames peuvent demander leur inscription à la section same de l'école secondaire Bokenskolan, dans la municipalité de Jokkmokk. Cette école offre la possibilité de suivre le programme ordinaire de l'enseignement secondaire du second cycle, tout en choisissant l'option «Same». La section same de la Bokenskolan peut accueillir annuellement une trentaine d'élèves. L'école Bokenskolan de Jokkmokk demeure présentement le seul établissement d’enseignement secondaire dans lequel le same est enseigné.
Par ailleurs, l’Université d’Umeå a été chargée par le gouvernement de dispenser des cours en same durant chaque année universitaire. C'est la raison pour laquelle cette université reçoit une subvention de 420 000 couronnes suédoises (environ 42 000 euros ou près de 60 000 $US), que les représentants de l’université jugent «malheureusement insuffisante». L’université d’Umeå propose des cours en same du sud (25 étudiants), en sâme de Lule (20 étudiants) et en sâme du Nord. À l’Université d’Uppsala, huit étudiants suivent des cours en sâme. Compte tenu du seuil de rentabilité exigé pour qu’un cours soit organisé (30 à 35 étudiants), l’enseignement du same à l’université est nécessairement menacé de disparition d'une année à l'autre.
- Les Tsiganes et les Juifs
Quant aux Tsiganes et aux Juifs, ils ne bénéficient que de très rares classes en tsigane ou en yiddish. On compterait quelques rares écoles où, dans certaines classes, on enseigne quelques heures en tsigane (au final, quelque 300 élèves sur une possibilité de 1200) et une seule école (à Göteborg) où l’enseignement est dispensé partiellement en yiddish (pour une dizaine d'élèves). En réalité, les Tsiganes et les Juifs sont considérés par le gouvernement suédois comme des immigrants qui «bénéficieraient» de certains «privilèges» dans le système scolaire actuel.
Le plus grave problème résiderait dans la pénurie du personnel enseignant. C'est pourquoi des mesures sont prévues pour assurer la formation du personnel enseignant dans les principales langues minoritaires (finnois standard, finnois tornédalien et same), mais dans le cas du romani et du yiddish les difficultés demeurent. Des dispositions sont également prises pour attribuer des fonds publics aux minorités nationales, notamment en matière de littérature, de périodiques et d’autres activités à caractère culturel.
- Les langues secondes
Selon la Loi scolaire de 1985, pour ce qui est de l’enseignement d’une
langue seconde, le programme officiel impose l’anglais obligatoire dès la
troisième année du primaire. En première secondaire, l’allemand
(environ 80 % des élèves) ou le
français (env. 20 %) était il y a quelques années obligatoirement enseigné.
Cependant, l'enseignement des langues étrangères a subi une changement très
rapide. Depuis peu, l'espagnol a été élevé au même statut que le français et
l'allemand, avec comme résultat que le français conserve sa situation
relativement faible, mais plus de la moitié des étudiants d'allemand d'hier
apprennent maintenant l'espagnol. Donc, l’espagnol est tout récemment devenu la
deuxième langue étrangère après l’anglais. Ce type d'enseignement reflète
l’américanisation de la Suède: les États-Unis sont à peu près la seule nation du
monde où l’espagnol vient avant le français (et l’allemand,
dans le contexte Européen).
À la place du français, de l’allemand ou de l'espagnol, les finnophones et les Sames peuvent choisir la langue finnoise ou la langue same à la condition qu’elle soit enseignée comme langue étrangère. Au second cycle du secondaire, il est possible d’offrir des cours de langue étrangère en russe, en néerlandais ou n’importe quelle autre langue.
Enfin, l'Université technologique de Luleâ a été chargée par le gouvernement suédois de former des enseignants pour le same, le finnois et le meankieli (finnois tornédalien) dans le cadre de la scolarité obligatoire.
En ce qui a trait aux mesures juridiques, les enfants appartenant à une minorité reconnue ont le droit d'exiger de recevoir leur instruction primaire dans leur langue maternelle. Dans les faits, ce droit est malheureusement dénié en raison d'une pénurie d'enseignants compétents dans les langues minoritaires. De plus, le temps alloué à cet enseignement dépasse rarement une heure/semaine, ce qui ne semble pas suffisant pour assurer la survie de ces langues. Pour l'enseignement secondaire, l'offre demeure encore nettement marginale pour toutes les langues minoritaires.
4.5 Les médias
Du côté des médias, la langue suédoise exerce un contrôle absolu, si l’on fait exception des émissions diffusées en langue anglaise, tant à la radio qu’à la télévision. Néanmoins, les sociétés de service public sont tenues de produire des émissions pour la télévision et la radio dans les langues minoritaires. En effet, la loi no 143 de 1999 précise que les stations de radio et de télévision suédoises doivent assurer une diffusion minimale d’heures dans les langues minoritaires: same, finnois standard, finnois tornédalien (meankieli), le romani chib. La radio d’État diffuse annuellement quelque 220 heures d’émission en same (trois variétés dialectales) et la télévision, quelque huit heures (annuellement). Pour le finnois standard et le finnois tornédalien, la radio d’État diffuse quelques heures par semaine. La télévision d'État diffuse également quelques émissions en semaine (dans l'après-midi) en finnois standard; pour le reste, les finnophones peuvent capter la télévision en provenance de la Finlande. En réalité, depuis 2007, une chaîne finlandaise est diffusée sur le réseau numérique terrestre suédois à Stockholm, Västerås et Uppsala. Un représentant du service Meänkieli de la chaîne a signalé que les programmes de télévision en meänkieli se composaient d'une émission pour enfants (8 fois 50 minutes par an) et d’un magazine (3 fois 30 minutes par an). En 2006, Sveriges Radio diffusait 165 heures en romani (tsigane).
Il est également prévu que le gouvernement aide financièrement les journaux des groupes minoritaires, le Ruotsin-Suomalainen (en finnois standard) et le Haparandabladet (partiellement écrits en finnois standard et en finnois tornédalien). Il existe un magazine mensuel same, le Samefolket, publiant principalement en suédois et dans la variété same du Nord.
4.6 La vie économique
Dans la vie économique, le suédois demeure presque la seule langue qui ait «pignon sur rue», que ce soit dans la publicité commerciale, la signalisation routière ou la toponymie. On peut trouver des affiches bilingues (suédois-finnois), occasionnellement unilingues finnoises, dans la vallée de Tornedalen, dans le Norrbotten, soit sur une bande d'environ 30 km autour de la ville frontalière de Haparanda (près de la Finlande), mais c'est tout. Généralement, l'affichage public et la signalisation des rues relèvent de la responsabilité des municipalités et ce sont elles qui décident si leur territoire est officiellement bilingue (ou trilingue) ou non. Le finnois (sous toutes ses formes) n’est utilisé dans le monde du travail que de façon occasionnelle, dans les communications informelles entre finnophones.
Pour le same, la langue est employée seulement dans les activités reliées à l’élevage du renne, la pêche et l’artisanat; des affiches bilingues sont parfois présentes en Laponie dans les villages sames.
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Jusqu’à récemment, contrairement à la Finlande et à la Norvège, la Suède se montrait peu réceptive à l’égard de ses minorités nationales, notamment ses minorités finnoise et same (ou lapone), lesquelles ne bénéficiaient d’aucune protection, même locale. Alors que les suédophones de Finlande jouissaient d’une protection juridique qui se concrétise assez bien dans les faits, les finnophones de Suède ne se voyaient rien accorder. On peut croire que la Suède continuait de pratiquer une forme d’impérialisme linguistique, elle qui a jadis imposé sa langue à une grande partie de la Scandinavie.
Grâce à la législation de 1999 et de 2000, et dorénavant celle de 2009, la Suède semble avoir appris à ramer dans le sens du courant. Cela dit, il est peu probable que les mesures actuelles aient pour effet d’éliminer toute menace d'assimilation des populations minoritaires, mais à tout le moins ces mesures contribueront à retarder la disparition de ces langues, les chances étant meilleures pour le finnois standard en raison de l'apport régulier des immigrants de Finlande. Cependant, cette immigration est maintenant pratiquement terminée (au cours des années quatre-vingt). Donc, même le finnois standard est sérieusement menacé. Par ailleurs, il existe des mouvements locaux en faveur de la protection des langues dont l'Association suédoise de Tornedal, qui combat pour la reconnaissance juridique du finnois tornédalien, afin d'assurer le soutien culturel et économique de cette langue. C'est déjà un signe que les locuteurs des langues minoritaires ne veulent pas disparaître. En somme, la Suède peut maintenant faire figure de modèle par comparaison à bien d'autre pays européens, par exemple la France qui se drape encore dans les complications constitutionnelles («le français est la langue officielle de la République»). Il faut dire que la Suède n'a pas proclamé dans sa constitution le suédois comme langue officielle. Malgré de nombreuses défaillances dans les mesures de protection, par exemple l'absence de statistiques officielles sur le nombre de locuteurs de langues minoritaires et sur leur répartition géographique, ainsi que la pénurie de personnel compétent dans les domaines de la justice et de l'éducation, la Suède semble s'être engagée sur la voie de la reconnaissance de ses minorités. Il reste maintenant à renforcer les mesures entreprises afin de les mener à leur aboutissement.
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