République d'Ukraine

Ukraine

Données démolinguistiques

 

Capitale: Kiev (maintenant ''Kyiv'')
Population: 47,2 millions (2005)
Langue officielle: ukrainien (67,5 %)
Groupes minoritaires: russe (29,6 %), biélorusse (0,6 %), moldave (0,5 %0, tatar de Crimée (0,5 %), bulgare (0,4 %), hongrois (0,3 %), roumain (0,3 %), polonais (0,3 %), yiddish (0,2 %), arménien (0,2 %), grec (0,2 %), tatar de l'Oural ((0,2 %), tsigane (0,1 %), azéri (0,1 %), géorgien (0,1 %), allemand (0,1 %), gagaouze (0,1 %) et autres
Système politique: république parlementaire unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 10, 24, 53, 92, 103, 138 et 148 de la du 28 juin 1996
Lois linguistiques: Loi sur l'autonomie nationale et individuelle des minorités (1918, abrogée); Loi sur les langues (1989); Déclaration des droits des nationalités d'Ukraine (1991); Loi sur l'éducation (1991); Loi sur les minorités nationales en Ukraine (1992); Protocole no 1 sur le toponyme Kiev en ukrainien (1995); Convention-cadre des langues minoritaires (en vigueur: 1998); Loi sur l'enseignement secondaire (1999); Loi sur les réfugiés (2001); Loi sur le statut des peuples autochtones (2004); Loi sur la citoyenneté (2005); Loi sur la culture (2010).

1 Situation géographique

L'Ukraine (en ukrainien: Ukraïna / Украïна) est un pays de l'Europe de l'Est, limité au nord par la Biélorussie et la Russie, à l'est par la Russie, au sud par la mer Noire et la mer d'Azov, au sud-ouest par la Roumanie et la Moldavie, et à l'ouest par la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne (voir la carte 1). Après la Russie (17 millions km²), l’Ukraine est le second plus grand pays d’Europe par sa superficie de 603 700 km² (France: 543 965 km²).

Le pays ne possède pas de dénomination officielle longue du type «République d'Ukraine», bien que cet usage existe. L'Ukraine comprend, outre la République autonome de Crimée, 24 oblasts (ou régions) et deux villes ayant un statut particulier: Kiev et Sébastopol (voir la carte détaillée):

  1. Tcherkassy
  2. Tchernihiv
  3. Tchernivtsi
  4. Crimée (Krym)
  5. Dnipropetrovsk
  6. Donetsk
  7. Ivano-Frankivsk
  8. Kharkiv
  9. Kherson
  10. Khmelnytskyï
  11. Kirovohrad
  12. Région de Kiev (Kyiv)
  13. Louhansk
  1. Lviv
  2. Mykolaïv
  3. Odessa
  4. Poltava
  5. Rivne
  6. Soumy
  7. Ternopil
  8. Vinnytsia
  9. Volhynie
  10. Transcarpathie
  11. Zaporijjia
  12. Jytomyr

La République autonome de Crimée (voir le no 4 de la figure ci-dessus), qui fait partie intégrante de l’Ukraine, dispose d’une autonomie de décision dans les domaines la concernant, conformément aux pouvoirs qui lui sont reconnus par la Constitution de l’Ukraine et par la Constitution de la République autonome de Crimée. Les principales villes ukrainiennes sont Kiev (Kyiv en ukrainien), Kharkiv, Dnipropetrovsk, Odessa (Odesa en ukrainien), Donetsk, Zaporizhia, Lviv et Kryviy Rig. L’Ukraine fait partie du Conseil de l’Europe depuis le 9 novembre 1995.

2 Données démolinguistiques

L’Ukraine comptait en 1989 quelque 51,4 millions d’habitants, mais 47,2 millions selon le recensement de 2001. La diminution de la population est principalement due à un faible taux de natalité (fécondité de 1,32 enfant par femme) accompagnée d'une forte mortalité générale, au retour de certains Russes et autres nationalités en Russie ou ailleurs, au départ de nombreux Juifs vers Israël et à l'ouverture des frontières, avec comme conséquence directe un solde migratoire négatif. 

L'Ukraine est un pays multiethnique, avec au moins 25 communautés diverses d'une certaine importance (mais 130 au total). Néanmoins, l'Ukraine demeure un pays relativement homogène au point de vue ethnolinguistique, puisque au moins 78 % de la population est d'origine ukrainienne, ce qui représente une proportion beaucoup plus élevée par rapport à la plupart des pays. Plus précisément, les 77,8 % d'Ukrainiens et les 17,3 % de Russes comptent pour 95,1 de la population. 

La population de l'Ukraine est une population urbanisée à 67,2 %, puisque les villes comptent 32,5 millions d'habitants. Il en résulte que les ruraux sont 15,8 millions et représentent 32,8 % de la population. La capitale de l'Ukraine, Kiev (Kyev), compte 2,6 millions d'habitants. Les 10 plus grande villes ukrainiennes sont les suivantes: Kharkiv (1,4 million), Dnipropetrovsk (1 million), Odessa (1 million), Donetsk (1 million), Zaporijia (815 000), Lviv (733 000), Mykolaïv (514 000), Kryviy Rih (669 000) et Marioupil (492 000).

2.1 Les nationalités d'origine

Les Ukrainiens «de souche» étaient 37,5 millions lors du recensement de 2001, ce qui correspond à 77,8 % de la population. Les Russes forment le second groupe avec 8,3 millions, soit 17,3 % des habitants de l'Ukraine. En 1989, les Ukrainiens ne représentaient que 72,7 % et les Russes 22,1%. Cet écart entre les deux groupes est principalement dû à la chute de l'ex-URSS qui a entraîné le retour de milliers de Russes dans leur patrie d'origine.

Bien qu'il y ait des Ukrainiens partout dans le pays, les Russes demeurent concentrés dans l'Est et le Sud. L'Ukraine occidentale est ukrainophone dans une proportion de plus de 90 %. À l'est, les oblasts de Khartiv, de Loushansk, de Donetsk, de Zaporijjia et la Crimée comptent une majorité de Russes et d'Ukrainiens russifiés. Par exemple, en Crimée, 67 % de la population se considérait comme russes en 1989, contre 25,6 % comme ukrainiens. De façon générale, les Russes dominent dans les centres urbains et les zones industrialisées. En simplifiant, on peut dire que l'Ukraine est partagée entre un Ouest ukrainophone et un Est russophone.

La proportion des habitants de l'Ukraine provenant d'autres origines se situe autour de 5 %. On y distingue principalement des Biélorusses, des Moldaves, des Tatars de Crimée, des Bulgares, des Hongrois, des Roumains, des Polonais, des Arméniens, des Grecs, des Tatars de l'Oural, des Tsiganes, des Azéris ou Azerbaïdjanais, des Géorgiens, des Allemands et des Gagaouzes, etc.

Les autres nationalités sont très petites et représentent 0,4 % de la population. On y constate l'apparition des Tatars de Crimée en 2001 (248 200 Tatars représentant 0,5 %), alors qu'ils étaient absents du recensement de 1989 et la chute du nombre de Juifs recensés en 2001: 0,2 % de la population (103 600) contre 0,9 % en 1989.

Ces résultats d'ordre ethnique ne correspondent pas nécessairement aux langues parlées, puisque 67,5 % des Ukrainiens parlent l'ukrainien comme langue maternelle, contre 29,6 % pour le russe et 2,9 % pour les autres langues. Il faut considérer que des Ukrainiens ont adopté le russe et que de nombreux membres des petites ethnies (dont des Russes) sont passés à l'ukrainien ou au russe.

Nationalité

Nombre en milliers

Pourcentage de la population

2001

1989

Ukrainiens

37 541,7

77,8 %

72,7 %

Russes

8 334,1

17,3 %

22,1 %

Biélorusses

275,8

0,6 %

0,9 %

Moldaves

258,6

0,5 %

0,6 %

Tatars de Crimée

248,2

0,5 %

0,0 %

Bulgares

204,6

0,4 %

0,5 %

Hongrois

156,6

0,3 %

0,4 %

Roumains

151,0

0,3 %

0,3 %

Polonais

144,1

0,3 %

0,4 %

Juifs

103,6

0,2 %

0,9 %

Arméniens

99,9

0,2 %

0,1 %

Grecs

91,5

0,2 %

0,2 %

Tatars

73,3

0,2 %

0,2 %

Tsiganes

47,6

0,1 %

0,1 %

Azerbaïdjanais (Azéris)

45,2

0,1 %

0,0 %

Géorgiens

34,2

0,1 %

0,0 %

Allemands

33,3

0,1 %

0,1 %

Gagaouzes

31,9

0,1 %

0,1 %

Autres nationalités

177,1

0,4 %

0,4 %

Source: Office ukrainien des statistiques, 2001

2.2 Les Ukrainiens et leur langue

Parmi les 77,8 % d'Ukrainiens, 85,2 % d'entre eux considèrent que la langue ukrainienne est leur langue maternelle et le russe pour 14,8 % d'entre eux, ce qui porte la proportion à 67,5 % pour l'ensemble du pays. Ainsi, la majorité des habitants de ce pays sont des Ukrainiens «d’origine» dont la langue maternelle est l’ukrainien, une langue slave de la famille indo-européenne et apparentée assez étroitement au russe et au biélorusse. Ces trois langues en constituaient jadis une seule, puis elles ont commencé à se fragmenter vers le XIIe siècle. Aujourd’hui, l’ukrainien et le russe demeurent des langues distinctes; bien que leur grammaire respective présente beaucoup de similitudes, le vocabulaire des deux langues coïncide — mais n’est pas semblable — dans une proportion d’environ 70 %, un peu comme lorsque des mots français (dénoncer, cheval, décembre, etc.) ressemblent à des mots italiens (denunciare, cavallo, dicembre, etc.). En voici quelques exemples en ukrainien et en russe:

Ukrainien

Russe

Biélorusse

Français

khlib

khleb

kheb

«pain»

mist

most

most

«pont»

vkhid

vkhod

ouvakhod

«entrée»

stil

stol

stol

«table»

bilshovyk

bolchevyk

balchevyk

«bolchevik»

vulytsya

oulitsa

voulitsa

«rue»

divchyna

devouchka

daoutchina

«jeune fille»

Évidement, ces quelques exemples témoignent des similitudes, non des différences, car l'ukrainien et le russe constituent deux langues distinctes! Avant la soviétisation de l'Ukraine, on ne comptait pas beaucoup d'emprunts au russe (comme bilshovnyk issu de bolchevnyk), mais à partir des années trente les mots russes sont entrés massivement dans la langue ukrainienne et, dans beaucoup de cas, sans aucune nécessité. Cette introduction importante de mots russes dans le vocabulaire ukrainien fut l’un des résultats de la politique de russification menée par le Parti communiste de l’ex-URSS.

- L'ukrainien standard

L'ukrainien écrit correspond à ce qu'on pourrait appeler l'ukrainien standard, une forme normalisée utilisée dans l'Administration et apprise à l'école; cette forme d'ukrainien n'est utilisée à l'oral que dans des circonstances formelles. À l'exemple, du russe, du biélorusse, du serbe, du bulgare et du macédonien, la langue ukrainienne s'écrit avec l'alphabet cyrillique

Comme on peut l'observer, l'ukrainien standard est la langue des dictionnaires, des manuels, des écrits officiels et de «l'environnement graphique de la ville» (affichage). Cette forme d'ukrainien est en général associée à la langue littéraire à laquelle elle réfère avec ses auteurs classiques ukrainiens, surtout ceux du XIXe siècle. Pour la plupart des Ukrainiens, c'est «le seul vrai bon ukrainien».

Cependant, pour beaucoup d'Ukrainiens, cette variété apparaît comme un idéal difficile à atteindre plutôt qu’une réalité quotidienne. D'ailleurs, l’enseignement censé transmettre la norme est souvent critiqué parce que les enseignants ne maîtrisent pas toujours bien cette variété, sans parler des fonctionnaires dont la langue laisse parfois à désirer, surtout quand ils sont russophones. Les termes les plus souvent employés pour qualifier l'ukrainien standard semblent être les mots «littéraire», «authentique» et «pure» ajoutés au mot langue. Par conséquent, cet ukrainien, forcément puriste, est associé à «sans mélanges», c'est-à-dire sans influence du russe. En somme, très peu d'Ukrainiens parlent l'ukrainien standard: seule une part relativement faible des Ukrainiens maîtrise réellement l'ukrainien standard. Il n'existe pas de variété «sous-standard» de l'ukrainien.

- L'ukrainien urbain et le sourjyk

Ce qu'on entend généralement par «ukrainien urbain» est une forme orale, car la forme écrite correspond à l'ukrainien standard. De plus, il existe deux grandes variétés d'ukrainien urbain: celui des villes à majorité ukrainophone et celui des villes à majorité russophone.   C'est dans les villes qu'intervient le phénomène du sourjyk (écrit sourjik, surzhik ou plus officiellement suržyk), mot qu'il convient de prononcer [sour-jik]. Le sourjyk consiste non seulement à un mélange des langues, mais aussi à l'usage de l'ukrainien et du russe en alternance, y compris au cours d'une même conversation, souvent avec le même interlocuteur. Dans les villes ukrainophones, le sourjyk est moins fréquent mais présent, alors que dans les villes russophones les «sourjykophones» sont omniprésents. De plus, la part des mots russes dans le sourjyk peut varier non seulement d'une ville à l'autre, mais également d'un individu à l'autre. Ce n'est pas une variété normalisée!

On estime que 48 % des Ukrainiens du Sud-Est parlent quotidiennement le russe, contre 40 % pour ceux qui ne parlent que l’ukrainien (surtout les zones rurales et dans les villes de l'Ouest). Les 12 % restants parlent un mélange des deux, c'est-à-dire le sourjyk, ce qui signifie qu'il s'agirait là d'un phénomène propre aux ukrainophones russifiés, mais ce n'est pas aussi simple, car il existe un sourjyk chez les russophones (plus ou moins ukrainisés). Par contre, dans l'Ouest, 90 % des Ukrainiens ne parlent que l'ukrainien, mais dans les villes cette proportion monte à 50 %, tandis que le phénomène du sourjyk demeure plus marginal.

En général, le sourjyk est socialement mal perçu et peu valorisé. Bien souvent, les Ukrainiens eux-mêmes ne peuvent pas dire s'il s'agit de l’ukrainien ou du russe, tant les deux langues semblent fusionnées; pour eux, c'est soit de l'«ukrainien incorrect» soit du «russe incorrect». De toute façon, le sourjyk est perçu comme un «parler incorrect» puisqu'il ne correspond à aucune des langues décrites et standardisées, que ce soit l'ukrainien ou le russe. Non seulement le sourjyk est considéré comme «incorrect», mais également comme un «ukrainien pourri», une «langue impure», probablement parce que «tout le monde peut parler comme ça», un phénomène d'hybridation témoignant qu'un individu parle mal à la fois l'ukrainien et le russe. Il n'en demeure pas moins que le sourjyk correspond à une formidable adaptation linguistique de la part des Ukrainiens dans les milieux urbains.

Quels sont les individus qui parlent le sourjyk? En principe, ce sont les nouveaux arrivants des campagnes qui arrivent en ville. Ne connaissant pas le russe, ils commencent par ajouter des mots russes dans leur conversation et ainsi mélanger les langues. Idéalement, il vaut mieux parler russe que sourjyk (qualifié d'«impur»), mais ce n'est pas toujours possible dans un premier temps. Le sourjyk est surtout employé dans les quartiers périphériques plutôt que dans les centres-villes.

Pour résumer la situation linguistique en milieu urbain, on peut dire que, sur le marché des langues, l’ukrainien est aujourd'hui en hausse, alors que le russe reste stable et le sourjyk, en baisse. Cela signifie aussi que la connaissance du russe demeure encore incontournable dans les villes d'Ukraine parce que la russophonie a toujours constitué une forme d’intégration obligée en milieu urbain. Il faut reconnaître que la connaissance du russe permet aux ukrainophones d'accéder à toutes les ressources de la langue russe, que ce soit à l'écrit ou à l'oral (radiotélévision) et dans toutes les sources informatiques. Cette connaissance permet aux Ukrainiens d'accéder non seulement à la culture russe, mais également aux autres cultures transmises par des peuples autrefois réunis dans le cadre de l'Union soviétique. Cela étant dit, l'emploi du sourjyk se trouve à pénaliser l'ukrainien «pur» et rend difficile la mise en œuvre d'une nation ukrainienne sur la seule base du facteur linguistique. 

- L'ukrainien de la capitale (Kiev-Kyiv)

Le nom officiel de la capitale est Kyiv en ukrainien, la forme Kiev est d'origine russe; c'est cette forme qui est passée au français et à l'anglais dans «Kiev». Aujourd'hui, les autorités ukrainiennes proposent généralement pour le français et l'anglais la forme Kyev. En 1995, le gouvernement ukrainien a fait adopter une résolution officielle concernant l'usage des formes étrangères pour désigner la capitale: en alphabet latin, la forme ukrainienne de Kyiv (en cyrillique: Київ) est proposée en lieu et place de Kiev (en cyrillique: Киeв) parce qu'elle correspond mieux à la prononciation ukrainienne que la russe. Voici le texte (en traduction) de la résolution de la Commission ukrainienne pour la terminologie légale reconnue:
 

Protocole no 1 du 14 octobre 1995

Sur la base de l'analyse d’experts de l'Institut de la langue ukrainienne de l'Académie nationale des sciences de l'Ukraine au sujet de la correspondance en alphabet latin du toponyme Kiev en ukrainien, compte tenu que l'orthographe Kyiv est en effet la pratique moderne dans les communications internationales de l'Ukraine, qu’il est urgent de standardiser la recréation des noms propres ukrainiens par des lettres latines dans un contexte d'intégration de l'Ukraine dans la réalité légale du monde, conformément au point 6 de la partie 4 (b) de la Disposition sur la Commission ukrainienne pour la terminologie légale, approuvée par le décret no 796 du président de l'Ukraine le 23 août 1995 «concernant la disposition en Comité pour les initiatives législatives relatives au président de l'Ukraine, à la Commission de la codification ukrainienne et à la Commission ukrainienne pour la terminologie légale», la Commission a APPROUVÉ :

1) Il est reconnu que l'orthographe latine de Kiev ne recrée pas les particularités phonétiques et écrites du toponyme de la langue ukrainienne.

2) Il est confirmé que l'orthographe de Kyiv comme correspondance de l'écriture latine standardisée du toponyme Київ dans la langue Ukrainienne.

3) Sur la base du point 7 de la Disposition de la Commission ukrainienne pour la terminologie légale, il est déterminé comme obligatoire l'orthographe en alphabet romain standardisée de Kyiv pour l'emploi dans les textes législatifs et officiels.

4) La résolution entre en vigueur au moment de son approbation.

Chef de la Commission,
Ministre de la Justice de l'Ukraine -- S. Holovaty
Secrétaire de la Commission -- Y. Zaitsev

Une bonne translittération française serait «Kyiv» ou «Kyïv» (en prononçant [K-y-il-i-v]), et celle en anglais serait «Kyyiv», mais jamais «Kyev». Évidemment, la loi ukrainienne n'a juridiction qu'en Ukraine et elle ne peut obliger un autre pays à utiliser une forme ou une autre. Cela dit, la forme Kiev en français (comme en anglais) demeure encore la plus répandue. Même le dictionnaire Le Petit Robert des noms propres (2006) n'utilise encore que la forme «Kiev». Cela étant dit, il est possible que la forme Kyiv entre progressivement dans l'usage des francophones, un peu comme Pékin et Beijing pour la capitale de la Chine.  

Dans la capitale, le bilinguisme russe-ukrainien est une nécessité plus que dans toute autre ville, puisque le nombre des russophones est légèrement supérieur au nombre des ukrainophones. Bien que l’ukrainien ait été promu au rang de seule langue officielle, ce statut n'a encore occasionné que fort peu de retombées sur l’usage de l'ukrainien à Kiev qui, on le sait, a été passablement russifiée depuis longtemps, même si un certain progrès a été réalisé depuis 1991, notamment dans l'Administration et les établissements d'enseignement. Dans l'ensemble, la langue russe reste à Kiev un moyen de communication essentiel dans les situations de communication formelles et informelles, et assure sa prédominance dans les milieux professionnels, ainsi que dans les grandes manifestations culturelles, incluant la presse et à la télévision. On peut même affirmer que le Kiévien type est un locuteur du  russe. Il n'existe pas de mauvaises façons de parler le russe à Kiev et il n’y a pas réellement de norme idéale du «parler russe correct». Généralement, il vaut mieux ne connaître que le russe à Kiev, plutôt que seulement l'ukrainien!

Évidemment, la population kiévienne paraît favorable à une «dérussification» des usages linguistiques dans la ville où l'affichage est uniquement en ukrainien. Jusqu'à récemment, les autorités (généralement très russifiées) n'avaient pas manifesté beaucoup d'empressement pour changer la situation; beaucoup d'Ukrainiens ont accusé les autorités de «lenteur» et de «mollesse» dans l’affirmation du droit légitime de la langue ukrainienne. Il est probable que la «Révolution orage» devrait à long terme avoir des effets bénéfiques dans un éventuel processus de transformation et que le russe devra faire face à la pression politique soucieuse d’introduire l’usage croissant de l’ukrainien.

- L'ukrainien rural

L'ukrainien parlé dans les campagnes («en province») comporte de nombreuses formes dialectales, tant au point de vue phonétique que lexical. Pour les Ukrainiens des villes, l'ukrainien rural est considéré presque comme «une autre langue», car cette variété est très marquée comme essentiellement régionale, patoisante et porteuse d'une origine géographique spécifique, avec des connotations archaïsantes.  On ne peut employer socialement l'ukrainien rural dans les villes. Toute variété régionale est exclue du parler urbain. On constate aussi que plus un Ukrainien est éloigné des villes plus il renforce son effet patoisant. Par contre, s'il demeure près d'un centre urbain, son ukrainien rural prendra davantage une forme hybride qui subit les effets d'une certaine russification. 

En somme, l'ukrainien rural est stigmatisé comme une «mauvaise façon de parler» lorsqu'il est utilisé à la ville; il est apparenté à la «langue des paysans», donc «grossier» et «désagréable» pour un citadin. La tendance normale pour ne pas se démarquer dans un milieu urbain serait de se débarrasser de sa «provincialité» et, idéalement, de passer au russe, une langue plus gratifiante. Cependant, comme il est difficile d'apprendre le russe instantanément, il paraît plus simple de commencer à parler le sourjyk. Dans une première phase d'intégration, l'Ukrainien rural mélange d'abord les deux langues (le sourjyk), pour espérer, dans le meilleur des cas, en arriver à un bilinguisme presque égalitaire, généralement à dominante ukrainophone, bien qu'il puisse subsister un accent d’origine. En somme, il existe une opposition entre les villes, aux parlers plus purs, et les campagnes, aux parlers plus impurs. Cette différenciation est donc d'origine socio-économique.

- La répartition spatiale des langues

La carte ci-dessous illustre la répartition spatiale des ukrainophones dans le pays. Les locuteurs de l'ukrainien sont majoritaires à 90 % dans l'Ouest, pratiquement à égalité dans la capitale (Kiev) et le Centre, alors que les russophones sont majoritaires dans le Sud à 90 % et à l'Est. Néanmoins, il faut comprendre que les ukrainophones sont partout, y compris dans les zones russophones du Sud et de l'Est, notamment dans les régions rurales. L'ouest de l'Ukraine correspondrait à ce qu'on peut appeler «l'Ukraine profonde», celle où la quasi-totalité des gens parlent l'ukrainien tous les jours et affirment ne pas savoir le russe. Le Centre et l'Est sont des régions plus mixtes, mais le Sud est aussi unilingue russe que l'Ouest est unilingue ukrainien. Traditionnellement, c'est le Dniepr qui distingue l'Est de l'Ouest, mais la région du Centre couvre les deux rives du fleuve (voir la carte 1). Précisons que toutes les régions rurales comptent surtout des ukrainophones, même dans les zones russophones de l'Est et du Sud, alors que les villes sont davantage russophones et russifiées, même dans l'Ouest.

En général, les russophones ignorent l'ukrainien. Toutefois, dans certaines familles russophones de la haute société kiévienne, la nouvelle mode est d’embaucher du personnel parlant un ukrainien standard, et de faire des efforts personnels afin de ne parler que l’ukrainien aux enfants dès leur enfance. Il n'en demeure pas moins que, en général, les russophones sont partagés entre leur appartenance à la russophonie et leur identification nationale qui passe par l’ukrainophonie. Si beaucoup de russophones se soumettent à cette ukrainophonie, de façon plus ou moins fataliste, d'autres s’opposent plus ouvertement à cette ukrainisation. Les sentiments qu'ils éprouvent peuvent être contradictoires dans la mesure où ils varient de l’attachement affectif à l'Ukraine, parfois à sa culture (et sa langue?) jusqu'à l’hostilité pure et simple, le tout alimenté par les relations conflictuelles entre l’Ukraine et la Russie. Chose certaine, rares sont les russophones du Sud-Est qui croient encore que l'Ukraine deviendra un jour une «province de Russie».

2.4 Les minorités nationales

Historiquement, l'Ouest ukrainien n’a pratiquement jamais accepté la russification massive et constante du Sud-Est. L'Ouest a jadis fait partie de l'Empire austro-hongrois et a été annexé à l'Union soviétique plus tard que le reste du pays, soit 1939 au lieu de 1922; il a pu mieux préserver sa langue, et ce, d'autant plus que le voisinage de la Pologne lui fut bénéfique. Rappelons encore que la population de l'Ukraine est urbanisée dans une proportion de 67,2 % et rurales à 32,8 %. Dans les principales divisions administratives et territoriales de l’Ukraine, sauf pour ce qui est de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol, les Ukrainiens forment la majorité absolue.

2.3 Les russophones

Ce sont les Russes qui constituent numériquement la «minorité» la plus importante du pays avec 8,3 millions, soit 17,3 % des habitants de l'Ukraine. Au plan, social, les Russes ne forment pas une minorité comme les autres, car ils font partie, comme les ukrainophones, de la majorité fonctionnelle! La langue russe est la langue maternelle pour 95,9 % des Russes et l'ukrainien pour 3,9 % d'entre eux. Les Russes d'Ukraine parlent une forme régionalisée du russe qu'on pourrait qualifier de russe kiévien parce que c'est celui en usage dans la ville de Kiev; en ce sens, il s'oppose au «russe moscovite» (dit «standard») parlé en Russie. Les deux formes sont mutuellement intelligibles, mais néanmoins identifiables pour tout russophone.

Le russe kiévien s'est constitué au cours de l’histoire par contact avec les réalités linguistiques et culturelles ukrainiennes. C'est donc une variété de russe influencée par l'ukrainien. Le russe kiévien est d'abord marqué phonétiquement, notamment par un accent et une certaine tendance à remplacer une consonne russe sonore par une consonne ukrainienne sourde. Il existe aussi de légères différences au point de vue grammatical. Le vocabulaire ukrainien a également influencé le russe local, surtout depuis l'indépendance, alors que l'Administration a introduit de nouveaux vocables techniques désignant des réalités administratives, structurelles et urbaines, notamment l'environnement graphique de la ville (affichage). Enfin, de façon générale, le russe kiévien semble être caractérisé par un vocabulaire plus restreint par rapport au russe standard. 

Les russophones sont très majoritaires dans l'est et le sud de l'Ukraine dans une proportion de 90 %, mais cette proportion diminue considérablement dans la région du Centre; ils sont pratiquement à égalité à Kiev.  Ils russophones forment 60 % de la population en Crimée, les ukrainophones, 24 %, les Tatars, 10 %, et les autres nationalités, 6 %. Dans le Sud, la domination du russe débuta dès 1667, lors du traité d'Androussov (Androussiv), ce qui explique cette prédominance encore aujourd'hui. Les «régions russophones» reposent sur une grande industrie héritée de l’époque soviétique, laquelle était étroitement liée pour ses approvisionnements en énergie et en matières premières à la Russie. Les plus grandes concentrations de Russes en Ukraine sont dans les oblasts de Kharhiv, Donetsk, Luhansk et Zaporozhia ainsi qu'à l'est du Dnipro (villes de Kherson, Mykolayiv et Odessa), dans la République autonome de Crimée et dans la capitale (Kiev-Kyiv).

Les Russes ne font pas partie des «minorités nationales». Les russophones correspondent à une minorité numérique, mais ils font partie de la «majorité fonctionnelle» avec les ukrainophones. Huit autres groupes ethniques comprennent entre 100 000 et 500 000 personnes: les Juifs (103 600, mais 486 300 en 1989), les Biélorusses (275 800, mais 440 000 en 1989), les Moldaves (258 600, mais 342 500 en 1989), les Bulgares (204 600, mais 233 800 en 1989), les Polonais (144 100, mais 219 200 en 1989), les Ruthènes (???), les Hongrois (156 600, mais 163 100 en 1989) et les Roumains (151 000, mais 134 800 en 1989). Selon les estimations de 1998, plus de 250 000 Tatars de Crimée seraient rentrés en République autonome de Crimée, principalement pendant la dernière décennie. Pour ce qui est des Ruthènes, l'État ukrainien les considère comme des Ukrainiens, car le e terme «ruthène» est employé en hongrois et en roumain pour désigner les Ukrainiens.

De plus, treize autres groupes ethniques comptent entre 10 000 et 100 000 personnes: les Grecs, les Arméniens, les Tsiganes, les Allemands, les Azerbaïdjanais, les Gagaouzes, les Géorgiens, les Lituaniens et plusieurs groupes appartenant aux langues altaïques telles que les Tchouvaches, les Ouzbeks, les Mordviniens, les Kazakhs, etc. Les nombreux autres groupes nationaux comptent moins de 10 000 locuteurs par langue. Selon le rapport présenté par l’Ukraine au sujet de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (2 nov. 1999), plus de 130 nationalités seraient représentées en Ukraine.

La composition linguistique de l'Ukraine, à partir du recensement de 2001, est caractérisée par les données suivantes :

Office ukrainien des statistiques 2001 Les langues maternelles en pourcentage
Langue par nationalité Ukrainien
comme langue maternelle
Russe
comme langue maternelle
Autre langue
choisie
Ukrainiens 85,2 % ----- 14,8 0,0
Russes 95,9 % 3,9 ---- 0,2
Biélorusses 19,8 % 17,5 62,5 0,2
Moldaves 70,0 % 10,7 17,6 1,7
Tatars de Crimée 92,0 % 0,1 6,1 1,8
Bulgares 64,2 % 5,0 30,3 0,5
Hongrois 95,4 % 3,4 1,0 0,2
Roumains 91,7 % 6,2 1,5 0,6
Polonais 12,9 % 71.0 15,6 0,5
Juifs 3,1 % 13,4 83,0 0,5
Arméniens 50,4 % 5,8 43,2 0,6
Grecs  6,4 % 4,8 88,5 0,3
Tatars 35,2 % 4,5 58,7 1,6
Tsiganes 44,7 % 21,1 13,4 20,8
Azerbaïdjanais (Azéris) 53,0 % 7,1 37,6 2,.3
Géorgiens 36,7 % 8,2 54,4 0,7
Allemands 12,2 % 22,1 64,7 1,0
Gagaouzes 71,5 % 3,5 22,7 2,3
Autres 32,6 % 12,5 49,7 5,2

La proportion de ceux dont la langue maternelle est l'ukrainien est de 67,5 % en Ukraine, soit 2,8 % de plus qu'en 1989. Le pourcentage de ceux dont la langue maternelle est le russe représente 29,6 % de la population. Parmi les nationalités, les Polonais ont choisi de façon importante l'ukrainien pour langue maternelle à 71 % (12,9 % pour le polonais et 15,6 % pour le russe), les Allemands à 22,2 %, les Tsiganes à 21,1 %, les Biélorusses à 19,8 %, les Juifs à 13,4 % et les Moldaves à 10,7 %. Parmi les nationalités qui ont très peu choisi l'ukrainien comme langue maternelle, on peut citer, outre les Russes, les Tatars de Crimée (0,1 % et 6,1 % pour le russe), les Hongrois pour 3,4 % (le hongrois pour 95,4 %). À l'exception des Russes et des nationalités citées auparavant, plus de la moitié des Moldaves (70 %), des Roumains (91,7 %), des Arméniens (50,4 %), des Azéris et des Gagaouzes (71,5 %) ont choisi leur propre langue comme langue maternelle. Enfin, le russe a été choisi par les Grecs d'Ukraine à 88,5 %, les Juifs à 83 %, les Biélorusses à 62,5 %, les Allemands à 64,7 %, les Tatars de l'Oural à 58,7 % et les Géorgiens à 54,4 %.

On observe aussi des situations de «minorité au sein d’une minorité» dans un certain nombre de districts à l’intérieur des oblasts (régions) ainsi que dans certaines collectivités locales. Par exemple, les Roumains constituent la majorité de la population du district d’Hertsajiv de l’oblast de Tchernivtsi, tandis que les Bulgares sont en majorité dans le district de Bolgrad de l’oblast d’Odessa et que les Hongrois sont le groupe national le plus important dans le district de Berehove de l’oblast de Transcarpathie (Zakarpattia en ukrainien). Il existe également, dans certaines collectivités locales, des quartiers d’habitation dans lesquels d’autres groupes ethniques, comme les Biélorusses, les Grecs, les Gagaouzes, les Moldaves, les Polonais et les Tatars de Crimée, constituent une majorité.

En ce qui concerne l’appartenance religieuse, la plupart des chrétiens d'Ukraine sont de confession orthodoxe, bien que de nombreux Ukrainiens de l'ouest du pays sont de confession gréco-catholique; les minorités hongroises et polonaises sont généralement des catholiques romains.

Dernière mise à jour: 05 avr. 2011
     
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(1) Données démolinguistiques (2) Données historiques (3) Politique relative à la langue ukrainienne (4) politique linguistique relative aux minorités nationales (5) Bibliographie

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