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ÉgypteJumhuriyat Misr al-'Arabiyah |
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L'Égypte — officiellement République arabe d'Égypte — est un pays couvrant une superficie de 997 739 km² (soit 1,8 fois plus grande que la France ou deux fois l'Espagne), qui s'étend sur l'extrême nord-est du continent africain et sur la péninsule du Sinaï où il est limité à l'est par l'État d'Israël et l'Arabie Saoudite; au sud, le pays est limité par le Soudan et à l'ouest par la Libye (voir la carte). Étant donné que l’Égypte s’étend à l’extrémité orientale de l’Afrique du Nord et se prolonge sur le continent asiatique par le Sinaï fait en sorte que cette situation géographique détermine son appartenance au Proche-Orient. La capitale du pays est Le Caire. |
La pays est divisé administrativement en 26 gouvernorats (muhafazat, singulier :muhafazah): Ad Daqahliyah, Al Bahr al Ahmar, Al Buhayrah, Al Fayyum, Al Gharbiyah, Al Iskandariyah, Al Isma'iliyah, Al Jizah, Al Minufiyah, Al Minya, Al Qahirah, Al Qalyubiyah, Al Wadi al Jadid, Ash Sharqiyah, As Suways, Aswan, Asyut, Bani Suwayf, Bur Sa'id, Dumyat, Janub Sina', Kafr ash Shaykh, Matruh, Qina, Shamal Sina', Suhaj. Ces gouvernorats sont de population et de superficie très inégales.
Le nom de l'Égypte proviendrait de l'ancien égyptien hikuptah signifiant «château du ka (âme) de Ptah», un des noms de Memphis dont les Grecs firent Aiguptos pour l'appliquer à l'ensemble du pays. En arabe, le mot Égypte se dit misr («grande ville» ou «capitale»), du nom de la nouvelle capitale bâtie à Fustat fondée sous le premier calife fatimide d'Égypte, Ubaydallah al-Mahdi, au Xe siècle, appelée misr al-qâhira («la capitale victorieuse»), aujourd'hui Le Caire.
L’Égypte est le pays le plus peuplé de tout le monde arabophone: 78,8 millions en 2006 (plus de 80 millions en 2008), contre 65,9 millions en 1998. La formation du «peuple égyptien» remonte très loin dans le temps, soit vers 3500 avant notre ère, lorsque des populations de souche chamito-sémitique s’établirent dans le pays. La population actuelle est issue de ce fonds très ancien, ainsi que des apports liés aux invasions qui marquèrent l’histoire du pays: les Libyens, les Grecs, les Romains, mais surtout les Arabes qui conquirent la région au VIIe siècle de notre ère. La population égyptienne fut à partir de cette époque presque totalement arabisée et islamisée. Aujourd'hui, il ne subsiste des populations proto-arabes qu'une petite minorité nubienne habitant depuis des millénaires les villages du sud de l’Égypte et du nord du Soudan. Bref, la langue que parlent les arabophones contemporains n'a rien à voir avec la langue égyptienne des pharaons.
2.1 L'arabe
La plupart des Égyptiens d'aujourd'hui parlent une variété d'arabe dialectal appelée «arabe égyptien», «arabe saidi», «arabe algérien», «arabe marocain», «arabe du Golfe, «arabe soudanais», «arabe bedawi», «arabe libyen», «arabe leventin» et «arabe taizzi-adeni». L'arabe égyptien est la langue la plus courante, car elle est parlée dans une proportion atteignant au moins 66,7 % (Arabes égyptiens et Coptes) de la population totale. Suivent l'arabe saidi (23,1 %), l'arabe algérien (1,7 %), l'arabe marocain (1,7 %), l'arabe du Golfe (1,6 %), l'arabe soudanais (1,6 %), l'arabe bedawi (1,1 %), l'arabe libyen (0,4 %), l'arabe leventin du Nord (0,1 %), l'arabe taizzi-adeni (0,1 %). L'arabe standard ou arabe classique n'est parlé comme langue maternelle que par les Syro-Libanais (63 000 locuteurs) et les Juifs (plus de 700 locuteurs).
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Nous savons que l'arabe est une langue chamito-sémitique attestée dès le VIIe siècle; il fait partie de la branche sémitique avec l'hébreu et l'amharique en Éthiopie. L'arabe doit son expansion à la propagation de l'islam, à la diffusion du Coran et à la puissance militaire des Arabes à partir du VIIe siècle. Ces trois facteurs sont intimement liés au point qu'on ne peut les dissocier. Comme dans d'autres pays, la langue arabe en Égypte se présente sous deux formes principales: l'arabe dialectal et l'arabe littéraire (ou classique). L'arabe dialectal résulte à la fois de la fragmentation de l'arabe du VIIe siècle et de la fusion des parlers provenant des conquêtes militaires et des brassages de population des langues sud-arabiques, berbères, africaines, etc. C'est une langue exclusivement parlée dont certaines variétés sont souvent incompréhensibles entre les arabophones (arabe égyptien, arabe irakien, arabe jordanien, arabe libanais ou syro-libanais, arabe libyen, arabe marocain, arabe palestinien, arabe yéménite, etc. Pour simplifier, on peut dire que les différentes variétés d'arabe dialectal sont plus aisément intercompréhensibles lorsque les aires géographiques sont à proximité; ainsi, l'arabe libanais est compris par un locuteur de l'arabe égyptien. |
Au contraire, l'arabe classique, appelé aussi «arabe éloquent» ou «arabe grammatical», est une langue prestigieuse associée à la religion et à l'écrit, c'est-à-dire à la culture littéraire, à la science et à la technologie, aux fonctions administratives. À peu près aucun arabophone d'Égypte ne parle cette variété d'arabe comme langue maternelle. L'arabe classique est la langue officielle de l'État et n'est compris que par environ 50 % de la population, car seulement 48 % de la population peut lire et écrire. Or, il faut avoir été à l'école pour savoir l'arabe classique. Bref, l'arabe classique, sauf exceptions, n'est la langue maternelle de personne: c'est avant tout une langue écrite et une langue dans les relations inter-ethniques pour beaucoup d'arabophones.
L'islam a le rang de religion officielle en Égypte, et 90 % des Égyptiens sont de religion musulmane (sunnite).
2.2 Les minorités linguistiques non arabophones
Il existe quelques minorités parlant des langues de la famille nilo-saharienne telles que le nobiin (292 000 locuteurs) et des langues nubiennes (dongola, kenuz, etc.) regroupant au total quelque 100 000 locuteurs. Mentionnons aussi une petite communauté grecque (60 000) et de Turcs (29 000) ainsi qu'une importante communauté de Domari ou Tsiganes (env. un million) parlant le domari (tsigane), une langue indo-iranienne.
| Peuple | Langue maternelle | Appartenance linguistique |
Population (2000) |
% |
| Arabes égyptiens | arabe égyptien | groupe sémitique | 37 000 000 | 56,1 % |
| Arabes saïdi | arabe saidi | groupe sémitique | 15 000 000 | 22,7 % |
| Coptes égyptiens | arabe égyptien | groupe sémitique | 7 000 000 | 10,6 % |
| Bédouins | arabe algérien | groupe sémitique | 1 168 000 | 1,7 % |
| Berbères arabisés | arabe marocain | groupe sémitique | 1 167 000 | 1,7 % |
| Bédouins du Golfe | arabe du Golfe | groupe sémitique | 1 100 000 | 1,6 % |
| Domari | domari | groupe indo-iranienne | 1 080 000 | 1,6 % |
| Arabes soudanais | arabe soudanais | groupe sémitique | 1 000 000 | 1,6 % |
| Helebi | domari | groupe indo-iranienne | 864 000 | 1,3 % |
| Bedawi leventins | arabe
bedawi (égyptien de l'Est) |
groupe sémitique | 780 000 | 1,1 % |
| Dongolawi (nubiens) | kenuzi-dongola | famille nilo-saharienne | 759 000 | 1,1 % |
| Nubiens | arabe saidi | groupe sémitique | 600 000 | 0,9 % |
| Arabes libyens | arabe libyen | groupe sémitique | 300 000 | 0,4 % |
| Berbères nubiens | arabe saidi | groupe sémitique | 292 000 | 0,4 % |
| Nubiens Fedicca/Mohas | nobiin | famille nilo-saharienne | 292 000 | 0,4 % |
| Ababdas | arabe soudanais | 142 000 | 0,2 % | |
| Arabes palestiniens | arabe leventin du Nord | groupe sémitique | 117 000 | 0,1 % |
| Arabes yéménites | arabe taizzi-adeni | groupe sémitique | 116 000 | 0,1 % |
| Arabes syro-libanais | arabe standard | groupe sémitique | 63 536 | 0,1 % |
| Berbères (Siwa) | siwi | groupe berbère | 30 000 | 0,0 % |
| Turcs | turc | famille altaïque | 29 000 | 0,0 % |
| Kharga (Selima) | arabe algérien | groupe sémitique | 27 000 | 0,0 % |
| Baharia | arabe algérien du Sahara | groupe sémitique | 20 500 | 0,0 % |
| Tosk | albanais (tosk) | isolat indo-européen | 18 000 | 0,0 % |
| Amharas | amharique | groupe sémitique | 5 000 | 0,0 % |
| Tulama | oromo | groupe couchitique | 2 200 | 0,0 % |
| Juifs | arabe standard | groupe sémitique | 771 | 0,0 % |
Source: Peoplesgroups.org (2000), http://www.peoplegroups.org/MapSearch.aspx?country=Egypt
Enfin, il faut bien relever le cas de la langue copte. Il ne s'agit pas d'une langue maternelle en Égypte. Formé d'après le terme Aiguptos signifiant «égyptien» en grec, le copte est le résultat de la dernière évolution de la langue égyptienne antique. Attesté dès le IVe siècle avant notre ère, le copte était encore parlé par les paysans de la Haute-Égypte au XVIIe siècle et reste maintenant la langue liturgique de l'Église copte orthodoxe. Quand on parle des Coptes en Égypte, on fait référence à une minorité religieuse comptant environ 6,5 millions d'adeptes. L'écriture copte est la transcription de la langue égyptienne en lettres grecques complétée par sept caractères démotiques pour rendre les sons qui n'existaient pas en grec.
L’ancienne civilisation égyptienne ne fut que très tardivement découverte par l’Occident. Effet, l’égyptologie est née au XIXe siècle, lors de l’expédition de Bonaparte; c'est donc une science jeune. La préhistoire et l’histoire ancienne de l'Égypte se sont révélées progressivement, mais les périodes les plus reculées demeurent encore mal connues; elles risquent de le rester probablement pour toujours, car l'information reste lacunaire. Elle est essentiellement fondée sur les inscriptions en hiéroglyphes gravées sur les monuments, les papyrus et rouleaux de cuir sur lesquels écrivaient les Égyptiens de l’Antiquité ayant été en grande partie perdus.
3.1 La langue égyptienne
La langue égyptienne du temps des pharaons n'existe plus
aujourd'hui. On a longtemps émis l'hypothèse que l'égyptien ancien était la «langue-mère»
qui aurait donné naissance aux langues chamitiques et sémitiques actuelles. Mais
ce n'est pas le cas, car certaines de ses «langues-filles» lui étaient
contemporaines. On sait que l'ancien égyptien ayant évolué en néo-égyptien, la
langue de la Haute-Égypte, resta en usage jusqu'aux environs de 600 avant notre
ère.
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L'évolution de la langue commença avec l'ancien égyptien dont la plus ancienne forme remonterait à près de 3000 avant notre ère. C'est la langue qu'on retrouve dans les textes des pyramides et des inscriptions de la IIIe à la VIe dynastie de l'Ancien Empire. Les premières attestations du moyen égyptien (ou égyptien classique) sont apparues vers 2100 avant notre ère; cette langue, qui a survécu durant environ 500 ans, demeure la «langue des hiéroglyphes» dans histoire de l'Égypte antique, lors de la période du Moyen Empire. Sous la XVIIe dynastie, le moyen égyptien a été adopté comme langue officielle (textes littéraires, inscriptions royales, documents administratifs, etc.); on le retrouve aujourd'hui sur les inscriptions des sarcophages. Quant au nouvel égyptien (ou néo-égyptien), il a remplacé en Haute Égypte le moyen égyptien dans la langue parlée (après l'an 1600 avant notre ère) et est resté en usage jusqu'aux environs de l'an 600 (avant notre ère). Le nouvel égyptien a été employé dans les documents officiels durant la période s'étendant entre les XIXe et XXVe dynasties. |
Lors de la Basse Époque (VII-VIe siècles), deux variétés d'égyptien et deux écritures dérivées du nouvel égyptien ont été utilisées simultanément: d'une part, le démotique «archaïque» dans le Nord, d'autre part, le hiératique «anormal» dans le Sud. Cette appellation de démotique (du grec dêmos signifiant «populaire») désigne une langue restée en usage jusqu'au VIIe siècle de notre ère. Dans l'écriture, le terme de démotique fait référence à la «langue populaire» employée dans la vie quotidienne, tandis que les inscriptions officielles en hiéroglyphes ont tendance à désigner les styles archaïques de l'Ancien Empire et du Moyen Empire.
Pour ce qui est du copte (du grec Aiguptos signifiant «égyptien), c'est le dernier maillon dans l'évolution de l'ancien égyptien. Attesté dès le IVe siècle avant notre ère, le copte a été employé par les paysans de Haute Égypte jusqu'au au XVIIe siècle et reste aujourd'hui la langue liturgique de l'Église copte orthodoxe (environ 6,5 millions d'adeptes). L'écriture copte est la transcription de la langue égyptienne en lettres grecques complétée par sept caractères démotiques pour rendre les sons qui n'existaient pas en grec.
3.2 L'Égypte musulmane
En 639, les armées musulmanes du général Amr ibn al-As conquirent l'Égypte et furent accueillies en libératrices. Dès 642, Alexandrie capitulait. L'islamisation et l'arabisation se répandirent rapidement dans le pays. L'Égypte devint un pays prospère et Le Caire l'une des plus belles villes de l'islam. La dynastie des Ayyubides (1170-1250) porta un coup décisif à la présence des croisés en terre d'islam. Au XIVe siècle, ceux-ci furent battus, ce qui renforça la puissance économique du pays. Le XVe siècle fut la plus grande période que l'Égypte a connu depuis l'époque hellénistique.
3.3 Les invasions
En 1517, l’Égypte fut conquise par les troupes du sultan ottoman Sélim Ier. Les Ottomans firent de l'Égypte une province turque. Le pays croula dans la misère et l'anarchie, alors que les 30 dernières années du XVIIIe siècle furent marquées par des épidémies de peste et des famines qui réduisirent la population à quatre millions d’habitants. Cette situation favorisa la mainmise des Européens, notamment les Britanniques, les Français et les Russes qui, bénéficiant du régime des capitulations sur tout le territoire de l’Empire ottoman, prirent le contrôle du commerce. La langue arabe d'Égypte subit l'influence du turc dont elle emprunta des centaines de mots.
L'expédition de Bonaparte en 1798 s'inscrit vit dans un contexte de rivalité entre la France et la Grande-Bretagne. Tandis que Bonaparte occupait l'Égypte, il donna l'ordre à un groupe d'officiers et d'ingénieurs français d'élaborer un projet de canal reliant le delta du Nil à la mer Rouge (près du port de Suez). Après le départ des Français en 1801, une période de désordre s'installa dans le pays. Mais l'influence française fut néanmoins importante, car depuis cette époque il existe des écoles françaises en Égypte. C'est le Français Jean-François Champollion qui déchiffra les hiéroglyphes égyptiens en 1824. Pour les Égyptiens, les Français ne représentèrent pas une soumission, comme ce fut le cas avec les Britanniques. Dans les décennies suivantes, le français allait devenir la langue seconde courante de la bourgeoisie égyptienne et de tous les étrangers, qu'ils soient français, anglais, libanis, grecs, italiens, etc. Puis ce furent des ingénieurs français (Lepère, de Bellefonds et surtout Ferdinand de Lesseps) et la collaboration de Napoléon III, qui permirent la construction du fameux canal de Suez (1859-1869), sans oublier que 52 % des souscripteurs provenaient de fonds français. Ce fut l'impératrice Eugénie, l'épouse de l'empereur Napoléon III, qui inaugura le canal. Non seulement l'Égypte a généralement entretenu des liens d'amitié avec la France, mais le pays fait maintenant partie des Sommets de la Francophonie.
En 1882, les Britanniques occupèrent militairement l'Égypte pour protéger leurs intérêts commerciaux et stratégiques dans la zone du canal de Suez. En 1904, la France et la Grande-Bretagne s'accordèrent sur un partage: l'Égypte restait sous tutelle britannique, le Maroc, sous celle de la France. Le protectorat britannique fut officiellement proclamé en 1914. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, certains Égyptiens revendiquèrent l'indépendance du pays. Les Britanniques renoncèrent au protectorat en 1922, reconnurent l'indépendance de l'Égypte, mais se réservèrent la Défense et les Affaires étrangères, tout en conservant une importante mainmise sur l'économie du pays. L'indépendance devint effective en 1936, mais la présence des troupes britanniques persista jusque dans les années soixante.
3.4 L'Égypte moderne
En fait, l'indépendance de l'Égypte fut soumises à une condition majeure: le maintien de l'armée britannique dans la zone du canal de Suez. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques prirent le contrôle complet du territoire égyptien. Le coup d'État du 23 juillet 1952 renversa la monarchie égyptienne et la République fit proclamée. Deux ans plus tard, Gamal Abdel Nasser prit le pouvoir, interdit tous les partis politiques et instaura une régime inspiré du socialisme. Ses réformes touchèrent le contrôle des naissances, l'amélioration des conditions sanitaires, l'industrialisation, etc., mais également l'alphabétisation et l'arabisation de l'Égypte. Puis Nasser entreprit la nationalisation du canal de Suez en 1956 (soit 12 ans avant la date prévue), ce qui déclencha une attaque conjointe de la part des Britanniques, des Français et des Israéliens. Les États-Unis et l'URSS intervinrent à leur tour, ce qui força la coalition franco-britannique à se retirer du territoire égyptien et consacra l'indépendance nationale de l'Égypte, après 70 ans d'occupation britannique. Le président Nasser devint la figure marquante du tiers monde jusqu'à sa mort en 1970. Mais la guerre des Six Jours en 1967 porta un dur coup au régime de Nasser et laissa un pays humilié par la défaire aux mains d'Israël.
Anouar el-Sadate, compagnon d'armes de Nasser, prit la direction du pays et s'engagea dans des voies politiques opposées à celles de son prédécesseur. Il fit la paix avec Israël, ce qui valut à l'Égypte d'être exclue de la Ligue arabe. Il prôna aussi l'ouverture économique et fit appel aux investissements étrangers. Sadate fut assassiné en 1981 par des membres de l'organisation islamiste radicale Al-Jihad. Il mit un frein à l'arabisation.
Le successeur de Sadate, le vice-président Hosni Moubarak réaffirma l'adhésion aux accords de Camp David au sujet d'Israël tout en relançant les relations avec l'URSS. Sur d'autres plans, le régime du président Moubarak est assez autoritaire à l'égard des comportements «déviants». Accusé de faire des concessions aux islamistes, le gouvernement égyptien rend la partie difficile aux homosexuels, aux féministes, aux intellectuels, ainsi qu'aux minorités linguistiques et religieuses, qui subissent une certaine répression et des vexations de la part d'un régime qui se comporterait à leur égard comme des talibans. Par exemple, la défense des minorités coptes, la déclaration d'athéisme ou la demande de normalisation des relations politiques avec Israël coûtent, dans le meilleur des cas, l'exil, dans le pire, la mort.
Contrairement à l'Algérie où la politique d'arabisation a été violente, l'Égypte a réussi à arabiser le pays sans trop de perturbation. Ce fut l'affaire de quelques décennies, mais le français et l'anglais n'ont pas disparu complètement du paysage égyptien. Même si l'État a été complètement arabisé, les anciennes langues colonisatrices ont conservé certains privilèges dans le domaine de l'éducation et des affaires (surtout l'anglais).
Selon l'article 2 de la Constitution de 1971, modifiée en 1980: «L'islam est la religion de l'État dont la langue officielle est l'arabe; les principes de la loi islamique constituent la source principale de législation.» C'est en vertu de cette déclaration que s'est élaborée la politique d'arabisation.
4.1 La législature et la justice
En ce qui a trait à la législature, l'arabe classique est la langue officielle des débats, mais ceux-ci peuvent se faire en arabe dialectal. Toutefois, les lois ne sont rédigées et promulguées qu'en arabe classique. Aucune loi ne régit l'emploi des langues à la législature et c'est sur la foi de l'article 2 de la Constitution que l'arabe est obligatoire.
Il en est de même dans le domaine judiciaire où seul l'arabe classique est légalement permis, mais les communications orales en arabe dialectal sont autorisées. L'anglais et le français peuvent exceptionnellement être utilisés en la présence d'un interprète. Les seuls documents écrits autorisés sont en arabe classique.
4.2 Les services gouvernementaux
L'arabe dialectal est utilisé couramment dans les communications orales au sein des services gouvernementaux, mais seul l'arabe classique est permis dans les communications écrites. Ici aussi, il n'existe aucune loi concernant l'emploi des langues dans les services publics.
Dans le cas des inscriptions gouvernementales, celles-ci peuvent être unilingues arabes classique ou bilingues; dans ce cas, le bilinguisme est plus souvent arabe-anglais, mais le bilinguisme arabe-français est encore courant dans le cas des pouvoirs publics plus anciens.
Les plaques identifiant les noms de rues sont fréquemment unilingues arabes, mais le bilinguisme arabe-anglais est de plus en plus la règle et il tend à remplacer progressivement le bilinguisme arabe-français. Le bilinguisme utilisé dépend de la population des villes et des quartiers. Au Caire, la capitale, les noms des rues de plusieurs quartiers sont bilingues (arabe-français ou arabe-anglais); à Héliopolis, le bilinguisme est surtout arabe-français, alors qu'à Alexandrie le bilinguisme arabe-anglais est plus courant; ailleurs, on peut lire des inscriptions bilingues en arabe et en grec ou, par exemple, en arménien, en allemand, etc. Néanmoins, l'anglais est souvent employé seul dans les gares et les aéroports.
Il n'existe que fort peu de textes juridiques égyptiens faisant mention de la langue arabe. En voici un portant sur le défense des consommateurs; il s'agit de la loi no 67 de 2006 (traduite de l'anglais):
The Consumer Protection
Law
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Loi sur la protection du consommateur Loi no 67 de 2006 Article 3 |
Cette loi découle d'un décret ministériel, no 16/1993, d'imposer l'emploi de la langue arabe sur toutes les étiquettes.
4.3 L'éducation
La loi scolaire égyptienne oblige les écoles publiques primaires à n'enseigner qu'en arabe classique, mais elle permet aux écoles privées d'enseigner d'autres langues en plus de l'arabe officiel. Cela signifie qu'il existe plusieurs écoles anglaises et françaises réservées aux classes aisées, puis de rares écoles destinées aux minorités arméniennes ou grecques.
Pour ce qui est du secondaire, les élèves doivent apprendre une langue étrangère dès le premier cycle: ils ont le choix entre l'anglais et le français. Au second cycle, il leur faut choisir une deuxième langue étrangère: l'anglais ou le français (celle qui n'a pas été choisie au premier cycle), l'allemand, l'italien ou l'espagnol. Près de 60 000 élèves étudient ainsi actuellement dans des écoles de langue française.
Dans les universités, le système est plus souple, même si en principe l'arabe classique reste la langue d'enseignement. En réalité, selon les facultés et les disciplines, l'anglais et le français constituent également des langues d'enseignement universitaire. Par exemple, la médecine, le génie et les sciences en général sont enseignés en anglais, le droit en français; plusieurs facultés dispensent leur enseignement à la fois en français et en anglais.
Ajoutons quelques mots sur l'enseignement de la religion en Égypte dans les écoles égyptiennes dites «civiles», Celles-ci enseignent la religion musulmane ou la religion chrétienne, selon des programmes officiels gouvernementaux. Il n'est pas possible aux parents de dispenser leurs enfants de l'enseignement religieux, ni de choisir la religion de ces derniers. Lorsqu'un des parents est musulman, les enfants sont considérés obligatoirement comme musulmans et éduqués selon cette religion. De plus, il n'existe aucune possibilité d'apprendre une autre religion que celles fixées par l'État. Comme les élèves musulmans, les élèves chrétiens sont obligé d'apprendre la religion chrétienne, selon un programme officiel fixé par une commission choisie par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement. Dans toutes les écoles civiles, cet enseignement occupe trois heures par semaine au cycle primaire (sur un total de 27 à 34 heures d'étude), et deux heures dans les cycles préparatoire et secondaires (sur un total de 34 à 39 heures d'étude). De façon générale, les élèves apprennent par coeur les leçons d'arabe et les récite de mémoire dans des classes surchargées (entre 60 à 80 élèves).
Les cours de langue arabe (classique) font une large part à des événements religieux exclusivement musulmans. Par exemple, tout élève chrétien reçoit un peu d'enseignement religieux lorsqu'il suit des cours d'arabe, alors qu'un élève musulman ignore tout de la religion chrétienne. Les manuels de classe utilisés dans les cours d'arabe restent eux aussi fortement influencés par l'islam. Ainsi, dans le préambule d'un manuel d'arabe, on peut apprendre que son objectif est d'«implanter dans le coeur des élèves les hautes valeurs qui approfondissent la foi en Dieu, dans leur religion, leur patrie, leur nation arabe et l'humanité toute entière, en les poussant aux bonnes oeuvres et à la bonne conduite». Ces livres comportent tous de nombreux textes tirés du Coran et de nombreux récits du prophète Mahomet. De façon générale, les livres de religion et d'arabe témoignent d'une certaine xénophobie, voire de racisme, et ont recours à des mots comme mécréants, kafirs, moushriks, etc. Bref, on peut dire que les cours d'arabe véhiculent une doctrine religieuse passablement partisane.
Les manuels de religion chrétienne ne font aucune référence à la religion musulmane, ni au Coran, ni à Mahomet ou aux musulmans, mais des références sont faites à la Bible en tant que livre sacré des chrétiens. Néanmoins, l'élève chrétien doit quand même apprendre et réciter des formules et comprendre des notions purement islamiques qui tendent à démontrer que l'islam est la seule vraie religion.
Il existe de nombreuses écoles privées en Égypte. Ces écoles privées et payantes jouissent généralement d'une grande réputation, car la qualité de leur enseignement est considérée comme meilleure; d'ailleurs, elles sont de plus en plus populaires. On y enseigne, en plus de l'arabe, soit l'anglais, soit le français, soit l'allemand; il existe quelques rares écoles destinées aux minorités grecque et arménienne. Grâce à l'appui des souverains égyptiens, des congrégations religieuses catholiques ont fondé, entre 1860 et 1910, plusieurs écoles chargées de l'éducation en français des familles aisées. On en compte plus d'une quarantaine aujourd'hui. Ces établissements font partie intégrante du système éducatif égyptien. La spécificité de ces écoles tient à la large place qui est accordée à l'enseignement des langues vivantes, notamment en français qui y est enseigné pendant toute la scolarité, en raison de 10 heures par semaine. Dans ces écoles, la langue d'enseignement des mathématiques et des sciences est le français.
Enfin, le système d’éducation égyptien semble connaître de graves problèmes à tous les niveaux, du primaire jusqu'à l’université. Ces problèmes sont dus principalement au manque de ressources financières et aux classes surchargées (comptant souvent jusqu'à 80 élèves). Dans les régions rurales, les écoles manquent de locaux. Il n'est pas surprenant de constater que le taux d’analphabétisme soit très élevé, surtout en dehors des centres urbains, alors 45 % de la population égyptienne ne sait ni lire ni écrire.
4.4 L'affichage
Jusque dans les années quatre-vingt, il n'y avait aucune réglementation au chapitre de la langue de l'affichage commercial. Étant donné le nombre assez élevé de langues parlées en Égypte (nubien, berbère, anglais, français, arménien, grec, italien, allemand, hébreu, etc.), on retrouvait dans l'affichage une très grande diversité: unilinguisme arabe ou anglais, français, arménien, etc., en passant par toutes sortes de combinaisons de bilinguisme arabe-anglais, arabe-français, arabe-arménien, anglais-français, anglais-grec, etc.
Cette situation presque anarchique a donné lieu à de violents débats au Parlement en 1986. Plusieurs députés ont voulu faire adopter une loi afin d'interdire l'affichage en toute autre langue que l'arabe. Les commerçants ont fait valoir leur préférence pour le libre choix dans la langue de l'affichage. Finalement, la même année, le gouvernement a fait publier ce qui semble être un décret. Ce décret de 1986 interdit d'apposer des inscriptions unilingues non arabes sur toute affiche commerciale. Cela signifie que toutes les affiches publiques ou commerciales doivent être rédigées en arabe ou être accompagnées d'une traduction en arabe. Par ailleurs, il ne semble pas y avoir de réglementation concernant l'application du bilinguisme. Dans le domaine de l'affichage et de la publicité commerciales, c'est la liberté complète dans la mesure où l'arabe est présent.
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L'anglais est la principale langue employée dans les opérations commerciales en
Égypte (y compris sur les billets de banque); aussi l'utilisation conjointe de
l'arabe et de l'anglais constitue la forme de bilinguisme la plus courante.
La seconde langue employée dans les cas de bilinguisme commercial dépend soit de la population qui habite les villes ou les quartiers, soit du type de produits manufacturés. Ainsi, au Caire, le bilinguisme arabe-anglais est très fréquent, ce qui n'exclut pas pour autant l'affichage bilingue avec le français, le grec ou l'arménien; à Héliopolis, les magasins affichent surtout en arabe et en français, alors que, à Alexandrie, le grec, l'italien ou l'allemand sont utilisés également. Dans le domaine de la publicité, les produits français, italiens, allemands ou grecs sont annoncés en deux langues: arabe-français, arabe-italien, arabe-allemand, arabe-grec. |
Enfin, il arrive aussi que l'on utilise les anciens hiéroglyphes égyptiens, particulièrement pour la publicité ayant trait à la littérature, la culture ou l'artisanat. De façon générale, le français ne subsiste plus que sur de vieilles enseignes ou dans certains secteurs, tels que les instituts de beauté et les restaurants chics, et dans les quartiers bourgeois.
De plus, les organisations ou institutions religieuses, culturelles ou ethniques affichent généralement dans leur langue. C'est l'usage normal pour les organisations allemandes, italiennes, arméniennes, grecques, hébraïques, etc. Enfin, l'arabe égyptien (dialectal), le berbère et le nubien, bien que parlés couramment par une partie ou l'autre de la population, ne sont jamais employés dans l'affichage.
La situation des langues de l'affichage en Égypte révèle la relative faiblesse de l'arabe classique. D'une part, la majorité des citoyens parlent un arabe dialectal, très différent de la langue officielle, d'autre part, les opérations commerciales sont dominées par les langues européennes (anglais, français, allemand, italien); de plus, l'alphabet latin est devenu un symbole de prestige en Égypte et toutes les raisons semblent bonnes pour recourir à une «langue à alphabet latin». Même les prix des produits sont souvent affichés en chiffres «arabes» occidentaux plutôt qu'en symboles arabes autochtones. En cela, la cas de l'Égypte n'est pas très différent des pays du Maghreb (la Tunisie, l'Algérie et le Maroc).
L'Égypte a su trouver un équilibre entre les besoins de l'arabisation et les nécessités de l'économie et de l'ouverture au monde. Cette ouverture semble manifeste à l'égard de l'anglais et du français. L'État égyptien a même décidé de faire partie des Sommets francophones regroupant 49 États et gouvernements. Toutefois, la question des minorités ne semble même plus se poser. Elles sont simplement ignorées, sans subir de répression. En ce sens, l'État est logique avec l'article 40 de la Constitution qui proclame que «les citoyens sont égaux devant la loi et qu'ils ont Ales mêmes droits et les mêmes devoirs publics, sans distinction de race, d'origine, de langue, de religion ou de conviction». Le problème, c'est qu'en ayant les mêmes droits que les arabophones les minorités n'ont pas la force d'exercer leurs droits de minoritaires.
Bibliographie
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