[Flag of Kenya]
 République du Kenya

Kenya

Republic of Kenya
Jamhuri ya Kenya

 
Capitale: Nairobi
Population:  30,8 millions (2001)
Langue officielle:  anglais (de facto) et swahili (de facto)
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires:  kikuyu (18 %), luyia (11,7 %), luo (11 %), kalenjin (8,4 %), kamba (8,4 %), gusii (5,4 %), meru (4,5 %), giryama (2,1 %), bukusu (2 %), lubukusu (2 %), embu (1,5 %), maasai (1,5 %), turkana (1,1 %), idakho (1 %), somali (1 %), pokoot (1 %), duruma (0,8 %), digo (0,7 %), taita (0,7 %), teso (0,7 %), logooli (0,6 %), galla (0,5 %), borana (0,5 %), sabaot (0,5 %), samburu (0,5 %), swahili (,05 %), tugen (0,5 %)
Langue coloniale: anglais 
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 53, 72, 77, 83 et 93 de la Constitution de 1998  
Lois linguistiques: aucune

1 Situation géographique

Kenya
Le Kenya est un pays d'Afrique de l'Est, baigné par l'océan Indien, bordé au nord par le Soudan et l'Éthiopie, à l'est par la Somalie et au sud par la Tanzanie (voir la carte). Le Kenya, dont la capitale est Nairobi, couvre une superficie de 582 646 km² (un peu plus que la France). Le Kenya possède plus de 400 km de côtes bordées d'îles (Lamu, Pate), séparées de l'océan Indien par des récifs de corail. 

Le Kenya est divisé en huit provinces administratives: Centre, Côte, Est, Nord-Est, Nyanza, Rift Valley, Ouest et district de Nairobi. Chacune d'elles est gérée chacune par un conseil consultatif dont les membres sont nommés par le président de la République. La région de Nairobi est dotée d'un statut spécial.

Une large autonomie est accordée aux autorités locales qui perçoivent leurs propres taxes pour financer la santé publique et l'enseignement, les projets de route ou de construction, les plans de sécurité sociale. La région de Nairobi est dotée d'un statut spécial.

La capitale, Nairobi, est la plus grande ville (1,8 million d'habitants en 1990). Le premier port maritime est Mombasa (500 000 hab.). Kisumu (185 100 hab.) est le principal port kenyan sur le lac Victoria. Les villes d'Eldoret, au nord-est de Kisumu (104 900 hab.) sont d'importants liens ferroviaires (voir la carte).

2 Données démolinguistiques

La population du Kenya était estimée à 33 millions d'habitants d’habitants en 2002. La province la plus importante au point de vue démographique est la Rift Valley (24,5 %), suivie de la province de l'Est (16,9 %), de Nyanza ( 15,4 %) et celle du Centre (13,6 %).

Province Capitale Surface
(km2)
Population
(2002)
Pourcentage
Centre Nyeri  13 176 4 527,7 13,6 %
Littoral Mombasa  83 603 2 728,8   8,1 %
Est Embu 159 891 5 693,6 16,9 %
Nord-Est Garissa 126 902  473,2  1,2 %
Nyanza Kisumu  16 162 5 152,3 15,4 %
Rift Valley Nakuru 173 868 8 178,9 24,5 %
Ouest Kakamega    8 360 3 765,3 11,2 %
Statut particulier
Nairobi Nairobi 684 2 564,5 7,5 %
TOTAL Nairobi 582 646 33 084,3

100 %

Source: d'après Populstat site de  Jan Lahmeyer, Pays-Bas, 1999/2002

2.1 Les groupes ethniques

Le pays est multiethnique, car il compte près de 70 ethnies, dont quelque 30 à 40 sont officiellement reconnues. Parmi ces diverses ethnies, cinq d'entre elles forment plus de 70 % de la population africaine: les Kikuyu (20 %), les Luyia (14 %), les Luo (12 %), les Kalenjin (11 % et les Kamba (11 %). La plupart de ces groupes ethniques cohabitent avec des minorités indiennes, arabes, asiatiques et européennes (environ 4000). La forte majorité des Blancs (appelés Wazungu) vit dans les deux principales villes (Nairobi et Mombasa ) ou dans leur banlieue.

Ethnie Population (1989) Pourcentage
Kikuyu 4 455 865 20,7 %
Luyia 3 083 273 14,3 %
Luo 2 653 932 12,3 %
Kalenjin 2 458 123 11,4 %
Kamba 2 448 302 11,4 %
Kisii 1 318 409 6,1 %
Meru 1 087 778 5,0 %
Mijikenda 1 007 371 4,7 %
Maasai   377 089 1,7 %
Turkana   283 750 1,3 %
Embu   256 623 1,2 %
Taita   203 389 0,9 %
Teso   178 455 0,8 %
Ogaden   139 597 0,6 %
Kuria   112 236 0,5 %
Basuba   107 819 0,5 %
Samburu   106 897 0,5 %
Mbere   101 007 0,4 %
Degodia   100 400 0,4 %
Tharaka    92 528 0,4 %
Boran    60 160 0,3 %
Gurreh    80 004 0,3 %
Pokomo    58 645 0,2 %
Bajun    55 187 0,2 %
Kenyan Asian    52 968 0,2 %
Orma    45 562 0,2 %
Somali    45 098 0,2 %
Gabra    35 726 0,1 %
Arabes kenyen    33 714 0,1 %
Indiens    29 091 0,1 %
Autres kenyiens    28 722 0,1 %
Ugandans    27 267 0,1 %
Hawiyah    27 244 0,1 %
Ajuran    26 916 0,1 %
Redile    26 536 0,1 %
Dorobo    24 363 0,1 %
Tanzaniens    19 325 0,0 9 %
Non recensés    16 716 0,08 %
Njemps    15 872 0,07 %
Autres Européens    15 768 0,07 %
Britanniques    15 608 0,07 %
Autres Africains    14 471 0,07 %
Taveta    14 358 0,07 %
Swahili    13 920 0,06 %
Boni-Sanye    10 891 0,05 %
Sakuye    10 678 0,05 %
Autres Arabes     7 881 0,04 %
Autres     6 308 0,03 %
Bulji     5 975 0,03 %
Autres Asiatiques     5 264 0,02 %
El Molo     3 600 0,02 %
Kenyan européens     3 184 0,01 %
Tribus inconnus     2 411 0,01 %
Gosha     2 081 0,01 %
Pakistanis     1 862 0,01 %
Dasnachi-Shangil       418 0,00 %

Source: Kul BHUSHAN, Recensement de 1989, Kenya Factbook, 15e édition, 1997-1998, Newspread International.

Près de la moitié des Kenyans sont d'origine bantoue (Kikuyu, Kamba et Luyia). Les Masaï et les Luo appartiennent au groupe nilotique auquel se rattachent également les Kalenjin. Le pays abrite aussi des minorités asiatiques, européennes et arabes. La majorité de la population, 66 % est de religion chrétienne, alors que 26 % pratiquent des religions tribales africaines et 6 % sont des musulmans.

2.2 Les langues autochtones

Les langues autochtones, fort nombreuses, se répartissent en trois grandes familles linguistiques principales: la famille bantoue, la famille chamito-sémitique et la famille nilotique.

Dans toute la partie orientale du pays, on trouve des langues couchitiques appartenant à la famille chamito-sémitique : somali, rendille, galla, borana/boran, gabbra, orma et sakuye.

Groupe

Langues

Bantou Ouest

abaluhyia/luya, kisii, kuria, gusii

Centre

kikuyu, kamba/akamba/wa-kamba, meru, embu, tharaka, mbere

Littoral

mijikenda (digo, duruma, rabai, ribe, kambe, jibana, chonyi, giriama, kauma), taveta, pokomo, taita

Nilotique Nilotes luo
Teso iteso, turkana
Maasai maasai, samburu, njemps
Kalenjin nandi, kipsigi, elgeyo, sabaot, marakwet, tugen, terik, pokoot
Couchitique somali, rendille, galla, borana/boran, gabbra, orma, sakuye, boni, dahalo, el-molo, ndorobo (dorobo), sanye
Kiswahili amu, bajun, pate, mvita, vumba, ozi, fundi, siyu, shela,
Le long des côtes et dans le centre du pays, ce sont des langues bantoues: luya (abaluhyia), kisii, kuria, gusii, kikuyu, kamba/akamba/wa-kamba, meru, embu, tharaka, mbere, mijikenda,  taveta, pokomo, taita. Le swahili fait partie d'un cas particulier parmi les langues bantoues: non seulement le swahili est une langue co-officielle avec l'anglais, mais il sert de communication inter-ethnique puisqu'il est connu par plus de 40 % de la population. Cette langue est fragmentée en plusieurs variétés: amu, bajun, pate, mvita, vumba, ozi, fundi, siyu, shela, etc. 

Enfin, dans tout l'Ouest, ce sont surtout des langues nilotiques ou nilo-sahariennes: luo, iteso, turkana, maasai, samburu, njemps, nandi, kipsigi, elgeyo, sabaot, marakwet, tugen, terik, pokoot.

On peut schématiser les langues de la façon illustrée par le tableau de gauche.

 

Quand on consulte le nombre des locuteurs par langue, on doit constater que la plupart d'entre elles ne sont parlées que par quelques milliers de locuteurs. Les seules langues atteignant le million de locuteurs sont les sept suivantes:

Langue Locuteurs % Groupe linguistique Province
Kikuyu 5,3 M 18 % bantoue Centre
Luyia 3,4 M 11,7 % bantoue Ouest
Luo 3,1 M 11 % nilo-saharienne Ouest & Sud
Kalenjin 2,4 M 8,4 % nilo-saharienne Rift Valley
kamba 2,4 M 8,4 % bantoue Littoral
Gusii 1,5 M 5,4 % bantoue Nyanza
Meru 1,3 M 4,5 % bantoue Est
Total 19,4 M 67,4 %    

Les autres langues sont le giryama (2,1 %), le bukusu (2 %), le lubukusu (2 %), l'embu (1,5 %), le maasai (1,5 %), le turkana (1,1 %), l'idakho (1 %), le somali (1 %), le pokoot (1 %), le duruma (0,8 %), le digo (0,7 %), le taita (0,7 %), le teso (0,7 %), le logooli (0,6 %), le galla (0,5 %), le borana (0,5 %), le sabaot (0,5 %), le samburu (0,5 %), le swahili (0,5 %), le tugen (0,5 %). Parmi la quarantaine de langues kenyanes, le tiers est en voie de disparition. 

2.3 Le swahili

Le swahili, appelé kiswahili au Kenya, n'est parlé comme langue maternelle que par 0,5 % de la population, mais c'est une langue seconde pour au moins 12 millions de personnes et la langue co-officielle du pays avec l'anglais. Autrement dit, la plupart des locuteurs du swahili au Kenya (et en Tanzanie) ne connaissent pas cette langue comme langue maternelle, car ils pratiquent d'autres langues africaines. Pratiquement toutes les communautés du pays parlent le swahili. C'est aussi la langue la plus parlée de l'Afrique noire. En effet, on estime que de 40 à 50 millions de locuteurs pratiquent le swahili, avec généralement des différences locales importantes. 

Le swahili en tant que langue normalisée (standard) a été fixé en 1930 par le Comité sur la langue territoriale et il était basé sur le dialecte côtier de Zanzibar, le kiunguja, une variante linguistique parlée dans la ville de Kiunguja. En plus du kiunguja, mentionnons le kimakunduchi (ou kihadimu) et le kitumbatu (tous les deux parlés dans les parties rurales de Zanzibar), le kipemba (île de Pemba), le kimtang'ata (ville de Tanga et environs), le kimrima (le long de la côte de la Tanzanie), le kimvita (Mombasa et environs), le kiamu, le kipate, le kisiu, le kitikuu (l'archipel de Lamu et le long des côtes du Kenya), le kivumba (île de Wasini et Vanga), le kingwana (le Congo-Brazzaville et le Congo-Kinshasa), etc.

Map of Kenya. À l'origine, la «côte swahilie» (voir le tracé en rouge indiquant un «couloir») s'étendait du sud de la Somalie au Mozambique en incluant l'archipel des Comores. Au cours du XIXe siècle, le swahili pénétra le continent tout au long des pistes marchandes et esclavagistes. La colonisation européenne favorisa encore son extension. Le swahili est aujourd'hui la langue africaine la plus enseignée dans le monde. 

Au Kenya, cette langue était en grande partie utilisée dans la plupart des échanges sociaux, mais elle semble subir maintenant un net recul au profit de l'anglais. Ce n'est pas tout: depuis l'introduction en 1992 du multipartisme, le pays assiste à un réveil de l'identité ethnique. Les Kenyans ont à nouveau adopté les langues locales et le swahili a perdu sa place de langue officielle dominante. Le Kenya est en pleine mutation, et le swahili semble en payer les frais.

De fait, il existe beaucoup plus de journaux diffusés en anglais qu'en swahili. De plus, on compte peu de livres publiés en swahili. On peut consulter une description sommaire de la langue swahilie en cliquant ICI, s.v.p.

2.4 L'anglais

L'anglais n'est la langue maternelle d'à peu près personne au Kenya, mais c'est l'une des deux langues officielles du pays. C'est présentement la langue dominante de prestige avec le swahili et elle s'impose davantage dans les milieux favorisés. C'est de plus en plus la langue de l'État aux dépens du swahili. Aujourd'hui, les Kenyans possédant un minimum de bagage culturel préfèrent parler l'anglais dans les communications interethniques.  En principe, l'anglais serait la langue officielle, alors que le swahili (appelé le kiswahili) serait la langue nationale. Cela signifierait que la langue du gouvernement et de l'éducation sont en anglais, tandis que tout le reste a tendance à être en swahili. En réalité, la plupart des Kenyans parlent aussi ce qu'ils appellent leur langue maternelle, surtout dans les zones rurales.

Beaucoup de jeunes Kenyans de Nairobi parlent une langue bien particulière appelée le sheng. Il s'agit d'un mélange d'anglais, de swahili et de quelques langues locales. Le sheng est devenu un signe à la mode, de modernité et de cosmopolitisme. Le sheng emploie principalement la grammaire et la syntaxe swahilie, mais inclut des termes d'autres langues,  surtout l'anglais, qui peuvent varier selon des contextes différents.

3 Données historiques

Les grandes découvertes d'australopithèques, datant de deux à trois millions d'années, ont été faites dans la Rift Valley au Kenya et en Tanzanie. Le Kenya fut occupé à l'origine par des populations proches des Bochimans. Durant le Ier millénaire avant notre ère, des agriculteurs bantous (entre autres les Kikuyu, les Kamba et les Luyia) s'établirent sur les hauts plateaux, près des bords du lac Victoria. À partir du XIe siècle, des populations nilotiques, venues du Nord, introduisirent l'élevage des bovins et développèrent de puissants royaumes.

Au XVIIe siècle, les Massaï, des pasteurs-guerriers d'origine nilotique, seraient arrivés dans la région par le nord du lac Turkana. Délaissant les hauts plateaux aux riches terres volcaniques aux Bantous, les Massaï s'établirent dans les plaines du Centre et du Sud. En 1830, leur territoire s'étendait du nord-est du lac Victoria jusqu'à la latitude de l'île de Zanzibar, une barrière que les marchands swahilis, puis les Européens, ont dû contourner par le sud pour parvenir jusqu'à la région des Grands Lacs.

3.1 Le commerce swahili 

Auparavant, on sait que, après le XIe siècle, les régions côtières furent dominées par des négociants arabes, originaires de Mascate et d'Oman. Ils créèrent des comptoirs, dont les plus importants furent Malindi et Mombasa. De là, ils contrôlèrent le commerce avec l'intérieur (esclaves, ivoire, plumes d'autruche, etc.). Ces ports constituaient un maillon essentiel pour le commerce vers l'océan Indien. Une culture arabo-bantoue s'y développa, dont la langue, le swahili, devint celle des échanges en Afrique orientale. Les Swahilis s'islamisèrent en partie tout en réunissant des éléments bantous, arabes et asiatiques. Les documents swahilis les plus anciens datent du début du XVIIIe siècle. 

À la suite de Vasco de Gama qui, en route vers l'Inde, a contourné le cap de Bonne-Espérance en 1497 et fait escale à Mombasa en 1498, les Portugais tentèrent d'exercer le monopole du commerce de l'océan Indien. Durant plus d'un siècle, ils dominèrent les cités swahilies, non sans rencontrer de nombreuses résistances. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, les Portugais furent chassés de la région par les Omanais arabophones.

3.2 La domination omanaise 

Au début du XIXe siècle, le sultanat d'Oman conquit les villes swahilies situées au nord du cap Delgado. Bine que le sultanat n'ait pas tenté d'asservir les populations du pays, les langues locales furent imprégnées de mots arabes, notamment en swahili. En 1830, la capitale du sultanat fut transférée de la péninsule Arabique dans l'île de Zanzibar, au large de l'actuelle Tanzanie. Les Omanais exploitèrent des plantations de girofle et des palmeraies à huile de Mombasa, nécessitant une main-d'œuvre importante. Il fallut recourir aux esclaves et les Kamba du Kilimandjaro participèrent activement au commerce des esclaves. Les missionnaires et explorateurs européens (allemands) dénoncèrent violemment la traite négrière, dont l'Europe était pourtant bénéficiaire, en incitant les autorités locales à pratiquer au commerce de coton et de clous de girofle.

Vers 1850, le consul britannique à Zanzibar prit la tête d'un mouvement antiesclavagiste. En échange de garanties concernant le maintien de sa domination sur la côte, le sultan d'Oman signa des traités limitant ce commerce, avant d'accepter, en 1873, d'abolir la traite, c'est-à-dire le commerce, mais non l'utilisation d'esclaves dans les plantations.

3.3 La colonisation britannique 

Les Britanniques commencèrent à exercer une influence déterminante à partir de 1873. John Kirk, consul britannique, encouragea le sultan à annexer à son empire la plaine agricole côtière. L'unification territoriale profita évidemment aux Britanniques qui se trouvaient en conflit avec les Allemands pour le contrôle de l'Afrique orientale. Les zones d'influence furent définies lors du congrès de Berlin en 1885: d'une part, les Allemands obtinrent la côte du Tanganyika (une partie de l'actuelle Tanzanie), ainsi que le mont Kilimandjaro, d'autre part, le Kenya revint aux Britanniques, ce qui leur permit d'imposer l'anglais comme langue officielle.

Aussitôt, le sultan d'Oman accorda une concession à l'Imperial British East Africa Company. Un chemin de fer fut construit à travers le Kenya pour désenclaver l'Ouganda et atteignit le lac Victoria en 1901. Des travailleurs indiens furent employés à la construction de cette ligne qui devait faciliter la conquête de l'intérieur du pays. Effectivement, les populations locales ne purent résister à l'extension du protectorat britannique. 

Pendant que les militaires et les administrateurs britanniques imposaient l'unilinguisme anglais, les missionnaires apprenaient le swahili afin de communiquer avec les populations locales. Johann Ludwig Krapf fut le premier missionnaire à décrire le swahili, à rédiger la première traduction de la Bible dans cette langue, ainsi que le premier dictionnaire et la première grammaire. Au cours du XVIIIe siècle, le swahili s'était répandu dans l'océan Indien, notamment aux îles Comores et à Madagascar, puis en Afrique du Sud, à Oman et aux Émirats arabes unis. Au siècle suivant, la langue s'est étendue à des pays tels que la Tanzanie, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Congo-Kinshasa, la République centrafricaine et le Mozambique.

À la fin de la Première Guerre mondiale, durant laquelle plus de 150 000 Kenyans furent enrôlés dans l'armée britannique, environ 9000 Britanniques s'établirent sur les hauts plateaux, qui devinrent une colonie européenne de peuplement. En 1919, la population autochtone fut gravement affectée par la famine; les Kikuyu, les Kamba et les Luo se révoltèrent à plusieurs reprises contre l'accaparement de leurs terres. En 1920, le Kenya devint officiellement une colonie de la Couronne britannique. Le nouveau statut colonial permit la création d'associations de Kikuyu, qui luttèrent contre la mainmise britannique. Il se créa aussi des mouvements indépendantistes.

3.4 Le combat pour l'indépendance 

En 1952, éclata la révolte anti-britannique des Mau-Mau, une société secrète kikuyu. Ses membres revendiquaient par la violence la restitution de leurs terres et de leurs droits; leurs attaques visaient les colons ainsi que leurs collaborateurs. Non seulement la révolte fut-elle sévèrement réprimée, mais elle frappa l'ensemble des Kikuyu sans distinction: 13 000 d'entre eux furent massacrés, 80 000 internés, et l'État d'urgence ne fut levé qu'en 1960. Leur leader, Jomo Kenyatta, fut condamné à sept années de prison «pour complicité présumée» avec les Mau-Mau. Toutefois, les changements au Kenya étaient désormais incontournables, les autorités coloniales ayant favorisé la formation d'une classe moyenne africaine en encourageant les autochtones à s'engager dans les cultures d'exportation. En 1957, les petits planteurs africains furent autorisés à élire huit représentants au Conseil législatif de la colonie.

Durant ce moment, le mouvement indépendantiste se structura. L'Union nationale africaine du Kenya (Kenya African National Union ou KANU) fut fondée en 1960; Jomo Kenyatta en prit la direction après sa libération, l'année suivante. Tout en prônant la création d'un État centralisé, la KANU s'appuyait sur les deux principales ethnies: les Kikuyu et les Luo. Kenyatta alla représenter le KANU lors des deux conférences de Lancaster à Londres, qui devaient préparer la future Constitution du Kenya indépendant. L'indépendance devint effective le 12 décembre 1963. Jomo Kenyatta, dont le parti avait remporté les élections, devint président (à 74 ans) de la nouvelle république indépendante.

3.5 L'indépendance du Kenya (1963)


Jomo Kenyatta (1893-1978)

L'indépendance du Kenya se fit dans un calme relatif. À l'opposé de ce que croyaient les Britanniques, le président Jomo Kenyatta, un Kikuyu, se révéla modéré, pro-occidental et progressiste. De plus, il ne modifia pas fondamentalement la structure foncière du pays, car les terres rachetées aux colons européens furent redistribuées selon des critères tribaux. Sous la présidence de Jomo Kenyatta, la politique de la KANU fut toujours marquée par un fort nationalisme kikuyu. Pendant les années 1960 et 1970, de nombreux Kikuyus, encouragés et aidés par le président Kenyatta achetèrent les terres des anciens colons et, quittant la province du Centre surpeuplée, s'installèrent dans la région de la Vallée du Rift. Il se constitua ainsi une élite kenyane, en majorité formée par les Kikuyu.

En raison de l'hégémonie de la KANU (un parti unique à partir de 1969), le pays acquit une stabilité politique et attira de nombreux investisseurs étrangers. La ville de Nairobi fut modernisée.  L'industrie du tourisme se développa rapidement et devint une ressource de revenus importante. Malgré les problèmes, notamment l'absence du multipartisme exacerbant les tensions entre les ethnies, le Kenya connut une forte croissance économique sous la gouverne du président Kayatta. Le prestige de Jomo Kenyatta, nommé le Mzee («le Vieux»), resta intact jusqu'à sa mort survenue le 22 août 1978.

Avant sa mort, Kenyatta avait désigné le vice-président Daniel Arap Moi comme son successeur en raison de son appartenance à une ethnie minoritaire, les Kalenjin. Au début, le nouveau président bénéficie d’un préjugé favorable en raison de son appartenance à l’ethnie minoritaire des Kalenjin: on lui prête des qualités d’arbitrage. Il se lança dans un programme de réformes en dénonçant la corruption et la tribalisation de la vie politique tout en renforçant les pouvoirs de l’armée.

Map of Kenya. Toutefois, le président Moi apprend vite à utiliser le facteur ethnique. Tout comme Jomo Kenyatta l'avait fait avec l'ethnie kikuyu, il se servit de son autorité pour faire bénéficier les Kalenjin au moyen d'avantages totalement disproportionnés. Il nomma de nombreux Kalenjin, ainsi que des Massai, leur alliés, à des postes clé de l'administration locale et nationale.

Comme l'opposition politique commence à se former, Daniel Arap Moi décide d'instaurer un régime de parti unique en mai 1982.  Deux mois plus tard, le pays connaît une «révolte» des unités de l’armée de l’air, assimilée à une tentative de coup d’État; la révolte fut repoussée par des troupes loyalistes.

Les tensions sociales suscitées par la crise économique et l'accroissement démographique ne cessèrent de s'exacerber durant toute la décennie, alors même que le régime réprimait toute opposition et répondait aux aspirations démocratiques des manifestants par la violence.

En 1990, l'assassinat du ministre des Affaires étrangères, Robert Ouko, un Luo, fut à l'origine de violents affrontements intercommunautaires, surtout entre les les Kikuyu, les Luo et, dans une moindre mesure, les Luyia. La pression populaire et la communauté internationale demandèrent la libéralisation du régime. Le président Moi rétablit alors le multipartisme en 1991. Dès lors, des agitateurs se mirent au travail et provoquèrent des conflits entre les Kikuyu et les Kalenjin dans la vallée du Rift. Le bilan fut lourd: 1000 morts et 250 000 déplacés. Malgré tout, Daniel Arap Moi fut réélu en 1992 lors des premières élections libres, mais avec seulement 35 % des suffrages.

À partir de cette date, les affrontements intercommunautaires se poursuivirent. Des dizaines de milliers de Kikuyu furent chassés de la
vallée du Rift par les Kalenjin et les Massaï; des centaines de fermiers luo durent également quitter leurs terres. En juillet 1995, la Grande-Bretagne suspendit à nouveau son aide au Kenya, en raison des violations des droits de l'Homme. On constate également que la réintroduction du multipartisme semble avoir provoqué le réveil de l'identité ethnique. Ainsi, les Kenyans retournèrent aux langues locales aux dépens du swahili qui a perdu alors sa place de langue officielle dominante. La privatisation des ondes a entraîné la création de stations de radios qui émettent depuis en langues locales et contribuent à l'érosion du statut du swahili. Dans les écoles, le swahili ne s'apprend plus que dans les écoles primaires. Devant ce déclin, l'industrie du livre a commencé à refuser de publier des livres en swahili.

En 1997 et 1998, des Kikuyu et des Kamba firent l'objet d'attaques et d’exactions qui entraînèrent la mort de plusieurs centaines de personnes et l’exode de 150 000 autres. Daniel Arap Moi, qui briguait un cinquième mandat, fut réélu en janvier 1998 au terme d’un processus électoral marqué par de nombreuses irrégularités. L’opposition, qui n’avait jamais su présenter une alternative crédible au pouvoir, accusa le président Moi d’attiser les tensions ethniques afin d’apparaître comme le seul recours possible dans un contexte troublé. Celui-ci entama son dernier mandat. Certains affirment que le gouvernement a abandonné sa politique de persécution ethnique. Toutefois, la «question asiatique», comme on l’appelle depuis des années, demeure toujours problème très délicat au Kenya. De loin en minorité (le recensement de 1998 en comptait presque 500 000), les Asiatiques ont pris le contrôle d’un secteur de l’économie du Kenya, fort disproportionné à leur nombre. Le président Daniel arap Moi avait favorisé les Asiatiques, apparemment plus malléables pour lui.

En décembre 2002, le Kenya mettait fin à près d'un quart de siècle de règne de Daniel Arap Moi (78 ans) et se donnait un nouveau président, Mwai Kibaki, 71 ans, deux fois candidat malheureux à la présidentielle. C'est un vétéran de la politique qui a servi pendant 25 ans le pouvoir en place avant de passer dans l'opposition en 1991, lors de l'entrée en vigueur du multipartisme. Il porte les couleurs de la Coalition nationale Arc-en-Ciel (NARC), la plus importante alliance de l'opposition, qui rassemble plus d'une douzaine de partis et des dissidents vedettes de la KANU (Union nationale africaine du Kenya), le parti au pouvoir depuis l'indépendance. Le 30 avril 2003, celui-ci ouvrait la Conférence sur la réforme de la Constitution. Il semble décidé de rester dans l'Histoire comme l'artisan d'une avancée démocratique pour son pays. Le processus devrait déboucher sur la création d'un poste de premier ministre et sur l'abaissement à 70 ans de l'âge limite des candidats à la présidentielle. Il s'agit là de deux mesures destinées à mettre fin à la monarchie présidentielle du Kenya.

Puis, en 2007, l'assassinat d'un député de l'opposition, Mugabe Were, a été perçue comme une provocation par les adversaires du gouvernement contesté du président Mwai Kibaki, réélu en décembre 2007. D'un côté, il y a les Kikuyu, qui ont été privilégiés à deux reprises dans l'histoire récente du Kenya (sous le régime de Jomo Kenyatta après l'indépendance et sous le régime du président Kibaki en exercice). De l'autre, il y a les Luo et les Kalendjin, frustrés et sans emploi, qui ont attaqué des petits commerçants kikuyu. Puis les Kikuyu ont réagi par des actiosn de représailles. En quelques mois, plus de 8000 personnes ont été tuées et près de 300 000 ont été déplacées dans des émeutes qui ont suivi les élections contestées du 27 décembre 2007. Ces violences opposent, d'une part, les supporteurs du leader de l'opposition, Raila Odinga, un Luo, d'autre part, ceux qui soutiennent le président réélu, Mwai Kibaki, un Kikuyu. Si la polarisation ethnique s'accentue, un nettoyage ethnique massif pourrait avoir lieu.

4 La politique linguistique

La Constitution actuellement en vigueur est celle de 1998. Elle reprend certaines des dispositions constitutionnelles antérieures, notamment en matière de justice. Mais la Constitution actuelle ne proclame pas de langue officielle, ni de langue nationale. Or, beaucoup de textes officiels font allusion à cette distinction de langue officielle attribuée à l'anglais et de langue nationale pour le swahili. Le problème, c'est qu'aucune de ces deux langues n'est parlée par un nombre significatif de locuteurs kenyans les utilisant comme langue maternelle. 

4.1 Les langues de la législation

L'article 53 de la Constitution fait allusion aux «langues officielles de l'Assemblée nationale». Au paragraphe 1, il est stipulé que les langues officielles de l'Assemblée nationale sont le kiswahili et l'anglais et que, dans la conduite des affaires de l'Assemblée nationale, l'une ou l'autre ou les deux langues peuvent être utilisées. Cependant, les paragraphes 2 et 3 précisent que toute modification proposée à un projet de loi sera écrit ou cité en anglais:

Article 53

1) Subject to this section, the official languages of the National Assembly shall be Swahili and English and the business of the National Assembly may be conducted in either or both languages.

2) Every Bill (including the memorandum accompanying a Bill). every Act of Parliament whenever enacted. all other actual or proposed legislation under the authority of an Act of Parliament, all financial resolutions and documents relating thereto. and every actual or proposed amendment of any of the foregoing. shall be written in English.

3) In all proceedings of the National Assembly which involve the discussion of any of the following matters, that is to say, a Bill (including the memorandum accompanying a Bill), an Act of Parliament, other legislation whether actual or proposed, a financial resolution or document relating thereto, or an actual or proposed amendment thereof, the wording of the matter shall, as occasion requires, be quoted in English.

Article 53

1) Sous réserve des dispositions du présent article, les langues officielles de l'Assemblée nationale sont le kiswahili et l'anglais et, dans la conduite des affaires de l'Assemblée nationale, l'une ou l'autre ou les deux langues peuvent être utilisées.

2) Tout projet de loi (y compris les notes qui l'accompagnent), toute loi du Parlement au moment où elle est promulguée ou toute autre législation existante ou proposée en vertu d'une loi du Parlement, toute résolution de nature financière et tout document y afférent, et toute modification effective ou proposée aux documents mentionnés ci-dessus seront écrits en anglais.

3) Dans les délibérations de l'Assemblée nationale portant sur l'un ou l'autre des documents suivants, c'est-à-dire un projet de loi (y compris les notes qui l'accompagnent), toute loi du Parlement, toute autre législation existante ou proposée, toute résolution de nature financière ou tout document y afférent ou toute modification effective ou proposée de ces documents, les textes de ces documents seront, au besoin, cités en anglais.

En réalité, la langue anglaise prédomine nettement non seulement au Parlement, mais aussi au gouvernement, au sein de l'Administration et des grands centres économiques. Pourtant, l'article 93 de la Constitution qu'une personne a droit d'être naturalisée citoyen du Kenya si elle prouve au ministre qu'elle a une connaissance suffisante du swahili:

Article 93

Persons eligible to be naturalized as Kenya citizens

A person who-

[...]

e) satisfies the Minister that he has an adequate know- ledge of the Swahili language; and  [...]

shall be eligible, upon making application in such manner as may be prescribed by or under an Act of Parliament, to be naturalized as a citizen of Kenya. and the Minister may grant a certificate of naturalization to any such person who so applies.

Article 93

Personne ayant droit d' être naturalisée citoyen du Kenya

Quiconque:

[...]

e) prouve au ministre qu'il a une connaissance suffisante du swahili; et [...]

pourra, s'il en fait la demande selon les règles prescrites par une loi du Parlement ou en vertu d'une loi de celui-ci, être naturalisé citoyen du Kenya et le ministre pourra accorder un certificat de naturalisation à toute personne qui en aura ainsi fait la demande.

Effectivement, la plupart des projets de loi présentés à l'Assemblée nationale sont rédigés en anglais, rarement en swahili. 

4.2 La justice

Dans les cours de justice, l'anglais est institutionnalisé en tant que langue officielle, mais il demeure impossible d'ignorer les langues locales dans la mesure où beaucoup de gens ignorent la langue anglaise. L'article 72 énonce que quiconque est arrêté ou détenu sera informé, dès qu'il sera raisonnablement possible de le faire et dans une langue qu'il comprend, des raisons de son arrestation ou de sa détention: 

Article 72

[...]

2) A person who is arrested or detained shall be informed as soon as reasonably practicable, in a language that he understands, of the reasons for his arrest or detention.

Article 72

[...]

2) Quiconque est arrêté ou détenu sera informé, dès qu'il sera raisonnablement possible de le faire et dans une langue qu'il comprend, des raisons de son arrestation ou de sa détention.

Le paragraphe 2 de l'article 77 reprend les mêmes dispositions en précisant que l'accusé a droit à la présence d'un interprète:

Article 77

1) If a person is charged with a criminal offence, then, unless the charge is withdrawn, the case shall be afforded a fair hearing within a reasonable time by an independent and impartial court established by law.

2) Every person who is charged with a criminal offence-

(a) shall be presumed to be innocent until he is proved or has pleaded guilty;

(b) shall be informed as soon as reasonably practicable, in a language that he understands and in detail, of the nature of the offence with which he is charged;

[...]

(f) shall be permitted to have without payment the assistance of an interpreter if he cannot understand the language used at the trial of the charge.

Article 77

1) Si une personne est accusée d'un délit et, à moins que l'accusation ne soit retirée, l'affaire sera reportée à une audition dans un délai raisonnable par une cour indépendante et impartiale établie conformément à la loi.

2) Quiconque est accusé d'un acte criminel:

(a) sera présumé innocent avant qu'il ne soit prouvé ou ait plaidé coupable;

(b) sera informé, dès qu'il sera raisonnablement possible de le faire, dans une langue qu'il comprend, et en détail, de la nature de son accusation;

[...]

(f) aura la permission de recourir gratuitement aux services d'un interprète s'il ne comprend pas la langue utilisée à son procès.

 

L'article 83 est redondant:

Article 83

2) Where a person is detained by virtue of a law referred to in subsection (1) the following provisions shall apply :

(a) he shall. as soon as reasonably practicable and in any case not more than five days after the commencement of his detention, be furnished with a statement in writing in a language that he understands specifying in detail the grounds upon which he is detained.

Article 83

 2) Lorsqu'une personne est détenue en vertu d'une loi mentionnée dans le paragraphe (1), les dispositions suivantes s'appliquent:

(a) elle sera, aussitôt qu'il sera raisonnable de le faire et en tout cas pas plus de cinq jours après le commencement de sa détention, pourvue d'une déclaration par écrit dans une langue qu'elle comprend et en détail des raisons pour lesquelles elle est détenue.

Comme aucune loi n'a été adoptée en ce sens, l'anglais demeure la règle. Par exemple, la sentence du juge doit être en anglais, quitte à la faire traduire par un interprète pour l'accusé. Dans la plupart des cas, il suffit de recourir au swahili puisqu'une bonne partie des Kenyans peuvent comprendre cette langue. 

4.2 Les écoles

L'enseignement n'est pas obligatoire au Kenya, mais les huit années d'école primaire sont gratuites. Au début des années 1990, près de 63 % des enfants âgés de 12 à 17 ans étaient scolarisés; moins de 700 000élèves fréquentaient les écoles secondaires, le troisième degré accueillant 2,2 % des jeunes de la tranche d'âge concernée. Selon l'Unesco (1995), le système éducatif du Kenya, du moins dans l'enseignement primaire, est classé parmi les meilleurs en Afrique ( UNESCO, 1995 ).

Au moment de l'indépendance, l'anglais avait déjà acquis un grand prestige. Plusieurs années plus tard, en 1976, les autorités kenyanes ont imposé le swahili (kiswahili) comme langue nationale et adopté une politique linguistique pour le système éducatif du pays:

1) La langue de la zone linguistique, soit la langue dominante dans l'«aire d'implantation de l'école» devait servir de langue d'enseignement durant les trois premières années du primaire.

2) L'anglais devait être une matière obligatoire, de la première année du primaire à la dernière année du secondaire, et servir de langue d'enseignement de la quatrième année du primaire jusqu'à la fin des études universitaires. 

3) Le kiswahili devait devenir une matière obligatoire, de la première année du primaire à la dernière année du secondaire, et la langue d'enseignement des trois premières années du cycle primaire, partout où les enseignants décidaient qu'il s'agit de la langue de la zone d'implantation de l'école.

Toutefois, cette politique linguistique dans le système éducatif s'est révélée un échec, la mobilisation et la planification ayant fait défaut. En fait, c'est la politique dite de la «zone linguistique» qui ne s'est pas nécessairement matérialisée. Il faut souligner qu'il existe de nombreuses municipalités où les enseignants ont décidé de faire de l'anglais la «langue de la zone d'implantation de l'école», le choix leur étant laissé à leur discrétion. Le système fut remplacée par celui établi auparavant en 1964 par une commission officielle. L’anglais est utilisé de plus en plus comme langue d’instruction dans l’ensemble du système éducatif. Le swahili est enseigné comme matière obligatoire, mais la promotion des langues locales comme langues d’enseignement a perdu du terrain. Il faut dire aussi que des problèmes techniques sont survenus, comme l’inadéquation du lexique technique de la plupart des langues locales, la qualité douteuse des manuels scolaires ou leur rareté, le caractère obsolète des méthodes d’enseignement, etc. De plus, de nombreuses familles kenyanes n’ont pas les moyens financiers pour envoyer leurs enfants à l’école, même au primaire, car les manuels, les uniformes et le transport scolaire sont aux frais des parents. Enfin, des raisons politiques ont fait en sorte que l'enseignement des langues locales a vite été perçu comme une «source de division ethnique».

Pour toutes ces raisons, près de 40 ans après l’indépendance, les langues africaines, sauf le swahili, ne sont pas enseignées dans les écoles kenyanes, où les examens se font en anglais. Dans beaucoup d'écoles, des règlements internes interdisent de parler ou d’écrire dans la langue maternelle des élèves. Quiconque l’utiliserait risquait une correction et une punition, voire une exclusion temporaire. Encore aujourd'hui, le système hérité des Britanniques demeure inchangé. Le gouvernement a tendance à considérer l’enseignement des langues locales comme une menace à l’unité nationale, à l'exception du swahili, déclaré langue officielle au même titre que l’anglais. Il est plus important pour les élèves de réussir leurs examens en anglais. De nombreux enseignants africains soutiennent ce système, car l'anglais est la langue du prestige, des études ou d’un emploi au Kenya ou à l’étranger. Cela dit, les écoles rurales ont recours à la langue maternelle des enfants durant les trois premières années du primaire pour intégrer progressivement le swahili et l'anglais. Les langues employées servent principalement `sa des fins d'alphabétisation et la lecture de la Bible. 

Le Kenya possède cinq universités: deux sont situées dans la capitale (université de Nairobi et l'université Kenyatta), les autres étant situées à Nakuru ('université Egerton), Eldoret (université Moi), sans oublier le Jomo Kenyatta University College of Agriculture and Technology. La langue d'enseignement est généralement l'anglais, mais des cours peuvent être dispensés en swahili.

4.3 Les médias

Les cinq titres de la presse quotidienne kenyane, tous publiés à Nairobi, totalisent un tirage de 300 000 exemplaires. Parmi les trois principaux quotidiens, deux sont en langue anglaise (Daily Nation et The Standard), et l'un en swahili (Taifa Leo). De nombreux journaux et magasines sont en anglais: Coast Week, Analyst, East African, East African Standard, Financial Standard, Karen'gata Chronicle, Kenya Times, Media Africa, Wananchi, Weekly Review, etc. La Kenya Broadcasting Corporation exploite des stations de radio et de télévision diffusant des programmes en anglais et en langues africaines et asiatiques.

La loi kenyane actuelle limite les éditeurs de journaux en exigeant qu'ils s'enregistrent auprès du gouvernement, payent une assurance pour diffamation et soumettent une copie de chaque publication à un registre gouvernemental. La nouvelle loi adoptée en 2002 par le Parlement est une modification à la Loi sur les livres et les journaux. Elle multiplie le montant de l'assurance par cent et pénalise les vendeurs et les distributeurs qui ne pourraient prouver que les éditeurs de chacune des publications qu'ils vendent ont été enregistrés et se sont acquittés de cette assurance. Pour certains, il s'agit là d'un moyen pour réduire la liberté de presse, voire les langues dans lesquelles elle est publiée.

La situation linguistique dans le secteur commercial et des services favorise l’anglais, mais on relève la présence du swahili et de quelques langues kenyanes. C'est principalement dans les zones rurales que le swahili est le plus utilisé non seulement à la radio et à la télévision, mais aussi dans les journaux et les petits commerces. 

De façon générale, le discours politique perpétue le respect des valeurs britanniques avec comme résultat qu'il demeure relativement étranger aux sociétés locales dont les locuteurs parlent d'autres langues. Il est quand même curieux que les deux langues officielles ne soient pas des langues maternelles parlées par l'ensemble de la population. Au moment de l'indépendance, l'anglais était déjà la langue administrative du pays et le swahili a été perçu comme un instrument d'identité collective, d'où la reconnaissance des deux langues. Si le swahili a acquis une solidité remarquable en Tanzanie, il n'en a été ainsi au Kenya. C'est pourquoi le swahili a régressé au profit de l'anglais. Quant aux langues locales, elles sont simplement ignorées de la part des autorités, bien que la plupart des Kenyans continuent de les employer dans leur vie quotidienne.

Techniquement, le Kenya pratique une politique de bilinguisme déséquilibré au profit de l'anglais. Cela signifie que l'une des langues est plus officielle que l'autre. En fait, les motifs qui ont poussé les dirigeants politiques (Jomo Kenyatta) à promouvoir le bilinguisme anglais-swahili ne semblent plus jouer aujourd'hui. Depuis environ 1976, les dirigeants ont même privilégié la non-intervention, ce qui a favorisé l'usage de l'anglais. Pour les autorités politiques et administratives, les langues locales sont perçues comme une source de division nationale. Il faut dire que les dirigeants ont toujours tribalisé la politique du pays. Par voie de conséquence, toute politique linguistique ne pouvait qu'être également tribalisée au profit d'une langue unique, celle du président en fonction. C'est pourquoi il a été jugé plus prudent de laisser plus de place à l'anglais, la langue d'aucune ethnie en particulier.

Dernière mise à jour: 30 janv. 2008
 

Bibliographie

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ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Kenya» pour la partie historique.

LAPONCE, Jean A. Langue et territoire, Québec, Presses de l'Université Laval, CIRB, 1984, 265 p.

OKOMBO, Okoth D. «What Research Tells Us About Language of Instruction in Kenya» dans A preliminary Report Submitted to International Development Research Centre, 1996, Nairobi.

PRUNIER, Gérard. «Zanzibar à l'heure du multipartisme» dans Le Monde diplomatique, Paris, juillet 1996, p. 21.

 

 

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