|
Les SeychellesRepiblik Sesel |
République des Seychelles |
|
![]() |
La république
des Seychelles constitue un archipel formé de quelque 115 petites îles situées
dans locéan Indien à 1800 kilomètres à l'est des côtes africaines et juste au
nord-est de lîle de Madagascar.
Ce groupe dîles s'étend sur 455 km², mais son espace maritime exclusif occupe une superficie de 1,2 million de kilomètres carrés; comme on peut lobserver, cet espace est mitoyen au sud avec larchipel des Comores, lîle de Madagascar et larchipel des Mascareignes (Maurice, Rodrigues et La Réunion). |
La plus importante des îles seychelloises
est Mahé (144 km²) où lon retrouve la capitale, Victoria, ainsi
que le centre politique et commercial du pays,
et le lieu d'habitation de 88 % des 79 000 Seychellois (voir la carte 1). Outre Mahé, les deux îles les plus habitées sont
Praslin (7 % de la population) et La Digue (3 % de la population).
Parmi les 43 autres îles habitées et comptant pour 2 % seulement de la population
totale, seules les suivantes méritent dêtre citées:
Silhouette,
Bird, Frégate et
Desroches.
Ce petit État de 80 000 habitants (en 2005) répartis sur 46 îles contient une population aux origines ethniques diverses. En effet, les Seychellois sont considérés comme «de sang mêlé», mais la quasi-totalité des Seychellois sont d'origine africaine (noire), mais plusieurs ont des origines indo-pakistanaises, européennes ou chinoises. Les seules minorités ethniques sont les Indiens, les Chinois et les Blancs. Les Seychellois parlent une langue commune, le créole seychellois, dans une proportion de 95 %. Cest la langue de la vie quotidienne et de la culture populaire, et lune des trois langues officielles de la République avec langlais et le français.
On distingue plusieurs variantes de créole: le créole fin (créole fortement francisé et parlé par la bourgeoisie), le gros créole (celui des classes populaires), le créole grand-bois (celui des campagnes), le gros créole mozambique (celui des paysans dorigine africaine) et le créole des bulletins d'information à la radio-télévision ou de certains discours de personnalités politiques (un peu artificiel avec des emprunts à l'anglais). Quoi quil en soit, le créole seychellois demeure relativement proche du créole mauricien mais assez éloigné du créole réunionnais. Malgré d'évidentes similitudes, ces créoles ont tous des particularité lexicales importantes. Voici quelques exemples comparatifs du créole mauricien (île Maurice), du créole rodriguais (île Rodrigues), du créole seychellois et du créole réunionnais (île de La Réunion):
| Français | Créole mauricien | Créole rodriguais | Créole seychellois | Créole réunionnais |
|
Peuples créoles du monde entier, donnons-nous la main. |
Tou dimoune ki koz langaz kreol anou mars ansam. | Tou kreol lor la ter, anou marye pyke. |
Tou pep Kreol
dan lemonn, annou atrap lanmen. |
Anou pèp kréol dan lo Monn antyé anon mèt ansanm. |
|
Nous sommes créoles, et donc nous
parlons créole.
|
Nou finn ne kreol, alor nou noz kreol. | Nou kreol, nou koz nou lang. | Nou Kreol, alor nou koz Kreol. | Nou lé kréol, nou koz kréol. |
| Le créole est la puissante langue de notre patrie car il est parlé par tout le monde. | Langaz kreol pli gran patrimwann nou pei parski tou dimounn koz li. | Kreol li enn gran lang kot nou parski tou dimoune kose li. |
Kreol i lalang
pli pwisan nou patri akoz tou dimoun i koz li. |
Lo kréol lé la lang lo pli gabyé nout nasyon parské tout domoun i koz ali. |
Depuis les début des années
quatre-vingt, le créole des Seychelles est aussi appelé le
seselwa.
Cette appellation a été proposée par l’Institut Kréol (le Lenstiti
Kreol) dans le but de
revaloriser le créole des Seychelles et de déraciner le sentiment de mépris
rattaché à son usage.
La plupart des
Seychellois parlent aussi l'anglais et le français comme langues secondes. Le
français
est restée une langue valorisée pour les grandes circonstances importantes de la vie
comme les demandes en mariage, les chansons
dites «romantiques», les avis de décès, etc., mais aussi pour les médias
écrits, la lecture en général et laffichage commercial. Après le créole, le
français est la langue la plus utilisée par le clergé catholique composé
principalement de missionnaires suisses romands et français. De façon générale,
cest la langue de la culture occidentale. On compte moins de 1000 Franco-Seychellois. Quant à langlais, cest la langue de
lAdministration, du commerce, des affaires internationales et souvent de la
télévision. Les Anglo-Seychellois comptent pour moins de 2000 personnes.
Quelques petites
communautés parlent le
malgache, une langue de la (famille
austronésienne) ou des
langues originaires de lInde.
Dans la vie quotidienne, à peu près tout le monde dans larchipel parle
le français, langlais et même le «franglais», mais cest «en kreol que ça se passe» dans les communications informelles
entre Seychellois.
Le catholicisme est la
religion pratiquée par 90 % de la population seychelloise. Les anglicans forment 8 %
de la population; et les hindouistes et les musulmans, 2 %.
L'archipel des
Seychelles fut signalé par Vasco de Gama en 1502, mais il a été officiellement
découvert au XVIe siècle par les Portugais qui trouvèrent ces îles encore
inhabitées. Jusquau milieu du XVIIIe siècle, elles servirent simplement
descales pour les marins et les négriers, puis de refuges pour les pirates et
corsaires français. Les îles
seychelloises ont été occupées par les Français en 1742 au moment où Lazare Picault expédia
un rapport sur les Seychelles en France. Il y retourna en 1744 et baptisa lîle Mahé
en lhonneur de Bertrand-François
Mahé de Labourdonnais, gouverneur de lîle de France (Maurice) entre 1735 à 1746.
3.1 La colonisation
française
La France,
par lentremise de la Compagnie des Indes orientales, prit officiellement
possession des Seychelles en 1756. Cest Nicolas Morphey, capitaine de
la Marine française, qui plaça une «pierre de possession» sur lîle
de Mahé (voir la carte) et nomma les îles Seychelles
en lhonneur du vicomte Moreau de Séchelles, contrôleur-général des Finances
durant le règne de Louis XV.
Les 20 premiers
Français qui se sont installés à lîle Mahé et à lîle Sainte-Anne
en 1770 furent envoyés par Brayer du Barré et venaient tous de lîle
Bourbon (La Réunion) et de lîle de France (Maurice). On peut visualiser
la carte de larchipel des Mascareignes et de larchipel des Seychelles
en appuyant
ICI. La plupart furent évacués par la suite,
presque mourant de faim. En 1772, un second
petit groupe de colons français arriva à lanse Royale de lîle
Mahé. En 1778, le lieutenant de Romainville, accompagné de 15 hommes, reprit
possession de la colonie et érigea les premiers bâtiments au lieu dit LÉtablissement
(aujourdhui Victoria, la capitale, rebaptisée en 1841). Mais la colonie
se peuplait lentement; en 1785, on ne comptait encore que 70 Français, uniquement
des hommes; ils étaient accompagnés de quelques 500 esclaves, surtout des
Malgaches.
En 1790, la nouveau gouvernement révolutionnaire autorisa la création d'une Assemblée coloniale pour soccuper de l'administration locale. Les quelque 450 colons français avaient fait venir des esclaves dAfrique, surtout du Mozambique et de Madagascar. Ceux-ci apprirent le français pour pouvoir communiquer avec les patrons français, mais en même temps ils créèrent leur créole pour communiquer entre eux. Ce créole seychellois restait à base française, mais empruntait aussi massivement à larabe et un peu au swahili. Aujourd'hui, le créole seychellois compte plus de mots arabes que de mots français ou africains (environ 80 mots, dont une vingtaine empruntés au swahili, les autres provenant du wolof, du fon, de l'éwé, etc.). Le français et le créole ont donc été les deux premières langues parlées dans larchipel des Seychelles. Ainsi, la langue véhiculaire issue des esclaves africains ou malgaches et des Français était devenue la langue maternelle de la plupart des Seychellois, sauf les colons blancs.
Mais
les
rivalités franco-britanniques, déjà virulentes aux Antilles, se
propagèrent dans locéan Indien, et ce, dautant plus que les colonies
françaises de locéan Indien suscitaient la convoitise des Britanniques.
Comme ces colonies sétendaient sur une grande surface dans locéan
Indien, cest-à-dire tout larchipel des Mascareignes (île de France/Maurice,
île Bourbon/La Réunion et Rodrigues) et tout larchipel des Seychelles
située plus au nord (voir la carte 2), elles nuisaient considérablement
au commerce anglais. En outre, pendant les guerres napoléoniennes, ces mêmes
colonies étaient devenues le rendez-vous des corsaires français qui organisaient
des raids fructueux contre les navires commerciaux britanniques. Il était
temps pour les Britanniques de mettre fin à lhégémonie française dans
locéan Indien.
En 1794, le chevalier
Jean-Baptise Queau de Quinssy devint gouverneur des Seychelles. Sa première tâche
majeure consista à arrêter l'invasion d'une escadrille navale britannique qui exigeait
de rendre les îles au nom de Sa Majesté britannique. De Quinssy capitula, mais hissa à
nouveau le drapeau français aussitôt les Anglais partis. Entre 1794 et 1811, les îles
Seychelles furent tantôt anglaises tantôt françaises. Le gouverneur De Quinssy répéta
son petit manège du changement de drapeau au moins une douzaine de fois entre 1794 et
1811, cest-à-dire chaque fois quun vaisseau anglais ou français se pointait
à lhorizon.
Les Seychelles
furent définitivement occupées par les Anglais en 1810, mais elles ne furent
annexées à la Grande-Bretagne quen 1814, lors du traité de Paris. Selon les
clauses du traité, les Français perdaient larchipel des Seychelles et
larchipel des Mascareignes à lexception de la seule île Bourbon
(La Réunion) qui fut rétrocédée à la France (voir
la carte 1).
3.2 La colonisation
anglaise
Bien que cédées à la
Grande-Bretagne, les Seychelles ne représentaient aucun intérêt économique en soi. Les
Anglais les administrèrent comme une dépendance de l'île Maurice (qui, rappelons-le,
était également devenue anglaise). Loccupation anglaise introduisait en principe
une nouvelle langue: l'anglais. Cependant, comme à
lîle Maurice, larticle 8 de lacte de capitulation de 1810 spécifiait
que les colons franco-seychellois pouvaient conserver «leurs religion, lois et
coutumes». Même si le traité de Paris ne reprenait pas réellement cette
formulation, le nouveau gouvernement anglais, dirigé de lîle Maurice par le
gouverneur Robert Farquhar, admit que l'usage de la langue française constituait
lune de ces «coutumes» que les colons pouvaient maintenir. En devenant sujets britanniques, les colons
français des Seychelles pouvaient continuer à parler leur langue, utiliser leurs lois et
pratiquer leur religion. Cette concession semblait dautant plus facile que les
Anglais n'eurent jamais lintention dhabiter larchipel.
En général, ils se
contentèrent denvoyer des administrateurs de lîle Maurice et virent à ce
que l'Union Jack flotte en bonne place dans lîle de Mahé. Dailleurs,
cest Jean-Baptiste Queau de Quinssy qui devint le premier administrateur
«britannique» en raison de sa grande popularité à Mahé et de la bonne
volonté quil avait manifestée chaque fois quun vaisseau anglais avait
abordé lîle principale des Seychelles. En retour, de Quinssy modifia
«gracieusement» son nom en de Quincy et resta administrateur durant 13
ans, soit jusquà sa mort survenue en 1827.
Au XIXe
siècle, le premier événement majeur fut l'abolition de l'esclavage en 1835. Dès
cette proclamation aux Seychelles, les 6500 Noirs libérés furent mis en apprentissage
chez leurs anciens propriétaires pour être intégrés graduellement dans la communauté.
Dès lors, le développement du créole seychellois fut définitif. Une autre
conséquence importante de labolition de lesclavage fut la modification de la
composition ethnique des habitants de larchipel. Dabord, après cette
abolition, beaucoup de colons franco-seychellois partirent en amenant leurs esclaves avec
eux. Par la suite, les Britanniques libérèrent aux Seychelles un grand nombre de bateaux
négriers en provenance dAfrique; à partir de 1861, plus de 4000 immigrants noirs
dAfrique débarquèrent aux Seychelles; ils
furent suivis dun petit nombre dIndiens, de Malais et de Chinois. Tous ces
habitants sintégrèrent à la population et lui donnèrent ainsi un caractère
africain plus prononcé que dans les autres colonies anglaises de locéan Indien.
La première mesure en
faveur de la langue anglaise date de 1841 lorsque le nom de la capitale, L'Établissement,
fut changé en Victoria en lhonneur de lhéritière au trône
dAngleterre née quelques années plus tôt, soit en 1837. La seconde mesure fut
dimposer lenseignement de la langue anglaise dans les écoles à partir de
1844, concurremment à lenseignement du français. Puis le gouvernement britannique
consentit au rétablissement officiel de l'Église catholique romaine en
1853. Jusquà ce moment-là, les enseignants continuaient denseigner en
français dans les écoles catholiques, mais il sagissait dune pratique
simplement tolérée. À partir de 1853, cet enseignement devint officialisé par le
gouvernement britannique, ce qui eut pour effet de valoriser la culture française dans
larchipel.
En somme, on peut dire
que, en ce qui a trait à la langue, les Anglais nont pas vraiment essayé, du moins
au XIXe siècle, dimposer leur langue ou leur culture, pas même leur
monnaie. Ainsi, devant le refus des Seychellois dutiliser la livre sterling, parce
quils préféraient employer la roupie indienne qui faisait figure de leader
économique dans la région, les Anglais nont même pas insisté.
3.3 Vers
lindépendance
En 1903, les Seychelles devinrent une colonie de la couronne indépendante de l'île Maurice (voir la carte 1) et furent dotées dune assemblée locale. Puis, les Seychellois commencèrent à sopposer à ladministration anglaise et, en 1939, ils créèrent lAssociation des contribuables des Seychelles destinée à faire valoir leurs revendications. Durant ce temps, l'administration britannique avait réussi à mettre en place un système éducatif dans lequel l'anglais avait gagné progressivement du terrain, car en 1944 l'anglais devint la seule langue d'enseignement et le français fut relégué au rôle de matière d'enseignement.
En 1964, la création de deux partis politiques nationalistes accentua les
rivalités avec la Grande-Bretagne. Les rivalités nationalistes saccrurent lorsque
Londres créa une nouvelle colonie comprenant les îles d'Aldabra, Farquhar, Desroches et
l'archipel des Chagos, et nommée les Territoires britanniques de l'océan Indien.
En 1970, le français fut supprimé dans les trois premières classes du
primaire. Il s'ensuivit une période assez confuse de changements linguistiques
avec un système scolaire à deux volets: l'une payante (les «Grammar Schools»)
fréquentées par les enfants de familles aisées et l'autre (les écoles de
paroisse) gratuite, et qui était fréquentée par la majorité des enfants du
pays. Sur le plan scolaire, les rapports officiels révélaient que les
résultat étaient très médiocres et le taux d'échec dans les écoles, très
élevé. Enfin, les Seychelles bénéficièrent d'une constitution particulière en 1970 et
accédèrent pacifiquement à l'indépendance le 29 juin 1976. Les îles d'Aldabra, de
Farquhar et de Desroches retournèrent aux Seychelles. L'année 1991 vit
l'adoption du multipartisme et des élections sont organisées le 23 juillet 1993. Aujourdhui, la république
des Seychelles est à la fois membre du Commonwealth et de la Francophonie.
La république des Seychelles est un État officiellement trilingue. Conformément à larticle 4 de la Constitution de 1993, on compte trois langues nationales:
| Article
4 1) The national languages of Seychelles shall be Creole, English and French. 2) Notwithstanding clause (1), a person may use any of the national languages for any purpose but a law may provide for the use of any one or more of the national languages for any specific purpose. |
Article 4 1) Les langues nationales des Seychelles sont l'anglais, le créole et le français. 2) Par dérogation au paragraphe (1), toute personne peut utiliser pour une fin quelconque la langue nationale de son choix, sauf que l'utilisation de l'une ou de plusieurs langues nationales peut être décrétée par une règle de droit à certaines fins. |
Même
si la Constitution proclame trois langues «nationales», équivalant au
statut de langues «officielles», celles-ci ne sont pas placées sur un
pied d'égalité. En 1981, la politique linguistique du pays fut réorientée et
précisée par le gouvernement, notamment grâce au SPPF (le Seychelles People's
Progressive Front). Le créole appelé dorénavant seselwa est devenu la première
langue nationale; l’anglais, la deuxième; le français, la troisième.
Cette politique visait avant tout le promotion du créole seychellois en
décidant d’en faire la première langue du pays. Dans les faits, c’est
comme si le créole était la langue parlée par tous; l'anglais, celle de la
loi et du commerce; le français, celle de la culture avec un grand «C».
À la Législature, les députés ne sexpriment à peu près quen créole, mais les lois ne sont rédigées et promulguées quen anglais, le français étant, dans la pratique, exclu bien que théoriquement permis à loral.
5.1 Les tribunaux
Dans les tribunaux inférieurs, langlais et le créole sont les langues couramment utilisées à loral, le français demeurant plutôt rare. Cependant, seuls langlais et le français sont reconnus à lécrit et sont dégale valeur. Le juge ne rend toutefois ses sentences quen anglais. Dans les causes criminelles, le juge peut accepter les témoignages en français ou en créole s'il connaît suffisamment ces langues, sans passer par un interprète assermenté:
|
Criminal
Procedure Code
(1963) Section 2 In all criminal cases coming before the Supreme Court the evidence of the witnesses shall be recorded in the following manner:- (c) Whenever the evidence of a witness is given in French in Creole the Judge may, if he is satisfied that he is sufficiently conversant with these languages, take down or cause to be taken down such evidence in English in accordance with the provisions of the preceding paragraphs without the use of a sworn interpreter. |
Code de
procédure criminelle (1963) Article 2 Dans toutes les causes criminelles devant la Cour suprême, la déposition des témoins est inscrite de la manière suivante: (c) Lorsque la déposition d'un témoin est donnée en français ou en créole, le juge peut, s'il est convaincu de connaître suffisamment ces langues, inscrire ou exiger qu'elle soit inscrite comme un témoignage en anglais, conformément aux dispositions des paragraphes précédents sans le recours à un interprète assermenté. |
À la Cour suprême où la tradition britannique est très importante, seul l’anglais est admis à l’oral.
5.2 L'administration publique
Dans ladministration publique, les documents écrits sont toujours rédigés en anglais, ensuite traduits en français, rarement en créole. Mais dans les communications orales le créole occupe la toute première place. Bref, lAdministration orale est surtout bilingue: cest langlais et le créole qui prévalent. Le français arrive toujours bon troisième, sauf dans les ministères concernant la Francophonie.
5.3 L'éducation
Le système semble assez complexe dans le domaine de l’éducation. C’est depuis 1944 que l’anglais est officiellement entré dans les écoles. Auparavant, seul le français était enseigné et les professeurs ne parlaient généralement que français et créole à l'école. Puis, le rôle de l’anglais s’est accru au point où le gouvernement britannique a même supprimé en 1970 le français comme langue d’enseignement pour le réduire à une simple matière d’enseignement. Après l’indépendance (1976), le gouvernement seychellois a institué une réforme importante en 1981. Cette réforme officialisait l'alphabétisation en créole et lui donnait un statut comme langue d'enseignement aux côtés de l’anglais et du français. L'Institut pédagogique national (IPN) fut créé en janvier 1981 afin de faciliter l'application d'une politique de l'éducation sous ses aspects pédagogiques, de contribuer à la formulation des finalités de l'éducation en fournissant des éléments de nature à faciliter la prise de décision au niveau politique, de traduire les finalités de l'éducation fixées au plan politique en objectifs spécifiques et, enfin, de proposer les programmes et les directives pédagogiques concernant les méthodes et les moyens.
Aujourd’hui (depuis 1982), le créole seychellois est la seule langue employée et enseignée à la maternelle ainsi que durant les deux premières années du primaire: c’est la langue d’enseignement dans toutes les matières. À partir de la troisième année, le créole est utilisé comme langue d'enseignement pour quelques matières, et ce, jusqu'à la sixième année. L’anglais langue seconde prend progressivement la place du créole dès la deuxième année pour la compréhension orale. À la troisième année, l'anglais devient une langue d'enseignement avec le créole pour toutes les matières de base. Il est maintenu comme matière obligatoire tout au long de la scolarité jusqu'à la fin du secondaire. Autrement dit, dès que l’élève a appris à lire et à écrire en créole, il passe à l’anglais.
Le français est obligatoirement la troisième langue enseignée et son étude est introduite au primaire dès la deuxième année, mais ce n'est qu'au troisième trimestre de la deuxième année que les élèves commencent à réaliser des activités de lecture et d'écriture. Le français devient une matière obligatoire à partir de la troisième année jusqu'à la fin du secondaire. Il sert aussi de langue de soutien à tous les niveaux. Néanmoins, le français occupe une place inférieure dans le système d'éducation aux Seychelles. Pour résumer, on peut dire que le créole n'est enseigné qu'au primaire et correspond à 34 % du temps d'enseignement des langues, contre 42 % pour l'anglais et 23 % pour le français.
Évidemment, l’enseignement du créole ou du seselwa a révolutionné l'éducation aux Seychelles. Ainsi, la promotion du créole dans le système éducatif a conduit les enseignants à s'intéresser à la tradition populaire véhiculée dans cette langue, notamment au moyen des contes, des légendes, des chansons, etc., et a suscité la production d'un grand nombre d'ouvrages didactiques en créole. Par exemple, la publication de poèmes et d'essais littéraires en créole a été encouragée. Par le fait même, c’est le français qui a bénéficié de l’augmentation du taux de lecture chez les jeunes Seychellois.
Dans les écoles secondaires, le créole est exclus pour faire place à l'anglais (53 % du temps d'enseignement des langues) et au français (47 %). Bien que le créole ne soit pas officiellement enseigné au secondaire, il sert de langue d'enseignement dans certaines matières non sanctionnées par des examens. Dans les établissements post-secondaires, l'anglais et le français demeurent les seules langues d'enseignement, mais à l'avantage de l'anglais. Toutefois, à l'École polytechnique et à l'Institut national de l'éducation, le français est enseigné comme matière principale.
5.4 Médias et vie économique
Dans la
vie
économique, les trois langues sont utilisées de façon fonctionnelle. Langlais
et le créole sont généralement plus utilisés dans les communications orales, mais
l'unilinguisme français reste très fréquent dans l'affichage commercial; il est suivi
du bilinguisme français-créole. Quant à l'unilinguisme anglais, il est à peu près
inexistant, de même que le bilinguisme français-anglais ou créole-anglais. Le
trilinguisme dans l'affichage demeure très marginal aux Seychelles. En somme, la
répartition des langues se fait selon des critères de rentabilité économique à
partir du groupe qui contrôle un secteur d'activité donné.
Il
existe une
presse régulière en anglais et en français, la presse française demeurant
plus accessible en général à la population. Il existe un journal
quotidien contrôlé par le gouvernement, The Seychelles Nation, qui paraît à la
fois en anglais (83 % des articles), en français (15 % des articles) et en créole
(2 % des articles). Quelques journaux
privés rédigent la totalité de leurs articles en créole. Radio-Seychelles diffuse à
la fois en anglais, en français et en créole. On estime que 20 % des
émissions à la télévision sont diffusées en créole, 35 % en français et 45 % en
anglais. À la radio, il existe deux stations nationales: SBC AM avec 50 % de
créole, 25 % d'anglais et 25 % de français; SBC FM avec 80 % d'anglais, 5 % de
français et 15 % de créole. Radio France internationale et la BBC (British
Broadcasting Corporation) diffusent, la première en français et la seconde en
anglais, diffusent des émissions 24 h sur 24.
![]()
Dans sa politique linguistique, ladministration gouvernementale fait tout pour favoriser davantage langlais aux dépens du français: législature, justice, administration, école, etc. Le problème, cest que, du point de vue linguistique, la population se sent plus près du français que de langlais. En effet, il est plus facile pour la majorité des Seychellois dapprendre le français que langlais en raison des affinités linguistiques avec le créole.
Cependant, même si langlais souffre de son «isolement linguistique» par rapport au créole et au français, les Seychellois sont aujourd'hui plus forts en anglais qu'en français. Pour le gouvernement, langlais constitue la première langue du pays, suivie du créole puis du français. Pour les Seychellois, c'est le créole qui sert de première langue, suivie de l'anglais puis de langlais (parfois à l'inverse). On voit bien que le statut des trois langues «nationales» (officielles) et leurs rôles respectifs ne correspondent pas tout à fait aux visées des autorités, car la politique linguistique actuelle sappuie davantage sur la tradition britannique plutôt que dêtre orientée sur les intérêts de la population.
Bibliographie
|