République du Zimbabwe

Zimbabwe

Republic of Zimbabwe

 
Capitale: Hararé
Population: 14,3 millions (2003)
Langues officielles: anglais, shona, ndébélé, venda, nambya, shangaan, kalanga, southou et tonga (de jure)
Groupe majoritaire: shona (54,8 %) 
Groupes minoritaires: ndébélé (12,3 %), anglais (3,2 %), manika (3,1 %), nyanja (3,1 %), kalanga (1,5 %), tonga (0,9 %), venda (0,7 %)...
Langues coloniales: anglais et afrikaans 
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): articles 4 et 26 de la Constitution de février 2000 (rejetée par référendum)
Lois linguistiques: plusieurs lois portant sur la législature, la justice, l’administration et l’éducation.

1 Situation générale

Le Zimbabwe est une république de l’Afrique centrale limitée à l’ouest par le Botswana, au nord par la Zambie, au nord-est et à l’est par le Mozambique, au sud par l’Afrique du Sud (voir la carte du pays). Le Zimbabwe couvre une superficie de 390 759 km². Sa capitale est Hararé.

Le pays est divisé en huit provinces et deux villes à statut provincial (Bulawayo et Hararé), chacune étant dotée d'une Assemblée provinciale et administrée par un commissaire nommé par le gouvernement central:  Manicaland, Mashonaland Central, Mashonaland-Est, Mashonaland-Ouest, Masvingo, Matabeleland-Nord, Matabeleland-Sud et Midlands (voir la carte détaillée des provinces).

En vertu de l'article 171 de la Constitution de février 2000, chacune des provinces est dotée de son Assemblée habilitée à adopter des lois en matière de tourisme, de transports en commun et de routes, de préservation des sols, de logement, d'éducation et de santé, de développement rural et d'impôt provincial. Le Zimbabwe, une ancienne colonie britannique qui pratiquait l’apartheid lorsqu’elle s’appelait la Rhodésie, a acquis son indépendance politique en 1980.

2 Données démolinguistiques

En 2003, la population du Zimbabwe était estimée à 14,3 millions d'habitants. Les trois quarts de la population vivent dans les zones rurales. Les provinces les plus importantes du point de vue de leur population sont Harare, le Manicaland et les Midlands:

Province Population 2003 Superficie
Bulawayo   972,6     479 km2
Harare 2 057,1     872 km2
Manicaland 2 238,6 36 459 km2
Mashonaland Central 1 366,2 28 374 km2
Mashonaland Est 1 437,5 32 230 km2
Mashonaland Ouest 1 553,7 57 441 km2
Masvingo 1 484,4 56 566 km2
Matabeleland-Nord   906,3 75 025 km2
Matabeleland-Sud   690,5 54 172 km2
Midlands 1 593,8 49 166 km2
Zimbabwe 14 300,7  390 784 km2

Deux grands groupes bantous peuplent le pays: les Shonas, représentant 77 % de la population zimbabwéenne, et les Ndebele, regroupant 18 % de la population. La population blanche est passée de 275 000 en 1975 à 90 000 personnes en 1994. Le pays compte également des minorités de Métis et d’Indiens.

Parmi la vingtaine de langues, deux langues semblent, au premier abord, importantes dans ce pays: l’anglais parlé par seulement 380 000 locuteurs (des Noirs comme des Blancs), mais il est largement utilisé par la population comme langue seconde, et le shona parlé par plus de la moitié de la population,  soit 54, 8 %. Dans les faits, on constate que le ndébélé, parlé par 1,2 % de la population, a acquis également une grande importance. Le swahili est également utilisé comme langue traditionnelle des échanges. On pourrait parler aussi de l’afrikaans parlé par quelques milliers de Blancs. Cette langue était l’ancienne langue co-officielle (avec l’anglais) de la Rhodésie. On ne compte qu'environ 100 000 Européens dans le pays, les autres étant des Zimbabwéens de race noire (98 %) ou asiatique (1 %).

Le shona et le ndébélé, des langues bantoues, constituent deux des langues nationales du Zimbabwe. Tandis que le shona est parlé par la majorité de la population du Zimbabwe autour de la grande région d'Harare, le ndébélé est surtout parlé dans la région du Matebeleland; mais un grand nombre d'individus qui travaillent au Matebeleland sont bilingues (shona et ndébélé). Les autres langues bantoues sont le kunda, le nsenga, le tonga, le nambya, le lozi, le kalanga, le tswana, le venda, le tshwa, le nau-shona et le manyika. On compte une petite langue de la famille khoïsane: le hiechware, parlé par 1,6 million de locuteurs (au nord-ouest du Metabeleland-Sud).

Près des deux tiers de la population sont chrétiens : anglicans (36 % de la population totale), méthodistes, presbytériens ou catholiques constituent les principaux groupes. Le reste de la population adhère à des croyances animistes. Il existe également une minorité musulmane.

3 Données historiques

De nombreux vestiges archéologiques et préhistoriques montrent que la présence humaine dans la région est attestée dès 500 000 ans avant notre ère. On pense que les premiers peuples du Zimbabwe était des Bochimans. L’établissement des agriculteurs de langue bantoue aurait commencé au seuil de notre ère. Les ancêtres des Shona furent probablement à l’origine de cette civilisation; ils entrèrent en contact avec les marchands swahilis de la côte est africaine. Dès le XIIe siècle, le travail du cuivre, comme le commerce de l’or et de l’ivoire, étaient considérablement développés, ces produits étant exportés par le port de Sofala, près de l’actuelle Beira au Mozambique.

Ce fut également autour du site de Zimbabwe que s’épanouit, à partir du XIVe siècle, le royaume de Monomotapa (Mwene Mutapa, «roi des mines») qui connut une rapide extension territoriale, mais déclina dès la fin du siècle suivant, après la mort du roi Matope en 1480.

Les Portugais, qui débarquèrent sur les côtes du Mozambique au XVIe siècle, nouèrent des contacts, par l’intermédiaire de missionnaires notamment, avec le Monomotapa. Le royaume devait disparaître après que son souverain eut, en 1608, cédé aux Portugais les mines d’or, d’étain, de cuivre et de fer, situées sur son territoire. Au sud, l’État du Changamire prit la relève et conquit presque la totalité de l’ancien royaume au XVIIe siècle. À la fin du XVIIIe siècle, les Zoulous venus d'Afrique du Sud détruisirent sur leur passage le royaume de Changamire. Un groupe zoulou dissident, les Ndébélé, s’établit, vers 1830, dans le sud-ouest du pays, imposant sa domination aux Shona.

3.1 La colonisation britannique
Map of Rhodesia Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la présence britannique et boer se renforça. En 1888, le roi ndébélé Lobengula concéda des droits miniers au sud du Zambèze à l’homme d’affaires britannique Cecil John Rhodes (1853-1902). L’année suivante, Rhodes obtint (frauduleusement) du gouvernement britannique une charte pour sa société, la British South Africa Company, pour l’administration des territoires conquis en Afrique centrale et australe. La compagnie de Rhodes favorisa la colonisation agricole, y compris vers les territoires sur lesquels sa souveraineté ne s’étendait pas. Depuis, la Rhodésie du Nord est devenue la Zambie, alors que la Rhodésie du Sud devint le Zimbabwe en 1965. Dès le début de la colonisation britannique, l'anglais et l'afrikaans s'imposèrent dans l'administration de l'État.

En 1890, fut fondée Salisbury (aujourd’hui Harare). Jusqu’en 1897, une guerre opposa les Blancs aux Ndébélés et aux Shona, qui furent finalement relégués dans des «réserves»; et tout Africain devait être muni d'une «pass» (un laissez-passer) pour en sortir. En 1895, le territoire ainsi colonisé fut officiellement baptisé Rhodésie. C'est la compagnie de Rhodes qui administrait le pays, avec son gouvernement particulier et ses propres lois coloniales.  Peu de temps après, les Shona s'allièrent aux Ndébélés, leurs ennemis traditionnels, pour lancer la croisade appelée Chimurenga, c'est-à-dire la «guerre de libération», qui sera mise en échec après l'arrestation puis la pendaison de ses dirigeants.

3.2 L'autonomie

Dès le début du XXe siècle, les colons blancs voulurent se libérer de la tutelle de la British South Africa Company; ils réclamèrent l’autonomie politique . En 1922, consultés par référendum, ils écartèrent le rattachement à l’Afrique du Sud et, l’année suivante, la Rhodésie, selon leur souhait, devenait colonie de la Couronne, sous le nom de Rhodésie du Sud. Gouvernant seule, la minorité blanche mit en place un régime de ségrégation raciale, comme en Afrique du Sud. À partir des années trente, le United Party fit adopter des lois fondées sur le principe du développement séparé des races. Conformément au modèle de l'apartheid sud-africain, le Parlement confisqua en 1934, au profit des Blancs, l’essentiel des terres, tandis que l’habitat était «territorialisé»: ce fut l'apparition des townships, c'est-à-dire des ghettos, situés en périphérie des villes qui «accueillaient» les Noirs détenteurs d’un contrat de travail, tandis que les familles étaient strictement maintenues dans les campagnes.
 
En 1953, le gouvernement britannique créa une Fédération de Rhodésie-Nyasaland (Federation of Rhodesia and Nyasaland) regroupant la Rhodésie du Sud, la Rhodésie du Nord (l'actuelle Zambie) et le Nyasaland (devenu le Malawi), qui favorisait la domination blanche. La Rhodésie du Sud profita grandement de cette Union, car elle drainait les richesses minières de la Zambie et les richesses agricoles du Malawi, afin de financer son propre développement. Cette fédération devait être dissoute en 1963, un an avant l’indépendance de la Zambie et du Malawi, sous la pression des mouvements nationalistes africains.

À cette époque, il existait deux types d'écoles publiques: l'une en anglais pour les Européens, les Métis et les Asiatiques, et une autre en shona ou en ndébélé pour la majorité africaine.

Or, les pouvoirs publics dépensaient au moins dix fois plus pour les enfants blancs que pour les enfants noirs. Il était très difficile pour un enfant noir non seulement d'accéder, mais aussi de progresser dans son sous-système éducatif. Par exemple, pour les enfants blancs, l'enseignement était gratuit et obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans et gratuit jusqu'à l'université; pour les noirs, les écoles n'étaient pas obligatoires et n'étaient pas gratuites.

Par rapport à l'enseignement dispensé aux Noirs, celui dont bénéficiaient les Blancs était plus riche et davantage conçu pour faciliter le passage de l'école au monde du travail. Dans un tel système, les Noirs s'en trouvaient forcément discriminés. La ségrégation, dont les Noirs étaient victimes, et le mouvement d’accession à l’indépendance sur le continent africain encouragèrent le nationalisme zimbabwéen. Dès 1957, Joshua Nkomo, dirigeant syndicaliste ndébélé, avait fondé un Congrès national africain de Rhodésie du Sud, lequel fut dissous deux ans plus tard par le gouvernement blanc.

3.3 L'indépendance

Ce sont les Blancs, hostiles à tout partage du pouvoir avec les Noirs, qui revendiquèrent d'abord le droit à l’indépendance du territoire zimbabwéen. Après deux années de vaines négociations, le gouvernement blanc, dirigé par Ian Smith, déclara unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie (Unilateral Declaration of Independence ou UDI: Déclaration unilatérale d'indépendance), le 11 novembre 1965. Sous le régime de Ian Smith, les 220 000 Blancs accaparèrent tout le pouvoir aux dépens des quatre millions de Noirs.

- Le régime ségrégationniste de Ian Smith

Le Royaume-Uni et l’Organisation des Nations unies (ONU) refusèrent de reconnaître la Rhodésie indépendante et décrétèrent un embargo commercial. La ZAPU (Zimbabwe African People's Union ou Union du peuple africain du Zimbabwe) de Joshua Nkomo et la ZANU (Zimbabwe African National Unionv ou Union nationale africaine du Zimbabwe) de Robert Mugabe furent interdites par le gouvernement de Smith, et leurs dirigeants emprisonnés. Les nationalistes noirs engagèrent alors une lutte armée contre le pouvoir minoritaire des Blancs, d'autant plus que celui-ci durcissait son attitude envers les Noirs: le gouvernement calqua sa politique sur le modèle de l'apartheid.

La Rhodésie blanche dut subir les sanctions internationales. Après 1975, le gouvernement de Smith se rendit compte qu'il lui faudrait désormais négocier et choisit une position plus conciliante en engageant des pourparlers avec les dirigeants noirs, libérés de prison. Croyant qu’en cédant à certaines revendications Smith pourrait conserver l’essentiel de son pouvoir, il signa un accord avec trois leaders noirs modérés, parmi lesquels l’évêque méthodiste Abel Muzorewa, fondateur du Congrès national africain du Zimbabwe (African National Congress), en mai 1978.

La nouvelle Constitution de 1979, adoptée lors d’un référendum réservé aux Blancs, permit un régime multiracial. À la suite des accords de Lancaster House (1979), signés sous la pression de Margaret Thatcher (alors première ministre de Grande-Bretagne), des élections furent organisées sous l'égide du Royaume-Uni.

- Le régime de Robert Mugabe

Les élections libres de février 1980 furent remportées par la ZANU (Union nationale africaine du Zimbabwe) et Robert Mugabe forma un gouvernement de réconciliation nationale au sein duquel étaient présents Joshua Nkomo et deux ministres européens. L'appartenance de Mugabe à l'ethnie shona majoritaire semble avoir été décisive dans sa victoire. La seconde indépendance du pays fut proclamée le 18 avril et la Rhodésie prit officiellement le nom shona de Zimbabwe, ce qui signifie «la maison en pierre».

Dans la première moitié des années quatre-vingt, quelque 250 000 Blancs émigrèrent vers l'Afrique du Sud. Pourtant, la population blanche maintenait son hégémonie sur l’activité économique et la possession des terres agricoles les plus riches. Les dispositions des accords de Lancaster House ont été respectées: par exemple, le maintien d'un quota de députés blancs au Parlement jusqu'en 1990 et la non-expropriation des fermiers blancs. Les fermiers blancs continuèrent de disposer de 70 % des terres les plus fertiles du Zimbabwe, ce qui suscita des frustrations auprès de la population noire. Puis le premier ministre Mugabe (un Shona, rappelons-le) renforça son pouvoir au détriment de la minorité ndébélé qui fut durement réprimée, et son armée dut affronter à plusieurs reprises l’aile armée de la ZAPU (Zimbabwe African People's Union).

Le gouvernement adopta une nouvelle politique visant à réorganiser et démocratiser le système d'enseignement. Cette politique garantissait l'égalité de chances à tous, indépendamment de la race, de la couleur, de la croyance ou du lieu d'origine, sauf en cas de disposition contraire dans la loi. Le droit à l'éducation a été érigé en droit fondamental pour tous les enfants et tous les adultes qui n'avaient pas reçu d'instruction. Les écoles et les dispensaires se multiplièrent et le rattrapage social devint une priorité. Mais c'est l'absence de changement et une dégradation progressive de la situation économique qui firent rapidement oublier l'euphorie de l'indépendance. L'opposition se développa à un point tel que le gouvernement prévoyait en 1992 l’expropriation des terres possédées par des Blancs et laissées en friche.

En mars 1996, Robert Mugabe fut réélu président. La minorité blanche qui, rappelons-le, représentait 1 % de la population possédait encore 70 % des terres arables, ce qui excluait de la croissance la grande majorité des masses rurales. En 1998, plusieurs «émeutes de la faim», provoquées par un taux de chômage touchant 45 % de la population et la chute de la monnaie nationale, ébranlèrent fortement le pouvoir, qui rendit les 70 000 fermiers blancs responsables de la situation. À la corruption dénoncée par l'opposition s'est ajouté l'autoritarisme du pouvoir. Le président Mugabe apparut de plus en plus rejeté par une population qui a vu s'enrichir une élite âgée refusant les changements. Selon les statistiques officielles, entre juillet 2000 et novembre 2001, l'État zimbabwéen saisit six millions d'hectares de terres agricoles pour les redistribuer à quelque 200 000 familles noires. Dans un contexte de crise, les élections de 2000 ont conduit pour la première fois au parlement 58 députés de l'opposition sur 120 sièges, alors que le président Robert Mugabe annonçait sa décision de se retirer en 2002. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé! Au contraire, Mugabe a tout fait pour pour remporter l’élection présidentielle de 2002. Il a fait adopter des lois anti-opposition, il musela la presse et le pouvoir judiciaire, entreprit des campagnes d’intimidation et de répression et expulsa les observateurs internationaux. Il finit par remporter le scrutin de mars 2002 avec 56 % des voix. Robert Mugabe ne serait pas hostile à ce que le Parlement le nomme «président à vie», ce qui lui éviterait d’avoir à se représenter à l’issue de son mandat en 2008.

Selon toute vraisemblance, le Zimbabwe devrait continuer à être privé de l’aide internationale, sauf pour l’aide alimentaire d’urgence qui, pour le moment, permet au pays d’éviter de sombrer dans la famine. En attendant, le Zimbabwe devrait s’enfoncera davantage dans une crise dont la seule issue semble être le départ de Robert Mugabe, l’un des derniers dictateurs africains.

4 La politique linguistique

La politique linguistique du Zimbabwe est complexe dans la mesure où elle porte sur plusieurs langues officielles, qui ne le sont pas au même titre. Le Zimbabwe compte bien neuf langues officielles: l'anglais, le shona, le ndébélé, le venda, le nambya, le shangaan, le kalanga, le southou et le tonga. Toutefois, ces langues ne sont pas officielles au même degré. L'article 4 de la Constitution de 2000 (rejetée par référendum) précise effectivement que neuf langues ont le statut de co-officialité, mais L'anglais est la langue de l'État» (Administration), ce qui donne à cette langue un avantage sur les autres:

 

Article 4

Languages

1) The official languages of Zimbabwe are English, Shona, Ndebele, Venda, Nambya, Shangaan, Kalanga, Suthu and Tonga.

2) English is the language of record.

3) Institutions and agencies of government at every level must-

  1. ensure that all the official languages are respected and treated equitably; and
  2. take into account the language preferences of people affected by any governmental measure or communication.

4) The State must take positive measures to promote and advance the use of all languages spoken in Zimbabwe, including sign language and must create conditions for the development of these languages.

Article 4

Langues

1) Les langues officielles du Zimbabwe sont l'anglais, le shona, le ndébélé, le venda, le nambya, le shangaan, le kalanga, le southou et le tonga.

2) L'anglais est la langue de l'État.

3) Les établissements et les agences du gouvernement doivent à chaque niveau:

  1. s'assurer que toutes les langues officielles soient respectées et traitées équitablement; et
  2. tenir compte des préférences linguistiques des citoyens touchés par toute communication ou toute mesure gouvernementale.

4) L'État doit adopter des mesures positives pour promouvoir et faire progresser l'usage de toutes les langues parlées au Zimbabwe, incluant la langue des signes, et doit créer des conditions pour le développement de ces langues.

Dans ces conditions, il devient moins aisé de faire respecter les dispositions du paragraphe 3:

  1. s'assurer que toutes les langues officielles soient respectées et traitées équitablement; et
  2. tenir compte des préférences linguistiques des citoyens touchés par toute communication ou toute mesure gouvernementale.

Encore mieux, les dispositions du paragraphe 4 oblige l'État à adopter des mesures positives pour promouvoir et faire progresser l'usage de toutes les langues parlées au Zimbabwe, incluant la langue des signes. On peut dire qu'il existe trois types de statut au Zimbabwe:

1) l'anglais, langue co-officielle de l'État;
2) le shona et le ndébélé, les deux langues co-officielles nationales:
3) les autres langues co-officielles (venda, nambya, shangaan, kalanga, southou et tonga);
4) les langues nationales non officielles.

Il reste à vérifier comment cette politique de promotion de plusieurs langues de concrétise dans les faits.

4.1 Les langue de la législation et de la justice

Au Parlement, les députés s’expriment souvent en anglais, mais peuvent le faire théoriquement en shona et en ndébélé, ou en toute autre langue. Un système de traduction simultanée est à la disposition des parlementaires qui connaissent mal le shona ou le ndébélé. Cela dit, il faut connaître l’anglais pour siéger au Parlement, car les lois ne sont rédigées que dans cette langue et la traduction ne se fait que du shona ou du ndébélé vers l’anglais (et non l'inverse).

Les cours de justice se déroulent souvent en anglais, mais le shona, le ndébélé, le venda, le kalanga et le tonga sont aussi employés. L'article 13 de la Constitution de 1979 déclarait que toute personne arrêtée ou détenue sera informée, dans une langue qu'elle comprend, des raisons de son arrestation et de sa détention:

 

Article 13

3) Any person who is arrested or detained shall be informed as soon as reasonably practicable, in a language that he understands, of the reasons for his arrest or detention and shall be permitted at his own expense to obtain and instruct without delay a legal representative of his own choice and hold communication with him.

Article 13

3) Toute personne arrêtée ou détenue sera informée, dès qu'il sera raisonnablement possible de le faire, dans une langue qu'elle comprend, des raisons de son arrestation et de sa détention et aura la permission de recourir, à ses frais et sans délai, à un avocat de son choix et de communiquer avec elle.

Or, cette disposition, bien qu'elle n'a pas été reconnue dans la nouvelle Constitution, est encore en vigueur. Effectivement, quiconque est accusé d'un acte criminel sera informé, dès qu'il sera raisonnablement possible de le faire, dans une langue qu'il comprend et en détail, de la nature de l'accusation; il aura aussi la permission de recourir gratuitement aux services d'un interprète s'il ne comprend pas la langue employée à son procès. L'article 18 de la Constitution de 1979 se lit comme suit:

 

Article 18

[...]

3) Every person who is charged with a criminal offence...

    (b) shall be informed as soon as reasonably practicable, in a language that he understands and in detail, of the nature of the offence charged;

    [...]

    (f) shall be permitted to have without payment the assistance of an interpreter if he cannot understand the language used at the trial of the charge.

Article 18

[...]

3) Quiconque est accusé d'un acte criminel:

(b) sera informé, dès qu'il sera raisonnablement possible de le faire, dans une langue qu'il comprend et en détail, de la nature de l'accusation;

[...]

(f) aura la permission de recourir gratuitement aux services d'un interprète s'il ne comprend pas la langue employée à son procès.

L'article 82 de la même Constitution précise que la langue officielle de la Cour supérieure est l'anglais:
 

Article 82

1) A person shall not be qualified for appointment as a judge of the High Court unless:

(a) he is or has been a judge of a court having unlimited jurisdiction in civil or criminal matters in a country in which the common law is Roman-Dutch or English, and English is an official language; or

(b) he is and has been for not less than seven years, whether continuously or not, qualified to practise as an advocate:

(i) in Zimbabwe;
(ii) in a country in which the common law is Roman-Dutch and English is an official language; or
(iii) if he is a citizen of Zimbabwe, in a country in which the common law is English and English is an official language.

Article 82

1) Une personne ne pourra se qualifier pour être nommée juge de la Cour supérieure à moins que:

(a) elle ne soit ou n'ait été juge d'une cour ayant une juridiction illimitée en matière de droit civil ou criminel dans un pays où le droit coutumier est romano-néerlandais ou anglais, et où l'anglais est la langue officielle;

(b) elle ne soit ou n'ait été, pendant au moins sept ans, de manière continue ou non, compétente pour pratiquer à titre d'avocat:

i) au Zimbabwe;

ii) dans un pays où le droit coutumier est romano-néerlandais et où l'anglais est une langue officielle; ou

iii) comme citoyen du Zimbabwe, dans un pays où le droit coutumier est anglais et où l'anglais est une langue officielle.

L'article 87 reprend les mêmes dispositions:
 

Article 87

[...]

4) A tribunal appointed under subsection 2 or 3 shall consist of not less than three members selected by the President from the following...

    (b) persons who hold or have held office as a judge of a court having unlimited jurisdiction in civil or criminal matters in a country in which the common law is Roman-Dutch or English, and English is an official language;

Article 87

[...]

4) Un tribunal nommé en vertu des paragraphes 2 et 3 devra comprendre au moins trois membres choisis par le président parmi les personnes suivantes:

b) celles qui ont eu un poste de juge d'un tribunal ayant une juridiction illimitée en matière de droit civil ou pénal dans un pays où le droit coutumier est romano-néerlandais ou anglais, et où l'anglais est une langue officielle;

Par ailleurs, les juges ne rendent leurs sentences qu’en anglais. Dans les cours d’appel du pays, seul l’anglais est permis. Comme on le constate, l'anglais, le shona, le ndébélé, le venda, le nambya, le shangaan, le kalanga, le southou et le tonga sont en principe permis, mais en pratique il faut recourir aux services d'un interprète, le juge ne connaissant que rarement d'autres langues que l'anglais, le shona et le ndébélé. Autrement dit, l'anglais est plus officiel que toutes les autres lanuges, alors que le shona et le ndébélé le sont davantage que les six autres. En réalité, le venda, le nambya, le shangaan, le kalanga, le southou et le tonga sont des langues de traduction.

4.2 Les langues de l'Administration

Dans l’Administration gouvernementale, l’anglais demeure sans rivale dans la mesure où c’est la langue de travail normale des fonctionnaires. Selon les régions, les employés doivent s’exprimer à la fois en anglais et en shona ou en anglais et en ndébélé, parfois en d'autres langues. Cette obligation ne vaut que pour les fonctionnaires attachés au ministère de la Santé et à celui de l’Agriculture. Dans les autres ministères, le bilinguisme ne constitue pas une obligation, mais une pratique courante.

4.3 Les langues de l'éducation

La législation zimbabwéenne ne rend pas obligatoire l'enseignement primaire, mais elle précise qu'il incombe aux parents de faire en sorte que leurs enfants fréquentent l'école primaire. Les élèves qui fréquentent les écoles primaires des zones rurales où vit la majorité de la population zimbabwéenne sont exemptés des frais de scolarité.

La Loi sur l'éducation (Education Act) de 1987 (2e partie, art. 4, par. 1 et 2), telle qu'elle a été modifiée en 1991, précise que chaque enfant au Zimbabwe a le droit à une éducation dispensée dans une école et que l'accès à un établissement d'enseignement, quel qu'il soit, ne peut être refusé à un enfant pour des considérations de race, d'appartenance tribale, de couleur, de religion, de croyance, de lieu d'origine ou en raison de l'opinion politique ou du statut social de ses parents.

- Les écoles primaires

Dans le domaine de l’éducation, la plupart des langues nationales sont utilisées à la maternelle, l’anglais n’étant enseigné que dans les grandes zones urbaines. Au premier cycle du primaire, les élèves apprennent normalement à lire et à écrire dans leur langue maternelle. Au cours de cette apprentissage, ils doivent tous s’initier au shona et au ndébélé. Dans les régions où sont parlées des langues minoritaires, le Ministre peut autoriser l'enseignement de ces langues dans des écoles primaires en plus de celles prévues par la loi (shona et ndébélé).

Au second cycle du primaire, l’anglais vient remplacer progressivement la langue maternelle, mais d’autres langues peuvent être enseignées (shona et ndébélé).  Bref, l'utilisation des langues maternelles est justifiée par l'article 26 de la Constitution qui reconnaît à toute personne le droit d'employer la langue maternelle de son choix:

 

Article 26
Language and culture

Every person has the right to use the language, and participate in the lawful cultural life, of his or her choice.

Article 26
Langue et culture

Toute personne a le droit d'employer la langue de son choix, ainsi que de participer légitimement à la vie culturelle.

La politique officielle du gouvernement vise à dispenser aux élèves des trois premières années de l'école primaire un enseignement dans leur langue maternelle. Ça, c'est la théorie! La réalité est toute autre.

Cette politique n'a pu être entièrement appliquée en raison d'obstacles financiers (absence des budgets), humains (manque d'enseignants et de personnes capables de rédiger les manuels nécessaires) et matériels (pénurie de manuels scolaires). Bref, il n'est pas toujours facile d'accorder des droits réels à toutes les minorités linguistiques du pays. Dans la plupart des cas, à l'exception du shona et du ndébélé, les difficultés viennent du fait que peu d'enseignants sont compétents dans ces langues et qu'il manque cruellement de manuels. Il faut dire aussi que, dans la plupart des écoles zimbabwéenne, les enseignants, appuyés en cela par les parents, préfèrent employer l'anglais dès la première année afin d'assurer la compétence de leurs élèves en anglais, lequel est considéré comme la langue du pouvoir et de l'économie. Dans les classes de shona ou de ndébélé, beaucoup d'enseignants utilisent l'anglais comme langue d'enseignement et permettent à leurs élèves (s'ils le préfèrent) de rédiger leurs travaux en anglais.

En somme, le bilinguisme officiel, ou le multilinguisme, préconisé par le gouvernement ne se traduit pas dans les faits, car le statut des langues africaine n'est pas identique à celui de la langue coloniale: l'anglais a acquis un prestige que n'ont pas les langues nationales. Au Zimbabwe, comme ailleurs en Afrique, les langues nationales n'ont pas été prises au sérieux comme langues d'enseignement dans les écoles. Trop d'accent a été mis sur la compétence en anglais qui, dans de nombreux cas, est présenté aux enfants dès le premier jour de l'école. De plus, la compétence de la langue maternelle diminue généralement au cours du primaire, car l'anglais tend à prendre toute la place, ce qui contribue à présenter une perception négative des langues indigènes du Zimbabwe. Bref, l’anglais, le shona et le ndébélé demeurent les trois véritables langues d’enseignement du Zimbabwe, mais les deux langues africaines semblent plus dévalorisées.

- Le secondaire et l'université

Lorsque les élèves parviennent au secondaire, l’anglais est devenu l’unique langue d’enseignement, sauf lorsque l’école oblige les élève à apprendre une langue étrangère supplémentaire.

Évidemment, l’anglais reste l’unique langue à l’université. Dans les université, seul l'anglais sert de véhicule d'enseignement. Ajoutons que l'Université du Zimbabwe a reçu la mission de lancer un projet de développer une terminologie technique pour les langues africaines et de fabriquer des dictionnaires.  Jusqu'ici, le projet a vu la publication du premier dictionnaire monolingue en shona et on en attend bientôt un autre en ndébélé. Il s'agit du projet ALLEX (African Languages and Literature Lexicography). Il faudrait que le gouvernement prévoit des sommes d'argent importantes pour le développement de dictionnaires, de matériel pédagogique et de programmes bilingues pour la formation des enseignants. Or, ce genre de dépenses n'est pas aisément disponible au Zimbabwe, et le processus de mise en oeuvre peut prendre énormément de temps.

4.4 La vie économique et les médias

Dans la vie économique, l’anglais, le shona et le ndébélé se font concurrence. L’anglais est toujours la langue la plus prestigieuse, notamment dans l’affichage public et les raisons sociales. Mais le shona et le ndébélé conservent une place enviable dans la publicité commerciale, les modes d’emploi, l’étiquetage, etc.

Les médias sont massivement anglophones au Zimbabwe. Presque toutes les stations de radio-télévision — un monopole d’État dans ce pays — ne diffusent qu’en anglais. Cependant, quelques petites stations locales émettent en shona et en ndébélé. Les médias écrits sont tous publiés en anglais, sauf un seul (le Kwayedza) en shona. Au Zimbabwe, plus de 70 % des citoyens vivent dans des zones rurales et un grand nombre d'adultes sont demeurés illettrés ou semi-alphabètes. 

Par ailleurs, et si étonnant que cela paraisse, beaucoup de Zimbabwéens peuvent lire en anglais et être analphabètes en shona. Lorsque le Kwayedza, le premier journal publié en shona, est apparu dans les kiosques à journaux, l'élite intellectuelle hésita à lui reconnaître la respectabilité dont elle avait gratifié les journaux anglophones. Après avoir démarré à 18 000 exemplaires, le Kwayedza atteint maintenant 80 000 exemplaires et, selon une étude de marché, il totaliserait un lectorat 11,4 personnes par exemplaire.

En somme, trois langues sont largement utilisées au Zimbabwe: l'anglais, le shona et le ndébélé. L’anglais occupe une place à part dans les manifestions politiques, éducatives et administratives de l’État. Toutefois, le shona et le ndébélé émergent parmi toutes les langues nationales et semblent s’accaparer une place de plus en plus grande. Le cas est encore plus surprenant dans le cas du ndébélé parlé par 1,4 million de locuteurs. Quant au shona, avec 6,2 millions de locuteurs, on peut croire que sa prépondérance s’affirmera encore davantage dans les prochaines décennies.

De façon générale, on peut dire que la politique linguistique de cette ancienne colonie britannique semble plutôt prudente et réaliste, mais qu'elle ne laisse pas toute la place à laquelle auraient droit les deux grandes langues nationales (shona et ndébélé). Pour ce faire, il faudrait que ces langues soient largement utilisées dans les sphères du pouvoir (Parlement), de la justice et de l'éducation, au même titre que l'anglais. Il conviendrait alors que le statut de co-officialité soit égalitaire et qu'il se transpose dans les faits. Dès lors, les enseignants devraient recevoir une solide formation bilingue, ce qui n'est pas le cas. Les responsables gouvernementaux devraient prévoir des moyens financiers pour le développement des langues autochtones, notamment pour le travail de lexicographie, l'élaboration de grammaires, la traduction et la production de documents pédagogiques. Or, le Zimbabwe n'en est pas là. La promotion des langues nationales demeure encore un voeu pieux. De toute façon, la Constitution de février 2000 ne s'applique pas! Depuis le référendum de 2000, le Zimbabwe est plongé dans le chaos, alors que le pays souffre d'une inflation effrénée, de déficits chroniques et d'un haut taux de chômage.

 

Dernière mise à jour: 19 juin 2009
 

Bibliographie

2001 LYCOS INC. «Zimbabwe» dans Infoplease.com, 2000 The Family Education Network, 20 juin 2000, [http://infoplease.lycos.com/ipa/A0108169.html]. 

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Zimbabwe», pour la partie historique.

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

KEMBO, J. «Language in Education and Language Learning» dans African Voices, Oxford, University Press, Ed. V. Webb & K. Sure, 2000, p. 286-311.

NATIONS UNIES. Quatrièmes rapports périodiques que les États parties devaient présenter en 1998 : Zimbabwe, 18/11/98. CERD/C/329/Add.1 (State Party Report), Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, Genève, Haut-Commissariat aux droits de l'homme, 20 octobre 1998.

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