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Province de l'Ontario
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Ontario
(Canada)
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1 Situation
géographique
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Située à l'est du Manitoba et partageant une frontière commune avec le Québec, l'Ontario
s'étend du sud au nord depuis les Grands Lacs jusqu'aux rivages de la baie
James et de la baie d'Hudson (voir
la carte de la province). C'est la plus importante province du Canada, tant par
sa démographie (la première) et sa superficie (la seconde (avec 1 076 395 km²;
le Québec: 1 667 926 km²; la Colombie-Britannique: 947 800 km²) que par la force de son économie
(la première) et son pouvoir
politique incontournable auprès du gouvernement central. La capitale provinciale est
Toronto, qui est devenue la métropole du Canada. Quant à la capitale fédérale, Ottawa,
elle est enclavée dans le territoire ontarien, près de la ville québécoise
de Gatineau-Hull. |
Avant la colonisation européenne, le
territoire de l’Ontario appartenait aux Amérindiens (surtout les Iroquois). Le territoire de l'actuel Ontario restait donc le domaine
des Amérindiens, mais aussi celui des coureurs des bois, des missionnaires et des
militaires. En 1641, le père Louis Hennepin mentionne pour la première fois le
mot Ontario dans un journal de voyageurs.
On pense que ce nom proviendrait de
l'iroquois (mohawk?). Il existe toutefois différentes interprétations quant à l'origine
réelle de ce mot. Il pourrait provenir soit d’une déformation du mot Kanadario
qui signifierait «eau miroitante» ou «belle eau» (par allusion au lac Ontario),
soit d’une variante phonétique du terme Onitariio («beau lac»), soit
encore d’une transformation du mot Skanadario qui signifierait «très beau
lac». Cependant, certains linguistes ne croient pas que le mot Ontario
en iroquois ait eu une acception aussi évocatrice, car dans plusieurs langues
iroquoiennes, telles le huron, le mohawk, le cayuga et le seneca,
le nom Ontario signifie simplement «grande masse d’eau».
2
Données démolinguistiques
Le recensement fédéral de 2006 révélait que
la province de l'Ontario avait une population de plus de 12 millions
d'habitants, ce qui en faisait la province du Canada la plus importante au plan
démographique. Dans le domaine des langues, la province se répartissait en trois
grands groupes principaux, mais les anglophones, avec 68,4 %, représentaient le
groupe nettement le plus important:
|
Province (2006) |
Population totale
(en
milliers) |
Anglais |
Français |
Autre langue |
|
Ontario |
12 028 895
|
8 230 705
(68,4 %)
|
488 815
(4,0 %)
|
3 134 045
(26,0 %)
|
Suivent de loin les allophones avec 26 %,
soit tous ceux qui parlent une autre langue maternelle que l'anglais ou le
français. La minorité linguistique reconnue est constituée des francophones avec
4 % de la population.
2.1 Les anglophones
Les anglophones de l'Ontario sont ceux qui
imposent la norme de l'anglais au Canada, surtout en raison de la situation de
Toronto comme métropole économique du Canada et d'Ottawa, comme capitale
politique du pays. L'anglais ontarien provient d'un mélange de l'anglo-américain
des loyalistes après l'indépendance américaine et de l'anglais des Britanniques.
Il s'agit à l'origine d'environ 6000
loyalistes dits de l'Empire uni (United Empire Loyalists) qui
colonisèrent le littoral du fleuve Saint-Laurent, depuis le lac Saint-François
jusqu’au lac Ontario, de même que les rives du lac Ontario jusqu’à baie de
Quinté, puis les environs de la ville de Niagara (appelée alors Newark) et une
partie des rives de la rivière Détroit. C'est là l'origine du peuplement
anglophone de la province de l'Ontario. Les
autorités britanniques avaient
alors prévu la création d'une sorte de district autonome afin de soustraire les
anglophones de la «province de
Québec»
à l'application des lois
françaises. Ainsi, les anglophones du Haut-Canada (Ontario) étaient régis par
des lois anglaises; les francophones du Bas-Canada (Québec) par des lois
françaises. Par la suite, la langue anglaise évolua plus ou moins au diapason de
l'anglo-américain, car la proximité de la province avec les États-Unis favorisa
la convergence des variétés d'anglais des deux pays.
2.2 Les francophones
Les francophones de l'Ontario ne comptent que pour 4 % de
la population de leur province, ce qui en fait une très petite minorité en terme
de pourcentage. Cependant, ces 488 815 francophones constituent la minorité
provinciale numériquement la plus importante du Canada, exception fait de la
minorité anglophone du Québec (575 555). Par comparaison, les francophones du
Nouveau-Brunswick, qui sont beaucoup moins nombreux (232 975 locuteurs),
comptent pour 32,3 % de la population de leur province.
- La répartition
géographique
Les
Franco-Ontariens sont répartis dans toute la province, mais avec de plus
grandes concentrations dans le Nord-Ouest et l'Est. La carte ci-dessous illustre l'Ontario
français. Les francophones de la province sont proportionnellement plus nombreux dans les régions du Nord-Est-2
(25,1 %) et de l'Est-3 (14,7 %). Leur nombre est beaucoup plus réduit
dans le Nord-Ouest-1 (3,7 %), le Sud-Ouest-5 (2,3 %) et le Centre-4 (1,8 %).
|
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|
Nord-Est
(2) |
138 585 |
25,1 % |
|
Est
(3) |
226 705 |
14,7 % |
|
Nord-Ouest
(1) |
8 780 |
3,7 % |
|
Sud-Ouest
(5) |
34 320 |
2,3 % |
|
Centre (4) |
140 550 |
1,8 % |
|
|
Signe des temps, on dénombre près de 60
000 francophones appartenant à une minorité «visible» en Ontario, ce qui
signifie une augmentation de plus de 40 % seulement entre 1996 et 2001. Ces
minorités francophones représentent 10,3 % de la population francophone
de la province. Dans une ville comme Toronto, ces francophones représentent un
francophone sur trois et un sur sept dans les régions d’Ottawa et d’Hamilton.
Ces nouveaux immigrants proviennent des régions suivantes : 31,5 % de
l’Afrique, 30,5 % de l’Asie et 18 % du Proche-Orient. Fait à signaler : la
province de l'Ontario compte à elle seule plus de la moitié des francophones
vivant à l'extérieur du Québec.
- Le taux de
bilinguisme
Le
recensement de 2001 révélait aussi que 89,4 % des Franco-Ontariens étaient
bilingues (français-anglais) contre seulement 6,8 % pour les allophones et 8,2 %
pour les anglophones.
Taux de bilinguisme des provinces les plus
francophones
|
Recensement de 2001 |
Anglophones |
Allophones |
Francophones |
|
Ontario |
8,2 % |
6,8 % |
89,4 % |
|
Nouveau-Brunswick |
15,0 % |
17,5 % |
71,5 % |
|
Québec |
66,1 % |
50,4 % |
36,5 % |
- Une nouvelle
définition: la DIF
Cela étant dit, une nouvelle définition du
terme francophone est entrée en vigueur en juin 2009: la DIF pour
«définition inclusive du français». Dorénavant, est «francophone» toute
personne qui a le français comme langue maternelle, langue d'usage
ou qui connaît la langue française sans l'avoir pour langue maternelle.
En vertu de cette définition, l'Ontario compte 580 000 francophones, soit 52
000 locuteurs de plus, ce qui correspond à 4,8 % de la population de la
province. Le premier rapport annuel du commissaire aux services en français de
l'Ontario en 2008 recommandait une nouvelle définition de francophone afin de
mieux refléter la communauté. Selon la ministre déléguée aux Affaires
francophones, Madeleine Meilleur, le gouvernement ontarien pourra offrir de
meilleurs services: «La communauté francophone désirait une définition
plus inclusive qui reflète mieux sa diversité. Cette nouvelle définition
donnera au gouvernement une meilleure idée de la demande pour les services en
français dans la province et aidera ainsi les ministères à mieux planifier la
prestation de ces services.» La DIF, n'aura aucun impact au plan individuel,
mais au plan collectif, elle permettra de modifier le profil statistique de la
communauté francophone en Ontario. Il faut aussi comprendre qu'en Ontario plus
du tiers des francophones scolarisés en français n'ont pas le français comme
langue maternelle ou comme langue d'usage à la maison.
- Les particularités du français parlé
La langue française était présente en Ontario bien avant
la langue anglaise, alors que le «pays d'en haut» faisait partie de la
Nouvelle-France. À cette époque, environ 2000 Français vivaient dans cette
grande région de traite des fourrures où, généralement avec des épouses
indiennes et des enfants métis, ils formaient une classe bien différente des
Français de la vallée du Saint-Laurent (le Québec). Malgré tout, ces coureurs
des bois, officiellement célibataires, ont fait connaître la langue française à
l'ouest du territoire de la Nouvelle-France. À long terme, le métissage entre
Français et Amérindiens allait donner naissance à un peuple distinct, les Métis,
qui fondèrent leurs propres communautés le long des rives des Grands Lacs. La
plupart de ces Métis finirent par parler français, même si leur langue contenait
beaucoup de mots amérindiens rappelant une partie de leur origine.
La langue parlée par les francophones d'aujourd'hui
provient non pas des Français du XVIIIe
siècle ou des coureurs des bois, mais de l'immigration originaire du Québec.
C'est pourquoi le franco-ontarien parlé par les francophones de l'Ontario est
relativement proche du franco-québécois. Toutefois, le franco-ontarien n'est pas
aussi homogène que peut l'être le franco-québécois, en raison de la dispersion
géographique des Franco-Ontariens et de leur plus ou moins grande proximité avec
les anglophones. Il n'existe pas UN type de variété franco-ontarienne, mais
quelques-uns. On ne trouve pas en Ontario un même français partagé par tous les
francophones. Tout dépend du degré de bilinguisme individuel et du niveau de
restriction linguistique. Par exemple, un francophone de Sudbury appartenant à
une classe ouvrière ne s'exprime pas de la même façon qu'un francophone de
parents universitaires vivant dans le quartier de Vanier à Ottawa. Plus un
francophone appartient à un milieu instruit, plus il sera familier avec le
français standard. Cela n'exclut pas qu'un agriculteur du comté de
Prescott-Russel puisse s'exprimer en un français pratiquement exempt
d'anglicismes.
Nous pouvons distinguer au moins trois types de
francophones en Ontario : les locuteurs non restreints (approx. un tiers), les
locuteurs semi-restreints (approx. un tiers) et les locuteurs restreints (approx.
un tiers). Les locuteurs dits non restreints
sont ceux qui vivent en français et emploient cette langue presque toujours
(plus de 80 % du temps), et dont l'emploi de l'anglais est relativement modeste.
Ces francophones vivent généralement près de la frontière québécoise ou dans le
nord de la province, dans des municipalités souvent à majorité francophone. Ils
parlent comme les Québécois, sauf pour certaines particularités locales
mineures. Les francophones semi-restreints,
tous bilingues, utilisent le français et l'anglais avec des fréquences plus ou
moins égales dans leur vie quotidienne, c'est-à-dire que le français est employé
entre 45 % à 79 % du temps. Ils habitent dans des milieux mixtes ou à majorité
anglophone, et mélangent facilement les langues, tout en ne pratiquant que de
façon occasionnelle l'alternance codique
(alternance des codes) ou code-switching (de
l'anglais code-switching), ce qui signifie utiliser à
la fois le français et l'anglais dans un même message. Ces francophones parlent
un français différent de celui de la majorité des Québécois, mais
l'intercompréhension demeure encore aisée.
Quant aux francophones restreints,
ils habitent dans des municipalités où ils sont très minoritaires, et ils n'ont
que fort peu l'occasion d'utiliser le français en dehors de l'école,
c'est-à-dire entre 5 % à 44 % du temps. Dans ce groupe, il convient de
distinguer deux sous-groupes: les bilingues franco-dominants et les
bilingues anglo-dominants, les premiers utilisant un peu plus
fréquemment le français que les seconds. Ces francophones, parlent l'anglais
souvent toute la journée et ont peu de contact avec les francophones ou pas du
tout, mais ils ont fait leurs études primaires (parfois secondaires) en
français. En général, ils parlent le français avec un accent anglais (parfois
prononcé) tout en pratiquant régulièrement l'alternance codique. Par exemple, un
élève pourrait demander à son professeur en dehors de la classe : «Can I use the
stapler, Monsieur?» [Est-ce que je peux utiliser l'agrafeuse, Monsieur?].
Les emprunts à l'anglais sont si fréquents qu'il devient rare qu'un message ne
comporte aucun anglicisme. Ce type de français est perçu comme plutôt
inintelligible pour un Québécois qui croit entendre un anglophone parlant
français avec difficulté. Quoi qu'il en soit, ces francophones comprennent aussi
bien le français standard que le français populaire, la connaissance passive
étant plus élevée que la connaissance active. Dans les faits, le français des
bilingues restreints entre en concurrence non seulement avec l'anglais (qu'ils
connaissent), mais aussi avec le français standard (qu'ils ne parlent pas).
Néanmoins, les Franco-Ontariens ont développé une identité particulière qui les
caractérise de façon différente des Québécois et des Acadiens.
2.3 Les allophones
|
Population totale -
Ontario 2001 |
11 285 550 |
|
Réponses uniques |
11 122 935 |
|
Anglais |
7 965 225 |
|
Français |
485 630 |
|
Langues non officielles |
2 672 085 |
|
Chinois |
404 250 |
|
Italien |
295 205 |
|
Chinois, n.d.a. |
202 125 |
|
Cantonais |
158 035 |
|
Allemand |
156 080 |
|
Portugais |
152 115 |
|
Polonais |
138 940 |
|
Espagnol |
118 690 |
|
Pendjabi |
110 540 |
|
Arabe |
94 640 |
|
Tagalog (pilipino) |
88 870 |
|
Néerlandais |
69 655 |
|
Grec |
65 285 |
|
Vietnamien |
55 240 |
|
Ukrainien |
48 620 |
|
Mandarin |
41 845 |
|
Cri |
4 405 |
|
Hakka |
2 245 |
|
Inuktitut (esquimau) |
160 |
|
Autres langues non officielles |
869 400 |
|
Réponses multiples |
162 605 |
|
Français et anglais |
37 135 |
|
Anglais et langue non officielle |
114 275 |
|
Français et langue non officielle |
8 000 |
|
Français, anglais et langue non
officielle |
3 200 |
|
L'Ontario est de plus en plus multilingue, car le nombre croissant
d'immigrants dont la langue maternelle n'est ni l'anglais ni le français
s'est accrû considérablement: les allophones
représentaient 24,2 % de la population de l'Ontario en 2001, contre 22,2 %
en 1996. Les Ontariens ont déclaré plus de 100 langues maternelles
différentes lors du recensement de 2001. La liste comprend les langues
associées depuis longtemps à l'immigration vers l'Ontario, telles que
l'allemand, l'italien, l'ukrainien, le néerlandais et le polonais. Depuis
1996, ce sont surtout les groupes linguistiques d'Asie et du Proche-Orient
qui ont obtenu les gains les plus forts.
Ces groupes linguistiques
comprennent notamment le chinois, le pendjabi, l'arabe, l'ourdou, le
tagalog et le tamoul. Le cas de la ville de Toronto est intéressant,
puisque les allophones comptent pour 40 % de la population métropolitaine.
Le chinois reste la première langue non officielle de la RMR de Toronto.
Dans la partie ontarienne de la RMR d'Ottawa-Gatineau, c'est l'arabe qui
demeure la principale langue maternelle autre que l'anglais ou le
français.
Par ailleurs, plus de 140 000 habitants de l’Ontario se sont
identifiés comme des autochtones (selon
le recensement
de 1996: tableau 4). Les autochtones de l'Ontario représentent la population
indigène la plus importante du Canada. Ils ne représentent qu'environ 1 % de la
population de cette province et près de 5 % de la population autochtone du Canada.
Les nations autochtones de l'Ontario appartiennent soit à la
famille algonkine
(Cris, Oji-Cris, Algonquins, Ojibwés, Odawas, Potawatomis et Delawares) soit à
la famille
iroquoienne
des Six-Nations qui regroupent les Mohawks, les Oneidas,
les Onondagas, les Cayugas, les Senecas et les Tuscaroras. Les langues de la
famille algonkine (Aanishnaabeg) sont écrites avec l'alphabet latin anglais;
quant aux langues iroquoiennes (Ogwehoweh), elles utilisent le même système avec
des signes diacritiques supplémentaires pour indiquer
certains phonèmes inexistants en anglais. |
2.4 Les autochtones
Au recensement de 2001, quelque 188 310
personne se sont identifiées comme autochtones en Ontario. De ce nombre, 151 320
locuteurs, soit 80,3 % de la population, avaient l'anglais comme langue
maternelle, et seulement 10,6 % avaient conservé une langue autochtone :
|
Population autochtone (Ontario) |
188 310 |
100 % |
|
Total des réponses unique |
185 010 |
98,2 % |
|
Anglais |
151 320 |
80,3 % |
|
Français |
13 560 |
7,2 % |
|
Langues non officielles |
20 125 |
10,6 % |
|
Langues autochtones |
19 970 |
10,6 % |
|
Ojibway |
9 670 |
5,1 % |
|
Autres langues autochtones |
5 640 |
3,0 % |
|
Cri |
4 385 |
2,3 % |
|
Inuktitut |
160 |
0,08 % |
|
Langues non autochtones |
155 |
0,08 % |
|
Micmac |
60 |
0,03 % |
|
Pied-noir |
25 |
0,01 % |
|
Dakota/sioux |
10 |
0,01 % |
|
Chipewyan |
10 |
0,01 % |
|
Total des réponses multiples |
3 300 |
1,7 % |
|
Réponses
multiples autochtones et non autochtones |
1 605 |
0,8 % |
|
Anglais et langue(s) autochtone(s) |
1 485 |
0,8 % |
|
Français et langue(s) autochtone(s) |
65 |
0,03 % |
|
Anglais, français et langue(s) autochtone(s) |
55 |
0,03 % |
|
Autres réponses multiples |
1 695 |
0,9 % |
Les langues autochtones les plus parlées sont l'objibway (9670 loc.),
le cri (4385 loc.), l'inuktitut (160 loc.), le micmac (60 loc.), le pied-noir
(25 loc.), le sioux (10 loc.) et le chipewyan (10 loc.) Rappelons que 13 560
locuteurs avaient le français comme langue maternelle, ce qui est assez
considérable pour une province anglophone.
3
Données historiques
Bien avant l'arrivée des Européens, le territoire de la
province actuelle de l'Ontario (les Grands Lacs) était le royaume des Algonkiens
et des Iroquoiens. Parmi les Iroquoiens, on distinguait les Hurons, les
Iroquois, les Pétuns et les Neutres. Les Hurons — «Wyandots» de leur vrai nom
(ce qui signifie «peuple insulaire» — vivaient à l'extrémité sud-est du lac du
même nom (Huron), ainsi qu'au carrefour nord-sud des réseaux commerciaux qui
parcouraient l'Amérique du Nord autochtone; les Amérindiens occupaient un
territoire d'environ 2300 kilomètres carrés, une région jadis appelée Huronie.
Au sud et à l'est du lac Ontario, les Iroquois des Cinq
Nations (les Tsonnontouans ou Sénécas, les Goyogouins ou Cayugas, les Onontagués
ou Onondagas, les Onneiouts ou Oneidas, les Agniers pour les Français ou Mohawks
pour les Anglais), qui devinrent plus tard les Six Nations, contrôlaient les
principales routes reliant la côte est et l'intérieur du pays. À son apogée,
l'ensemble des Cinq Nations occupait un vaste territoire bordant les lacs
Ontario, Huron et Érié, et situé dans les actuels États de New York et de
Pennsylvanie et le sud de l'Ontario et du Québec.
3.1 La présence française
La présence française en Ontario remonte aux débuts du
Régime français. En 1610, soit deux ans après la fondation de Québec, Étienne
Brûlé, un envoyé en reconnaissance par Champlain, fut le premier Blanc à fouler
le territoire ontarien actuel. Il est fort probable qu'il fut aussi le premier
Européen à voir les lacs Ontario, Huron et Supérieur et à se rendre dans la
région de Sault-Sainte-Marie, alors appelée «Sault» en 1622.
 |
Samuel de
Champlain avait passé les années 1615-1616 dans la région des
Grands Lacs dans le but de promouvoir le commerce des fourrures et
de favoriser l'établissement de missions auprès des autochtones. Ce
fut d'abord les récollets (1615), puis les jésuites (1626) et
ensuite les sulpiciens (1669).
Le territoire de l'Ontario actuel était appelé
à l'époque le «Pays d'en Haut», et son administration relevait du
gouverneur général de la Nouvelle-France, qui résidait à Québec. Le
«Pays d'en Haut» comprenaient alors toute la région
des Grands Lacs, tant en territoires canadien qu'américain.
Jusqu'au début du XVIIIe
siècle, il n'y eut jamais de femmes françaises, ni de familles ni de
colonisation dans le «pays d'en haut», seulement des missionnaires,
des coureurs des bois et des militaires, qui répandirent le français
auprès des autochtones. |
Durant tout le XVIIe
siècle, le
territoire habité par des colons français ne s’étendait guère au-delà de l’ouest
de Montréal. Afin de manifester la présence française, les gouverneurs de la
Nouvelle-France avaient fait construire de nombreux fort. Citons, entre autres,
le fort Pontchartrain (ou fort Pontchartrain du Détroit : aujourd'hui Détroit),
le fort Frontenac (aujourd'hui Kingston), le fort Niagara, fort Rouillé
(aujourd'hui Toronto), le fort Presqu'île, le fort Le Bœuf, le fort Oswego, le
fort Kaministiquia, etc. Plus à l'ouest encore, les Français érigèrent d'autres
forts dans ce qui est aujourd'hui la région de Winnipeg (Manitoba): les forts La
Reine, Dauphin et Bourbon.
Le principal intérêt économique du «Pays d'en Haut»
résidait dans le commerce de la fourrure. Environ 2000 Français vécurent dans
cette grande région de traite des fourrures où, avec des épouses indiennes et
des enfants métis, ils formaient une classe bien différente des Français de la
vallée du Saint-Laurent. Malgré tout, ces individus (officiellement
célibataires) faisaient connaître la présence française à l'ouest du territoire
colonisé. Les fonctionnaires de la vallée du Saint-Laurent se mirent à
encourager le métissage, car ils y voyaient un moyen d'assimiler la population
autochtone et une façon de peupler la colonie sans le recours à l'immigration
massive de France. Mais le métissage n'entraîna pas l'assimilation des peuples
autochtones; il donna plutôt naissance à un peuple distinct, les Métis, qui
fondèrent leurs propres communautés le long des rives des Grands Lacs. La
plupart de ces Métis finirent par parler français, même si leur langue contenait
beaucoup de mots amérindiens rappelant une partie de leur origine; ils
conservèrent aussi une grande part de la culture autochtone.
Les missionnaires français tentèrent de franciser les
autochtones en les convertissant à la foi chrétienne... tout en leur transmettant
des maladies. La majorité des coureurs des bois apprenaient une ou plusieurs
langues amérindiennes, mais ils inculquaient également les rudiments du français
aux autochtones à un point tel que la langue véhiculaire entre Européens et
Amérindiens devint rapidement le français dans la plus grande partie de
l'Amérique du Nord.
La première colonie agricole d'origine française s’établit
dans la région de Détroit en 1701. À partir de 1705, l'immigration française
débuta lentement avec l'arrivée de quelques familles dans la région de Détroit,
aujourd'hui Windsor (fondé par Lamothe Cadillac), où la France avait construit
des postes de traite fortifiés destinés à contrer la contrebande avec la
Nouvelle-Angleterre. Cadillac tenta bien de franciser les autochtones, mais il
n'en résulta que des conflits. À la fin du régime français, Détroit (Windsor)
était devenue la plus grande ville française du «pays d'en haut» avec une
population de quelque 800 habitants. La région des Grands Lacs (Michilimackinac,
Sault-Sainte-Marie, Fort Frontenac et Niagara) et la vallée de l'Ohio au sud du
lac Érié, comptaient, au plus fort de leurs activités, une population de quelque
2500 personnes, dont beaucoup de soldats et de commerçants. Après la prise du
Fort Frontenac en 1758, toutes les garnisons militaires se replièrent à
Montréal, en ne laissant que les colons et les coureurs des bois. Pendant
longtemps, la région, considérée officiellement par les autorités britanniques
comme «non habitée» resta le pays des autochtones, des Métis et des colons
francophones.
3.2 La colonie britannique et l'arrivée
des loyalistes
Puis la Conquête britannique et la cession du Canada en
1763 à l’Angleterre ramenèrent en France les officiers et les administrateurs
coloniaux. Le reste de la population des Grands Lacs se dispersa et périclita. Une très faible
proportion des francophones actuels habitant l'Ontario remonte à ces populations
françaises établies dans cette région depuis plus de trois cents ans.
 |
Après 1763, le territoire des Grands Lacs fut
considéré comme «non habité» et abandonné aux coureurs des bois
francophones. Une
décennie plus tard, la guerre de l'Indépendance américaine
(1775-1783) entraîna l'arrivée de loyalistes anglophones dans la
région et ensuite la création du Haut-Canada en 1791. La province du
Haut-Canada correspondait plus au moins à la partie méridionale de l'Ontario
d'aujourd'hui, c'est-à-dire la région des Grands Lacs (hinterland). L'Acte
constitutionnel de 1791 répondait aux vœux des loyalistes qui, refusant de
cohabiter avec les Canadiens avec leurs lois civiles françaises et leur religion
catholique, se virent proposer de s'installer dans la région par le
gouverneur
général Frederick Haldimand (1718-1791).
Considérant que la
province était faite pour eux, les loyalistes ne s'embarrassèrent
pas des problèmes linguistiques que connaissait le Bas-Canada.
L'anglais
devint la seule langue de la Législature,
de la justice et de l'administration gouvernementale dans le Haut-Canada (Ontario).
En fait, la politique de répression systématique du français dans cette
province britannique allait être un fait marquant de la vie
franco-ontarienne pendant près de deux siècles.
|
Bon nombre de
loyalistes venus s'installer dans le Haut-Canada furent des
orangistes
convaincus; leurs idées furent à l'origine des mesures assimilationnistes
prises à l'égard des francophones catholiques. Les orangistes
préconisaient une doctrine anticatholique et antifrançaise, inspirée par la
reconquête en 1690 de l'Angleterre par le prince protestant Guillaume III
d'Orange (1650-1702). Celui-ci mena une lutte sans merci
contre les ambitions françaises en Flandre et devint ainsi le plus grand
ennemi de Louis XIV. En 1830, Ogle Robert Gowan (1803-1876), journaliste et
politicien, fonda à Brockville la
Loyal Orange Association of Canada («Association loyale d'Orange du
Canada»), une société fraternelle protestante affiliée au mouvement orangiste
mondial originaire de l'Irlande du Nord. Le nombre de loges orangistes crût
rapidement dans la plupart des colonies britanniques, notamment au Nouveau-Brunswick, en
Nouvelle-Écosse et à l'Île-du-Prince-Édouard, même au Québec.
En 1867, l'orangiste John A. Macdonald allait devenir le
premier ministre du
Canada (de 1867 à 1873 et de 1878 à 1891).
 |
Dès
1792, John Graves Simcoe (1752-1806), le premier lieutenant-gouverneur du Haut-Canada,
décida d'ignorer ses sujets francophones en limitant leur influence dans la
province. Avec l'arrivée des loyalistes, les francophones furent exclus des
postes administratifs. Le gouverneur Simcoe fit tout pour effacer toute trace
française, et même amérindienne, dans sa colonie. Simcoe rebaptisa un certain nombre de toponymes. Ainsi,
Toronto devint York, le lac des Claies fut changé en Simcoe
Lake, la rivière La Tranche en Thames River, la rivière
Chippewa en Welland River, la rivière Toronto en Humber
River, la rivière Wonscoteonach en Don River, etc. Cette
pratique s'inscrivait dans une politique visant non seulement à effacer le plus
possible les rappels à la toponymie française et amérindienne, mais aussi une
façon de rendre hommage à ses amis du régime. Néanmoins, les autorités laissèrent
les francophones se doter d'écoles confessionnelles françaises à côté du nouveau
réseau d'écoles publiques (les Common Schools). C'étaient les écoles
séparées qui devaient permettre à la minorité confessionnelle d'une section
scolaire de se doter, aux frais de l'État, d'une école parallèle à celle de la
majorité. |
Ce n’est qu’après
1840 que la faible population francophone de l’Ontario reçut des renforts. À
partir de cette date, le Québec déversa le trop plein de sa population dans
l'est du Haut-Canada. Ce fut d'abord une vague de peuplement agricole dans les comtés
de Prescott et de Russel (aujourd'hui Prescott-Russel), alors que des Québécois
de la région de Rigaud (comté de Vaudreuil-Soulanges) et de Montréal vinrent
s'installer dans cette région transfrontalière, encouragés par Mgr Bruno Guigues,
évêque de Bytown (alors Ottawa), qui fonda une société de colonisation francophone en 1849.
Sous l'Union, les écoles françaises continuèrent d'avoir une existence légale.
On enseignait l'anglais comme langue seconde aux enfants en se servant du
français.
3.3 L'entrée
de l'Ontario dans la Confédération (1867)
 |
L'Ontario de 1867 était, par comparaison
à aujourd'hui, une bien petite province. La province verra
changer ses frontières en 1876, 1889 et 1912 avant de voir ses
frontières fixées (voir
les changements de frontières).
Dès son entrée dans la Confédération canadienne
en 1867,
la province de l'Ontario ne fut pas soumise à l'article 133 de la
Loi constitutionnelle de 1867. Les divisions internes se
multiplièrent entre les Canadiens anglais, qui prônaient l'assimilation, et les
Canadiens français, qui réclamaient l'accès à un statut d'égalité.
Les représentants de la communauté francophone exigèrent aussitôt la
reconnaissance de leurs droits religieux et scolaires. Toutefois, la
province ne reconnut jamais le français comme langue officielle, pas plus que l'anglais d'ailleurs, mais
consentit à certains privilèges aux francophones.
|
De fait, pendant de longues décennies, les services consentis aux francophones
eurent toujours un caractère de privilège et restèrent
sujets aux aléas des gouvernements en place. Aussi, il n'est pas surprenant
que les taux des transferts linguistiques (le passage du français
à l'anglais) aient été aussi élevés pour une population de près
d'un demi-million de personnes. Par exemple, en 1981, le taux de transfert
linguistique était de 33,9 %, soit 4 % de plus
qu'en 1971. Même au cœur de la capitale nationale (Ottawa), les transferts
linguistiques (du français vers l'anglais) frappent le quart de l'effectif francophone. Voilà
de quoi faire réfléchir tout planificateur linguistique.
À
partir des années 1880, d’autres importants contingents de Canadiens français en
provenance du Québec — généralement de la région de Montréal et de l’Outaouais —
vinrent s’établir dans le nord-est ontarien, soit dans la région de Sudbury, et après
1910 dans celle de Hearst, plus au nord.
La plupart des francophones
d'aujourd'hui proviennent de Québécois ayant immigré en Ontario au
XIXe siècle, afin d'y
travailler dans les secteurs agricole, minier ou forestier. Mais ils n'ont
jamais pu faire le poids devant l'arrivée massive des immigrants de langue
anglaise.
3.4
Une politique de répression linguistique
En 1885, le gouvernement ontarien d'Oliver Mowat fit adopter
une loi exigeant que l'on enseigne l'anglais dans toutes les institutions
scolaires, même françaises. L'Ontario Department of Education autorisait
néanmoins l'usage du français dans les premières années du primaire dans des
écoles bilingues si les enfants ne comprenaient pas l'anglais.
En 1912, sous le régime conservateur de
James Pliny Whitney, le fameux
Règlement
17 imposa la suppression de l'école française publique, mais
ce fut une version légèrement modifiée en 1913, qui fut mise en vigueur.
Les anglo-protestants de l'époque croyaient que l'usage du français
dans les écoles de l'Ontario constituait une menace pour l'intégrité de
la province en tant que communauté anglophone et protestante. Le
système des écoles séparées, c'est-à-dire catholiques et françaises,
fut
particulièrement l'objet de protestations de la part des anglophones, car il
était perçu comme injuste, inefficace et dangereux.
C'était encore le retour de l'idéologie orangiste,
à la fois antifrançaise et anticatholique.
Au-delà de la troisième année du primaire, l'enseignement du
français n'était permis qu'une heure par jour. Ce
règlement 17 fut abandonné en 1927, alors
que
Georges Howard Ferguson
était premier ministre, à la suite des recommandations du Rapport Merchant-Scott-Côté,
lequel
révélait que la réussite dans l'apprentissage de l'anglais devait commencer par
l'enseignement de la langue maternelle.
Le célèbre Règlement 17 ne fut
jamais abrogé dans les Lois consolidées de
l'Ontario: il tomba simplement en désuétude
en 1944, faute d'avoir été reconduit.
À la suite du
Règlement 17, le Conseil des écoles séparées d'Ottawa
(CESO) organisa la résistance en donnant pour consigne à ses instituteurs de
continuer à enseigner le français comme ils le faisaient auparavant. La plupart
des conseils scolaires bilingues de l'Ontario décidèrent de suivre l'exemple du CESO. Afin de casser la résistance franco-ontarienne, le Département de
l'éducation de l'Ontario décida de répliquer au moyen du
Règlement 18 qui menaçait de représailles les conseils scolaires, les
instituteurs et même les élèves récalcitrants. Le Règlement 18 prévoyait le
congédiement des instituteurs et le retrait des subventions gouvernementales. Ce
n'est qu'en 1927, à la suite du rapport de la commission Scott-Merchant-Côté,
que le gouvernement de
Georges Howard Ferguson établira un système d'écoles primaires bilingues où
le français deviendra la principale langue d'enseignement.
La
controverse nationale que le fameux Règlement 17 a suscitée contribua largement à
façonner l’identité franco-ontarienne et mobilisa durant des décennies les
membres de cette minorité afin de préserver la communauté francophone.
L'existence des Franco-Ontariens resta basée sur le lutte contre l'assimilation
au moyen de la langue et de la religion communes. Les limites de cette stratégie
furent atteintes au cours des années 1960, lorsque les mouvements
indépendantistes québécois remirent en question l'existence même d'une
«communauté canadienne-française catholique».
Au cours des décennies qui
suivront, les Franco-Ontariens réussiront à développer leur propre réseau
scolaire, non sans difficulté et au prix de luttes incessantes. Jusqu'en 1969, pas une
seule école française de niveau secondaire (sauf pour les
9e et 10e années) ne put bénéficier
d'une aide gouvernementale; l'enseignement primaire en français,
avec l'anglais obligatoire, s'est maintenu entre-temps comme un privilège
accordé à la minorité. Heureusement, cette situation
fait maintenant partie de l'histoire ancienne. Il n'empêche que, à l'instar
des autres provinces anglaises, l'Ontario n'avait pas hésité à adopter des lois anti-françaises.
3.5 Une politique prudemment étapiste
L'Ontario a toujours refusé d'accorder le statut de langue officielle
au français, et ce, malgré la recommandation de la
Commission Laurendeau-Dunton (1968), malgré la Constitution canadienne (1982),
malgré les pressions exercées par le gouvernement fédéral
et malgré les rapports successifs des commissaires aux langues officielles
du Canada. Le gouvernement ontarien a toujours préféré
une approche «sans tambour ni trompette» et prudemment «étapiste»
qui, il faut le reconnaître, a donné lieu à des progrès
importants pour les francophones de cette province de tradition orangiste et
majoritairement anglo-protestante. On peut déplorer
l'extrême lenteur du gouvernement sur la question linguistique, mais elle
peut s'expliquer dans une certaine mesure. Voici comment un juriste de
l'Association des juristes d'expression française de l'Ontario,
Robert Paris, justifiait l'attitude du gouvernement:
| Le gouvernement ne peut pas permettre ni se permettre de garantir nommément
les droits linguistiques de la minorité franco-ontarienne. Le droit
et la tradition l'interdisent. Sa survie et la survie de n'importe lequel
autre gouvernement, peu importe son allégeance politique, en dépendent.
C'est pourquoi tout gouvernement qui tente de faire justice dans ce domaine
doit le faire sans qu'il n'y paraisse.
|
Jusqu'à la fin des années 1960, la politique
linguistique adoptée
par le gouvernement ontarien s'était toujours appuyée sur des privilèges
accordés aux francophones avec parcimonie et facilement révocables. Une telle
politique permettait de satisfaire la minorité francophone en ménageant
la susceptibilité de la majorité anglophone. C'était une question
de pragmatisme politique; on réussissait ainsi à distiller
au compte-goutte les droits de la minorité francophone.
Cette politique a toujours
favorisé jusqu'à maintenant le parti au pouvoir et elle semble avoir permis
d'éviter les problèmes rencontrés ailleurs, par exemple,
au Nouveau-Brunswick et au Manitoba. C'est seulement à partir de
1968 que les autorités de l'Ontario ont commencé à
élaborer une politique linguistique plus globale et plus ouverte
à l'égard de leur minorité francophone. La reconnaissance des droits des
francophones progressa sensiblement avec l'adoption de l'article
23 de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982, qui obligeait les
provinces à ouvrir des écoles aux minorités de langue officielle. La Cour
d'appel de l'Ontario considéra que certaines des dispositions de la loi sur
l'éducation de la province étaient inconstitutionnelles et reconnaissait le
droit de tous les francophones de l'Ontario à une éducation en français.
3.6 L'avènement de la Loi
sur les services en français
|

David R. Peterson |
Au cours des 1980, l'Ontario
transforma progressivement sa politique linguistique en l'orientant vers une
position beaucoup plus conciliante à l'égard de sa minorité francophone.
C'est sous le régime libéral du premier ministre
David Robert Peterson que fut
adoptée en 1986 la
Loi sur les services en français. Le
préambule de la loi reconnaissait au français son rôle historique
dans la province, de même que la nécessité de sauvegarder et de
protéger ce patrimoine culturel:
Préambule
Attendu
que la langue française a joué en Ontario un rôle historique et honorable, et
que la Constitution lui reconnaît le statut de langue officielle au Canada;
attendu que cette langue jouit, en Ontario, du statut de langue officielle
devant les tribunaux et dans l'éducation; attendu que l'Assemblée législative
reconnaît l'apport du patrimoine culturel de la population francophone et désire
le sauvegarder pour les générations à venir; et attendu qu'il est souhaitable
de garantir l'emploi de la langue française dans les institutions de la Législature
et du gouvernement de l'Ontario, comme le prévoit la présente loi.
|
|
La loi prévoyait une période d'application
de trois ans, et elle entra officiellement en vigueur le 19 novembre 1989. Ce
fut en grand pas les francophones de l'Ontario. La loi garantissait aux
francophones, dans 25 «régions désignées» de la
province, le droit à des services en français de la part du gouvernement
provincial. Les francophones qui résidaient à l'extérieur de ces «régions
désignées» avaient le droit de recevoir des services en français en accédant aux
services se trouvant à l'intérieur des régions désignées ou en contactant
directement le bureau central d'un ministère ontarien. Cette politique
conciliante à l'égard des francophones se perpétua sous la régime du premier
ministre Bob Rae (Robert Keith Rae),
soit jusqu'en 1995.
3.7 Un retour en arrière
Après des décennies de luttes et de progrès
substantiels pour préserver leur langue, les Franco-Ontariens durent vivre au
cours du gouvernement de Mike Harris
(1995-2002) un retour en arrière
désolant. Le premier ministre Harris s'était fait élire pour avoir lancé la
«Révolution du bon sens» (Common Sense Revolution), laquelle reposait
essentiellement sur des réductions budgétaires pour les programmes sociaux et des réductions d'impôts.
Dès 1996, le
Mike Harris remit lui-même en question les principes de
la
Loi sur les services en français; il estimait que cette loi avait semé la
zizanie dans la province et que son application entraînait du gaspillage de
fonds publics. C'était le retour du balancier et de l'idéologie orangiste,
anti-française et anti-catholique.
- L'épisode de l'hôpital Montfort
d'Ottawa
Beaucoup ont cru que la
Loi sur les services en français
était
devenue plus ou moins inopérante en raison des restrictions
budgétaires imposées par le gouvernement ontarien non seulement aux divers
ministères, mais surtout à l’Office des affaires francophones. Le budget de
cet organisme fut réduit de 40 %, tandis que son personnel passait de 28 à
17 personnes. L’Office n’eut pas suffisamment de ressources humaines pour faire
respecter la loi sur les services en français, et encore moins les moyens
juridiques pour contester quoi que ce soit. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que de nombreux
organismes provinciaux ne se soient plus conformés à la loi.
À cette époque, le
gouvernement de l’Ontario plaida qu’il n’était aucunement tenu d’assurer
des services en français à sa minorité francophone et encore moins de
prévoir un hôpital de langue française (l’hôpital Montfort d’Ottawa).
Pour les autorités ontariennes, il paraissait clair que les Franco-Ontariens
avaient droit
à «des services bilingues, mais pas à des institutions homogènes». La
patients durent alors être servis par les hôpitaux bilingues de la région d’Ottawa.
Cette histoire de l'hôpital Montfort avait
commencé le 24 février 1997 lorsque, pour des fins d'économie, la Commission de
restructuration des services de santé de l'Ontario, mandatée par le
gouvernement Harris, annonça la fermeture de Montfort. Évidemment, la province de
l'Ontario ne manquait pas d'argent, loin de là! Le manque d'argent n'était que
le prétexte de la part du premier ministre ontarien qui déclara même que la
sauvegarde du français n'était pas du ressort de sa province, ce qui souleva
de violentes réactions dans les médias francophones de l'Ontario et du Québec.
Cette annonce de la fermeture de Montfort parut d’autant plus troublante
qu'en 1994 l’hôpital était devenu le premier centre universitaire d’enseignement
clinique de médecine familiale de la province à proposer une formation
postdoctorale complètement en français. Auparavant, les étudiants francophones
en médecine devaient s’expatrier au Québec pour poursuivre leur formation en
français. Plusieurs observateurs admirent qu'il s'agissait là d'un vieux
relent d'orangisme.
Toute la communauté franco-ontarienne se mobilisa.
Le groupe SOS Montfort joua la carte de l'unité nationale en affirmant que
fermer Montfort donnait raison aux souverainistes québécois pour qui la culture
française ne pouvait survivre que dans un «pays distinct». Devant la levée de
boucliers, la Commission de restructuration des services de santé de l'Ontario
revint à la charge, le 13 août 1997, avec un compromis: amputé de 100 lits (de
178 à 66), Montfort deviendrait une clinique d'urgences et perdrait sa
cardiologie et son service de formation; il offrirait des soins de psychiatrie,
d'obstétrique et un centre de soins ambulatoires de chirurgie d'un jour. Cette
décision fut une amère déception pour les Franco-Ontariens. Pour sa part, le
gouvernement conservateur de Mike
Harris refusa de se mêler de cette affaire, alléguant qu'elle
était purement administrative.
Une requête en justice fut déposée à l'été de
1998. Les avocats de l’hôpital Montfort basèrent leur argumentation sur la
Loi sur les services en français de l’Ontario, qui garantit au public le
droit de recevoir des services en français par le gouvernement de l’Ontario:
|
Article 5
Droit aux services en
français
1)
Chacun a droit à l'emploi du français, conformément à la présente loi,
pour communiquer avec le siège ou l'administration centrale d'un organisme
gouvernemental ou d'une institution de la Législature et pour en recevoir
les services. Chacun jouit du même droit à l'égard de tout autre bureau de
l'organisme ou de l'institution qui se trouve dans une région désignée à
l'annexe ou qui sert une telle région. |
Selon les termes de la loi (cf. le préambule) de
1986, le gouvernement de l'Ontario reconnaissait l'apport du patrimoine culturel de
la population francophone et désirait le sauvegarder pour les générations à venir.
Le 29 novembre 1999, la Cour divisionnaire de l’Ontario donna raison à l’hôpital
Montfort, mais le gouvernement Harris annonça le jour même sa volonté de
contester le jugement. La cause fut portée devant la Cour d’appel de l’Ontario
qui, le 7 décembre 2001, confirma que l’hôpital Montfort jouissait d’une
protection constitutionnelle et ne pouvait être démembré sans menacer la survie
des francophones de la province. Les trois juges rendirent à l'unanimité un
jugement (d’environ 70 pages) reconnaissant aux francophones de l'Ontario de
conserver leur hôpital, ce qui a eu pour effet d'en annuler la fermeture:
|
Si elles étaient mises à exécution, les directives (du gouvernement
provincial) porteraient grandement atteinte au rôle de l’hôpital
Montfort en tant qu’importante institution, vitale pour la minorité
francophone de l’Ontario sur les plans linguistique, culturel et éducatif.
Une telle atteinte serait contraire au principe constitutionnel fondamental de
respect et de protection des minorités.
|
Bien que la Constitution canadienne ne protège pas explicitement le droit de
la minorité francophone à un établissement de santé fonctionnant
exclusivement en français, le gouvernement de l’Ontario avait, selon la Cour
d’appel, l'obligation de respecter les droits des francophones lorsqu’il
réorganisa son réseau hospitalier. Or, le Conseil régional de la santé n'aurait
pas respecté une loi provinciale, la Loi sur les services en français,
qui garantit un certain niveau de services à la minorité franco-ontarienne.
La loi oblige le maintien d'un niveau de services, sauf s'il est
«raisonnable et nécessaire» de les limiter. Selon la Cour d'appel, rien n'indiquait
qu'il était nécessaire et raisonnable de fermer cet hôpital. Mais la Cour
d'appel alla plus loin et donna une seconde raison pour annuler cette fermeture.
Étant donné le principe de la protection des minorités linguistiques en
Ontario (comme ailleurs au Canada), le Conseil régional aurait dû tenir compte
de l'importance du rôle institutionnel de l'hôpital Montfort pour assurer la
survie de la communauté francophone.
Le 1er
février 2002, le gouvernement ontarien fit savoir qu’il ne contesterait pas la
décision de la Cour d’appel devant la Cour suprême et déclara que l'hôpital
Montfort était «important pour la communauté francophone» de la province. Pour les
défenseurs des services en français dans la province, c’est un la victoire
de David contre Goliath, une victoire politique aussi bien que judiciaire.
Certes, il aurait été possible que le gouvernement ontarien en appelle de cette décision
devant la Cour suprême du Canada, mais il se pouvait aussi bien que, si cette
dernière confirmait le jugement de la Cour d’appel, elle puisse donner de
nouvelles armes juridiques à toutes les minorités linguistiques du pays. Et
cela, tous les gouvernements provinciaux le craignent comme la peste, y compris le Québec!
Dans le cas de l'hôpital Montfort, tout s'est bien terminé. Devenu emblème
de la lutte de la minorité francophone de l'Ontario, l'hôpital Montfort non
seulement survécut, mais doubla de superficie et devint l'un des plus modernes au Canada, grâce
à un investissement en 2005 de 185 millions de dollars consenti par les libéraux du
premier ministre Dalton McGuinty,
un Franco-Ontarien.
- La nouvelle Ville
d'Ottawa
Outre la fermeture de l’hôpital Montfort, la
problématique soulevée par la fusion d’Ottawa avec les 10 municipalités voisines
et l’adoption de la loi 108 sont venues «agrandir la plaie dans la chair». Il
n'est pas impossible que les échecs des gouvernements fédéral et provinciaux à
modifier la Constitution canadienne ainsi que la transformation de l'économie
due à la mondialisation et au néolibéralisme aient contribué à un certain
abandon de la lutte pour la reconnaissance des droits fondamentaux des minorités
linguistiques. En Ontario, le gouvernement conservateur de
Mike Harris avait décidé de ne pas
faire de mise à jour dans les politiques linguistiques à l'égard de sa minorité
francophone et de lui retirer les appuis financiers nécessaires pour assurer son
développement.
 |
En effet, en décembre 1999, le gouvernement conservateur
de
Mike Harris, annonça la fusion d'Ottawa avec les 10
municipalités voisines. Or, ce nouvel «arrangement administratif»
eut comme conséquence de supprimer le statut de «ville bilingue» à la capitale
nationale, pour en faire une ville unilingue anglaise, ce qui, on le pense bien,
consterna la communauté franco-ontarienne. En 2001, la nouvelle Ville
d'Ottawa naquit de la fusion de la Région d'Ottawa-Carleton et de ses
11 municipalités locales : Cumberland, Gloucester, Goulbourn, Kanata,
Nepean, Osgoode, Ottawa, Rideau, Rockcliffe Park, Vanier et West Carleton. En créant la nouvelle Ville d'Ottawa, le gouvernement ontarien
se trouvait à refuser de
lui imposer le statut de ville bilingue, alors que la loi ne lui permettait pas de
se déclarer unilingue anglaise. Dans la nouvelle Ville d'Ottawa, les
francophones sont passés de 25 % (avant la fusion) à 15 % (après la fusion). Le Conseil de
transition de la nouvelle Ville dut déterminer les services offerts en
français, en tenant compte de l'importante minorité francophone dans l'est de
la ville et d'une situation d'unilinguisme anglais dans l'ouest. |
Puis de nombreux anglophones, d'inspiration
ouvertement orangiste, s'opposèrent au bilinguisme officiel de la "National Capitale". Un groupe de pression
fut même fondé: les Canadians for Language
Fairness («Les Canadiens pour la justice linguistique»). Ce groupe présente
ses idées sur un site Internet comme «un groupe grandissant de citoyens ordinaires qui
s'inquiètent de l'implantation de politiques coûteuses et inutiles sur la
langue française au cours du processus de fusion». C'est dans un tel
environnement orangiste que vivent les Franco-Ontariens. Le groupe de pression
affirme avoir évité que «la nouvelle Ville d'Ottawa soit déclarée
"officiellement bilingue"» et croit que les contribuables d'Ottawa ne
doivent pas payer de taxes pour financer des services bilingues ou pour offrir
de la formation en français dans la nouvelle Ville d'Ottawa, puisque moins de
1,5 % de la population serait unilingue francophone et que les allophones sont plus
nombreux que les francophones. D'après les statistiques fournies par la Ville
d'Ottawa à ce moment-là, l'anglais était parlé dans une proportion de 50 %; le français, 32 %;
il restait 18 % pour plusieurs autres langues, dont l’italien, le mandarin, l’espagnol, le
portugais et l’arabe.
Beaucoup d'anglophones craignaient qu'une politique
de bilinguisme ait pour effet de bloquer l'embauche et la promotion des employés municipaux
unilingues anglais, et d'entraîner de la discrimination envers la population
anglophone. Enfin, le groupe Canadians for Language Fairness demandait des
fonds fédéraux pour mener sa lutte contre le bilinguisme d'Ottawa, en
affirmant: «Donnez aujourd'hui, sinon Ottawa deviendra Montréal demain.»
Depuis le début de l'histoire de l'Ontario, plusieurs groupes
anglophones se sont opposés aux politiques favorisant les droits de la
minorité francophone. Rappelons notamment l’Alliance
for the Preservation of English Canada (APEC: «l'Alliance pour la préservation de
l'anglais au Canada») et le groupe Canadians for Language Fairness (CLF:
«Les
Canadiens pour la justice linguistique») qui ont contesté à plusieurs reprises
les politiques de bilinguisme en Ontario. L'APEC fut fondée en 1977 par Irene Hilchie, une employée du gouvernement
ontarien qui se sentait discriminée parce
qu'elle ne parlait pas français. Le membre le plus célèbre de cette association
fut Jock Andrew, un ancien officier de la marine canadienne, qui publia un livre
controversé: Bilingual Today, French Tomorrow («Bilingue aujourd'hui,
tout en français demain»). Ce livre dénonçait la politique de bilinguisme
officiel comme étant un complot visant à faire du Canada un pays unilingue
français. En même temps, les membres de l'Alliance s'engagèrent dans l'opposition à
l'avortement, à l'immigration et à l'homosexualité. Quant au groupe Canadians
for Language Fairness, il s'opposa au bilinguisme officiel du gouvernement
fédéral et désira promouvoir l'unilinguisme anglais au Canada. En 2004,
l'organisme intenta une poursuite contre la Ville d'Ottawa pour dénoncer le
bilinguisme officiel, car il craignait qu'Ottawa ne devienne «le Montréal de
demain». L'organisme perdit son procès (octobre 2006).
Selon les défenseurs du bilinguisme, la Ville d'Ottawa en tant que capitale
du pays, doit voir son caractère bilingue reconnu par le gouvernement ontarien
et doit donner accès aux francophones à des services dans leur langue. Un
groupe de juristes a même étudié la possibilité de s'adresser aux tribunaux
pour obtenir un statut bilingue pour la Ville d'Ottawa.
La Ville d'Ottawa est régie par
la Loi de 1999 sur la Ville d’Ottawa
(modifiée en 2005), qui précise que la Ville doit se doter, selon sa discrétion,
d'une politique traitant de l’utilisation du français et de l’anglais dans la
totalité ou certaines parties de son administration et dans la fourniture de la
totalité ou de certains de ses services municipaux:
|
Article 11.1
Politique traitant de l’utilisation du français et de l’anglais
1) La cité adopte une politique traitant de l’utilisation du français et
de l’anglais dans la totalité ou certaines parties de son administration
et dans la fourniture de la totalité ou de certains de ses services
municipaux.
Portée et contenu de la politique
2) La cité établit la portée et le contenu de la politique adoptée en
application du paragraphe (1).
Politique existante
3) Si, avant le jour où le présent article entre en vigueur, la cité a
adopté une politique traitant de l’utilisation du français et de l’anglais
comme l’énonce le paragraphe (1) qui est légale, cette politique est
réputée avoir été adoptée en application de ce paragraphe.
Restriction
4) L’obligation d’adopter une politique en application du présent article
est indépendante du pouvoir d’adopter un règlement municipal en vertu de
l’article 14 de la Loi sur les services en français et ce pouvoir n’a
aucune incidence sur cette obligation. En outre, le présent article n’a
aucune incidence sur l’interprétation de l’article 14 de cette loi.
|
En 2005, le gouvernement ontarien de
Dalton McGuinty adopta une loi modifiant la Loi de 1999 sur la ville d'Ottawa
afin de reconnaître le caractère bilingue de la Ville d'Ottawa. Il existe des lois similaires
à Ottawa pour quelques
autres villes de la province dont Sudbury,
Haldimand,
Norfolk et
Moosonee. Cette modification à la
Loi sur la Ville d’Ottawa (art. 11.1) prévoit dorénavant que la Ville
d'Ottawa doit adopter une politique concernant l'usage des langues française et
anglaise dans l'ensemble de son administration ou dans des parties spécifiques
de celle-ci, et dans la prestation de l'ensemble de ses services municipaux ou
dans des parties spécifiques de ces derniers. La Ville devait recevoir un
octroi de 700 000 $ sur quatre ans, à frais partagés avec le gouvernement
fédéral, pour la traduction en français de règlements municipaux et d'autres
documents importants.
3.8 Des déblocages
Les Franco-Ontariens sont habitués à vivre
des hauts et des bas avec la langue française, car rien n'est jamais acquis de
façon définitive dans cette province. C'est en 1998 que le gouvernement ontarien de
Mike Harris a
créé 12 conseils scolaires francophones (dont quatre publics et huit séparés), mais il l'a fait seulement parce qu'il y a été contraint par
une décision de la Cour suprême. Encore là, soulignait l'Association canadienne-française de l’Ontario,
l’ACFO (remplacé le 1er avril 2006 par l'AFO,
l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, suite à la fusion de l'ACFO et de
la Direction Entente Canada-Communauté Ontario ou DECCO), les mécanismes de financement de ces conseils, tels que définis par
le Parlement, désavantagent les francophones. Malgré ces difficultés, les
francophones ont éprouvé une grande satisfaction face à la réalisation de la
gestion scolaire. C'est du moins ce que la journaliste Huguette Burroughs a
exprimé dans Le Journal de Cornwall du 2 avril 1998: «L'avenir commence
maintenant [...]; la gestion scolaire pour et par les francophones est
maintenant une réalité indéniable.»
En mai 2001, un comité de conseillers
municipaux adopta une politique municipale en faveur du bilinguisme officiel à
Ottawa (dont le dossier était en cours depuis dix-huit mois); la question devait être
soumise au vote de l'ensemble du Conseil municipal. Cette politique visait à
assurer aux francophones l'accès à des services dans leur langue pour l'ensemble
de la nouvelle Ville d'Ottawa. Le règlement obligerait 37 cadres supérieurs à
pouvoir lire et parler le français, et tout anglophone embauché pour ces postes
aurait jusqu'en 2009 pour apprendre le français. On peut lire la Politique de
bilinguisme de la Ville d'Ottawa en
cliquant ICI, s.v.p.
En juillet 2007, le gouvernement de
Dalton McGuinty a créé le
Commissariat aux services en français,
alors que rien ne l'y obligeait. La mission du Commissariat est la suivante:
- Le Commissariat aux services en français
veille à ce que la population reçoive, en
français, des services de qualité du
gouvernement de l’Ontario.
- Il surveille l’application de la Loi sur
les services en français par le biais de
son pouvoir d’enquête.
- Il exhorte les ministères et organismes
gouvernementaux à concevoir de façon proactive
des politiques et des programmes adaptés à leur
clientèle francophone. Il y parvient notamment
par le biais de son pouvoir de recommandation.
La
Loi sur les services en
français fut modifiée de façon à inclure la fonction de commissaire aux services
en français (art. 12.1 à 12.6). Le commissaire aux services en français est
chargé de mener des enquêtes indépendantes, selon la
Loi sur les services en français, par suite
de plaintes ou de sa propre initiative, de préparer
des rapports sur les enquêtes et de surveiller les
progrès accomplis par les organismes gouvernementaux
en ce qui concerne la prestation des services en
français en Ontario. L'Office des affaires francophones (OAF) traite
actuellement les plaintes relatives à la prestation de services en français par
le gouvernement de l'Ontario. L'OAF travaillera en étroite collaboration avec le
Commissariat aux services en français
(site externe) pour assurer une transition.
|

Dalton McGuinty |
Le grand mérite du premier
ministre Dalton McGuinty a été de reconnaître qu'il
en coûtait proportionnellement plus cher de soigner
et d'instruire une minorité que la majorité. Dans le
domaine de l'éducation, la minorité francophone
coûte plus cher par élève que la majorité, car elle
est plus dispersée. Si les services en français sont
médiocres et de second ordre, les francophones vont
délaisser le réseau français pour le réseau anglais. Le budget consacré à
l'éducation pour les francophones passa de 650
millions à 1,1 milliard de dollars par année.
De plus, le gouvernement de
Dalton McGuinty a élargi la définition du mot
«francophone». Au lieu de considérer
comme «francophone» toute personne ayant
le français comme langue maternelle,
dorénavant ce fut toute personne ayant
une bonne connaissance du français et
qui l'utilise à la maison. Du
coup, les francophones de l'Ontario sont
passés de 500 000 à 600 000. Cette
nouvelle définition modifie les critères
de recrutement dans les écoles
françaises qui peuvent compter sur une
bassin plus grand. |
En
conséquence, selon le Commissariat aux services en
français, les «minorités raciales francophones»
représentent aujourd'hui 10 % de la population
francophone de la province. Même avec sa politique des petits pas, l'Ontario
n'a pas beaucoup à recevoir des leçons de la plupart des autres provinces canadiennes, à
l'exception du Nouveau-Brunswick et du Québec.
4 Les langues de la Législature
Le domaine de la législature fut l'un des premiers
domaines touchés
par le gouvernement ontarien. En 1970, celui-ci modifia les Règlements
de la Chambre afin de permettre l'utilisation du français au
Parlement de la province. Depuis lors, en vertu de l'article 13 des Règlements
de la Chambre, les députés francophones peuvent, s'ils
le désirent, s'exprimer en français. Un système de
traduction simultanée est disponible sur demande (sans préavis),
ce qui, avec le Nouveau-Brunswick, demeure un service tout à fait
exceptionnel au Canada. De plus, depuis le 1er janvier 1991,
toutes les lois ontariennes sont traduites de l'anglais au français.
Auparavant, la version française ne constituait jamais le texte
officiel, car elle demeurait une simple traduction. Depuis 1991, le texte
français est réputé avoir une valeur égale
à l'anglais à la Législature ontarienne. Bref, le
français ne constitue plus, grâce à la Loi de 1986
sur les services en français, un privilège accordé
en vertu des Règlements du Parlement.
En effet, la Loi de 1986 sur les services en français
est venue procurer une assise juridique au français à la
Législature de la province. On peut consulter le texte complet de la
Loi sur les services
en français. Ainsi, l'article 3 de cette loi se lit
comme suit:
|
Article 3
1) Chacun a le droit d'employer le français
ou l'anglais dans les débats et les autres travaux de l'Assemblée
législative.
2) Les projets de loi de caractère public de
l'Assemblée qui sont présentés après le 1er
janvier 1991 sont présentés et adoptés en français
et en anglais.
|
La rédaction et
la promulgation de toutes les lois en deux langues constituent presque
un événement au Canada anglais. L'article 65 de la
Loi sur la
législation (2006) reconnaît que les versions française et anglaise des lois
édictées et des règlements pris dans les deux langues ont également force de
loi:
|
Article 65
Textes
bilingues
Les versions française et anglaise des lois édictées et des
règlements pris dans les deux langues ont également force de loi.
|
Quant à l'article 21 de la
Loi
sur les enquêtes publiques (2009), il rend obligatoire la formulation en
français et en anglais de chaque décret du lieutenant-gouverneur en conseil;
lorsque le premier ministre de l’Ontario et le Conseil des ministres
prennent une décision et la font approuver par le lieutenant-gouverneur, on
dit qu’elle a été prise par le «lieutenant-gouverneur en conseil»:
|
Article 21
Langues de
rédaction des décrets
1) Chaque décret pris par le lieutenant-gouverneur en
conseil en vertu de la présente loi doit être formulé en
français et en anglais.
Exception
2) Si les versions française et anglaise d’un décret ne sont
pas prêtes en même temps et que le lieutenant-gouverneur en
conseil décide que le fait d’attendre ne serait pas dans
l’intérêt de la santé ou de la sécurité du public, le décret
peut être pris dans une langue et la version dans l’autre langue
est prise dès que possible dans les circonstances. |
Ces dispositions ne confèrent pas un caractère officiel au français, ni
à l'anglais, mais elles assure au français des droits reconnus par la
loi, ce qui est déjà considérable lorsqu'on connaît l'histoire de
l'Ontario.
5 Les langues de la justice
Jusqu'en 1976, la présence du français dans le domaine
de la justice se limitait à la possibilité de recourir à
un interprète aux frais de la province en matière pénale
ou à ses propres frais en matière civile. Il était
possible toutefois, dans certains cas exceptionnels, avec l'accord de toutes
les parties intéressées (demandeur, défendeur, avocats,
juges, etc.), de procéder de temps à autre en français,
par exemple, à Ottawa et à Hawkesbury (tout près du
Québec). Un projet pilote fut instauré en 1976 pour la conduite
de procès criminels en français à Sudbury, puis on
amenda la défunte Loi sur l'organisation judiciaire (Judicature Act)
en 1978 et la Loi sur les jurys (Juries Act) en 1979. La
loi ontarienne décidait la création de huit régions
bilingues («cours désignées») et autorisait le
gouvernement à en créer de nouvelles; le tout devait se faire
par étapes, sur une période de cinq ans. Le système
mis en place s'est vite révélé inadéquat, car
le bilinguisme pratiqué était loin d'établir l'égalité
de l'anglais et du français.
C'est pourquoi, en 1984, la Loi sur l'organisation judiciaire
fut remplacée par la Loi sur les tribunaux judiciaires qui
fut elle-même modifiée en 1990. La Loi sur les tribunaux
judiciaires fait du français l'une des langues officielles des
tribunaux de l'Ontario. Voici comment se lit le paragraphe (1) de l'article
125 de cette loi: «Les langues officielles des tribunaux de l'Ontario
sont l'anglais et le français.» Cette égalité
juridique est dilué puisque, «sauf disposition contraire concernant
l'usage de la langue française, [...] les audiences des tribunaux
se déroulent en anglais». Le paragraphe (2) de l'article 125
est en effet plus explicite:
|
Article 125
Langues officielles des tribunaux
1) Les langues officielles des tribunaux de l'Ontario sont
le français et l'anglais.
Audiences en anglais, sauf disposition contraire
2) Sauf disposition contraire concernant l'usage de la langue française
:
a) les audiences des tribunaux se déroulent en anglais
et la preuve présentée dans une autre langue doit être traduite en
anglais;
b) les documents déposés devant les tribunaux sont soit rédigés en
anglais, soit accompagnés d'une traduction en langue anglaise
certifiée conforme par un affidavit du traducteur. L.R.O. 1990, chap.
C.43, art. 125.
|
En réalité, on devrait dire que le français est la
«seconde langue officielle» et que l'anglais demeure le première
langue officielle. Selon les termes de la Loi sur les tribunaux judiciaires,
la langue ordinaire des tribunaux est l'anglais, mais l'usage du français
est facultatif et celui-ci est utilisé dans le cas où une
partie francophone l'exige. Un anglophone ne peut demander à une
cour provinciale d'utiliser le français. Il s'agit là d'une
première limitation à l'usage du français.
La deuxième limitation vient du fait que l'usage du français
n'est pas étendu aux tribunaux administratifs et quasi judiciaires
dans lesquelles la seule langue officielle demeure l'anglais.
Jusqu'en 1990, les dispositions de la loi étaient rédigées
de telle sorte que le droit d'utiliser le français était
limité au témoignage oral. Il arrivait alors que l'on puisse
interroger en français à partir d'actes de procédure
ou autres documents rédigés en anglais. Il n'en est plus
ainsi depuis la dernière version de 1990 de la Loi sur les tribunaux
judiciaires. Tout accusé francophone a le droit d'exiger que
sa cause soit instruite en français sans l'aide d'un interprète,
et ce, tant en matière criminelle que civile. Voici comment est
libellé l'article 126:
|
Article 126
Instances bilingues
1) Une partie à une instance qui parle français a le droit
d'exiger que l'instance soit instruite en tant qu'instance bilingue. L.R.O. 1990, chap. C.43, par. 126 (1).
Idem
2) Les règles suivantes s'appliquent aux instances qui sont instruites
en tant qu'instances bilingues :
1. Les audiences que la partie précise sont présidées
par un juge ou un autre officier de justice qui parle français et
anglais.
2. Si une audience que la partie a précisée se tient devant un juge et
un jury dans un secteur mentionné à l'annexe 1, le jury se compose de
personnes qui parlent français et anglais.
3. Si une audience que la partie a précisée se tient sans jury, ou
devant un jury dans un secteur mentionné à l'annexe 1, les témoignages
et observations présentés en français ou en anglais sont reçus,
enregistrés et transcrits dans la langue dans laquelle ils sont
présentés.
4. Toute autre partie de l'audience peut être instruite en français si
le juge ou l'autre officier de justice qui préside est d'avis qu'il
est possible de le faire.
5. Le témoignage oral donné en français ou en anglais lors d'un
interrogatoire hors de la présence d'un tribunal est reçu, enregistré
et transcrit dans la langue dans laquelle il est donné.
6. Dans un secteur mentionné à l'annexe 2, une partie peut déposer des
actes de procédure et d'autres documents rédigés en français.
7. Partout ailleurs en Ontario, une partie peut déposer des actes de
procédure et d'autres documents rédigés en français, si les autres
parties y consentent.
8. Les motifs d'une décision peuvent être rédigés soit en français,
soit en anglais.
9. À la demande d'une partie ou d'un avocat qui parle français mais
pas anglais, ou vice versa, le tribunal fournit l'interprétation de
tout ce qui est donné oralement dans l'autre langue aux audiences
visées aux dispositions 2 et 3 et aux interrogatoires hors de la
présence d'un tribunal, ainsi que la traduction des motifs d'une
décision rédigés dans l'autre langue. L.R.O. 1990, chap. C.43, par.
126 (2).
[...]
|
Autrement dit, un procès en français est interprété
comme un procès «bilingue» même lorsque toutes
les parties n'utilisent que le français, ce qui a pour effet de
rendre cette langue subordonnée à l'anglais. Dans les faits,
tout francophone peut théoriquement subir un procès en français.
Ces dispositions valent pour toutes les cours provinciales et non seulement
dans les zones désignées. En fait, dans le domaine judiciaire,
les Franco-Ontariens disposent maintenant d'assises juridiques relativement
solides. Le problème ne réside plus dans les dispositions
juridiques elles-mêmes, mais dans la capacité de la province
d'offrir des services réels à toute la population francophone. Soulignons que la
Loi sur les services en français ne
prévoit pas formellement de recours judiciaire contrairement à la
Loi sur les langues officielles
du Canada. De ce fait, le processus de plainte s'en trouve moins formalisé et le
commissaire aux services en français bénéficie d'une plus grande marge de
manœuvre à cet égard par comparaison au commissaire aux langues officielles du
Canada.
C'est pourquoi, même si la plupart des cours provinciales et un
certain nombre de cours municipales acceptent l'utilisation du français,
certains francophones n'insistent pas toujours pour faire valoir leurs
droits, car ils ont encore l'impression que le français tombe dans
la catégorie des «nuisances publiques». Ce n'est que
depuis 1990 que la Cour suprême de l'Ontario n'offre des services
français à toute la province et non plus seulement à
Ottawa, à Toronto et dans la région de Prescott-Russel (près
du Québec). Certains francophones s'accommodent encore trop souvent
d'un procès en anglais. Sheila McLeod Arnopoulos cite un avocat
de Sudbury, Me Richard Pharand, qui expliquait ainsi l'attitude
des Franco-Ontariens: «Ils se sentent déjà vulnérables à cause
de l'accusation qui pèse sur eux et ils s'imaginent solliciter une
faveur en demandant un procès en langue française. Même
s'ils parlent à peine l'anglais, ils vont se contenter d'un procès
en anglais.»
Heureusement, cette situation
a considérablement changé, mais il reste quelques lacunes avant que le statut du français dans le
domaine de la justice soit en tous points égal à celui de
l'anglais. Ainsi, le droit d'utiliser le français dans les cours
de justice n'est pas encore étendu à tous les tribunaux administratifs
et quasi judiciaires. En réalité, l'accès à la justice en français est limité en
Ontario surtout en raison de la pénurie de juges bilingues. C'est pourquoi le
gouvernement ontarien a confié, en juin 2006, à l'ancien juge Coulter Osborne le
soin de proposer des options de réforme du système de justice civile afin de le
rendre plus accessible et abordable. Dans son rapport Projet de réforme de la
justice civile : résumé des conclusions et recommandations, M. Osborne
recommandait que «toute nomination future à la Cour supérieure tienne compte du
besoin de juges bilingues dans une région donnée».
Néanmoins, à plusieurs égards,
on peut même affirmer que l'Ontario offre plus de dispositions législatives
permettant la protection du français que le Québec à
l'égard de l'anglais. Le véritable problème, rappelons-le,
réside dans la capacité réelle d'offrir des services
à toute la population francophone.
6 Le français dans les services gouvernementaux
Dans le domaine de l'administration publique provinciale, les Franco-Ontariens
disposent d'un éventail de plus en plus large de services en français.
Le service Renseignements-Ontario répond en français aux
demandes d'information des francophones sur les services et programmes
provinciaux. De plus, le Bureau du coordonnateur provincial des services
en français est chargé de veiller à l'application
de la politique gouvernementale en la matière.
En 1972, le gouvernement a adopté une politique relative à la
prestation de services en français. Dès lors, en plus d’avoir créé les
premières
régions désignées, le gouvernement de l’Ontario se trouvait dans l’obligation de
traduire les documents destinés au public. Il devait aussi donner des réponses
écrites en français aux demandes d’informations. Cependant, l'offre des services
en français restait tributaire de la bonne volonté politique du parti au pouvoir
et n'avait pas la même force qu'une loi adoptée par le Parlement. Après de
longues tractations avec tous les partis présents à l'Assemblée législative et
des débats houleux, la Loi sur les services en français a,
rappelons-le, été finalement adoptée
à l'unanimité, le 18 novembre 1986. Cette loi n'est entrée en vigueur qu'en
1989, mais elle a permis à l'Administration publique provinciale de se préparer
à offrir ses services en français. Jusqu'en 2007, l'Office des affaires
francophones recevait et traitait les plaintes liées à la prestation des
services en français du gouvernement de l'Ontario dans les
25 régions désignées,
à l'exception des municipalités qui ne sont pas assujetties à la loi. Ce rôle
est assuré depuis 2008 par le Commissariat aux services en français, le deuxième
Commissariat provincial après celui du Nouveau-Brunswick.
6.1 Les «régions désignées»
Si les services en français étaient, jusqu'en 1986, le
plus souvent sporadiques et improvisés, ils se sont considérablement
améliorés quelques années après l'adoption
de la Loi sur les services en français (ou loi 8).
Le paragraphe (1) de l'article 5 de la loi reconnaît aux francophones
le droit à des services dans leur langue là où le
nombre le justifie, c'est-à-dire dans des «régions désignées» (au nombre de 23,
puis de 25):
|
Article 5
1) Chacun a droit à l'emploi du français, conformément
à la présente loi, pour communiquer avec le siège
ou l'administration centrale d'un organisme gouvernemental ou d'une institution
de la Législature désignés par les règlements
et pour en recevoir les services. Chacun jouit du même droit à
l'égard de tout autre bureau de l'organisme ou de l'institution
qui se trouve dans une région désignée à l'annexe
ou qui sert une telle région.
|
La loi déterminait un certain nombre de «régions désignées» (voir
la carte des
régions désignées) où
la minorité peut recevoir des services dans sa langue. Les principales
institutions du gouvernement provincial, dont 29 ministères et huit
autres organismes publics, ont adopté des programmes de mise en œuvre
de services en français. À cet effet, quelque 5000 postes,
représentant 6,2 % de l'ensemble des postes dans la fonction publique
ont été désignés aux fins de services en français. L'Office des affaires francophones a été créé
et des coordonnateurs linguistiques ont été nommés
dans tous les ministères. Le tout relève d'un membre du Conseil
des ministres.
Une ère des compressions s'est installée à
Toronto. Les représentants de la communauté francophone ont exprimé leurs
inquiétudes à ce sujet. Selon l'Association canadienne-française de l'Ontario (ACFO), la
Loi sur les services en français
serait compromise puisque le personnel bilingue diminue de plus en plus au
point de devenir tout à fait insuffisant. L'ACFO déclarait
qu'en raison des compressions budgétaires le gouvernement ne pouvait
même plus appliquer sa loi. Ainsi, l'Office des affaires francophones a
déjà perdu le tiers de son personnel et dans certaines sociétés publiques
privatisées, la prestation de services bilingues ne serait plus garantie.
Depuis des années,
les francophones se plaignaient des failles que présentaient les
services en français. Dans certaines régions, les services
gouvernementaux varient beaucoup qualitativement, allant même de
passables à nuls, dans les domaines de la justice, de la santé
et de l'administration publique. Néanmoins, environ 85 % de la population
francophone de l'Ontario a accès à des services. Cependant, comme tout n'est pas
parfait, on peut dire aussi que la
Loi sur les services en français
ne touche que 85 % des Franco-Ontariens qui vivent dans les 25 «régions
désignées».
6.2 Les services sociaux et
les services de santé
Depuis longtemps, autant dans le domaine social que
dans celui de la santé, les établissements ontariens souffrent
d'une pénurie de personnel spécialisé pouvant assurer
les services en français. Rares sont les francophones, par exemple,
pouvant demander et recevoir facilement des services en français
dans les hôpitaux et autres institutions du genre. Or, selon les
dispositions de la
Loi sur les services en français,
il est possible de désigner certains hôpitaux et centres de
services sociaux comme établissements offrant des services en français.
Outre l'hôpital Montfort d'Ottawa, une trentaine d'hôpitaux et de centres sociaux, notamment dans l'est
et le nord de l'Ontario, ont reçu une telle désignation et
offrent maintenant des services en français. Cependant, selon les
observateurs, beaucoup de chemin reste à parcourir dans ce domaine;
le retard sera long à rattraper. Lors de l'avènement du gouvernement de
Mike Harris en 1995, le nombre d'institutions
bilingue fut considérablement réduit, sans
compter que les fonds affectés à la traduction des documents
publics ont été, dans la plupart des cas, supprimés. Mais le gouvernement de
Dalton McGuinty rétablit la
situation en faveur des établissements francophones.
6.3 Les municipalités
Par ailleurs, l'une des faiblesses de la
Loi sur les services en français
concerne la question des municipalités. En
effet, d'après l'article 1er, la loi n'oblige pas les municipalités
à offrir des services en français. Voici ce qu'on peut lire à ce sujet:
|
Article 1er
Sont exclus les municipalités,
de même que les conseils locaux au sens de la Loi sur les affaires
municipales, à l'exception des conseils locaux qui sont désignés aux
termes de l'alinéa e) («government agency»). |
La loi n'interdit pas l'usage
du français, elle en prévoit même la possibilité dans la mesure où Loi sur
les municipalités contient certaines dispositions qui garantissent l'accès à
des services en français, mais celles-ci ne sont nullement tenues d'offrir ces
services dans cette langue, lesquels pourraient inclure l'utilisation de
formulaires bilingues, le droit à un interprète dans des circonstances bien
précises, la conduite des activités d'un conseil et la gestion des affaires
municipales. Il faudrait apporter des
précisions au sujet de la Loi sur
les municipalités de 2001. L'article 103 prévoit qu'un conseil municipal
peut adopter ses règlements municipaux et ses résolutions en anglais seulement
ou en anglais et en français:
|
Article 103
Règlements municipaux et
résolutions en français et en anglais
(1) Le conseil peut
adopter ses règlements municipaux et ses résolutions en anglais seulement
ou en anglais et en français.
Plans officiels
(2) Le conseil peut adopter un
plan officiel en anglais seulement ou en anglais et en français.
Délibérations du conseil
(3) Le conseil et chacun de ses
comités peuvent délibérer soit en anglais soit en français ou en anglais et en français.
Procès-verbaux
(4) Malgré le paragraphe (3), les
procès-verbaux des délibérations du conseil et de tous ses comités sont rédigés
en anglais ou, si le conseil l'autorise par règlement municipal, en
anglais et en français.
Conduite des affaires de la
municipalité
(5) Sous réserve de directives
d'un règlement municipal du conseil à l'effet contraire, les agents et les
employés de la municipalité peuvent conduire les affaires de la municipalité
dans la langue que justifient les circonstances, notamment une langue
autre que le français ou l'anglais.
Réserve
(6) Le présent article n'a pas pour
effet de porter atteinte :
a) ni à l'obligation imposée par
une loi ou prévue aux termes d'une loi de rédiger, conserver, utiliser, déposer,
enregistrer ou présenter une formule, un livre, un document ou une autre pièce,
de n'importe quelle nature, dans la ou les langues qui sont précisées par
la loi ou aux termes de celle-ci;
[...]
Traduction
(7) La municipalité qui présente
une formule, un livre, un document ou une autre pièce de n'importe quelle
nature, en français, à un ministère du gouvernement de l'Ontario, en
fournit une version traduite en anglais à la demande du ministre
responsable de ce ministère. L.R.O. 1990, chap. M.45, art. 103.
|
On compte aujourd'hui au moins une quarantaine de municipalités offrant
officiellement des services en français à leurs citoyens francophones, ce qui ne
signifie pas qu'elles sont bilingues. D'ailleurs, le bilinguisme des
municipalités n'est pas toujours équivalent, car l'anglais doit toujours apparaître,
tandis que le français doit être présent avec l'anglais. C'est ce qui
expliquerait que les services en français demeurent très restreints et qu'il
soit difficile pour les francophones de recevoir des services en français de la
part de leurs municipalités. De plus, rappelons-le, la
Loi sur les services en français exclut
les municipalités de son champ d'action, ce qui complique légèrement la
situation du point de vue juridique. Par ailleurs, la
Loi sur les
élections municipales de 1996 admet qu'«un conseil municipal peut adopter un règlement
municipal permettant l'usage : a) du français, en plus de l'anglais, dans les
formules prescrites; b) du français, d'autres langues que l'anglais, ou la
combinaison des deux, dans les avis, les formules (à l'exception des formules
prescrites) et les autres renseignements prévus par la présente loi ».
Rappelons que, depuis 1990, une soixantaine
de municipalités dont Sault-Sainte-Marie et Thunder Bay se sont
déclarées unilingues anglaises. Une trentaine d'autres ont
plutôt choisi d'offrir des services bilingues. Ces services
restent encore souvent symboliques. Par exemple, dans la ville de Sudbury où un tiers de la région et un quart de la municipalité
sont francophones, seulement deux des 550 postes de l'hôtel de ville
sont officiellement bilingues: ceux de la réceptionniste et du traducteur. Par ailleurs, dans toute ville francophone, les assemblées municipales
se déroulent généralement en anglais parce qu'il s'y
trouve toujours un anglophone unilingue et que c'est sa langue qui a la
priorité. C'est pourquoi les Franco-Ontariens demandent à
leur gouvernement d'étendre l'application de la Loi sur les services en français à l'ensemble du territoire et
non pas seulement, comme c'est le cas présentement, à des
districts bilingues.
Présentement, on compte 44 municipalité qui
offrent officiellement des services en français à leurs concitoyens
francophones. Rappelons qu'on peut consulter la Loi de 1986 sur les services
en français en navigant sur le site de l'Office
des affaires francophones de l'Ontario.
Cependant, la loi 108 (Loi de 1997 simplifiant l'administration en ce qui a
trait aux infractions provinciales) a prévu un certain nombre de
transferts de plusieurs services provinciaux aux municipalités. C’est le cas,
par exemple, de certains domaines relatifs à la santé, l'habitation, les
services sociaux, les affaires municipales, le transport, l'assistance sociale
et même le prélèvement des taxes. Là où le bât blesse, c'est que, en vertu
de la Loi sur les services en français, les municipalités
(contrairement à la province) ne sont nullement tenues d'offrir des services en
français. Aujourd'hui, il n'en tient qu'à la bonne volonté des municipalités
d'offrir de tels services, ce qui inquiète fort les Franco-Ontariens.
Soulignons que nombre de Franco-Ontariens ont
encore peur de représailles et n'exigent pas de recevoir des services en
français. Quand on est bilingue, il est généralement plus facile de recourir à
l'anglais que d'insister pour recevoir un service en français. Plus les
francophones utiliseront l'anglais et renonceront à leurs droits, plus le
gouvernement se sentira à l’aise pour abolir ces mêmes services. Les
francophones ne sont pas toujours conscients de cette dynamique entre le citoyen
et le gouvernement.
6.4
L'affichage et la signalisation routière
En vertu de l'article 5 («Droit aux services
en français") la Loi sur les services en français
de 1986 prévoyait
l'affichage bilingue dans la signalisation routière des régions
désignées. En 1992, le gouvernement de
Bob Rae présentait un
programme (quatre à cinq millions de dollars en cinq ans) destiné
à apposer des affiches bilingues. Même si plusieurs municipalités
se sont opposées à cette initiative, le gouvernement a maintenu
sa décision et a décidé de respecter sa loi.
Néanmoins, beaucoup d'anglophones ont tendance
à percevoir les francophones comme n'importe quel autre groupe ethnique. C'est
l'une des raisons pour laquelle les commerçants n'affichent généralement qu'en
anglais. Ils se disent que, s'ils placent des inscriptions en français, il leur
faudra le faire en allemand, en italien, en ukrainien, etc.
6.5 Le commissaire aux services en
français
En 2007, le gouvernement de l'Ontario
a modifié la Loi sur les services en français
afin de créer la fonction de commissaire aux services
en français (art. 12.1 à 12.6). Les fonctions principales du commissaire,
officiellement entré en fonction le 4 septembre 2007 avec un mandat de deux ans, sont les suivantes:
- mener des enquêtes sur l'observation de la
Loi sur les services en français, de sa propre initiative ou
par suite de plaintes;
- préparer des rapports sur les résultats des
enquêtes;
- surveiller les progrès accomplis par les
organismes gouvernementaux en ce qui concerne la prestation des services en
français; et
- conseiller la ministre déléguée aux Affaires
francophones sur des questions liées à la loi.
Pour la première fois en Ontario, la population
francophone se voit donner une autre voix d’accès au gouvernement avec
le Commissariat aux services en français. L'Office des affaires francophones (OAF) traite
actuellement les plaintes relatives à la prestation de services en français par
le gouvernement de l'Ontario. L'OAF travaillera en étroite collaboration avec le
Commissariat aux services en français
pour assurer une transition en douceur. Le 17 juin 2008, le commissaire aux
services en français publiait son premier rapport annuel. Dans la conclusion de
son rapport de juin 2008, le commissaire aux services en français déclarait:
| En
Ontario, le citoyen a le droit de recevoir un service en français,
de qualité, de la part des institutions gouvernementales. Elles
doivent les offrir activement pour susciter la demande de services
en français. Le commissaire a réitéré dans son rapport la question
de l'utilité des services offerts à la clientèle francophone de la
province. Le développement de la communauté francophone passe aussi
par l'accès à des services en français. Il faut que ces services
répondent aux besoins de la clientèle spécifique de chaque
institution et organisme du gouvernement provincial. Le commissaire
a clairement indiqué que ces services doivent avoir été pensés,
élaborés et mis en place en fonction des besoins identifiés par le
gouvernement. C'est pourquoi il a fermement l'intention de garder à
l'œil les différentes pratiques gouvernementales à l'égard de la
mise en place, sur le terrain, du concept de l'offre active. |
7 Les droits scolaires des Franco-Ontariens
En 1968, l'Ontario a modifié la Loi sur l'administration des
écoles et la Loi sur les écoles secondaires et les
conseils scolaires, de façon à permettre la création
d'écoles et de classes françaises au primaire et au secondaire.
Depuis la mise en vigueur de l'article 23 de la Charte des droits et
libertés de 1982, l'enseignement du français s'est considérablement
développé en Ontario. Le droit pour les Franco-Ontariens
de recevoir un enseignement dans leur langue au primaire et au secondaire
étant maintenant inscrit dans la Constitution canadienne, il en
résulte que le français est devenu en Ontario une langue
officielle dans le domaine de l'éducation. D'ailleurs, dans le préambule
de la Lois sur les services en français, on lire cette phrase au sujet du
français: «[...] attendu que cette langue jouit, en Ontario, du statut de langue
officielle devant les tribunaux et dans l'éducation [...]».
Dans cette province,
le principe du «là où le nombre le justifie»
ne s'applique pas, du moins au plan juridique. Tout élève
a droit à l'enseignement dans la langue maternelle de l'un de ses
parents. Près de 60 % des 135 000 élèves franco-ontariens
peuvent poursuivre leurs études en français dans une école
française et non dans des classes d'immersion. L'Ontario compte
près de 100 000 élèves dans plus de 400 écoles
de langue française. Le français demeure la langue d’enseignement pour toutes
les matières dans les écoles primaires et secondaires de langue française. En
2003, l'Ontario comptait 358 écoles de langue française.
Au primaire, la
langue seconde étudiée est évidemment l’anglais
qui est obligatoire de la 5e à la 8e année. Néanmoins,
cette langue est souvent enseignée avant cette année, spécialement dans les
milieux où le français est la langue dominante, par exemple, à Hearst (dans le
Nord) où l'on commence à l’enseigner dès la 2e année. En fait,
l’enseignement de l’anglais débute généralement en 3e ou 4e
année. Dans les écoles anglaises, l’enseignement du «français de base», appelé «Core
French» (dans le cadre du National Core French Assessment Project / Le
projet pancanadien en évaluation en français langue seconde), est
obligatoire de la 4e à la 8e année au primaire. Les élèves
doivent donc l’étudier dès l'âge de 9 ans jusqu’à 13 ans. Le français peut
cependant être enseigné avant la 4e année, ce qui est souvent le cas.
De la 1re à la 8e années, 84,8 % des élèves anglophones
étaient inscrits à des cours de français, langue seconde, dans les écoles
primaires en 1994-1995 (Ministère de l’Éducation et de la Formation).
Depuis plusieurs décennies, le ministère ontarien de
l’Éducation a mis sur pied un «programme des langues d’origine» qui est devenu
avec le temps un «programme des langues internationales». Ce programme vise
l’enseignement des langues qui sont parlées par les enfants dont la langue n’est
ni le français ni l’anglais. Ce programme a connu un vif succès, car il comptait
en 1994-1995 plus de 75 langues.
Pour ce qui est des langues
autochtones, le gouvernement a élaboré deux politiques: le People
of Native Ancestry, qui vise à l’enseignement du contenu, et le Native as
a Second Language, dont l'objectif touche l’enseignement de six langues
autochtones (cri, ojibwé, delaware, oneida, ceyuga et mohawk). Le programme
d’enseignement des langues autochtones semble viser surtout des anglophones
puisque les populations autochtones de l’Ontario parlent anglais comme langue
maternelle. Cependant, rien n’interdit que ces langues soient enseignées à des
francophones. Pour les élèves autochtones, l’enseignement d’une de leur langue
favorise le maintien et la conservation de la langue, en plus de renforcer les
attitudes positives et l’identité culturelle. Pour les élèves non autochtones,
l’enseignement d’une langue autochtone leur permet d’acquérir des compétences
dans une langue seconde autochtone et de mieux apprécier la langue et la culture
étudiées.
7.1 Les conseils scolaires
Même s'il s'est fait tirer l'oreille pendant longtemps, le gouvernement
ontarien a finalement autorisé l'établissement des premiers conseils
scolaires entièrement francophones à Ottawa-Carleton (1988),
à Toronto (1990) et à Prescott-Russel (1991); plusieurs comités
de consultation ont été mis sur pied afin de créer
de nouveaux conseils scolaires, notamment dans la région du Nord-Ouest
ontarien (voir la carte des 23
régions désignées). Dans un tel contexte, l'article 23 de la Charte canadienne des
droits et libertés pouvait difficilement être respecté.
En 1995, la Commission royale sur l'éducation a présenté
au gouvernement ontarien plusieurs recommandations à ce sujet. Le
rapport Sweeney recommandait l'établissement de 15 conseils scolaires
francophones. Heureusement, le gouvernement prévoyait que, dès l'automne 1998,
tous les écoles françaises relèveraient de 11 conseils scolaires de langue
française.
7.2 L'enseignement post-secondaire
Dans le domaine post-secondaire, des progrès ont été
réalisés. Rappelons qu'en 1984 le Commissaire aux langues
officielles du Canada avait décerné son «prix citron»
au ministère des Collèges et Universités de l'Ontario,
estimant que les universités et collèges ontariens devaient
«apprendre à ramer avec le courant». Au total, il existe
maintenant quatre collèges communautaires de langue française.
- le Collège de technologie agricole et alimentaire d'Alfred;
- la Cité collégiale d'Ottawa (Collège d'arts appliqués et de
technologie, avec des campus à Hawkesbury et Cornwall);
- le Collège Boréal dans le nord de l'Ontario avec des campus à Elliot
Lake, Hearst, Kapuskasing, New Liskeard, Sturgeon Falls, Sudbury et Timmins;
- le Collège des Grands Lacs (enseignement à distance avec cinq centres
d'accès situés dans les villes de Windsor, Penetanguishene, Toronto, Hamilton
et Welland).
7.3 Les universités
De plus, les francophones disposent de programmes universitaires en
langue française à l'Université d'Ottawa, à
l'Université Laurentienne de Sudbury, au Collège universitaire
de Hearst et au collège Glendon de l'Université York à
Toronto. En 1998, on comptait environ 15 000 francophones inscrits dans
les universités ontariennes dont près de 10 000 à
temps complet. Cependant, l'existence de ces universités plus ou
moins partiellement bilingues ne fait pas l'unanimité. En effet,
la majorité des étudiants et des programmes universitaires
sont de langue anglaise.
Depuis plusieurs années, la communauté
franco-ontarienne réclame une université homogène
entièrement de langue française. L'Association canadienne-française
de l'Ontario (ACFO) a mené un étude qui démontre que
l'Ontario français possède toutes les ressources nécessaires
à la création d'une université de langue française. On
attend que, un jour, le gouvernement y donne suite, mais ce n’est pas demain
la veille. En effet, le gouvernement Harris planifierait, selon l'ACFO, la
fusion prochaine des collèges et universités essentiellement francophones avec
des institutions du genre non francophones. Ce serait une façon de supprimer
des institutions francophones déjà vulnérables. Dans le journal Le Droit du 7
avril 1998, la présidente de l'Association canadienne-française (ACFO) de l'Ontario,
Trèva Cousineau, affirmait:
|
L'ACFO n'accepte plus le prétexte qui veut que la
population franco-ontarienne ne soit pas assez importante pour justifier une
université de langue française [homogène]. Qu'on laisse aux autres la mission
de favoriser le développement du bilinguisme et du biculturalisme et qu'on
compte sur nous-mêmes pour encourager le développement et la fierté de
l'identité culturelle franco-ontarienne.
|
7.4 L'équité dans la qualité des services
Malgré les progrès incontestables du français en
Ontario, les francophones ne sont jamais au bout de leurs peines. Même
si les lois ontariennes garantissent maintenant l'enseignement en français
à tous les francophones, les tensions persistent. Dans plusieurs
régions de l'Ontario, la majorité anglophone a manifesté peu
de compréhension face à ce problème, comme en témoignent
les conflits scolaires à Penetanguishene, à Sturgeon Falls,
à Cornwall et à Windsor. Heureusement, suite à l'affaire
Marchand (à Penetanguishene), la Cour suprême de l'Ontario
a décidé en 1986 que le gouvernement devait fournir des services
d'enseignement en français comparables à ceux existant en
anglais, et qu'il ne devait pas priver les élèves francophones
d'un enseignement de qualité égale.
Enfin, rappelons que les francophones de l'Ontario ne sont nullement
tenus de fréquenter leurs institutions scolaires de langue française,
parce que l'enseignement du français demeure facultatif pour la
minorité, ce qui discrédite quelque peu l'enseignement dans
cette langue. De plus, certains comités d'admission des écoles
secondaires acceptent davantage d'élèves qui parlent plus
l'anglais que le français; beaucoup d'anglophones réussissent
à s'inscrire à l'école française pour apprendre
l'autre langue. Certaines administrations scolaires ferment les yeux devant
cette invasion, car cela leur permet d'augmenter leur effectif.
Ce problème
des anglophones à l'école française n'est ni secret
ni nouveau. Or, dès qu'il y a plus de 30 % d'anglophones dans une
école française, les francophones prennent du retard dans
l'acquisition de leur langue maternelle. Enfin, un enquête provinciale
du ministère de l'Éducation de l'Ontario (1992) révèle
que 44 % des jeunes francophones de 15 ans et plus parlent plus souvent
anglais que le français à la maison. Selon l’ACFO,
en 1998, seulement 23 % des enfants ontariens fréquentant l’école française
parleraient le français à la maison. Bref, le bilinguisme
est omniprésent chez les francophones ontariens, particulièrement
dans les écoles primaires. La conséquence inéluctable
est que l'assimilation progresse plus vite que jamais. En Ontario, les jeunes
n'aiment généralement pas s'afficher comme francophones. Les étudiants des
collèges et universités préfèrent souvent se déclarer «bilingues» plutôt que
«francophones». Pour beaucoup de professeurs, c'est comme si les jeunes
franco-ontariens avaient deux langues secondes: ils seraient aussi faibles en
français qu'en anglais. Néanmoins,
le Nouveau-Brunswick et le Québec exceptés, l'Ontario n'en
offre pas moins le meilleur réseau d'enseignement au Canada en ce
qui concerne l'accessibilité dans la langue de la minorité.
On peut penser que la Loi de 1997 sur l'amélioration de la
qualité de l'éducation présentée à
la Législature allait améliorer la situation. Cette loi, rappelons-le,
vise à réformer le système scolaire, à protéger
le financement des classes, à accroître l'obligation de rendre
compte et à apporter d'autres améliorations compatibles avec
la politique du gouvernement en matière de qualité de l'éducation,
y compris l'amélioration du rendement des élèves et
la réglementation de l'effectif des classes.
7.5 Les droits
scolaires des autochtones
Le ministère de
l’Éducation et de la Formation a pris des dispositions pour que l'enseignement
d’une langue seconde autochtone ait une une place légitime dans le curriculum de
l’Ontario. Pour les élèves autochtones, l’enseignement d’une langue amérindienne
doit favoriser le maintien et la conservation de la langue, en plus de renforcer
les attitudes positives et l’identité culturelle. Le gouvernement de l'Ontario a
prévu deux politiques dans le domaine de l’éducation. L'une, appelée «People of
Native Ancestry», porte sur l’enseignement du «contenu» (en anglais: content);
l'autre, appelée «Native as a Second Language» porte sur l’enseignement de six
langues autochtones: le cri, l'ojibwé, le delaware, l’oneida, le ceyuga et le
mohawk. Le programme d’enseignement des langues autochtones concernerait surtout
des anglophones, puisque les autochtones de l’Ontario parlent généralement
anglais. Toutefois, rien n’interdit dans la loi que ces langues soient
enseignées à des francophones.
Selon le document gouvernemental intitulé Les écoles
secondaires de l’Ontario (1998) du ministère de l’Éducation et de la
Formation, les dispositions sont les suivantes:
|
Les dispositions du programme
d’enseignement d’une langue seconde autochtone reconnaissent que les
langues autochtones ont une place légitime dans le curriculum de
l’Ontario. En conséquence, dans toutes les écoles offrant ce programme,
les langues devraient être enseignées dans le cadre des cours du palier
secondaire et ouvrir droit à des crédits en 10e, 11e et 12e année.
Les cours de langue seconde
autochtone permettent aux élèves, autochtones et non autochtones, de
recevoir l’enseignement dans une langue autochtone. Pour les élèves
autochtones, l’enseignement d’une langue autochtone favorise le maintien
et la conservation de la langue, en plus de renforcer les attitudes
positives et l’identité culturelle. Pour les élèves non autochtones,
l’enseignement d’une langue autochtone leur permet d’acquérir des
compétences dans une langue seconde autochtone et de mieux apprécier la
langue et la culture étudiées. |
Quoi qu'il en soit, l'Ontario demeure certainement l'une des
provinces canadiennes à avoir réalisé le plus d'efforts
pour accorder une reconnaissance juridique à la langue de sa minorité
francophone.
On peut même affirmer que cette province a délaissé
ses politiques sectorielles pour pratiquer une politique plus cohérente
et plus globale. Mais il reste encore du travail à accomplir; le gouvernement
ontarien devrait en particulier rendre sa législation linguistique
moins restrictive à l'égard du français
dans les tribunaux administratifs et quasi judiciaires, et obliger certaines
municipalités à se conformer à la politique linguistique officielle.
C'est au sein des municipalités que les Franco-Ontariens
auraient le plus de pouvoir et qu'ils pourraient bénéficier
ainsi de droits réels. Des modèles de ce type existent pourtant
ailleurs, notamment en Finlande. Mais les pratiques
provinciales des dernières années (surtout lors du règne de
Mike Harris) semblent démontrer que les
droits acquis peuvent être considérablement réduits du jour au lendemain, voire
supprimés.
Il est vrai
que, lorsqu'on compare la situation des francophones de l'Ontario avec celle des
autres provinces anglaises (sauf le Nouveau-Brunswick), force est de constater
que l'Ontario va plus loin que les simples prescriptions constitutionnelles et
que cette province s'est engagée jusqu’ici vers des mesures de protection
relativement élaborées, mais l’expérience a aussi démontré que, selon les
gouvernements en place, le recul demeure toujours une possibilité, telle une
épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des minorités francophones.
Pour beaucoup de Franco-Ontariens, l'introduction dans la Constitution
canadienne de leurs droits linguistiques dissiperait l'impression largement répandue que
les services consentis à la minorité francophone ont un caractère de privilège.
On peut penser à des droits plus ou moins similaires à ceux reconnus dans la
Constitution par le Nouveau-Brunswick. De là à penser au bilinguisme officiel,
il n’y a qu’un pas que beaucoup de Franco-Ontariens franchissent. Mais une
minorité de 4,5 % ne pourra jamais peser lourd. Il n’en demeure pas moins que l’enchâssement
des droits linguistiques dans la Constitution canadienne protégerait la
minorité franco-ontarienne des mesquineries et des droits facilement
révocables de la part des gouvernements provinciaux en place. Le gouvernement fédéral,
pour sa part, est-il prêt à aller aussi loin? En a-t-il les moyens? C'est ce que nous
verrons probablement au cours des prochaines années. N'oublions pas que le
Québec a sensiblement délaissé, pour ne pas dire abandonné les Franco-Ontariens
à leur sort. Ces derniers ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes! Avant les années
1960, si les francophones de l'Ontario constituaient la partie ontarienne du
Canada français; aujourd'hui, ils ne forment plus que la partie française de
l'Ontario. Plus souvent qu'autrement, le Québec agace ou même effraie les Franco-Ontariens. Dans un tel contexte, la reconnaissance officielle des droits
linguistiques semble plus aléatoire.
Dernière mise à jour:
17 nov. 2011


