Province de Québec

Les droits linguistiques
des autochtones

 

Capitale: Québec  
Population: 7,4 millions (2006)  
Langue officielle: français (de jure
Groupe majoritaire: français (79,0 %) 
Groupes minoritaires: anglais (7,7 %), langues immigrantes (10,9 %), langues autochtones (1 %): algonquin, attikamek, cri, inuktitut, micmac, montagnais ou innu, naskapi
Système politique: province de la fédération canadienne depuis 1867 
Articles constitutionnels (langue): art. 133 de la Constitution canadienne de 1867; art. 14, 16-23, 55, 57 de la Constitution canadienne de 1982 
Lois générales: Charte des droits et libertés de la personne (1975) ; Code civil du Québec (1991) ; Code de procédure civile du Québec (1965); Loi sur la consultation populaire (1978); Charte de la langue française (1977); Loi sur l'instruction publique (1988); Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans des organismes publics (2000); Loi sur l'exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l'État du Québec (2000).

Lois particulières: Loi sur les services de santé et les services sociaux pour les autochtones cris (1971); Convention de la Baie-James et du Nord québécois (1976); Loi sur les villages cris et le village naskapi (1978); Loi sur les villages nordiques et l'Administration régionale Kativik (1978); Loi sur l'instruction publique pour les autochtones cris, inuits et naskapis (1979); Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec (1984, abrogée); Règlement sur la langue d'enseignement des enfants qui résident ou ont résidé dans une réserve indienne (1997); Loi sur les autochtones cris, inuits et naskapis (2006).

 

1  Données démolinguistiques

Les autochtones du Québec forment un groupe hétérogène de 71 415 personnes, soit 9 % de la population autochtone du Canada. De ce nombre, environ 60 % des Amérindiens bénéficient d'un statut reconnu par la Loi sur les Indiens (législation fédérale) de 1867, tandis que les autres sont des Métis ou des Amérindiens sans statut. Près de 8300 Inuit habitent l'extrême nord du Québec. Même s’ils ne comptent que 1 % de la population totale du Québec, les autochtones constituent le cinquième groupe ethnique après les communautés française, britannique, italienne et juive. 

Peuple Nombre Famille
linguistique
Territoire Langue
d'usage
Langue seconde
Abénakis   1 900 algonkine Mauricie français abénaki
Algonquins   8 600 algonkine Nord-Est algonquin français
ou anglais
Attikameks   4 900 algonkine Nord attikamek français
Cris 13 000 algonkine Nord cri anglais
Hurons   2 800 iroquoienne près de Québec français anglais
Inuits   8 000 eskimo-aléoute Arctique inuktitut anglais
Malécites     570 algonkine rive sud du St-Laurent français anglais
Micmacs   4 300 algonkine Gaspésie micmac français
(ou anglais)
Mohawks 13 000 iroquoienne près de Montréal anglais mohawk
Montagnais (Innus) 13 800 algonkine Côte-Nord montagnais français
Naskapis     570 algonkine Nord-Est naskapi anglais
Le tableau ci-dessus présente la liste des 11 nations autochtones (peuples, nombre, langues, territoire, etc.) du Québec. On aurait intérêt également à consulter le tableau du ministère des Ressources naturelles du Québec concernant les données statistiques sur les nations, bandes, unités territoriales, superficies des territoires et populations.

On peut également visualiser une carte illustrant l'emplacement des villages autochtones du Québec et une autre montrant celui des villages inuitsLa majorité des autochtones des 11 nations amérindiennes habitent dans des villages et territoires qui leur appartiennent en propre. 

Les langues amérindiennes du Québec font partie des familles eskimo-aléoute au nord, iroquoienne et algonkine. La majorité de ces langues autochtones sont encore parlées par leurs locuteurs, alors que la tendance est nettement à l'inverse dans le reste du Canada. Voici les six nations dont la majorité parle encore la langue ancestrale: Algonquins (algonquin), Attikameks (attikamek), Cris (cri), Inuits (inuktitut), Montagnais (innu) et Naskapis (naskapi). 

Établissements amérindiens et inuits

Nom Type d'entité Ancien nom
Akulivik Municipalité de village nordique  
Akwesasne Réserve indienne Saint-Régis
Aupaluk Municipalité de village nordique  
Betsiamites Réserve indienne Bersimis
Cacouna Réserve indienne  
Chisasibi Municipalité de village cri Fort George
Coucoucache Réserve indienne  
Doncaster Réserve indienne  
Eastmain Municipalité de village cri  
Essipit Réserve indienne Les Escoumins
Gesgapegiag Réserve indienne Maria
Hunter's Point Établissement amérindien  
Inukjuak Municipalité de village nordique Inoucdjouac ou Port Harrison
Ivujivik Municipalité de village nordique  
Kahnawake Réserve indienne Caughnawaga
Kanesatake Établissement amérindien Oka
Kangiqsualujjuaq Municipalité de village nordique Port-Nouveau-Québec ou George River
Kangiqsujuaq Municipalité de village nordique Maricourt ou Wakeham Bay
Kangirsuk Municipalité de village nordique Bellin ou Payne Bay
Kawawachikamach Municipalité de village naskapi  
Kebaowek Réserve indienne  
Kitcisakik Étalissement amérindien Grand-Lac-Victoria
Kitigan Zibi Réserve indienne Maniwaki
Kuujjuaq Municipalité de village nordique Fort-Chimo
Kuujjuarapik Municipalité de village nordique Poste-de-la-Baleine ou Great Whale River
Lac-John Réserve indienne  
Lac-Rapide Réserve indienne Rapid Lake
Lac-Simon Réserve indienne  
La Romaine Réserve indienne  
Listuguj Réserve indienne Restigouche
Maliotenam Réserve indienne  
Manawan Réserve indienne Manouane
Mashteuiatsh Réserve indienne Ouiatchouan ou Pointe-Bleue
Matimekosh Réserve indienne  
Mingan Réserve indienne  
Mistissini Municipalité de village cri Baie-du-Poste ou Mistassini
Natashquan Réserve indienne  
Nemiscau Municipalité de village cri Némiscau ou Nemaska
Obedjiwan Réserve indienne  
Odanak Réserve indienne  
Oujé-Bougoumou Établissement amérindien  
Pakuashipi Établissement amérindien Saint-Augustin
Pikogan Réserve indienne Village-Pikogan
Puvirnituq Municipalité de village nordique Povungnituk
Quaqtaq Municipalité de village nordique Koartac
Salluit Municipalité de village nordique Saglouc ou Sugluk
Tasiujaq Municipalité de village nordique Baie-aux-Feuilles
Timiskaming Réserve indienne Témiscamingue
Uashat Réserve indienne Sept-Îles
Umiujaq Municipalité de village nordique  
Waskaganish Municipalité de village cri Fort-Rupert ou Rupert House
Waswanipi Municipalité de village cri  
Wemindji Municipalité de village cri Nouveau-Comptoir ou Paint Hills
Wemotaci Réserve indienne Weymontachie ou Weymontachingue
Wendake Réserve indienne Village-des-Hurons
Whapmagoostui Municipalité de village cri Poste-de-la-Baleine ou Great Whale River
Whitworth Réserve indienne  
Winneway Établissement amérindien Longue-Pointe
Wôlinak Réserve indienne Bécancour

2 La reconnaissance juridique

À l'instar du gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec ne s'est intéressé que tardivement à la question des droits des autochtones. Depuis 1975, le Québec a adopté plusieurs mesures dans les domaines de sa compétence, y compris dans celui de la langue. Le Québec est la seule de toutes les provinces canadiennes à avoir reconnu explicitement des droits à ses autochtones. Voici à ce sujet ce qu'on lit dans le préambule de la Charte de la langue française:
 

Préambule

L'Assemblée nationale reconnaît aux Amérindiens et aux Inuit du Québec, descendants des premiers habitants du pays, le droit qu'ils ont de maintenir et de développer leur langue et leur culture d'origine.

Ces principes s'inscrivent dans le mouvement universel de revalorisation des cultures nationales qui confère à chaque peuple l'obligation d'apporter une contribution particulière à la communauté internationale.

Dans la Loi sur l'exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l'État du Québec (2000), nous pouvons aussi lire cette reconnaissance aux articles 11 et 12:

Article 11

Droits des nations autochtones

L'État du Québec reconnaît, dans l'exercice de ses compétences constitutionnelles, les droits existants — ancestraux ou issus de traités — des nations autochtones du Québec.

Article 12

Relations avec ces nations

Le gouvernement s'engage à promouvoir l'établissement et le maintien de relations harmonieuses avec ces nations et à favoriser leur développement ainsi que l'amélioration de leurs conditions économiques, sociales et culturelles.

2.1  La législation et la justice

Dans les pratiques administratives, certaines lois québécoises sont parfois traduites en naskapi, lorsque celles-ci ont des incidences à leur égard. Il en est ainsi pour les règlements municipaux (du conseil de bande) : ils ne sont jamais rédigés dans les langues autochtones, sauf pour le naskapi.

Dans les tribunaux, l'usage oral d'une langue autochtone est juridiquement permis au Québec, notamment dans les cours itinérantes (par voie aérienne) du Grand Nord québécois. Ainsi, les articles 18 et 36 de la Charte des droits et libertés de la personne (1975) autorisent la traduction et l'interprétariat à toute personne qui ne comprend pas la langue du procès (le français ou l'anglais):
 

Article 18

Information sur motifs d'arrestation

Toute personne arrêtée ou détenue a droit d'être promptement informée, dans une langue qu'elle comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention.

Article 36

Assistance d'un interprète

Tout accusé a le droit d'être assisté gratuitement d'un interprète s'il ne comprend pas la langue employée à l'audience ou s'il est atteint de surdité.

L'article 878 du Code de procédure civile du Québec (1965) prévoit le recours à un interprète pour les langues autres que le français ou l'anglais:

Article 878

Dans le cas où la demande est présentée à un notaire, celui-ci ne peut déléguer à un autre notaire la responsabilité de procéder à l'interrogatoire que dans le cas où le majeur réside dans un lieu éloigné et qu'il y a lieu d'éviter des frais de déplacement trop coûteux. Si le majeur ne comprend pas suffisamment le français ou l'anglais et que le notaire ne parle pas la langue du majeur, le notaire peut, pour procéder à l'interrogatoire, soit demander les services d'un interprète, soit mandater un notaire parlant la langue du majeur. Dans tous les cas, le notaire ayant procédé à l'interrogatoire en dresse un procès-verbal en minute, traduit en français ou en anglais, le cas échéant. S'il n'a pas procédé à l'interrogatoire, le notaire dresse un procès-verbal en minute indiquant les motifs pour lesquels l'interrogatoire n'a pas eu lieu.

Juridiquement, l'usage de toute langue autochtone parlée, mais non écrite, est autorisé dans toutes les cours de justice, mais, dans les faits, aucune langue autochtone n'est pas habituellement utilisée dans les tribunaux. Partout, un interprète traduit les débats dans la langue autochtone, soit systématiquement soit à la demande d'une partie. Dans tous les cas, le juge doit rendre ses sentences en français ou en anglais, lesquels sont des langues officielles en matière de justice au Québec. 

Les mesures les plus importantes qu'a prises le gouvernement du Québec dans les services de cours itinérantes concernent certaines
communautés de la Basse-Côte-Nord, dont Natashquan et La Romaine. Il existe des bureaux permanents pour des intervenants judiciaires en milieu inuit, des ateliers de terminologie juridique en langues autochtones, des sessions de formation pour les conseillers parajudiciaires, un programme de mesures de rechange pour les adultes du milieu autochtone, etc.

Toutefois, il faut admettre que le système judiciaire canadien (pas seulement québécois), surtout le système pénal, ne répond pas encore aux besoins des autochtones du Canada, qu’ils soient Indiens, Inuits ou Métis, et ce, qu’ils habitent dans les réserves ou à l’extérieur, en milieu urbain ou en milieu rural, peu importe le territoire ou la province de résidence. C'est que les Canadiens d’origine européenne et les peuples autochtones affichent des conceptions très différentes à l’égard des problèmes en matière de justice. Il convient de mentionner que des mesures ont été prises depuis plusieurs années en vue d’améliorer certains services rendus dans les communautés autochtones. Du point de vue linguistique, on demande, entre autres, d’assurer la formation en anglais des membres de la magistrature travaillant en milieu autochtone, dont la langue seconde est l’anglais, et de veiller à ce que cette formation soit adéquate. Étant donné que beaucoup d'autochtones ont l'anglais comme langue maternelle, sinon comme langue seconde, il est demandé que les services juridiques ainsi que les formulaires soient facilement disponibles dans cette langue.

2.2 L'Administration publique

Le français est la langue officielle de l'Administration au Québec, mais des mesures particulières sont prévues à l'intention des autochtones. Il n'est habituellement pas possible de communiquer dans une langue autochtone lorsqu'on s'adresse aux services de santé et aux services de bien-être social (pas plus qu'avec le gouvernement fédéral), mais les Naskapis peuvent le faire dans leurs communications avec les agents autochtones de la Sûreté du Québec. Néanmoins, l'article 3 de la Loi sur les services de santé et les services sociaux pour les autochtones cris autorise le Ministre à mieux adapter les services de santé et les services sociaux aux besoins de la population en tenant compte des particularités régionales, y compris les particularités géographiques, linguistiques, socioculturelles et socio-économiques de la région, et à répartir entre ces services les ressources humaines et financières de la façon la plus juste et rationnelle possible. L'article 10 prévoit formellement que des services peuvent être accordés en langue anglaise:
 

Article 10.0.1

Services en langue anglaise

Un conseil régional doit élaborer, en collaboration avec les établissements, conjointement avec d'autres conseils régionaux, le cas échéant, un programme d'accès à des services de santé et des services sociaux en langue anglaise pour les personnes visées à l'article 5.1 dans les établissements qu'il indique, compte tenu de l'organisation et des ressources de ces établissements. Ce programme d'accès doit être approuvé par le gouvernement.

De façon générale, il n'est pas permis de communiquer dans une langue autochtone avec le gouvernement québécois, mais il est possible, avec l'aide d'interprètes, de tenir des réunions officielles dans une langue autochtone avec des représentants du gouvernement fédéral ou du gouvernement provincial.

Par ailleurs, la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans des organismes publics (2000) garantit aux autochtones l'accès à l'égalité en emploi :
 

La présente loi institue un cadre particulier d'accès à l'égalité en emploi pour corriger la situation des personnes faisant partie de certains groupes victimes de discrimination en emploi, soit les femmes, les personnes handicapées au sens de la Loi assurant l'exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale (chapitre E-20.1), les autochtones, les personnes qui font partie d'une minorité visible en raison de leur race ou de la couleur de leur peau et les personnes dont la langue maternelle n'est pas le français ou l'anglais et qui font partie d'un groupe autre que celui des autochtones et celui des personnes qui font partie d'une minorité visible.
 

Dans les administrations municipales, la plupart des peuples autochtones peuvent employer leur langue, car celle-ci est souvent la langue de leur village ou de leur municipalité (conseil de bande). C'est pourquoi plusieurs communautés publient leurs documents officiels dans leur langue, alors que la plupart ont leur propre station de radio. Quelques émissions sont présentées en français ou en anglais, mais en général la programmation est en langue autochtone.

2.3 L'éducation

Dans le domaine de l'éducation, deux articles de la Charte de la langue française traitent expressément de la langue des Amérindiens et des Inuits protégés par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975 (entente signée par les gouvernements fédéral et québécois). Ainsi, l'article 87 de la loi 101 permet l'usage d'une langue autochtone dans les écoles:
 

Article 87

Rien dans la présente loi n'empêche l'usage d'une langue amérindienne dans l'enseignement dispensé aux Amérindiens ou de l'inuktitut dans l'enseignement dispensé aux Inuits.

Le Québec autorise l'utilisation de ces langues amérindiennes dans les écoles primaires et secondaires autochtones: l'algonkin, l'atikamek, le montagnais (innu), le micmac et le mohawk. L'article 88 de la Charte de la langue française prévoit la création de commissions scolaires gérées par les autochtones, en particulier les Cris, les Inuit et les Naskapis. Conformément à la Loi sur l'instruction publique
 

Article 88

Malgré les articles 72 à 86, dans les écoles relevant de la commission scolaire crie ou de la commission scolaire Kativik, conformément à la Loi sur l'instruction publique pour les autochtones cris, inuit et naskapis (chapitre I-14), les langues d'enseignement sont respectivement le cri et l'inuktitut ainsi que les autres langues d'enseignement en usage dans les communautés cries et inuit du Québec à la date de la signature de la Convention visée à article 1 de la Loi approuvant la Convention de la Baie James et du Nord québécois (chapitre C-67), soit le 11 novembre 1975.

La Commission scolaire crie et la Commission scolaire Kativik poursuivent comme objectif l'usage du français comme langue d'enseignement en vue de permettre aux diplômés de leurs écoles de poursuivre leurs études en français, s'ils le désirent, dans les écoles, collèges ou universités du Québec.

Les commissaires fixent le rythme d'introduction du français et de l'anglais comme langues d'enseignement après consultation des comités d`école, dans le cas des Cris, et des comités de parents, dans le cas des Inuits.

Avec l'aide du ministère de l'Éducation, la commission scolaire Crie et la commission scolaire Kativik prennent les mesures nécessaires afin que les articles 72 à 86 s'applique aux enfants dont les parents ne sont pas des Cris ou des Inuit. Pour l'application du deuxième alinéa de l'article 79, le renvoi à la Loi sur l'instruction publique est un renvoi à l'article 450 de la Loi sur l'instruction publique pour les autochtones cris, inuits et naskapis.

Compte tenu des changements nécessaires, le présent article s'applique aux Naskapis de Schefferville.

Les commissaires d'écoles ont le droit de fixer le rythme d'introduction du français et de l'anglais comme langues d'enseignement après consultation des comités d'école, dans le cas des Cris, et des comités de parents, dans le cas des Inuit. Le Québec accorde des subventions aux diplômés qui désirent poursuivre leurs études en français dans les écoles, collèges ou universités de la province.

Par ailleurs, dans le Nunavik, les classes de la maternelle, ainsi que la première année et la deuxième année du primaire ne sont dispensées qu'en inuktitut, la langue maternelle des Inuits. La Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975 accorde une grande autonomie aux Inuits et aux Cris de la Baie-James pour administrer leurs propres programmes et déterminer leur langue d'enseignement.
 

Article 16.0.6

La Commission scolaire crie, à l'exclusion de toute autre commission scolaire, a compétence sur l'enseignement élémentaire et secondaire et sur l'éducation des adultes, et en a la responsabilité:

a) dans les limites territoriales de la municipalité scolaire visée à l'alinéa 16.0.3, quant aux personnes reconnues comme étant Cris conformément aux critères d'admissibilité stipulés au chapitre 3 de la Convention, et également quant à toute personne ne répondant pas à ces critères mais qui, ordinairement, réside dans ces limites territoriales ou dans les terres de la catégorie III entourées de terres de la catégorie, à l'exception des Inuits de Poste-de-la- Baleine,

b) dans les terres de la catégorie Il, quant à toute personne reconnue comme étant Cri, selon les critères d'admissibilité fixés par le chapitre 3 de ta Convention.

Chez les communautés autochtones qui gèrent leurs écoles, les langues suivantes sont enseignées au primaire: l'algonquin, l'attikamek, le cri, l'inuktitut, l'innu (montagnais), le naskapi, le micmac et le mohawk, ce dernier étant une langue seconde pour la plupart des apprenants. Généralement, cet enseignement dans les langues autochtones se fait de la première année à la troisième année, sauf pour les Inuits où l'enseignement de l'inuktitut est dispensé durant les six années du primaire. Ensuite, dans les autres communautés, cet enseignement peut diminuer considérablement pour laisser la place au français ou à l'anglais.

Pour les études secondaires, la situation est plus difficile, car généralement les communautés autochtones ne peuvent pas offrir d'écoles secondaires, sauf chez les Naskapis; c'est pourquoi la plupart des jeunes s’inscrivent dans les écoles françaises ou anglaises du réseau québécois. En ce qui a trait aux études postsecondaires, les autochtones fréquentent généralement les instituts et universités du réseau québécois. Plusieurs cégeps et universités ont mis sur pied des structures d’accueil et des programmes adaptés à leurs besoins. Le financement des services d’enseignement peut être, selon le cas, partagé entre les gouvernements fédéral et provincial.

Beaucoup de fonctionnaires, de professionnels, d'infirmières et d'enseignants francophones doivent œuvrer dans les régions nordiques où vivent les autochtones. Ces francophones croient pouvoir envoyer leurs enfants à l'école française parce qu'ils habitent au Québec, mais ce n'est pas toujours possible: il peut n'y avoir dans certaines régions aucune école française autant qu'anglaise. C'est pourquoi de nombreuses familles quittent le Grand Nord dès que leurs enfants ont atteint l'âge scolaire. Ou bien ils repartent vers le sud ou bien il s'installent à Iqaluit au Nunavut ou même à Whitehorse au Yukon, là où il existe des écoles francophones. C'est évidemment une situation qui contribue à favoriser l'énorme roulement du personnel administratif dans le Grand Nord du Québec. Pour les francophones, le futur de leurs enfants, ce n'est pas l'inuktitut, mais le français. En même temps, il faut faire en sorte que les Inuits puissent conserver leur culture, y compris leur langue. Il serait sûrement possible de trouver une solution à ce dilemme!

2.4 L'affichage

L'affichage émanant d'un conseil municipal amérindien ou d'un conseil de bande peut se faire en langue autochtone. Malgré les dispositions de la loi 101, l'affichage commercial est permis en algonkin, en attikamek, en cri, en inuktitut, en naspaki, en montagnais (innu), etc. Précisons que, même si les «réserves indiennes» relèvent du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (en vertu de la Loi sur les Indiens de 1867), le Québec accorde néanmoins aux autochtones un certain nombre de droits.

3 La politique linguistique à l'égard des autochtones

Lors des discussions constitutionnelles de 1982, les autochtones du Québec demandèrent au gouvernement de reconnaître leurs droits dans un document officiel. Le Conseil des ministres transmit alors sa position sous forme de 15 principes devant constituer la pierre angulaire de toute la politique du gouvernement à l'égard des autochtones. 

Deux de ces articles portent sur la langue (1983). L'article 1er reconnaît que "les peuples aborigènes du Québec sont des nations distinctes qui ont droit à leur culture, à leur langue, à leurs coutumes", tout comme le droit d'orienter elles-mêmes le développement de leur "identité propre". L'article 7 reconnaît aussi à ces nations le droit de posséder et de contrôler des institutions "qui correspondent à leurs besoins dans les domaines de la culture, de l'éducation, de la langue [...]" Quant à l'article 8, il accorde aux nations autochtones le droit de bénéficier de "fonds publics favorisant la poursuite d'objectifs qu'elles jugent fondamentaux".

En 1985, l'Assemblée nationale a adopté une Motion portant sur la reconnaissance des droits des autochtones, ce qui officialisait les principes de 1983. Le Secrétariat aux affaires autochtones publia en 1989 des directives dans un document intitulé Maintien et développement des langues autochtones du Québec. Le document énumère 12 objectifs en matière de langues autochtones que l'on peut résumer ainsi: reconnaissance officielle de la légitimité et de la valeur de ces langues, sauvegarde de l'héritage linguistique et culturel des nations autochtones, élaboration de programmes de maintien et de développement, soutien aux organismes œuvrant dans le domaine des langues autochtones. Mentionnons enfin que le Québec a également adopté une politique spécifique en matière de toponymie autochtone.

Selon une étude de 1992 réalisée par Bradford Morse de l'Université d'Ottawa, les autochtones seraient mieux traités au Québec que partout ailleurs au Canada, même mieux qu'aux États-Unis (Amérindiens), en Australie (aborigènes), en Nouvelle-Zélande (Maoris) et dans les pays scandinaves (Lapons). 

Cependant, la politique linguistique du Québec trahit des lacunes importantes. À l'exemple du gouvernement fédéral, le Québec semble considérer les autochtones comme des minorités ethniques, vision qu'ont toujours refusée les Premières Nations. Les autochtones reprochent au Québec de procéder trop souvent de façon ponctuelle et sectorielle, sinon de façon unilatérale, sans consultations et sans concertations véritables. Les énoncés de principe sont formulés de manière tellement vague qu'ils donnent lieu à des interprétations arbitraires de la part des représentants du Québec. 

La plus grave lacune de la politique québécoise tiendrait au fait qu'elle reste déclaratoire, sans précision sur les moyens techniques et financiers, ainsi que sur le calendrier d'application de la politique. En somme, la politique québécoise en matière d'aménagement linguistique à l'égard des autochtones est encore timide et tarde à prendre la forme d'un engagement concret.

4   Le Nunavik et la question de la territorialité chez les Inuits

Situé au nord du 55e parallèle, le Nunavik est un immense territoire de 507 000 km², soit le tiers de la superficie de la province ou l'équivalent de l'Espagne (504 782 km²). Le territoire du Nunavik correspond à tout le nord du Québec, après la limite des arbres. Le territoire actuel du Nunavut comprend également les îles de la baie d'Hudson, dont la plupart sont pratiquement collées au Québec. Ce territoire était habité par des populations inuites avant l'arrivée des Blancs. Au début du XXe siècle, c'était un territoire administré par la Compagnie de la Baie d'Hudson, par des missions anglicanes et la Gendarmerie royale du Canada. La région du Nunavik fait partie de la province de Québec depuis 1912 par une loi fédérale: la Loi de l’extension des frontières de Québec. Lors de la Seconde Guerre mondiale, comme à Frobisher Bay, l'armée américaine s'est installée à Kuujjuaq (ex-Fort-Chimo). Cette situation a entraîné l'anglicisation des Inuits vivant au Nouveau-Québec.

4.1 La population

Le Nunavik compte actuellement une population d'environ 11 000 habitants, dont 10 000 Inuits et un millier de non-autochtones. Cette population est jeune, car 60 % a moins de 25 ans, soit le double de la proportion correspondante dans le sud du Québec. Elle habite dans 14 villages qui comptent une population variant entre 150 (le moins populeux) à 2000 habitants (le plus important); ceux-ci sont situés le long de la baie d'Hudson ainsi que de la baie d'Ungava (voir la carte). Les villages sont distants l'une de l'autre de 100 à 850 km et ne sont pas reliés par route, ni entre eux ni avec le sud du Québec; l'avion est le seul moyen de transport possible. La compagnie aérienne First Air, une filiale de la Société Makivik, assure le transport du fret et des passagers entre le Nord et le Sud, tandis que la compagnie aérienne Air Inuit, une autre filiale de la Société Makivik, assure la liaison entre les 14 villages du Nunavik. D’autres compagnies offrent des services de transport aérien à Kuujjuaq: Atai Air Charters, Johnny May's Air Charters et Nunavik Rotors. Contrairement aux autres communautés autochtones, les Inuits du Québec n'habitent pas dans des réserves et leurs villages ont le statut de municipalité. De plus, les Inuits sont assujettis aux mêmes lois sur la taxation et la fiscalité que l'ensemble des citoyens québécois.

Ce n'est qu'avec la Révolution tranquille, c'est-à-dire au début des années soixante, que les Québécois francophones ont commencé à s'intéresser aux régions arctiques de leur territoire et à y développer des services publics. C'est seulement à ce moment que le gouvernement québécois a tenté d'y implanter un peu le français.

4.2 Un gouvernement régional

Le gouvernement du Québec est en train de mettre sur pied un «gouvernement régional» au Nunavik. Le gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec et la Société Makivik ont signé une entente en décembre 2007 en ce sens. Ce gouvernement régional (GRN), qui devrait voir définitivement le jour en 2013, sera dirigé par une assemblée de 21 membres, incluant les maires des villages et cinq personnes élues au suffrage universel, qui formeront l'exécutif. La nation naskapie désignera elle aussi un représentant. Un conseil exécutif sera formé de cinq membres élus par la population de toute la région. Le gouvernement régional régira un budget annuel de 400 millions de dollars, dont 75 % proviendra de Québec et d'Ottawa. Ce gouvernement détiendra des pouvoirs en matière d'éducation, de sa santé, de sécurité publique  et de transport. Mais les compétences de ce gouvernement demeureront limitées: il ne pourra, par exemple, lever des impôts ni adopter ses propres lois. Les lois fédérales et provinciales continueront de s'appliquer. Le pouvoir législatif de l'Assemblée du Nunavik s'exercera de façon exclusive dans les domaines de la langue et de la culture, et sera partagé avec le Québec et le Canada dans tous les autres domaines sur l'ensemble du territoire québécois au nord du 55e parallèle, y compris les domaines économique, financier, administratif et intergouvernemental.

4.3 La question de la territorialité

La question de la territorialité chez les Inuits constitue un sujet litigieux et controversé. En effet, les leaders inuits locaux n'ont jamais caché leur ambition de rattacher tout le nord du Québec (et le Labrador), à majorité inuite, au nouveau territoire du Nunavut. C'est ce qu'on pourrait appelé le «Grand Nunavut». Les Inuits du Nunavik veulent aujourd'hui plus qu'une administration locale. Certes, ce n’est pas demain la veille que le Nunavik sera rattaché au Nunavut, car les Territoires du Nord-Ouest (d'où est issu le Nunavut) relevaient de la juridiction exclusive du gouvernement fédéral qui possédait tout le pouvoir nécessaire pour y tracer de nouvelles frontières. 

Évidemment, ce serait autrement compliqué de modifier les frontières du Québec, comme de toute autre province, sans son consentement. Cela dit, il faut quand même s'attendre à ce que les leaders inuits du Québec multiplient les pressions pour inclure le Nunavik (Québec) dans le Nunavut, sans compter le Labrador (Terre-Neuve). Dans ces conditions, si jamais cela devait se produire, le Québec perdrait alors le tiers de son territoire.

Il ne faut pas oublier que la majorité des Inuits du Nunavik sont anglicisés —  ils sont généralement perçus comme des Anglo-Inuits — et qu'ils ne se considèrent pas québécois, pas plus que les Inuits du Labrador seraient des Terreneuviens! Un autre beau contentieux en perspective!

Les différentes politiques linguistiques en vigueur au Canada à l’égard des autochtones ne sont pas très élaborées. Le Québec ne fait pas exception, bien que sa politique y soit un peu plus développée. Dans la plupart des cas, il s’agit de politiques strictement sectorielles, notamment dans les domaines de l'éducation et de la santé. Les gouvernements semblent tous préoccupés par la dualité canadienne et des politiques de bilinguisme français-anglais. Alors, pour ce qui est des langues autochtones, c'est là une question secondaire.

N.B.:

On peut lire un excellent article de Louis McComber sur la situation des langues au Nunavik et intitulé «Le Nunavik québécois, une percée francophone dans l'Arctique», en cliquant ICI s.v.p.

Dernière mise à jour: 10 août 2011
 
  Le Québec  
(1) Informations préliminaires (2) La question démographique (3) Le défi de l'immigration (4) La politique linguistique du Québec et la Charte de la langue française
(5) Les modifications à la Charte de la langue française (6) Les droits linguistiques de la minorité anglophone La Charte de la langue française (8)Conclusion

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Accueil: aménagement linguistique dans le monde