Collectivité territoriale française |
Saint-Pierre-et-Miquelon(France) |
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Les îles de Saint-Pierre et de Miquelon constituent un petit archipel de 242 km² situé à quelque 25 km au sud-ouest de la province canadienne de Terre-Neuve (superficie de 112 200 km²), à 300 km de Sydney (Nouvelle-Écosse), à 1800 km de Montréal (Québec) et à 4279 km de Paris. Cet archipel compte deux îles principales, lîle de Saint-Pierre au sud-est et lîle de Miquelon (reliée à lîle de Langlade par une bande de sable), auxquelles sajoutent quelques îlots (voir la carte agrandie) qui ont été tour à tour occupés, puis abandonnés, tels l'île aux Pigeons, l'île aux Vainqueurs et l'île Verte (Green Island). Saint-Pierre-et-Miquelon a obtenu le statut de département français doutre-mer (DOM) en 1976 et celui de collectivité territoriale de la République française en 1985, puis en 2003 celui de COM ou collectivité d'outre-mer territoriale. Il nexiste que deux villes: Saint-Pierre, le chef-lieu, avec 5800 habitants, et Miquelon avec 710 habitants. D'ailleurs, le drapeau de cette collectivité territoriale française rappelle l'histoire de la colonisation de l'archipel par les Français. Le bleu représente l'océan Atlantique et le voilier jaune commémore le voyage de l'explorateur Jacques Cartier en 1535. Sur la hampe de gauche, on peut observer (de haut en bas) le drapeau du Pays basque (l'Ikurrin), puis celui de la Bretagne (l'hermine) et celui de la Normandie (les deux lions), rappelant ainsi les origines principales des colons français. |
Ce petit archipel français dAmérique du Nord ne compte que 6316 habitants, tous francophones. La quasi-totalité de la population (87,7 %) habite à lîle Saint-Pierre (5539 habitants), juste longue de huit kilomètres (26 km²). Lîle de Miquelon et lîle de Langlade, dune superficie totale de 216 km², ne comptent que 777 habitants.
Les habitants actuels des îles de Saint-Pierre et de Miquelon sont les descendants de Français (provinces du Pays basque, de Bretagne et de Normandie) et dAcadiens arrivés dans larchipel à partir de 1763, bien que la recolonisation de l'archipel ne soit datée que de 1816. En réalité, les Saint-Pierrais dorigine acadienne constituent la souche la plus ancienne de la population, même s'ils sont aujourdhui minoritaires dans larchipel. Lhistoire de Saint-Pierre-et-Miquelon est là pour nous rappeler la présence ancienne des Acadiens à travers les déportations successives et les nombreux rapatriements quils ont subis.
Quant aux descendants dorigine basque qui habitent encore larchipel, ils ont perdu leur langue depuis de nombreuses décennies. Daprès certains témoignages, il semble que plusieurs dentre eux parlaient encore le basque au XIXe siècle, et ce, jusquau début du XXe siècle. La plupart des Basques qui se sont établis dans larchipel devaient sans doute parler le labourdin étant donné quils venaient de la province basque du Labourd (en basque: Lapurdi).
Enfin, pour ce qui est des descendants bretons et normands, ils ont vite adopté le français, comme le firent dailleurs tous les colons établis en Nouvelle-France au XVIIe et au XVIIIe siècles. Cependant, plusieurs centaines de Normands sont aussi venus s'établir lors d'une vague plus tardive au XIXe siècle; ils venaient majoritairement de la région de la baie du Mont-Saint-Michel, ainsi que des villes de Grandville et d'Avranches. Aujourdhui, même si laccent des habitants de larchipel de Saint-Pierre-et-Miquelon semble sapparenter parfois à celui des Acadiens et des Normands, les Saint-Pierrais et les Miquelonnais parlent un français qui na rien à envier à celui de la Métropole.
Longtemps avant l'arrivée des Européens, les îles de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon avaient été habitées par des populations amérindiennes (les Béothuks) et paléo-esquimaudes (les Inuits), dont les traces s'étendent sur une période allant de 3000 avant notre ère jusqu'à 900 après notre ère. On sait que les Béothuks, qui habitaient l'île de Terre-Neuve en 200 avant notre ère, furent progressivement chassés par les Européens à partir du XVe siècle. Selon les historiens, les colons anglais du XVIIe siècle menèrent la vie dure aux Béothuks qui furent refoulés vers l'intérieur des terres jusqu'à leur disparition complète (la dernière Béothuk connue s'étant éteinte à St. John's de Terre-Neuve en 1829).
Avant toute exploration officielle, des pêcheurs bretons et normands sétablirent vers 1504 sur une base saisonnière à Saint-Pierre et vinrent pêcher dans les eaux de Terre-Neuve où la morue était abondante; des Basques sont venus chasser la baleine sur les bancs de Terre-Neuve à la même époque. Mais cest le navigateur portugais João Alvares Fagundes (ou José Alvarez Faguendes) qui, après avoir abordé les côtes de la Nouvelle-Écosse, le golfe Saint-Laurent et la côte sud de Terre-Neuve, découvrit officiellement, le 21 octobre 1520, larchipel de Saint-Pierre-et-Miquelon quil appela alors lîle des Onze Mille Vierges (Ilhas do Arcepelleguo das Onze Mil Virgens) en souvenir dune légende attribuée à sainte Ursule et à ses compagnes. Les Portugais conservèrent très peu longtemps ces îles qui, dailleurs, ne gardèrent pas leur nom originel («archipel des Onze Mille Vierges»), car en 1530 l'appellation des îles de Saint-Pierre fit son apparition sur les cartes marines.
3.1 Une possession française
Larchipel passa rapidement sous souveraineté française lorsque, le 5 juin 1536, Jacques Cartier y aborda avec deux bateaux, la Grande Hermine et l'Émérillon, au retour de son second voyage au Canada. Il y séjourna six jours et constata la présence de plusieurs navires «tant de France que de Bretagne». Il profita de son séjour pour en prendre officiellement possession au nom de François Ier, roi de France. Cartier écrivit en 1536:
| Nous fumes ausdictes yles sainct Pierre, où trouvasmes plusieurs navires, tant de France que de Bretaigne, depuis le jour sainct Bernabé, XIe de juing, jusques au XVIe jour dudict moys, que appareillasmes desdictes ysles sainct Pierre et vynmes au cap de Raze. |
Ce n'est pas Jacques Cartier qui avait nommé ainsi l'île Saint-Pierre, car il n'avait fait que reprendre une dénomination déjà connue en 1530. Dans les années qui suivirent, les prêcheurs basques et malouins utilisèrent les dénominations isle de sainct Pierre et isle de Miquetõ ou Miclon ou Miquelu (plus tard: Miquelon) pour désigner l'archipel.
Pour sa part, il semble que le mot Miquelon ait une origine basque espagnole, puisque San Miguel (saint Michel ou Michaël) est le patron des Basques espagnols. D'ailleurs, Samuel de Champlain employa en 1612 les dénominations de «ile Miquelon-Langlade» et de «ille aux basques». Selon cette théorie, le nom de San Miguel aurait été modifié successivement en Micqueto, Micquelle, Micklon, Miclon, Miquelo, Miquetongo, Micquelu, Miquellon, Milchon, Maquelon et enfin Miquelon.
Enfin, le toponyme Langlade ne proviendrait aucunement du nom du chevalier français Charles Michel de Langlade, qui vécut de 1729 à 1801 et effectua de longs séjours au Canada et aux États-Unis. Le mot Langlade est plutôt un dérivé d'un autre toponyme correspondant jadis au «cap d'Angleterre» ou England (selon une carte de Denis de Rotis, datée de 1674) ou encore «cap de Langlais» ou Langlois (selon une carte de Belleorme, datée de 1694). Le terme se serait progressivement modifié en «Langland», puis «Langlade» à la française. D'ailleurs, des cartes très anciennes témoignent d'une île baptisée «Terra England» dès 1610.
Cependant, cest seulement vers 1604 que des établissements sédentaires furent fondés, dont la ville de Saint-Pierre, par des pêcheurs bretons, normands et basques. Après le passage de Cartier, de nombreux Bretons, tout particulièrement de Saint-Malo, continuèrent à utiliser Saint-Pierre comme base de pêche saisonnière.
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À cette époque, Saint-Pierre-et-Miquelon était sous l'administration dun gouverneur qui résidait, depuis 1662, à Plaisance dans lîle de Terre-Neuve, qui formait alors une entité distincte du Canada et de l'Acadie en Nouvelle-France. Les îles de Saint-Pierre et de Miquelon faisaient donc partie de la colonie de Terre-Neuve. Située au sud-ouest de la péninsule d'Avalon, Plaisance (aujourd'hui Placentia) fut choisie par Louis XIV pour servir de capitale administrative à lîle de Terre-Neuve (voir la carte) afin de ne pas laisser cette grande île aux Anglais. À ce moment-là, pêcheurs français et anglais vivaient dans une certaine harmonie; les Français occupaient surtout le nord et le sud, les Basques s'étaient réservé la côte ouest, tandis que les Anglais exploitaient la côte est où ils avaient fondé St Joshn's. Le baron de Lahontan résume ainsi l'importance de Plaisance:
À l'apogée de leur présence à Terre-Neuve, soit entre 1678 et 1688, les Français (incluant les Basques) consacraient à la pêche environ 20 000 personnes (environ le quart de tous les marins de la Nouvelle-France) et quelque 300 navires, ce qui représentait en gros le double de l'effort des Britanniques sur l'île. |
Mais la colonie de Terre-Neuve savéra d'une grande fragilité et, malgré tous les efforts financiers et militaires du roi, elle fut considérée comme perdue dès 1690. En fait, des problèmes d'ordre économique internes, l'incompétence des gouverneurs français, les maigres ressources agricoles du territoire, ainsi que des tensions ethniques entre Basques, Malouins, Rochelais et Normands contribuèrent à affaiblir la colonie terre-neuvienne, donc du petit archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. La perte de Terre-Neuve en 1713 constituera la première phase d'encerclement de la colonie du Canada par les Britanniques.
3.2 Les chassés-croisés franco-anglais
Dès la fin du XVIIe siècle et lors de la guerre de Succession d'Espagne (1701-1713), tous les établissements français en Amérique du Nord, donc celui de Saint-Pierre-et-Miquelon, connurent une situation dinstabilité en raison des incessants conflits entre la Grande-Bretagne et la France. En effet, de 1690 à 1814, larchipel de Saint-Pierre-et-Miquelon fut pris et repris neuf fois alternativement par les Anglais et les Français, et, à quatre reprises, il fut totalement dévasté et tous les habitants déportés. Un véritable chassé-croisé de déportés, de maisons et de terres brûlées durant 125 années! Les Basques et les Malouins n'ont jamais conservé leur langue dans l'archipel, car non seulement ils parlaient généralement le français, mais ils furent constamment déportés par les Anglais.
Puis, par le traité dUtrecht de 1713, la France perdit l'île de Terre-Neuve (incluant la ville de Plaisance), les pêcheries du Labrador et l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Elle ne conserva que l'île Royale (maintenant l'île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse) pour le ravitaillement de ses escadres et de ses flottilles de pêche; on y commença la construction de la forteresse de Louisbourg. Une partie de la population de Saint-Pierre-et-Miquelon fut alors déportée à l'île Royale restée française avec l'île Saint-Jean (maintenant la province de lÎle-du-Prince-Édouard). Parmi les Saint-Pierrais et Miquelonnais qui vécurent lexode de 1713, certains se dirigèrent vers Louisbourg, les autres furent déportés en Nouvelle-Angleterre ou en Grande-Bretagne. Saint-Pierre devint un petit port de pêche terre-neuvien anglais. Dès la cession de Terre-Neuve à l'Angleterre, les pêcheurs anglais héritèrent des installations des Français et l'île vit arriver de nombreux colons venus du sud-ouest de l'Angleterre; à partir de 1720, d'autres immigrants vinrent en grand nombre du sud-est de l'Irlande. De majoritairement française, l'île de Terre-Neuve devint très majoritairement anglo-irlandaise, y compris le petit archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Après la défaite des Plaines-dAbraham à Québec en 1759 et la fin de la guerre de Sept Ans en Europe (1763), la France perdit toutes ses colonies dAmérique du Nord, mais récupéra le petit archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, qui avait été perdu lors du traité dUtrecht (1713). La France réussit à conserver ses privilèges sur le «French Shore» terre-neuvien, tout en utilisant Saint-Pierre comme base des opérations pour maintenir son lucratif commerce sur de vastes secteurs de la côte de Terre-Neuve.
Par le traité de Paris de 1763, cest le secrétaire dÉtat aux Affaires étrangères, le duc de Choiseul, qui avait réussi à obtenir, en guise de «dédommagement» de la part du gouvernement britannique, la restitution des deux petites îles au sud de Terre-Neuve. Voici les clauses de l'article 6 du traité (en version originale française):
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Article 6 Le Roy de la Grande Bretagne cede les Isles de St Pierre & de Miquelon, en toute Proprieté, à Sa Majesté Très Chretienne, pour servir d'Abri aux Pêcheurs François; Et Sa dite Majesté Très Chretienne s'oblige à ne point fortifier les dites Isles, à n'y établir que des Batimens civils pour la Commodité de la Pêche, & à n'y entretenir qu'une Garde de cinquante Hommes pour la Police. |
Dès lors, quelque 800 Acadiens victimes du «Grand Dérangement» (déportation) de 1755 vinrent trouver refuge dans larchipel de Saint-Pierre-et-Miquelon et sinstallèrent pour la plupart à Miquelon. Certains Acadiens de la Nouvelle-Écosse avaient été déportés en Virginie en 1755, expédiés en Angleterre en 1756, puis dirigés vers la France en 1763 avant de venir s'installer dans le petit archipel français. En 1767, le gouvernement français rapatria les Acadiens en France sous prétexte que les ressources des îles ne suffisaient pas pour subvenir aux besoins des nouveaux habitants. Dès l'année suivante, le gouvernement français changea d’avis et les renvoya à Saint-Pierre-et-Miquelon.
Pour une seconde fois depuis le traité d'Utrecht, la France conserva ses droits de pêche sur les côtes terre-neuviennes. Dailleurs, lopinion publique britannique a longtemps reproché à son gouvernement davoir cédé, malgré la défaite française de 1760, ce minuscule territoire en Amérique du Nord, ainsi que des droits de pêche jugés trop considérables dans des eaux territoriales «anglaises» réputées comme les plus poissonneuses du monde.
Au moment de la guerre de lIndépendance américaine (1775-1782), la France prit parti pour les Américains, ce qui justifia une nouvelle invasion britannique, par vengeance. En 1778, une escadre anglaise dirigée par lamiral anglais Montaguë s'empara des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon, détruisit toutes les installations de l’archipel et déporta tous les habitants (au nombre d’environ 1300) vers la France. Par voie de conséquence, les malheureux Acadiens furent à nouveau déportés vers la France; ils s’installèrent sur le long du littoral atlantique.
Quelques années plus tard, le traité de Versailles de 1783 restitua larchipel à la France et quelque 600 Acadiens retournèrent à Saint-Pierre... pour peu de temps. Les droits de pêche français, qui s'étaient poursuivis selon le régime du «French Shore» sur presque toute la côte nord de Terre-Neuve, furent modifiés pour se restreindre sur la côte ouest de l'île.
En 1796, en guise de représailles, lamiral français Richerie reprit larchipel, chassa lui aussi les occupants — anglais cette fois-là — et détruisit toutes les installations des pêcheurs. Pendant une vingtaine dannées, seuls les oiseaux et les mammifères sauvages habitèrent pacifiquement le petit archipel.
Le traité dAmiens (1802) rendit Saint-Pierre-et-Miquelon à la France, qui le reperdit en 1803, parce que la Grande-Bretagne était en guerre contre Napoléon. Après la défaite de Waterloo, les diplomates français réussirent à faire inclure, dans les clauses du second traité de Paris du 20 novembre 1815, la rétrocession — définitive? — à la France des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon. En juin 1816, les anciens colons et leurs familles revinrent s’installer dans l’archipel, mais ils débarquèrent sur «une terre aussi nue qu’au jour de sa découverte», car tout avait été rasé par les Britanniques. On peut donc affirmer que la population actuelle de Saint-Pierre-et-Miquelon tire son origine de la recolonisation de 1816 et que les Acadiens constituent la souche de la population la plus ancienne.
Il faut toutefois préciser que les Acadiens de l’île de Saint-Pierre tirent leur origine des Acadiens installés dans la colonie de Terre-Neuve, plus précisément de «capitale française» de Plaisance. Ces Acadiens se sont réfugiés à Louisbourg en 1713 avant de parvenir à Saint-Pierre en 1758. Quant aux Acadiens de Miquelon, ils sont surtout originaires de Beaubassin et de Beauséjour, en Nouvelle-Écosse.
3.3 Une petite colonie définitivement française
Depuis cette époque, larchipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est toujours resté sous juridiction française, mais les destructions dans larchipel continuèrent autrement. En effet, à trois reprises, soit en 1844, en 1865 et en 1867, de grands incendies anéantirent chaque fois soit une grande partie soit la quasi-totalité de la ville de Saint-Pierre. Bref, la colonisation française sur ce petit archipel na jamais été facile, car à plusieurs reprises dans le passé, les colons français nont trouvé que «le vide et le désert». À cela sajoute le fait que Saint-Pierre-et-Miquelon sest fréquemment trouvé dans un environnement hostile puisque les pêcheurs de Terre-Neuve ont souvent contesté les droits de pêche français en arrêtant les pêcheurs saint-pierrais et miquelonnais, et en confisquant leurs chaloupes.
À partir de 1892, l'île aux Marins (alors «île aux Chiens» jusqu'en 1931) fut érigée en commune et disposa d'une mairie, d'une église, d'un phare, d'écoles primaires, de lavoirs, de séchoirs, de monument aux morts, etc. On y dénombrait une population d'environ 700 habitants et de quelque 150 bâtiments.
En 1904, la France finit par perdre ses droits d'employer les rivages de la côte ouest de Terre-Neuve, le French Shore, en vertu d'une «entente cordiale», qui permettait à la France de conserver seulement le droit de pêcher dans les eaux terre-neuviennes.
Les années trente allaient entraîner le déclin de l'île aux Marins et la disparition de la municipalité. La population de l'île émigra progressivement vers l'île Saint-Pierre, mais la dernière école ne ferma qu'en 1963; le dernier habitant quitta l'île aux Marins en 1965.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Canada voisin prépara, avec l'accord des États-Unis, un projet de débarquement pour prendre possession des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon. Certains croyaient que des émissions radiophoniques pro-Vichy aidaient les U-Boot allemands présents sur les bancs de Terre-Neuve. Toutefois, la grande prudence du premier ministre canadien, William Lyon Mackenzie King (1935-1948), ne permit pas de mettre ces plans à exécution. En 1941, Charles de Gaulle demanda à l'amiral Émile Muselier de libérer Saint-Pierre-et-Miquelon à l'insu des autorités canadiennes et au grand scandale des États-Unis, ce qui suscita la méfiance de Franklin Roosevelt à l'égard du général de Gaulle. Le 20 juillet 1967, de Gaulle, alors président de la République française, marqua sa reconnaissance aux insulaires en faisant escale (le croiseur Le Colbert) à Saint-Pierre avant de poursuivre son voyage vers Québec (le 23 juillet) et Montréal (le lendemain) où il prononcera son célèbre «Vive le Québec libre». Seize ans plus (1982), tard, François Mitterrand deviendra le second président de la République à visiter l'archipel.
3.4 Un département français doutre-mer
En 1976, larchipel obtint le statut de département français doutre-mer. Par la loi du 17 juillet 1976, l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon passa du statut territorial fixé par le décret d'octobre 1946 et la loi-cadre dite Gaston Deferre de 1956-1957, à celui de département d'outre-mer. Conçue comme une «promotion» symbolique et comme une affirmation vis-à-vis du Canada, ce nouveau statut fut mal accueilli dans larchipel, notamment parce que linstauration dune sorte de «cordon douanier européen» perturba l'économie locale qui ne pouvait plus fonctionner librement avec lAmérique du Nord, et contribua ainsi à augmenter le coût de la vie. La Métropole permit certaines dérogations en ce qui a trait aux échanges commerciaux en Amérique, mais il aurait fallu tellement de concessions que la départementalisation savéra un échec.
Puis, à partir de 1977, un long conflit opposa le Canada et la France au sujet des 200 milles marins que réclamaient les deux pays autour de leurs côtes. Le tout se termina le 10 juin 1992 lorsque, dans un jugement sans appel, la Cour internationale de justice de La Haye accorda à Saint-Pierre-et-Miquelon un couloir de 10 milles de largeur et de 200 milles de longueur orienté en direction nord-sud (voir la carte). Enfin, en 1985, Saint-Pierre-et-Miquelon obtint le statut de collectivité territoriale de la République française.
En France, les lois dites de décentralisation (loi du 2 mars 1982) ont instauré une nouvelle répartition des compétences entre lÉtat et lorganisation territoriale. Cette «organisation territoriale» repose principalement sur trois niveaux d'administration: la commune, le département et la région. Sur le plan juridique, une collectivité territoriale est une personne morale de droit public (avec une dénomination, un territoire, un budget, du personnel, etc.), disposant de compétences propres et d'une certaine autonomie par rapport au pouvoir central. Autrement dit, commune, département et région disposent d'une liberté d'administration dans le cadre des lois de la République qui délègue des pouvoirs de décision à des élus afin qu'ils administrent eux-mêmes les communes, le département ou la région. Quant aux collectivités territoriales, elles disposent dune plus large autonomie de décision, notamment les collectivités territoriales à statut particulier comme Paris, Marseille, Lyon, mais aussi lîle de Corse, lîle Mayotte et larchipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Dans ce dernier cas, cest la loi du 11 juin 1985 qui érigea Saint-Pierre-et-Miquelon au statut de collectivité territoriale de la République française. Le gouvernement français légalisa officiellement l'autonomie fiscale et douanière, et élargit encore certaines compétences. Depuis, l'archipel est doté d'un Conseil général de 19 membres élus: Miquelon-Langlade élit quatre conseillers et Saint-Pierre, quinze. Le Conseil général, qui est assisté d'un comité économique et social, a des compétences propres en matière fiscale et douanière ainsi quen matière d'urbanisme et de logement. La collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon compte deux communes: Saint-Pierre et Miquelon-Langlade. L'archipel est représenté par un député, un sénateur et un conseiller au Conseil économique et social; le préfet réside à Saint-Pierre. Quant à l'administration judiciaire, elle comprend un tribunal supérieur d'appel, un tribunal de première instance et un conseil de contentieux administratif.
Larchipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est à la fois un département français et une collectivité territoriale à statut particulier. Par rapport à la France, seules certaines adaptations ont été prévues par la loi du 11 juin 1985. Cependant, celles-ci ne concernent pas la langue puisque les habitants de larchipel parlent le français. Cela étant dit, Saint-Pierre-et-Miquelon fait partie de la France et la politique linguistique qui y est appliquée tient compte de cette réalité juridique incontournable. En vertu de larticle 2 de la Constitution, le français demeure la langue officielle de Saint-Pierre-et-Miquelon: «La langue de la République est le français.» Dans les faits, cest la politique du laisser-faire que lon pratique dans larchipel puisque aucune intervention nest nécessaire.
Toute lADMINISTRATION LOCALE fonctionne uniquement en français. Les tribunaux ne procèdent également quen français. Il en est de même pour le Conseil général, le Comité économique et social, la gendarmerie nationale, les commerces, les loisirs, la radio-télévision, etc.
LENSEIGNEMENT à Saint-Pierre-et-Miquelon est le même qu'en France (métropole) et suit un calendrier identique. En 1994, daprès les données du Secrétariat dÉtat à loutre-mer du gouvernement français, les effectifs s'élevaient à 1506 élèves et recevaient un enseignement exclusivement français, sauf pour les cours de langues étrangères (anglais). L'archipel comptait, cette année-là, huit écoles maternelles et primaires, un collège privé, un lycée d'État et un lycée professionnel permettant aux jeunes de poursuivre leurs études jusqu'au baccalauréat. Pour les études supérieures, les jeunes se rendent en France; il existe un système de bourses financé par le Conseil général.
Pour ce qui est des MÉDIAS, ils fonctionnent tous en français. Le service public de la radio-télévision est assuré par la station de RFO (Société nationale de radio-télévision pour l'outre-mer). Saint-Pierre-et-Miquelon dispose également de deux canaux de télévision, l'un réservé à la diffusion des programmes de France 2 retransmis par satellite, l'autre à la diffusion de ceux conçus sur place par la station régionale de RFO. Les programmes radio de RFO sont constitués d'émissions reprises de Radio-France et d'autres produites sur place. Une radio locale privée émet aussi sur Saint-Pierre depuis 1984 (Radio-Atlantique). Enfin, la presse écrite compte un hebdomadaire LÉcho des caps, et un mensuel Le Vent de la liberté, auxquels s'ajoutent les journaux de métropole.
En ce qui a trait aux territoires d'outre-mer (DOM-TOM), le Cahier des missions et des charges de Réseau-France outre-mer (RFO) fait aussi allusion «à la promotion et à l'illustration de la langue française». Voici ce qu'énonce l'article 7 du décret no 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier des missions et des charges de la Société nationale de programme Réseau France Outre-mer (JO-28/03/93-p.5146):
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Article 7
La société contribue à la promotion et à l'illustration de la langue française dans le respect des recommandations du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Elle veille à la qualité du langage employé dans ses programmes. |
LAFFICHAGE COMMERCIAL est exclusivement français. En fait, cest «la France en terre dAmérique», comme le dit la publicité. Même les édifices de ladministration publique ont conservé une architecture dallure métropolitaine. Bien sûr, les Saint-Pierrais peuvent parler en anglais aux touristes, mais leur insularité et leur statut de collectivité territoriale française les mettent à labri de toute assimilation et de toute insécurité linguistique. On comprendra que les lois linguistiques françaises savèrent peu utiles dans cet archipel en raison de lhomogénéité linguistique des habitants et de leur insularité.
Bibliographie
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