United States of America

États-Unis d'Amérique

Présentation générale

 
Capitale: Washington
Population: 281,4 millions (2000)
Langues officielles: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: anglais (82,1 %)
Groupes minoritaires: espagnol (10,7 %), chinois, français, allemand, tagalog (filipino), vietnamien, italien, coréen, russe, polonais, arabe, portugais, japonais, + env. 160 langues dont 50 sont parlées par plus de 30 000 de locuteurs
Système politique: république fédérale de 50 États et d'un district fédéral
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition constitutionnelle 
Lois linguistiques: la Bilingual Education Act (1967 et 1974); la Emergency School Aid Act (1972); la Indian Education Act (1972); le Ethnic Heritage Program (1972); la Native American Languages Act of 1990; la Native American Languages Act of 1992; la Native American Languages Act Amendments Act of 2001; la No Child Left Behind Act of 2001; la Southwest Native American Language Revitalization Act of 2003.

1 Situation politique

Les États-Unis d'Amérique (en anglais: United States of America) forment une république fédérale constituée de 50 États et d'un district fédéral (voir la carte), celui de Columbia. Ce pays d'Amérique du Nord s'étend de l'Atlantique au Pacifique et du Canada au golfe du Mexique, et comprend aussi l'Alaska et les îles d'Hawaï. Avec un territoire de 9,6 millions de kilomètres carrés, dont 1,5 million km² seulement en Alaska, les États-Unis forment un «État-continent», le quatrième du monde par la superficie, doté de deux façades océaniques. La capitale du pays est Washington. Les plus grandes villes sont New York et Los Angeles, deux métropoles au rayonnement international.

Les États-Unis possèdent plusieurs «régions administratives associées». On compte deux Commonwealths (Porto Rico et les îles Mariannes du Nord) et quatre territoires non incorporés (les Samoa américaines, les îles Vierges américaines, l'île de Guam et la fédération de Micronésie). Il s'agit dans tous les cas d'îles constituant une forme de «protectorat américain». Généralement, les Commonwealths ou États associés tendent généralement à disposer d'une plus grande autonomie que les territoires non incorporés. Les États-Unis possèdent aussi des territoires inhabités, c'est-à-dire des îlots administrés par le ministère de l'Intérieur (United States Minor Outlying Islands): Johnston, Baker-et-Howland, Jarvis, Kingman Reef, Midway, Navassa, Palmyra et Wake. 

Voici la liste des 50 États américains, avec leur abréviation et la date de leur admission dans l'Union (les États avec des liens sont ceux disponibles dans ce site):


Alabama

AL

1819

Michigan

MI

1837

Alaska

AK

1959

Minnesota

MN

1858

Arizona

AZ

1912

Mississippi

MS

1817

Arkansas

AR

1836

Missouri

MO

1821

Californie

CA

1850

Montana

MT

1889

Caroline du Nord

NC

1789

Nebraska

NE

1867

Caroline du Sud

SC

1788

Nevada

NV

1864

Colorado

CO

1876

New Hampshire

NH

1788

Connecticut

CT

1788

New Jersey

NJ

1787

Dakota du Nord

ND

1889

New York

NY

1788

Dakota du Sud

SD

1889

Nouveau-Mexique

NM

1912

Delaware

DE

1787

Ohio

OH

1803

Floride

FL

1845

Oklahoma

OK

1907

Georgie

GA

1788

Oregon

OR

1859

Hawaï

HI

1959

Pennsylvanie

PA

1787

Idaho

ID

1890

Rhode Island

RI

1790

Illinois

IL

1818

Tennessee

TN

1796

Indiana

IN

1816

Texas

TX

1845

Iowa

IA

1846

Utah

UT

1896

Kansas

KS

1861

Vermont

VT

1791

Kentucky

KY

1792

Virginie

VA

1788

Louisiane

LA

1812

Virginie occidentale

WV

1863

Maine

ME

1820

Washington

WA

1889

Maryland

MD

1788

Wisconsin

WI

1863

Massachusetts

MA

1788

Wyoming

WY

1890

On peut aussi consulter un tableau des 50 États avec leur ordre d'admission dans l'Union en cliquant ICI. Cela dit, le pays peut être divisé en fonction de quelques grandes régions qui ont chacune un climat, une géographie, des traditions et un histoire particulières:

Dénomination anglaise Dénomination
française
États
New England (6) Nouvelle-Angleterre Connecticut, Maine, Massachusetts, New Hampshire, Rhode Island, Vermont
Middle Atlantic (5) Centre du littoral
de l'Atlantique
Delaware, Maryland, New Jersey, New York, Pennsylvanie
South (13) Sud Alabama, Arkansas, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Floride, Géorgie, Kentucky, Louisiane, Mississippi, Missouri, Tennessee, Virginie, Virginie occidentale
Midwest (11) Midwest Dakota du Nord, Dakota du Sud, Illinois, Indiana, Iowa, Kansas, Michigan, Minnesota, Nebraska, Ohio, Wisconsin
Southwest (4) Sud-Ouest Arizona, Nouveau-Mexique, Oklahoma, Texas
West (11) Ouest Alaska, Californie, Colorado, Hawaï, Idaho, Montana, Nevada, Oregon, Utah, Washington, Wyoming

2 Données démolinguistiques

Lors du recensement de 1990 (US Census Bureau), la population des États-Unis atteignait 230 millions d'habitants, mais le recensement d'avril 2000 révélait que la population américaine atteignait 281,4 millions d'habitants. D'après les calculs démographiques du US Census Bureau, la population des États-Unis devait franchir la barre des 300 millions, précisément à 7 h 46, le 17 octobre 2006. Toujours selon le US Census Bureau, la population par État se répartissait comme suit (par ordre décroissant) lors du recensement de 2000:

 

État Population
(ordre décroissant)
Population
(recensement 2000)
Californie 1 33 871 648
Texas 2 20 851 820
New York 3 18 976 457
Floride 4 15 982 378
Illinois 5 12 419 293
Pennsylvanie 6 12 281 054
Ohio 7 11 353 140
Michigan 8   9 938 444
New Jersey 9   8 414 350
Georgie 10   8 186 453
Caroline du Nord 11   8 049 313
Virginie 12   7 078 515
Massachusetts 13   6 349 097
Indiana 14   6 080 485
Washington 15   5 894 121
Tennessee 16   5 689 283
Missouri 17   5 595 211
Wisconsin 18   5 363 675
Maryland 19   5 296 486
Arizona 20   5 130 632
Minnesota 21   4 919 479
Louisiane 22   4 468 976
Alabama 23   4 447 100
Colorado 24   4 301 261
Kentucky 25   4 041 769
Caroline du Sud 26   4 012 012
Oklahoma 27   3 450 654
Oregon 28   3 421 399
Connecticut 29   3 405 565
Iowa 30   2 926 324
Mississippi 31   2 844 658
Kansas 32   2 688 418
Arkansas 33   2 673 400
Utah 34   2 233 169
Nevada 35  1 998 257
Nouveau-Mexique 36  1 819 046
Virginie occidentale 37  1 808 344
Nebraska 38  1 711 263
Idaho 39  1 293 953
Maine 40  1 274 923
New Hampshire 41  1 235 786
Hawaï 42  1 211 537
Rhode Island 43  1 048 319
Montana 44    902 195
Delaware 45    783 600
Dakota du Sud 46    754 844
Dakota du Nord 47    642 200
Alaska 48    626 932
Vermont 49    608 827
District de Columbia 50    572 059
Wyoming 51    493 782

On peut consulter la répartition de la population par État en cliquant ICI.

2.1 Le gentilé «Américain» et les autres

L'appellation courante pour désigner les habitants des États-Unis est Américains/Américaines, évidemment «American» en anglais.  Normalement, on associe le nom du pays aux habitants. Par exemple, le Canada abrite des «Canadiens», le Mexique des «Mexicains», la France des «Français», la Finlande des «Finlandais», le Liechtenstein des «Liechtensteinois», le Maroc des «Marocains», le Nigeria des «Nigérians», la Thaïlande des «Thaïlandais», la Nouvelle-Zélande des «Néo-Zélandais», etc. Il y a des exceptions, comme au Royaume-Uni et aux États-Unis. Les habitants du Royaume-Uni sont des «Britanniques» (incluant les Écossais, les Gallois, les Irlandais?) et ceux des États-Unis des «Américains». Le problème sémantique avec l'appellation de «Américains», c'est que les habitants des États-Unis s'approprieraient le continent en entier, comme si l'on faisait abstraction des 32 millions de Canadiens, des 100 millions de Mexicains, des 175 millions de Brésiliens, sans oublier les Argentins, les Colombiens, les Péruviens, les Chiliens, etc.

Certains voient dans le mot Américain le reflet de l'«impérialisme américain» et préfèrent parler des États-uniens (ou États-Uniens ou Étazuniens), terme attesté depuis 1955 en français (d'après Le Robert). Mais ce mot n'est pas vraiment passé dans l'usage, sauf de la part d'intellectuels français apparemment très branchés. L'usage du terme États-uniens est même perçu comme un signe d'«antiaméricanisme»; il est souvent associé à des organisations non gouvernementales très critiques à l'égard des États-Unis. L'appellation Américain(s) demeure le seul gentilé mentionné dans le Code de rédaction interinstitutionnel (1993) de l'Union européenne ainsi que, soulignons-le, dans la «Liste annexée» de l'arrêté du 4 novembre 1993 relatif à la terminologie des noms d'États et de capitales, adopté par le gouvernement français. C'est tout dire!

En réalité, le nom du pays, soit les United States of America, date de la fameuse Déclaration d'indépendance de 1776, alors que les citoyens des États-Unis étaient les seuls à pouvoir prétendre être des "American citizens" («citoyens américains»), puisque les autres habitants du continent demeuraient encore des sujets britanniques, espagnols, portugais ou français. Dans ces conditions, il serait passablement exagéré de soutenir que l'emploi du mot Américain (en anglais: American), terme consacré par l'usage, provient d'une volonté «hégémonique» de la part du peuple concerné.

Il existe en anglais d'autres mots pour remplacer American, notamment United-Statesian, United Statesian ou encore Unitedstatesian, mais sans trop de succès. On utilise parfois le mot Anglo-American (un «Anglo-Américain»), mais il sert généralement à désigner un citoyen des États-Unis dont les ancêtres sont originaires de l'Angleterre. Attention à l'appellation anglaise de Native Américan, car elle renvoie automatiquement aux Amérindiens (les «Indiens») et est synonyme de American Indian. En espagnol, les Hispaniques tous les non-Blancs parlant l'espagnol, incluant les Brésiliens lusophones et les Haïtiens francophones emploient généralement le mot Americanos, parfois Stadounidenses (de Estados Unidos) ou souvent par dérision Gringos. Fait à signaler, l'espéranto utilise le terme Usonanoj (ou Usonano au singulier), qui provient de United States of North America.

On utilise aussi le terme Nord-Américain (North-American) qui englobe alors tous les habitants de l'Amérique du Nord, c'est-à-dire les Canadiens, les Américains et les Mexicains, pour ne pas parler des Inuits et des Amérindiens. Dès lors, Nord-Américain s'oppose à Sud-Américain (South-American ou Sudamericano). Quant au terme de Latino-Américain, il englobe tous les habitants originaires de l'Amérique latine, qu'ils proviennent du Brésil ou du Guatemala, voire des États-Unis ou du Canada (les immigrants latino-américains); c'est souvent un synonyme de Hispanique. Mais le mot Hispano-Américain (Hispanoamericano) exclut les Brésiliens et tous les autres Latino-Américains qui ne parlent pas l'espagnol.

2.2 La diversité ethnique

La population des États-Unis frappe par sa diversité. Par exemple, les Latino-Américains et les groupes ethniques minoritaires (c'est-à-dire les groupes constituant moins de 50 % de la population et réunissant les Noirs d'origine non latino-américaine, les Asiatiques et les Amérindiens) ont enregistré une croissance démographique supérieure à celle de l'ensemble de la population. Ainsi, en 1970, ces groupes représentaient ensembles quelque 16 % de la population, mais en 1998, leur proportion atteignait les 27 %. En 2007, les Noirs représentaient 40 millions de personnes aux États-Unis, soit 14 %.

Dans l'hypothèse où ces tendances se maintiendraient, le Bureau du recensement prévoit que les Latino-Américains constitueront près de la moitié de la population des États-Unis d'ici 2050. Le magazine Time, pour sa part, annonçait qu'en 2056 les Blancs (''White'' ou ''Caucasian'') seraient minoritaires aux États-Unis. Bien que futuristes, ces projections montrent que les États-Unis connaîtront une expansion considérable de la diversité raciale et ethnique au cours du XXIe siècle. En 2000, les 10 pays fournissant le plus d'immigrants étaient le Mexique (173 900), la Chine (45 700), les Philippines (42 500), l'Inde (42 000), le Vietnam (26 700), le Nicaragua (24 000), le Salvador (22 600), Haïti (22 400), Cuba (20 800) et la République dominicaine (17 500). Les États-Unis continuent d'accueillir plus d'immigrants que tout autre pays dans le monde. Selon le recensement de 2000, les États-Unis comptaient 31 millions de personnes nées à l'étranger. C'est une augmentation remarquable de 57 % par rapport à 1990. Ces immigrants venaient de partout dans le monde, mais surtout des pays les plus pauvres où ils ont occupé des emplois mal payés. Malgré tout, la plupart de leurs enfants vivront mieux que leurs parents au plan matériel.

- Les minorités raciales

En 1978, le gouvernement fédéral américain publiait une directive appelée la Federal Directive No. 15, qui reconnaissait quatre «minorités raciales et ethniques» («racial and ethnic groups»), ce qui correspondrait aux minorités nationales officielles, soit les ''American Indians'', les "Asian Americans" (incluant les ''Pacific Islanders"), les "Blacks" et les "Hispanics" .

1) Les Amérindiens (''American Indians'') et les Indigènes d'Alaska (''Alaskan Natives'')

Toute personne ayant des origines issues de chacun des peuples autochtones d'Amérique du Nord et qui désire maintenir son identité culturelle par l'affiliation tribale ou la reconnaissance communautaire. Les Amérindiens sont désignés en anglais par de nombreux autres termes : Native Americans, First Americans, Original Americans, Indians, Amerindians, Amerinds, Aboriginal, Indians, Indigenous, Red Indians ou Red Men.

2)  Les Asiatiques (''Asian'') et les insulaires du Pacifique (''Pacific Islanders'')

Toute personne ayant des origines issues de chacun des peuples de l'Extrême-Orient, de l'Asie du Sud-Est, du sous-continent indien ou des îles du Pacifique. Cette catégorie de citoyens comprend, par exemple, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée, les Philippines et les Samoa.

3) Les Noirs (''Blacks'')

Toute personne ayant des origines issues de chacun des groupes de race noire d'Afrique.

4) Les Hispaniques (''Hispanics'')

Toute personne non blanche originaire du Mexique, de Porto Rico, de Cuba, de l'Amérique centrale ou de toute autre culture espagnole. Le terme Hispanic est celui qui est utilisé officiellement par les autorités fédérales américaines (recensement, formulaires, etc.), mais la communauté concernée préfère celui de Latino qui fait moins européen. Pour le gouvernement américain, les Hispaniques constituent un groupe ethnique, ce qui signifie qu'il existe des Hispaniques blancs et des Hispaniques de couleur. Généralement, les Brésiliens lusophones et les Haïtiens francophones sont considérés comme des «Hispaniques». Les Chicanos sont des Hispaniques originaires du Mexique et vivant aux États-Unis.

Dans les faits, les populations hispanophones (voir le dossier «La population hispanique  des États-Unis») proviennent, dans l'ordre, du Mexique, de Cuba, de Porto Rico, de l'Amérique centrale, de la République dominicaine et de la Colombie.

Au début de l'année 2000, la Directive no 15 a subi une révision pour inclure cinq catégories minimales sur les races en scindant la seconde catégorie comme suit: d'une part, les Asiatiques (''Asian''), d'autre part, les indigènes d'Hawaï (''Native Hawaiian'') et les autres insulaires du Pacifique (''Other Pacific Islander''). Le groupe des Blancs n'est pas considéré comme minoritaire aux États-Unis. On emploie les termes White ou Caucasian pour désigner les Blancs. Le recours au terme «caucasien» peut paraître désuet aujourd'hui, dans la mesure où il sert à représenter les habitants du Caucase, plus précisément ceux qui parlent une langue caucasienne. En 1863, le dictionnaire Littré précisait: «Race caucasienne, nom donné à la race humaine blanche, supposée issue du Caucase et des environs.» En français, ce terme n'est donc pas approprié. 

Évidemment, la grande diversité ethnique sème la panique chez une certaine partie de la population, surtout les citoyens anglophones blancs les WASP: White Anglo-Saxon Protestants , car ceux-ci craignent de perdre le contrôle de leur pays. Par conséquent, le meilleur moyen pour contrer ce danger, c'est au moins de d'assimiler rapidement les non-anglophones, surtout les Latinos (Hispaniques), qui se reproduisent plus vite que les Blancs.

- Les Hispaniques

Le tableau qui suit illustre la progression de la population hispanique aux États-Unis. Du 1er juillet 2006 au 1er juillet 2007, le nombre des Hispaniques a augmenté de 3,3 %, alors que celui des Asiatiques a augmenté de 2,9 %, celui des Noirs de 1,3 %, celui des Hawaïens d'origine et des insulaires du Pacifique de 1,6 % et celui des Amérindiens d'origine de 1 %. La croissance démographique de tous ces groupes a été bien supérieure à celle de la population blanche, qui n'a été que de 0,3 %. On compte 45,5 millions d'Hispaniques aux États-Unis, qui forment 15 % de la population du pays. Les Noirs constituent le deuxième groupe minoritaire le plus important ; ils sont au nombre de 40,7 millions, soit 13,5 % de la population. Les Hispaniques constituent le groupe ethnique connaissant la croissance la plus rapide des États-Unis; il représente environ 50 % du taux de croissance démographique de la population totale. Cependant, seuls 10 % des nouveaux électeurs américains sont d'origine hispanique, ce qui ne se transpose pas encore en réelle influence politique puissante.

- Les Métis

De plus, le recensement de 2000 révèle que beaucoup d'Américains se sont identifiés comme appartenant à deux «races». Ainsi, ont été recensées les réponses telles que multiracial, mixed, interracial ou tout autre groupe hispano-américain/latino (Mexicains, Portoricains, Cubain, Dominicains, etc.). Il suffisait de cocher la case «deux races ou plus» (''Two or more races'') ou inscrire plusieurs réponses dans la catégorie «Some other race». Au total, 6,8 millions d'Américains, soit 2,4 %, s'identifient à deux races ou plus.

Les journaux font état de l'importance croissante des Américains de «race mélangée» (''mixed race''). Un mot d'origine hawaïenne a été inventé: hapa signifiant «moitié blanc». On peut dire hapa haole («en partie blanc»), hapa kanaka («en partie hawaïen»), hapa popolo («en partie afro-américain), hapa pilipino («en partie philippin»), hapa pake («en partie chinois»), hapa kolea («en partie coréen»), etc. Bref, les Américains ayant, par exemple, du sang asiatique ou les Asiatiques ayant des ancêtres d'autres races ont également adopté ce terme. Le nombre des «hapa» a énormément augmenté ces dernières années; les hapa constituent aujourd'hui le sous-groupe le plus important, après les habitants ayant des origines chinoises, parmi les Américains ayant des ancêtres d'origines asiatique ou indigène des îles du Pacifique. Ils forment un vaste éventail d'identités.

Hawaï est l’État où le pourcentage de la population déclarant appartenir à «deux races ou plus» est le plus élevé (21,4 %), suivi de la Californie (4,7 %), l’État de Washington (3,6 %), l’État de New York (3,1 %), le Texas (2,5 %) et le New Jersey (2,5 %). On comprendra que la plupart des Américains regardaient la campagne présidentielle de 2008 de Barack Obama comme significative, ce dernier étant un Afro-Américain, né d'une mère blanche du Kensas et d'un père noir du Kenya, avec un second prénom (Hussein) qui fait peur aux Blancs. Pour de nombreux Américains, le candidat métis Obama — un hapa — symbolisait, entre autres, l’avenir de la question raciale dans ce pays. Quand Barack Obama est né, en 1961 à Honolulu, les mariages mixtes étaient encore interdits dans 16 États américains. Il concrétise maintenant une Amérique post-raciale!

Quoi qu'il en soit, si l'on a souvent accusé les Américains d'être racistes et xénophobes, l'élection de Barack Obama comme 44e président des États-Unis témoigne d'une ouverture d'esprit sans précédent. Si 96 % des Noirs ont voté pour Obama, il en fut ainsi pour 43 % des Blancs; chez les moins de 30 ans, cette proportion a grimpé à 54 %. Ainsi, les Américains, de quelque groupe ethnique qu'ils soient, ont élu à la présidence des États-Unis une personne qui représente 14 % de sa communauté (noire). Obama avait raison de déclarer au soir de sa victoire dans son discours du 4 novembre 2008:
 

It’s the answer spoken by young and old, rich and poor, Democrat and Republican, black, white, Latino, Asian, Native American, gay, straight, disabled and not disabled – Americans who sent a message to the world that we have never been a collection of Red States and Blue States: we are, and always will be, the United States of America. C'est la réponse des riches et des pauvres, des démocrates et des républicains, des Noirs, des Blancs, des Latinos, des Asiatiques, des Américains d'origine, des homosexuels, des hétérosexuels, des handicapés et des valides. Les Américains ont adressé un message au monde – nous ne sommes pas un amalgame d'États républicains ou démocrates ; nous sommes, et nous serons toujours les États-Unis d'Amérique.

La victoire de Barack Obama marque un tournant important contre la xénophobie. Il n'est pas sûr que la France en aurait fait autant en élisant un Maghrébin à la présidence ou que le Royaume-Uni aurait élu un Indo-Pakistanais comme premier ministre. Il n'est même pas certain que les francophones du Québec éliraient un anglophone (même bilingue) comme premier ministre de leur province.  

Le 20 janvier 2009, Barack Obama est devenu le 44e président des États-Unis. Mais les attentes à son égard paraissent si énormes qu'il ne pourra malheureusement que décevoir. Beaucoup d'Américains n'ont pas voté pour lui, notamment ceux qui ont peur qu'il augmente les taxes, qu'il interdise les armes ou la peine de mort, qu'il oblige les gens à apprendre l'espagnol, qu'il aille chercher de l'argent dans la poche des travailleurs qui l'ont honnêtement gagné pour le donner à n'importe qui, surtout qu'il est en faveur du droit des homosexuels, de l'avortement, de plus de justice sociale, de la réforme du système de santé, etc.

Les Américains ne recherchent pas qu'un président, ils cherchent aussi un sauveur! Mais Barack Obama fait partie de la grande tradition politique américaine, laquelle inscrit les États-Unis au centre du monde et au cœur d'un système d'alliances militaires et politiques érigé pour leur bénéfice. Obama parle aussi du rôle prépondérant de son pays; jamais il n'a écarté l'option d'agir seul si la sécurité des États-Unis était menacée. Le premier devoir d'un président des États-Unis est d'assurer la sécurité et la prospérité des Américains, pas de plaire aux Africains, au Français, aux Canadiens ou aux Mexicains. Parions aussi que les Noirs vont continuer à avoir une espérance de vie inférieure à celles des Blancs, à quitter l'école plus tôt, à gagner un salaire moins élevé et à être beaucoup plus nombreux en prison. Et ce poids terrible de la religion qui est toujours présent! Toutefois, Obama symbolise un espoir pour des centaines de milliers de jeunes Noirs qui n'en ont jamais eu. Par ailleurs, les alliés des États-Unis, notamment l'Union européenne, sont soulagés d'en avoir fini avec George W. Bush, qui demeurera l'un des présidents les moins populaires de l'histoire américaine, avec ses huit années de politique marquée par le conservatisme, l'unilatéralisme et le militarisme, sans oublier un gigantesque déficit qui atteindra les mille milliards de dollars.

2.3 L'anglais parlé aux États-Unis

L'anglais était parlé en 1990 par 86,1 % de la population; c'est donc dire que 13,8 % des Américains parlaient une autre langue maternelle que l'anglais. Cependant, depuis le recensement de 1990, la proportion des non-anglophones a considérablement augmenté, surtout chez les hispanophones qui devaient approcher les 20 %, dont plus de 10 % qui ne parleraient que l'espagnol. Les autres langues parlées sont celles des minorités d'origine européenne, asiatique, latino-américaine ou amérindienne. 

Selon le recensement de 2000, quelque 82,1 % de la population totale (281,4 millions) parlaient l'anglais à la maison, contre 17,8 % pour une autre langue. 
 

Catégorie Population %
Population âgée de cinq ans et plus 262 375 152  
Parlant anglais à la maison 215 423 557 82,11 %
Parlant une autre langue à la maison   46 951 595 17,89 %
- Parlant l'anglais «Très bien»   25 631 188   9,77 %
- Parlant l'anglais «Bien»   10 333 556   3,94 %
- Parlant l'anglais «Pas bien»      7 620 719   2,90 %
- Parlant l'anglais «Pas du tout»     3 366 132   1,28 %
Total des locuteurs de l'anglais moins que «Très bien»    21 320 407   8,13 %
Total des locuteurs de l'anglais moins que «Bien»    10 986 851   4,19 %

Le recensement de 2000 distingue quatre catégories de compétence en anglais: «Très bien», «Bien», «Pas bien» et «Pas du tout».

Peter Brimelow, l'auteur de Alien Nation (1995), précisait en 1990 que le Bureau du recensement avait rapporté pour la première fois  l'existence d'un nombre significatif d'Américains «natifs» âgés de cinq ans ou plus qui ne parlaient pas ou peu l'anglais. Entre 1990 et 2000, les locuteurs d'une langue autre que l'anglais aurait augmenté de 40 %, ce qui implique 5,6 millions de personnes.

Résidants des États-Unis âgés de 5 ans et plus

1990
(en millions)
2000
(en millions)
Gain en %
(en dix ans)
Population totale 230,5 262,4 13,8 %

Parlant une autre langue que l'anglais

31,8 47,0 47,8 %

Parlant l'anglais «moins que très bien»

14,0 21,3 52,1 %
Américains nés aux États-Unis 210,7 231,7 10,0 %

Parlant une autre langue que l'anglais

16,2 21,5 32,7 %

Parlant l'anglais «moins que très bien»

4,0 5,6 40,0 %
Américains nés à l'étranger 19,8 30,7 55,1 %

Parlant une autre langue que l'anglais

15,6

25,5

63,5 %
      Parlant l'anglais «moins que très bien»

10,0

15,7 57,0 %

Parmi les citoyens américains nés à l'étranger, on noterait une nette «détérioration» du nombre des locuteurs parlant l'anglais. Il s'agirait d'une augmentation de 63,5 % (autre langue) et de 57 % (moins que très bien).  Ces résultats sont perçus par beaucoup d'Américains comme une véritable catastrophe pour l'intégration sociale. On comptait 329 langues parlées aux États-Unis lors du recensement de 2000.

2.4    Les autres langues parlées

Selon le US Census Bureau (2000), voici les langues autres que l'anglais parlées par plus de 100 000 locuteurs aux États-Unis, ce qui représente plus de 17 % de la population totale:
 

Rang Langue maternelle
(Recensement 2000)
Population
(Total: 262 375 152)
Pourcentage
1 espagnol 28 101 052     10,7 %
2 chinois 2 022 143    0,7 %
3 français 1 643 838    0,6 %
4 allemand 1 382 613    0,5 %
5 tagalog 1 224 241     0,4 %
6 vietnamien 1 009 627     0,3 %
7 italien 1 008 370    0,3 %
8 coréen 894 063 0,3 %
9 russe 706 242 0,2 %
10 polonais 667 414 0,2 %
11 arabe 614 582 0,2 %
12 portugais 564 630 0,2 %
13 japonais 477 997 0,1 %
14 créole français 453 368 0,1 %
15 grec 365 436 0,1 %
16 hindi 317 057 0,1 %
17 persan 312 085 0,1 %
18 ourdou 262 900 0,1 %
19 goudjarati 235 988 0,09 %
20 arménien 202 708 0,08 %
  autres langues 4 485 241 1,7 %
  TOTAL 46 951 595 17,8 %
Source: US CENSUS BUREAU (2000): Twenty Languages Most Frenquently Spoken at Home for the Population 5 Years and Over, Census 2000 Summary File 3.

Comme on le constate dans le tableau ci-dessus, l'espagnol vient en tête et il est suivi du chinois, du français, de l'allemand, du tagalog (filipino), du vietnamien, de l'italien, du coréen, du russe, du polonais, de l'arabe, du portugais, du japonais, du créole français, du grec, de l'hindi, du persan, de l'ourdou, etc. On peut représenter géographiquement ces langues par la carte suivante:

La carte montre bien que les États américains les plus touchés par le multilinguisme sont d'abord situés au sud-ouest, à l'ouest et au sud. Ce sont les États suivants: la Californie (40 )%, le Nouveau-Mexique (36 %), le Texas (32 %), l'État de New York (28 %), Hawaï (26 %), l'Arizona (26 %), le New Jersey (26 %), la Floride (22 %), le Nevada (22 %), le Rhode Island (20 %) et l'Illinois (19 %). Voici un tableau récapitulatif:

 

Le 11 plus importants États dont les locuteurs
parlent à la maison une autre langue que l'anglais

Californie 40 %
Nouveau-Mexique 36 %
Texas 32 %
New York 28 %
Hawaï 26 %
Arizona 26 %
New Jersey 26 %
Floride 22 %
Nevada  20 %
Rhode Island 20 %
Illinois  19 %

En 2000 (US Census Bureau) , les langues maternelles autres que l'anglais les plus importantes étaient, rappelons-le, l'espagnol (10,7 %), le chinois (0,7 %), le français (0,6 %), l'allemand (0,5 %), le tagalog (0,4 %), le vietnamien (0,3 %), l'italien (0,3 %), le coréen (0,3 %), le russe (0,2 %), le polonais (0,2 %), l'arabe (0,2 %), le portugais (0,2 %), le japonais (0,1 %) et le créole français (0,1 %). Parmi les quelque 320 langues parlées aux États-Unis, seul l'espagnol semble constituer une menace pour la langue dominante, l'anglais.

Des millions d'autres étrangers viendront aux États-Unis au cours des prochaines années, que ce soit pour immigrer, étudier ou visiter le pays. Mais ils ne devraient pas jouir de la même liberté, du moins si l'on se fiait aux déclarations de l'ancien président américain, George W. Bush (voir la liste des présidents). En effet, tous les services d'immigration sont tombés sous la coupe du super-ministère de la Sécurité intérieure, le Department of Homeland Security’s. Les fonctionnaires ont dû avoir à l'œil les nouveaux immigrants... surtout ceux d'origine arabe et musulmane! Ce fut une sorte d'institutionnalisation du «profilage ethnique», une pratique policière vivement dénoncée par les mouvements noirs des années quatre-vingt-dix. Beaucoup d'Américains croient que, depuis le 11 septembre 2002, les frontières sont devenues trop poreuses. Au haut de son perchoir dans la baie de New York, la statue de la Liberté a dû verser une larme tout en se méfiant des terroristes qui rêveraient de la faucher.

 

Rang Langue Population (2000) %
1 anglais

215 423 557

82,11 %
2 espagnol

  28 101 052

10,71 %
3 chinois

   2 022 143

0,77 %
4 français

   1 643 838

0,63 %
5 allemand

1 383 442

0,53 %
6 filipino

1 224 241

0,47 %
7 vietnamien

1 009 627

0,38 %
8 italien

1 008 370

0,38 %
9 coréen

894 063

0,34 %
10 russe

706 242

0,27 %
11 polonais

667 414

0,25 %
12 arabe

614 582

0,23 %
13 portugais (créole portugais)

564 630

0,22 %
14 japonais

477 997

0,18 %
15 créole français

453 368

0,17 %
  Autres langues 6 180 586 2,36 %

On peut consulter le tableau original du US Census Bureau de 2000 sur les langues parlées aux États-Unis en cliquant ICI.


2.5    Les Amérindiens et leurs langues

Rappelons que, lorsque Christophe Colomb arrivant d'Espagne découvrit le Nouveau Monde en 1492, environ 1,5 million d'autochtones vivaient sur le territoire continental actuel des États-Unis. Croyant avoir mis le pied aux Indes — alors qu'il s'agissait de San Salvador aux Bahamas — Colomb appela les autochtones américains «Indiens». Au recensement de 1990, on dénombrait plus de deux millions, après avoir été 250 000 vers 1900. La moitié des autochtones vit dans cinq États: la Californie, l’Oklahoma, l’Arizona, le Nouveau-Mexique et la Caroline du Nord. Autoal, les Amérindiens sont répartis surtout dans une quinzaine d'États. On peut consulter le tableau des populations amérindiennes par État à ce sujet. Aujourd'hui, beaucoup d’Américains sont fiers de leur origine amérindienne et la revendiquent. Pourtant, la situation sociale de cette population reste inférieure aux normes américaines et elle est rarement enviable, en dépit d’incontestables progrès.

Selon le US Census Bureau, on estimait en 1990 qu'environ 282 000 Amérindiens parlaient encore l'une de leurs langues ancestrales (voir le tableau des langues amérindiennes en usage). La langue amérindienne la plus importante est le navajo (142 886) parlé dans le sud du pays. Les seules autres langues comptant plus de 10 000 locuteurs sont le dakota ou sioux (13 387), l'apache (11 563) et le pima (11 449). On doit mentionner ensuite le choctaw (8147), le zuni (6343), le hopi (5264), le muskogee (4706),  l'ojibwa (4518), le crow (4143), le tewa (3437), etc.  Le groupe Ethnologue présente, pour sa part, un autre tableau (voir le tableau d'Ethnologue) par ordre décroissant du nombre des locuteurs. Selon cette source (approximative), le navajo, l'ojibwa de l'Ouest, le dakota, le choctaw, l'apache de l'Ouest, le cherokee, le papago-pima et le yupik central sont les seules langues parlées par plus de 10 000 locuteurs.

Évidemment, plusieurs langues amérindiennes sont en voie d’extinction et ne sont parlées que par moins de 10 locuteurs assez âgés. Quelque 75 langues amérindiennes survivraient présentement aux États-Unis. 

En 1968, une commission des Affaires Indiennes concluait au sujet des langues amérindiennes: «Les deux tiers de nos problèmes résident, aujourd'hui, dans la différence de langue... Leur dialecte barbare devrait être éradiqué et remplacé par la langue anglaise.» La commission soutint qu'«en utilisant une langue unique, les sentiments et les pensées deviendraient uniques  [...]» Cette même commission ajoutait: «Le temps aidant, les différences produisant des problèmes devraient graduellement être assimilées.» Effectivement, durant des décennies, de nombreuses familles amérindiennes furent séparées afin d'empêcher les enfants d'apprendre à parler comme leurs parents; ainsi, les pensionnats indiens, fondés au siècle dernier pour appliquer cette politique de séparation des familles, a laissé des générations d'Amérindiens sans liens avec leur langue et leur culture ancestrale. À partir de 1990, le gouvernement fédéral changea son fusil d'épaule envers les langues amérindiennes lorsqu'il adopta la Native American Languages Act qui instaura une politique de défense de ces langues. Aujourd'hui, l'Administration fédérale dépense environ deux millions de dollars pour les langues amérindiennes (les «natives Americans»). Il n'en demeure pas moins que, selon Douglas Whalen, président du «Endangered Languages Fund» du laboratoire Haskins de l'Université de Yale: «Fondamentalement, toutes les langues amérindiennes sont en dangers.» Par exemple, dans certaines tribus, du fait que peu de locuteurs parlent encore leur langue ancestrale, l'anglais a été officiellement adopté pour des raisons économiques, tout en essayant de donner aux enfants des notions de vocabulaire et syntaxe dans cette langue ancestrale.

2.6 La religion des Américains

Depuis la création des États-Unis, la religion est officiellement séparée de l'État. Ce principe est reconnu par la Constitution à l'article VI et au premier amendement:
 

Article VI

[...] The Senators and Representatives before mentioned, and the members of the several state legislatures, and all executive and judicial officers, both of the United States and of the several states, shall be bound by oath or affirmation, to support this Constitution; but no religious test shall ever be required as a qualification to any office or public trust under the United States.

Amendment I

Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the government for a redress of grievances.

Article VI

[...] Les sénateurs et représentants susmentionnés, les membres des diverses législatures des États et tous les fonctionnaires exécutifs et judiciaires, tant des États-Unis que des divers États, seront tenus par serment ou affirmation de défendre la présente Constitution ; mais aucune profession de foi religieuse ne sera exigée comme condition d'aptitude aux fonctions ou charges publiques sous l'autorité des États-Unis.

Premier amendement

Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre.

Ce premier amendement garantit la non-ingérence de l'État dans les religions et la liberté de culte. Il n'est fait aucune référence ni à Dieu ni à la Providence. En fait, cet "establishment clause" interdit que le Congrès favorise un culte quelconque, ce qui correspond à la séparation de l'Église et de l'État, ce qui n'implique pas pour autant la séparation entre la religion et la politique. En même temps, la "free exercise clause" garantit la libre expression de toutes les religions. L'État fédéral ne subventionne aucune école religieuse au nom de la liberté religieuse, car si la Constitution interdit l'officialisation d'un culte, c'est uniquement au plan fédéral, les États demeurant libres d'encourager ou de restreindre la pratique d'une religion particulière.

- Les «trucs sur Dieu»

Néanmoins, les références à Dieu sont omniprésentes dans la vie publique américaine. Par exemple, on peut lire sur la monnaie «In God we trust», c'est-à-dire «En Dieu, nous croyons». Pensons aussi aux cérémonies d'investiture des présidents des États-Unis et leur serment sur la Bible, la présence obligatoire d'un pasteur, etc. Même les militaires invoquent Dieu de la façon suivante: «God bless America» («Dieu bénisse l'Amérique»). Aux États-Unis, personne ne trouve incongru que le président organise des petits-déjeuners de prière (des "prayer breakfasts") à la Maison-Blanche. Un grand discours présidentiel sans référence à Dieu est simplement impensable, ce qui lui vaudrait des voix de moins aux prochaines élections. Mais la plupart du temps, ces références demeurent abstraites et symboliques. Franklin Roosevelt le disait clairement, lui qui était plutôt laïcisant, lorsqu'il parlait des «God stuff» (des "trucs sur Dieu"). Il faut qu'un président disséminent ça et là dans ses discours des «trucs sur Dieu». Cela ne fait de mal à personne et ça plaît à l'électorat! 

Si les élus truffent leurs discours de références religieuses, les «hommes de Dieu» se permettent des allusions politiques. Bref, la séparation de l'Église et l'État est souvent mis à mal, par exemple, par des évangélistes qui cherchent à orienter les choix politiques des Américains. Pensons simplement aux questions concernant l'avortement (généralement CONTRE) ou la peine de mort (généralement POUR). Par ailleurs, de nombreux prédicateurs vivent dans un luxe ostentatoire aux frais de leurs fidèles et n'en éprouvent aucune culpabilité, car la richesse matérielle est un signe de la bonté de Dieu à leur égard.  

Les États-Unis sont depuis longtemps sous l'emprise de leurs propres fondamentalistes religieux; cette emprise n'a jamais été aussi forte qu'au cours des deux décennies qui ont précédé le fameux 11 septembre. Les fondamentalistes américains ont tendance à diaboliser leurs ennemis et déifier leurs héros et leurs idoles. C'est pourquoi ils croient que leur pays est «béni des dieux», une sorte de «terre promise» où règnent la liberté et la démocratie. Ils ne peuvent comprendre pourquoi les autres nations ne partagent pas leur vision. Henry Kissinger, ancien secrétaire d'État des présidents Richard Nixon et de Gerald Ford, explique ainsi cette vocation quasi religieuse dans son pays:
 

Dépositaire du principe de liberté, l'Amérique estimait normal de voir dans la sécurité que lui assuraient deux océans l'expression de la Providence, et d'imputer ses actions à une intuition morale supérieure et non à une marge de sécurité dont ne jouissaient pas les autres nations.

C'est ce qui explique en partie pourquoi les dirigeants du pays estiment généralement que la plus grande contribution que peuvent apporter les États-Unis au reste du monde serait d'en exporter les valeurs, un phénomène qui découlerait de leur «destinée manifeste».

- Les croyants

Selon les données recueillies en 2001 par l'institut Gallup, environ 95 % des Américains affirment croire en Dieu et plus de la moitié de ceux-ci seraient pratiquants; les sondages fournis par l'institut Gallup révèlent que le fréquentation des églises se situerait autour de 40 %, mais des estimations de 2003 laissent croire que le taux de fréquentation hebdomadaire des lieux de culte serait plutôt de 20 % à 28 %, voire plus faible.

Les deux tiers des Américains pratiquants sont des chrétiens protestants, ce qui équivaut à 52 % de tous les Américains. Suivent les catholiques (23,9 % en 2008), les juifs (1,7 %), les bouddhistes (0,7 %), les musulmans (0,6 %) et les indous (0,4 %). Parmi les protestants, citons les baptistes (17,1 %), les méthodistes (6,1 %), les pentecôtistes (4.9 %), les luthériens (4,6 %), les presbytériens (2,7 %), les mormons (1,7 %), les épiscopaliens (1,5 %), les congrégationnalistes (0,8 %), les évangéliques (0,3 %), etc. En général, les États les plus religieux sont ceux du Sud, hormis la Californie; ceux de la Nouvelle-Angleterre comptent parmi les moins religieux. Certaines religions sont plus conservatrices que d'autres, dont les mormons, les quakers et les évangéliques. les Les athées et les agnostiques représenteraient 6,6 % des Américains. Cela étant dit, le gouvernement américain ne recense pas ses citoyens par religion. Toute statistique sur ce sujet relève de sondages ou d'approximations.

- Les changements de croyance

Déjà au XIXe siècle, Alexis de Tocqueville avait remarqué qu'aux États-Unis la liberté et la religion étaient «intimement unies l'un à l'autre» (De la démocratie en Amérique). Le croyant américain d'aujourd'hui se veut libre de choisir sa foi; c'est pourquoi il est enclin au switching, donc au changement de croyance ou d'appartenance religieuse, et ce, d'autant plus qu'il existe au moins 2150 confessions religieuses organisées aux États-Unis. Certaines considérations pratiques favorisent le switching. Par besoin d'insertion sociale, tout Américain qui déménage de ville ou d'État est susceptible de changer en même temps de religion. Précisons aussi que les institutions religieuses des États-Unis sont toutes confrontées à la concurrence, ce qui se reflète dans différentes formes de religiosité: le zapping religieux, la spiritualité alternative, l'attrait de l'évangélisme postdénominationnel, etc. 

- L'empire du mal

Malgré cette présence de la religiosité aux États-Unis, le pays est le champion du monde pour la production de films pornographiques et le taux de divorce est l'un des plus élevés au monde. C'est un pays de contradictions! La rhétorique actuelle américaine, qui tourne autour de l'«empire du mal», de l'«axe du mal» ou de toute autre manifestation diabolique, peut faire sourire ou hurler d'indignation par son ineptie évidente. Après le drame du 11 septembre 2001, George W. Bush, dans un climat de religiosité extrême, a fait appel à l'esprit de croisade contre l'«axe du mal», ce qui apparaîtrait comme une incongruité inacceptable en Europe. C'est exactement ce genre de comportement que l'ex-président Bush reprochait aux fondamentalistes musulmans. En voici un témoignage de la droite chrétienne américaine, par exemple l'organisme "Wake Up America", qui croit que le déclin moral du pays est la conséquence directe du rejet de Dieu (2001):

There is a storm raging across America. Alcoholism, drug abuse, teen pregnancy, abortion, homosexuality, school violence, child abuse, pornography, rape, robbery and murder pervade our nation. America is drowning in wickedness and immorality. By all measures, this storm threatens to erode the moral and political foundations of America.

As God and His principles continue to be systematically and incrementally removed from America, our nation and individuals will continue to experience even greater moral decay.

Une tempête fait rage dans toute l'Amérique. Alcoolisme, abus de drogue, grossesses adolescentes, avortement, homosexualité, violences scolaires, enfants maltraités, pornographie, viol, vol et meurtre ont envahi notre nation. L'Amérique se noie dans le mal et l'immoralité. Tout indique que cette tempête menace d'éroder les fondements moraux et politiques de l'Amérique.

Comme Dieu et ses principes continuent d'être systématiquement et progressivement supprimés de l'Amérique, notre nation et les individus continueront l'expérience d'une plus grande décrépitude morale.

Les attentats du 11 septembre seraient une punition que Dieu infligerait aux Américains pour avoir toléré, par exemple, les féministes, les gais et les lesbiennes, les athées, les libertaires et même les juges fédéraux. Cette idéologie de l'intolérance devrait être néanmoins être prise au sérieux, car elle exprime une sorte d'obsession américaine du mal qui viendrait apparemment de l'extérieur, mais qui provient en fait de l'intérieur même des États-Unis. Cette menace du mal s'affiche partout, que ce soit dans l'intolérance face au multilinguisme, l'analphabétisme et l'illettrisme, les injustices sociales entre les gens de couleur et les Blancs, le retour périodique de l'obsession raciale, l'application de plus en plus fréquente de la peine de mort, la montée d'une ploutocratie irresponsable, l'omniprésence de l'obésité et la vie à crédit pour la société de surconsommation, sans oublier les armes en vente libre et la quasi-absence de sécurité sociale.

Rappelons aussi que la «question linguistique» est souvent perçue aux États-Unis comme une «question religieuse», car la Bible révélerait que, avant la construction de la tour de Babel (interprétée comme «une punition de Dieu»), le monde ne parlait qu'une seule langue! L'Amérique doit revenir aux sources de la Bible et l'usage exclusif de l'anglais traduirait le mieux l'héritage culturel du peuple américain. N'oublions pas que le patriotisme américain véhicule l'idée que l'Amérique est la nouvelle Terre promise bénie par Dieu!

3 Le statut juridique de l'anglais aux États-Unis

Sur le plan constitutionnel, il n'existe pas de langue officielle aux États-Unis, du moins en ce qui concerne le gouvernement fédéral américain. La Constitution américaine de 1787 (toujours en vigueur mais plusieurs fois modifiée depuis) ne contient, en effet, aucune disposition linguistique. Or, on le sait, le fait de ne pas avoir de langue officielle n'est pas dû à un oubli de la part des auteurs de la Constitution, car il s'agissait d'une volonté délibérée de planification linguistique: ne pas intervenir par voie législative afin que l'anglais puisse s'imposer par lui-même. Étant donné que, selon la Constitution, les pouvoirs résiduels, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas expressément dévolus à l'État fédéral ou aux États membres, sont dits «conservés par les États et par le Peuple», la question de la langue fait partie de ces pouvoirs résiduels. Néanmoins, l'anglais a acquis, au plan fédéral, le statut de langue officielle dans les faits (de facto).

Il n'en est pas de même pour les États membres de la fédération américaine; là, les législations linguistiques peuvent être relativement importantes parce que les États y ont exercé leur «pouvoir résiduel». Plusieurs États se sont d'ailleurs dotés d'une constitution déclarant l'anglais langue officielle et quelques-uns d'entre eux ont même adopté des lois pour la promotion de l'anglais ou pour le maintien de certains services en d'autres langues. En ce moment même, 29 États américains ont adopté l'anglais comme langue officielle. Toutefois, bien que 21 États n'aient pas adopté l'anglais comme langue officielle, ils peuvent quand même légiférer en matière de langue.

De façon générale, on peut affirmer que les Américains ont toujours maintenu dans le passé des politiques linguistiques restrictives à l'égard des langues minoritaires sans qu'il n'ait été nécessaire d'adopter des lois en ce sens. En réalité, bien que la plupart des Américains ont toujours pensé que l'anglais était la langue officielle des États-Unis, il n'a existé, avant 1980, aucune loi faisant de l'anglais la langue officielle de la nation. La situation a bien changé depuis quelques années, surtout devant la progression démographique des hispanophones.
 

Dernière mise à jour: 27 juillet, 2009
 

Les États-Unis d'Amérique

 

(1) Les États-Unis d'Amérique: présentation générale
(2) La politique linguistique fédérale
(3)  Les États américains: présentation générale
(4) Liste des États américains disponibles
(5) Bibliographie

Amérique du Nord

Accueil: aménagement linguistique dans le monde