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Histoire sociolinguistique
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La période qui suivit la guerre de Sécession fut celle de l'industrialisation. La vapeur et l'électricité remplacèrent la simple force physique, le fer puis l'acier remplacèrent le bois. La mécanisation permit d'actionner les outils en acier pendant que le pétrole servait à la lubrification des machines et à éclairer les maisons, les usines et les rues. Le train transportait des biens et des personnes d'un bout à l'autre du pays. Le téléphone, la machine à écrire et la machine à calculer allaient accélérer considérablement le travail administratif. Le développement économique apporté par l'industrialisation allait cependant se faire aux dépens d'une main-d'oeuvre noire, mais aussi blanche (pauvre), chinoise, européenne et féminine, rétribuée en fonction de la couleur, de la nationalité, du sexe et de la classe sociale. En 1883, alors qu'il s'adressait à l'Association du barreau de l'État de New York, le juge David J. Brewer déclarait: «C'est une loi constante que la richesse de l'ensemble de la communauté soit entre les mains du petit nombre.» Il faut comprendre que le «petit nombre» concernait les Blancs d'origine anglo-saxonne.
Le rôle de l'État consistera à régler pacifiquement les conflits qui agitent la classe la plus aisée de la société, à réprimer l'esprit de révolte qui anime les plus défavorisés et à adopter des politiques destinées à garantir la stabilité du système en place. Dorénavant, que les politiciens soient républicains ou démocrates, il ne se produira pas de grands bouleversements dans la vie politique nationale. La réussite économique s'accompagnera de nombreux scandales, ceux de la politique et de la finance, sans oublier de farouches luttes sociales.
Néanmoins, la pratique démocratique progressera lentement, car, après la guerre de Sécession, les femmes n'avaient pas encore le droit de vote, les Noirs accédaient rarement et difficilement aux urnes, alors que les hommes blancs, y compris les immigrants non encore naturalisés, pouvaient participer aux élections.
L'augmentation rapide de la population constitue une donnée fondamentale du développement des États-Unis. La population était de 30 millions à la veille de la guerre de Sécession. Elle passera à 92 millions en 1910, ce qui signifie qu'elle aura triplé en un demi-siècle.
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Il n'existe dans l'histoire que fort peu d'exemples similaires d'une croissance aussi rapide. À la fin du XIXe siècle, les Américains vantaient déjà leur melting pot (la «fonte dans un creuset») et se félicitaient de leur aptitude exceptionnelle à assimiler les étrangers et à en faire de bons citoyens. Effectivement, les immigrants, quelles que fussent leurs origines, devaient se mouler dans le creuset de la nation qui forme un «homme nouveau»: l'Américain. Certains observateurs commencèrent même à parler de smelting pot («fonderie dans le creuset» ). En une trentaine d'années, de la guerre de Sécession à la fin du siècle, la population totale des États-Unis doubla, passant de 31,4 millions à 62,9 millions. Au tournant du siècle, elle dépassait les 75 millions. Ce boom fut surtout la conséquence d'une accélération sans précédent des flots d'immigrants. Au début du XXe siècle, c'est plus d'un million de personnes qui arrivaient chaque année, avec un bilan global de l'ordre de plus de 22 millions jusqu'à la Première Guerre mondiale. |
1.2 La dilution des Anglo-Saxons
Évidemment, l'accroissement numérique modifia la population d'origine. Ente 1860 et 1870, les Anglo-Saxons représentaient encore 98 % des nouveaux arrivants, auxquels étaient venus s'ajouter des Écossais, des Irlandais et un nombre grandissant de Hollandais et de Scandinaves. Le peuplement britannique, scandinave et germanique demeurait donc important en chiffres absolus, mais diminuait en importance relative. Les Anglo-Saxons représentaient 48,4 % de l'immigration totale entre 1890 et 1900. Ils furent peu à peu relayés par des non-anglophones, surtout des Italiens et des Slaves. Après 1890, la part des Britanniques tombera à 2,7 %, celle des Irlandais à 7,9 %.
L'immigration slavo-latine passa à 51,6 %, puis à 72,2 % au début du XXe siècle. Lentement, s'ajoutèrent des Africains, des Arméniens, des Bulgares, des Serbes, des Chinois, des Russes, des Cubains, des Coréens, des Japonais, des Mexicains, des Syriens, des Turcs, etc. Des Juifs arrivèrent en grand nombre à partir de 1880, alors qu'ils fuyaient les pogroms organisés en Europe de l'Est ; puis, au cours des quarante-cinq années qui suivirent, deux millions de Juifs vinrent s'installer aux États-Unis; ils sont aujourd'hui plus de cinq millions. Comme les statistiques de l'époque ne parvenaient plus à épuiser la liste des nationalités, il fallut ajouter une rubrique supplémentaire: «Autres pays».
En même temps, l'essor de l'enseignement public permit à toute une génération de travailleurs d'acquérir un minimum de connaissance en anglais écrit et en arithmétique. Outre l'anglais et l'arithmétique, l'histoire devint une discipline obligatoire destinée à forger le patriotisme des futurs citoyens. Les enseignants dans les écoles devaient être des citoyens américains et prêter serment de fidélité à leur pays. Par précaution, les administrateurs des établissements scolaires se virent confier un droit de regard sur les manuels scolaires utilisés.
1.3 Les dangers pour la «pureté de la race»
Certains Américains s'inquiétèrent pour l'originalité de la civilisation et la «pureté de la race»; ils comparaient les «Américains à trait d'union» (Irlando-Américains, Italo-Américains, Russo-Américains, Sino-Américains, Hispano-Américains, etc.) aux «vrais Américains». Ils préconisèrent aussitôt des restrictions à l'immigration.
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Vers la fin du XIXe siècle, il arriva tellement d'immigrants aux
États-Unis que le gouvernement créa un poste de contrôle de l'immigration sur
l'île d'Ellis, dans la rade de New York. Entre 1892, l'année de son ouverture,
et 1954, celle de sa fermeture, douze millions de personnes passèrent par les
portes de l'île d'Ellis.
En 1886, le gouvernement français fit don aux États-Unis de la statue de la Liberté, qui se dresse encore dans le port de New York, sur une île voisine. Le sculpteur Frédéric Auguste Bartholdi fut choisi pour réaliser cette oeuvre commémorant le centenaire de la Déclaration de l'indépendance américaine. Les Américains furent responsables de la construction du socle et les Français, de la construction et de l'assemblage de la statue; Gustave Eiffel réalisa son armature métallique. La statue de la Liberté fut inaugurée par le président Groover Cleveland le 28 octobre 1886. Ce fut sur elle que beaucoup d'immigrants posèrent ensuite leur premier regard en arrivant dans leur nouveau pays. On peut affirmer que les effets de l'immigration furent incontestablement bénéfiques pour les États-Unis. |
En 1901, le président Theodore Roosevelt, personnalité haute en couleurs, pouvait déclarer: «Nous avons un excellent estomac; nous digérons tout ce qu'on nous envoie.» Il précisait aussi: «Nous, Américains, sommes les enfants du creuset. Celui-ci ne remplit son office que s'il fabrique un modèle national unique avec tous ceux qui y pénètrent.» Cependant, la réalité n'était pas aussi simple. Les dernières vagues d'immigrants n'avaient plus guère de points communs avec les premiers pionniers: plutôt que de vouloir construire un nouveau pays, ils fuyaient de mauvaises conditions économiques ou politiques, et ne désiraient qu'améliorer leur sort. Ils ne parlaient pas anglais, étaient souvent illettrés et ne trouvaient d'emplois que dans les usines des régions manufacturières. Les nouveaux venus s'entassaient dans les ports de l'Atlantique, les agglomérations sidérurgiques des Grands Lacs et dans quelques grandes villes, dont New York où se multipliaient les quartiers juifs et italiens. Entre 1900 et 1914, près de 13 millions d'immigrants entrèrent aux États-Unis, ce qui correspond à plus de trois fois la population des Treize Colonies fondatrices. Les Britanniques ne représentaient plus que 6,4 % de l'immigration européenne, les Irlandais 3,7 %, les Allemands 3,9 %. Par contre, les Polonais, les Russes et les Italiens regroupaient 74,8 % du contingent.
Cette nouvelle immigration faisait très peur aux «vrais» Américains. Le 12 octobre 1915, le président Theodore Roosevelt résumait assez bien la pensée de ses contemporains en s'adressant aux Chevaliers de Colomb au Carnegie Hall de New York:
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There is no room in this
country for hyphenated Americanism. [...] The one absolutely certain way of bringing this nation to ruin, of preventing all possibility of its continuing to be a nation at all, would be to permit it to become a tangle of squabbling nationalities, an intricate knot of German-Americans, Irish-Americans, English-Americans, French-Americans, Scandinavian-Americans or Italian-Americans, each preserving its separate nationality, each at heart feeling more sympathy with Europeans of that nationality, than with the other citizens of the American Republic. [...] We have but one flag. We must also learn one language and that language is English. |
[ll n'y a pas de place dans ce
pays pour des Américains au trait d'union. [...] La seule façon absolument sûre de provoquer la ruine de cette nation, de prévenir toute possibilité qu'elle continue à être une Nation, serait de la laisser devenir un enchevêtrement de nationalités querelleuses, un nœud complexe de Germano-Américains, d'Irlando-Américains, d'Anglo-Américains, de Franco-Américains, de Scandinavo-Américains ou d'Italo-Américains, chacun préservant sa nationalité propre, chacun manifestant dans son cœur plus de sympathie avec les Européens de cette nationalité qu'avec les autres citoyens de la République américaine. [...] Nous avons un seul drapeau. Nous devons aussi apprendre une seule langue et cette langue c'est l'anglais.] |
C'était une époque où les flots d'immigrants en provenance de l'Europe envahissaient les villes pour aller travailler dans les usines. Quelques rares voix — dont le philosophe Horace Kallen dans Democracy Versus the Melting Pot — laissaient entendre que la diversité ethnique enrichissait la civilisation américaine, mais de façon générale le pluralisme culturel n'était pas pas très à la mode. Les idéologues du multiculturalisme étaient rarissimes.
1.3 La réaction des White Anglo-Saxon Protestants (WASP)
C'est alors que les WASP, les fameux White Anglo-Saxon Protestants de la vieille Amérique, commencèrent à s'interroger sur leurs possibilités d'assimiler le flot des immigrants dont les pratiques religieuses étaient très éloignées du protestantisme. Une certaine xénophobie se développa, surtout avec l'arrivée massive des immigrants asiatiques; on parla alors ouvertement du «péril jaune». En 1870, le Sénat adopta un projet de loi destiné à réduire l'immigration chinoise, mais le président Rutherford B. Haynes utilisa son veto. Toutefois, la loi finira par être adoptée en 1888 malgré l'opposition de la Maison-Blanche: ce fut la Chinese Exclusion Act, qui ne sera abrogée qu'en 1943 par la Chinese Exclusion Repeal Act («Loi abrogeant l'exclusion chinoise»). La Chinese Exclusion Act resta dans l'histoire américaine la première mesure ouvertement raciste de la politique d’immigration des États-Unis. En fait, plus de 70 % des immigrants qui furent détenus dans l'île Angel (transformée en centre de détention entouré de barbelés et surnommé «Ellis Island of the West»), située dans la baie de San Francisco, furent des Chinois. En 1887, fut fondée l'American Protective Association qui réclamait la limitation des nouveaux immigrants, la connaissance de l'anglais pour les candidats à l'immigration et l'interdiction pour les catholiques d'accéder à des fonctions électives.
Par la suite, la School Commission du district de San Francisco adopta en 1906 une ordonnance interdisant aux enfants japonais de fréquenter les établissements scolaires des jeunes Blancs. En 1907, le sociologue Ashton Dooley posait la problématique de cette façon: «Le melting pot réussira-t-il à fondre en un métal de bon aloi, suffisamment pur et résistant, les ingrédients si disparates que la nouvelle immigration y déverse?» Les WASP favorisèrent la création d'associations, par exemple l'Immigration Restriction League, qui visaient à empêcher certains peuples de fouler le sol américain. Malgré le contexte xénophobe de l'époque, la politique fédérale d'immigration ne fut à peu près pas modifiée entre 1905 et 1917, sauf par l'introduction d'un Bureau de l'immigration chargé de dresser une liste des «indésirables». Parmi ceux-ci, mentionnons d'abord les illettrés, puis les alcooliques, les indigents, les infirmes, les fous, les polygames et les personnes atteintes de maladies contagieuses. Par la suite, la liste s'allongea avec les épileptiques, les prostituées, les mendiants professionnels et les anarchistes. Durant ce temps, la Californie avait adopté une loi en 1913, la California Alien Land Act («Loi sur les terres étrangères de Californie»), qui interdisait aux étrangers d'origine asiatique de posséder des terres et limitait la durée de leurs baux ruraux à trois années. Malgré les restrictions imposées par les lois anti-immigration, les États-Unis laissaient entrer plus d'un million d'immigrants par année et n'en refusaient qu'entre 20 000 et 25 000.
Après la Première Guerre mondiale, le Congrès fixa des restrictions rigoureuses pour les nouveaux immigrants. Jusqu'alors, seuls les Asiatiques (surtout les Chinois et les Japonais) avaient fait l'objet de mesures restrictives. Une loi de 1921 fixa un «quota de 3 % par nationalité», en prenant comme critère le nombre de personnes nées dans le pays et qui y résidaient en 1910, le tout complété par un plafond de 375 000 immigrants annuels. Le journaliste Edward Clarke avait alors affirmé: «Nous refusons de faire de notre nation le dépotoir du globe.» Une nouvelle loi de 1924 — l'Immigration Act — abaissa le quota à 2 % et fixa le plafond annuel à 150 000 immigrants, le tout fondé sur des théories pseudo-scientifiques. Bien peu d'Américains blancs à l'époque admettaient que les Américains de couleur avaient droit, eux aussi, aux libertés et au prérogatives garanties par la Constitution. L'État le plus libéral du monde devint alors un pays où l'accès devenait l'un des plus difficiles. De près d'un million, le nombre annuel des immigrants tomba à quelque 100 000. Cette politique restrictive de l'immigration favorisa l'entrée d'immigrants en provenance des pays frontaliers, c'est-à-dire du Mexique et du Canada. Les quotas eurent un autre effet: la réduction de la main-d'œuvre ouvrière qui entraîna le recours de plus en plus important au machinisme et à l'automatisation.
L'un des effets de la Première Guerre mondiale a trait aux mots et à la culture allemande. Tout ce qui faisait se rapportait à l'allemand devint proscrit. Le musique et la littérature allemande furent bannies. Certains mots, dès qu'ils étaient associés à la langue allemande, furent interdits pour un temps, tels bretzel et choucroute.
En somme, l'idéologie WASP exaltait la «Providence divine» qui a créé les États-Unis, privilégiait le protestantisme comme référence religieuse obligée, survalorisait le rôle des colons et des pionniers d'origine britannique, et rejetait les sous-cultures et les doubles appartenances. Le modèle dominant reposait entièrement sur la culture anglo-saxonne et la langue anglaise. D'ailleurs, durant l'entre-deux-guerres, un politicien britannique, sir Joseph Austen Chamberlain (1863-1937), déclarait: «Je crois en cette race anglo-saxonne fière, tenace, résolue, confiante en elle-même, qui, infailliblement, sera la force prédominante de la future histoire et de la civilisation universelle.»
À partir de la fin des années 1870, les tensions s'étaient apaisées et les Américains, à l'exemple de présidents, se préoccupèrent avant tout de la mise en valeur du pays. Les républicains, soutenus par les milieux d’affaires du Nord-Est, restèrent au pouvoir jusqu’en 1913, à l’exception des deux présidences de Stephen G. Cleveland (1885-1889, 1893-1897) : Rutherford B. Hayes (1877-1881), James A. Garfield (1881), Chester A. Arthur (1881-1885), Benjamin Harrison (1889-1893), William McKinley (1897-1901), Theodore Roosevelt (1901-1909) et William H. Taft (1909-1913).
L’achèvement du premier chemin de fer transcontinental (1869) accéléra la colonisation de l’Ouest. Si le Sud était économiquement ruiné par la guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage, le Nord connut au contraire une rapide croissance industrielle. Du fait de la connivence des intérêts de la finance avec le Parti républicain, les deux décennies de présidence républicaine favorisèrent à outrance le milieu des affaires. On vit apparaître le début des magnats de l’industrie (Vanderbilt, Rockefeller, etc.) et de grands trusts.
Durant cette
période, le pays connut encore une extraordinaire croissance démographique liée à
l’immigration, avec 62 millions d’habitants en 1890, plus de 75 millions en 1900 et 105
millions en 1920. Les immigrants (surtout des Italiens et des Slaves) affluèrent alors
annuellement au rythme de
800 000 à un million. Ils fournirent la main-d’œuvre nécessaire à
l’extraordinaire essor de l’agriculture et de l’industrie américaines.
Grâce à ses méthodes (mécanisation, concentration, etc.), à l’abondance des matières
premières et au réseau de voies de communication, la production agricole et
industrielle des États-Unis dépassa, au début du XXe siècle, celle des pays
européens. En raison du protectionnisme (tarif McKinley, 1890), les États-Unis
sont devenus en vingt ans la première puissance économique du monde; mais les
mesures protectionnistes avaient commencé auparavant, par exemple avec la taxe
de 100 % sur l’importation des rails d'Europe en 1877. Les
destinées du pays étaient toujours aux mains d'une aristocratie terrienne, mais
les industriels et financiers du Nord-Est et du Middle Atlantic commencèrent à
accaparer tous les pouvoirs. Il s'agit là d'une évolution fondamentale dans
l'histoire économique des États-Unis.
Sous la présidence de William McKinley (1897-1901), les États-Unis commencèrent à développer une politique impérialiste. Le pays accédait au rang des grandes puissances. Les journalistes, les hommes d’affaires, les banquiers et les politiciens prêchaient la promotion d’une politique robuste de conquête du monde. Le chef de file du camp impérialiste, le sénateur Henry Cabot Lodge, affirmait en 1895: «Aucun peuple au XIXe n’a égalé nos conquêtes, notre colonisation et notre expansion [...]; rien ne nous arrêtera maintenant.» Résumant cette idéologie impérialiste des années 1890, le journaliste Marse Henry Watterson écrivait en 1896: «Nous sommes une grande république impériale destinée à exercer une influence déterminante sur l’humanité et à façonner l’avenir du monde comme aucune autre nation, y compris l’Empire romain, ne l’a jamais fait.» Rien de moins! À la veille de la guerre hispano-américaine de 1898, le Washington Post, pour sa part, écrivait:
| Un nouveau sentiment semble nous habiter: la conscience de notre propre force. Et, avec elle, un nouvel appétit: le désir d'en faire la démonstration. [...] Ambition, intérêt, appétits fonciers, fierté ou simple plaisir d'en découdre, quelle que soit la motivation, nous sommes habités par un sentiment nouveau. Nous sommes confrontés à un étrange destin. Le goût de l'empire règne sur chacun de nous comme le goût du sang règne sur la jungle. |
De son côté, dans un discours tenu le 9 janvier 1900, le sénateur Albert Beveridge avait déclaré : «Il [Dieu] a placé en nous le don de gouverner afin que nous donnions un gouvernement aux peuples sauvages et séniles. Sans une telle force, le monde retomberait dans la barbarie et la nuit. Et de toute notre race, il a désigné le peuple américain comme sa nation élue pour commencer la régénération du monde.» Le même sénateur avait affirmé quelques années plus tôt (en 1894) : «Le sol de notre pays produisant bien au-delà de nos besoins, notre destinée est de nous approprier le commerce mondial.» Si ce n'est pas là de l'impérialisme agrémenté d'un soupçon de nombrilisme... En réalité, cette idéologie est la base même de ce pays depuis son origine, c'est-à-dire la fameuse politique de la “frontier”, qui consiste à toujours repousser la frontière vers l’Ouest et, une fois le Pacifique atteint, aller acheter l’Alaska, envahir Hawaï, les Samoa, etc., et, plus tard, le monde!
3.1 La guerre hispano-américaine
À l’issue de la guerre hispano-américaine (1898), qualifiée par John Hay (alors secrétaire d'État) de «magnifique petite guerre» («splendid little war»), et de la victoire des Américains, l'Espagne dut céder l'île de Cuba, l'île de Porto Rico, l'île de Guam et les Philippines avec une «compensation» de 20 millions de dollars versée par les Américains aux Espagnols. Les États-Unis en profitèrent pour annexer les îles d'Hawaï au passage. Quant à Cuba, elle obtint une indépendance factice en étant placée sous tutelle américaine, car Washington conservait un droit de regard et d'intervention sur les affaires cubaines en vertu d'une loi appelée amendement Platt (du nom du sénateur américain Hitchcock Pratt). C'est que la mer des Caraïbes avaient été vite considérée comme un grand «lac américain». La victoire de l'Amérique sur l'Espagne revêtait un caractère hautement symbolique: c'était la victoire du Nouveau Monde sur l'Ancien, la fin de l'épopée coloniale de l'Espagne et le début de la puissance coloniale américaine. Mais, en contrepartie, la guerre hispano-américaine mit fin à l'image «pacifique» des États-Unis. En janvier 1900, le sénateur de l'Indiana, Albert Beveridge s'exprimait ainsi au Sénat à propos des Philippines:
| Monsieur le Président, la franchise est maintenant de mise. Les Philippines sont à nous pour toujours. […] Et à quelques encablures des Philippines se trouvent les inépuisables marchés chinois. Nous ne nous retirerons pas de cette région. […] Nous ne renoncerons pas à jouer notre rôle dans la mission civilisatrice à l’égard du monde que Dieu lui-même a confié à notre race. Le Pacifique est notre océan. […] Vers où devons-nous nous tourner pour trouver des consommateurs à nos excédents? La géographie répond à cette question. La Chine est notre client naturel. […] Les Philippines nous fournissent une base aux portes de tout l’Orient. |
Après avoir annexé les Philippines, les Américains eurent à faire face à la rébellion. Plus de 200 000 Philippins allaient trouver la mort au cours du conflit (contre 5000 soldats américains).
3.2 La guerre des Philippines
Les États-Unis pratiquèrent alors une intense politique raciste. C'est que les Philippins avaient la peau sombre, présentaient des caractéristiques physiques particulières, parlaient une drôle de langue (le tagalog ou filipino) et semblaient bien étranges aux yeux des Américains. L'idée qui prévalait est qu'un Philippin n'avait pas plus de valeur qu'un animal. Un soldat de l'État de Washington écrivit ces propos: «On les a tirés comme des lapins.» Un témoin britannique s'était indigné ainsi devant le carnage: «Ce n'est pas une guerre, c'est une boucherie criminelle.»
Pourtant, le secrétaire à la Guerre, Elihu Root, défendit l'armée américaine: «La guerre aux Philippines a été menée par les armées américaines selon les règles les plus scrupuleuses de la guerre civilisée [...] en faisant preuve de pondération et d'une humanité jamais égalée.» Le général Arthur MacArthur était alors le responsable de la conduite de la guerre aux Philippines. Par la suite, les Américains entreprirent d’extirper l’espagnol dans l’archipel en envoyant des centaines d’auxiliaires anglophones, jusque dans les lointains villages de montagnes.
3.3 L'Amérique latine et le protectorat américain
En septembre 1901, le président McKinley était assassiné et le vice-président Theodore Roosevelt (1901-1909) lui succéda. La domination américaine s’étendit en Amérique centrale avec la construction du canal de Panama, dans les Antilles (intervention à Saint-Domingue en 1905), ainsi que dans le Pacifique. C'est en 1903 que la marine américaine intervint dans une guerre civile en Colombie, forcée à accepter l'indépendance de son département de Panamá où les États-Unis envisageaient un canal depuis les années 1870; la zone du canal (terminé à la fin de 1914) fut cédée aux États-Unis pour cent ans. Les Américains respectèrent la doctrine de non-ingérence définie par l'ancien président James Monroe (1817-1825) en 1823, à l’exception de leur participation à la conférence d’Algésiras sur le Maroc, en 1906, et de leur rôle de médiateur dans la guerre russo-japonaise (1904-1905). T. Roosevelt préconisa une intervention musclée partout où il y aurait un «manquement» à la doctrine Monroe, l'interprétation de ces «manquements» incombant évidemment aux États-Unis.
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Theodore Roosevelt (1901-1909)
encourageait cette vogue expansionniste
américaine: «Je
veux, disait-il, que les États-Unis deviennent la puissance dominante dans le
Pacifique.» Puis il ajoutait: «Le peuple américain désire faire les grandes
œuvres d’une grande puissance.» Mais le président Theodore Roosevelt était convaincu
que l'expansionnisme américain n'avait rien à voir avec l'impérialisme et il
rejetait toute comparaison entre les États-Unis et les colonisateurs européens de l’époque: «La vérité simple est que notre politique
d’expansion, inscrite dans toute l’histoire américaine [...], ne ressemble
en rien à l’impérialisme. [...] À ce jour, je n’ai pas rencontré un seul
impérialiste dans tout le pays.» En 1904, Theodore Roosevelt estimait
qu'il appartenait à l'Amérique «d'exercer des pouvoirs de police
internationale».
En fait, toutes ces occupations américaines étaient justifiées par l'«intervention civilisatrice» des États-Unis et la supériorité morale de ses citoyens. Elles furent complétées par la formation de gardes rurales ou nationales au service des intérêts américains et des élections sous tutelle de gouvernements pro-américains dans le but d'asseoir la domination économique et financière des États-Unis. |
À cette époque, le capitalisme américain était en pleine expansion, alors que les trusts contrôlaient la presse qui façonnait l'opinion publique confortée dans ses certitudes. C'est le président Theodore Roosevelt qui, en 1901, établit le nom formel de «Maison-Blanche» à la résidence du président en faisant placer les mots White House sur son papier à lettres. Mais c'est après la guerre de 1812 que cette résidence avait commencé à être appelée White House (Maison-Blanche) parce qu'elle avait été peinte en blanc pour masquer les traces de l'incendie du 24 août 1814 par les Britanniques. À l'origine, le bâtiment était appelé simplement President’s House (Palais présidentiel), mais le nom de Executive House (Maison de l'Exécutif) fut souvent employé dans des contextes officiels jusqu'au président T. Roosevelt.
En 1909, Roosevelt fut battu par William Taft à l'élection présidentielle, puis décéda pendant son sommeil en 1919. Mais la politique menée par le successeur de T. Roosevelt, William H. Taft, divisa le Parti républicain et permit la victoire du démocrate Thomas Woodrow Wilson (1913-1921). Reprenant la politique de Roosevelt, Wilson qui, tout en s'inquiétant de la présence de citoyens non britanniques, fit voter une nouvelle loi antitrust (la Clayton Antitrust Act de 1914), abaissa les tarifs douaniers et réforma le système bancaire (la Federal Reserve Act de 1913) et l’agriculture. La journée de travail des ouvriers fut limitée à huit heures. L’élection au suffrage universel des sénateurs fut instaurée (1913) ainsi que le vote des femmes (19e amendement de la Constitution, 1920).
Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, Wilson, fidèle à l’isolationnisme séculaire américain, refusa d’engager son pays dans le conflit. Mais la guerre sous-marine à outrance menée par les Allemands, ainsi que leur politique malveillante en Amérique centrale, provoquèrent un revirement de l’opinion. À la suite du torpillage du paquebot Lusitania par les Allemands, au large des côtes de l’Irlande et du Sussex, dans la Manche, les États-Unis déclarèrent la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917. Les troupes américaines, qui comptèrent jusqu’à deux millions d’hommes (dont 13 % de Noirs), jouèrent un rôle décisif dans la victoire finale des Alliés en 1918. Entre-temps, les États-Unis avaient forcé l'achat des îles Vierges au Danemark en 1917. La politique musclée des Américains allait permettre de favoriser encore l'expansion de l'anglais partout où ils s'installaient.
3.4 Le traité de Versailles et l'intrusion de l'anglais dans la diplomatie
Le traité de Versailles mit fin à la Première Guerre mondiale. Il fut signé, le 28 juin 1919, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, entre l’Allemagne et les Alliés. Le traité de Paris a été rédigé en français et en anglais, les deux versions faisant également autorité. Le texte portait le titre Conditions de paix - Conditions of Peace. C’était la première fois depuis le traité de Rastatt de 1714 (qui mettait fin à la guerre de Succession d’Espagne) que le français n’était plus le seule langue officielle de la diplomatie occidentale. Il semble que le représentant de la France, Georges Clemenceau, ait accepté que l’anglais devienne à côté du français la langue de travail de la Conférence de paix. En raison de sa connaissance de l’anglais — il avait épousé une Américaine et séjourné aux États-Unis — Clemenceau avait accédé à la demande de David Lloyd George (premier ministre) de Grande-Bretagne et de Thomas Woodrow Wilson (président) des États-Unis.
Non seulement l’anglais a fini par supplanter le français dans la plupart des documents juridiques internationaux, mais c'est depuis cette époque que les États-Unis affichent une attitude condescendante, voire méprisante, à l'égard des autres langues.
3.5 La xénophobie et la «théorie du Nordique»
Les États-Unis connurent, dans les années 1920, une extraordinaire prospérité économique, suivie d’une crise brutale et profonde, aux répercussions mondiales. Le pays comptait alors 106,4 millions d'habitants, dont 94 millions de Blancs, 11,5 millions de Noirs. Une vague de xénophobie s'empara de l'Amérique qui ne voulait plus recevoir une immigration massive.
Ce fut la crainte du «péril jaune», du «péril juif», du «péril italien», du «péril slave», etc., alors que le «péril brun» (Hispaniques) ne causait pas encore de problème. Au nom de l'hérédité et de l'identité, l'Amérique préférait l'arrivée des Anglo-Saxons, dont la source semblait tarie. Il y avait des races «inférieures» et une race «supérieure», la blanche. Et, parmi celle-ci, les Anglo-Saxons se démarquent par leur «supériorité». Les autres sont des races considérées comme dégénérées provoquant la dégénérescence, un effroyable danger pour l'Amérique! L'un des ouvrages les plus lus aux États-Unis à l'époque fut The Passing of the Great Race, de Madison Grant, publié en 1916 (et en français en 1926 chez Payot sous le titre de Le déclin de la grande race). Dans ce manifeste, Grant magnifie la théorie du Nordique incarnant «l'homme blanc par excellence», que ce soit des Anglais, des Scandinaves, des Allemands ou des «nobles Russes». Il oppose la «race alpine» et la «race méditerranéenne», qui souffre de métissages divers avec les peuples négroïdes, à la race nordique: «Le Nordique est dominateur, individualiste, confiant en lui-même et jaloux de sa liberté politique et religieuse. Il s'ensuit qu'il est généralement protestant.» Les immigrants indésirables comme les Méditerranéens, les Slaves et les Asiatiques contribuent à la dégénérescence de l'Amérique. Comme par hasard, c'est au cours de la décennie vingt que le Ku Klux Klan a pu renaître de ses cendres et mener des campagnes contre les étrangers, les juifs, les catholiques et les Noirs. Pour les membres du Ku Klux Klan, la «bonne Amérique» doit être blanche, protestante et plutôt fondamentaliste, et anglo-saxonne.
Au cours de cette période, les États-Unis devinrent la première puissance commerciale et financière du monde. Mais la croissance trop rapide de la production, le développement anarchique du crédit ainsi qu'une confiance excessive dans le libéralisme favorisèrent une importante spéculation à partir de 1926. Certains Américains investirent des milliards de dollars en bourse, après avoir emprunté aux banques et mis en gages leurs biens immobiliers. La spéculation devint rapidement incontrôlable. L’incapacité de l’administration Hoover à remédier à la crise favorisa la victoire du candidat démocrate Franklin D. Roosevelt (1933-1945) lors de l’élection présidentielle de 1932.
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Le président
Franklin Delano Roosevelt, une personnalité démocrate de tout premier plan, développa un programme économique et social, connu sous le
nom de New Deal («Nouvelle Entente»). S’appuyant sur un groupe de conseillers
économistes, le brain trust, il entreprit de redresser l’économie par une politique
interventionniste du pouvoir fédéral, mais sans réussir à régler le problème du
chômage (huit millions de chômeurs en 1935; plus de dix millions en 1938). Cela
dit, il
s'agissait pour les Américains d'une politique progressiste plutôt novatrice.
Roosevelt réduisit la durée du temps de travail pour les femmes et les enfants, lança un programme d'amélioration pour les hôpitaux et les prisons, puis renforça l'autorité publique. Il intervint également dans le domaine agricole en favorisant le reboisement et la prise de mesures de conservation du sol. Le 12 mars 1933, Roosevelt donnait la première de ses entrevues radiophoniques «au coin du feu»; il en donnera trente au cours de sa présidence. Sa voix persuasive convaincra des millions d'Américains à le suivre dans ses politiques. En janvier 1935, au cours de son allocution annuelle devant le Congrès sur «la situation de l’Union», Roosevelt annonça le lancement de la deuxième partie de son programme de nouvelle redistribution des richesses (New Deal). |
4.1 Les politiques sociales
Par sa politique du New Deal, Franklin Roosevelt prépara des réformes importantes sur la sécurité sociale, l’assurance-maladie, le chômage, etc., le tout destiné à remplacer les mesures d’urgence qu’il avait mises en place au début de son mandat. En sauvant les États-Unis de la catastrophe financière, Roosevelt réussit à relever le salaire des travailleurs, améliorer leur sécurité et apporter certaines garanties sociales. Les Américains de fraîche date, les immigrants récemment arrivés, ainsi que toutes les minorités ethniques et les Noirs, sans oublier les catholiques, appuyèrent longtemps le président Roosevelt dans son programme social. Des patrons mécontents de voir l'État appuyer les revendications de leurs employés crièrent au socialisme, ce qui n'empêcha pas Roosevelt d'être réélu en 1936. Par la suite, de nombreuses dispositions du New Deal passèrent dans les mœurs. Évidemment, les politiques sociales de Roosevelt ne plurent pas à tout le monde; les nombreux organismes créés, souvent aux sigles étranges, furent surnommés «la soupe à l'alphabet» ("Alphabet Soup") parce qu'ils auraient pu remplir un bol de soupe à l'alphabet: AAA (Agricultural Adjustment Act), CCC (Commodity Credit Corporation), FAP (Federal Art Project), FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation), FHA (Federal Housing Administration), FTP (Federal Theatre Project), HOLC (Home Owners Loan Corporation), NYA (National Youth Administration), SEC (Securities and Exchange Commission), etc. On reprocha aussi à Roosevelt d'avoir augmenté les impôts et la dette nationale. Il n'en demeure pas moins que le New Deal inaugurait une période d'interventionnisme étatique dans de nombreux secteurs de l'économie américaine.
Dans les faits, peu de Noirs bénéficièrent des avantages du New Deal: comme les immigrants, ils furent exclus de l'assurance-chômage, du salaire minimum, de la sécurité sociale et des subventions agricoles. Les travailleurs noirs étaient toujours les derniers à être embauchés, les premiers à être licenciés. Dans les grandes villes du Nord, les minorités ethniques et religieuses, telles que les Noirs, les Irlandais, les Italiens et les catholiques, tous des Américains qui baragouinaient l'anglais, furent acquises à Roosevelt. On peut dire que le président Roosevelt a habitué les Américains à l'intervention du gouvernement fédéral dans les affaires sociales et économiques. C'est aussi le premier président américain à doter son pays d'une législation sociale. Certains de ses successeurs complèteront son œuvre, notamment Lyndon Johnson et Jimmy Carter.
C'est sous la présidence de F. Roosevelt que les Indiens purent voir leur sort s'améliorer. En effet, John Collier, le directeur du Bureau des Affaires indiennes, réussit à faire adopter, le 18 juin 1934, l'Indian Reorganization Act («Loi sur la réorganisation indienne»). La loi exigeait du gouvernement américain de prendre plusieurs mesures en faveur des Indiens qui avaient acquis la citoyenneté américaine en 1924 grâce à l'Indian Citizenship Act. Ainsi, le président Roosevelt supprima la politique de lotissement des terres et autorisa de nouveau les tribus à pratiquer la propriété collective. De plus, les Indiens habitant dans les réserves obtinrent le droit d'élire leurs propres gouvernements et purent se doter de leur propre constitution. Malheureusement, la loi ne faisait aucune allusion aux langues des premiers habitants de l'Amérique.
En 1919, alors qu'il n'était pas encore président des États-Unis, Franklin Roosevelt fit cette déclaration en faveur de l'unilinguisme anglais:
| We have room but for one language here, and that is the English language, for we intend to see that the crucible turns our people out as Americans, of American nationality, and not as dwellers in a polyglot boarding-house. |
[Il n’y a de place ici que pour une seule langue, et c’est la langue anglaise, parce que nous entendons voir le creuset transformer la population en Américains, de nationalité américaine, et non en pensionnaires d’une auberge polyglotte.] |
Toutefois, un arrêt de la Cour suprême des États-Unis est venu, en 1923, semer un certain doute en déclarant que la protection constitutionnelle s'étendait à tous les citoyens, même ceux qui ne parlaient pas l'anglais:
| The protection of the Constitution extends to all, to those who speak other languages as well as to those born with English on the tongue. Perhaps it would be highly advantageous if all had ready understanding of our ordinary speech, but this cannot be coerced by methods which conflict with the with the Constitution — a desirable end cannot be promoted by prohibited means. | [La protection de la Constitution s'étend à tous, à ceux qui parlent d'autres langues, comme à ceux qui sont nés avec l'anglais comme langue maternelle. Il serait peut-être fort avantageux si tous avaient la compréhension rapide de notre langage ordinaire, mais cela ne peut pas être forcé par des méthodes qui sont en conflit avec la Constitution - une fin désirable ne peut pas être encouragée par des moyens interdits.] |
Le calme allait ensuite s'installer sur le front
linguistique jusque dans les années soixante. Entre-temps, la discrimination
raciale était pratiquée à large échelle. En réalité, la Cour suprême avait déjà
statué en 1896 qu'il n'était pas interdit de séparer les races en autant
qu'elles puissent bénéficier des mêmes droits. Bref, il pouvait, par exemple,
exister des écoles réservées aux Blancs à la condition qu'il y en ait aussi pour
les Noirs. Ce principe pouvait s'appliquer pour les hôpitaux, les églises, les
cimetières, les restaurants, les transports en commun, etc.
4.2 La politique étrangère
En politique étrangère, F. Roosevelt abandonna la politique du big stick (le «gros bâton» de T. Roosevelt : «Parlez doucement, et tenez un gros bâton, vous irez loin») au plan diplomatique et inaugura les rapports de «bon voisinage». Il retira les troupes américaines du Nicaragua, d'Haïti et de Saint-Domingue (République dominicaine) et fit abroger le fameux amendement Platt sur Cuba qui était resté un «protectorat américain». Rassurés par ces démonstrations de bonne volonté, les États d'Amérique du Sud se rapprochèrent des États-Unis, ce qui favorisa un certain panaméricanisme. À partir de ce moment, plus d'un demi-million de Portoricains quittèrent leur île pour se réfugier à New York et dans les environs.
Puis l'attention de F. Roosevelt dut se porter sur l'Europe. Devant la montée d'Adolf Hitler et ses entreprises d'agression militaire, le président des États-Unis commença, un peu tardivement, à mobiliser ses concitoyens. Mais ce n'est pas la barbarie de Hitler contre les Juifs qui fit entrer les États-Unis dans la guerre, ni l'invasion de l'Autriche, de la Tchécoslovaquie ou de la Pologne. Ce fut plutôt l’agression japonaise contre la base navale de Pearl Harbor (Hawaï), le 7 décembre 1941, qui décida les États-Unis à s'impliquer. Rappelons que près de 3000 soldats et marins américains avaient été tués ou blessés, tandis que 200 avions et de nombreux navires avaient été détruits au sol ou coulés. Le 8 décembre 1941, à la demande du président, le Congrès déclara la guerre au Japon.
4.3 L'avènement d'une grande puissance
Dans un temps record, le territoire des États-Unis devint un immense arsenal subvenant aux besoins des armées et des flottes alliées. Près de 60 000 avions, 45 000 chars et 20 000 canons sortirent des usines dès 1942. Le 14 janvier de cette année-là, Roosevelt signa un décret de fichage des Américains d’origine italienne, allemande et japonaise qu’on soupçonnait «de connivence avec l’ennemi». Dans les faits, ce furent surtout les Japonais résidant sur la côte ouest qui furent touchés: ils furent enfermés dans des camps. En 1943, le Congrès abrogea la Chinese Eclusion Act de 1882 pour des raisons strictement politiques: la Chine était devenue une alliée des Américains dans la guerre contre le Japon.
Bien que menant la guerre sur les deux fronts (européen et asiatique), les États-Unis firent la démonstration de leur suprématie matérielle. La production accélérée de leurs chantiers navals permit les débarquements d’Afrique du Nord (1942), de Sicile (1943) et de Normandie (6 juin 1944).
Pendant la guerre, l’armée et le gouvernement fédéral assouplirent la règle stricte de la séparation raciale. Trois millions de soldats noirs firent partie de l'armée, dont 500 000 furent envoyés outre-mer. Certains Noirs furent acceptés dans l’aviation et dans la marine, ce qui constituait une modification radicale de la politique ségrégationniste. Le président Roosevelt, qui avait été réélu en novembre 1943 pour un quatrième mandat (Roosevelt demeure le seul président à avoir été élu quatre fois: un amendement à la Constitution limitant à deux le nombre de mandats a été voté depuis), mourut subitement le 12 avril 1945.
Le 16 juillet 1945, les États-Unis réalisèrent la première explosion nucléaire de l'histoire de l'humanité dans le désert d'Alamogordo (au Nouveau-Mexique). Trois semaines plus tard, le 6 août, ils étaient prêts à larguer leur bombe atomique sur Hiroshima, puis, trois jours plus tard, sur Nagasaki. On estime à 350 000 le nombre de personnes qui ont péri des suites directes des explosions sur ces deux villes japonaises. Le président Harry Truman (1945-1953) remercia Dieu d'avoir donné la bombe atomique aux États-Unis:
| Nous remercions Dieu d'avoir mis la bombe entre nos mains plutôt qu'entre celles de nos ennemis; et nous prions pour qu'Il nous amène à l'employer à Ses fins et comme Il le voudrait. |
Placé dans la même situation, n'importe quel terroriste ne se fût pas exprimé autrement. Les États-Unis sortirent de la Seconde Guerre mondiale comme «la nation la plus puissante de l’histoire», aux dires du nouveau président Harry Truman (1945-1953). Plusieurs décennies plus tard, l'essayiste Robert Kaplan affirmera dans le New York Times du 1er avril 2002: «La victoire des États-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale, comme celle de Rome lors de la deuxième guerre punique, les a transformés en puissance universelle.» Le pays put profiter alors du monopole de l’arme atomique (jusqu’en 1949) et d’un énorme potentiel industriel. La participation active des États-Unis à l’ONU montra leur ambition de rester sur le devant de la scène internationale. Mais l’opposition idéologique au communisme devint leur principale motivation. Les États-Unis se posèrent en défenseurs de la démocratie de type libéral face au monde communiste. Ils furent à l’origine de la création de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN, avril 1949), un système de défense atlantique liant étroitement les États-Unis et l’Europe occidentale. En resserrant leurs liens avec celle-ci, ils contribuèrent à la coupure de l’Europe en deux zones, entretenant ainsi le climat de guerre froide. Le 7 novembre 1952, les États-Unis expérimentèrent la bombe H dans les îles Bikini (Pacifique), avec une capacité de destruction bien supérieure à celle de la bombe A. Entre 1950 et 1953, les États-Unis s'impliquèrent dans la guerre de Corée qui eut une conséquence économique décisive : les États-Unis, qui avaient fait du Japon leur base arrière, donnèrent ainsi au vaincu de 1945 l’occasion d’entamer un processus de développement qui allait en faire la troisième puissance économique mondiale dès les années soixante.
C'est sous la présidence de Truman que la ségrégation raciale fut considérée comme anticonstitutionnelle par la Cour suprême, mais la situation tarda à se concrétiser dans les faits. La politique extérieure du président Truman fut dominée par le début de la guerre froide avec l’URSS et le rapprochement étroit des États-Unis avec l’Europe occidentale. Puis les relations avec l’URSS se dégradèrent rapidement. L’esprit de coopération qui avait prévalu durant la guerre laissa peu à peu la place à une suspicion réciproque, qui s’envenima pour se cristalliser en une «guerre froide».
4.4 La fin de la ségrégation raciale
Fermement décidés à s’opposer, au besoin par les armes, à tout progrès du communisme dans le monde, les États-Unis, sous la présidence de Dwight Eisenhower (1953-1961), le président le plus populaire de l'après-guerre, se posèrent en «défenseurs du monde libre» et développèrent une politique extérieure impérialiste et interventionniste. Cette conception idéologique guida toute leur politique en Europe et força les Américains à s'impliquer de plus en plus, passant des accords bilatéraux avec de nombreux pays, entretenant en dehors du territoire américain plus d'une centaine de bases navales et aériennes, et maintenant une flotte en Méditerranée et au large de la Chine. Bref, les États-Unis intervinrent partout militairement où ils redoutaient une subversion dont Moscou pourrait tirer avantage, surtout en Amérique latine. Dans l'un de ses beaux jours, le président Eisenhower avait déclaré: «Chaque fusil fabriqué, chaque bateau de guerre lancé à la mer, chaque missile tiré, est au bout du compte un vol commis à l'encontre de ceux qui ont faim et n'ont rien à manger, de ceux qui qui ont froid et n'ont rien à se mettre.»
La présidence d’Eisenhower fut également marquée par le début de la déségrégation raciale et les vives résistances qu’elle provoqua dans le Sud. La question intérieure la plus cruciale demeure la lutte des Noirs pour l’accession à leurs pleins droits de citoyens, connue sous le nom de «mouvement des droits civiques». La Cour suprême des États-Unis, sous l'influence du juge Earl Warren, força l'égalité raciale à se traduire dans les faits au moment de l'arrêt Brown sur l'intégration scolaire. Eisenhower ne se décida que bien tardivement à faire intervenir les troupes fédérales en 1957, à Little Rock (Arkansas) pour contraindre le Sud à intégrer ses écoles. Par la suite, nul n'osera plus remettre en question le principe de l'égalité juridique entre les Noirs et les Blancs aux États-Unis. Pourtant, de nombreux États du Sud tentèrent de contourner la loi. Les années soixante allaient changer l'ordre des choses.
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Révision
linguistique pour cette page :
Lionel
Jean (offre de service)
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Les États-Unis d'Amérique |
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(1) Les premiers habitants |
(2) La colonisation européenne |
(3) La révolution américaine (1776-1783) |
(4) L'expansion territoriale (1803-1867) |
(5) L'Amérique anglocentrique
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(6)
L'Amérique eurocentrique (1865-1960) |
(7)
L'Amérique multiculturelle (1960 jusqu'à nos jours) |
(8)
La superpuissance et l'expansion de l'anglais |
(9) Bibliographie | |
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