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Histoire sociolinguistique
des États-Unis
(7) L'Amérique
multiculturelle
(De 1960 jusqu'à aujourd'hui) |
1 L'immigration et les minorités
L’histoire du peuplement des États-Unis est
indissociable de celle de l’immigration. Les véritables minorités nationales
sont les autochtones (Amérindiens, Inuits et Aléoutes) et les populations dont
les territoires ont été achetés ou annexés, comme la Louisiane, le
Nouveau-Mexique, le Texas, la Californie, etc. Depuis l’arrivée des premiers
colons européens, au
XVIe siècle, plus de 50
millions d’immigrants se sont installés aux États-Unis. Jusqu’en 1940, la
grande majorité des immigrants venaient d’Europe. Peu nombreux jusqu’aux
années 1830, ceux-ci arrivèrent massivement à partir de 1840-1850. D’abord
anglo-saxonne, l’immigration s’élargit, dans le dernier quart du
XIXe siècle, aux pays
de l’Europe méditerranéenne (surtout l'Italie) et de l’Europe centrale (les
Slaves). Plus de 23 millions d’immigrants affluèrent entre 1880 et 1920.
À partir des années 1920, les États-Unis, désireux de mettre un frein à
l’immigration, établirent un système de quotas. La crise économique des années
1930 n'a fait que renforcer cette tendance. Une nouvelle forme d’immigration
se développa après la Seconde Guerre mondiale. Il s'agissait surtout des réfugiés
politiques d’Europe de l’Est, des Cubains anti-castristes à partir de 1960 et
des boat people indochinois après 1974 (Vietnamiens, Laotiens et
Cambodgiens).
Aujourd’hui, l’immigration provient
essentiellement des pays du tiers monde : d'abord des Latino-Américains
(surtout des Mexicains) et des Asiatiques (Coréens, Philippins, Vietnamiens,
etc.). Dans les années 1990, un nouveau courant migratoire s’est développé en
provenance des anciens pays de l’Europe communiste. Par ailleurs,
l’immigration clandestine est probablement devenue plus importante que
l’immigration légale. Elle a encore augmenté depuis 1990, en raison de la
crise économique que traverse l’Amérique latine, car plus de la moitié des
clandestins viennent du Mexique.
1.1 Les minorités
officielles
Lors du recensement de 2000, les
Noirs
comptaient plus de 34 millions de personnes. Pour pour un grand nombre de
Blancs américains, ils représentent la «mauvaise minorité» traditionnelle.
Depuis le milieu des années quatre-vingt, la «question noire» ne semble plus
être beaucoup d'actualité. Ce n'est pas dû au fait que les problèmes
spécifiques des Noirs auraient été résolus, mais c'est plutôt à cause de la montée
rapide des autres minorités de couleur.
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Les minorités latinos, appelées
aussi Hispaniques ou plus
spécifiquement Chicanos pour
désigner uniquement les Américains d'origine mexicaine, représentent maintenant plus de
38 millions de personnes aux États-Unis. Juste entre 1990 et 2000, la minorité
hispanique a augmenté de 58 %, tandis que la croissance démographique générale
s'élevait seulement à 13,4 %. Les Hispaniques sont donc devenus la première
minorité du pays, dépassant de peu la communauté noire (34 millions).
Ils sont
concentrés dans l'ouest et le sud des États-Unis, dont la moitié au Texas et
en Californie, tout en progressant sensiblement dans les États de l'Illinois,
de New York et du New Jersey. Les Mexicains (Chicanos) forment le groupe le plus
important (58 %), mais leur proportion diminue au profit des immigrants de
l'Amérique latine. Par rapport à la majorité blanche, les Latinos ont choisi
de se définir comme une minorité non blanche. Le poids
des Latinos inquiète de plus en plus les White Anglo-Saxon Protestants
qui craignent de voir leur pays leur échapper ou plutôt de perdre leur
contrôle de leur pays en raison du raz-de-marée mexicain!
Les Asiatiques, qui n'atteignaient
pas le nombre de 1,5 million en 1960, dépassent maintenant les cinq millions, les
communautés les plus importantes étant les Vietnamiens et les Cambodgiens. Les
immigrants asiatiques se sont regroupés sur la côte ouest : ainsi, 70 % des
immigrants d'origine japonaise résident en Californie et à Hawaï, alors que
plus de la moitié des Chinois sont installés en Californie et à New York. Pour
beaucoup d'Américains, les Asiatiques sont devenus «la bonne minorité de
l'Amérique contemporaine», au contraire, semble-t-il, des Hispaniques et des
Noirs.
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Les projections indiquent pour 2050 un total de 420 millions d'Américains,
dont près de 105 millions de Latino-Américains, 60 millions d'Afro-Américains (ou
Noirs) et 35 millions d'Asiatiques. Dans moins de cinquante ans, les Blancs ne
formeraient plus que 53 % de la population américaine (voir le tableau plus
haut pour 2050). Pire, les projections pour 2090 provenant du
gouvernement fédéral (Census Bureau Predictions) laissent entendre qu'en 2090
les «Blancs» (''Caucasian'') formeraient moins de 30 % de la population
américaine, les «autres» (''Other'') représenteraient alors plus de 70 %. Une catastrophe pour les partisans de l'idéologie WASP (White
Anglo-Saxon Protestants):

En somme, affirmer que les
États-Unis forment une nation unilingue semble relever du mythe plutôt que de la
réalité. C'est pourtant ce que prétendent les défenseurs de l'anglais aux
États-Unis qui rêvent encore d'une Amérique blanche, anglo-saxonne et
protestante. Or, les Blancs non hispaniques formeront même moins de 50 % de la
population en 2043, selon des données du recensement de 2008. De plus, d'ici
2050, les minorités hispaniques, asiatiques et noires constitueront 54 % d’une
population qui aura atteint 439 millions. Ce sont les Hispaniques qui
connaîtront le taux de croissance le plus fort, atteignant 133 millions
d’individus d’ici 2050 et représentant le tiers de la croissance de l’ensemble
de la population de 2010 à 2050, en raison d’un taux élevé de naissances et de
l’immigration.
Depuis 1978, le gouvernement fédéral américain, dans sa
directive appelée la Federal Directive No. 15, reconnaît
officiellement quatre «minorités raciales et
ethniques» («racial and ethnic groups»):
1) Les
Amérindiens («American Indians») et
les Indigènes d'Alaska («Alaskan
Natives»)
Toute personne ayant des origines liées à l'un des peuples autochtones
d'Amérique du Nord et qui désire maintenir son identité culturelle par
l'affiliation tribale ou la reconnaissance communautaire.
2) Les
Asiatiques («Asians») et les insulaires
du Pacifique («Pacific Islanders»)
Toute personne ayant des origines liées à l'un des peuples de
l'Extrême-Orient, de l'Asie du Sud-Est, du sous-continent indien ou des îles
du Pacifique. Cette catégorie de citoyens comprend, par exemple, la Chine,
l'Inde, le Japon, la Corée, les Philippines et les Samoa.
3) Les
Noirs («Blacks»)
Toute personne ayant des origines liées à l'un des groupes de race noire
d'Afrique.
4) Les Hispaniques («Hispanics»)
Toute personne non blanche originaire du Mexique, de Porto Rico, de Cuba, de
l'Amérique centrale ou de l'Amérique du Sud, ou de toute autre culture
espagnole. Le terme Hispanic est celui qui est utilisé officiellement
par les autorités fédérales américaines (recensement, formulaires, etc.),
mais la communauté préfère celui de Latino qui fait moins européen.
Pour le gouvernement américain, les Hispaniques constituent un groupe
ethnique, ce qui signifie qu'il existe des «Hispaniques blancs» et des
«Hispaniques de couleur». Généralement, les Brésiliens lusophones et les
Haïtiens francophones sont considérés comme des Latinos au même titre que
les hispanophones.
Au début de l'année 2000, la
Federal
Directive No. 15 («Directive
fédérale no 15») a été révisée pour inclure cinq catégories sur les races
en scindant la seconde catégorie comme suit: d'une part, les Asiatiques,
d'autre part, les indigènes d'Hawaï (Native Hawaiians) et les autres
insulaires du Pacifique (Other Pacific Islanders). Il faut comprendre que
les Blancs sont des White ethnics,
une ethnie comme les autres.
Ces désignations officielles du
gouvernement fédéral américain se révèlent quelque peu arbitraires et
disparates. Ainsi, le terme Hispanic («Hispanique») renvoie à un critère
linguistique (comprenant les Brésiliens lusophones et les Haïtiens
francophones), alors que les termes Asian («Asiatique») et Pacific Islanders
(«insulaires du
Pacifique») correspondent à un critère géographique; quant au mot Black
(«Noir»),
il réfère à la couleur de la peau. Ce vocabulaire cache mal le malaise des
autorités face à la diversité des composantes ethniques de la population
américaine. En réalité, le caractère multiracial de la société américaine peut
se résumer à son aspect «triracial» WASP : les Blancs, les Noirs et les Hispaniques. Au
state actuel, les Indiens, peu nombreux, seraient intégrés par les mariages
mixtes, tout comme les Asiatiques. Les indices de fécondité des trois groupes
principaux apparaissait en 1999 comme révélateurs d'un certain clivage
socioculturel: 1,82 enfant par femme pour les Blancs non hispaniques,
2,09 pour les Noirs non hispaniques et 2,9 pour les Hispaniques.
1.2 Les résultats de
l'immigration
Le sociologue Herman Sullivan décrit cinq grands types en
matière d'immigration américaine: l'assimilation, l'acculturation, la
domination, le bipartisme culturel et le rejet ségrégationniste.
- L'assimilation
C'est la solution jadis préconisée ouvertement par le
président Theodore Roosevelt. À l'époque, les immigrants venus massivement
d'Europe se sont fondus dans le creuset américain.
- L'acculturation
Il s'agit de l'assimilation partielle des valeurs culturelles
progressivement imposées par les White Anglo-Saxon Protestants (WASP), le
groupe dominant. Tout en s'assimilant linguistiquement, certaines communautés
ont voulu conservé des traits culturels qui leur sont propres. C'est le cas des
des Cadiens de la Louisiane, des germanophones du Middle West, des Italiens du
Middle Atlantic.
- La domination
C'est le terme courant («politically correct») pour désigner le
destin tragique des Amérindiens.
- Le bipartisme culturel
Cette expression sert à désigner les petites communautés qui
ont réussi à conserver les modes de vie qu'ils pratiquaient au
XVIIIe siècle. Les
exemples les plus connus concernent les mormons de Salt Lake City, les
francophones du Vermont et du Maine, les Amish des
États de Pennsylvanie, de l'Ohio et de l'Indiana ou les mennonites de la
Pennsylvanie et de l'Ohio.
- Le rejet ségrégationniste
C'est la tendance la plus courante depuis quelques décennies,
qui consiste pour une minorité à conserver ses valeurs culturelles tout en
s'intégrant à la société américaine. Pendant des décennies, la communauté noire
a pratiqué cette forme d'intégration. Aujourd'hui, les Hispaniques (Latinos et
Chicanos) et les Asiatiques en sont les représentants les plus importants.
Cela étant dit, il n'existe pas aux États-Unis une politique
sociale officielle qui aurait pour objectif d'intégrer les immigrants ou de les
aider à s'intégrer dans le courant dominant («mainstream»). Il n'existe ni au
niveau fédéral ni dans les États de structures destinées à jouer un rôle dans
l'intégration ou l'immigration. Il n'existe pas au gouvernement fédéral
américain, par exemple, un «secrétaire d'État à l'Immigration». Historiquement,
l'État se tient loin de toute intervention en cette matière. Toute cette
approche du processus d'intégration relève exclusivement de la «société civile».
2
La politique de déségrégation
Au début des années soixante, les nouveaux
venus provenaient dans 42 % des cas de l'Europe, mais 41 % arrivaient du
Canada, 8 % d'Amérique latine et 7 % d'Asie. Avec les nouvelles lois plus
permissives sur l'immigration, ces proportions allaient changer radicalement.
Les États-Unis constituent aujourd'hui le plus grand pays d'immigration de
notre temps.
Alors qu'auparavant les minorités semblaient se satisfaire de leur sort, à
partir des années soixante, elles commencèrent à revendiquer leurs droits. Ce
furent d'abord les Noirs, puis les Indiens suivis des Mexicains et des...
femmes.
2.1 L'arrêt de la Cour
suprême
Tout a débuté en 1957 dans une école publique de Little Rock, la capitale de
l'Arkansas. Le gouverneur de l'État avait tenté d'empêcher l'entrée de neuf
étudiants noirs dans une école jusque-là réservée aux Blancs: le scandale
éclata. La Cour suprême fut saisie de l'affaire et, s'appuyant sur le 12e
Amendement à la Constitution, donna raison aux revendications légitimes de la
communauté noire. La Cour dénonça la «ségrégation résidentielle» instaurée en
1948, ainsi que la ségrégation en matière de justice en 1950, sans oublier la
ségrégation dans les transports publics et la ségrégation scolaire. Les
enfants furent finalement admis, mais seulement après l'intervention du
gouvernement fédéral. Il est vrai qu'en 1954 quelque
55 % des Noirs vivaient dans la misère et que seuls 14 % des enfants noirs
terminaient leurs études secondaires.
Élu lors de la campagne électorale de 1960,
le président John Kennedy
présenta devant le Congrès un ambitieux programme dans le domaine de
l'éducation et proposa d'atténuer les inégalités sociales les plus importantes
par des mesures susceptibles d'augmenter le salaire minimum garanti, venir en aide aux personnes
âgées, améliorer la sécurité sociale et l'accès à la santé, et lutter contre
la discrimination raciale. Kennedy réussit à accélérer l’intégration raciale,
mais le Congrès lui refusa presque tous les moyens financiers qui lui étaient
nécessaires pour réaliser le programme social de sa «nouvelle frontière».
Kennedy se lança alors dans la course aux armements!
L'assassinat de Kennedy interrompit
momentanément la
politique de la «nouvelle frontière». On sait que John Kennedy croyait que les
États-Unis étaient «une nation faite de nations», mais il ne favorisait pas le
multiculturalisme, ni une «fédération de ghettos ethniques» qu'il craignait.
Il favorisait plutôt l'assimilation des immigrants.
2.1 La discrimination
positive
Son successeur,
Lyndon Johnson (1963-1969),
poursuivit avec plus de succès la politique de son prédécesseur et réussit à
améliorer la condition des plus démunis, les Noirs en particulier : aide médicale
aux personnes âgées, aide fédérale aux établissements d'enseignement et surtout
une loi sur les droits civils contre les pratiques de discrimination raciale.
Johnson entama une politique de discrimination positive (appelée
affirmative action) afin de donner leur chance aux victimes de la
discrimination raciale ou sexuelle. Au même moment, George Wallace, le
gouverneur de l'Alabama, clamait dans son discours inaugural en 1963 : «Je
dis la ségrégation maintenant, la ségrégation demain et la ségrégation pour
toujours!»
Auparavant, avaient éclaté d'importantes
émeutes dans les ghettos noirs du pays, et le Black Power avait ébranlé le
gouvernement fédéral. L'assassinat de Martin Luther King en 1968 allait
entraîner de nouvelles émeutes dans tout le pays. Puis ce furent les Indiens qui
se mirent à lutter contre leur «autodestruction» et contre l'annihilation de
leur culture; ils exprimèrent leur indignation contre le traitement dont ils
faisaient l'objet dans les livres d'histoire et les manuels scolaires des écoles
primaires américaines. L'éducation traditionnelle des jeunes Américains fut
aussitôt remise en question. Comme à l'égard des Indiens et des femmes,
les écoles américaines avaient traditionnellement inculqué à des générations
d'enfants le patriotisme, mais aussi le mépris à l'endroit des autres nations, des
autres peuples et des autres races.
2.3 La Loi sur les
droits civils de 1964
Lorsque
John F.
Kennedy avait
obtenu l'investiture du Parti démocrate en 1960, il avait fait appel à
Lyndon Johnson, un sénateur du Texas et chef de la majorité démocrate au
Sénat. La disparition brutale du président Kennedy, le 22 novembre 1963, a
conduit le vice-président Johnson à prêter serment et à présider aux
décisions du pays. Le président Lyndon Johnson allait poursuivre la croisade
pour l'égalité et la justice sociale. C'est lui qui fit abolir les
dernières discriminations raciales et obtint du Congrès l'acceptation d'un vote sur un vaste
programme de mesures sociales destinées à lutter contre la pauvreté, favoriser
l’éducation et la formation des jeunes, et étendre la sécurité sociale et
l’assistance médicale gratuite pour les personnes âgées. Les Noirs américains
continuèrent à réclamer une intégration plus réelle, non plus seulement par la
non-violence prônée par le leader noir Martin Luther King, mais également par la
violence avec les Black Panthers. La pauvreté continuait de frapper lourdement
les Noirs, les Hispaniques et les Indiens. Si la majorité blanche était touchée
par la pauvreté dans une proportion de 12 %, les minorités de couleur l'étaient
dans une proportion de 41 %.
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Lyndon Johnson signant la
Loi sur les droits civils de 1964 |
Après sa victoire électorale
éclatante de 1964, Johnson disposa de moyens pour faire adopter par
l'opinion et le Congrès une grande partie des réformes annoncées, et
de promouvoir «une justice qui ne doit pas être influencée par la
couleur de la peau». Cette année-là, le président Johnson fit
adopter en juillet la Loi sur les droits civils (Civil Rights Act).
Cette loi fédérale rendait illégale la discrimination en matière de
droit de vote et d'emploi dans les installations et les locaux
fréquentés par le public, ainsi que dans les écoles publiques. La loi
mettait en place des modalités d'application des mesures de
déségrégation. C'est l'une des lois les plus importantes à avoir été
adoptées aux États-Unis, car elle interdisait la discrimination pour des
motifs d'origine nationale ou raciale.
Avant de signer la Loi sur les droits civils
à la Maison-Blanche devant le pasteur Martin Luther King, le président
Lyndon Johnson avait déclaré au sujet de la discrimination raciale:
«Notre constitution, pierre de notre république, l'interdit. Les
principes de notre liberté l'interdisent. Et la loi que je signerai ce
soir l'interdit.» |
Le paragraphe 601 du Titre VI de la Loi sur les droits civils
est représentatif des principes reliés à la non-discrimination:
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TITLE VI
NONDISCRIMINATION IN FEDERALLY ASSISTED PROGRAMS
Section 601
This section
states the general principle that no person in the United States
shall be excluded from participation in or otherwise
discriminated against on the ground of race, color, or national
origin under any program or activity receiving Federal financial
assistance. |
TITRE VI
NON-DISCRIMINATION DANS LES PROGRAMMES D'AIDE FÉDÉRAUX
Paragraphe 601
[traduction]
Le présent
paragraphe expose le principe général que nul aux États-Unis ne
doit, sur la base de la race, de la couleur ou de l'origine
nationale, être empêché de participer ou d'être discriminé
autrement à un programme ou une activité recevant une aide
financière fédérale. |
Par la suite, dans l'ensemble, les
ministères du gouvernement et les organismes fédéraux adoptèrent des
réglementations relativement à l'application du Titre VI, qui se révéla un
puissant outil pour combattre les résistances des États en matière de
déségrégation scolaire. De plus, tout organisme social, hospitalier, etc.,
public ou privé, put être poursuivi en vertu du Titre VI dès lors qu'Il
bénéficiait d'une subvention fédérale.
Même s'il ne s'agissait pas d'une loi
linguistique, la Cour suprême des États-Unis statua que le fait de ne
pas accorder un service à une personne qui ne parle ni ne lit, n'écrit
ou ne comprend l’anglais constituait une forme de discrimination liée à
l’origine ethnique. Dorénavant, il sera interdit de la part d'une
agence gouvernementale de défavoriser un citoyen américain en raison de son
origine ethnique ou linguistique. Par exemple, pour un hôpital, un poste de
police, un bureau de vote, une école publique, une bibliothèque municipale, une
cour de justice, etc., le fait de ne pas pouvoir disposer d'interprète ou de formulaire,
de facture, de dépliant d'information, etc., en une autre langue que l'anglais
peut être discriminatoire si cette absence empêche un citoyen américain
d'exercer ses droits civils. La discrimination positive fit obligation aux
universités et aux
colleges de réserver des places aux minorités jusqu'alors défavorisées.
À partir des années soixante-dix, les universités qui recevaient des fonds
fédéraux durent fixer des quotas d’admission favorables aux minorités, de même
qu’aux... femmes. Cependant, l'application de la Loi sur les droits civils (Civil Rights Act)
suscita la résistance des «suprémacistes» blancs qui tentèrent de s'y opposer
par tous les moyens, y compris par le recours à la violence. D'ailleurs,
beaucoup d’universités ont par la suite délaissé cette politique imposée par la
Cour suprême des États-Unis.
En octobre 1965, Lyndon Johnson, dont le
bilan en matière de droit des minorités s'est révélé assez exceptionnel, apposa
sa signature sur une nouvelle loi sur l'immigration. Les quotas nationaux à
l'immigration furent supprimés, alors que le pays consentait à accueillir
annuellement quelque 290 000 immigrants, dont 120 000 en provenance de l'Amérique latine. La
priorité était désormais accordée à la réunification des familles, aux
qualifications professionnelles, aux victimes des persécutions raciales,
religieuses et politiques.
La Loi sur les droits civils allait favoriser l'émergence de lois sur le
bilinguisme, surtout après l'arrêt Lau c. Nichols en 1974 de la Cour
suprême des États-Unis. Déjà en 1965, la
Loi sur le droit de vote (Voting
Rights Act of 1965) avait interdit la discrimination dans les procédures de
vote pour des motifs de race ou de couleur d'une personne. Quelques années après
la promulgation de cette loi, le Congrès a reconnu que les individus qui
parlaient des langues différentes de l'anglais —
surtout les Hispaniques, les Asiatiques et les autochtones —
avaient eu à subir des préjudices lors du processus électoral. C'est pourquoi,
en 1975, le Congrès a modifié la Loi sur le droit de vote pour étendre la
protection aux citoyens qui ne pouvaient pas lire ou parler suffisamment l'anglais
pour participer en toute connaissance de cause aux élections. La loi de 1975, adoptée par le
Congrès, obligea les États à imprimer les bulletins de vote «en langue étrangère»
si plus de 10 000 personnes ou plus de 5 % d'un groupe linguistique résidaient
dans une circonscription électorale, ce qui excluait néanmoins les plus petites
minorités. Voici le paragraphe 203 [ou 1973aa-1a à partir de 1975]
(qui devait expirer en 2007, mais a été
reconduit pour une période de vingt-cinq ans à partir du 27 juillet 2006) de la Loi sur le droit de vote (Voting
Rights Act):
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Section 203
Whenever any State or
political subdivision [covered by the section] provides registration or
voting notices, forms, instructions, assistance, or other materials or
information relating to the electoral process, including ballots, it
shall provide them in the language of the applicable minority group as
well as in the English language. |
Paragraphe 203
[traduction]
Chaque fois qu'un État ou
une subdivision politique [visé par le
présent paragraphe] prévoit une inscription ou des avis de vote, des
formulaires, des instructions, de l'assistance ou d'autres documents
d'information touchant le processus électoral, incluant les bulletins de
vote,
les autorités doivent les fournir dans la langue du groupe minoritaire
concernée, ainsi qu'en anglais. |
Toute modification de la procédure en matière
électorale dut être assujettie à une autorisation fédérale pour les dix années à
venir.
Par le suite, ce furent les permis de
conduire qu'il devint possible d'obtenir dans une autre langue que l'anglais,
puis les formulaires de déclaration sur le revenu disponibles en plusieurs
langues. Dans certains services publics, ce sera la traduction des informations
en espagnol, voire la possibilité de se faire naturaliser citoyen américain dans
une autre langue que l'anglais. L'usage de deux langues dans certains
emplois, qui auparavant n'étaient exercés qu'en anglais, a suscité
l'apparition de «primes au bilinguisme». Des milliers d'enseignants, de
policiers, d'infirmières et d'infirmiers, etc., perçoivent désormais de tels
primes. Par ailleurs, de nombreux services publics ont recours au
bilinguisme de leurs employés sans leur accorder pour autant des
compensations financières. N'oublions pas que les services bilingues ne sont
juridiquement ni interdits, ni encouragés, ni reconnus. Si un tel droit
était officiellement reconnu, il aurait pour effet de paralyser entièrement
le gouvernement. C'est ce qu'affirmait la Cour suprême de la Californie dans
un arrêt (Carmona c. Sheffield, 1973):
|
If [right] adopted
in as cosmopolitan a society as ours, enriched as it has been by
the immigration of persons from many lands with their
distinctive linguistic and cultural heritages, [a mandate to
provide bilingual services] would virtually cause the processes
of government to grind to a halt. The conduct of official
business, including the proceedings and enactments of Congress,
the Courts, and administrative agencies, would become all but
impossible. The application of Federal and State statues,
regulations, and proceedings would be called into serious
question. |
[S'il (droit] était
adopté dans une société aussi cosmopolite que la nôtre, enrichie
comme elle l'a été par l'immigration de personnes de beaucoup de
pays avec leur héritage linguistique et culturel distincts, [un
mandat pour fournir des services bilingues], cela aurait pour
effet d'arrêter pratiquement le processus de gouvernement. La
conduite des affaires officielles, y compris les la procédure et
les législations du Congrès, les tribunaux et les organismes
administratifs deviendraient presque impossibles. L'application
des lois fédérales et des États, des règlements et des
procédures serait sérieusement remise en cause.] |
Dans les faits, les tribunaux admettent
généralement qu'un organisme gouvernemental viole le Titre VI de la Loi sur les droits civils
si la pratique réelle a comme conséquence d'écarter des services publics un
nombre substantiel de personnes ne parlant pas l'anglais.
Différents tribunaux se sont aussi
prononcés sur la question des tests d'anglais pour l'obtention d'un emploi,
car de tels tests ont un effet pénalisant à l'encontre des candidats dont
l'anglais n'est pas la langue maternelle. Finalement, un tests d'anglais
sera considéré comme «discriminatoire», sauf si l'employeur peut démontrer
le «nécessité fonctionnelle» ("functional
necessity") entre la maîtrise de l'anglais et la performance dans
l'emploi ("necessary to safe and efficient job performance"), c'est-à-dire
que l'anglais est nécessaire dans le rendement pour un travail sécuritaire
et efficace, comme une opération chirurgicale dans une salle d'opération ou
au cours de manœuvres dangereuses sur une plate-forme pétrolière. Une cour
d'appel de la Californie (affaire Gutierrez c. Municipal Court, 1988)
a statué que l'accent peut servir de prétexte à la discrimination:
| The mere
fact that an employee is bilingual does not eliminate the
relationship between his primary language and the culture that
is derived from his national origin. Although the individual may
learn English and become assimilated into American society, his
primary language remains an important link to his ethnic culture
and identity. […] Because language and accents are identifying
characteristics, rules which have a negative effect on
bilinguals, individuals with accents, or non-English speakers,
may be mere pretexts for intentional national origin
discrimination. |
[Le seul
fait qu'un employé soit bilingue n'élimine pas le rapport entre
sa langue maternelle et la culture qui découle de son origine
ethnique. Bien que l'individu puisse apprendre l'anglais et
s'assimiler à la société américaine, sa langue maternelle
demeure un lien important pour sa culture et son identité
ethniques. […] Puisque la langue et l'accent renvoient à des
caractéristiques d'identité, des règles qui ont un effet négatif
sur les bilingues, les individus ayant un accent ou les orateurs
non anglophones peuvent servir de simples prétextes pour
discriminer de façon intentionnelle sur l'origine ethnique.] |
D'ailleurs, la jurisprudence a statué que le fait de refuser un emploi
sur la base de l'accent d'un individu constituait également une discrimination. Toutefois, en 1990, la Cour suprême des États-Unis a refusé
de reconsidérer la décision d'un tribunal inférieur (Hawaï) sur la question
de l'accent d'un individu, dont un employeur avait refusé l'embauche.
Il n'en demeure pas moins que toutes ces mesures serviront au final à mieux
«intégrer» les immigrants, notamment les Latinos, mais elles auront aussi un effet pervers:
celui de susciter un vaste débat, pas toujours positif, sur le bilinguisme et le multilinguisme dans
tout le pays.
Des millions de personnes d’Amérique latine et d’Asie vont entrer dans le
pays, modifiant l'équilibre interne de la société.
Même si l'immigration de masse avait repris de plus belle,
elle n'atteignit pas réellement les objectifs visés. Si la Loi sur l'immigration
réussit facilement à regrouper les familles, elle ne favorisa guère les
immigrants à cause des qualités professionnelles recherchées et elle ne tiendra pas
compte des réfugiés politiques et des demandeurs d'asile. Quelques années plus
tard, le président Jimmy Carter, aussitôt
entré en fonction, déclarait encore la guerre à la discrimination en ces termes:
«Aucun pauvre, aucun rural, aucun Noir ne devrait jamais souffrir d'être privé
d'instruction, d'emploi ou d'une simple justice.» Il aurait dit aux membres de
son cabinet: «Je veux qu'on enseigne l'anglais et non pas les cultures
ethniques.» Selon cette conception, l'anglais et la tradition anglo-saxonne
paraissent inconciliables avec d'autres formes culturelles. De toute façon, le
président Carter n'obtint jamais les crédits nécessaires pour mettre en œuvre
ses ambitions sociales.
Néanmoins, le révolution des droits
civils a instauré un nouvel environnement qui offrait aux nouveaux arrivants
le garantie d'une intégration plus facile, sinon un solide rempart contre
l'exclusion. En même temps, les minorités ethniques ont davantage pris
conscience de leur histoire. Le mouvement a amené de nombreuses universités
à créer des départements, par exemple, d'«Ethnic Studies», de «Chicano
Studies», d'«Asian Studies», d'«African Studies», d'«African-American
Studies», de «Native American Studies», etc.
Malgré une législation
antidiscriminatoire très élaborée, voire unique dans les pays occidentaux,
malgré les avancées considérables des minorités dans leurs droits, celles-ci
n'ont pratiquement pas gagné d'acquis sociaux équivalents, notamment dans le
domaine de la santé. En ce sens, les politiques sociales des États-Unis
continuent de traîner de la patte. Il faut dire que l'arrivée des présidents
républicains conservateurs (Ronald Reagan, 1981-1989; George Bush,
1989-1993; George W. Bush, 2001-2009), qui ont nommé des juges fédéraux
conservateurs durant une vingtaine d'années, a fait en sorte que les
minorités ont perdu des plumes. Les tribunaux sont devenus moins
compatissants à l'égard de toute mesure de protection, tant sociale que
linguistique ou scolaire. Non seulement les droits civils ne prennent plus
d'expansion, mais ils ont tendance à se réduire. Les programmes sociaux sont
perçus comme des moyens de développer chez les bénéficiaires une mentalités
d'assistés sociaux. Les présidents Reagan, Bush père et Bush fils n'ont lutté que
très mollement contre la discrimination et ont généralement pris position
contre l'affirmative action.
Seule la présidence de Bill Clinton
(1993-2001) a permis de redonner un nouveau souffle aux mesures de
protection. En effet, le président Clinton s'est employé à faire adopter des
lois favorables aux minorités ethniques en luttant contre la discrimination, notamment dans les domaines de l'emploi et du logement. Mais
Clinton a dû tenir compte de l'opposition d'un Congrès républicain et d'une
opinion publique de moins en moins favorable aux politiques d'ouverture
envers les minorités. Afin de s'assurer un second mandat à la présidence,
Clinton a dû adopter une politique plus ambiguë, qui s'inspira parfois d'une
idéologie républicaine. Il est probable que la présidence de Barack Obama va
favoriser une ouverture sans précédent sur toutes les questions
concernant les
droits des minorités aux États-Unis, mais il devra en même temps faire face
à de formidables obstacles.
3
Les lois sur l'enseignement bilingue
Sous la pression de personnalités
hispanophones, le Congrès américain finit par adopter quelques lois en matière
d'enseignement bilingue. À la fin des années soixante, les membres du Congrès ont
voulu tenir compte des besoins d’un nombre croissant d’élèves qui, du fait de
leur connaissance limitée, sinon inexistante en anglais, se trouvaient
perpétuellement en situation d’échec scolaire; ces élèves étaient en même temps
désavantagés par rapport aux enfants anglophones. On s'était rendu compte que
les élèves hispanophones abandonnaient massivement leurs études, alors que leur nombre augmentait par suite de l’exil des Cubains en
Floride, des Mexicains dans les États limitrophes du Mexique et de Portoricains
dans les États de New York et de la Nouvelle-Angleterre.
3.1 La Loi sur
l'éducation bilingue (1965)
 |
Cette législation portant sur l'éducation
bilingue faisait suite aux revendications des Noirs américains et de
l'adoption de la Loi sur les droits civils (Civil Rights Act) de
1964. La loi la plus importante sur cette question fut sans contredit la
Bilingual Education Act
(Loi sur l'éducation bilingue) de 1965 instaurée sous la présidence de
Lyndon B. Johnson. La Bilingual
Education Act était la façon brève («titre court»)
d'appeler la loi de 1965 dont le nom était officiellement l’Elementary
and Secondary Education Act (Loi sur l'enseignement
primaire et secondaire) ou plus simplement l'ESEA. Cette loi de 1965 est
devenue la pièce centrale des efforts du président Johnson pour améliorer le sort
des pauvres au sein des minorités. Johnson, qui venait d'être élu en novembre
1964, bénéficiait d'un énorme poids politique; il fit adopter l'ESEA par la
Chambre des représentants avec peu de changements, puis il persuada le Sénat
de l'accepter sans modifications, le tout en 89 jours.
Finalement, c'est la
version de 1968 qui sera appliquée. La Bilingual Education Act
constitua sûrement la plus grande victoire du mouvement latino, car c'est cette
loi qui connut les retentissements les plus importants, tant au plan
communautaire que national. La loi remettait en question le système d'éducation
américain! La version de 1968 constituait donc une loi «élargie« du
projet initial dans la mesure où elle touchait tous «les enfants dont la
maîtrise de l’anglais était limitée».
|
À l’origine, la proposition de loi
présentée
par le sénateur Ralph Yarborough du Texas ne concernait que les enfants
mexicains. Le sénateur Yarborough justifiait sa position du fait que les
autres groupes non anglophones étaient venus aux États-Unis de leur plein gré
et qu'ils avaient ainsi volontairement abandonné leur langue et leur culture,
tandis que les hispanophones du Sud-Ouest, originaires du Mexique, se sont fait imposer une culture qui
leur était étrangère, notamment après la
guerre avec le Mexique, qui s’acheva par la victoire des États-Unis et le
traité de Guadalupe-Hidalgo (2
février 1848).
- Les subventions
fédérales
En vertu de sa nouvelle politique d'ouverture à
l'égard des immigrants, l'administration fédérale américaine de Lyndon B. Johnson avait prévu des subventions
aux États dont les écoles désiraient dispenser un enseignement bilingue.
Malgré la complexité du système éducatif américain, les États ont profité
d'énormes subventions fédérales à travers les dispositions du ESEA Act,
en vertu du Titre VII (428 millions de dollars par an exclusivement affectés
aux programmes «bilingues») ou du Titre I (8,6 milliards de dollars), dont 75
% pouvaient, de façon discrétionnaire, être affectés à des programmes impliquant
une autre langue que l’anglais. Sur quelque 3,5 millions d’élèves
bénéficiant de cet enseignement, 65 % seraient des hispanophones, les autres
se répartissant environ entre 150 et 300 autres langues, surtout des minorités
asiatiques, amérindiennes ou françaises (Louisiane, Maine). Selon des
statistiques de 1990, quelque 72 % des élèves dont les connaissances étaient
limitées en anglais (LEP) se trouvaient dans six États : la Californie, la
Floride, l’Illinois, le New Jersey, New York et le Texas.
- Un programme contre la
pauvreté
Pour bénéficier de l'enseignement
bilingue, un enfant devait en principe venir d'une famille dont les revenus
annuels ne
devaient pas excéder 3000 $, ce qui désignait avant tout les familles pauvres,
sinon très pauvres.
On peut dire qu'il s'agissait d'une mesure sociale destinée à aider les
immigrants à très faible revenu. En réalité, il faut comprendre que l'aide
fédérale à l'enseignement bilingue fut conçue comme un «programme de pauvreté», non comme une approche innovatrice dans l'enseignement des langues. La
dimension linguistique paraissait secondaire, et il n'était pas question de
favoriser au départ la langue maternelle des immigrants. Bien que présentée en
1965, la loi ne fut adoptée qu'en 1968 et appliquée pour la première fois en
1971 dans l'État du Massachusetts. Il faudra même attendre en 1974 pour que la loi
puisse s'étendre à l'ensemble du pays.
3.2 L'arrêt Lau c.
Nichols (1974)
Cette politique a donné lieu à de nombreux
procès de la part des citoyens, groupes ou États, qui n'acceptaient pas que le
gouvernement fédéral s'ingère dans le domaine de l'éducation et de la langue,
grâce à son pouvoir de dépenser. L'éducation bilingue est devenue un enjeux,
sinon une bataille ("battle of bilingual education"). Finalement, de nombreux Américains ont dû se
résigner lorsque la Cour suprême des États-Unis a donné raison au gouvernement
fédéral. C'est que l'arrêt de la Cour suprême Lau c. Nichols de 1974
fut interprété comme recommandant le recours à la langue maternelle des enfants
en tant que langue d'enseignement. Selon la Cour suprême américaine, lorsque les enfants arrivent à l'école avec une
faible connaissance de l'anglais, sinon aucune, le choix qu'ils ont est celui
de «l'enseignement
dans le lavabo ou dans la piscine» ("sink or swim") et, en ce sens, ce
manque de choix constitue une violation de leurs droits civils. La Cour a suggéré que
des aménagements pourraient consister en des cours préparatoires d'anglais ou
en un enseignement bilingue dans lequel la langue minoritaire sert,
parallèlement à l'anglais, de langue d'enseignement durant les premières
années de la scolarité; cette deuxième solution a été adoptée par un certain
nombre d'administrations scolaires.
|

|
Aux États-Unis, l'arrêt Lau c. Nichols demeure le
précédent le plus important quant aux droits en éducation chez les minorités
linguistiques, bien que la Cour suprême se soit fondée uniquement sur la loi (le Titre VI de la Loi sur les droits civils de 1964) plutôt que sur la
Constitution américaine. La question était de savoir si les administrateurs
scolaires pouvaient répondre à leurs obligations de dispenser l'enseignement
avec des chances égales en traitant simplement tous les enfants de la même
manière ou s'ils devaient leur accorder une aide particulière afin de
connaître l'anglais. Cet arrêt de la plus haute cour des États-Unis a ouvert une nouvelle ère dans l'application
des droits civils fédéraux en vertu des «Lau Remedies» («les compensations Lau»).
L'arrêt de la Cour suprême fut rendu le 21 janvier 1974. |
Dans cet arrêt, la Cour a validé un certain nombre de
«droits linguistiques». Il s'agit du droit à des
bulletins de vote bilingues, du droit à l'enseignement bilingue, du droit de
recourir à un interprète dans un tribunal, du droit pour les bénéficiaires à
l'aide sociale d'obtenir des informations en espagnol (ou en d'autres langues) et du droit, dans des
cas particuliers, de parler sa langue maternelle à son lieu de travail. La Cour ne
s'est pas prononcée sur le statut des langues minoritaires, ce qui aurait
impliqué un usage officiel et protégé. Néanmoins, par la suite,
l'enseignement bilingue est devenu un droit des familles et une responsabilité
des États, car à partir de ce moment un district scolaire à
l'intérieur duquel habitait un minimum de vingt élèves appartenant à un même
groupe minoritaire fut obligé d'organiser un enseignement parallèle à leur
intention.
La Loi sur l'éducation bilingue de
1965 a été modifiée de nombreuses fois, mais en 1994, sous la présidence de
Bill Clinton, elle fut appelée l'Improving
America's Schools Act (Loi améliorant les lois scolaires
d'Amérique), alors que le titre bref demeurait encore
Bilingual Education Act.
D'autres lois furent adoptées au Congrès, notamment la Loi d'urgence
d'assistance aux écoles (Emergency School Aid Act, 1972), la Loi
sur l'éducation aux autochtones (Indian Education Act, 1972) et le
Programme sur l'héritage ethnique (Ethnic Heritage Program, 1972).
Ces lois étaient toujours destinées aux enfants dont la connaissance de
l'anglais était limitée. Elles témoignaient du fait que les Hispaniques avaient
acquis vers la fin des années soixante-dix d'une visibilité sans précédent.
Mais ils allaient le payer par un ressac anglo-saxon, car ils incarnaient le «brown
peril», c'est-à-dire le «péril brun».
4 Les droits linguistiques des Amérindiens
 |
À la fin des années quatre-vingt, la
politique américaine à l'égard des Amérindiens commença à changer. Certains
hommes politiques voulurent reconnaître les droits linguistiques des Amérindiens,
notamment les autochtones de l'Alaska, les indigènes d'Hawaï et les insulaires
du Pacifique. Mais, au cours de la présidence conservatrice de
Ronald Reagan,
il ne s'est rien passé. Il fallut attendre les présidences de
George Bush et de Bill Clinton,
et même de George W. Bush (en 2003).
Quelques lois furent adoptées: la Native American Languages Act of 1990
(ou Loi sur les langues amérindiennes de 1990), la Native American
Languages Act of 1992 (ou Loi sur les langues amérindiennes de 1992),
la Native American Languages Act Amendments Act of 2001 (ou Loi
de 2001 modifiant la Loi sur les langues amérindiennes) et la Southwest
Native American Language Revitalization Act of 2003 (ou Loi de
2003 sur la revitalisation des langues amérindiennes du Sud-Ouest).
|
Ces lois n'autorisaient aucun nouveau
programme pour les autochtones américains ni ne permettaient un financement
supplémentaire, mais elles proposaient des moyens incitatifs pour préserver les
langues amérindiennes en usage aux États-Unis. Ces dispositions législatives
fédérales concernent les droits linguistiques des «Indiens américains» (Americans
Indians), des autochtones d'Alaska (Alaska Natives), des autochtones
d'Hawaï (Native Hawaiians) et des insulaires du Pacifique (Pacific
Islanders), c'est-à-dire les autochtones vivant dans les possessions ou
territoires américains du Pacifique.
4.1 Les législations
importantes
La Native American
Languages Act of 1992 («Loi sur les langues amérindiennes de 1992») vise à accorder des programmes de subventions permettant d'assurer la survie
et la vitalité des langues amérindiennes. Les subventions ont pour buts de faciliter et
d'encourager le
transfert des habiletés langagières amérindiennes d'une génération à un autre,
de former des interprètes ou des traducteurs pour ces langues, de développer du
matériel pédagogique dans l'enseignement, de favoriser la production d'émissions
de radio et de télévision en langues amérindiennes, d'enregistrer, compiler et
analyser des témoignages oraux dans ces langues et enfin de permettre l'achat
d'équipements audiovisuels, d'ordinateurs et de logiciels destinés à produire des
documents dans des langues amérindiennes. Les subventions sont censées couvrir plus de 80
% des coûts des projets soumis pour la promotion des langues amérindiennes.
La loi de 2001 modifiant la Loi sur les langues amérindiennes prévoit
favoriser les écoles de survie en langues amérindiennes: les Native American
Language Survival Schools. Selon le paragraphe 2 de la loi, les objectifs sont notamment d'encourager et de soutenir le développement des écoles
de survie en langues amérindiennes, en tant que moyens
innovateurs de réparer les effets de discrimination passée contre les locuteurs
des langues amérindiennes et de soutenir la revitalisation de ces langues par
l'éducation en langues amérindiennes et par l'enseignement, en langues
amérindiennes, d'autres matières
scolaires, cela conformément avec la politique des États-Unis, telle qu'exprimée
dans la Loi sur les langues amérindiennes. La loi prétend également
démontrer les effets positifs des écoles de survie en langues amérindiennes sur les
résultats scolaires d'élèves ou d'étudiants amérindiens, ainsi que leur maîtrise en
anglais standard.
En vertu des dispositions de la législation en vigueur, il est
prévu de dispenser l'instruction et d'assurer la protection aux enfants dans une
langue amérindienne pour un groupe d'au moins 10 enfants âgés de sept ans pour
un minimum de 700 heures annuellement. Le secrétaire à l'Éducation est autorisé à
fournir des fonds pour les organisations éducatives, les écoles et collèges en
langues amérindiennes, les administrations indiennes tribales (Indian
tribal governments) afin de faire fonctionner, répandre et augmenter le
nombre des
écoles de survie en langue amérindienne, partout aux États-Unis et dans leurs
territoires, pour des enfants amérindiens parlant ou non une langue
amérindienne. Toute école de survie en langue amérindienne peut bénéficier des
fonds prévus par la loi et doit accorder au moins 700 heures d'enseignement en
langue amérindienne par élève, pour un groupe d'au moins 15 personnes pour
lesquelles une école de survie en langue amérindienne est le lieu principal
d'enseignement.
4.2 Les difficultés
Le problème principal lié à l'application de ces lois est qu'elles arrivent trop
tard, alors que de nombreuses langues autochtones (amérindiennes ou insulaires)
sont moribondes. D'ailleurs, la législation parle bien de «survie» (Native
American Language Survival School) et pas tellement de «promotion» ni de
«normalisation». On peut
aussi se demander s'il ne s'agit pas, encore une fois, d'une autre façon de mieux
enseigner l'anglais en tant que langue seconde en attendant qu'elle devienne la
première langue. En tous cas, ce n'est pas avec ce genre de loi qu'on fera
renaître, par exemple, la langue hawaïenne.
Lorsque le président George
Bush (père) bombarda l'Irak en 1991 dans le but, soutenait-il, de faire cesser l'occupation du
Koweït par les Irakiens, un groupe d'Indiens de l'Oregon fit circuler une lettre
ouverte, aussi amère qu'ironique:
|
Cher Président Bush,
Pourriez-vous nous aider à
libérer notre petite nation occupée? Une force étrangère occupe nos terres
pour s'emparer de nos formidables ressources naturelles. Ces étrangers ont
menti et mené contre nous une guerre bactériologique, tuant des milliers
de vieillards, d'enfants et de femmes. Après avoir envahi notre pays, ils
ont renversé les chefs et les autorités de nos gouvernements et les ont
remplacés par leur propre système de gouvernement qui, encore aujourd'hui,
contrôle notre mode de vie de bien des manières. Selon vos propres termes,
l'occupation et le renversement d'une petite nation [...] est une
occupation de trop. Sincèrement vôtre.
Un Indien
d'Amérique |
Confrontées au désespoir, à la colère ou à la désaffection de
certains segments de la population, dont les Indiens et les Hispaniques, les
autorités américaines ont trouvé la solution: il suffit de construire de nouvelles prisons
pour enfermer plus de gens et exécuter davantage de prisonniers. La plupart des
détenus sont pauvres, non blancs et peu instruits. Compte tenu de leur
population, les Indiens et les Noirs sont très nombreux dans les prisons
américaines.
5 Les réformes en
éducation
Depuis les années soixante, beaucoup d'Américains avertis ne
se gênaient pas pour critiquer leur système d'éducation. Les études révélaient
que les jeunes Américains n'atteignaient pas les normes
internationales en matière d'éducation.
Les présidents Kennedy et
Johnson avaient déjà attitré
l'attention sur
les déficiences du système d'éducation américain.
En 1981, le président nouvellement élu, le républicain
Ronald
Reagan, voulut modifier le système d'éducation en faisant abroger la
Bilingual Education Act (ESEA), ainsi que d'autres programmes fédéraux
destinés aux enfants financièrement désavantagés. Il ne put réussir à éliminer la plupart des grands programmes fédéraux,
mais il lui fut plus aisé de réduire les dépenses et les subventions à un point tel
que la plupart des programmes en éducation accusèrent dix années de retard. Le président Reagan s'est mis à critiquer
globalement le système d'éducation de son pays. Or, la législation et la
réglementation américaines n'avaient jamais précisé la façon dont on devait
enseigner aux enfants. L'accent fut mis sur la «responsabilité fiscale»,
c'est-à-dire le manque de responsabilisation de la part des administrateurs
locaux dans la gestion des subventions fédérales. La législation fut modifiée
pour exiger de la part des États pour les niveaux attendus de réussite scolaire.
Les administrations locales durent identifier les écoles ayant besoin de
l'aide fédérale pour améliorer leurs taux de réussite scolaire.
En 1989, le président,
George Bush (père), et les
gouverneurs des États se rencontrèrent lors d'un sommet sur l'éducation à Charlottesville en Virginie,
au cours duquel il fut décidé que les États-Unis devaient
exiger des normes nationales en matière d'éducation afin de relever le niveau
scolaire des jeunes Américains. Le président Bush annonça en janvier 1991 une nouvelle
croisade concernant une réforme en profondeur de l'éducation. Il déclara:
«Dans le domaine de l'éducation, la révolution a d'ores et déjà commencé. Je
demande à tous nos compatriotes de se mobiliser pour la croisade la plus
importante pour nos enfants et pour nous-mêmes.»
Dans le programme de Bush (père) d'America 2000, quatre grands
objectifs étaient fixés pour combattre la sous-scolarisation au cours des dix
années subséquentes:
|
Chaque enfant entrant à
l'école devra être prêt à lire; 90 % des adolescents devront sortir
diplômés d'une high school — ils n'étaient que 32 % en 1875;
chaque adulte devra «savoir lire, écrire, compter et avoir une formation
individuelle lui permettant de s'épanouir dans le cadre de l'économie du
pays». |
L'anglais, les mathématiques, les sciences, l'histoire et la
géographie constituaient les cinq disciplines prioritaires. L'introduction de
la géographie fut jugée importante, car 77 % des Américains ignoraient où
se trouvait l'Irak lors de la guerre du Golfe, comme ils ignorent où est
située la France. Quant à la promotion de
l'anglais, elle correspondait à une préoccupation constante devant la montée
des minorités non anglophones, notamment les Hispano-Américains de moins en
moins désireux de se fondre dans le melting pot.
En réalité, les résultats concrets d'America 2000 se
sont révélés modestes et les attentes, totalement irréalistes. En 2003, les
membres de la Commission en éducation du Congrès furent dans l'obligation de
constater : «Soixante-cinq pour cent des jeunes sortant des high schools
ne peuvent assimiler le contenu d'un article de journal; 55 % sont incapables
de remplir correctement un bon de commande, et 52 % d'analyser l'état de leur
compte en banque.» Il faut dire que les moyens financiers n'avaient pas suivi.
En effet, le président Bush, l'artisan de la guerre du Golfe, n'avait consacré
que 535 millions de dollars pour quelque 500 établissements d'enseignement
disséminés dans l'ensemble du pays, ce qui représentait 0,15 % des dépenses
militaires de l'année en cours.
En 2004, le président
George W. Bush (le fils) annonça un nouveau programme qui laisse songeur
: la conquête de la planète Mars et l'implantation de colonies américaines sur
cette planète vers 2018. Ce fait démontre une tendance courante dans
l'histoire américaine : les préoccupations militaires prennent généralement le
pas sur les préoccupations sociales. Pour un Franklin Roosevelt, un Lyndon
Johnson, un Jimmy Carter, voire un Bill Clinton et probablement un Barack
Obama, il y a eu surtout des présidents
belliqueux comme
James Monroe (1817-1825),
James Polk (1845-1849),
Abraham Lincoln (1861-1865),
Theodore Roosevelt (1901-1909), Dwight Eisenhower (1953-1961),
Richard Nixon (1969-1974),
Ronald Reagan (1981-1989),
George Bush (1989-1993) et George W. Bush (2001-2009).
6 La diversité culturelle
Après avoir caressé pendant près d’un siècle
le rêve du melting pot où fusionneraient toutes les langues, toutes les
races et toutes les cultures, l’Amérique s'est soudainement réveillée devant une
réalité qu'elle refusait de reconnaître: la société multiculturelle. La terre d’accueil des
White Anglo-Saxon Protestants est aujourd'hui en train de se réduire comme une peau de
chagrin. Les immigrants du XXIe
siècle ont les yeux bridés et mangent avec des baguettes, sont musulmans ou
bouddhistes, ou bien ils ont la peau basanée, mangent des tacos, parlent
l'espagnol et sont catholiques.
Par exemple, le recensement de 2000 révélait
qu'un Américain sur cinq ne parlait pas l’anglais couramment (contre un sur six
en 1990). Pour la première fois dans leur histoire, les États-Unis comptent
aujourd’hui une majorité d’immigrants ne parlant qu’une seule langue, qui n’est
pas l’anglais. Le flot d'écoliers non anglophones rend de plus en plus difficile
l'enseignement de l'anglais aux États-Unis. Selon Jeffery S. Passel, démographe
à l'Urban Institute (Washington, DC), les États-Unis vivraient aujourd'hui leur
plus grande vague d'écoliers non anglophones de toute leur histoire avec quelque
90 000 écoles publiques et plus de 11 millions d'enfants d'immigrants. Le
problème ne touche pas seulement le grand nombre d'élèves dans les écoles, mais
aussi le grand nombre de langues étrangères. En 2003, le directeur (exécutif) de
ProEnglish, faisait cette déclaration:
|
Trying
to teach English to this large and ever growing number of school
children English is like trying to run on a treadmill that continues to
gain speed. We simply have to recognize that there are limits to the
numbers of new immigrants we can take if we are going to teach them all
English and help them achieve the American dream. |
[En essayant de faire
apprendre l'anglais à ce grand nombre toujours croissant d'écoliers
d'anglais, c'est comme tenter de courir sur un tapis roulant qui
continue à prendre de la vitesse. Nous devons simplement reconnaître
qu'il y a des limites au nombres des nouveaux immigrants que nous
pouvons accepter si nous voulons leur apprendre l'anglais à tous et les
aider à réaliser le rêve américain.] |
Par ailleurs, le poids politique des
immigrants commence à faire peur aux Blancs, même si traditionnellement les
nouveaux arrivés
participent peu à la vie politique du pays! Néanmoins, quand ils votent,
ils favorisent massivement les démocrates, comme c'est le cas de la plupart des
minorités. S'ils parlent l'espagnol et sont catholiques, ils résistent
plus que d'autres immigrants aux modèles de l'American way of life. Même la communauté noire s'inquiète du rôle grandissant des Latinos et leur
reproche de se considérer comme «Blancs» et de lui voler des emplois; pourtant,
les Hispaniques, eux aussi, sont régulièrement victimes de discrimination.
Dans l'éventualité où l'immigration se
poursuivrait à son rythme actuel, les Blancs ne détiendront la majorité que dans
une proportion de 52 % d'ici 2050. Les hispanophones formeront le principal
groupe minoritaire (22 %) et ils seront suivis par les Afro-Américains (14 %) et
les Asiatiques (10 %). Bref, il n'est pas interdit de croire qu'un jour les
minorités formeraient la majorité! Verra-t-on même un jour un président latino?
 |
Aux États-Unis, la prise de conscience de la
diversité culturelle s'est manifestée pourtant dès le milieu des années quatre-vingt.
Les exemples sont nombreux, surtout dans les écoles. Dans un high school
de Cambridge près de Boston, quelque 27000 élèves représentaient 63 nationalités
et parlaient 46 langues. Les 63 000 élèves de San Francisco proviennent
majoritairement du Mexique, de l'Inde, du Laos, des Philippines et parlent 55
langues. Les 17 écoles de la ville de Sheboygan au Wisconsin doivent faire
apprendre l'anglais à des enfants qui parlent 20 langues, incluant des
enfants de la Bosnie-Herzégovine et de l'Albanie, ainsi que des réfugiés
hmong de l'Asie du Sud-Est. Dans un article du Monde en date du 30 octobre 1992, Annick
Cojean cite un manuel d'histoire pour les classes américaines de troisième
année: |
 |
|
Comme une salade, les
États-Unis sont faits de différents ingrédients de peuples et de
cultures. Bien qu'ils soient mélangés, ces ingrédients restent
distincts. Et, comme chaque composante dans un saladier comporte une
saveur particulière, chaque contribution culturelle ajoute à la variété
et à la diversité de la vie américaine. |
Plus précisément, le
melting pot,
dont la caractéristique est de fondre les divers éléments dans le creuset, est
en train de se muter en saladier (salad bowl) où chacun des éléments
conserve sa saveur particulière.
Ainsi, le visage des États-Unis est en passe
de se métamorphoser radicalement. Le président
Bill Clinton avertissait ainsi ses
compatriotes: «D'ici 30 ou 40 ans, aucune race ne dominera aux États-Unis. Et
nous ferions bien de nous faire à cette idée.» En bon démocrate libéral, Clinton
s'efforçait de prêcher la tolérance raciale et les vertus du multiculturalisme.
Voici un extrait de l'un de ses discours intitulé «Les États-Unis, terre de
diversité et d'espoir» (1999):
|
Les
États-Unis, terre de diversité et d'espoir
Bill Clinton
Parvenus à
l'aube du XXIe siècle, nous mesurons pleinement les défis
formidables et les fougueux espoirs que l'avenir nous réserve.
Au cours du prochain siècle, nous pourrons devenir la première
démocratie véritablement multiraciale et multiethnique au monde. Nos
écoles publiques n'ont jamais accueilli autant d'élèves, aux origines
d'une diversité encore inégalée : de fait, un écolier sur cinq est issu
d'une famille d'immigrants.
En Virginie par exemple, tout près de la
capitale de notre pays, de l'autre côté du Potomac qui arrose Washington,
le district scolaire du comté de Fairfax se targue de scolariser des
enfants issus de 180 groupes raciaux, nationaux et
ethniques et qui parlent à eux tous plus de 100 langues maternelles. Nous
devons veiller à ce que notre système éducatif nourrisse la créativité de
chacun de nos élèves, qu'il leur donne à tous les compétences et les
connaissances dont ils ont besoin pour réaliser leur potentiel et qu'il
leur offre la possibilité de réussir dans la vie et dans la carrière
qu'ils choisiront.
Le prochain siècle comportera sa part de défis et d'espoirs pour les
personnes du troisième âge aussi. Dans notre pays, leur nombre doublera
d'ici à l'an 2030 et, grâce aux progrès de la médecine, l'Américain moyen
qui vivra au milieu du XXIe siècle atteindra l'âge de 82 ans,
soit six ans de plus que l'espérance de vie d'aujourd'hui. Ces années
supplémentaires procurent certainement beaucoup de satisfaction, mais
elles compliquent les programmes fédéraux qui prodiguent une aide
financière et des soins médicaux aux personnes âgées. L'une des grandes
craintes de ceux parmi nous qui sont dans la fleur de l'âge — c'est-à-dire
la génération née dans l'après-guerre —, c'est qu'en vieillissant nous
constituerons un fardeau intolérable pour nos enfants à tel point que
ceux-ci auront du mal à élever nos petits-enfants. À l'approche du nouveau
millénaire, maintenant que nous jouissons d'une économie robuste et que
nous assistons aux premiers excédents budgétaires depuis les années 1960,
nous avons une occasion historique — et une obligation solennelle — de
veiller à ce que le régime de retraite et la caisse d'assurance-maladie
soient préservés pour le bien-être des futures générations, elles qui
vivront dans une société où les hommes et les femmes mèneront une vie plus
longue, plus active, plus productive.
Nous aurons beaucoup à faire au prochain siècle, tandis que nous nous
emploierons à devenir une nation respectueuse de nos différences, fière de
célébrer notre diversité et unie autour de valeurs communes.
Maintenant que le nouveau millénaire approche à grands pas, marquons
fièrement les étapes de cette évolution, réjouissons-nous des progrès
accomplis et montrons-nous déterminés à réaliser de plus grandes percées
encore dans les années à venir.
__________________________
Source:
Revue électronique de
l'Agence d'information des États-Unis, volume 4, numéro 2, juin 1999. |
 |
Avec Lyndon Johnson (1963-1969),
le président Bill Clinton (1993-2001)
s'est révélé l'un des hommes politiques américains les plus ouverts en
matière de libertés et de droits à l'égard des minorités ethniques, raciales
et sexuelles. Sous son initiative, d'importantes réformes législatives
relatives à la sécurité sociale ont été proposées, puis adoptées par le
Congrès. Ce démocrate fin de siècle savait que les recettes du passé ne
valaient plus rien et qu'il fallait recourir à de nouvelles formules. Mais
Clinton n'a pas réussi à atteindre tous ses objectifs, notamment ceux qui
étaient reliés à ses projets de réformes
touchant l'assurance-maladie. De plus, son mandat fut entaché d'un scandale
sexuel qui a terni sa réputation comme président.
En 1998, le Comité des conseillers
économiques pour l'initiative sur la question raciale (pour le président
Clinton) publiait un rapport intitulé Changing America : Indicators of
Social and Economic Well-Being by Race and Hispanic Origin («L'Amérique en
changement : les indicateurs du bien-être social et économique par la race et
l'origine hispanique»). Le rapport donnait un portrait assez complet de la
situation aux États-Unis. En voici quelques extraits en version française: |
|
L'Amérique en
changement:
les indicateurs du bien-être social et économique par la
race et l'origine hispanique
Plus on se rapproche du
siècle prochain, plus la population des États-Unis frappe par la
diversité de sa physionomie. Ces dernières années, les Latino-Américains
et les groupes raciaux minoritaires (c'est-à-dire, pour les besoins du
présent texte, les groupes raciaux et ethniques qui constituent moins de
50 % de la population et qui réunissent les Noirs d'origine non
latino-américaine, les Asiatiques et les Amérindiens) ont enregistré une
croissance démographique supérieure à celle de l'ensemble de la
population. En 1970, ces groupes représentaient à eux tous 16 %
seulement de la population. En 1998, leur part atteignait 27 %.
Dans l'hypothèse du maintien
des tendances actuelles, le Bureau du recensement prévoit qu'ils
constitueront près de la moitié de la population des États-Unis d'ici à
2050. Bien que manifestement imprécises, ces projections indiquent que
les États-Unis connaîtront une expansion considérable de la diversité
raciale et ethnique au cours du siècle prochain.
L'immigration est la clé
de cette évolution démographique. Elle a contribué à la croissance
rapide de la population asiatique et latino-américaine depuis les années
1960. En 1997, 38 % des Latino-Américains et 61 % des Asiatiques étaient
nés à l'étranger, contre 8 % de la population blanche, 6 % de la
population afro- américaine et 6 % des Amérindiens. L'accroissement du
nombre d'immigrants asiatiques et latino-américains observé ces
dernières dizaines d'années tient essentiellement à la modification de
la politique d'immigration. En particulier, la loi de 1965 mit fin au
système des quotas liés à l'origine nationale, dont l'existence
restreignait l'immigration en provenance de pays non européens. De même,
la loi de 1986 relative à la réforme et au contrôle de l'immigration
contribua à l'accroissement du nombre d'immigrants asiatiques et
latino-américains, dans la mesure où beaucoup de clandestins profitèrent
des nouvelles dispositions pour régulariser leur situation.
Parallèlement à la montée de l'immigration des Asiatiques et des
Latino-Américains, la croissance démographique s'est considérablement
ralentie dans l'ensemble des États-Unis, essentiellement à cause de la
baisse du taux de fécondité de la population, noire comme blanche,
d'origine non latino-américaine. Dès lors,
la part des Blancs non
originaires d'Amérique latine diminue depuis 1970, et celle des Noirs
n'a que légèrement augmenté.
La modification de l'identification raciale et ethnique a également
favorisé l'épanouissement de cette diversité. C'est dans la population
amérindienne que ces changements frappent le plus, car l'augmentation
enregistrée ces dernières années est trop forte pour qu'on l'explique
exclusivement par le recul du taux de mortalité, les naissances,
l'immigration et les améliorations au niveau du recensement.
On est donc
tenté de conclure que les personnes recensées sont plus susceptibles
qu'autrefois de se définir comme étant d'origine amérindienne.
Il faut noter que l'évolution de la composition ethnique et raciale de
la population à l'échelle nationale masque des différences d'une région
à une autre aussi bien qu'à l'intérieur même des régions. La
distribution géographique des groupes raciaux et ethniques a son
importance, parce qu'elle influence le potentiel d'interactions sociales
et économiques entre eux. Selon les projections faites par le Bureau du
recensement en 1995,
c'était l'Ouest qui comptait la plus forte
concentration de minorités (36 %), puis venaient le Sud (30 %), le Nord-Est (23 %) et le Centre (15 %).
Les Noirs d'origine non
latino-américaine sont les plus susceptibles de vivre dans le Sud,
tandis que les Asiatiques, les Latino-Américains et les Amérindiens ont
davantage tendance à s'installer dans l'Ouest.
D'autre part, la composition raciale varie selon que l'on se trouve en
plein cœur des régions métropolitaines, dans leurs proches banlieues ou
dans les zones non métropolitaines. On trouve généralement plus de
Latino-Américains, de Noirs et d'Asiatiques que de Blancs d'origine non
latino-américaine dans les centres des villes (en 1996 plus de la moitié
des Noirs et des Latino-Américains et près du quart des Asiatiques
vivaient dans un centre-ville, contre moins du quart des Blancs non
originaires d'Amérique latine). À titre de comparaison, plus de la
moitié des Blancs d'origine non latino-américaine, et 48 % des
Asiatiques, vivaient en banlieue en 1996. Les Amérindiens sont de loin
les plus susceptibles de s'installer loin des villes et des banlieues ;
en 1990, près de la moitié d'entre eux résidaient hors de zones
métropolitaines.
[...]
Un grand nombre de caractéristiques démographiques affectent les
conditions sociales et économiques des individus et elles expliquent en
partie les différences socio-économiques entre eux. Par exemple,
l'immigration a fait régresser le statut socio-économique relatif de la
population originaire d'Amérique latine dans la mesure où les immigrants
venus de cette partie du monde ont tendance à avoir un niveau
d'instruction et un revenu inférieurs à ceux de l'ensemble de la
population latino-américaine.
La structure des ménages et la répartition des individus par tranches
d'âge sont d'autres caractéristiques démographiques qui ont des effets
importants sur la condition sociale et économique. En particulier, la
croissance de la pauvreté des enfants est souvent associée à la
progression de la part des familles monoparentales. Par rapport à 1970,
la part de ces familles a augmenté dans tous les groupes mais elle est
surtout importante parmi les Afro-Américains (38 %), les Amérindiens (26
%) et les Latino-Américains (26 %). De même, la structure des ménages
est affectée par la condition économique ; par exemple, la tendance
accrue des personnes âgées à vivre de façon autonome est liée au
relèvement croissant de leur niveau de vie.
Les différences observées au niveau de la répartition des tranches d'âge
dans la population pourraient bien affecter le taux de croissance de ces
diverses tranches. On peut en dire autant des écarts constatés sur le
plan économique et social. Par exemple, c'est parmi les enfants que le
taux de pauvreté est le plus élevé, et parmi les jeunes adultes que le
taux de délinquance est le plus fort. En moyenne, la population blanche
d'origine non latino-américaine est considérablement plus âgée que
l'ensemble de la population. Seulement 24 % des personnes de ce groupe
ont moins de 18 ans, contre environ 30 % des Noirs d'origine non
latino-américaine et des Asiatiques et environ 35 % des Amérindiens et
des Latino-Américains. Les différences entre les groupes raciaux et
ethniques en matière de répartition des âges reflètent les écarts
enregistrés sur le plan du taux de mortalité, du taux d'immigration
nette et de l'âge des immigrants.
--------
Cet article est extrait du deuxième
chapitre du rapport intitulé
Changing America : Indicators of Social and Economic Well-Being by Race
and Hispanic Origin, publié en septembre 1998 par le Comité des
conseillers économiques pour l'initiative sur la question raciale.
|
 |
Pour Bill Clinton, la diversité ethnique et
linguistique était un atout. Il en est ainsi pour son successeur démocrate,
Barack Obama, le 44e président des
États-Unis. Lors de son discours du 4 novembre 2008, au soir de sa victoire,
il pouvait affirmer que la devise des États-Unis — E pluribus unum
(du latin «Un seul à partir de plusieurs») —
s'était concrétisée lors de son élection:
| It’s the
answer spoken by young and old, rich and poor, Democrat and
Republican, black, white, Latino, Asian, Native American, gay,
straight, disabled and not disabled – Americans who sent a
message to the world that we have never been a collection of Red
States and Blue States: we are, and always will be, the United
States of America. |
[C'est la
réponse des riches et des pauvres, des démocrates et des
républicains, des Noirs, des Blancs, des Latinos, des
Asiatiques, des Américains d'origine, des homosexuels, des
hétérosexuels, des handicapés et des valides. Les Américains ont
adressé un message au monde – nous ne sommes pas un amalgame
d'États républicains ou démocrates ; nous sommes, et nous serons
toujours, les États-Unis d'Amérique.] |
|
Barack Obama, le premier président
américain descendant d'une famille non WASP, d'origine négro-africaine par
surcroît, ne croit pas que la diversité culturelle soit une menace pour
l'unité nationale. Lors de son premier discours, le 20 janvier 2009, comme
président des États-Unis, Barack Obama déclarait:
For we know that our patchwork
heritage is a strength, not a
weakness. We are a nation of
Christians and Muslims, Jews and
Hindus - and non-believers. We
are shaped by every language and
culture, drawn from every end of
this Earth; and because we have
tasted the bitter swill of civil
war and segregation, and emerged
from that dark chapter stronger
and more united, we cannot help
but believe that the old hatreds
shall someday pass; that the
lines of tribe shall soon
dissolve; that as the world
grows smaller, our common
humanity shall reveal itself;
and that America must play its
role in ushering in a new era of
peace.
|
[Nous
savons que notre héritage multiple est une force, pas une
faiblesse. Nous sommes une nation de chrétiens et de musulmans,
de juifs et d'hindous, et de non-croyants. Nous avons été formés
par chaque langue et chaque culture, venues de tous les coins de
la terre; et parce que nous avons goûté à l'amertume d'une guerre civile et de la ségrégation, et que nous avons émergé
de cette période sombre plus forts et plus unis, nous ne pouvons
pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour
disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que
pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune
doit se
révéler, et cette Amérique doit jouer son rôle en donnant l'élan
d'une nouvelle ère de paix.] |
Cette élection présidentielle
témoigne que l'idéologie du melting pot a manifestement fait son
temps, pour faire place à la diversité. Néanmoins, il y a encore de nombreux
Américains qui ne peuvent pas croire qu'un Noir soit président des
États-Unis et ils ne l'accepteront jamais. Ce sont eux qui l'accusent
d'être l'Autre, un étranger, un socialiste, un marxiste, un raciste, un
sans-cœur qui débrancherait les personnes âgées, un serpent qui
endoctrinerait les enfants, etc. Il y a aussi le fait que la légitimité
des présidents démocrates, par exemple
Franklin Roosevelt, Harry Truman,
Bill Clinton et Barack Obama, a régulièrement été remise en question par
les Américains ultraconservateurs qui les accusent généralement de
«complicité avec le communisme». Certains analystes de la politique
américaine n'y voient là rien d'anormal dans le fait que les présidents
démocrates soulèvent des réactions excessives au sein d'une certaine
droite religieuse et républicaine.
De fait, depuis l'élection de Barack
Obama, le pays est aux prises avec la montée d'un mouvement de
propagande haineuse, franchement extrémiste, contre le président élu,
l'immigration et les musulmans. La droite américaine est devenue un
mouvement extrémiste qui tire à boulet rouge contre les «indésirables»,
notamment les immigrants mexicains et les musulmans, en proclamant,
citant Thomas Jefferson
(1801-1809), qu'«il faut parfois abreuver l'arbre de la liberté par le
sang des tyrans et des patriotes»: "The tree of liberty must be
refreshed from time to time with the blood of patriots and tyrants." Or,
la plupart des Américains conservateurs, dont le mouvement Tea Party est
représentatif, semblent avoir oublié que Jefferson était un athée qui
avait réussi à imposer la séparation de l'Église et de l'État. En même
temps, le Parti démocrate serait devenu «une machine socialiste et laïcisante» ("a secular-socialist machine") et Barack Obama, le
président «le plus radical de l'histoire américaine» ("the most radical
president in American history"). Pourtant, Obama est un agneau par
comparaison à Jefferson.
Dans les États-Unis d'aujourd'hui, il
est encore plus insultant de se faire traiter de «laïcisant» que d'être
«socialiste». Mais ce qu'il y a de plus troublant, ce sont les propos
hargneux, racistes, homophobes et anti-gouvernementaux, les appels à la
révolte, les références aux armes à feu et aux attaques, le tout sur
fond de mission biblique et de sacrifice historique. Il ne faut jamais
oublier que la proportion d'Américains qui s'identifient comme
républicains (ou «conservateurs» ou «de droite») est deux fois plus
importante que ceux qui s'identifient comme démocrates (ou
«libéraux» ou «de gauche»). Beaucoup d'Américains remettent en cause
toute orientation politique fondée sur les notions de «collectivité»»,
de «coopération» et d'«égalité sociale». Il s'agit là pour eux de
«socialisme», une hérésie à combattre, similaire à la fameuse «Peur
rouge» ("Red Scare") désignant les dangers du communisme soviétique.
C'est pourquoi les républicains sont devenus haineux à l'endroit du
président Obama, des libéraux, des immigrants, des musulmans, des
minorités et de l'Europe ainsi que des valeurs qu'elle représente.
7 Les attitudes des Américains face à l'immigration
La métamorphose qui est en train de
modifier radicalement les États-Unis inquiète au plus haut point les White
Anglo-Saxon Protestants, car ils craignent de voir leur pays leur
échapper. En conséquence, beaucoup d'Américains blancs se demandent s'il
convient de sauvegarder les différences culturelles ou de chercher plutôt à
les réduire. Autrement dit, faut-il assimiler (angliciser) les immigrants en
les brassant dans le
melting pot ou devrait-on maintenir ces différences raciales et ethniques
afin de créer une société pluraliste? Ces deux points de vue ont chacun leurs
partisans. Une enquête menée en 1994 dans l'ensemble du pays par le Centre
national de recherches sur les opinions présentait la problématique de la
façon suivantes: «Certaines personnes considèrent qu'il vaut mieux pour le
pays que les divers groupes ethniques et raciaux conservent leurs cultures
respectives. D'autres estiment qu'il vaut mieux que les groupes changent pour
mieux s'assimiler à l'ensemble de la société, dans l'esprit du creuset.» Il
était demandé aux répondants de se situer sur une échelle allant du «maintien
des cultures distinctes» (pluralisme) à la «fusion dans la société»
(assimilation). Grosso modo, un tiers des Américains s'est déclaré en faveur
du pluralisme, un tiers pour l'assimilation et le troisième tiers s'est placé
entre ces deux pôles.
7.1 Les partisans du
maintien des cultures distinctes
Les promoteurs les plus enthousiastes des
cultures distinctes et du bilinguisme font entendre leurs voix au sein des
organisations de défense des droits civils telles que la LULAC (League of
United Latin American Citizens: Ligue des citoyens latins unis d'Amérique)
et de la MALDEF (Mexican American Legal Defense and Education Fund:
Fonds d’éducation et d’aide juridique
mexico-américaine).
- Une nation tolérante
Ceux qui préconisent le maintien des
diversités culturelles aux États-Unis croient que leur pays constitue une nation
tolérante, une entité réellement multiculturelle dans laquelle toutes les
composantes ont des droits et apportent leur contribution à l'ensemble. La
diversité culturelle ouvrirait les marchés internationaux aux entreprises
américaines et contribuerait à leur développement international. Le clairvoyant président
démocrate Bill Clinton
l'avait observé en déclarant (le 4 février 1997) que la diversité constituait la
plus grande force du peuple américain:
|
My fellow Americans, we must never, ever
believe that our diversity is a weakness — it is our greatest strength.
Americans speak every language, know every county. People on every
continent can look to us and see the reflection of their own great
potential — and they always will, as long as we strive to give all of
our citizens, whatever their background, an opportunity to achieve their
own greatness. |
[Mes camarades américains, nous ne devons jamais, au
grand jamais, croire que notre diversité est une faiblesse; c'est notre
plus grande force. Les Américains parlent toutes les langues, connaissent
tous les pays. Les peuples de tous les continents peuvent nous regarder et
y voir le reflet de leur propre immense potentiel. Et ils le feront
toujours, aussi
longtemps que nous nous efforçons de donner à tous de nos citoyens,
quelle que soit leur origine, l'occasion de réaliser leurs ambitions
personnelles.] |
Rappelons qu'en août 2000 le président
Clinton a signé un décret (EO 13166) intitulé
Improving access for people of
limited English proficiency («Amélioration
de l'accès aux services pour les personnes dont les compétences sont limitées
en anglais»). Ce décret obligeait toutes les agences
fédérales à s'adresser aux non-anglophones dans leur langue. La raison
invoquée était que les non-anglophones avaient droit aux mêmes services que
les anglophones.
- L'atout du bilinguisme
Les partisans du maintien des cultures
distinctes sont
également favorables aux politiques de bilinguisme instaurées par le
gouvernement fédéral au début des années soixante-dix, notamment en matière
d'éducation et dans certains services publics (élections, tribunaux,
hôpitaux, etc.). Ils croient que le bilinguisme est un atout et que
l'enseignement bilingue favorise l'apprentissage de l'anglais. De nombreux
éducateurs et spécialistes de l'enseignement prétendent que l'éducation
bilingue est la clé de la réussite pour alphabétiser les enfants dans leur
langue avant de passer à l'anglais.
En pratique, un immigrant mexicain aurait
le choix entre deux modes d'intégration: ou bien il s'assimile dans le
melting pot, ou bien il préserve sa langue et sa culture en recourant aux
programmes publics réservés aux minorités. Dans ce dernier cas, le «melting
pot» fait place au «saladier» (salad bowl). Bref, le bilinguisme
est perçu comme un avantage qu'il convient de cultiver tant pour l'individu
que pour la société. Dans ces conditions, l'enseignement bilingue, parce
qu'il est subventionné et imposé par le gouvernement fédéral, ne
représente-t-il pas une forme de reconnaissance officielle?
Rares sont les intellectuels libéraux qui
voient dans le bilinguisme un avantage indéniable. Dans International
Dimensions of Bilingual Education, Gary Orfield, professeur d'éducation et
de politique sociale à l'Université de Harvard, était l'un de ceux-là (1978):
|
Il semblerait qu'on soit
passé, sans débat national sérieux, d'une politique d'assimilation
poussée à une politique de séparation culturelle et linguistique. Je
crois qu'il y a une meilleure voie: il faut intégrer les enfants
hispaniques dans des écoles qui respectent leur tradition culturelle et
qui encouragent les autres enfants à étudier la langue et la littérature
espagnole dans un milieu bilingue naturel. |
Ce genre d'approche n'a jamais été vraiment
étudié aux États-Unis parce que les langues minoritaires sont en général trop
dévalorisées. Un système d'éducation ouvert au pluralisme culturel et
linguistique heurte de front la grande majorité des Américains blancs, ce que
Gary Orfield appelle la
Anglo-conformity (conformité aux valeurs anglophones) pour qui toute
manifestation extérieure de pluralisme s'oppose à l'uniformité culturelle de
la Nation américaine.
- Le point de vue du
président Barack Obama
Il est encore trop tôt pour évaluer
la position du nouveau président Barack Obama sur la question linguistique
aux États-Unis,
mais nous en savons suffisamment pour avoir une certaine idée. Obama est partisan du
bilinguisme individuel. Ainsi,
lors de sa tournée en Floride au moment des élections présidentielles de 2008, le candidat démocrate a
enregistré un message en espagnol afin de s'attirer les faveurs des
électeurs hispaniques majoritaires à Miami. Ce message a été retransmis
plusieurs fois dans des émissions de radio et de télévision à l'intention
des hispanophones de Miami, d'Orlando, de Las Vegas (Nevada) et de Denver
(Colorado). Les collaborateurs d'Obama ont reconnu que ce dernier avait
enregistré ce message lors d'une séance qui avait duré un peu moins de deux
heures. Selon ces mêmes collaborateurs, celui qui était alors le candidat à
la présidence des États-Unis serait doué pour
les langues: il serait capable de parler le chinois en une demi-heure, si un
document lui était présenté dans cette langue. ll n'en demeure pas moins que
le candidat Obama
s'était senti presque coupable en juillet 2008, à l'hôtel de ville de
Dayton (Ohio), parce qu'il ignorait les langues étrangère: «I don't speak a foreign
language. It's embarrassing!» («Je ne parle pas de langue étrangère. C'est
gênant»). En mars 2006, il avait aussi déclaré: "I speak Indonesian and a
little Spanish." («Je parle indonésien et un peu l'espagnol»).
Mais son point de vue sur la question
linguistique est plus précis lors de sa déclaration du 9 juillet 2008 à Powder Spring en
Géorgie. Barack Obama considérait qu'il est nécessaire que les immigrants
apprennent l'anglais, mais les Américains devraient aussi apprendre les
langues étrangères dès leur plus jeune âge. Le président désigné faisait preuve
d'une grande ouverture d'esprit pour les autres cultures, ce qui est rare,
même chez les intellectuels américains:
You know, I don't understand when people are going
around worrying about, "We need to have English-only." They want to
pass a law, "We want English-only."
Now, I agree that immigrants should learn English. I agree with that.
But understand this. Instead of worrying about whether immigrants can
learn English -- they'll learn English -- you need to make sure your
child can speak Spanish. You should be thinking about, how can your
child become bilingual? We should have every child speaking more than
one language.
You know, it's embarrassing when Europeans come over here, they all
speak English, they speak French, they speak German. And then we go over
to Europe, and all we can say [is], "Merci beaucoup." Right?
You know, no, I'm serious about this. We should understand that our
young people, if you have a foreign language, that is a powerful tool to
get a job. You are so much more employable. You can be part of
international business. So we should be emphasizing foreign languages in
our schools from an early age, because children will actually learn a
foreign language easier when they're 5, or 6, or 7 than when they're 46,
like me. |
[Vous savez bien, je ne comprends
pas que les gens s'inquiètent au sujet de «Nous devons seulement
savoir l'anglais». Ils veulent faire adopter une loi du type «Nous voulons
seulement l'anglais».
Maintenant, je conviens que les immigrants devraient apprendre l'anglais.
Je suis d'accord avec cela. Mais comprenez ceci. Au lieu de vous
préoccuper de savoir si les immigrants peuvent apprendre l'anglais
—
ils l'apprendront —,
vous devez vous assurer que votre enfant puisse parler l'espagnol. Vous
devriez vous demander comment votre enfant peut-il devenir bilingue? Nous
devrions faire en sorte que chaque enfant apprenne plus d'une langue.
Vous le savez, il est gênant lorsque les Européens viennent ici, ils parlent tous
anglais, ils parlent français et ils parlent allemand. Et ensuite nous
allons en Europe et tout que nous pouvons dire, c'est «merci beaucoup»,
exact?
Vous le savez bien, non, je suis sérieux à ce sujet. Nous devons comprendre que
pour nos jeunes, connaître une langue étrangère constitue un puissant
outil pour obtenir un emploi. Vous êtes d'autant plus aptes d'être
employés. Vous pouvez participer aux affaires internationales. Donc, nous
devons mettre l'accent sur les langues étrangères dans nos écoles dès le
plus jeune âge, parce que les enfants apprennent en réalité une langue
étrangère plus facilement quand ils ont cinq, six ou sept ans que
lorsqu'ils ont 46 ans comme moi.] |
Mais de nombreux Américains ont critiqué cette
prise de position, car ils craignent d'être dans l'obligation d'apprendre
l'espagnol. Pour la plupart des Américains, il y aurait d'autres réformes
bien plus importantes à faire en éducation que d'apprendre des langues
étrangères, perçues généralement comme tout à fait inutiles. Ces propos de l'activiste
chrétienne, la très conservatrice et anti-féministe
Phyllis Schlafly,
présidente du mouvement pro-famille "Eagle
Forum", semblent assez
représentatifs de ce que pensent beaucoup d'Américains sur la question des
«langues secondes»:
|
Americans are not backward hicks because we don't learn a second
language. We consider it a waste of time because English is fast
becoming the worldwide language and because the ability to speak English
is the litmus test of whether or not immigrants are assimilating into
the American culture. ("Obama
Rejects English Language Assimilation",
July 23, 2008) |
[Les
Américains ne sont pas des ignorants arriérés parce qu'ils n'apprennent
pas de langue seconde. Nous considérons que c'est une perte de temps
parce que l'anglais est devenu rapidement la langue mondiale et parce
que la capacité de parler l'anglais est le test décisif pour savoir si
les immigrants s'assimilent à la culture américaine. («Obama
rejette l'assimilation par l'anglais», 23 juillet 2008)] |
Selon l'organisme US English, sur la base d'un sondage
par téléphone du Rasmussen Reports (juillet 2008), seulement 13 % des
Américains trouveraient important d'apprendre d'autres langues que
l'anglais. Le 9 juillet 2008, on pouvait lire ce commentaire de la
part d'un «journaliste» anonyme:
| Barack
Obama continues to display his lack of intelligence when not
being guided by a teleprompter. It is true that children should
at least be offered the chance to learn Spanish in elementary
school. However when he insults Americans by saying that
Europeans speak English while Americans don’t know French or
Spanish, Obama does not understand one basic fact. |
[Obama continue d'afficher son
manque d'intelligence quand il n'est pas guidé par un
télésouffleur. Il est vrai que les enfants devraient au moins
avoir la chance d'apprendre l'espagnol à l'école primaire.
Toutefois, lorsqu'il insulte les Américains en disant que les
Européens parlent anglais, tandis que les Américains ne
connaissent ni le français ni l'espagnol, Obama ne comprend pas
un fait fondamental.] |
Si l'on fait exception des récents
immigrants, les Américains n'ont aucune motivation pour apprendre d'autres
langues, puisque le monde entier veut à tout prix apprendre l'anglo-américain! Pourquoi
les Américains dépenseraient-ils annuellement des milliards de dollars pour apprendre des langues inutiles,
que ce soit l'espagnol, le français, l'allemand ou le russe? De façon
générale, les Américains
ne veulent pas apprendre l'espagnol, encore moins les autres langues! Les
Européens, eux, n'ont pas le choix: ils doivent apprendre l'anglais, mais les
Américains ont le choix d'en rester à l'anglais. C'est ce qui
explique en partie cette sorte de «mépris» de la part de la majorité des
Américains pour l'apprentissage des autres langues; ce mépris s'est
transposé dans les établissements d'enseignement supérieurs où la demande
pour
l'enseignement des langues étrangères reste très faible. Il n'en demeure pas
moins que le président Obama manifeste une ouverture d'esprit peu
commune à l'égard des autres nations. Dans un discours au Caire, le 4 juin
2009, il a prononcé quelques mots en arabe et cité le Coran trois fois
plutôt qu'une; il a souligné le passé civilisateur de l'islam et les
blessures que le colonialisme occidental a infligées aux musulmans. Il a
aussi parlé de l'humiliation des Palestiniens condamnés à l'occupation
israélienne. Quoi qu'il en soit, ce discours marque une nette rupture avec la rhétorique
américaine des dernières décennies.
Par ailleurs, la plupart des Américains
considèrent que l'anglais demeure le premier critère définissant leur unité
nationale, comme le rappelle leur devise "E pluribus unum" («Un à partir
de plusieurs»), c'est-à-dire une nation faite de plusieurs peuples. Ils
désirent que l'anglais soit leur langue nationale et leur langue officielle,
qui soit parlée par tous ceux qui veulent devenir américains. Plusieurs journalistes ont
reproché à Barack Obama d'avoir voté quatre fois (2006 et 2007), alors qu'il
était sénateur, contre des projets de loi préconisant l'anglais comme langue
officielle.
Il est à parier que, comme président des États-Unis, ses conseillers vont
à long terme faire entendre raison à Obama, lui qui veut réformer la controversée
loi scolaire, la
No Child Left Behind Act of 2001 (traduction: la «Loi du aucun enfant laissé pour compte») ou NCLB. Lorsqu'il faudra choisir
d'augmenter le budget des dépenses militaires, l'éducation ne fera pas le
poids, surtout en période de déficit budgétaire. Rappelons que, tout au
cours de l'histoire américaine, les préoccupations militaires ont
généralement pris le pas sur les préoccupations sociales.
- La nécessité de
l'enseignement bilingue
Enfin, pour les partisans du pluralisme, la
création des programmes d'éducation bilingues est une nécessité, car elle
résulte de l'échec de la politique d'assimilation. Le sociolinguiste
américain Joshua Fishman est l'un des
rares propagandistes du pluralisme linguistique et culturel. Dans son livre
Reversing Language Shift (1991), Fishman croit qu'il est fondamental
de préserver son identité d'origine et que le rejet de sa culture et de
cette identité risquent d'entraîner à l'étroitesse d'esprit et à
l'intolérance. Pour Joshua Fishman, la diversité ethnique et linguistique
serait de loin préférable à l'homogénéité culturelle.
L'éducation bilingue apparaît comme un
moyen nécessaire et efficace d'apprentissage dans de nombreuses écoles.
L'enfant qui ignore l'anglais commence à comprendre ce qui se passe dans la
salle de classe ou bien il se sent complètement perdu. Si les difficultés
scolaires semblent trop lourdes à assumer, l'enfant non anglophone peut tout
laisser tomber et perdre tout intérêt dans ses études. Sans programme
d'éducation bilingue, beaucoup d'enfants perdraient un précieux temps à
acquérir les connaissances de base de l'anglais, sans comprendre le contenu
qu'on leur enseigne. Dans une classe d'enseignement bilingue, les enfants,
dont les connaissances en anglais sont limitées, apprennent les compétences
de base en lecture, en écriture et en mathématiques dans leur langue
maternelle, afin d'acquérir plus tard les habiletés nécessaires en anglais.
En 1962, les chercheurs canadiens
Elizabeth Peal
et Wallace Lambert
de l'Université McGill (Montréal) ont publié les résultats d'une étude comparant les
effets du bilinguisme sur l'intelligence des enfants bilingues et des
enfants unilingues. Ils ont constaté qu'il n'existait aucune preuve
indiquant un quelconque appauvrissement intellectuel chez les enfants
bilingues. En fait, les résultats de l'enseignement bilingue étaient soit
équivalents soit bien supérieurs à ceux des groupes unilingues. Selon Peal
et Lambert, les enfants bilingues posséderaient une flexibilité mentale
supérieure, une faculté d'abstraction accrue et plus indépendante des mots,
ce qui leur procurerait des avantages indéniables dans la construction des
concepts. Bref, un environnement bilingue et biculturel faciliterait le
développement de l'intelligence, notamment l'intelligence verbale. D'autres
études entreprises par Bain (1974), Cummins (1976) ainsi que Tunmer et
Myhill (1984) en sont arrivées à la même conclusion sur la flexibilité
cognitive supérieure des enfants bilingues. Les recherches ont aussi révélé
que, selon Jeff McQuillan et Lucy Tse (Bilingual Research Journal,
1996), 87 % des publications universitaires américaines réalisées entre 1984
et 1994 ont soutenu l'enseignement bilingue. Cependant, les articles publiés
dans les journaux sur ce sujet laissent croire que seulement 45 % des études
appuient l'éducation bilingue.
Malgré ces études sérieuses et les
expériences positives de l'enseignement bilingue dans des pays comme la
Suisse, la Finlande, le Canada et l'Australie, beaucoup d'Américains doutent
encore des avantages de l'éducation bilingue. En réalité, ce sont surtout
les Blancs qui remettent en question l'enseignement bilingue. Pour eux, cet
enseignement paraît d'autant plus inutile qu'ils n'en profitent guère, alors
qu'ils doivent assumer des coûts accrus pour un enseignement destiné à des
immigrants qui ignorent l'anglais.
7.2 Les partisans de
l'assimilation
Pour les partisans de l'assimilation, le
maintien des cultures et des langues est perçu comme une forme d'atteinte à
l'intégrité de la nation définie en tant que «anglo-saxonne» et «homogène».
La plupart des immigrants de toutes races et de toutes couleurs se sont
toujours intégrés dans la société américaine jusqu'à ces dernières décennies,
mais les nouveaux arrivés
latino-américains semblent s'y refuser désormais. Or, tout membre d'une ethnie ou d'un
pays autre est invité à s'installer aux États-Unis, à la condition d'avoir adopté
les valeurs protestantes et la langue anglaise. La «révolte ethnique» contre
le melting pot est perçue comme un refus d'une culture commune et d'une
société unifiée. C'est pourquoi les lois sur
l'immigration adoptées par les administrations fédérales précédentes sont considérées
comme de «dangereuses
passoires». Elles permettraient, par exemple, aux Latinos de sauvegarder
leur religion (le catholicisme), leurs coutumes et leur langue (l'espagnol).
Dans un discours à la nation américaine, l'ex-président George W. Bush déclarait en mai 2006:
| [...]
We must honor the great American tradition of the melting pot,
which has made us one nation out of many peoples. The success of our
country depends upon helping newcomers assimilate into our society, and
embrace our common identity as Americans. Americans are bound together
by our shared ideals, an appreciation of our history, respect for the
flag we fly, and an ability to speak and write the English language.
English is also the key to unlocking the opportunity of America. English
allows newcomers to go from picking crops to opening a grocery, from
cleaning offices to running offices, from a life of low-paying jobs to a
diploma, a career, and a home of their own. When immigrants assimilate
and advance in our society, they realize their dreams, they renew our
spirit, and they add to the unity of America. [...] |
[...]
Nous devons honorer la grande tradition américaine du
creuset, qui a fait de nous une nation constituée de nombreux peuples.
Le succès de notre pays dépend de l'aide aux nouveaux venus pour qu'ils
s'assimilent à notre société et embrassent notre identité commune en
tant qu'américains. Les Américains sont unis par des idéaux partagés,
une estime de leur histoire, un respect pour le drapeau que nous faisons
flotter et une capacité de parler et écrire l'anglais. L'anglais est
aussi la clef pour s'ouvrir à toutes les opportunités en Amérique.
L'anglais permet aux nouveaux venus d'aller choisir la récolte pour
ouvrir une épicerie, de nettoyer les bureaux pour administrer des
employés, de passer d'une vie avec un travail peu rémunéré à un diplôme,
d'avoir une carrière et une maison bien à eux. Quand les immigrants
s'assimilent et progressent dans notre société, ils réalisent leurs
rêves, renouvellent notre âme et ajoutent à l'unité de l'Amérique. [...] |
L'Amérique dont parlait George
W. Bush se trouve évidemment à l'intérieur des frontières des États-Unis, pas
ailleurs, ni au Canada, ni au Mexique, ni au Brésil. Dans son discours à la
nation, l'ex-président américain manifestait son intention de signer un décret
créant une «mission» qui favoriserait chez les nouveaux arrivants
l'apprentissage de l'anglais, des institutions et de l'histoire des
États-Unis. Par ailleurs, l'ancien président G.W. Bush avait déclaré, dans une
conférence de presse tenue le 28 avril 2006, à des journalistes réunis sur
la pelouse de la Roseraie à la Maison-Blanche:
|
The national anthem
ought to be sung in English. And I think people who want to be a
citizen of this country ought to learn English, and they ought
to learn to sing the national anthem in English. |
[L'hymne national
devrait être chanté en anglais. Et je pense les gens qui veulent
être citoyens de ce pays doivent apprendre l'anglais et ils
doivent apprendre à chanter l'hymne national en anglais.] |
M. Bush critiquait une version espagnole
légèrement réécrite de l'hymne national, The Star Spangled Banner
(«la Bannière étoilée») sous le titre de Nuestro Himno («Notre Hymne
national»). Fait troublant: Bush l'avait lui-même chanté en espagnol pendant
sa campagne présidentielle afin de se rapprocher de l'électorat hispanique! Il espérait probablement,
cette fois-ci, augmenter sa popularité
auprès de l'électorat xénophobe, comme quoi tous les chemins mènent à Rome. Pour beaucoup d'Américains, il est
impensable de chanter l'hymne national en espagnol ou en... yiddish. Le
producteur Adam Kidron a alors rétorqué au président américain :
|
The intention of recording 'Nuestro
Himno' (Our Anthem) has never been to discourage immigrants from
learning English and embracing American culture. We instead view
'Nuestro Himno' as a song that affords those immigrants that
have not yet learned the English language the opportunity to
fully understand the character of the Star-Spangled Banner, the
American flag and the ideals of freedom that they represent." |
[Le but
d'enregistrer Nuestro Himno («Notre Hymne national») n'a
jamais été de décourager les immigrants à apprendre l'anglais et
adopter la culture américaine. Nous considérons plutôt
Nuestro Himno comme une mélodie que se donnent ces
immigrants qui n'ont pas encore eu l'occasion d'apprendre
l'anglais ni de comprendre entièrement la nature de la Bannière
étoilée, le drapeau américain et les idéaux de liberté qu'ils
représentent.] |
Très vite, la polémique autour du
Nuestro Himno a pris de l'ampleur dans tout le pays. Le 2 mai 2006, un
sondage indiquait que 69 % des Américains étaient contre, tandis que 29
% n'y voyaient pas d'inconvénients.
- L'«inutilité» du
bilinguisme
Quant aux lois sur l'éducation ou
l'enseignement bilingue,
elles constitueraient un non-sens dans un pays anglophone, alors que l'enseignement bilingue
est perçu comme légitimant et officialisant le statut de minorité
linguistique. Par contre, pour ceux qui ne croient pas aux bienfaits du
bilinguisme, il serait temps de mettre fin à cette «pratique insensée» avec
l'argent des contribuables! Les adversaires de l'éducation bilingue justifient
leur point de vue en faisant allusion à l'expérience des anciens
immigrants italiens, polonais ou grecs, qui n'ont jamais eu à fréquenter des
écoles particulières pour apprendre l'anglais. Pour les partisans du
laisser-faire ou de la non-intervention, la connaissance d'une autre langue
que l'anglais mènerait à la marginalisation, l'exclusion sociale et
l'inadaptation scolaire. Ils considèrent que le maintien de la langue maternelle
des immigrants se fait obligatoirement aux dépens de l'anglais et que la
maîtrise de deux langues est non seulement difficile, mais carrément
impossible. D'ailleurs, l'accès aux occupations professionnelles qualifiées
demande toujours une bonne connaissance de l'anglais, alors que la maîtrise de
l'espagnol, ou de toute autre langue, ne garantit même pas des emplois de second
ordre.
Dans cette perspective, toute langue
minoritaire est inutile, dévalorisée, car elle est parlée par une minorité,
donc une groupe social et racial jugé inférieur et jouissant de peu de
considération — comprendre que l'espagnol des
Mexicains et des Portoricains est «impur», mais que le castillan en Espagne
est «noble», et que l'anglais, «langue de l'univers», est nettement supérieur.
Dans cette logique, seul l'anglais fournit les clés de la réussite et du rêve
américain. Les autres langues, au contraire, ne peuvent que fermer des portes
et entraîner la ghettoïsation ethnique. De toute façon, beaucoup de dirigeants
américains croient que ce n'est pas à leur société de se transformer pour
intégrer les immigrants, mais à ces derniers de tout faire pour s'adapter à
leur société d'accueil. Dans le cas contraire, la Nation doit intervenir pour
défendre son identité et imposer l'assimilation comme mode d'insertion
sociale.
Dans Language Loyalty in the U.S.
(1966), le sociolinguistique Joshua Fishman avait compris depuis longtemps le
discours conservateur de certains de ses compatriotes et les véritables enjeux de
l'idéologie dominante:
|
Les hispanophones ont
toujours été un problème pour les éducateurs. La plupart des enseignants anglos connaissent mal la langue espagnole et encore moins la richesse
de la culture hispanique; à leur sens, il s'agit de mauvaises herbes
qu'on doit déraciner afin que l'anglais et «notre mode de vie» puissent
prospérer. |
Toute langue étrangère aux États-Unis est
perçue comme un «problème», dont il faut se débarrasser.
- Les «dangers» du
bilinguisme
De façon générale, les tenants
de l'unilinguisme anglais, notamment dans les milieux politiques et
journalistiques, croient que la diversité des
langues, c'est-à-dire le multilinguisme, conduit inévitablement au conflit
linguistique, à la haine ethnique et au séparatisme politique à la Québec
(en français dans le texte),
allant jusqu'à la paranoïa de tout genre : «Language diversity
inevitably leads to language conflict, ethnic hostility, and political
separatism à la Québec (playing to paranoia of all stripes).» Ces propos
provenant du groupe English Only
témoignent de ce pensent beaucoup d'Américains pour lesquels il suffit de voir
ce qui se passe au Canada où il existe deux langues (l'anglais et le
français): le bilinguisme a entraîné un mouvement sécessionniste (le Québec).
Or, les Américains ne veulent pas que cette situation se reproduise dans leur
pays.
Arthur Schlesinger, un proche conseiller de
l'ancien président
John Kennedy et devenu ensuite historien, est l'un des plus illustres
représentants des partisans de l'assimilation. M. Schlesinger n'est pas un
citoyen quelconque, c'est un intellectuel prolifique et sérieux. Il affirmait récemment au
sujet de la langue:
|
La langue est l'un des liens
qui unissent un pays. J'ai terriblement peur de la fragmentation, de la
ghettoïsation de la culture américaine. Le nouveau culte des ethnicités a
un effet centrifuge dans une société qui n'a déjà que trop tendance à se
désintégrer. De plus, je ne pense pas que les qualités spécifiques de la
culture anglo-saxonne soient despotiques ou réductrices. Je pense au
contraire qu'elles sont libératrices. |
M. Schlesinger a publié en 1991 une petit ouvrage
intitulé The Desuniting of America (ouvrage
paru en français sous le titre de L'Amérique balkanisée, une société
multiculturelle désunie)
dans lequel il présente les difficultés soulevées par l'arrivée des
nouveaux groupes d'immigrants aux États-Unis. Pour lui, ce serait une sottise
pour les États-Unis d'accorder, par exemple, à l'espagnol quelque statut
officiel que ce soit. Schlesinger déclare: «Le bilinguisme institutionnalisé
ferme des portes. Il favorise la ghettoïsation volontaire et la ghettoïsation
favorise à son tour l'antagonisme racial [...]. L'utilisation d'une autre langue
que l'anglais condamne les gens au statut de citoyens de deuxième classe dans la
société américaine.» Pour la plupart des Américains, l'éducation bilingue est
connue sous le nom de "language apartheid".
- La prétendue balkanisation
(ou libanisation) des pays bilingues
La crainte d'Arthur Schlesinger est que le «culte de
l'ethnicité» soit en train de produire «une nation de minorités». Il parle de «tribalisation»
et de «tribalisme» pour désigner la reconnaissance éventuelle de communautés linguistiques
constituées et bénéficiant de droits spécifiques. Pour lui, le tribalisme met
les Nations en morceaux:
| Où que
l'on regarde, le tribalisme met les Nations en morceaux. L'Union
soviétique, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie ont été partagées. L'Inde,
l'Indonésie, l'Irlande, Israël, le Liban, le Sri Lanka, l'Afghanistan,
le Rwanda sont affectés par des troubles ethniques ou religieux. Des
tensions ethniques perturbent et divisent la Chine, l'Afrique du Sud, la
Roumanie, la Turquie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, les Philippines,
l'Éthiopie, la Somalie, le Nigeria, le Liberia, l'Angola, le Soudan, le
Congo, la Guyane, Trinidad, et que sais-je encore... Même des nations
aussi stables et civilisées que la France, la Grande-Bretagne, la
Belgique et l'Espagne sont confrontées à des troubles ethniques et
raciaux qui s'intensifient. ''Le virus du tribalisme, dit The
Economist, risque de devenir le sida de la politique internationale:
resté inactif pendant des années, il se réveille et prospère jusqu'à
détruire des pays.'' |
Or, dans l'ensemble des quelque 200 États dans le monde,
seulement 29 sont linguistiquement homogènes dans une proportion de 90 %, ce qui
signifie qu'environ 15 % des pays peuvent se prétendre unilingues dans les
faits. Et Arthur Schlesinger de citer le canadien
Michael Ignatieff,
alors directeur du Carr Center for Human Rights Policy (Centre Carr pour une politique
des droits de la personne) à la John F. Kennedy School of
Government de l'Université Harvard, qui s'exprimait ainsi à propos du Canada aux
prises avec un bilinguisme qui le déchirerait:
| Ce
pays est l'un des cinq plus riches pays du monde; aucun autre n'offre
autant d'espace et de potentialités, à un tel point que les pauvres du
monde entier se pressent à sa porte pour y entrer, et il est en train de
se déchirer... Si l'une des cinq grandes Nations développées de la terre
n'est pas capable de faire fonctionner un État fédéral multiethnique,
qui d'autre le pourra? |
C'est ce qui fait dire à M. Schlesinger que les
États-Unis ne doivent pas imiter tous ces «malheureux» pays:
|
Lorsqu'on voit des conflits ethniques déchirer et mettre en pièces une
Nation après une autre, on ne peut envisager favorablement les
propositions visant à diviser les États-Unis en communautés ethniques et
raciales séparées et immuables, dont la singularité par rapport aux
autres sera l'objet de l'enseignement qui leur sera dispensé. On peut se
demander alors si le centre tiendra et si le creuset ne laissera pas la
place à la tour de Babel. |
Au contraire, dans un monde déchiré par les
conflits ethniques, écrit-il, il est urgent que les États-Unis montrent par leur
exemple comment une société très différenciée peut rester unie. Enfin, Schlesinger admet avec
une certaine amertume que «l'homogénéité américaine» a disparu:
|
L'homogénéité américaine a
disparu il y a plus d'un siècle. Nous ne la retrouverons jamais [...] ».
En pratique, l'Amérique a été bien plus ouverte à certains qu'à
d'autres, mais elle est plus ouverte à tous aujourd'hui qu'elle ne
l'était autrefois, et il est vraisemblable qu'elle sera encore plus
ouverte dans l'avenir qu'elle ne l'est aujourd'hui. |
De fait, l'idée qu'il existe une culture
nord-américaine anglo-protestante homogène est aujourd'hui réfutée par les
historiens. Les circonstances qui ont permis jadis cette homogénéité ont
disparu, alors que la société américaine a profondément changé. Même si les
nouveaux
immigrants hispanophones conservent leur langue maternelle, les faits ont démontré que leurs
petits-enfants préfèrent néanmoins parler anglais plutôt qu'espagnol, ce qui
signifie que l'identité américaine n'est pas uniquement un produit des WASP. En 1992, le président de l'organisme de pression
English
First déclarait:
|
Tragiquement, beaucoup d'immigrants refusent aujourd'hui d'apprendre
l'anglais! Ils ne deviennent jamais des membres productifs de la société
américaine. Ils restent enfoncés dans un ghetto linguistique et économique,
beaucoup vivant aux crochets du bien-être social et des travailleurs américains
coûtant des millions de dollars en taxes chaque année. (Language Loyalties:
A Sourcebook of the Official English Controversy) |
Dans la même veine,
Don Feder,
un commentateur («columnist») écrivait le 3 novembre 1995: «Le bilinguisme
favorise la désintégration nationale.» Aux yeux des Américains
unilingues, l'éducation bilingue est perçue comme un facteur d'éclatement
politique et de division culturelle. Dans ces conditions, les
Hispaniques sont tenus responsables de la balkanisation des États-Unis, comme
l'affirme le journaliste et historien Theodore White dans The International
Journal of the Sociology of Language (1986):
|
Certains Hispaniques
demandent l'impossible: que les États-Unis se reconnaissent
officiellement comme une nation biculturelle bilingue; que tous les
enfants aient le droit d'apprendre leur langue d'origine aux frais de
l'État. Le bilinguisme est responsable du déchirement des communautés du
Canada jusqu'à la Bretagne, de la Belgique jusqu'à l'Inde. Il
n'encourage pas la tolérance, mais la division. |
- Le
modèle Canada-Québec
Le cas du Québec au sein du
Canada sert souvent de référence aux États-Unis. On peut rappeler un
extrait de la
Statement of Language Rights («Déclaration sur les droits
linguistiques» de la Linguistic Society of America en 1996 :
«Là où la discorde linguistique surgit, comme à des divers degrés d'intensité
en Belgique, au Québec et au Sri Lanka, c'est généralement le résultat d'une
majorité qui tente de défavoriser ou supprimer une communauté linguistique
minoritaire, ou c'est le reflet de conflits raciaux ou religieux
sous-jacents.» Ce genre de propos laisse sceptique, car étant donné que la
référence est faite au sujet du Québec, et non du Canada, nous devons
comprendre que la minorité «opprimée» serait celle de langue anglaise du Québec. Mais ce
que la Linguistic Society of America a retenu, c'est que le bilinguisme
cause du tort à la langue majoritaire: l'anglais au Canada! Dans beaucoup de
journaux américains, le cas du Québec-Canada (mais aussi la Belgique) est
souvent cité comme un bel exemple de balkanisation, voire de
libanisation, lorsque le bilinguisme s'introduit dans un pays. C'est un
mal qu'il faut dénoncer haut et fort!
Voici un extrait d'un article de
Mauro E. Mujica (président de US English) intitulé «Are we creating an American
Quebec?». Cet article est paru dans le Human Events du 11 juillet 2003:
Are we creating an American Quebec?
We need only look to Canada to see the problems a multilingual society
can bring. America’s northern neighbor faces a severe crisis over the
issue of language. In 1995, the predominately French-speaking province
of Quebec came within a few thousand votes of seceding from Canada. The
secessionist Parti Quebecois ruled the province until this year. The
national government must continually cater to Quebec to preserve order
and maintain a cohesive government. This has spurred secessionist
movements in English speaking Western Canada on the grounds that the
Canadian government favors French speakers.
It is clear that many French-speaking Canadians do not feel any
attachment to Canada or to their English-speaking countrymen. During the
1998 Nagano Olympics, Francophone Quebec athletes telephoned their
members of the National Assembly to complain that all of the Canadian
flag waving in Canada's athletes' residence was damaging their spirit
and therefore hurting their ability to compete. Skier Jean-Luc Brassard
complained that his poor performance was due to having to see the flag
paraded up and down his hallway every time Canada won a medal. He also
said that he regretted being the flag-bearer for Canada during the
opening ceremonies.
Battles over language rage across the globe . However, since Canada is
so similar, it offers the most instructive warning for the United
States. While the policy of official multilingualism has led to disunity,
resentment and near secession, it is also very costly. Canada's dual-language requirement costs approximately $4 billion each year.
Canada has one-tenth the population of the United States and spent that
amount accommodating only two languages. A similar language policy would
cost the United States much more than $4 billion a year as we have a
greater population and many more languages to accommodate.
Unless the United States changes course, we are clearly on the road to a
Canadian style system of linguistic enclaves, wasteful government
expenses, language battles that fuel ethnic resentments and, in the long
run, serious ethnic and linguistic separatist movements. What is at
stake here is the unity of our nation. Creating an America- style Quebec
in the Southwest and other "linguistic islands" in other parts of the
United States will be a disaster far exceeding that of the Canadian
problem. We now have over eight percent of the population that cannot
speak English proficiently. What happens when that number turns to 25%
that cannot speak English at all?
Declaring English to be the official language of the United States
government would bring back the incentive to learn English. A bill in
Congress would make this a reality. The "English Language Unity Act,"
H.R. 997, was introduced earlier this year. The bill already has 74
co-sponsors and is starting to make some waves on the talk radio
circuit. If it passes, we can start to rebuild the American assimilation
process and lessen the amount of linguistic separation in the United
States. If it fails, we might have lost the last best chance for a
sensible and cohesive language policy in this country.
If that happens
we can say "hasta la vista" to the United States and "Adelante" to
Canadian style discord over the issues of language and ethnicity. |
Allons-nous créer un Québec
américain? Nous
devons seulement observer le Canada pour voir les problèmes que peut
apporter une société multilingue. Notre voisin de l'Amérique
du Nord fait face à une sévère crise sur la question linguistique. En 1995, la
province majoritairement francophone du Québec est venue à près de 1000
votes de se séparer du Canada. Le sécessionniste Parti québécois a
gouverné la province jusqu'à cette année. Le gouvernement fédéral doit
continuellement plaire au Québec pour préserver l'ordre et maintenir un
gouvernement unificateur. Cette situation a stimulé des mouvements
sécessionnistes chez les anglophones de l'ouest du Canada en raison du
fait que le gouvernement canadien favorise les francophones.
Il est clair que beaucoup de Canadiens francophones ne ressentent pas
d'attachement au Canada ou à leurs concitoyens anglophones. Pendant les
Jeux olympiques de 1998 à Nagano, des athlètes francophones du Québec
ont téléphoné à leurs députés de l'Assemblée nationale pour se plaindre
que le drapeau canadien placé devant la résidence des athlètes du Canada
nuisait à leur état d'esprit et réduisait donc leur capacité à
concourir. Le skieur Jean-Luc Brassard s'est plaint que sa piètre
performance était due au fait de voir le drapeau défiler de haut
en bas dans le couloir chaque fois que le Canada gagnait une
médaille. Il a affirmé aussi avoir regretté être le porteur de drapeau
pour le Canada lors des cérémonies d'ouverture.
Les batailles linguistiques font rage à travers le globe. Cependant,
puisque le Canada nous est si semblable, il présente un avertissement
des plus instructifs pour les États-Unis. Non seulement la politique de
multilinguisme officiel a entraîné la désunion, le ressentiment et la
quasi-sécession, mais elle est également très coûteuse. Les exigences
d'application du
bilinguisme au Canada coûtent approximativement quatre milliards de
dollars par année. La population du Canada équivaut à un dixième de
celle des États-Unis et ce pays dépense une fortune pour accommoder seulement deux langues. Une
politique linguistique semblable aux États-Unis coûterait beaucoup plus
que quatre milliards par année, étant donné que nous avons une
population plus élevée et beaucoup plus de langues à accommoder.
À moins que les États-Unis ne changent de direction, nous nous
acheminons clairement vers la voie d'un système de style canadien d'enclaves
linguistiques, de dépenses gouvernementales dispendieuses, de batailles
linguistiques qui alimentent les ressentiments ethniques et, à long
terme, qui susciteront de sérieux mouvements ethniques et linguistiques
séparatistes. Ce qui est en jeu, c'est l'unité de notre nation. La
création d'une Amérique de style Québec dans le Sud-Ouest et d'autres
«îlots linguistiques» dans d'autres parties des États-Unis entraînera
un désastre bien pire que le problème canadien. Nous avons maintenant
plus de 8 % de la population qui ne peut pas parler l'anglais
couramment. Que se passera-t-il lorsque le nombre de ceux qui ne peuvent
pas parler l'anglais atteindra les 25 %?
La décision de déclarer l'anglais comme la langue officielle du gouvernement
des États-Unis apporterait une motivation à apprendre l'anglais. Un
projet de loi adopté au Congrès concrétiserait cette réalité. La loi sur
l'unité de la langue anglaise H.R. 997 a été présentée plus tôt cette
année. Le projet de loi compte déjà 74 commanditaires associés et
commence à faire quelques vagues sur les réseaux de discussion à la
radio. S'il est adopté, nous pourrons commencer à reconstruire le
processus de l'assimilation américaine et réduire le danger de la
séparation linguistique aux États-Unis. En cas d'échec, nous allons
perdre l'ultime chance de développer une politique
linguistique raisonnable et cohérente dans ce pays. Si cela arrive, nous
pourrons dire «hasta la vista» aux États-Unis et «Adelante» à la
différence de style canadien sur les questions linguistiques et
l'appartenance ethnique. |
Ce point de vue de US English
est répandu partout aux États-Unis. En somme, les Américains ne
veulent pas que le modèle du bilinguisme canadien se transpose dans leur propre pays. Évidemment, on n'a pas fini d'entendre de telles énormités qui
ne laissent aucune prise à des commentaires puisqu'on ignore de quoi
exactement peuvent bien parler les Américains. Est-ce que les quatre milliards de dollars
dont fait mention US English comprennent les coûts de formation linguistique des fonctionnaires
fédéraux? la traduction des documents publics? les frais d'impression dans les
deux langues? et quoi encore... les coûts des programmes des gouvernements
provinciaux, des universités et autres établissements d'enseignement? Or, au plan fédéral, une certaine compilation a été effectuée par
le Conseil du Trésor jusqu'en 1996-1997. En voici les résultats:
|
Pour l'année 1996-1997, les
dépenses occasionnées par l'offre de services dans les deux langues
officielles au sein des institutions fédérales (notamment au chapitre de la
formation linguistique, de la traduction, des primes au bilinguisme et
des frais d'administration) se sont élevées à quelque 260 millions de
dollars. Ceci revient à environ 0,20 $ par tranche de 100 $ consacrée
aux services offerts à la population, soit environ 0,03 $ par
jour par Canadien. |
Dans un rapport publié en 2009 et intitulé
Official Language Policies at the
Federal Level in Canada: Costs and Benefits in 2006, l'Institut Fraser du Canada,
réputé pour son penchant pour les politiques de droite, estimait que les
dépenses fédérales pour le bilinguisme se situaient entre 1,6 et 1,8
milliard de dollars, ce qui incluait des transferts aux provinces d'environ
200 millions. Ce coût représentait à peine plus d'un dixième de 1 % du PIB
en 2006-2007, année de référence des auteurs de l'étude, soit 55 $ par
habitant. un rapport sur le coût du bilinguisme au Canada. Une
autre étude de l'Institut Fraser a
fait suite à la précédente en 2011: si l'on ajoute à ce total la somme de
1,5 milliard de dollars que le gouvernement fédéral consacre au bilinguisme,
les services bilingues coûtaient 2,4 milliards de dollars par an (contre 21
milliards pour les dépenses militaires), soit 85 $ par personne, aux
contribuables canadiens.
On est bien loin des quatre milliards
hypothétiques gaspillées, selon
US English, alors que les sommes consacrées au bilinguisme ne représentent
à peine plus d'un dixième de 1 % du PIB en 2006-2007, ce qui correspond en réalité
à une bien maigre dépense, soit 0,5 % des dépenses gouvernementales
annuelles. Autrement dit, si le coût du
bilinguisme en 2011 est de 85 $ par citoyen par année et si cette «dépense» permet de maintenir la stabilité
politique du Canada, c'est, peut-on dire, un coût fort acceptable! C'est même un
très bon investissement pour assurer la paix sociale! Les États-Unis devraient
y penser deux fois! Pendant ce temps-là, les dépenses militaires des
États-Unis représentaient 3,7 % du PIB américain et coûtaient en 2010
quelque 2230 $ US par citoyen; ce n'est pas évident que de telles dépenses
puissent
aider à maintenir la paix sociale du pays.
Curieusement, jamais les Américains ne
font mention du Nouveau-Brunswick, la seule province canadienne officiellement
bilingue; tout est centré sur le Québec supposément unilingue, fanatique et
séparatiste! N'oublions pas que
45 États dans le monde sont officiellement
bilingues au niveau de leur gouvernement central! Pour la Linguistic
Society of America, il n'existerait que
trois pays dans le monde où diverses communautés
linguistiques coexistent paisiblement : la Finlande (finnois et suédois), la
Suisse (allemand, français et italien) et Singapour (malais,
chinois, tamoul et anglais). Comme ce seraient là des cas d'exception, il vaut
mieux ne pas s'appuyer sur ces exemples. Évidemment, ce point de vue est très
réducteur et il y aurait fort à parier que le gouvernement canadien aurait une
contre-expertise à développer en démontrant que le bilinguisme peut être aussi un
élément unificateur et rentable aux plans politique, social, culturel et économique. On pourrait aussi faire enquête auprès des
41
autres pays officiellement bilingues pour savoir ce qu'ils pensent!
Beaucoup d'Américains (conservateurs),
notamment le journaliste Charles Krauthammer du Times (2006), croient
que le bilinguisme canadien a engendré de nombreux problèmes, dont le
terrorisme, les menaces de séparation et un référendum qui est venu à un
cheveu de briser le Canada! Pour Paul Greenberg du Sacramento Bee
(Californie, 2006), les langues officielles du «voisin du Nord» n'ont
engendré que «confusion» et «antipathie». Cette perception ne résulte guère
d'une démarche scientifique, mais de préjugés et de parti pris contre toute
forme de bilinguisme.
De tout temps, il a été de
bon ton pour les Américains de caricaturer l'un de leurs voisins, le Québec francophone, une
société perçue comme archaïque et exotique. Jamais un seul mot sur le Québec
moderne et de ses créations artistiques, technologiques et
scientifiques! Pourtant, le Québec n'est pas dangereux pour
les Américains, mais le Mexique, oui. Pour le moment, les Mexicains constitueraient le plus grand danger pour
l'identité américaine en raison de leur nombre, de leur proximité, de leur
concentration régionale, de leur fertilité et de leur réticence non pas tant à apprendre
l'anglais que de perdre éventuellement leur espagnol. Dans un pays encore contrôlé par les WASP, le caractère latin et
sudiste des Américano-Mexicains fait craindre le pire! Pourtant, dans un
pays comme les États-Unis où s'affirme une diversité ethnique à un degré
très élevé, il n'existe à peu près pas d'affrontements inter-ethniques,
comme on en voit dans d'autres pays.
- La
méconnaissance des autres pays
Cela étant dit, les
nationalistes américains, surtout parmi les républicains, n'ont souvent
aucune notion sur les autres pays, ils ignorent tout des langues et des cultures
étrangères, et ils sont même persuadés que, au nom des droits
de la personne, l'univers entier veut détruire les fondements du «paradis»
américain. L'ex-président George W. Bush était passé maître dans ce genre d'ignorance à l'égard
des autres peuples, même s'il n'était pas le seul Américain du genre. Par exemple, dans The Economist (12 juin 1999),
George W. Bush déclarait: "Keep good relations with the Grecians"
(«Il faut garder de bonnes relations avec les Gréciens [Grecs].» Dans
«Inside Politics» de CNN du 9 avril 1999: "Kosovians can move back in."
(«Les Kosoviens [Kosovars] peuvent renter chez eux.» Dans le New York
Times du 16 juin 1999: "If the East Timorians decide to revolt, I'm sure
I'll have a statement." («Si les Est-Timoriens [Timorais orientaux] décident
de se révolter, je suis sûr que je ferai une déclaration.») De plus, le
président Bush avait confondu la Slovénie et la Slovaquie (dans le Knight
Ridder News Service, 22 juin 1999):
| "The
only thing I know about Slovakia is what I learned firsthand
from your foreign minister that came to Texas, and I had a great
visit with him. It's an exciting country. |
[«Tout ce
que je sais de la Slovaquie, c'est ce que j'en ai appris
directement de votre ministre des Affaires étrangères, qui est
venu au Texas, alors que je le recevais en grande visite. C'est
un pays passionnant.»] |
Bref, M. Bush semblait quelque peu confus,
puisque la fameuse rencontre dont il est question au Texas s'était tenue avec M. Janez Drnovsek, qui était premier ministre de la Slovénie, non le
ministre des Affaires étrangères de la Slovaquie (Eduard Kukan). Le
21 avril 2001, George W. Bush avait refusé de répondre aux questions des
journalistes lors du Sommet des Amériques à Québec en ces termes: "Neither
in French nor in English nor in Mexican" («Ni en français, ni en anglais ni
en mexicain [espagnol].» G. W. Bush a toujours cru que les Mexicains
parlaient le «mexicain» ("Mexican language»), sur le modèle sans doute de "Cuban
language", "Brazilian language", etc. Ainsi, les Cubains
parleraient le cubain; les Brésiliens, le brésilien; les Canadiens, le
canadien, à moins qu'il ne s'agisse d'un «indigenous
language»!
Enfin, voici une anecdote au sujet d'un mot «anglais» de la part de George W. Bush
à l'ancien premier ministre britannique Tony Blair (Times du 10 juillet 2001) : "The problem with the
French is that they don't have a word for 'entrepreneur'." («Le problème
avec les Français, c'est qu'ils n'ont pas de mot pour entrepreneur»);
M. Bush ignorait que le mot "entrepreneur" est un mot français que
les anglophones ont adopté. Terminons sur
la subtile connaissance de G. W. Bush de l'Europe: "Sure, I know about Europe. I've seen
the TV shows. I'm a fan, definite." («Bien sûr que je connais l'Europe. Je
regarde la télévision quand même. J'en suis définitivement un fan!» Les
journaux américains ont trouvé un terme savoureux pour désigner les «perles»
présidentielles: les "Bushisms" (ou «bushismes»). En bon français, on pourrait
parler aussi d'«amuse-Bush».
De son côté, la gouverneure de l'Alaska
et ex-candidate républicaine à la vice-présidence des États-Unis (2008), Sarah Palin,
a laissé entendre dans une entrevue à la chaîne Fox News que l'Afrique
était un «pays», plutôt qu'un «continent»;
elle croyait que l’Afrique du Sud était une «région»
de ce «pays». Elle a aussi été incapable de
nommer les trois pays signataires de l’ALENA (États-Unis, Canada et
Mexique). Mme Palin a affirmé sur CNN que les allégations dont elle faisait
l'objet n'étaient «pas vraies» et qu'elle était victime de sexisme.
Moins de 24 heures après la défaite de
John McCain à l'élection présidentielle, des républicains ont jeté une
grande partie du blâme de l'échec électoral
sur la colistière Sarah Palin, alors que ce genre d'ignorance est
relativement fréquent chez un grand nombre d'Américains. Par exemple, le
tiers des Américains croit que le président Obama serait né au Kenya plutôt
qu'à Hawaï. Quelque 18 % des Américains sont convaincus que leur président
est musulman, alors que 43 % admettent ignorer s'il est chrétien ou
musulman.
Rappelons aussi que 27 % des membres du Parti
républicain doutent qu’Obama soit un citoyen américain. Mieux, la moitié
d’entre eux ont la certitude que c’est lui qui a donné des milliards de
dollars aux banques et aux grandes compagnies d’assurances, alors que c’est
George Bush qui l’a fait.
Quant à la réforme d'Obama sur la santé, totalement
appuyée sur le secteur privé, elle fut dénoncée comme «canadienne», tandis
que les politiques environnementales du président auraient le défaut d'être
«européennes».
En 2003 le Strategic Task Force on Education
Abroad avait conclu que l’ignorance des Américains du monde extérieur
est telle qu'elle constitue une menace à la sécurité nationale du pays. En
effet, 37 % des Américains ne pouvaient trouver les États-Unis sur un globe
terrestre; ils étaient 30 % à ne pouvoir nommer l'océan (Atlantique) qui se
trouve sur leur côte est et 80 % ignoraient sur quel continent se trouve
l'Irak. Dans une proportion de 77 %, les Américains ignorent que George
Washington fut leur premier président. Cinq cents ans après Copernic, un
Américain sur cinq croit toujours que le Soleil tourne autour de la Terre,
comme l’affirme la Bible. Non seulement les Américains croient-ils en Dieu,
mais ils sont convaincus que Dieu, dans sa grande sagesse, a accordé au
peuple américain le privilège de gouverner le monde.
7.3 Le ressac des White
ethnics
Cette évolution de la démographie américaine a et aura encore de profondes incidences
sur la vie politique et sociale américaine. Les WASP (White Anglo-Saxon Protestants) ou
White ethnics ont toujours imposé leur langue, leur culture et leur mode de
vie; ils ont fait du protestantisme la religion de référence. Cependant, depuis la
Première Guerre mondiale, les WASP n'ont jamais cessé de perdre leur prépondérance
démographique. Aujourd'hui, ils se sont laissé tenter par des lois sur
l'unilinguisme anglais et des lois discriminatoires, notamment en Californie, en
Arizona et en Alaska, où ils ont essayé d'interdire l'enseignement bilingue aux
enfants immigrés et aux autochtones. Devant la menace hispano-catholique et la
montée de l'islam dans le monde, les WASP craignent maintenant pour leur religion et leur
culture: certains brandissent la Bible qui devient le symbole de leur combat.
D'ailleurs, la société américaine semble de plus en plus friande de religion et
de fabulation «conspirationniste» ou ésotérique. Paradoxalement, ce genre
de perception, qu'on trouve normalement dans des sociétés quelque peu
rétrogrades, pauvres et faibles, est véhiculée ici en Amérique dans une société
développée, riche et forte.
Enfin, de façon générale, les White ethnics méprisent les langues
étrangères, une attitude qui, pour de nombreux observateurs étrangers, proviendrait des politiques
linguistiques fondées depuis longtemps sur l'ethnocentrisme. En fait, la
«question linguistique» est souvent perçue aux États-Unis comme une «question religieuse», car la
Bible révélerait que, avant la construction de la tour de Babel (interprétée
comme «une punition de Dieu»),
le monde ne parlait qu'une seule langue! L'Amérique doit en revenir aux
sources de la Bible et l'usage exclusif de l'anglais traduirait le mieux l'héritage
culturel du peuple américain. N'oublions pas que le patriotisme américain
véhicule l'idée que l'Amérique (les États-Unis) est la nouvelle Terre promise
bénie par Dieu!
C'est pourquoi les partisans de l'unilinguisme
anglais poursuivent leur campagne pour officialiser l'anglais, et ce, d'autant
plus qu'ils estiment que la langue dominante du monde est elle-même menacée dans
son bastion le plus fort: les États-Unis. Voici quelques opinions couramment
répandues chez ces partisans:
- ''English has always been
our ‘social glue,’ our most important ‘common bond,’ which has allowed
Americans of diverse back-grounds to understand each other and overcome
differences.''
- ''Today’s immigrants refuse to learn English, unlike the good old
immigrants of yesteryear, and are discouraged from doing so by
government-sponsored bilingual programs.''
- ''Languages are best learned in a situation that forces one to do so –
where there’s no escape from brutal necessity – unlike the situation in
a bilingual classroom.''
- ''Ethnic leaders are promoting bilingualism for selfish ends: to
provide jobs for their constituents and keep them dependent by
discouraging them from learning English .
- ''Language diversity
inevitably leads to language conflict, ethnic hostility, and political
separatism à la Québec.'' |
- [L'anglais a toujours été
notre «ciment social», notre plus important «lien commun» qui a permis
aux Américains de diverses souches de se comprendre et de surmonter les
différences.]
- [Les immigrants d'aujourd'hui refusent d'apprendre l'anglais, à la
différence des bons vieux immigrants d'antan et sont découragés d'agir
ainsi en fonction des programmes bilingues commandités par le
gouvernement.]
- [Les langues les mieux apprises sont celles qui sont dans une situation
qui les force à agir ainsi – là où il n'y a aucune possibilité
d'échapper à la brutale nécessité – à la différence de la situation dans
une salle de classe bilingue.]
- [Les leaders ethniques
veulent promouvoir le bilinguisme à des fins égoïstes: fournir des
emplois pour leurs propres membres et les tenir sous la dépendance en
les décourageant d'apprendre l'anglais.]
- [La diversité des langues entraîne inévitablement les conflits
linguistiques, la haine ethnique et le séparatisme politique à la Québec.] |
S'il est vrai que l'anglais a toujours servi
de «ciment social» aux États-Unis, il est tout à fait erroné de croire que les
immigrants d'aujourd'hui refusent d'apprendre l'anglais et que les leaders
ethniques veulent promouvoir le bilinguisme afin de fournir des emplois pour
leurs propres membres. Les immigrants veulent apprendre l'anglais, mais ils
désirent aussi conserver leur langue maternelle. Quant à affirmer que la
diversité linguistique entraîne inévitablement des conflits linguistiques, la
haine ethnique et le séparatisme politique à la Québec, il vaut mieux ne
pas passer de commentaire, tant ce genre d'opinion reflète une ignorance des
réalités de ce monde.
- L'officialisation de
l'anglais au Congrès
 |
L'une des premières offensives des White
Anglo-Saxon Protestants fut de proposer un amendement constitutionnel. En
1983, ce fut l'English Language Amendment, qui voulait faire de l'anglais la
langue officielle des États-Unis. Or, les procédures d'amendement
constitutionnel sont tellement complexes aux États-Unis qu'une telle mesure
avait peu de chance d'aboutir.
Il faut en effet le vote de chacune des deux Chambres à la majorité des
deux tiers, puis la ratification par les trois quarts des États de la
fédération; or, il suffit de 13 États, ne représentant que 5 % de la population,
pour empêcher toute modification susceptible d’être désirée par 95 % des
Américains.
Néanmoins, la guerre linguistique
entreprise par US English et
English Only a sûrement porté fruit, car en août 1996, la Chambre des
représentants a adopté (259 voix contre 169) un projet de loi faisant de
l’anglais la langue officielle du gouvernement fédéral des États-Unis. Le projet
de loi H.R. 123 portait le titre suivant: The Bill
Emerson English Language Empowerment Act of 1996. Il était décrit par
ses instigateurs — dont Bill Emerson, un éminent
membre républicain du Congrès — comme un mécanisme de
défense de la société américaine contre l’assaut d’un dangereux
multiculturalisme.
|
Ce projet de loi, demeuré célèbre, pourrait être appelé en
français Loi de 1996 pour promouvoir la langue anglaise.
Au paragraphe 161, le texte déclare que «la langue
officielle de l'administration fédérale est l’anglais». En vertu du paragraphe
162, les représentants du gouvernement fédéral auraient l’obligation de
préserver et de promouvoir le rôle de l’anglais comme langue officielle du
gouvernement fédéral. Une telle obligation devait créer des conditions qui
inciteraient davantage d'individus à apprendre la langue anglaise.
De plus, les représentants du gouvernement fédéral
devraient mener leurs activités officielles en anglais. Par ailleurs, le projet
énonçait que nul ne sera privé, directement ou indirectement, de services,
d'assistance ou de facilités fournis par le gouvernement fédéral uniquement
parce qu’une personne communique en anglais (paragraphe 163). Toute personne
aux États-Unis est autorisée à communiquer avec des représentants du
gouvernement fédéral en anglais, à en recevoir des informations ou à être
informée par des textes officiels en anglais. D’après le paragraphe 167,
rien dans la loi ne sera cependant interprété pour interdire à un membre du Congrès ou à
un fonctionnaire du gouvernement fédéral, durant l’exercice de ses fonctions,
de communiquer oralement avec une autre personne dans une langue autre que
l’anglais; pour discriminer tout individu ou limiter ses droits dans le
pays; et pour décourager ou empêcher l'emploi d’une langue autre que l’anglais
dans toute fonction non officielle.
Toutefois, le projet de loi n’a jamais
été adopté au Sénat; il n'est donc jamais entré en vigueur. «Penser que la
langue de Shakespeare a besoin d'un soutien officiel pour survivre, a dit un
membre du Congrès, est une insulte à cette langue.» À l'époque de Shakespeare,
quatre millions de personnes parlaient l'anglais; il y en a aujourd'hui
presque un milliard (langue maternelle et langue seconde réunies).
Les partisans de l'unilinguisme ont abandonné, pendant quelques années, la
plupart des autres projets interventionnistes au plan fédéral, car ceux
qui ont été présentés n'ont jamais été menés à terme. On peut consulter quelques extraits
(en français et en anglais) de ce projet de loi de
1996 pour promouvoir la langue anglaise (The Bill
Emerson English Language Empowerment Act of 1996).
Depuis lors, des organismes comme US
English et
English First continuent de protester contre le maintien de services
«en langue étrangère» par les agences fédérales. Ils s'offusquent encore plus
lorsqu'un élu s'exprime publiquement en espagnol. Le 5 mai 2001, jour de la
fête nationale des Mexicains, le président George W. Bush s'était adressé en
espagnol (qu'il appelle lui-même le mexicain) en public. Loin de
susciter l'admiration, il a dû au contraire essuyer les foudres de US
English et de English First parce qu'il aurait fallu, en tant que
président des États-Unis, ne parler qu'en anglais à ses compatriotes. George Bush, le père, parlait, quant à lui, un très bon français, mais son
entourage l'a toujours soigneusement caché... comme une honte! Un président
américain ne doit parler qu'en anglais! Lors des élections à la présidence
américaine en novembre 2001, les partisans du démocrate
John Kerry ont toujours tenu comme un secret
d'État le fait que leur candidat parlait couramment l'allemand, le français
et l'espagnol. Son épouse, Teresa Heinz Kerry,
s'adressait aux délégués devant la Convention démocrate en français, en
italien, en espagnol, en portugais (sa langue maternelle) avant de passer à
l'anglais. Elle aurait dû se taire,
elle qui avait cinq langues dans sa poche! À
l'époque, John Kerry avait été critiqué pour son
"look trop français". En 2008, on a aussi accusé le
candidat démocrate Barack Obama
de «manquer d'intelligence» ("his lack of
intelligence") parce qu'il s'était adressé en espagnol
à Miami et avait préconisé l'apprentissage d'une
langue étrangère dans les écoles primaires américaines. En 2012, le candidat
républicain Mitt Romney, élevé dans le
strict respect de la foi mormone,
s'est fait accuser par ses opposants de parler français, langue qu'il a
apprise à 19 ans à la suite d'un séjour de deux ans en France:
|
Massachusetts
moderate Mitt Romney - he'll say anything to win. Anything. And
just like John Kerry he speaks French, too. |
[Mitt Romney, le
modéré du Massachusetts, est prêt à dire n'importe quoi pour
gagner. N'importe quoi. Et, tout comme John Kerry, il parle
français.] |
Notons ces mots: «And... he speaks French, too.»
Une honte, comme s'il s'agissait de la peste! Le
Daily Beast, un site Web d'information américain, a
mis en ligne un clip proposé par les opposants de
Romney. On peu y lire:
|
Mitt Romney
Stars in "The French Connection"
What's the
only thing worse for a Republican than being
called a moderate? Try being accused of
speaking French. Newt Gingrich hits the
former Massachusetts Gov. in the most
baffling spot: his language skills.
|
Mitt Romney,
une étoile de la «French Connection»
Quoi de
pire pour un républicain que d'être comparé
à un modéré? Être accusé de parler français.
Newt Gingrich frappe l'ancien gouverneur du
Massachusetts dans le plus déconcertant
spot: ses aptitudes linguistiques.
|
Ce n'est guère la première fois que
le français de Mitt Romney lui joue des tours. Une
précédente vidéo montrait le républicain s’exprimer en
français dans un clip de promotion des Jeux olympiques
de Salt Lake City en 2002, avec des sous- titres
réécrits pour lui attribuer des «idées démocrates».
Aux États-Unis, la "French connection" est
très mal vue chez les républicains. Ce rejet du français est surtout présent dans les
milieux conservateurs : si beaucoup d'Américains n'ont pas
oublié l'opposition de la France à la guerre en Irak,
la plupart ignorent que leur pays a obtenu son indépendance
grâce à l'implication militaire de la France de Louis
XVI. Aux
États-Unis, il est de bon ton de considérer inapte un
Américain bilingue ou polyglotte, sauf s'il s'agit d'un
immigrant ou d'un descendant d'immigrant. Dans toute l'Europe, en Asie comme en
Afrique, toute personne bilingue
serait considérée de façon très positive. Aux États-Unis, c'est une tare!
En mai 2005, un nouveau projet de loi pour
officialiser l'anglais aux États-Unis fut déposé à la Chambre des
représentants: la English Language Unity Act of 2005 («Loi sur l'unité
de la langue anglaise de 2005»). Ce projet de loi ne compte que quelques
articles, dont voici les plus importants:
PARAGRAPHE 1
TITRE BREF
La présente loi peut être citée comme la ''Loi sur l'unité de la langue
anglaise'' de 2005.
PARAGRAPHE 2
CONSTATATIONS
Le Congrès considère et déclare ce qui suit :
(1) Les États-Unis sont constitués d'individus de diverses
origines ethniques, culturelles et linguistiques, et ils continuent de
bénéficier de
cette riche diversité.
(2) Dans toute l'histoire des États-Unis, le fil commun
obligatoire entre des individus
d'origines différentes a été la langue anglaise.
(3) Parmi les pouvoirs
dévolus aux États, il y a respectivement celui d'instaurer l'anglais
comme la langue officielle
des divers États et de promouvoir autrement l'anglais dans les
États, sous réserve des interdictions énumérées dans la Constitution
des États-Unis et dans les lois des divers États.
PARAGRAPHE 3
ANGLAIS COMME LANGUE OFFICIELLE DES ÉTATS-UNIS.
(a) En général, le titre 4 du Code des États-Unis est modifié par
l'adjonction à la fin du nouveau chapitre suivant :
` CHAPITRE 6 - LANGUE OFFICIELLE
` Paragr. 161. Langue officielle des États-Unis
` La langue officielle des États-Unis est l'anglais.
` Paragr. 162. Conservation et amélioration du rôle de la langue
officielle
` Les représentants du gouvernement fédéral ont une obligation
positive de préserver et d'accroître le rôle de l'anglais comme langue
officielle du gouvernement fédéral. Une telle obligation implique des
opportunités plus grandes pour encourager les particuliers à apprendre la
langue anglaise.
` Paragr. 163. Les fonctions officielles du gouvernement doivent être
tenues
en anglais
` (a) Fonctions officielles - Les fonctions officielles du
gouvernement des États-Unis sont tenues en anglais.
` (b) Portée - Pour les fins du présent paragraphe, le terme
''États-Unis'' désigne les divers États et le District fédéral de Columbia, et
le terme ''officielles'' réfère à toute fonction qui
(i) lie le gouvernement, (ii) est exigé conformément à la loi, sinon (iii)
est soumis à l'examen minutieux de la part de la presse ou du
public.
[...] |
C'est le républicain
Steve King qui a
présenté ce projet de loi dès 2003, mais il devait recevoir l'appui d'un
minimum de 100 membres du Congrès avant d'être recevable à la Chambre des
représentants. Pour les partisans du projet, il faudrait forcer
toutes les agences américaines du gouvernement fédéral à gérer leurs affaires
uniquement en
anglais. Présentement, dans tout le pays, des municipalités sont dans
l'obligation d'embaucher des policiers bilingues, des enseignants bilingues et
des travailleurs sociaux bilingues. La barrière de la langue serait devenue si énorme
que beaucoup de villes («cities») et de comtés («counties») n'ont eu d'autre choix que de recourir à des
employés supplémentaires parlant principalement l'espagnol. Dans cette
perspective, les États-Unis ne
devraient plus perpétuer un système coûteux et distinct qui dispense des services
sociaux en 16 langues et des bulletins de vote en 28 langues. En adoptant ce
projet de loi, le Congrès motiverait les immigrants à apprendre l'anglais plus
rapidement. De plus, un sondage de Zogby International démontrerait qu'en 2004
quelque 82 % des Américains se déclaraient favorables à ce que l'anglais soit déclaré
langue officielle des États-Unis.
En 2002, une pétition a circulé
dans tous les États-Unis recueillant des millions de signatures. Elle témoigne
certainement du malaise des Américains blancs anglophones:
|
One God, One Nation, One Language
To:
U.S.Congress
To Our American Government.
We, the people and the undersigned demand that our government, at
Federal, State, and Local levels, who we have been elected into office
insure us that there be no other language on our Federal, State, and
Local Documents than that of the English language. This recent
acceptance is at great cost to the tax payers of America for the cost of
printing such documents.
We are also offended that our country's utility providers are including
the Spanish language on our statements and on their automated telephone
message recorders.
We also demand that our license bureaus do not license drivers that do
not speak and read the English language. This is determined to be
placing fluent English speaking Americans in harms way on our streets
and highways. Example being: The state of Texas, which issues driver's
license to those that do not speak, nor able to read the English
language.
This acceptance of other languages in our country has done nothing but
promote confusion in our work places, hospitals, and for our Police
Officials throughout this land.
This acceptance of other languages has also kept English speaking
Americans from jobs and careers, which they are intitled to, simply
because they do not know the Spanish Language. We demand that this be
stopped.
We demand that this acceptance of foreign languages be discontinued in
every aspect of government at the Federal, State, and Local levels as
well as in our utility companies immediately.
We also demand that stricter requirements be placed on foreigners who
enter this country and want to remain, to learn the English language
within a reasonable amount of time.
Sincerely,
The Undersigned |
Un Dieu, une Nation, une langue
Destinataires:
au Congrès des États-Unis
à notre gouvernement américain.
Nous, peuple et soussignés exigeons que notre gouvernement, au plan
fédéral, au plan de l'État et au plan local, à nous qui nous avons été
élus pour le service, qu'il nous assure qu'il n'y aura aucune autre
langue dans les documents de l'administration du fédéral, des États et
au plan local que ceux de langue anglaise. Cette acceptation récente
coûte des sommes énormes aux contribuables américains pour les frais
d'impression de ces documents.
Nous sommes aussi offensés que les fournisseurs de services publics de
notre pays incluent l'espagnol sur nos déclarations et sur leurs
répondeurs téléphoniques automatiques.
Nous exigeons aussi que nos bureaux de permis n'accordent pas de permis
aux conducteurs qui ne parlent ni ne lisent l'anglais. Il est prévu de
placer les Américains qui parlent couramment l'anglais à l'abri du
danger sur nos rues et nos routes. L'exemple étant l'État du Texas, qui
émet les permis de conduire à ceux qui ne parlent pas ou sont incapables
de lire l'anglais.
Cette acceptation d'autres langues dans notre pays n'a rien fait d'autre
que promouvoir la confusion dans nos lieux de travail, nos hôpitaux et
nos policiers partout dans ce pays.
Cette acceptation d'autres langues a aussi tenu les Américains
anglophones loin des emplois et des carrières, dont ils sont exclus,
simplement parce qu'ils ne savent pas l'espagnol. Nous exigeons que cela
arrête.
Nous exigeons que cette acceptation des langues étrangères soit
abandonnée sur-le-champ dans chaque aspect du gouvernement fédéral, au
plan de l'État et au plan local, ainsi que dans nos sociétés de service
public.
Nous exigeons aussi que des conditions plus strictes soient demandées aux
étrangers qui entrent dans ce pays et qui veulent y rester, pour
apprendre l'anglais dans un délai raisonnable.
Sincèrement,
Les Soussignés |
Il n'en demeure pas moins que la seule
pensée que les États-Unis aient besoin d'une protection législative pour
sauvegarder l'anglais dans ce pays pourrait être interprétée comme un signe
étonnant d'un manque de confiance dans l'avenir de cette langue. En réalité,
toute campagne destinée à officialiser l'anglais aux États-Unis pourrait avoir
pour effet principal de créer un motif supplémentaire de tensions et de
mécontentements ethniques.
Ce n'est peut-être pas pour rien que les
deux principaux partis politiques fédéraux — le Parti démocrate et le Parti
républicain — ne semblent pas très enclins à adopter une loi sur
l'officialisation de l'anglais au niveau fédéral. Beaucoup de députés et de sénateurs craignent
de soulever leur part de l'électorat hispanophone et des autres communautés
immigrantes. Le seul fait de discuter de l'anglais comme langue officielle au
Congrès, et surtout au Sénat, est considéré comme une provocation à l'égard
des électeurs non anglophones et une source de conflits entre anglophones et non-anglophones.
Par prudence, il vaut mieux s'abstenir!
Cela étant dit, le débat linguistique a
rebondi en mai 2006. Le sénateur James Inhofe,
s'opposant à toute régularisation des immigrants clandestins,
a proposé un amendement à la Loi sur
la réforme complète de l'immigration (Comprehensive Immigration
Reform Act of 2006) précisant que, sauf par une loi particulière, nul n'a le droit d'exiger que le
gouvernement américain ou ses représentants s'expriment dans une autre langue
que l'anglais: "The government of the United States shall preserve and enhance the role
of English as the national language of the USA" (ou encore «Le
gouvernement des États-Unis doit préserver et accroître le rôle de l'anglais
comme langue nationale des États-Unis»). L'amendement a été adopté
par 63 sénateurs, contre 34. Non seulement le projet
de loi imposerait une bonne connaissance de l'anglais
pour acquérir la nationalité américaine, mais également pour obtenir un permis
de séjour permanent, bref pour «l'intégration patriotique des éventuels
citoyens des États-Unis» ("the patriotic integration of
prospective United States citizens").
Pour ne pas trop froisser les
esprits, les sénateurs ont adopté un second amendement proposé par
Ken Salazar,
sénateur démocrate du Colorado, qualifiant l’anglais de «langue commune et
unificatrice ("national and unifying language"), plutôt que de «langue
officielle». Afin de ne pas nier les lois actuelles, ces amendements épargnent
les dispositions concernant l'éducation bilingue et les bulletins de vote multilingues.
De plus, en employant l'expression de «langue nationale» plutôt que «langue
officielle», les sénateurs ont cru réduire l'impact de la valeur symbolique de
la proposition. La Chambre des représentants ne s'est pas encore prononcée sur
les amendements du Sénat concernant l'anglais aux États-Unis. Il est fort
possible, comme cela s'est souvent produit dans le passé, que ce débat
n'aboutisse à aucun changement.
En avril 2008,
un sénateur de la droite républicaine de Géorgie, Paul C. Broun
(né en 1946), a présenté un autre de ces nombreux projets de loi pour
officialiser l'anglais aux État-Unis; il est similaire à celui
que le sénateur James Inhofe avait présenté en 2006 (voir
le texte). L'objectif de Paul Broun était de retenir les fonds
fédéraux aux écoles qui permettent ou exigent de la part des
élèves de réciter le serment d'allégeance ou l'hymne national
dans une autre langue que l'anglais. En réalité, le sénateur
voulait encourager les nouveaux immigrants à adopter rapidement «la langue maternelle de
l'Amérique», l'anglais, parce que l'étude de cette langue l'anglais a toujours été et
continuera d'être une étape clé dans la réalisation du
rêve américain. Voici le texte complet du communiqué de
presse du sénateur Broun:
On Friday, I introduced the P.L.E.D.G.E Act of 2008, a
bill to withhold federal funds from schools that allow or
require students to recite the Pledge of Allegiance or
national anthem in a language other than English.
America's genius has always been assimilation, taking legal
immigrants and turning them into American citizens. Yet,
today students in states from Arizona to Wisconsin are being
forced to recite the Pledge of Allegiance and Star Spangled
Banner in Spanish and other languages in the name of “diversity.”
The key to assimilation, of course, is a shared language.
Large-scale immigration without effective assimilation
threatens social cohesion and America’s shared values. This debate is about preserving our culture and heritage and,
moreover, about bettering the odds of our nation’s newest
potential citizens achieving the American dream.
The ‘National Language Act of 2008’ will reduce costs to our
federal government and will encourage new, legal immigrants
to quickly adopt America’s native tongue. Learning English
has always been and will continue to be a key step in
achieving the American dream.”
Simply put, America has long enjoyed the benefits of a
diverse society, but our culture will cease to enjoy those
benefits if a common language is not adhered to.
As your U.S. Congressman, I will continue to fight for the
protection of our nation’s culture, as well as your Second
Amendment rights, and Energy Independence. |
Vendredi, j'ai présenté la loi PLEDGE de 2008, un projet de loi
destiné à retenir les fonds
fédéraux aux écoles qui permettent ou exigent de la part des
étudiants de réciter le serment d'allégeance ou l'hymne national
dans une autre langue que l'anglais.
L'esprit de l'Amérique a toujours été l'assimilation, en
prenant des immigrants légaux et en les transformant en
citoyens américains. Encore, aujourd'hui, des étudiants
dans les États de l'Arizona jusqu'au Wisconsin sont forcés de
réciter le serment d'allégeance et «La bannière étoilée» en espagnol et
en d'autres langues au nom de la
«diversité».
La clef de l'assimilation, bien sûr, est une langue
partagée. L'immigration à grande échelle sans assimilation
efficace menace la cohésion sociale et les valeurs partagées
de l'Amérique. Ce débat vise à préserver notre
culture et notre patrimoine et aussi d'accroître les
chances de nos concitoyens éventuels les nouveaux de réaliser le rêve américain.
La Loi sur
la langue nationale de 2008 réduira les dépenses de
notre gouvernement fédéral et encouragera les nouveaux
immigrants, les immigrants légaux, à adopter rapidement la
langue maternelle de l'Amérique.
Apprendre l'anglais a toujours été et continuera d'être une
étape-clé dans la réalisation du rêve américain.
Tout simplement l'Amérique a longtemps
bénéficié
d'une société diversifiée, mais notre culture cessera de
bénéficier de
ces avantages si une langue commune n'est pas adoptée.
En tant
que membre de votre Congrès américain, je continuerai à me
battre pour la protection de notre culture nationale, ainsi
que pour vos droits au 2e
Amendement et à l'indépendance énergétique. |
Évidemment, ce texte du sénateur
Broun est révélateur de l'idéologie assimilatrice de nombreux
Américains. On peut lire le texte du projet de loi (en français)
en cliquant
ICI, s.v.p.
Quoi qu'il en soit, les représentants du
peuple américain savent bien que l'anglais n'est pas une langue en danger aux
États-Unis, qui doit
lutter pour son existence et qui a besoin d'être défendu vigoureusement, même
si l'espagnol gagne toujours du terrain dans le pays.
- L'officialisation de
l'anglais dans les États
Devant la difficulté d'agir au plan
fédéral, les partisans de l'unilinguisme anglais ont
alors décidé d'intervenir dans chacun des États au moyen de la législation.
Différents organismes tels que US
English, English Only, English First et Save Our Schools
(SOS) ont entrepris un véritable combat politique pour promouvoir
l'unilinguisme officiel dans les États afin d'éviter d'ériger
une «Tower of Babel» («tour de Babel»)
en Amérique. La devise de la puissante organisation US English, fondée
par le sénateur Hayakawa et John Tanton, est la suivante:
«L'Amérique: une seule
Nation, indivisible, enrichie de multiples cultures, unie par une seule
langue.» Plus tard, l'ex-sénateur Hayakawa,
devenu président honoraire de US English, déclarait dans une lettre au
New York Times (17 août 1988):
|
Le message envoyé à nos
politiciens doit être clair: nous ne voulons pas résider dans une «tour
de Babel»; reconnaître officiellement l'anglais comme langue du
gouvernement n'a rien de discriminatoire. |
L'objectif principal était de
faire proclamer l'anglais seule langue officielle dans les États afin que, par
la suite, ils puissent légiférer dans le domaine de la langue.
|
 |
Des affiches circulent un
peu partout aux
États-Unis, comme celle de gauche, qui clament: "Don't build Babel tower
in America" («N'érigez pas de tour de Babel en Amérique»).
L'expression Tower of Babel est très courante aux États-Unis et
sert d'épouvantail pour contrer toute autre langue que l'anglais. La
diversité linguistique fait peur, car elle engendrerait la balkanisation
du pays! Pour
beaucoup d'Américains, la tour de Babel est perçue une punition de Dieu. La
Bible nous révélerait que, dans un monde parfait, tous les gens
parlaient une seule et même langue. En raison de l'orgueil des humains,
Dieu aurait jeté la confusion entre eux en multipliant les langues, ce qui
aurait mis fin à la construction de la tour de Babel. Évidemment, ce
n'est pas ainsi que s'est passée l'histoire des langues de l'humanité,
mais les partisans de l'idéologie créationniste le croient fermement. En Amérique, tous devraient parler l'anglais,
car c'est la langue commune et, en même temps, celle qui traduirait le mieux
l'héritage culturel du peuple américain. |
|
La tour de
Babel (Bible de Jérusalem)
Tout le
monde se servait d'une même langue et des mêmes mots.
Comme les hommes se déplaçaient à l'Orient, ils
trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y
établirent. Ils se dirent l'un à l'autre : «Allons!
Faisons des briques et cuisons-les au feu!» La brique
leur servit de pierre et le bitume leur servit de
mortier. Ils dirent : «Allons! Bâtissons-nous une ville
et une tour dont le sommet pénètre les cieux!
Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute
la terre!»
Dieu descendit pour voir la ville et la tour que les
hommes avaient bâties. Et Dieu dit : «Voici que tous
font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel
est le début de leurs entreprises! Maintenant, aucun
dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons!
Descendons! Et là, confondons leur langage pour qu'ils
ne s'entendent plus les uns les autres.» Dieu les
dispersa de là sur toute la face de la terre et ils
cessèrent de bâtir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel,
car c'est là que Dieu confondit le langage de tous les
habitants de la terre et c'est là qu'il les dispersa sur
toute la face de la terre. |
|
À la fin de
2004, on comptait 29
États américains
qui avaient adopté l'anglais comme langue
officielle. Il s'agit de l'Alabama (1990), de l'Arizona (1988), de
l'Arkansas (1987), de l'Alaska (1990),
de la Californie (1986), de la Caroline du
Nord (1987), de la Caroline du Sud (1987), du Colorado (1988), du Dakota
du Nord (1987), du Dakota du Sud (1995), de la Floride (1988), de la
Géorgie (1986 et 1996), d'Hawaï (1978), de l'Illinois (1969), de
l'Indiana (1984), du Kentucky (1984), de la Louisiane (1811 et 1974), du
Mississippi (1987), du Montana (1995), du Nebraska (1920), du New
Hampshire (1995), du Tennessee (1984), de la Virginie (1981 et 1996), du
Wyoming (1996), de l'Alaska (1998), du Missouri (1998), de
l'Utah (2000),
de New York (2001) et de l'Iowa (2002). Le seul État américain à avoir adopté deux langues officielles
est Hawaï en 1978 (l'anglais et l'hawaïen).
L'organisme English Plus reste l'un des
rares à appuyer formellement le multilinguisme au États-Unis. Jusqu'ici,
seuls les États
du Rhode Island (1992), du
Nouveau-Mexique (1989), de l'Oregon (1989), de Washington
(1989) et de l'Iowa (2002) ont opté pour la politique de English Plus.
Finalement, l'adoption de lois imposant l'anglais comme langue
officielle dans plusieurs États s'est révélée une stratégie peu efficace, car
ces lois n'ont rien changé aux pratiques en vigueur. De plus, dans certains
États, les lois adoptées ont même été invalidées par les tribunaux, comme en
Arizona et en Alaska ou sont contestées devant les tribunaux (Californie et
Alaska).
|
En général,
les tribunaux cassèrent les lois en
expliquant qu'elles brimaient la liberté d'expression des citoyens.
Évidemment, les tenants de l'unilinguisme anglais témoignent de leur hostilité
envers les nouveaux immigrants. Au même moment, les représentants des
communautés visées, surtout les Hispaniques et les Asiatiques, se sont lancés
dans une contre-offensive pour dénoncer publiquement l'idéologie raciste du
mouvement English Only.
- Les tentatives d'abolition du
bilinguisme
Les organismes voués à l'unilinguisme anglais se sont repliés
sur une autre stratégie apparemment plus efficace. Il s'agit de susciter des
référendums locaux afin de limiter considérablement l'enseignement bilingue
dans les États. La campagne d'English Only laisse
croire que la connaissance de l'anglais est un désastre pour 1,4 million
d'élèves et qu'elle suscite un climat de xénophobie dans la plupart des États.
Certains juristes prétendent même que l'enseignement public en une autre
langue que l'anglais constitue une violation des lois locales. Les écoles
publiques devraient donc supprimer tous les programmes d'enseignement
bilingues actuels, et ce, peu importe la langue maternelle des élèves. Dans le
pire des cas, ceux qui ne connaissent pas ou peu l'anglais devraient être
placés dans des classes d'immersion durant une courte période de transition
qui ne pourrait excéder un an. Pour les partisans de
l'unilinguisme, tous les enfants fréquentant une école publique devraient
avoir le droit inaliénable de recevoir leur enseignement en anglais, à
l'exception de ceux qui, au secondaire, apprennent une langue étrangère.
À l'origine de la plupart des initiatives
contre le bilinguisme dans l'enseignement: Ron Unz, un politicien
millionnaire de la Californie, qui voulait à tout prix éliminer toute
éducation bilingue. M. Unz fit campagne dans plusieurs États, notamment en Californie,
en Arizona, au Colorado et au Massachusetts, sans oublier la ville de New York, afin de remplacer toute forme d'éducation bilingue par
un programme d'immersion anglaise d'une durée d'un an pour tous les enfants fréquentant
l'école et parlant une autre langue maternelle que l'anglais. Les adversaires
de l'éducation bilingue affirmaient que ceux qui reçoivent leur instruction en
espagnol ne possédaient qu'un anglais rudimentaire. Si cet anglais paraît
suffisant pour la vie courante et les métiers sans qualification, il ne
convient pas pour faire ensuite des études plus poussées et accéder à des
emplois qualifiés, voire fréquenter l'université et accéder aux professions
intellectuelles. L'usage de l'espagnol enfermerait les enfants dans le milieu
immigré et les priverait de la chance de surmonter, faute d'apprendre en
classe un bon anglais, leur désavantage initial.
Ces initiatives ont généralement été
mentionnées dans les médias et dans le grand public sous les noms «Initiative
d'immersion anglaise», «Initiative pour l'anglais auprès des enfants» ou
«Initiative Unz». Si les citoyens de l'Arizona (Proposition 203)
en 2000 et de la
Californie (Proposition 227) en 1998 ont accepté par référendum de réduire
l'enseignement bilingue, les citoyens du Colorado ont rejeté en 2002 l'amendement 31
proposé, alors que les citoyens du Massachusetts ont en novembre 2002
également accepté de réduire l'enseignement bilingue dans leur État. Cependant, les lois adoptées ont été contestées devant les tribunaux,
car elles limitent le droit à la liberté d'expression des minorités
linguistiques. Certains intellectuels remettent en question cette stratégie
des initiatives populaires pour faire changer les choses. Bien que ce soit une
forme apparente de démocratie, il suffit qu'un groupe bien organisé, appuyé par
de solides moyens financiers, présente des projets ciblant un électorat
particulier pour atteindre son objectif, car la désaffection de l'électorat
immigrant renforce les groupes conservateurs. À ce jeu électoral, les WASP
sortent presque toujours gagnants (sauf au Colorado).
En somme, toutes ces manifestations anti-bilinguisme
témoignent d'une forte intolérance de la part d'un grand
nombre d'Américains envers la diversité linguistique. C'est manifestement le
point de vue de Mme Irma Rodriguez, avocate latino-américaine pour
l'association MALDEF (Mexican American Legal Defense and Educational Found :
«le
Fonds d’éducation et d’aide juridique
mexico-américain»), citée dans Hispanic Outlook
for Higher Education (le 10 novembre 1995):
|
L'une des valeurs qui
unissent notre pays est la liberté de parole pour dire ce que nous voulons
et dans la langue que nous voulons. Le mouvement pour faire de l'anglais
la langue officielle reflète l'humeur d'intolérance envers ceux qui ne
parlent pas l'anglais ou qui sont bilingues. |
Quoi qu'il en soit, la législation fédérale
continue de prévaloir sur les législations des États. Même si de nombreux
États ont proclamé l'anglais comme seule langue officielle, les dispositions
fédérales sur le bilinguisme l'emportent sur les lois locales. Selon
le Département américain de l'éducation, plus de 3,5 millions d’enfants dans
l’enseignement public sont classés dans la catégorie «maîtrise limitée en
anglais» (''limited English proficient''), dont 75 % de latinos (Riley et
Pompa, 1998).
Quoi qu'il en soit, les tentatives
destinées à supprimer le bilinguisme n'ont eu à peu près aucun effet autre
que strictement symbolique. Dans aucun État, les services bilingues ou
multilingues n'ont été supprimés.
- La loi sur
l'enseignement aux immigrants de 2001
En fait, les lois sur l'éducation bilingue
ont fini par perdre de leur impact, surtout que la presse
américaine a toujours vilipendé ouvertement cette pratique. La Bilingual
Education Act ou l’Elementary
and Secondary Education Act (Loi sur l'enseignement primaire et
secondaire), devenue en 1994 l'Improving
America's Schools Act (Loi améliorant les lois scolaires
d'Amérique), a finalement été abrogée le 8 janvier 2002. Le président
George W. Bush a signé et rebaptisé la
nouvelle loi scolaire sous le nom de
No Child Left Behind Act
of 2001 (traduction: la Loi du «aucun enfant laissé pour compte»)
ou NCLB.
La nouvelle loi en vigueur dans tous les
États américains a supprimé toute allusion au bilinguisme, le mot «bilingual»
y étant désormais banni. Au nom de l’efficacité, la loi de 2001 impose une
limitation de trois ans à la durée de la présence d'enfants dans les
«programmes bilingues» appelés maintenant des «programs of English language
development for limited English proficient children», c'est-à-dire des
programmes d'enseignement de l'anglais destinés aux enfants dont les
connaissances sont limitées dans cette langue. Pour de nombreux Américains, c’est aussi
le signe d’un début de changement de la politique linguistique fédérale pour
une politique résolument tournée vers le «tout-anglais».
Il faut surtout retenir que la No
Child Left Behind Act exige désormais l'établissement des normes et
d'un système d'évaluation des progrès des élèves en anglais, de publier des «bulletins
scolaires» sur les écoles, de s'assurer que les enseignants soient hautement
qualifiés et d'intervenir lorsque les écoles sont «en danger» ou ne font pas
suffisamment de progrès scolaire en anglais.
7.4 Les axes
idéologiques du débat
Si nous résumons le débat portant sur le
bilinguisme et l'éducation bilingue aux États-Unis, nous constatons qu'il
semble se dérouler autour de trois axes idéologiques:
- Les langues
maternelles perçues comme
un «problème»
La langue est perçue avant tout comme un
«problème» et constitue un obstacle à l'intégration des
immigrants. Dans cette perspective, la langue unit ou divise, ce qui signifie
que «unité politique» et «unité linguistique» vont de pair. La langue anglaise
est une condition essentielle de l'appartenance américaine. C'est pourquoi la
volonté des Hispaniques de conserver leur langue ressemble à un «manque de
loyauté» à l'égard du pays d'accueil. Le point de vue de Merrie Richun, un
partisan de la Proposition 63 en
Californie, résume bien cette idéologie :
|
Ces ingrats négligent la
langue anglaise parce qu'ils n'ont pas l'intention de s'intégrer à
l'Amérique majoritaire. Ils veulent gagner de l'argent et s'en aller. Et
pendant qu'ils sont chez nous, ils veulent reproduire les conditions et
les traditions du Mexique et établir un avant-poste latino aux
États-Unis. Olé! |
Or, si les Hispaniques veulent conserver
leur langue espagnole, ils n'en désirent pas moins parler aussi
l'anglais. Très peu refusent de s'intégrer à la société américaine, mais la
plupart des hispanophones préfèrent parler deux langues. Pour les partisans
d'un certain unilinguisme, il faudrait que les immigrants oublient
sur-le-champ leur langue maternelle en mettant le pied aux États-Unis.
- Les langues
maternelles revendiquées comme un droit
Rappelons que, durant deux siècles, la
législation linguistique n'a pas fait partie des pratiques américaines. La
langue anglaise s'est imposée de facto, en l'absence de toute loi. Ce
n'est qu'en 1923 que la Cour suprême des États-Unis, dans l'affaire Meyer c.
Nebraska, décida que l'anglais ne pouvait pas être imposé comme langue
d'enseignement dans les écoles privées. En 1940, la Nationality Act
obligea tout candidat à l'Immigration de «parler anglais». Les modifications
ultérieures (1950) précisèrent que les nouveaux immigrants avaient l'obligation
«de savoir lire et écrire l'anglais». Il fallut attendre la Loi sur les
droits civils de 1964 avant que les premières législations puissent être
adoptées sur l'éducation bilingue. Depuis lors, deux tendances se sont
opposées: l'uniformité et la diversité. On sait que les forces de l'uniformité
ont pris le dessus sur celles de la diversité.
Pourtant, les représentants des communautés
hispaniques ne remettent pas en question la primauté et la légitimité de la
langue anglaise aux États-Unis. Ils revendiquent seulement le droit de
conserver en plus l'espagnol. Ils s'appuient particulièrement sur les
engagements internationaux pris par les États-Unis en matière linguistique: la
Charte des Nations unies, la Convention internationale sur l'élimination de
toute forme de discrimination raciale, sans oublier les
accords d'Helsinki
sur les droits linguistiques. Étant donné que la langue est un droit,
les groupes ethniques ont alors le droit de parler et de conserver leur langue et
leur culture d'origine.
Dans un article de l'International
Journal of the Sociology of Language («The Question of an Official
Language: Language Rights and the English Language Amendments», 1986), David
Marshall résume ce point de vue:
|
Il ne faut pas obliger les
gens à apprendre une langue. Il nous faut un changement des mentalités;
moins de préjugés et davantage de mobilité pour tous. La ratification
d'un amendement sur la langue anglaise ne va pas résoudre le problème;
elle va l'exacerber. |
Selon Marshall, l'avenir des États-Unis va
dépendre de ce changement des mentalités. Quoi qu'il arrive, l'évolution
démographique va accélérer ce processus à partir des années 2030. C'est là la
conception des représentants des minorités hispaniques et asiatiques, ainsi
que d'un certain nombre d'intellectuels anglo-américains libéraux.
- Les langues
maternelles comme
capital social
Lorsque la langue est considérée comme un
capital social, il est du devoir de la société de préserver et de développer les
richesses culturelles de la nation. Ce point de vue est défendu par des
chercheurs, des éducateurs et des universitaires tant anglo-américains que
hispanophones.
Les promoteurs de cette idéologie, dont
l'organisme English Plus, remettent en cause tout le système
d'éducation américains qu'ils estiment médiocre.
Bien que les différents États du pays ne cessent
d'augmenter les sommes consacrées à l'éducation chaque
année (environ 3,5 % de plus), on remarque que le niveau moyen des connaissances
générales des jeunes Américains
se dégrade constamment. Il suffit de constater le
nombre d'illettrés (env. 25 millions) et d'analphabètes (jusqu'à 15 % dans les
États du Sud et du Nord-Est). En général, les analphabètes regroupent surtout
des Noirs et des Hispaniques, alors que les illettrés sont le lot des White
ethnics. Une étude de la National
Assessment of Educational Progress («Évaluation nationale du progrès en
éducation») démontrait en 1992 que 49 % des Hispaniques et 43 % des Noirs
n'avaient pas leur diplôme du high school, comparativement à 19 % chez
les Blancs.
Le problème fondamental en serait un
d'identité collective. Le président d'English Plus,
Osvaldo Soto,
déclarait en 1985:
|
L'anglais ne suffit pas. On
ne veut pas une société monolingue. Ce pays a été fondé sur la diversité
des langues et des cultures; nous voulons préserver cette diversité.
|
D'autres organismes se sont joints à
English Plus après le vote de la
Proposition 63 en Californie, notamment la Spanish American League
Against Discrimination, la League of United Latin American Citizens,
l'EPIC (English Plus Information Clearinghouse). Une écrivaine
latino, Gloria Anzaldua, explique ainsi son attitude à l'égard de la langue:
|
Si vous voulez vraiment me
blesser, dites du mal sur ma langue. L'identité ethnique est jumelée
avec l'identité linguistique. Je suis ma langue. Tant que je ne
suis pas libre d'écrire dans les deux langues, tant que je dois parler
anglais ou espagnol, alors que je préfère parler ''spanglish'', ma
langue restera illégitime. |
Dans son livre Borderlands: La Frontera
- The News Mestiza (1987), Mme Anzaldua associe au totalitarisme le
comportement de certains Américains qui nient la légitimité de sa langue
maternelle. Cette attitude de considérer la langue comme une capital social
est loin d'être comprise par l'ensemble de la population anglo-saxonne. Elle
n'est défendue que par ceux qui revendiquent une véritable politique axée sur
le pluralisme culturel et linguistique. Les tenants de cette idéologie croient
que tout recours à des moyens de pression juridiques pour préserver l'unité
nationale ne produirait que des effets contraires, car il n'est pas possible
d'étouffer impunément le sentiment d'attachement culturel et linguistique des communautés
hispanophones.
7.5 La poursuite de la
discrimination à l'égard des minorités
Dans les grandes villes américaines, tous
les indicateurs économiques montrent que les habitants s’appauvrissent. C'est
pourquoi beaucoup de villes se sont senties obligées de mettre en place des
programmes d’aide sociale qui, bien souvent, ont contribué à alourdir les
finances des municipalités. Depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de
Ronald Reagan
en janvier 1981, les contributions sociales fédérales ont considérablement
diminué au profit de l'armement. Le budget fédéral consacré à l'éducation
bilingue a particulièrement été réduit avec le résultat que ce type de
programme est tombé en disgrâce par la suite, tandis que les communautés
hispaniques ont vu leur pourvoir politique se réduire considérablement.
- Le tiers monde
américain
Le président Bill Clinton
a bien tenté d'augmenter l'aide
fédérale, mais devant les refus du Congrès, il a fini par céder. L’accession
de George W. Bush à la présidence n’a rien changé et la récession est venue
aggraver les choses, avec pour résultat un cercle vicieux se traduisant par
l’apparition de ghettos de la misère, surtout noirs ou hispaniques. Dans ces
ghettos, le crime et la drogue apparaissent souvent comme les seules solutions
possibles pour sortir de la misère. Dans les quartiers noirs, il n'est pas
rare de voir des jeunes mourir à 20 ans d’une balle d’Uzi ou de Kalachnikov.
Citons un extrait d'un article de L'Humanité qui résume assez bien la
situation des minorités aux États-Unis:
|
Ce n’est pas un hasard si
les Afro-Américains figurent en tête du bilan des victimes de la révolte
de Los Angeles, immédiatement suivis par les «Latinos». En mars 1992, le
taux national de chômage atteignait 38 % pour les Noirs de moins de
vingt ans contre 15% pour les Blancs de la même classe d’âge. La
pauvreté s’est aggravée dans les grandes villes où 35 % des Noirs vivent
en dessous de ce seuil. Et on compte également dans ces métropoles 15%
de Blancs pauvres. La mortalité infantile frappe très inégalement aux
États-Unis avec un taux (pour mille naissances) de 17,7 au niveau
national chez les Noirs, contre 8,2 chez les Blancs. À Los Angeles, ce
taux passe à 21,4 chez les Noirs contre 8,2 pour les Blancs. Près de 30
% des cas de SIDA recensés aux États-Unis touchent des Noirs, et 52 %
des femmes américaines séropositives sont noires.
Vingt-quatre pour cent des
22,4 millions d’Américano-Hispaniques vivent en dessous du seuil de la
pauvreté. À Los Angeles la situation est encore plus catastrophique, car
ils forment la communauté de loin la plus nombreuse de la ville, mais
aussi l’une des plus pauvres, avec 1,5 million de personnes, soit 40 %
de la population totale la mégalopole californienne. Depuis 1980, le
nombre de «Latinos» a augmenté de 60 % à Los Angeles, la plupart du
temps chassés de leur pays par les guerres et la misère, selon le
Mexican American Legal Defense Fund (MALDEF), une des principales
organisations d’Hispaniques aux États-Unis. En Californie, le
pourcentage de pauvres est plus élevé chez les Hispaniques que dans la
communauté noire, 28,1 % contre 24,7 %, indiquent les chiffres officiels
de l’État.
La longue histoire
d’exclusion et de racisme s’exerce toutefois autant à l’encontre des
Hispaniques que des Noirs. Pour Mme Andrade, conseillère régionale du
MALDEF, le verdict de Simi Valley a servi de «catalyseur» à un sentiment
de «frustration» des deux communautés. «Cela a brisé leur foi dans le
système. Quand ils ont perdu cette confiance, ils ont perdu le sens de
l’ordre public et ils ont pris ce qu’ils avaient envie de prendre, ils
sont allés se saisir du système, même si c’était dans leur propre
communauté», explique-t-elle.
_____________
Source: «Ghettos urbains»
dans L'Humanité, Paris, 4 mai 1992 |
Or, cet article date de 1992, alors que la
situation s'est nettement détériorée depuis. De là à penser que beaucoup de Latinos sont
pauvres parce qu'ils parlent espagnol ou sont bilingues, il n'y a qu'un pas
vite franchi par les WASP. Pourtant, les Noirs, qui ne parlent tous que
l'anglais, sont encore plus pauvres! Pour les gens de couleur comme les
Hispaniques et les Noirs, le taux de mortalité infantile est deux fois
supérieur à celui de la population blanche. Cela étant dit, jamais aucun
gouvernement américain, même pas sous les démocrates, n'a réussi à s'attaquer
à un système économique fondé sur la primauté des intérêts privés avant les
besoins fondamentaux des citoyens.
En même temps, les États-Unis se sont
inquiétés du sort réservé à la minorité kurde en Irak, mais n'ont pu
résoudre le problème des minorités amérindiennes chez eux; ils ont pu engager
500 000 soldats dans une guerre contre la drogue à l'étranger, sans trouver le
moyen de venir en aide aux millions de drogués américains; ils ont pu
provoquer de terribles conditions sanitaires dans des pays bombardés par leurs
avions, alors que, jusqu'en 2010, plus de 50 millions de leurs concitoyens ne pouvaient recevoir
de soins médicaux. Jusqu'ici, tous les présidents américains qui ont tenté de
réformer le système de santé s'y sont cassé les dents. En 1993-1994, Mme Hillary Clinton
avait piloté une vaste réforme, et elle avait échoué, ce qui avait
entraîné la chute des démocrates à la Chambre des représentants. En 2009,
ces mêmes démocrates faisaient pression sur Barack Obama pour qu'il corrige
les injustices qui perdurent depuis trop longtemps. Il a réussi de justesse,
et il est peu probable que les républicains parviennent éventuellement à
annuler la réforme de la santé. Pour le moment, l'égalité des droits et le rêve américain
restent l'apanage des White Ethnics, mais le tiers monde existe encore
dans la maison de l'Oncle Sam, notamment chez les Noirs et les Hispaniques.
- L'anglais n'est pas en
danger!
Le sociolinguiste américain
Joshua Fishman,
l'une des plus hautes autorités en la matière, ne voit, pour sa part, aucun
danger pour l'avenir de l'anglais aux États-Unis, car il est parlé
par 82 % de la population comme langue maternelle et 96 %, si l'on additionne ceux qui le
parlent comme langue seconde. Les résidents nés à l'étranger forment
aujourd'hui 10 % de la population américaine, contre 15 % à l'époque de
T. Roosevelt et de T. Wilson.
Par
ailleurs, une enquête menée en 1996 a révélé que, sur cinq objectifs assignés
à l'enseignement, 51 % des parents hispaniques considéraient l'étude de
l'anglais comme prioritaire, contre seulement 11 % pour l'espagnol et 4 % pour
la culture hispanique; seulement 17 % des parents d'origine hispanique
souhaitaient que leurs enfants apprennent d'abord l'espagnol, mais 63 %
donnaient la première place à l'anglais. Pour Fishman, les campagnes menées par les
organismes tels que US English et English First ne
correspondraient qu'à la volonté de trouver des boucs émissaires pour les
graves problèmes sociaux que connaît le pays et dont les véritables causes ne
sont pas d'ordre linguistique.
De fait, dans une étude datant de 1989,
Calvin Veltman a démontré que 75 % des immigrants hispaniques parlaient
l'anglais quinze ans après leur arrivée. L'éducation bilingue n'aurait aucun
effet de ralentissement chez les Hispaniques sur l'adoption de l'anglais dont
le statut n'est aucunement contesté. Pour le linguiste
James Crawford (Bilingual
Education: History, Politics, Theory and Practice, 1989), les Hispaniques
sont bien conscients qu'il leur faut apprendre l'anglais: «Ils ne deviendront
pas de ''meilleurs citoyens'' ni des ''Américains plus purs'' si l'on décrète
une langue officielle.» Pour Harry Reid,
le chef de file de l'opposition au Sénat, toute mesure destinée à restreindre
les droits des Hispaniques correspond à une action «raciste».
Le discours officiel est parsemé
d'allusions à la «loyauté» envers la langue anglaise, une attitude obligatoire
à tout citoyen américain. William Bennet, secrétaire à l'Éducation, affirmait
lors d'une entrevue au Miami Herald (25 novembre 1985): «Tous les
Américains doivent connaître la Constitution américaine et la Déclaration
d'indépendance en anglais. Ils doivent les lire et les comprendre en version
originale.» On n'est pas sans penser qu'on demande des exigences
similaires aux musulmans pour lire le Coran en arabe! Lorsqu'on est non
anglophone aux États-Unis, vouloir préserver sa langue et sa culture devient
un acte «anti-américain» et «anti-patriotique». Or, une telle attitude ouvre
toutes grandes les portes à la chasse aux sorcières linguistique.

Les États-Unis sont devenus un pays multiculturel, n'en déplaise aux White
Anglo-Saxon Protestants qui voient leur pays éventuellement leur échapper.
De George Washington à George W. Bush, tous les présidents américains furent
d'origine anglo-saxonne (parfois irlandaise) et de religion protestante, sauf
John Kennedy qui était catholique (et d'origine irlandaise), puis Barack Obama,
un Noir.
Comme l'a écrit le politicologue Andrew Hacker:
«Dans presque toute l'histoire de ce pays, les grandes décisions ont été prises
par des hommes, des Blancs, des chrétiens.»
Or, les WASP ont toujours considéré
les «gens de couleur» comme inférieurs et non assimilables! La victoire du
démocrate John Kerry — défait par
le républicain George W. Bush — en novembre 2001
aurait constitué aux États-Unis un événement majeur : non seulement il était
catholique, polyglotte et démocrate, mais il était marié à une immigrante
d'origine portugaise (née au Mozambique). On comprend que, pour de nombreux Américains, la
victoire du «Métis» Barack Obama à la présidence des États-Unis symbolisait l’avenir
de la question raciale dans leur pays. Quand B. Obama est né, en 1961 à
Honolulu, les mariages mixtes étaient encore interdits dans 16 États américains.
Il est maintenant le premier Noir à la Maison-Blanche! Après huit années de
conservatisme républicain, l'arrivée du démocrate Barack Obama est une bouffée
de fraîcheur, même si la droite américaine l'a accusé d'être un «socialiste extrémiste» et un
«marxiste», des mots «diaboliques» aux États-Unis.
Le 3 juin 2008, à Saint Paul (Minnesota), Obama
avait déclaré: «Amérique, c'est notre moment, c'est notre heure, le temps
de tourner la page sur les politiques du passé, le temps d'apporter une nouvelle
énergie et de nouvelles idées pour les difficultés auxquelles nous faisons face,
le temps d'offrir un nouveau cap au pays que nous aimons.» Obama est plus subtil
que ses adversaires qui ont exploité la peur des électeurs devant ce Noir pas tout
à fait noir, dont le second prénom, Hussein, est d'origine «arabe». Son défi,
c'est d'incarner maintenant un espoir de changement. En raison notamment de la révulsion
incroyable qu'a inspiré l'administration Bush (2001-2009), les Américains ont
apparemment décidé de
tourner le dos au passé et de porter Obama à la Maison-Blanche.
Les Noirs et les Latinos se souviennent aussi qu'ils sont
mieux traités avec un démocrate.
Malgré tout, il subsiste toujours un ressac anglo-saxon
qui se comprend aisément à l'égard des «minorités ethniques».
Les stratégies utilisées jusqu'ici semblent la manifestation d'une évidente
xénophobie de la part des Blancs qui se posent en nouvelles «victimes» de
programmes bilingues qu'ils estiment injustes, donc illégitimes. C'est pourquoi
ils exercent des pressions pour que le Congrès ou les États adoptent des lois
restrictives sur l'immigration ou découragent le maintien des autres langues que
l'anglais. Ils perçoivent l'attitude des Latinos comme une manifestation de leur
appartenance ethnique particulière, ce qui équivaut à une contestation du modèle
anglo-saxon blanc, sinon une véritable subversion. Or, la défense de l'anglais
et le rejet du bilinguisme permettent apparemment d'apaiser les craintes du «péril latino» pour
l'avenir de la Nation. Pourtant, aucun immigrant ne s'oppose à l'anglais, même
s'il souhaite en même temps maintenir sa langue maternelle. Pour la majorité
blanche, cette double identité ou double appartenance semble inconciliable et correspond à une sorte de
«coup de
poignard dans le dos».
Il est vrai que les Américains pourraient néanmoins
percevoir l'espagnol de façon
plus positive. Après tout, les Mexicains et, de façon différente, les Cubains (qui
ont déjà été espagnols) en Floride sont les seuls à immigrer sur un territoire
qui a déjà été le leur, et qui porte encore les empreintes de leur culture.
Comme l'affirme le célèbre écrivain mexicain Carlos Fuentes dans Le Miroir
enterré (1994): «Ce n'est pas le monde hispanique qui est arrivé aux
États-Unis, mais l'inverse. Et il y a peut-être une justice poétique dans le
fait que le monde hispanique revient aujourd'hui, dans le fait qu'il recouvre
une partie de son héritage ancestral dans l'hémisphère occidental.»
Les Américains blancs pourraient même profiter du grand nombre d'hispanophones dans leur
pays pour faire avancer l'enseignement de cette langue. Ils pourraient doter
leur pays d'un fort grand nombre d'Américains bilingues. Non! Ils oublient
même que l'enseignement bilingue puisse être d'un quelconque avantage, ils ont
tendance à oublier également
la mauvaise qualité de leur système d'éducation, le taux élevé d'analphabètes
(15 millions) et d'illettrés en anglais (25 millions), sans compter la
maîtrise insuffisante des langues étrangères pour un grand pays comme les
États-Unis. À l'opposé, dans le Livre blanc sur la formation et l'éducation,
l'Union européenne recommande à ses États membres d'assurer l'apprentissage,
dans toutes les écoles, d'au moins trois langues. Les États-Unis n'en sont pas
là! Néanmoins, il n'est pas impossible de penser qu'à plus long
terme certains États des États-Unis vont devenir officiellement bilingues.
Bien que les États-Unis soient le pays le plus riche du monde — avec 5 % de la
population mondiale, ils consomment 30 % des produits —, ils ont fabriqué une
société où les écarts entre les classes sociales sont demeurés importants et
constants. En
1991, seulement 1 % de la population du pays possédait plus de 40 % de la
richesse nationale, alors qu'une sous-classe composée de 40 millions de
personnes vivait dans la plus grande pauvreté, sans compter que des milliers
d'enfants américains meurent de malnutrition ou de maladie à un taux plus élevé
que dans tout autre pays industrialisé. Dans les années quatre-vingt, le revenu
des 5 % les plus riches du pays a augmenté de 30 %, tandis que celui des classes
moyenne et pauvre a chuté ou est resté au même niveau. En 1998, un Américain
sur trois touchait un salaire inférieur ou égal au seuil officiel de la
pauvreté.
Le filet de sécurité sociale est pratiquement nul dans ce pays, que ce soit la
santé, les congés de maternité, l'aide juridique, etc., alors que le
système d'éducation favorise la reproduction de classes sociales très
inégalitaires, car l'accès à l'éducation demeure prohibitif pour la classe
moyenne. Enfin, les taux de criminalité atteignent des sommets, et l'itinérance
est omniprésente. Rappelons
aussi que le racisme entre Blancs et Noirs demeure toujours d'actualité aux
États-Unis, qui ne se sont pas encore remis de leur passé esclavagiste, lequel
ressurgit lors de chaque crise identitaire. Les politiques sociales
américaines sont restées dans le «chacun pour soi».
Bref, la société américaine se
caractérise par son caractère pluriethnique et multiculturel et par un niveau
de vie parmi les plus élevés au monde. Avec 5 % de la population mondiale, les
États-Unis possèdent la moitié de la richesse de la planète. Néanmoins, le
pays
semble toujours affecté par d’importants clivages sociaux et ethniques, qui
ne vont pas disparaître au cours des prochaines décennies. Il reste aux
États-Unis à trouver des solutions pour en arriver à une société plus juste.
En 2002, un républicain désabusé, Kevin Phillips, publiait Richesse et
démocratie, un réquisitoire impitoyable contre la «la dérive
ploutocratique». Selon K. Phillips, les États-Unis ne sortiront pas de cette
phase, qui encourage le développement d'une «aristocratie économique
héréditaire», sans passer par des réformes profondes ou une violente secousse
sociale. Afin de maintenir la prospérité de la classe moyenne américaine, il
semble qu'il faille importer de la main-d'œuvre à bon marché des pays plus
pauvres, notamment du Mexique. Ce faisant, les Américains n'ont pas encore
compris que leur richesse va leur coûter leur culture, car les WASP vont
devenir bientôt minoritaires. Le poète romain Juvénal avait raison, lui qui croyait
que le luxe était vraiment plus impitoyable que la guerre.
La rhétorique actuelle américaine, qui tourne autour de l'«empire du mal», de
l'«axe du mal» ou de toute autre manifestation diabolique, peut faire
sourire ou hurler d'indignation par son ineptie évidente. En voici un témoignage
de la droite chrétienne américaine, par exemple l'organisme "Wake Up America",
qui croit que le déclin moral du pays est la conséquence directe du rejet de
Dieu (2001):
|
There is a storm
raging across America. Alcoholism, drug abuse, teen pregnancy,
abortion, homosexuality, school violence, child abuse,
pornography, rape, robbery and murder pervade our nation.
America is drowning in wickedness and immorality. By all
measures, this storm threatens to erode the moral and political
foundations of America.
As God and His
principles continue to be systematically and incrementally
removed from America, our nation and individuals will continue
to experience even greater moral decay. |
Une tempête fait
rage dans toute l'Amérique. Alcoolisme, abus de drogue,
grossesses adolescentes, avortement, homosexualité, violences
scolaires, enfants maltraités, pornographie, viol, vol et
meurtre ont envahi notre nation. L'Amérique se noie dans le mal
et l'immoralité. Tout indique que cette tempête menace d'éroder
les fondements moraux et politiques de l'Amérique.
Comme Dieu et ses
principes continuent d'être systématiquement et progressivement
supprimés de l'Amérique, notre nation et les individus
continueront l'expérience d'une plus grande décrépitude morale. |
Cette idéologie doit être néanmoins
être prise au sérieux, car elle exprime une sorte d'obsession américaine du
mal qui viendrait apparemment de l'extérieur, mais qui provient en fait de
l'intérieur même des États-Unis. Cette menace du mal s'affiche partout, que ce
soit dans l'intolérance face au multilinguisme, l'analphabétisme et
l'illettrisme, les injustices sociales entre
les gens de couleur et les Blancs, le retour de l'obsession raciale,
l'application de plus en plus fréquente de la peine de mort, la montée d'une
ploutocratie irresponsable, l'omniprésence de l'obésité et la vie à crédit
pour la société de surconsommation, sans oublier les armes en vente libre et
la quasi-absence de sécurité sociale.
Pour financer ses réductions d'impôt, le président
George W. Bush avait réduit le
budget d'entretien des digues de la Nouvelle-Orléans ; pour faire la guerre en
Irak, il a eu besoin des soldats de la Louisiane, qui n'ont pu ensuite protéger
la population des inondations ; pour faire plaisir à l'industrie automobile, le
même président avait subventionné l'achat des véhicules utilitaires sport, qui sont aussi
gourmands que polluants. Pendant ce temps, l'économie des États-Unis a continué de dépendre
entièrement du pétrole étranger, notamment du monde arabe, du Venezuela, du
Nigeria, donc des pays particulièrement instables, considérés par les Américains
eux-mêmes comme dangereux, voire anti-américains! Elle semble bien révolue l'époque où la puissance
économique et militaire se combinait à la tolérance intellectuelle et
culturelle! L'Amérique d'aujourd'hui se retranche dans l'intolérance! Certains y
voient déjà un signe du déclin de l'empire américain! Les États-Unis
seraient-ils devenus vulnérables?
La question linguistique est en train de se confondre avec l'inégalité
sociale. Malgré tout, les États-Unis continuent de faire rêver des millions
d'êtres humains. Ils demeurent toujours le «Pays de Cocagne» par excellence,
attirant annuellement les immigrants par centaines de milliers et accueillant
40 % des migrations internationales. Quant aux
Américains, malgré la diversité de leurs origines et leur fragmentation
multiculturelle, ils ont montré dans le passé qu'ils sont capables d’une
grande cohésion lorsqu'ils sont mobilisés par des enjeux majeurs, et ils
restent en général satisfaits de leur pays et de son mode de fonctionnement.
Mais une certaine élite américaine n'a pas encore appris que
toute politique qui encourage la coexistence linguistique réussit aussi à
promouvoir un esprit de compréhension et de tolérance. Au contraire, une
politique qui prône le mépris pour la langue et la culture d'une partie des citoyens risque
de susciter la méfiance, le sectarisme et l'hostilité. Il semble bien que
certains
dirigeants américains ne l'aient pas compris! Ce n'est pas dans la
tradition américaine! Il n'est pas certain que le nouveau président, Barack
Obama, réussira à renverser la vapeur, mais c'est possible. Il devra se
heurter à une tradition nombriliste où toutes les autres langue que l'anglais
sont souvent considérées comme de simples dialectes peu dignes d'intérêt.
Dernière mise à jour:
17 janv. 2012