[Netherlands Antilles flag, 1959-86]
De Nederlandse Antillen

Antilles néerlandaises

Territoire néerlandais d'outre-mer

Capitale: Willemstad (Curaçao)
Population:
265 896 (1997)
Langue officielle: néerlandais
Groupe majoritaire: papiamento (84 %)
Groupes minoritaires: néerlandais (12 %), anglais, espagnol, créoles divers, etc.
Système politique: États autonomes au sein du Royaume des Pays-Bas
Langue coloniale: néerlandais
Articles constitutionnels (langue): sans objet
Lois linguistiques:
sans objet

1 Données géographiques

Les Antilles néerlandaises (en néerlandais: De Nederlandse Antillen) comprennent deux groupes d'îles, dont l’un —  les Îles-du-Vent ou Windward Islands — à situé l'est de Porto Rico et de la République Dominicaine, l'autre  — les Îles-sous-le-Vent ou Leeward Islands — est à quelque 60 km au nord du Venezuela, soit à près de 880 km de distance.

Dans les Îles-sous-le-Vent, on trouve les îles d'Aruba, de Bonaire et de Curaçao (désignées comme les îles ABC. Cet archipel néerlandais a une superficie totale de 925 km², mais Aruba ne fait pas partie des Antilles néerlandaises. Dans les Îles-du-Vent, il y a les îles Sint Maarten (en fr.: Saint-Martin), de Saba et de Sint Eustatius (en fr.: Saint-Eustache) ; cet archipel couvre une superficie totale d'environ 67 km².

Willemstad (à Curaçao) est la capitale et la plus grande ville, dont la population s'élève à (est. 1985) plus de 125 000 habitants.

Soulignons que Saint-Martin est administrée par deux États: la France (Guadeloupe) administre la partie nord (53 km²), alors que les Pays-Bas occupent la partie sud (34 km²). On peut visualiser la carte générale des Antilles néerlandaises

Depuis le 1er juillet 2007, la Fédération des Antilles néerlandaises a commencé sa dissolution qui deviendra effective le 15 décembre 2008. Dès lors, les compétences de l’État fédéral autonome des Antilles néerlandaises seront transférés à aux deux nouveaux territoires autonomes de Curaçao et Sint Maarten; ceux-ci formeront deux États autonomes au sein du royaume des Pays-Bas. Quant aux îles de Bonaire, Saba et Saint-Eustache, elles deviendront trois nouvelles communes néerlandaises à statut particulier.

2 Données géopolitiques

Au point de vue politique, les Antilles néerlandaises, l’île d’Aruba et les Pays-Bas forment trois États distincts au sein du royaume des Pays-Bas (Koninkrijk der Nederlanden). Les Antilles néerlandaises et l’île d’Aruba, territoires insulaires autonomes situés dans les Caraïbes, font donc partie du Royaume. Les Antilles néerlandaises peuvent être officiellement désignées comme la Fédération néerlandaise d'outre-mer ; en ce cas, elles comprennent l’île d’Aruba qui, tout en étant exclu de jure des Antilles néerlandaises, demeure membre de la Fédération néerlandaise d'outre-mer et du royaume des Pays-Bas.

La Charte du royaume des Pays-Bas peut être considérée comme la Constitution commune aux trois États (Pays-Bas, Aruba et Antilles néerlandaises) et constitue donc une loi constitutionnelle supérieure à la Constitution de chacun des États. Les Pays-Bas, les Antilles néerlandaises et Aruba possèdent chacun leur propre gouvernement, leur propre parlement, leur propre administration, leur drapeau distinctif, etc. La Charte du royaume des Pays-Bas règle l’ordre juridique des relations entre les trois entités souveraines qui coopèrent sur une base strictement volontaire. Ainsi, en tant que membres du gouvernement du Royaume, les intérêts des Antilles et d’Aruba sont défendus par leur «ministre plénipotentiaire» respectif à La Haye (Pays-Bas) et disposent d’un cabinet appelé la Maison des Antilles et la Maison d’Aruba. Les questions relatives aux relations internationales et à la défense sont considérées comme relevant de la juridiction du royaume des Pays-Bas.

Dans les années quatre-vingt, il était prévu que tous les États des Antilles néerlandaises accèdent à l'indépendance. En 1986, Aruba fut dotée d’une autonomie (un Status Aparte) lui conférant un statut de «pays autonome au sein du Royaume», en attendant l'indépendance. Cependant, des référendums d'autodétermination organisés en 1993 et 1994 aux Antilles néerlandaises et à Aruba ont révélé que les citoyens de ces États ne souhaitaient pas devenir entièrement indépendants et qu'ils voulaient plutôt, dans des proportions variant autour de 90 %, conserver des liens constitutionnels avec les Pays-Bas.

Ainsi, est née la Fédération néerlandaise d’outre-mer regroupant les Pays-Bas, les Antilles néerlandaises et Aruba. Une politique de coopération fut définie en 1999 dans un rapport intitulé L'avenir dans la coopération (Toekomst in Samenleving) visant à donner aux Antilles néerlandaises et à Aruba la possibilité d'assumer au mieux leurs responsabilités gouvernementales, afin de concrétiser le droit à l'autonomie sur lequel est fondé le Royaume des Pays-Bas.

3 Données démolinguistiques

Selon le Centraal Bureau voor de Statistiek (CBS), le Bureau central de la statistique des Pays-Bas, la population totale des Antilles néerlandaises (incluant Aruba) a été évaluée à 265 896 (1997-1998), des Noirs et des mulâtres pour la plupart. L’île de Curaçao à elle seule compte quelque 150 000 habitants, soit 56 % de l’ensemble; sans l’île d’Aruba qui ne fait pas partie de jure des Antilles néerlandaises, Curaçao compte pour 76 % du territoire.

Île

Superficie

Population

Capitale

Aruba (Leeward)

193 km2

68 675 (1999)

Oranjestad

Bonaire (Leeward)

288 km2

14 975 (1999)

Kralendijk

Curaçao (Leeward)

444 km2

150 663  (1998)

Willemstad

Saba (Windward)

13 km2

    1 421  (1997)

De Bottom

Sint Eustatius (Windward)

21 km2

    2 192  (1997)

Oranjestad

Sint Maarten (Windward)

34 km2

   27 970  (1999)

Philipsburg

3.1 Les Îles-sous-le-Vent (Leeward Islands)

L’île d’Aruba est située à l’ouest de Curaçao à proximité nord-ouest des côtes vénézuéliennes. Les 68 600 habitants parlent le néerlandais (la langue officielle), mais ce sont surtout le papiamento (un créole à base de portugais, d’espagnol et de néerlandais) et l’espagnol (beaucoup moins) qui constituent la langue maternelle des insulaires; l’anglais est aussi très répandu comme langue seconde. Le papiamento est un créole particulier du fait qu’il n’est pas constitué d’une seule langue de base (comme le créole haïtien), mais de plusieurs: d’abord le portugais, puis l’espagnol, sans oublier le néerlandais, un peu d’arawak, de français et d’anglais.

C’est la langue généralement parlée par les habitants de l’île d’Aruba. Signalons qu’Aruba, en tant qu’État, ne fait pas politiquement partie des Antilles néerlandaises, mais est néanmoins membre du Royaume des Pays-Bas et de la Fédération néerlandaise d’outre-mer.

L’île Bonaire est située à 48 km à l’est de Curaçao et à quelque 80 km au nord du Venezuela. La plupart des 15 000 habitants parlent le papiamento comme langue maternelle, mais comprennent aussi le néerlandais, la langue officielle, souvent l’espagnol, parfois l’anglais. Près de 90 % des insulaires sont des Noirs ou des mulâtres. Les insulaires sont majoritairement des adeptes de l’Alliance évangélique, les autres étant protestants ou catholiques.

Curaçao, située entre Aruba et Bonaire au nord du Venezuela, constitue la plus grande île (444 km²) des Antilles néerlandaises, mais aussi la plus importante avec ses 150 600 habitants (76 % de la population des Antilles néerlandaises). Elle mesure 60 km de long, par 11 km de large, et son chef-lieu est Willemstad; cette ville est également la capitale des Antilles néerlandaises. À l'origine, plus de 40 nationalités peuplaient l’île, mais les habitants parlent très majoritairement le papiamento, les autres parlant le néerlandais (surtout comme langue seconde), l’espagnol ou l’anglais. Environ 85 % de la population est d'ascendance africaine, les autres ont des ancêtres arawaks, espagnols, anglais ou hollandais.

Dans les trois îles Sous-le-Vent, la plupart des insulaires sont de religion catholique (82 %), méthodiste ou anglicane, mais on trouve aussi des juifs et des musulmans.

3.2 Les Îles-du-Vent (Windward)

Au sein des Petites Antilles, soit à 880 km au nord des Îles-sous-le-Vent, puis à 45 km au sud de l’île Saint-Martin et à 27 km à l’ouest de Saint-Eustache, Saba est la plus petite île (13 km2) des Antilles néerlandaises avec un peu moins de 1500 habitants. La moitié des habitants sont les descendants de colons hollandais et anglais, alors que les autres ont pour ancêtres des esclaves noirs. La langue maternelle de la plupart des habitants est l’anglais, mais le papiamento est aussi utilisé de même que l’anglais et espagnol. La langue officielle demeure le néerlandais, mais l’anglais est devenu la véritable langue véhiculaire de l’île parce que c’est la langue maternelle de la plupart des insulaires.

À 58 km au sud-est de l’île de Saint-Martin, l’île de Sint Eustatius (en français: Saint-Eustache) constitue la seconde plus petite île de l’archipel (21 km²). Sa population est de 2192 habitants, avec plus de 20 nationalités représentées, et parle l’anglais comme langue maternelle. Ici aussi, le papiamento est aussi utilisé de même que l’espagnol. Le néerlandais reste la langue officielle de ce quasi-îlot.

L’île de Saint-Martin, située à 25 km à l’ouest de Saint-Barthélemy, paraît particulière au point de vue géopolitique. En effet, depuis 1648, Saint-Martin/Sint Maartin est partagée entre la France (53 km²) et les Pays-Bas (34 km²); la partie française, appelée Saint-Martin, occupe la partie nord avec Marigot comme chef-lieu, tout en constituant avec Saint-Barthélemy l’un des trois arrondissements de la Guadeloupe, les deux autres étant la Basse-Terre et la Grande-Terre. La partie néerlandaise, appelée Sint Maarten, avec Philipsburg comme chef-lieu, forme avec Saba et Sint Eustatius les Îles-du-Vent (Windward), qui font partie des Antilles néerlandaises. Avec ses quelque 35 000 insulaires dans la partie française (53 km²) contre 28 000 dans la partie néerlandaise (32 km²), Saint-Martin a la particularité d’être l’île la plus cosmopolite et la plus multilingue des Petites Antilles, car elle compte plus de 40 nationalités sur l’ensemble du territoire. En raison de la forte densité d'immigration haïtienne (près de 50 % des Noirs), dominicaine, guadeloupéenne, martiniquaise, française, américaine, néerlandaise ou sud-américaine, on y parle français, anglais, espagnol, néerlandais, mais aussi le créole haïtien, le créole guadeloupéen, le créole martiniquais, le créole dominicain, l'incontournable papiamento, etc. 

Bien que le français reste la langue officielle de la partie française et le néerlandais celle de la partie néerlandaise, l’anglais est devenu la langue véhiculaire (et non le créole ou le papiamento) sur l'ensemble de l’île de Saint-Martin.

Dans les Îles-du-Vent, la plupart des habitants sont de religion catholique, méthodiste ou anglicane, avec de minuscules minorités juives.

4 Données historiques

Rappelons qu’en 1494 le pape Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à signer le traité de Tordesillas qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal: tout ce qui serait découvert à l'ouest du méridien appartiendrait à l’Espagne et à l'est (Brésil et Afrique), au Portugal (voir la carte du traité). En réalité, l’Église catholique avait attribué aux deux puissances péninsulaires, non pas des zones de colonisation, mais des zones d'évangélisation, mais cette distinction ne résista pas longtemps aux appétits coloniaux. Les autres pays de l'Europe furent incapables de s'opposer au traité de Tordesillas jusqu'à la fin du XVIe siècle. En principe, les Antilles devaient appartenir aux Espagnols, puisque les Portugais y étaient écartés. C’est ce qui explique pourquoi les Espagnols furent les premiers à prendre possession des Antilles, même si elles devinrent avec le temps «néerlandaises», puis «françaises» et «anglaises». Paradoxalement, il n’existe pas d’«Antilles espagnoles» pour la simple raison que les Espagnols se désintéressèrent de la région pour concentrer leurs efforts en Amérique du Sud.

4.1 Les Espagnols

Christophe Colomb, lors de son premier voyage (1492), avait découvert les Grandes Antilles dont Cuba et Haïti (nommé Hispaniola). Au voyage suivant (1493-1496), il découvrit la Dominique, la Guadeloupe, Porto Rico, la Jamaïque, mais aussi les îles de Saba, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Sa découverte fut à l’origine du traité de Tordesillas signé entre l’Espagne et le Portugal. Ensuite, lors de son troisième voyage (1498-1500), il parvint aux îles de la Trinité, de Tobago et de Grenade. N’ayant plus sa fonction de vice-roi, Colomb entreprit une dernière expédition en 1502 au cours de laquelle il longea la côte de l’Amérique centrale, à partir du Honduras. Il n’atteignit jamais lui-même l’Amérique du Sud.

Entre-temps, l’Espagnol Alonso de Ojeda et l’Italien Amerigo Vespucci au service de l’Espagne (d’où provient le nom d’Amérique) approchèrent, contrairement à Colomb, des côtes de l’Amérique du Sud en abordant en 1499 les îles d’Aruba, de Bonaire et de Curaçao. L’explorateur Alonso de Ojeda prit possession des trois îles au nom de l’Espagne. Des tentatives de colonisation furent envisagées un peu partout dans les Antilles, mais l’agressivité et la réputation d’anthropophagie des Caraïbes (peuple amérindien) incitèrent les Espagnols à négliger la plupart des petites îles (notamment les Îles-du-Vent au nord), qui servirent surtout d’escale entre les Antilles et l’Europe, ce qui laissait éventuellement la place aux Français, aux Anglais et aux Hollandais.

On retiendra que la colonisation européenne a exercé une influence déterminante et durable sur le peuplement, la langue et la culture des Antillais. La grande majorité de la population antillaise est de race noire ou mulâtre, en raison du commerce des esclaves auquel se livrèrent d’abord les Portugais, puis les Hollandais, les Britanniques et les Français (suivis, plus tard, par les Américains) dans cette région du monde.

4.2 Les Hollandais

En ce qui a trait aux Hollandais, rappelons que ceux-ci, après avoir chassé, entre 1637 et 1641, les Portugais d’Afrique occidentale en prenant les forteresses d'Elmina (Ghana), de Luanda (Angola) et de São Tomé, organisèrent à leur profit leurs propres réseaux de la traite négrière (jusqu’en 1863, au moment de l’abolition de l’esclavage). Les Hollandais, avec la création de la première Compagnie des Indes occidentales en 1621, s'arrogèrent le monopole de la traite pour le compte des Espagnols et, dès 1634, possédaient déjà les îles de Saint-Martin, Saint-Eustache, Aruba, Bonaire et Curaçao.

Pendant que les Anglais s'approprièrent Saint-Christophe (1620), le nord des Petite Antilles, Sainte-Lucie (1631) et la la Jamaïque en 1655, les Français revendiquèrent la Guadeloupe, La Martinique (1635) et l'île de la Tortue. Entre 1734 et 1750, le monopole espagnol de la traite des esclaves chancela, la traite s'universalisa de plus en plus. L'Angleterre tenta d'intercepter la traite des Noirs qui constituait une source de richesse pour l'Espagne ou pour ses alliés. Finalement, l'Europe entière, y compris la France et la Hollande, participa à la traite. Suivant un rapport présenté en 1787 au ministère anglais des Colonies, la traite avait atteint l’année précédente 100 000 nègres, ainsi répartis: Angleterre, 38 000; France, 31 000; Portugal, 25 000; Hollande, 4000; Danemark, 2000. Bref, les Hollandais furent de bien petits commerçants au XVIIIe siècle, alors qu'ils furent de grands commerçants un siècle plus tôt. Au total, certains historiens estiment à 40 ou 50 millions le nombre d'individus déplacés par la traite, entre 1511 et 1789. Au total, les Hollandais importèrent plus d’un demi-million d’esclaves aux Antilles et au Surinam, mais l’île de Curaçao en reçut la quasi-totalité, suivie du Surinam (37 000 esclaves). Rappelons que c'est le pape Nicolas V qui autorisa, le 8 janvier 1454, le roi du Portugal à pratiquer la traite (itinéraire Afrique-Portugal).

Après l’abolition de l’esclavage en 1863 — contre 1838 en Angleterre, 1848 en France et 1863-1868 aux États-Unis —, les Hollandais importèrent des immigrants dans leurs colonies des Antilles et du Surinam (Guyane hollandaise). Il y eut les importations de travailleurs sous contrat venus des Indes britanniques, de l’Indonésie et de la Chine au Surinam, mais il y eut également beaucoup de métissages dans les îles néerlandaises: Aruba (Vénézuéliens, Saint-Martinois, Américains), Bonaire (Anglais et Américains), Curaçao (Sud-Américains, Britanniques antillais, Américains, Français antillais), Saba (Américains), Sint Eustatius (Américains), Sint Maarten (plus de 40 ethnies).

4.3 Les Antilles néerlandaises

La première Constitution des Antilles néerlandaises a été adoptée par le Parlement néerlandais en 1865; elle a été plusieurs fois modifiée depuis cette époque. La modification la plus importante fut celle de 1954, qui aboutit à l'établissement de la Charte du royaume des Pays-Bas, l'organisme législatif principal qui réglemente l'autonomie interne pour les îles des Antilles néerlandaises, à l’exception d’Aruba. Seul le Surinam, devenu un État indépendant en 1975, a coupé tous les ponts avec les Pays-Bas, mais a conservé le néerlandais comme langue officielle.

Dans le cas des Antilles néerlandaises, nous ne retiendrons que les îles faisant actuellement partie du royaume des Pays-Bas: Aruba et les îles de Bonaire, Curaçao, Saba, Saint-Eustache et Saint-Martin, ce qui exclut le Surinam indépendant depuis 1975.

On peut consulter les données historiques particulières pour chacune des îles suivantes:

 

Antilles néerlandaises

 

Bonaire

 

Curaçao

Saba

Sint Eutatius

Sint Maarten


5 La politique linguistique des Antilles néerlandaises

En tant que membres des Antilles néerlandaises, les îles Sous-le-Vent (Aruba, Bonaire et Curaçao) ainsi que les Îles-du-Vent (Saba, Sint Eustatius et Sint Maarten) ont conservé comme langue officielle le néerlandais. Le gouvernement des Antilles néerlandaises et celui d’Aruba projettent de présenter une loi qui ferait du papiamento et de l’anglais des langues officielles au même titre que le néerlandais. Le projet de loi n’est pas encore adopté, mais les Antilles néerlandaises bénéficieraient dès lors de trois langues officielles.

5.1 Parlement et justice

Les parlements locaux n’utilisent que le néerlandais dans la rédaction et la promulgation des lois; les parlementaires ne font usage que de cette langue à l'écrit. Cependant, dans les discussions orales, le papiamento est courant, surtout à la Législature d'Aruba.

En principe, les tribunaux ne reconnaissent que le néerlandais, mais dans les communications orales le papiamento dans les îles «Sous-le-Vent» et l’anglais dans les «Îles-du-Vent» sont également utilisés. Cependant, dans les tribunaux de haute instance, dont la Cour commune de justice d’Aruba et des Antilles néerlandaises ainsi que la Cour suprême des Pays-Bas, seul le néerlandais est admis.

5.2 Les langues de l’Administration

Dans les services administratifs, le système fonctionne à peu près de la même façon. Bien que le néerlandais soit la langue officielle de l’Administration de la partie néerlandaise, le papiamento est concurremment employé avec la langue officielle dans les îles «Sous-le-Vent» (Aruba, Bonaire et Curaçao), alors que l’anglais remplace le papiamento dans les «Îles-du-Vent» (Saba, Sint Eustatius et Sint Maarten). Évidement, dans l’Administration du royaume des Pays-Bas, le néerlandais reste la seule langue d’usage. Quant à la partie française de Saint-Martin, le français et l'anglais sont tous les deux employés.

5.3 Le système d’éducation et l'enseignement des langues

Dans les écoles des îles «Sous-le-Vent» (Aruba, Bonaire et Curaçao), le papiamento et le néerlandais étaient utilisés, jusqu’à récemment, comme langues d’enseignement dans les deux premières années du primaire. Dans les écoles des «Îles-du-Vent» (Saba, Sint Eustatius et Sint Maarten), l’anglais remplaçait le papiamento. Ensuite, seul le néerlandais était enseigné jusqu’à la fin du secondaire. 

Toutefois, les administrations scolaires ont constaté un taux d’échec très élevé chez les élèves. En effet, 76 % des élèves échouaient à un moment donné de leur cursus scolaire. On croit que l’utilisation du néerlandais comme unique langue d’enseignement empêchait la majorité des élèves, qui ont le papiamento ou l’anglais comme langue maternelle, de réussir leurs études sans difficulté majeure. De plus, les méthodes d’enseignement de la langue sont réputées comme étant trop conditionnées par la réalité et le contexte néerlandais plutôt que par la culture des îles. 

Pour remédier à la situation, un nouveau programme a été élaboré par les administrations scolaires des Antilles néerlandaises et d'Aruba: il a commencé en septembre 2000 (première année du primaire) et doit se terminer en 2013 (dernière année du secondaire).

Dans le cadre de ce nouveau programme, la langue maternelle de la majorité de la population sous contrôle néerlandais devra être la langue d’enseignement, c’est-à-dire l’anglais dans les «Îles-du-Vent» (Saba, Sint Eustatius et Sint Maarten) et le papiamento dans les îles «Sous-le-Vent» (Aruba, Bonaire et Curaçao). Afin de garantir aux élèves la possibilité de poursuivre des études supérieures, on ajoute, dès le primaire, l’enseignement de trois langues secondes: le néerlandais, l’anglais et l’espagnol seront obligatoires. À Sint Maarten, l’espagnol peut être remplacé par le français.

Selon les administrations scolaires des Antilles néerlandais et d’Aruba, la nouvelle politique linguistique devrait permettre au papiamento et à l’anglais de devenir des langues d’enseignement durant tout le primaire. Pour ce faire, des équipes de linguistes et de pédagogues ont normalisé le papiamento écrit. D'ailleurs, depuis près de cinq ans, les enseignants reçoivent une formation spécifique leur permettant d’enseigner cette langue. On veut également évaluer systématiquement les méthodes d’enseignement du néerlandais et proposer éventuellement de nouvelles méthodes d’enseignement de cette langue au premier cycle du secondaire.

5.4 Médias et vie économique

On sait que les îles néerlandaises attirent beaucoup de touristes venant de toutes les parties du monde, surtout à Aruba, Curaçao et Sint Maarten. On peut donc s’attendre à ce que les activités économiques se déroulent à la fois en néerlandais, en anglais, en papiamento (à l’oral), en espagnol, mais aussi en français dans les «Îles-du-Vent» (Saba, Sint Eustatius et Sint Maarten).

Dans les médias, c’est le pragmatisme qui prime. En effet, à concurremment aux journaux officiels publiés en néerlandais, on trouve des journaux non seulement en espagnol, en anglais et en français (Sint Maarten), mais aussi en papiamento (ce dernier cas étant rare dans le monde). Les stations de radio-télévision diffusent en néerlandais mais aussi en papiamento, en anglais, en espagnol et en français (Sint Maarten). La Radio Pays-Bas Internationale (Radio Nederland Wereld Omroep), une station publique indépendante des Pays-Bas, diffuse dans le monde entier, notamment aux Antilles néerlandaises, des programmes de radio et de télévision à l'intention des néerlandophones et étrangers intéressés par les Pays-Bas et la culture néerlandaise. Elle émet quotidiennement des programmes non seulement en en néerlandais, mais aussi en papiamento, en anglais, en espagnol (et indonésien ou bahasa indonesia).

En somme, la politique linguistique des Antilles néerlandaises en est une de pragmatisme. Elle est basée sur le multilinguisme de stratégie dans lequel le néerlandais, l’anglais, l’espagnol, le papiamento (et le français à Sint Maarten) jouent un rôle complémentaire. L’histoire a fait en sorte que les insulaires ont inventé leur langue locale, le papiamento, la colonisation a imposé le néerlandais, mais la proximité des États voisins et les nécessités du commerce international ont imposé l’anglais et l’espagnol, mais aussi le français (Sint Maarten). Plutôt que de choisir l’une d’entre elles et risquer d’y perdre au change, les autorités ont préféré recourir à toutes ces langues. Il est possible que, à long terme, ce soit le néerlandais qui en paie le prix. 

Outre les Antilles néerlandaises, cette langue est demeurée en usage seulement au Surinam (comme langue officielle, bien que le Surinam ait acquis en 1975 le statut de république indépendante), mais là aussi les habitants ont recours à une douzaine d’autres langues dont les plus importantes sont le créole surinamien à base d’anglais (120 000) appelé aussi sranan tongo, l’hindi (150 000), le javanais (60 000), le créole guyanais (50 000), deux langues amérindiennes, l’aukaans (25 000) et le créole saramaccan (23 000), le chinois hakka (6000), le néerlandais (1000), etc. Précisons qu’au Surinam (425 000 habitants), outre les 120 000 locuteurs du créole surinamien, plus de 120 000 autres le parlent comme langue seconde, contre 100 000 en néerlandais.

Dans l’éventualité où l’anglais deviendrait l’une des langues officielles des Antilles néerlandaises et d’Aruba, le néerlandais risque de ne pas faire le poids et de ne pas tenir le coup face à une langue aussi puissante. Les faits démontrent qu’une fois que l’anglais est admis comme langue officielle au sein d’un organisme international ou national, les Américains, souvent aidés des Britanniques, font tous les efforts nécessaires pour éliminer les autres langues qui ne deviennent plus que des véhicules de traduction. Dans toutes les multinationales américaines basées à l’étranger, l’anglais sert de véhicule obligatoire dans l’utilisation des méthodes comptables pour les rapports de fin d’exercice. Dans la plupart des cas, les compagnies américaines fournissent à leurs succursales des logiciels made in USA qui accompagnent la même documentation que celle disponible aux États-Unis. Manifestement, les Américains ignorent la plus-value de la langue du pays lorsqu’ils y font des affaires. C’est pourquoi la co-officialité de l’anglais aux côtés du néerlandais et du papiamento ne saurait que rendre précaire la situation du néerlandais au Antilles. C’est à se demander si la disparition du néerlandais en Asie (par exemple, en Indonésie) et son utilisation formelle au Surinam ne préfigurent pas son extinction dans le reste des Antilles. Mais, bien sûr, il ne s'agit là que d'une hypothèse!

Dernière mise à jour: 12 août 2007

Bibliographie

 

ABENON, Lucien-René. Petite histoire de la Guadeloupe, Éditions L'Harmattan, Paris, 1992, 240 p.

Robert ALDRICH, Robert et John CONNELL. France's oversea's frontier, Cambridge University Press, Cambridge, 1992, 358 p.

BURAC, Maurice. Les Petites Antilles — Étude géographique des disparités régionales de développement, Presses Universitaires de Bordeaux, Bordeaux, 1989, tomes I (585 p.) et tome III (363 p.).

HARTOG, Johan. Curaçao Short History, trad. du néerlandais Virginia Gildeon Oenes, De Wit Stores N.V., Aruba (Antilles néerlandaises), 1979, 80 p.

MOREAU, Jean-Pierre. Les Petites Antilles de Cristophe Colomb à Richelieu, Éditions Karthala, Paris, 1992, 320 p.

PAGES, R. et Jean-Baptiste DU TERTRE. Histoire générale des Antilles, Éditions des Horizons caraïbes, Fort-de-France, 1973, tome I (590 p.), tome II (506 p.), tome IV (340 p.).

 

 

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Sint Eutatius

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