[Montserrat]

Montserrat

Montserrat

(Territoire britannique d'outre-mer)

Capitale:  Plymouth (abandonnée)
Population:  4000 (est. 2004)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire:  créole anglais de Montserrat (95,4 %)
Groupes minoritaires: anglais (2,5 %), espagnol (0,7 %), français (0,7 %), hindi, arabe, chinois
Système politique:  territoire britannique d'outre-mer
Articles constitutionnels (langue): 
art. 56 et 57 de la Constitution du 19 décembre 1989
Lois linguistiques:  aucune

1    Situation géographique

L'île de Montserrat est une dépendance du Royaume-Uni, située dans les Petites Antilles juste au sud-ouest d'Antigua et au nord-ouest de la Guadeloupe (voir la carte régionale). Montserrat fait donc partie des îles Sous-le-Vent. C'est une île montagneuse d'une superficie de 102 km² dont le pic le plus élevé étant celui du mont Chances (à environ 915 m d'altitude).

L'île constitue ce qu'on appelle un territoire britannique d'outre-mer, plus précisément un PTOM: un «pays et territoire d'outre-mer». L'île est administrée par un gouverneur assisté par un conseil législatif et un conseil exécutif.

Jusqu'en 1995, la ville de Plymouth, la capitale de Montserrat, située dans le sud-ouest de l'île, comptait 3500 habitants. 

Les multiples éruptions du volcan de La Soufrière ont entraîné la destruction de la partie sud de l'île et, en particulier, de Plymouth. La ville est maintenant abandonné et le centre administratif s'est déplacé provisoirement au nord-ouest de l'île. On appelle parfois Montserrat «l’île émeraude des Antilles».

2 Données démolinguistiques

La population de l'île s'élevait en 1987 à plus de 11 900 habitants. Aujourd'hui, la population est passée à quelque 4000 habitants, la plupart d'entre eux ayant trouvé refuge à l'étranger, principalement au Royaume-Uni et à Antigua. Les Noirs forment plus de 90 % de la population de l'île; ils sont suivis par les Métis et les Blancs, dont une partie de ces dernier est d'origine irlandaise. Depuis quelques années, de nombreux Américains, Canadiens et Britanniques décident de passer leur retraite à Montserrat.

La plupart des Montserratiens parlent un créole anglais comme langue maternelle, appelé le créole anglais de Montserrat ou créole anglais caribéen des Îles-sous-le-Vent (Leeward Caribbean Crole English). C'est un créole similaire à celui parlé dans l'ensemble des îles Vierges. Ainsi, plus de 95 % des insulaires parlent cette langue.

Goupe ethnique

Langue maternelle

Population %
Noirs de Montserrat créole anglais de Montserrat 3 770 94,2 %
Britanniques anglais  100  2,5 %
Créoles mulâtres créole anglais de Montserrat     50  1,2 %
Français français    30  0,7 %
Hispaniques espagnol    30  0,7 %
Autres hindi, chinois, arabe    20  0,5 %
Total     4 000  

Les autres Montserratiens parlent l'anglais, mais un petit groupe d'immigrants parlent également le français, l'espagnol, l'arabe, le chinois et l'hindi. Les habitants sont très majoritairement de religion chrétienne, mais plus précisément des anglicans, des méthodistes, des catholiques romains, des pentocôtistes, des adventistes du septième jour, etc.

3 Données historiques

Les premiers habitants de l'île de Montserrat, comme dans toutes les îles Sous-le-Vent, furent les Amérindiens ciboney qui y vivaient il y a environ 2500 ans. Plus tard, les Ciboney durent affronter les Arawaks à partir du 1er siècle de notre ère, puis ils disparurent progressivement. Ce n'est que vers le XIIIe siècle que les Arawaks durent à leur tour fuir les terribles Caribes qui prirent la relève. Aucun des deux peuples amérindiens d'origine n'a survécu jusqu'à nos jours.

3.1 La colonisation européenne

En 1493, Christophe Colomb découvrit l’île et lui donna le nom de Montserrat, en souvenir d'un célèbre monastère sur la montagne de Montserrat, en Espagne. Mais les Espagnols ne colonisèrent pas l'île par la suite. Ce furent des Anglais et des Irlandais qui s'installèrent sur l'île en 1632. Beaucoup des premiers Européens qui s'installèrent sur l'île à cette époque étaient des catholiques irlandais fuyant la Virginie, une contrée protestante. Anthony Brisket fut le premier gouverneur de l'île, il était originaire du Wessex en Angleterre. Il recruta de nombreux colons, surtout en Irlande. En 1648, la colonie de Montserrat comptait quelque 750 personnes vivant sur de petites fermes éparses sur l'île, auxquelles il fallait ajouter une milice de 360 soldats.

À partir de 1665, la guerre éclata entre la Grande-Bretagne et la Hollande pour le contrôle des esclaves. Les Français s'allièrent aux Hollandais l'année suivante, mais la guerre détruisit presque toute l'île de Montserrat qui resta aux mains des Français durant quatre ans. Puis les Anglais reprirent l'île. En 1671, Montserrat comptait une population de 1175 hommes capable de porter des armes et plus de 520 esclaves. Quelques années plus tard, un recensement de 1676 comptabilisait 2682 Blancs et 992 esclaves.  Progressivement, les esclaves développèrent leur propre langue: le créole.

Plus des deux tiers des Blancs étaient des fermiers irlandais qui subsistaient de peine et de misère. La situation économique devint tellement mauvaise que le gouverneur général des Îles-sous-le-Vent, Stapleton, accepta de laisser l'île aux Français et dut imposer une loi interdisant aux colons de quitter Montserrat. En 1690, le gouverneur Codrigton reprit l'île de Saint-Christophe aux Français, puis Montserrat. L'industrie sucrière se poursuivit sur l'île, mais un régiment de troupes anglaises fut placé sur l'île d'Antigua. En 1707,  l'Union de l'Angleterre, de l'Écosse et du pays de Galles fit de Montserrat une colonie britannique plutôt qu'anglaise. L'année suivante, la population comptait 1545 Blancs et 3570 Noirs. Montserrat dut faire face à plusieurs reprises aux attaques des Français jusqu'au traité d'Utrecht (1713). À la veille de la guerre de Sept Ans (1756), l'île comptait 1430 Blancs (14 %) et 8853 Noirs (86 %) pour un total de 10 283 personnes.

Une nouvelle classe sociale apparut dans les Antilles et spécialement à Montserrat, à savoir «les personnes libres de couleur». Les enfants nés des unions entre Blancs et Noirs pouvaient être libérés de l'esclavage. Ils devinrent des domestiques, des pêcheurs, des marchands et des commerçants. Certains sont même devenus des propriétaires terriens et ont possédé eux-mêmes des esclaves. Ils exigèrent aussi de servir dans la milice, bien qu'ils ne soient pas socialement «acceptables» pour les Blancs. En 1752, les Métis furent intégrés dans la milice, mais uniquement dans des rôles subalternes.

En 1782, les Français reprirent l'île : Louis Joseph de Goullon devint le gouverneur. Sous l'occupation française, les habitants furent bien traités et les lois anglaises furent respectées. Beaucoup d'îles britanniques des Antilles furent capturées par les Français, sauf la Barbade, la Jamaïque et Antigua, qui avaient des garnisons anglaises permanentes.

3.2 La colonie britannique

Le traité de Versailles de 1783 rendit Montserrat à la Grande-Bretagne. Le recensement de 1787 révélait que l'île comptait 1300  Blancs, 10 000 esclaves noirs et 260 Métis libérés. En 1817, on recensait 6340 esclaves pour 167 propriétaires blancs qui vivaient dans la peur continuelle de voir leurs esclaves se soulever.

L'abolition de l'esclavage fut décrété en 1834 par la Grande-Bretagne. Plus de 6400 esclaves furent libérés, mais devinrent des salariés auprès de leurs anciens maîtres. L'économie sucrière de Montserrat périclitait. Tout travail devait dorénavant être payé. Beaucoup de planteurs furent poussés à la faillite. Cependant, près du tiers des esclaves décidèrent de quitter l'île entre 1834 et 1844, principalement pour l'île de la Trinité; jusqu'en 1851, plus de 1870 manoeuvres rejoignirent Trinité, puis 1200 autres durant les dix années qui suivirent. Entre 1861 et 1871, près de 2000 Montserratiens émigrèrent vers d'autres îles des Antilles.  La minorité blanche essaya de contrôler, durant un certain temps, la législature locale entre ses mains. Les missionnaires commencèrent à ouvrir des écoles dans les villages pour les Noirs. Jusqu'en 1870, toutes les écoles de Montserrat étaient dirigées par des Églises. Le gouvernement ne se reconnaissait aucune responsabilité dans l'éducation des masses noires. La situation changea lorsque la famille Sturge réussit à fonder la première école non confessionnelle dans l'île.

Le recensement 1871 montra que la population s'élevait à 240 Blancs et 8453 Noirs pour un total de 8693 habitants. De 1871 à 1956, Montserrat fit partie de la Fédération des îles Sous-le-Vent, comprenant, outre Montserrat, les îles d'Antigua et de Barbuda, Anguilla, Saint-Christophe (St Kitts) et Nevis (Niévès).En 1892, la Législature des Îles-sous-le-Vent adopta une loi scolaire prévoyant l'éducation obligatoire pour tous les enfants âgés de cinq à neuf ans.

L'année 1916 marqua le début de l'émigration à grande échelle vers les États-Unis. L'île se recycla dans la production du coton. Mais le gouvernement fédéral américain adopta en 1924 une série de lois visant à limiter l'entrée des Antillais aux États-Unis. En 1958, Montserrat fut englobé dans la Fédération des Antilles (Federation of the West Indies). Trinité-et-Tobago, la Jamaïque et la Barbade en étaient les principaux membres, mais la fédération comprenant en fait 10 territoires britanniques des Îles-sous-le-Vent: la Grenade, Saint-Christophe-et-Anguilla, Antigua et Barbuda, Sainte-Lucie, Saint- Vincent-et-les-Grenadines, la Dominique et Montserrat. Le siège du gouvernement local était Port of Spain dans l'île de la Trinité.

La fédération fut dissoute en 1962. À la suite d'un référendum, les habitants de l'île de Montserrat votèrent pour demeurer une colonie britannique. En même temps, la Commonwealth Immigration Act limita le nombre d'immigrants pouvant entrer en Grande-Bretagne, ce qui ralentit l'émigration des Montserratiens. L'île fut administrée par un gouverneur assisté par un conseil législatif et un conseil exécutif. Les habitants se dotèrent de partis politiques: le Progressive Democratic Party (PDP) et le Labour Party.

Au cours de son histoire, Montserrat eut à souffrir des dégâts causés par les ouragans. Plus récemment, l'ouragan Hugo dévasta l'île en 1989 et en 1995 le volcan La Soufrière détruisit tout le sud de l'île, même la capitale qui fut ensevelie.  En Juin 1997, une autre éruption volcanique a entraîné la fermeture des ports et aéroports, aggravant le bouleversement économique et social. Les deux tiers des 12 000 habitants ont quitté l'île. La moitié de l'île restera probablement inhabitable pendant les dix prochaines années. La Grande-Bretagne a lancé un programme d'aide afin de favoriser la reprise économique de Montserrat.

4 La politique linguistique

Le gouvernement local de Montserrat n'a pas élaboré de politique linguistique particulière si ce n'est la non-intervention. À l'image de la mère patrie, la Constitution du 19 décembre 1989 ne proclame aucune langue officielle. L'anglais reste, bien sûr, la langue officielle de la colonie parce que c'est également la langue officielle de facto du Royaume-Uni.

4.1 L'anglais, langue de l'État

Le gouvernement local perpétue l'usage en vigueur depuis le début de la colonie. L'anglais est la seule langue admise au Parlement, dans l'Administration, les tribunaux et l'éducation. En réalité, même si la colonie est régie par les lois anglaises, les habitants continuent de parler leur créole local, que ce soit dans les tribunaux ou l'Administration, qui s'accommodent de la langue parlée par les insulaires. Dans les tribunaux ou procédures judiciaires, les articles 56 et 57 de la Constitution du 19 décembre 1989 (''Montserrat Constitution Order''), entrée en vigueur en 1990, prévoient des dispositions particulières pour les Montserratiens qui ne connaîtraient pas la langue du tribunal:

Article 56

Protection from arbitrary arrest or detention

1)  No person shall be deprived of his personal liberty save as may be authorised by law in any of the following cases—

2)  Any person who is arrested or detained shall be informed as soon as is reasonably practicable, in a language that he understands, of the reasons for his arrest or detention.

Article 57

Provisions to secure protection of law

1)  If any person is charged with a criminal offence, then, unless the charge is withdrawn, the case shall be afforded a fair hearing within a reasonable time by an independent and impartial court established by law.

2)  Every person who is charged with a criminal offence—

     (a) shall be presumed to be innocent until he is proved or has pleaded guilty;

     (b) shall be informed as soon as reasonably practicable, in a language that he understands and in detail, of the nature of the offence charged;

     (f) shall be permitted to have without payment the assistance of an interpreter if he cannot understand the language used at the trial of the charge;

Article 56

Protection contre l'arrestation arbitraire ou la détention

1) Nul ne sera privé de sa liberté personnelle, sauf s'il la loi l'autorise autrement, conformément à chacun des cas suivants-

2) Quiconque est arrêté ou détenu sera informé, aussitôt qu'il est raisonnable de le faire, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention.

Article 57

Dispositions pour garantir la protection de la loi

1) Lorsque quelqu'un est accusé d'un délit, à moins que l'accusation ne soit retirée, il a droit à une audition équitable dans un délai raisonnable par une cour indépendante et impartiale tel que fixé par la loi.

2) Quiconque est accusé d'un délit-

(a) sera présumé être innocent avant qu'il ne soit trouvé coupable ou qu'il aie plaidé coupable;

(b) sera informé, aussitôt qu'il est raisonnable de le faire, dans une langue qu'il comprend, et en détail, de la nature de l'infraction dont il est accusé;

(f) pourra recourir gratuitement à l'aide d'un interprète s'il ne peut pas comprendre la langue employée au procès dans lequel il est accusé;

Quant aux écoles, c'est l'anglais qui sert d'unique langue d'enseignement. D'ailleurs, le système est calqué sur le système britannique, y compris les manuels.  La mise en oeuvre de la politique éducative serait gênée par un manque d'enseignants qualifiés. Le pourcentage de la population qui accède à l'enseignement supérieur semble relativement bas; il s'élève seulement à 2,7 % des jeunes.

4.2 Les médias 

Les médias écrits (p. ex. le Montserrat Reporter) utilisent l'anglais comme véhicule de communication, mais la radio (ZJB Radio Montserrat) n'hésite pas à recourir au créole local dans un grand nombre d'émissions à caractère musical ou de divertissement.  Les habitants de l'île peuvent capter les radios hispanophones Punto de Garaje (de San José au Costa Rica) et WSJU (de San Juan à Porto Rico), ainsi que la radio française Radio Caraibes International (Guadeloupe). Les émissions télévisées sont en langue anglaise:  il s'agit de ABS TV (Antigua and Barbuda Broadcasting Service) et Antilles TV Ltd (Montserrat).

L'unilinguisme anglais est omniprésent dans le fonctionnement de l’État, notamment dans la langue écrite. Un certain pragmatisme est toléré dans les communications orales, que ce soit dans l’Administration ou les tribunaux, ainsi qu'à la radio locale. Il n'existe à Montserrat aucune ouverture éventuelle à l'égard du créole local parlée par 60 % de la population. En somme, la politique linguistique de Montserrat apparaît peu coercitive et reste ce qu'elle a toujours été: la non-intervention.

Dernière mise à jour: 06 sept. 2007
 

 

Bibliographie 

FERGUS, Howard A. Montserrat, History of a Caribbean Colony, Londres, MacMillan Press Ltd, 1994.

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

MUÑIZ-ARGÜELLES, Luis. «Les politiques linguistiques des pays latino-américains», Colloque international La diversité culturelle et les politiques linguistiques dans le monde, Québec, Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, 24 et 25 mars 2001

WHEELER, Marion M. Montserrat West Indies, a Chronological History, Olveston, Montserrat National Trust, 1988.

YACOUB, Joseph. «Les minorités en Amérique latine et aux Caraïbes» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 781-805. 

 

Les territoires britanniques d'outre-mer

 

L'Amérique du Sud et les Antilles

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