United Kingdom

Anguilla

Territoire britannique d'outre-mer

Capitale:  La Vallée (The Valley)
Population:  12 000 (2004)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire:  créole anglais (90,1 %)
Groupes minoritaires: anglais (3,7 %), hindi-ourdou (0,8 %), chinois (0,2 %), espagnol (0,2 %)
Système politique:  territoire britannique d'outre-mer
Articles constitutionnels (langue):  art. 3 et 9 de la Constitution du
1er avril 1982 modifiée en 1990

Lois linguistiques:  aucune

1    Situation géographique

Anguilla est un archipel de 91 km² situé dans les Petites Antilles (voir la carte régionale) entre l'île de Saint-Martin au sud et les îles Vierges à l'ouest. Anguilla est située à quelque 240 km à l'est de Porto Rico. C'est un territoire britannique d'outre-mer (un PTOM, selon les termes de l'Union européenne). L'archipel comprend une île principale, Anguilla, ainsi que quelques îlots (Dog Island, Scrub Island, Seal Island et Prickley Pear Cays). La capitale est La Vallée (The Valley), située au centre-nord de l'île d'Anguilla.

Anguilla

2 Données démolinguistiques

Selon le recensement de 2001, l'archipel d'Anguilla comptait 11 430 habitants. La population était estimée à 12 000 en 2004. Les sources gouvernementales révèlent que l'origine ethnique est très diversifiée pour une si petite population: 90 % de Noirs, 4,6 % de Métis, 3,7 % de Blancs, 0,8 % d'Indo-Pakistanais, 0,2 % d'Amérindiens caraïbes et 0,2 % de Chinois.

Origine ethnique - recensement de 2001

Origine ethnique

1960

2001

Pourcentage

1960 2001
Africains (Noirs)

4 533

10 296

SO SO
Amérindiens caribes

SO

     19

SO 0,02 %
Indo-Pakistanais      2      93 0,0 % 0,8 %
Blancs (britanniques)    26     428 0,4 % 3,7 %
Chinois (ou Asiatiques)     0       21 0,0 % 0,2 %
Métis 1 223     531 21,0 % 4,6 %
Autres SO     40 SO 0,3 %
Indéterminé    26      2 0,4 % 0,0 %
TOTAL 5 810 11 430 100 % 100 %

Tous les Noirs et les Mulâtres parlent le créole anglais anguillais comme langue maternelle. C'est un créole à base d'anglais et relativement intelligible avec celui de la Jamaïque et celui des Bahamas. Les Blancs, principalement des Britanniques et des Américains, parlent l'anglais, alors que les Indo-Pakistanais parlent l'hindi ou l'ourdou, les Chinois, le chinois. Il peut y avoir quelques autres immigrants s'exprimant en espagnol ou en français. Les quelques Amérindiens parlent le créole anguillais.

3 Données historiques

Les premiers habitants de l'archipel d'Anguilla, à l'exemple des autres îles Sous-le-Vent, furent les Amérindiens ciboney qui y vivaient il y a environ 2500 ans. Plus tard, les Ciboney durent affronter les Arawaks à partir du 1er siècle de notre ère, puis ils disparurent progressivement. Ce n'est que vers le XIIIe siècle que les Arawaks durent à leur tour fuir les terribles Caribes qui prirent la relève. Aucun des deux peuples amérindiens d'origine n'aurait survécu jusqu'à nos jours, mais, d'après le gouvernement, on compterait 19 Amérindiens dans l'archipel. 

C'est Christophe Colomb qui baptisa l'île Anguilla («Anguille» lors de son second voyage en 1493, en raison de sa forme allongée; c'est probablement l'idée que s'en faisait Colomb. Les Espagnols n'exploitèrent pas l'île en raison de la présence hostile des Amérindiens. Ce furent les Anglais qui colonisèrent l'île d'Anguilla dès 1650. Pour y réussir, ils durent affronter les Caribes, les Espagnols et les Français. Les Britanniques s'installèrent et firent venir quelques milliers d'esclaves noirs pour développer l'industrie sucrière. Les Noirs développèrent leur créole particulier. La France occupa Anguilla durant une courte période au XVIIIe siècle. En 1825, l'archipel d'Anguilla fut administrée à partir de Saint-Christophe (St Kitts), ce qui eut pour effet de priver Anguilla d'une certaine autonomie. Les administrateurs de Saint-Christophe demeurèrent relativement indifférents aux besoins des Anguillais. Cette situation perdura durant environ 150 ans. 

La Grande-Bretagne décréta l'abolition de l'esclavage en 1834, ce qui abouti à la libération de tous les esclaves anguillais en 1838. La plupart des propriétaires blancs retournèrent en Angleterre et vendirent leurs terres aux anciens esclaves. L'île d'Anguilla s'est développée en tant que société de paysans indépendants à la recherche de terres fertiles disponibles. Comme les conditions de vie se révélèrent très difficiles, beaucoup d'Anguillais émigrèrent vers d'autres îles antillaises. D'autres se sont mis à construire des bateaux afin de favoriser les échanges commerciaux avec les autres îles. Pendant la première moitié du XXe siècle, les Anguillais constataient que les nombreux bouleversements dans les Antilles britanniques se faisaient sans leur participation parce qu'ils étaient administrés par l'île de Saint-Christophe. Ils demandèrent au gouvernement britannique d'être administrés directement par la Grande-Bretagne, mais ils ne furent pas écoutés.

La tension monta d'autant plus que les Anguillais acceptaient mal les excentricités du premier ministre de Saint-Christophe, Robert Bradshaw. La Grande-Bretagne décida en 1967 de rattacher Anguilla à la Fédération de Saint-Christophe-et-Niévès (St Kitts-Nevis). Les Anguillais refusèrent cette soumission et firent sécession. Les insulaires se révoltèrent et chassèrent la police de Saint-Christophe hors de l'île. La Grande-Bretagne fut obligée, pour pallier l'influence grandissante de Cuba, d'envoyer ses troupes en 1969, soit 400 soldats du régiment de Paratroop. Anguilla devint alors en 1971 une «colonie autonome rattachée à la couronne britannique». La colonie fut officiellement séparée de la Fédération de Saint-Christophe-et-Niévès en 1980.

Anguilla se dota d'une constitution distincte en 1982, qui donnait le pouvoir exécutif au gouverneur nommé par la Grande-Bretagne. Anguilla acquit alors le statut de territoire britannique distinct avec un gouverneur, un conseil exécutif et une assemblée législative. En 1995, Anguilla devint membre associé à l'Organisation des États de la Caraïbe orientale. Les activités traditionnelles telles que l'élevage de bétail, la pêche au homard, la production de sel et la construction de bateaux ont été remplacées par l'industrie touristique qui fournit les deux tiers de l'économie de l'île. Anguilla reçoit annuellement plus de 50 000 visiteurs. Cela étant dit, Anguilla figure parmi les 20 pays cités par l'OCDE comme ayant des régimes fiscaux dangereux. D'ailleurs, le Forum sur la stabilité financière (FSF), créé en 1999 par des décideurs du Groupe des sept pays les plus industrialisés (G-7), a classé Anguilla dans la pire des trois catégories en ce qui concerne le risque que ce pays constitue pour la stabilité financière.

4 La politique linguistique

Le gouvernement anguillais n'a élaboré aucune politique linguistique particulière. Il pratique donc la non-intervention. À l'image de la mère patrie, la Constitution du 1er avril 1982 (modifiée en 1990) ne proclame aucune langue officielle. L'anglais reste, bien sûr, la langue officielle de la colonie parce que c'est également la langue officielle de facto du Royaume-Uni.

4.1 L'anglais, langue de l'État

La véritable politique linguistique consiste, de la part du gouvernement local, à perpétuer l'usage en vigueur depuis le début de la colonie. L'anglais est la seule langue admise à l'Assemblée législative, dans l'Administration, les tribunaux et l'éducation. En réalité, même si la colonie est régie par les lois anglaises, les habitants continuent de parler leur créole local, que ce soit dans les tribunaux ou l'Administration, qui s'accommodent de la langue parlée par les insulaires. Dans les tribunaux ou procédures judiciaires, les articles 3 et 9 de la Constitution de 1982 prévoient des dispositions particulières pour les Anguillais qui ne connaîtraient pas la langue du tribunal, une façon de permettre le créole:

Article 3

2) Any person who is arrested or detained shall be informed orally and in writing as soon as reasonably practicable, in a language which he understands, of the reasons for his arrest or detention.

Article 9

6) Every person who is charged with a criminal offence—

(a) shall be informed orally and in writing as soon as reasonably practicable, in a language which he understands, of the nature of the offence charged;

(e) shall be permitted to have without payment the assistance of an interpreter if he cannot understand the English language.

Article 3

2) Quiconque est arrêté ou détenu sera informé oralement et par écrit, aussitôt qu'il sera raisonnable de le faire, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention.

Article 9

6) Quiconque est accusé d'un délit:

(a) sera informé oralement et par écrit, aussitôt qu'il sera raisonnable de le faire, dans une langue qu'il comprend, de la nature de l'accusation;

(e) pourra recevoir gratuitement l'aide d'un interprète s'il ne peut pas comprendre la langue anglaise.

Quant aux écoles, c'est l'anglais qui sert d'unique langue d'enseignement. D'ailleurs, le système est calqué sur le système britannique, y compris les manuels.  Les problèmes principaux que vivent les élèves anguillais semblent concerner la composition et la création littéraire. On donne comme explication le fait que les enfants parlent une langue qui n'est pas l'anglais et qu'il n'existe aucune transition entre la langue parlée à la maison et la langue enseignée à l'école. On pense qu'il vaudrait mieux enseigner l'anglais en tant que langue seconde au primaire.

4.2 Les médias 

Les médias anguillais datent de la sécession avec Saint-Christophe. Les journaux (Anguilla News et Anguillian) utilisent l'anglais comme véhicule de communication, mais la radio (Radio Anguilla, Caribbean Beacon, Kool FM, Radio Heartbeat, etc.) n'hésite pas à recourir au créole local dans un grand nombre d'émissions à caractère musical ou de divertissement.  Les habitants de l'île peuvent capter les radios hispanophones Punto de Garaje (de San José au Costa Rica) et WSJU (de San Juan à Porto Rico), ainsi que la radio française Radio Caraïbes International (Guadeloupe). Les émissions télévisées de l'Anguilla Television sont en langue anglaise.

L'unilinguisme anglais est omniprésent dans le fonctionnement de l’État, notamment dans la langue écrite. Un certain pragmatisme est toléré dans les communications orales, que ce soit dans l’Administration ou les tribunaux, ainsi qu'à la radio locale. Il n'existe à Anguilla aucune ouverture éventuelle à l'égard du créole local parlée par 90 % de la population. En somme, la politique linguistique d'Anguilla apparaît peu coercitive et reste ce qu'elle a toujours été: la non-intervention.

Dernière mise à jour: 06 sept. 2007
 

 

Bibliographie 

GUMBS, Marvin. A Tribute to the Anguilla Revolution, Anguilla, Marvin Gumbs, 1992.

MUÑIZ-ARGÜELLES, Luis. «Les politiques linguistiques des pays latino-américains», Colloque international La diversité culturelle et les politiques linguistiques dans le monde, Québec, Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, 24 et 25 mars 2001

WEBSTER, Ronald. Scrapbook of Anguilla’s Revolution, Seabreakers Ltd (Anguilla), Anguilla, 1987.

 

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