|
UruguayRepública Oriental del Uruguay |
|
![]() |
L’Uruguay, ou République orientale de l'Uruguay (República Oriental del Uruguay), est un pays du sud-est de l'Amérique du Sud. Le pays est bordé par le Brésil au nord et au nord-est, par l'océan Atlantique à l'est et au sud, par le río de la Plata au sud, et par l'Argentine à l'ouest. La superficie de l'Uruguay représente 186 215 km², ce qui signifie que le pays est 2,9 fois plus petit que la France. En regard de ses deux voisins (Brésil et Argentine), l'Uruguay peut paraître un bien petit pays: Brésil: 8,5 millions de km² ; Argentine: 2,7 millions km². |
Le nom du pays, Uruguay, proviendrait de la langue charrua parlée par les Charrúas. D'après Félix de Azara (1746-1821), un ingénieur et naturaliste espagnol, ce nom désignerait un petit oiseau nommé «el urú» qui vit sur les rives du fleuve Uruguay (lequel signifie lui-même «rivière du pays de l'urú» (ou río del país del urú). Cependant, l'un des contemporains de Azara, affirme plutôt que le mot Uruguay est constitué de deux éléments : uruguá signifiant «escargot», et le ï signifiant «rivière», ce qui se traduirait alors par «rivière des escargots» (río de los caracoles). Par ailleurs, d'après le poète uruguayen Juan Zorrilla de San Martín (1855 -1931), il s'agirait plutôt de río de los pájaros pintados, c'est-à-dire le «fleuve des oiseaux peints».
L'Uruguay est divisé en 19 départements administratifs (voir la carte détaillée): Artigas, Canelones, Cerro Largo, Colonia, Durazno, Flores, Florida, Lavalleja, Malonado, Paysandu, Rio Negro, Rivera, Rocha, Salto, San Jose, Soriano, Tacuarembo, Treinta y Tres. Chacun d’eux est dirigé par un administrateur nommé par le gouvernement central. Les principales villes du pays sont Montevideo (1,4 million d’habitants), la capitale, le port principal et le centre économique du pays, Salto (85 000 hab.), le centre commercial et Paysandú (80 000 hab.), le centre agroalimentaire.
Les Uruguayens («Uruguayos») sont composés de quelques groupes raciaux: les Uruguayens blancs («Blancos Uruguayos») ou Europeos, les descendants des colons européens, avec 86 % de la population, les Métis (8 %) ou Mestizos, les Mulâtres (6 %) ou Mulatos, les Noirs ou Afro-Uruguayens ou Afrouruguayos (2 %), ainsi que quelques centaines d'Amérindiens appelés Indios ou Indígenas. Pour le gouvernement, les Amérindiens n'existent tout simplement pas, même si leur nombre oscillerait entre 300 et 1000. Les Mestizos sont des descendants de Blancs et d'Indiens, alors que les Mulatos sont des descendants de Blancs et de Noirs. Théoriquement, on pourrait ajouter les Zambos, les descendants de Noirs et d'Indiens. Quoi qu'il en soit, les Mestizos, Mulatos, Zambos et Indios constituent des groupes minoritaires pauvres au sein de la population uruguayenne.
2.1 Les groupes ethniques
Numériquement, l’Uruguay est l’un des pays latino-américains les plus homogènes qui soient, puisque 87,3 % au moins des Uruguayens sont d'origine européenne (et de race blanche), sans compter les récentes communautés immigrantes venues d'Europe (Italie, Espagne, Allemagne, France, Grèce, Russie, Serbie, etc.). Ces Uruguayens sont suivis des Afro-Uruguayens (les Noirs), des Italiens, des Galiciens, des Allemands, des Brésiliens, des Français, etc. Au plan ethnolinguistique, l'Uruguay constitue un cas particulier dans toute l'Amérique du Sud avec sa grande majorité de Blancs hispanophones.
| Groupe ethnique | Population | Pourcentage | Langue maternelle | Affiliation linguistique |
| Uruguayens (Blancs) | 3 012 000 | 86 % | espagnol | langue romane |
| Italiens | 83 600 | 2,4 % | italien | langue romane |
| Afro-Uruguayens | 69 000 | 2,0 % | espagnol | langue romane |
| Galiciens | 40 000 | 1,1 % | galicien | langue romane |
| Allemands | 31 000 | 0,9 % | allemand | langue germanique |
| Argentins | 30 000 | 0,8 % | espagnol | langue romane |
|
Espagnols/Catalans |
30 000 | 0,8 % | espagnol | langue romane |
| Juifs | 30 000 | 0,8 % | espagnol | langue romane |
| Brésiliens blancs | 20 000 | 0,5 % | portugais | langue romane |
| Français | 20 000 | 0,5 % | français | langue romane |
| Grecs | 13 000 | 0,3 % | grec | langue grecque |
| Russes | 13 000 | 0,3 % | russe | langue slave |
| Basque | 10 000 | 0,2 % | basque / français | famille basque |
| Brésiliens mulâtres | 10 000 | 0,2 % | portugais | langue romane |
| Serbes | 5 000 | 0,1 % | serbe | langue slave |
| Tchèques | 5 000 | 0,1 % | tchèque | langue slave |
| Assyriens | 3 400 | 0,1 % | assyrien | famille chamito-sémitique |
| Chiliens | 3 400 | 0,1 % | espagnol | langue romane |
| Croates | 3 400 | 0,1 % | croate | langue slave |
| Slovaques | 3 400 | 0,1 % | slovaque | langue slave |
| Polonais | 3 400 | 0,1 % | polonais | langue slave |
| Ukrainiens | 2 000 | 0,0 % | ukrainien | langue slave |
| Américains | 1 600 | 0,0 % | anglais | langue germanique |
| Bulgares | 1 600 | 0,0 % | bulgare | langue slave |
| Hongrois | 1 000 | 0,0 % | hongrois | famille ouralienne |
| Arméniens | 1 100 | 0,0 % | arménien | isolat indo-européen |
| Lituaniens | 1 000 | 0,0 % | lituanien | langue balte |
| Amérindiens (détribalisés) | 300 | 0,0 % | espagnol | langue romane |
| Chinois mandarins | 300 | 0,0 % | chinois mandarin | famille sino-tibétaine |
| Tsiganes | 80 | 0,0 % | tsigane (romani) | langue indo-iranienne |
| Total | 3 400 000 |
Quant aux Indígenas, on distingue les Charrúas et les Guyanás. Font partie des Charrúas les Minuanes, les Yaros, les Bohanes et les Guenoas. Rappelons que les Charrúas furent l'un des peuples les plus importants qui vivaient jadis dans l'actuel Uruguay. De nos jours, la toponymie uruguayenne a conservé un grand nombre de dénominations charrúas, telles que Arapey, Arerunguá, Guayabos, Queguay, Tacuarembó, Tiatucura, etc. Même le nom du pays, Uruguay, proviendrait de la langue parlée par les Charrúas, ce qui expliquerait que, encore aujourd'hui, les Uruguayens peuvent être appelés «Charrúas».
2.2 Les langues
Malgré le grand nombre de langues parlées dans le pays (une trentaine), l'Uruguay demeure très homogène au plan linguistique, puisque 92,1 % de la population parle l'espagnol comme langue maternelle, notamment les Uruguayens (Blancs), les Afro-Uruguayens, les Argentins, les Espagnols/Catalans, les Juifs, les Chiliens et les Amérindiens détribalisés (ou assimilés).
Toutes les autres langues sont parlées par des communautés immigrantes, à l'exception des Amérindiens. Les langues les plus importantes sont l'italien (83 600 locuteurs), le galicien (env. 40 000 locuteurs), l'allemand (31 000), le français (20 000), etc. Encore aujourd'hui, Montevideo rassemble presque tous les étrangers du pays, surtout des Italiens, des Français, des Allemands et des Espagnols.
Le cas du portugais mérite d'être souligné de façon particulière parce que c'est la langue du grand pays voisin: le Brésil. Non seulement il est parlé par au moins 30 000 locuteurs, mais il est également connu comme langue seconde par beaucoup d'Uruguayens. Il existe également une autre langue appelée surtout portuñol, mais aussi portunon, portunhol (en portugais) ou encore brasileño ou brazilero, voire fronterizo (en port.: fronteiriço). Le portuñol correspond à une sorte de mélange d’espagnol et de portugais parlé surtout à la frontière brésilienne; on l'appelle le «portuñol de Riverense». On estime que cette langue mixe serait parlée par environ 58 000 locuteurs.
On ne compterait que quelques centaines de locuteurs pour l'ensemble des deux langues amérindiennes en voie d'extinction (le charrua et le chana). Non seulement il est impossible de savoir le nombre exact de ces locuteurs de ces langues, mais il est possible qu'il n'en existe plus aucun. Il est plus aisé de trouver des gens parlant le bulgare ou l'arménien qu'une langue amérindienne.
Avant l'arrivée des premiers Européens dans la région, le pays était occupé par plusieurs peuples amérindiens : les Charrúas, les Chanas, les Minuanes, les Bohanes, les Guenoas, les Yaros et les Guaranís. La plupart de ces peuples étaient fondamentalement des chasseurs ou des pêcheurs, mais les Chana pratiquaient une forme rudimentaire d’agriculture.
À la suite des voyages de Juan Días de Solís (1470-1516), qui débarqua le premier sur le sol uruguayen en 1516, puis de Fernand de Magellan (v. 1480-1521), ainsi que de quelques autres grands navigateurs, les Espagnols et les Portugais décidèrent de poursuivre l'exploration des terres découvertes par leurs illustres marins. Les tentatives de colonisation européenne furent longtemps découragées par les Charruas, les seuls habitants indigènes qui vivaient encore à l'arrivée des Européens. Malgré leur farouche résistance, les tribus indigènes qui occupaient le territoire de l'actuel Uruguay furent en partie décimées en raison des épidémies de variole communiquées par les Blancs, sauf quelques tribus charrua et chana. Il faut dire aussi que l’arrivée de l’homme blanc, avec ses troupeaux de vaches et de chevaux, ont profondément transformé le territoire uruguayen et, par le fait même, l'habitat, la démographie et les coutumes indigènes. Par la suite, la plupart des Charrúas seront massacrés par les Blancs, ce qui fut appelé le «massacre de Salsipuedes» du 11 avril 1831, mené par général Fructuoso Rivera, le premier président de l'Uruguay constitutionnellement élu (du 6 novembre 1830 au 24 octobre 1834). L'extermination devait être totale, mais il y eut des survivants qui furent amenés à Montevideo pour y servir d'esclaves. En 1833, on envoya quelques-uns des derniers Charrúas (une femme et trois hommes) à Paris afin qu'ils soient «étudiés». En réalité, ils furent placés dans une cage «afin d’être exhibés à la curiosité publique» sur les Champs Élysée lors d'une «exposition» inaugurée le 13 Juin 1833, mais aucun d'eux ne reviendra dans son pays. Le dernier membre charrua, l'Indienne Guyunusa, mourut à l'Hôtel-Dieu de Lyon le 22 juillet 1834.
Rappelons qu’en 1494 le pape Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à signer le traité de Tordesillas qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal: tout ce qui serait découvert à l'ouest du méridien devait appartenir à l’Espagne et à l'est (Brésil et Afrique), au Portugal (voir la carte). Ainsi, en Amérique, seul le Brésil devait revenir aux Portugais qui, en retour, pouvaient coloniser librement l'Afrique. Le problème avec l’Uruguay, c’est que la région se situait à la frontière de partage et pouvait être revendiquée autant par l’Espagne que par le Portugal.
3.1 La période coloniale
Contestant les prétentions espagnoles sur la région, les colons portugais établirent entre 1680 et 1683 plusieurs colonies en bordure du río de la Plata, notamment celle de Sacramento, afin de freiner l'expansion des Espagnols installés à Buenos Aires, juste de l'autre côté du río de la Plata.
|
|
Les Espagnols continuèrent néanmoins leur progression et fondèrent la ville de Montevideo, en 1726, qui resta longtemps un simple fort, avant de coloniser la Banda Oriental, à l'est du río Uruguay. Cette lutte d'influence pour la colonisation du pays se poursuivit au cours du XVIIIe siècle. Toutefois, ce sont les Espagnols qui en prirent avantage. En 1726, ils ils installèrent leur armée dans la ville de Montevideo et peuplèrent la région située à l'est du río Uruguay, la Banda oriental, et se firent céder Sacramento par les Portugais en 1777. |
Ils devinrent ainsi les maîtres du territoire formant l'actuel Uruguay, qui devient officiellement une colonie espagnole dépendante de la vice-royauté de Buenos Aires. Vers 1800, on comptait quelque 30 000 habitants en Uruguay, dont le tiers était constituée d’esclaves noirs.
En 1810 et en 1811, sous la conduite du général José Gervasio Artigas (1764-1850), des révolutionnaires uruguayens s'unirent aux patriotes de Buenos Aires (Argentine) en révolte contre l'Espagne. Les autorités espagnoles furent chassées de Montevideo en 1814, tandis qu’un gouvernement national fut constitué en 1815. José Gervasio Artigas devint un héros national pour l'Uruguay.
Mais les Portugais du Brésil profitèrent de la situation et envahirent l’Uruguay. La conquête portugaise s'acheva en 1821 avec l'annexion du pays qui devint la Provincía Císplatina. Évidemment, cette prise de possession ne fut guère appréciée par les Uruguayens. Des révoltes, qui ne connurent pas le succès escompté, éclatèrent en 1821 et 1823. Le 25 août 1825, la province Císplatina déclara son indépendance du Brésil, puis voulut rejoindre l'Argentine en formant une fédération régionale. Cette union entre l'Argentine et l'Uruguay permit de vaincre le Brésil après plus de trois années de guerre. En fin de compte, grâce aux pressions de la Grande-Bretagne sur le Brésil et l'Argentine, ces deux pays reconnurent l'indépendance de l'Uruguay en 1828.
3.2 Indépendance et guerre civile
En 1830, une république fut officiellement instaurée sous le nom de République orientale. Mais l’indépendance fut constamment remise en question par ses deux puissants voisins: l'Argentine et le Brésil. Les deux premiers présidents du nouvel État furent le général Fructuoso Rivera, fondateur du Parti libéral, les Colorados, et le général Manuel Oribe, chef du Parti conservateur, les Blancos (en raison de la couleur de leurs drapeaux respectifs). Une guerre civile opposant les deux partis éclata en 1839 et se prolongea jusqu'en 1851, avec l'intervention du dictateur argentin Rosas. La période (1839-1852) est connue aujourd'hui dans le rio de la Plata sous le nom de Guerra Grande (la «Grande Guerre»). Elle constitue la grande époque de l’émigration française en Uruguay. Suite à ce conflit interne, l'Uruguay, allié du Brésil et de l'Argentine, s'engagea dans la guerre contre le Paraguay à partir de 1865, et ce, jusqu'en 1870.
Au cours de cette période, l'Uruguay connut de nombreux conflits avec les pays voisins tandis que beaucoup d'immigrants, surtout des Européens, vinrent s'installer en Uruguay. La période de 1839 à 1852, connue dans le río de la Plata sous le nom de«Guerra Grande» (Grande Guerre) demeura un épisode important pour l’émigration française en Uruguay . En effet, les immigrants français à Montevideo ont constitué, jusqu’en 1843, un véritable «raz de marée». Les Britanniques y affluèrent vers le milieu du XIXe siècle, alors que des Noirs s'y installèrent à partir de 1888, soit lorsque l’esclavage fut aboli au Brésil. Au même moment, les Uruguayens décimèrent pratiquement tout ce qui restait d’Amérindiens dans le pays, alors que ces derniers avaient aidé les Métis à obtenir l'indépendance.
3.3 La première moitié du XXe siècle
Durant la présidence de José Batlle y Ordóñez (entre 1903 et 1915), un régime démocratique fut instauré et des réformes destinées à promouvoir le progrès économique et social du pays furent mises en place. Batlle y Ordóñez établit un régime démocratique collégial, inspiré de celui de la Suisse. L'Uruguay devint l’une des nations les plus progressistes d'Amérique du Sud: prospérité économique fondée sur l'exportation de la viande et de la laine, enseignement obligatoire et gratuit, liberté de presse, séparation de l'Église et de l'État, etc.
En 1917, une nouvelle constitution fut adoptée : elle divisait le pouvoir exécutif entre le président de la République et un Conseil national d'administration, dont trois membres appartenait à l'opposition. Après la mort de Batlle y Ordóñez et la crise de 1929, Gabriel Terra devint président à la suite d'un coup d'État. La Constitution uruguayenne fut modifiée, ce qui permit d'élargir les pouvoirs du président et de supprimer le Conseil national. Alors que le pays commençait à s’industrialiser, arrivèrent des Italiens, des Basques francophones, des Allemands et des Irlandais. Le pays passa d’un million d’habitants (1908) à 1,9 million en 1930.
La crise mondiale de 1930 amena au pouvoir Gabriel Terra qui suspendit la Constitution et revint au régime présidentiel. En 1951, la collégialité gouvernementale (Exécutif collégial) fut rétablie et la fonction de président de la République fut abolie.
3.4 La seconde moitié du XXe siècle
En 1958, après pratiquement un siècle de gouvernement colorado, le Parti blanco remporta les élections. Le nouveau gouvernement engagea des réformes économiques, mais il dut faire face à l'agitation populaire et à des problèmes sociaux liés à la crise économique qui secoua l'Uruguay. Les Blancos demeurèrent au pouvoir jusqu'en 1966. Les deux partis se mirent d'accord pour proposer une réforme visant à rétablir le système présidentiel. La nouvelle Constitution entra en vigueur en février 1967. Le Colorado Jorge Pacheco Areco devint président et suspendit les libertés individuelles, ce qui favorisa une situation économique critique et entraîna une guérilla urbaine. Le Mouvement de libération nationale, plus connu sous le nom de Tupamaros, intensifia ses offensives en vue de renverser le gouvernement. Les Tupamoros s'engagèrent dans une série d'assassinats et d'enlèvement politiques. Il y eut d'autres groupe à poursuivre la guérilla, tels Escadrons de la mort (Escuadrón de la muerte) et la Jeunesse uruguayenne de Pie (Juventud Uruguaya de Pie).
Les militaires prirent progressivement le pouvoir et s'en emparèrent définitivement, le 27 juin 1973. Après la dissolution du Parlement par Bordaberry et son remplacement par un Conseil d'État composé de 25 membres et dominé par les militaires, la Confédération nationale des travailleurs (CNT) déclencha une grève générale. Le dictateur Bordaberry fut destitué en juin 1976. Les militaires rédigèrent une nouvelle constitution, mais les citoyens la rejetèrent lors du referendum organisé en novembre 1980. Aparicio Méndez fut alors élu à la présidence dont les premières décisions s'orientèrent vers un renforcement du pouvoir, ce qui déclencha des emprisonnements arbitraires, des disparitions de militants de gauche, des violations des droits de l'homme, etc.
Le 1er septembre 1981, le général Gregorio Álvarez s'installa à la présidence de la République dans un contexte difficile. En 1984, les militaires négocièrent avec les représentants des partis les conditions de leur retrait de la scène politique. Le président Julio María Sanguinetti, membre du Parti colorado, rétablit la démocratie en 1985 au prix d’une loi d'amnistie (adoptée en décembre 1986) couvrant les militaires responsables de violations des droits de l'homme (entre 1973 et 1985), puis confirmée par référendum en avril 1989. Son successeur, Luis Alberto Lacalle, du Parti national (ou Parti Blanco) devint président. Il fit adhérer en 1991 l’Uruguay au Mercosur (Mercado Común del Sur : «Marché commun du Sud»), considéré comme la seule voie du salut économique.
Les élections de 1994 virent à nouveau la victoire de Julio María Sanguinetti, du Parti colorado, qui se lança dans une réforme de l'État et rendit le pays compétitif, notamment face à ses partenaires du Mercosur. Le président Sanguinetti commença une série de réformes structurelles, dont une révision de la Constitution. Celle-ci entra en vigueur le 14 janvier 1997. Après le seconde mandat de Sanguinetti, Jorge Batlle devint président de l'Uruguay, le 1er mars 2000, pour un mandat de cinq ans. Le 31 octobre 2004, Tabaré Vázquez (Parti progressiste-Front élargi-Nouvelle Majorité) devient le 33e président constitutionnellement élu dès le premier tour avec 50,45 % des suffrages. C'était la première fois depuis 174 ans qu'un président élu n'appartenait ni au Parti colorado, ni au Parti national.
L’État uruguayen se caractérise par le fait qu’il n’a pas à élaborer une politique linguistique particulière. En réalité, sa politique, c’est de ne pas en avoir puisque, de toute façon, elle ne correspondrait à aucun besoin. Si la Constitution de 1967 ne contenait aucune disposition à caractère linguistique, celle de 1997 n’en a pas davantage, ce qui peut paraître assez normal dans un pays tel que l’Uruguay dont la population parle l’espagnol dans une proportion de 93,7 %. Néanmoins, l’Uruguay constitue un rare cas en Amérique du Sud où il n’existe pas, de jure, de langue officielle.
4.1 Les textes officiels
De fait, aucun texte juridique ne proclame l’espagnol comme langue officielle. L’espagnol a acquis ce statut de facto. D’ailleurs, les rares textes où l’on trouve une référence quelconque sur la langue parlent plutôt de «lengua nacional» (langue nationale). Quant aux langues minoritaires, elles n’existent pas pour l’État et la culture amérindienne n'y joue aucun rôle. Toute la vie politique, culturelle, économique, etc., de l’Uruguay se déroule exclusivement en espagnol. Ainsi, le Parlement ne rédige ses lois qu’en espagnol parce que c’est la seule langue utilisée par tous les députés. Il en est ainsi dans toutes les cours de justice du pays.
Par ailleurs, il existe une loi de 2001 sur les indigènes (Ley Indígena), qui traite de la diversité culturelle, de l'éducation, de la langue, des droits économiques, etc. Malheureusement, cette loi n'est pas disponible et il est malaisé d'en faire une description précise. Tout ce qu'on sait, c'est qu'elle demeure certainement symbolique dans son application, car il reste moins de 1000 autochtones dans ce pays. Enfin, la seule loi «linguistique» à avoir été adoptée en Uruguay est la Ley no 17.378 por la cual se reconoce la Lengua de Señas Uruguaya (loi no 17.378 pour la reconnaissance de la langue des signes uruguayenne).
4.2 L'éducation
Les lois sur l’éducation — Ley de Educación no
15739 du 28 mars 1985, Ley de Educacion no 16115
de juillet 1990)
Le plus souvent, le mot lengua est associé aux langues étrangères, surtout l’anglais. Mais le gouvernement a considéré qu'on devrait offrir aux élèves du secondaire une vaste gamme de formation dans d'autres langues étrangères. Les premiers centres d’apprentissage des langues étrangères (Centros de Lenguas Extranjeras) datent de 1996. Pour la première fois dans l'histoire de l'Uruguay, les écoles offrent maintenant une formation régulière dans la langue de leur grand voisin, le Brésil. Il est très intéressant de noter que 50 % des élèves ont spontanément choisi d’apprendre, comme première langue étrangère, le portugais. Un peu plus de 25 % ont opté pour la langue française et un pourcentage plus petit, pour l’italien. Les autres ont choisi l’anglais, l’allemand ou l’hébreu. L’enseignement n’est dispensé qu’en langue espagnole, sauf pour les cours de langues secondes qui sont obligatoires à partir de la deuxième année du secondaire.
En somme, l’Uruguay ne reconnaît aucune langue minoritaire dans le pays. C’est pourquoi l’unilinguisme espagnol règne en maître absolu. Presque désolant!
4.3 Les médias
Les médias écrits ne diffusent leurs informations qu'en espagnol, que ce soit Brecha, Diario Atlas (Cerro Largo), Diario Cambio (Salto), Diario Correo de Punta del Este (Maldonado), Diario el Observador, Diario El Pueblo (Salto), Diario La República, Ecos Regionales (Flores), Editorial Turistica (Montevideo), El Avisador (Tacuaremb & 0acute), El Heraldo (Florida), El Observador, etc. Il en est ainsi dans les médias électroniques tels que Canal 10 (télé), El Espectador (radio), Monte Carlo Television, Radio Sarandi, Teledoce (télé), etc., mais certaines émissions radiophoniques en provenance du Brésil sont diffusées en portugais.
On comprendra qu’une politique linguistique dans un tel pays puisse paraître inutile. L’Uruguay reste l’un des pays d’Amérique du Sud les plus hispanophones et hispanophiles. La culture amérindienne n’y tient aucune place. Pourtant, un pays comme le Venezuela, qui ne compte même pas 2 % d’autochtones (moins que l’Uruguay), vient de se doter d'instruments juridiques très élaborés pour assurer le respect des droits de ses communautés autochtones. Contrairement à la plupart des autres pays latino-américains, l’Uruguay ne dispose d’aucune loi relative à la langue ou à l'éducation des autochtones. On aurait pu espérer au moins voir l’Uruguay se contenter d'énumérer de grands principes sur la reconnaissance des populations autochtones, leur «éducation bilingue» et/ou «interculturelle». Même pas! L'Uruguay est le seul pays latino-américain dans ce cas.
|
|
![]() |
L'Amérique du Sud et les Antilles |
|