Îles Vierges britanniques

Îles

Vierges britanniques

 (British Virgin Islands)

Territoire britannique d'outre-mer

Capitale: Road Town (île de Tortola)
Population: 21 270 (est. 2004).
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: créole anglais des îles Vierges (60 %)
Groupes minoritaires:  anglais (10 %), espagnol (10 %), autres créoles (papiamento), néerlandais, français
Système politique: territoire d'outre-mer du Royaume-Uni
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition dans la Constitution du 15 décembre 1976
Lois linguistiques:  aucune

1 Situation générale

orientation map for British Virgin Islands Les îles Vierges appartiennent à deux États: on distingue, d'une part, les îles Vierges britanniques (153 km²), un territoire d'outre-mer du Royaume-Uni, d'autre part, les îles Vierges américaines (344 km²), une dépendance des États-Unis acquise en 1917 du Danemark. Les deux territoires constituent un archipel des Petites Antilles situé à l'est de Porto Rico.

Les îles Vierges britanniques constituent encore une colonie et forment un archipel de 36 îles et îlots, dont 16 sont habitées. Les principales îles habitées sont Tortola, Virgin Gorda, Anegada, Jost Van Dyke, Peter Island et Salt Island. La capitale locale, qui est aussi l'unique ville du groupe, est Road Town, située sur la côte sud-est de Tortola (voir la carte détaillée).

2 Données démolinguistiques

  Population
1991
Population
2004
Superficie
Tortola   13 200   18 500  59,2 km²
Virgin Gorda    2 400    3 600  21,2 km²
Anegada      162      191

 38,6 km²

Jost van Dyke      140      176

  8,3 km²

Autres îles      144      226  23,7 km²
Total 16 100 22 700 151 km²

La population des îles Vierges britanniques était de 22 700 habitants en 2004. Mais 81 % des habitants vivent dans l'île de Tortola (18 500 hab.) et 15,8 % dans Virgin Gorda.

La plupart des insulaires sont des Noirs, soit dans une proportion d'environ 90 %; les autres sont  des Blancs, des Mulâtres ou des Antillais, des Hispaniques, des Indo-Pakistanais ou des Asiatiques.

Les habitants parlent majoritairement (60 %) le créole anglais des îles Vierges, appelé le Virgin Islands Creole English. Les autres parlent l'anglais (10 %), l'espagnol (10 %) ou d'autres créoles antillais dont le papiamento.

Il existe aussi un petit nombre de locuteurs parlant le néerlandais ou le français. Auparavant, il se parlait aussi un créole néerlandais, mais le dernier locuteur de cette langue est mort en 1987. Le créole anglais des îles Vierges n'est pas facile à comprendre pour un unilingue anglophone: il s'agit d'une autre langue en raison de la grammaire complètement différente et aussi parce qu'une grande partie du vocabulaire reste incompréhensible pour un anglophone. Ceux qui parlent anglais sont d'origine britannique ou américaine. L'espagnol est surtout parlé par les Portoricains. Les insulaires sont de religion protestante dans une proportion de 86 %, dont 33 % de méthodistes, 17 % d'anglicans, 9 % de l'Église de Dieu, 6 % des adventistes du Septième Jour, 4 % de baptistes, 2 % de témoins de Jéhovah, et d'autres (15 %); on compte aussi des catholiques romains (10 %).

3 Données historiques

Les Amérindiens arawak ont habité les îles Vierges britanniques autour de 1500 avant notre ère, arrivant du bassin Orinoco en Amérique du Sud. Ils furent chassés par les Caribes, plus agressifs, qui étaient arrivés vers le milieu du XVe siècle.

Quelques décennies plus tard, Christophe Colomb, lors de son second voyage en 1493 dans le Nouveau Monde, a aperçu la région. Il aurait nommé les îles Las Vírgenes («les Vierges») en souvenir d’une légende attribuée à sainte Ursule et à ses compagnes. Il a aussi donné les noms de Gorda Virgen («la Grosse Vierge») et Anegada («l'île submergée»), lesquels sont demeurés aujourd'hui. L'île de Gorda Virgen fut presque aussitôt colonisée par les Espagnols qui, au début des années 1500, y exploitèrent des mines de cuivre.  Les colons apportèrent avec eux la maladie et l'esclavage, expédiant beaucoup d'autochtones dans ce qui deviendra la République Dominicaine pour les faire travailler dans les mines. Beaucoup moururent de maladies (surtout de la variole et de la grippe). Tous les autochtones avaient disparu dès 1596.

Par la suite, attirés par les richesses minières que leur offraient les îles des Grandes Antilles, les Espagnols abandonnèrent l'île de Virgin Gorda. La région devint le refuge des pirates anglais, hollandais, français, espagnols et danois. En 1648, les Hollandais s'établirent sur les îles de Tortola et de Virgen Gorda, qui servirent encore de refuge pour les pirates hollandais, Joost van Dijk étant demeuré le plus célèbre; on donna son nom à l'une des îles Vierges. Tous les Hollandais furent expulsés par des flibustiers anglais en 1666, lesquels revendiquèrent les îles au nom de la Couronne anglaise.

3.1 La colonisation britannique

En 1672, les Britanniques annexèrent les îles Vierges, alors que les autres îles continuèrent d'appartenir au Danemark avant de passer aux aux États-Unis (1917). Vers 1680, des planteurs anglais venus d'Anguilla se fixèrent à Tortola, puis à Anegada et à Virgen Gorda. Quant aux Hollandais, ils réussirent à s'établir dans les autres îles Vierges plus au sud telles que Saint-Jean (Saint John), Saint-Thomas et Sainte-Croix. Les occupants britanniques développèrent la canne à sucre grâce à l'esclavage. Au XVIIIe siècle, d'autres planteurs — des Quakers — vinrent dans les îles; l'économie prospéra par la production du sucre, du coton, du rhum, de l'indigo et des épices. Des missionnaires quakers s'implantèrent en 1730 à Tortola, avec à leur tête John Pickering, premier lieutenant-gouverneur de l'île.

En 1756, la population des îles était estimée à 1236 Blancs et 6121 Noirs. Les Blancs parlaient anglais, mais les Noirs parlaient depuis déjà longtemps le créole des îles Vierges. En 1773, les îles Vierges britanniques furent autorisées à former un gouvernement constitutionnel doté d'une certaine autonomie. Au début du XIXe siècle, les révoltes d'esclaves remirent en question le travail des Noirs dans les plantations. En 1816, les îles Vierges britanniques, ainsi que les îles de Saint-Christophe-et-Niévès (devenues St Kitts & Nevis) et Anguilla furent réunies sous une seule et même colonie. En 1833, les îles Vierges britanniques firent partie des Îles-sous-le-Vent. L'abolition de l'esclavage en 1834 se révéla désastreux pour l'économie des îles Vierges: les quelque 5000 Noirs furent émancipés, mais de nombreux colons anglais quittèrent la colonie. À partir de 1871, les îles Vierges britanniques firent partie de la Fédération des Îles-sous-le-Vent (Leeward Islands Federation). Lorsque les Îles-sous-le-Vent rejoignirent en 1958 les Antilles britanniques, les îles Vierges britanniques obtirent un statut distinct des autres colonies.

3.2 L'autonomie politique

Depuis 1967, les îles Vierges fonctionnent comme une démocratie parlementaire avec leur propre premier ministre. Cette année-là, H. Lavitty Stoutt du Parti des îles Vierges (le VIP: Virgin Islands Party) devint premier ministre; il le resta jusqu'en 1971. Entre 1971 et 1975, Willard Wheatley, un non-partisan, dirigea le gouvernement sans le VIP, mais incluant le Parti uni (United Party ou UP). Puis, après les élections de 1975, le VIP participa à un gouvernement dirigé par Wheatley. En 1979, Stoutt regagna sa fonction de premier ministre. En 1983, le VIP fut défait et le non-partisan Cyril Romney devint premier ministre dans une coalition avec le Parti uni. En 1986, le VIP gagna les élections : Stoutt redevint premier ministre. Après sa mort en 1995, Ralph O'Neal lui succéda. Le VIP gagna les élections de 1999 et dirigea le gouvernement. Après les élections de 2003, Orlando Smith, du Parti national démocratique (National Democratic Party: NDP), mit fin au règne du VIP. Aujourd'hui, les îles Vierges britanniques forment toujours une colonie au sein du Royaume-Uni.

4 La politique linguistique de non-intervention

Le gouvernement des îles Vierges britanniques n'a pas de politique linguistique, si ce n'est la non-intervention. À l'image de la mère patrie, la Constitution de 1976 (plusieurs fois modifiées) ne contient aucune disposition linguistique. L'anglais est la langue officielle de la colonie parce que c'est la langue officielle de facto du Royaume-Uni.

4.1 L'anglais, langue de l'État

Le gouvernement local perpétue l'usage en vigueur depuis le début de la colonie. L'anglais est la seule langue admise à l'Assemblée législative, dans l'Administration, les tribunaux et l'éducation. En réalité, même si la colonie est régie par les lois anglaises, les habitants continuent de parler leur créole local, que ce soit dans les tribunaux ou l'Administration, qui s'accomodent assez bien de la langue parlée par les insulaires. Quant aux écoles, c'est l'anglais qui sert d'unique langue d'enseignement. D'ailleurs, le système est calqué sur le système britannique, y compris les manuels.  

4.2 Les médias et les autres langues

Les médias écrits utilisent l'anglais comme véhicule de communication, mais la radio n'hésite pas à recourir au créole local dans un grand nombre d'émissions. 

La stabilité économique des îles est assurée par le tourisme international. En effet, quelque 300 000 personnes visitent annuellement les îles Vierges britanniques. La langue anglaise demeure donc omniprésente.

L'unilinguisme anglais est omniprésent dans le fonctionnement de l’État, notamment dans la langue écrite. Un certain pragmatisme est toléré dans les communications orales, que ce soit dans l’Administration ou les tribunaux, ainsi que dans les médias électroniques. Il n'existe aucune ouverture éventuelle à l'égard du créole local parlée par 60 % de la population.

En somme, la politique linguistique des îles Vierges apparaît peu coercitive et reste ce qu'elle a toujours été: la non-intervention.

Dernière mise à jour: 24 juin 2009
 

 

Bibliographie 

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

 

MUÑIZ-ARGÜELLES, Luis. «Les politiques linguistiques des pays latino-américains», Colloque international La diversité culturelle et les politiques linguistiques dans le monde, Québec, Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, 24 et 25 mars 2001.

 

YACOUB, Joseph. «Les minorités en Amérique latine et aux Caraïbes» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 781-805. 

 
Les îles Vierges américaines

Les territoires britanniques d'outre-mer

 

L'Amérique du Sud et les Antilles

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