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Le Haut-Karabagh (Artsakh,
en arménien) est une région autonome de l'Azerbaïdjan située à environ 270 km à l’ouest de Bakou.
Le Haut-Karabagh s’étend du nord-ouest au sud-est sur près de 4400 km2 dans le
sud-est du Petit Caucase (Malyy Kavkaz). Il comprend cinq provinces: Martakert,
Askeran, Martinu, Shushi et Hadrut. La capitale du Haut-Karabagh, située dans le centre de la région, appelée Khankendi jusqu’en 1923, a depuis pris le nom de Stepanakert. Présentement, le Haut-Karabagh est en partie sous le contrôle de l'armée arménienne; les lois azerbaïdjanaises ne sont alors plus appliquées. 2 Données démolinguistiquesLa population du Haut-Karabagh, estimée à 130 000 personnes en 1996, se compose pour l’essentiel d’Arméniens de confession chrétienne. Avant le conflit, le Haut-Karabagh comptait 138 600 Arméniens (73,5 %) et 47 500 Azéris (25,3 %). Les habitants avaient tous les moyens fondamentaux d’un gouvernement autonome et connaissaient un développement social, économique et culturel important. |
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Peuplé à l’origine par les Mèdes au VIIIe siècle avant notre ère, le Haut-Karabagh fut conquis par les Perses deux siècles plus tard. C'est à partir du XIVe siècle que la région reçut la dénomination perse de Karabagh, ce qui signifie «Jardin noir», à cause de ses montagnes et de la fertilité de sa terre.
En 1828, la Russie s’empara de la région, alors limitrophe de l’Arménie. Lorsque la révolution russe éclata en 1917, la population du Haut-Karabagh comptait 73 % d’Arméniens. La Grande Bretagne, qui assumait le contrôle militaire de la Transcaucasie orientale, favorisa en octobre 1918 les visées de l'Azerbaïdjan sur le Karabagh et empêcha la jonction entre ce territoire et la république d'Arménie. Le Conseil national du Karabagh, sous la pression croissante des forces armées azéries, signa en août 1919 un accord selon lequel il acceptait temporairement l'autorité de l'Azerbaïdjan jusqu'à une décision finale de la Conférence de paix; une autonomie culturelle lui était garantie.
L’Arménie, pour sa part, a été créée en 1918 «sur les ruines de l’empire tsariste et par la volonté de l’Angleterre»; par ailleurs, l'Azerbaïdjan a aussi été formée à la naissance de l’URSS. Mais les frontières ont été, dans cette région, remodelées plusieurs fois. Ainsi, les représentants de l'Arménie avaient accepté de se joindre à l’Union soviétique en 1920 à la condition que le Haut-Karabakh soit réintégré à l’Arménie. Cette promesse fut tenue jusqu’en 1921 par le «commissaire aux nationalités» de l’époque, Joseph Staline. Toutefois, celui-ci revint sur sa promesse quand il se rendit compte que le gouvernement soviétique avait besoin d’alliés diplomatiques. En effet, la Turquie s’engageait à aider Moscou si l’enclave arménienne du Haut-Karabagh revenait à l’Azerbaïdjan. Pour cette raison, le Haut-Karabakh et le Nakhitchevan passèrent sous juridiction azerbaïdjanaise. En juillet 1923, l’URSS érigea le Haut-Karabagh en région autonome, qu’elle plaça sous contrôle de l’Azerbaïdjan. Staline redéfinit néanmoins les frontières du Haut-Karabagh en amputant une partie de son territoire tout en le gardant enclavé dans l’Azerbaïdjan (1930). Bien que le Haut-Karabagh soit peuplé essentiellement d’une majorité d’Arméniens, les dirigeants soviétiques se refusèrent par la suite à le rattacher à l’Arménie, invoquant notamment l’insuffisance des voies de communication et de transport entre les deux régions.
Sous la Constitution de la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, le statut juridique de la région autonome avait été fixé par la Loi sur la région autonome du Haut-Karabagh, laquelle avait été proposée par le Soviet des députés du peuple de la région et adoptée par le Soviet suprême de l’Azerbaïdjan. Aux termes de la Constitution de l’ancienne URSS, la région appelée «RAHK» était représentée par cinq députés au Conseil des nationalités du Soviet suprême de l’URSS. La RAHK était également représentée par 12 députés au Soviet suprême de la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan. Dans la RAHK, on dénombrait en 1988-1989 quelque 136 établissements secondaires où l’arménien était la langue d’enseignement (16 120 élèves) et 13 écoles internationales (7045 élèves). La région autonome disposait aussi de cinq journaux en langue arménienne. À la différence des autres unités territoriales et administratives de l’Azerbaïdjan, cette région éloignée de la capitale et située dans une zone montagneuse, bénéficiait de l’infrastructure technique nécessaire à la réception des émissions de télévision et de radio.
Lorsque, au milieu des années quatre-vingt, l’URSS s’engagea sur la voie d’une plus grande liberté d’expression politique, des tensions apparurent entre les Arméniens du Haut-Karabagh et l’Azerbaïdjan. Entre 1988 et 1990, des manifestations en faveur de l’indépendance du Haut-Karabagh dégénèrent en affrontements violents. Au lieu de jouer le rôle de conciliateur, Moscou provoqua tant le nationalisme arménien que le nationalisme azerbaïdjanais. Au lendemain de la dissolution de l’URSS et de l’indépendance de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie en 1991, le conflit s'envenima, car l'Azerbaïdjan envoya l'armée dans le Haut-Karabagh et abolit le statut d'autonomie. Les Arméniens du Haut-Karabagh répliquèrent par la proclamation de l'indépendance du Haut-Karabagh, à l'issue d'un référendum (le 10 décembre 1991). Les combats se sont intensifiés par la suite et la crise s'est internationalisée, avec des tentatives de médiation de la part de la Russie, de la CEI (Communauté des États indépendants), de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et l'ONU.
Forts du soutien de l’Arménie, les Arméniens du Haut-Karabagh prirent le contrôle de l’ensemble de la région en 1994, étendant leur influence jusqu’à la frontière arménienne, à l’ouest, et en établissant une continuité territoriale de leur région avec l'Arménie (couloir de Latchine). Quant aux forces azerbaïdjanaises, elles ont réussi à occuper le nord du Haut-Karabagh. Les deux parties ont pratiqué le même «nettoyage ethnique»: l'Arménie expulsait ce qui restait des Azéris pendant que l'Azerbaïdjan faisait de même avec les Arméniens: on a mentionné que, au total, plus de 120 000 Arméniens et 80 000 Azéris furent déportés . Malgré la conclusion d’un cessez-le-feu en 1994 entre l’Azerbaïdjan, l’Arménie et les rebelles du Haut-Karabagh, la paix demeure précaire, alors que les parties continuent de rechercher une solution négociée. Depuis 1998, l’expulsion massive des Azéris de la région autonome du Haut-Karabakh et de l’Arménie s’est traduite par une véritable épuration ethnique de toute la population non arménienne.
Depuis le début des combats en 1988, quelque 18 000 personnes auraient ont été tuées et un million d’autres auraient été déplacées, sans compter les 877 bâtiments détruits, 100 000 immeubles et maisons rendus inhabitables et plus de 1000 installations économiques, 600 écoles et institutions éducatives, 250 centres de soins et hôpitaux et la plupart des monuments de la zone occupée mis à sac ou détruits.
Aucune issue politique n'a pu encore être trouvée, le principe de l'autodétermination s'opposant ici à celui du respect de l'intégrité territoriale. Le litige s'éternise parce que les enjeux géopolitiques semblent majeurs. La Russie veut garder son influence sur ce territoire. L’Arménie pourrait accepter de restituer les positions qu’elle a conquises moyennant une assurance que l’enclave du Haut-Karabakh demeure autonome. Mais la Russie devrait se porter garante de l’enclave pour qu’un accord puisse voir le jour; et cette enclave pourrait être rattachée à la Russie sous forme de dominion. Pour le moment, la Russie ne bouge pas: elle gagne probablement plus à faire respecter le statut quo qu'à résoudre la crise. On parle aussi d'un échange territorial afin de résoudre le problème: le Haut-Karabagh à l'Azerbaïdjan et le Nakhitchévan à l'Arménie. C'est la solution préconisée par les Américains parce qu'elle préserverait les intérêts géopolitiques des États-Unis et de leur allié turc dans la région, tout en réduisant le rôle de la Russie.
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