Royaume du Bhoutan

Bhoutan

(Druk-Gyal-Khab)

Capitale: Thimphou
Population: 2,1 millions (2004)
Langues officielles: dzongkha (de facto) et anglais (de facto)
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires:  dzongkha (30,8 %), népali (11,6 %), tshangla (17,8 %), kurtokha (6,1 %), khengkha (6,1 %), assamais (4,8 %), brokpake (3,8 %), dzalakha (3 %), limbou (2,8 %), gouroung de l'Ouest (1,9 %), bumthangkha (1,6 %), lepcha (1,6 %), hindi (1,4 %), kurtokha (1 %), etc.
Langue coloniale: anglais
Système politique: monarchie héréditaire de type coutumier (en voie de constitutionnalisation)
Articles constitutionnels (langue): aucune constitution
Lois linguistiques:
aucune

 1 Situation géographique

Le royaume du Bhoutan est un pays d’Asie situé dans l’Himalaya; ce petit pays de  de 47 000 km²  est limité au nord et au nord-ouest par la Chine (région autonome du Tibet) et à l’est, au sud et au sud-ouest par l’Inde. L'un des pays voisins du Bhoutan est le Népal avec lequel il ne partage pas de frontière. Le Bhoutan est en quasi-totalité occupé par les montagnes. Le Bhoutan est en quasi-totalité occupé par les montagnes. Sa capitale est Thimphou.

Au point de vue administratif, le Bhoutan est divisé en 20 districts: (dzongkhag) : Bumthang, Chhukha, Chirang, Dagana, Gasa , Geylegphug, Ha, Lhuntshi, Mongar, Paro, Pemagatsel, Punakha, Samchi, Samdrup Jongkhar, Shemgang, Tashigang, Thimphu, Tongsa, Wangdi Phodrang et Yangtse.

Le Bhoutan est une monarchie héréditaire. Le roi est assisté par le Conseil royal, dont il nomme les membres. En principe, c’est l’Assemblée nationale (Tsongdu) qui détient le pouvoir législatif; 106 des 151 membres sont élus par le peuple, les autres sont choisis par le roi ou élus indirectement. Le nom tibétain du pays est Druk-Yul, ce qui signifie à la fois «pays du Dragon» et «pays du Tonnerre». La tradition associe le tonnerre, très fréquent dans les vallée de la région, à la voix du dragon. Le nom Bhoutan peut se traduire par «extrémité du Tibet».

2 Données démolinguistiques

Il est difficile d'estimer la population exacte du Bhoutan, car le gouvernement du pays a décidé de ne plus considérer comme des Bhoutanais les Népalais résidant au Bhoutan, même depuis plusieurs générations. Or, les Népalais ont déjà constitué entre 40 % et 45 % de la population; à partir de 1990, quelque 87 000 Bhoutanais d'origine népalaise ont quitté le pays et ont été regroupés dans des camps à la frontière entre le Bhoutan et l'État du Sikkhim en Inde. C'est pourquoi il est plus ou moins aisé de savoir combien de gens vivent réellement au Bhoutan, mais on peut chiffrer le nombre de Bhoutanais à 2,1 millions d'individus.

Les Bhotias (Bhoutanais du Centre, Sharchops et Ngaloungs), appelés aussi Drukpas, constituent l’ethnie la plus nombreuse avec 41,8 % de la population; ils sont bouddhistes (secte des Drukpa Kagyapa). Les Sharchops occupent l'est du pays, parlent le tshangla et sont considérés comme les plus anciens habitants. Les Ngaloungs vivent dans l'ouest pays, parlent le dzongkha et sont les descendants des immigrants tibétains venus au Bhoutan.

Les Népalais ou Lhotsampas représentent la minorité la plus importante avec 11,6 % de la population, sont de religion hindouiste et parlent le népali; ils sont centrés dans le sud du pays. Les autres minorités rassemblent un nombre important de petites ethnies d'origine sino-tibétaine, indo-iranienne et dravidienne. Les religions pratiquées sont le bouddhisme lamaïste tantrique du Mahayana (70 % de la population) — le Bhoutan compte de nombreux monastères et environ 6000 moines —, l’hindouisme (25 %) et l’islam (5 %). La langue officielle est le dzongkha, une langue tibétaine.

Les langues sont nombreuses au Bhoutan: une trentaine. Mentionnons d'abord les langues sino-tibétaines: dzongkha (30,8 %), tshangla ou sharchopkha (17,8 %), kurtokha (6,1 %), khengkha (6,1 %), brokpake (3,8 %), dzalakha (3 %), limbou (2,8 %), gouroung de l'Ouest (1,9 %), bumthangkha (1,6 %), lepcha (1,6 %), kurtokha (1 %), kurtokha (1 %), magar de l'Est (0,9 %), kiranti athpahariya (0,8 %), sikkimais (0,4 %), chalikha (0,3 %), tsekou (0,2 %), tibétain (0,2 %), brokpake (0,1 %), sherdukpen (0,1 %), lopa (0,0 %), gongdouk (0,0 %) et lhokpou (0,0 %). Plusieurs de ces langues sont de plus fragmentées en différentes variétés dialectales; c'est une situation due à l'isolement des villages à travers les montagnes.

Groupe ethnique Langue maternelle Affiliation linguistique Population %
Bhotia bhoutanais du Centre dzongkha langue sino-tibétaine 447 860 20,4 %
Népalais (Paharia) népali langue indo-iranienne 254 876 11,6 %
Bhoutanais de l'Est (Sharchops) tshangla (sharchopkha) langue sino-tibétaine 243 200 11,0 %
Bhoutanais de l'Ouest (Ngaloungs) dzongkha langue sino-tibétaine 229 389 10,4 %
Sangla tshangla (sangla) langue sino-tibétaine 151 014 6,8 %
Gourtou kurtokha langue sino-tibétaine 135 934 6,1 %
Khen khengkha langue sino-tibétaine 135 722 6,1 %
Assamais assamais langue indo-iranienne 106 199 4,8 %
Dakpa brokpake langue sino-tibétaine 84 959 3,8 %
Dzalakha dzalakha langue sino-tibétaine 67 755 3,0 %
Gouroungs gouroung de l'Ouest langue sino-tibétaine 42 479 1,9 %
Bumthangpa  bumthangkha langue sino-tibétaine 36 500 1,6 %
Lepcha lepcha langue sino-tibétaine 36 214 1,6 %
Indiens hindi langue indo-iranienne 31 680 1,4 %
Kirati (Kuloung) limbou langue sino-tibétaine 31 860 1,4 %
Limbou limbou langue sino-tibétaine 31 860 1,4 %
Kurteops kurtokha langue sino-tibétaine 22 400 1,0 %
Magars magar de l'Est langue sino-tibétaine 21 240 0,9 %
Rai athpahariya kiranti athpahariya langue sino-tibétaine 19 166 0,8 %
Santals santali langue austro-asiatique 14 868 0,6 %
Bhotias sikkimais sikkimais langue sino-tibétaine 10 620 0,4 %
Chali chalikha langue sino-tibétaine 8 071 0,3 %
Tsekou tsekou langue sino-tibétaine 6 372 0,2 %
Tibétains tibétain langue sino-tibétaine 4 673 0,2 %
Brokpa brokpake langue sino-tibétaine 4 300 0,1 %
Oraons kouroux langue dravidienne 4 248 0,1 %
Sherdukpens sherdukpen langue sino-tibétaine 4 248 0,1 %
Loba lopa langue sino-tibétaine 2 124 0,0 %
Gongdouk gongdouk langue sino-tibétaine 2 100 0,0 %
Doya lhokpou langue sino-tibétaine 1 487 0,0 %
Total = 2 193 418

Parmi ces langues, le dzongkha est la langue officielle. Apparentée au tibétain, elle est la langue des Bhoutanais du Centre et des Bhoutanais de l'Ouest, là où est située la capitale, Thimphou. Le dzongkha s'écrit avec un alphabet syllabaire indien. En voici un exemple avec l'article 1 de la Déclaration universelle des droits de l'homme:

La langue dzongkha doit en grande partie son développement aux moines bouddhistes qui, comme les moines catholiques du Moyen Âge en Europe, étaient souvent les citoyens les plus instruits de la société. Aujourd'hui, le dzongkha est la principale langue véhiculaire du Bhoutan.

L'autre catégorie de langues concerne les langues indo-iraniennes avec le népali (11,6 %) et l'hindi (1,4 %). Suivent une langue austro-asiatique (le santali: 0,6 %) et une langue dravidienne (le kouroux: 0,1 %).

3 Données historiques

Les recherches archéologiques datent à 2000 ans avant notre ère la présence d'une civilisation dans la région du Bhoutan. Il semble que le peuple indigène du Bhoutan, connu sous le nom de Monpa, aurait immigré depuis le Tibet à partir du IXe siècle. C'est pourquoi les Bhoutanais parlent une langue, le dzongkha, qui est apparenté très étroitement au tibétain, et pratiquent le bouddhisme.

De 1300 à 1600, l’histoire du Bhoutan fut traversée par des conflits entre les diverses élites. Au XVIIe siècle, un lama tibétain Zhabs-drung Ngag-dbangr nam-rgyal, reconnu comme l’incarnation du fondateur du monastère de Brug (le plus important du pays), affirma son autorité et mit en place la hiérarchie religieuse et civile qui a donné la culture du pays jusqu’à l’avènement de la monarchie. Il institua la fonction de régent en charge du pouvoir temporel, conservant pour lui-même et ses réincarnations successives le pouvoir spirituel. Le Bhoutan mena alors une politique agressive à l’égard des principautés voisines qui s’étaient placées sous la protection de la Compagnie britannique des Indes occidentales. Le Bhoutan resta en grande partie isolé du reste du monde, et son peuple pratiqua un mode de vie traditionnelle (essentiellement dans l'agriculture et le commerce), qui resta intact pendant des siècles.

3.1 Le protectorat britannique

En 1772, un premier conflit éclata. L’annexion de l’Assam par les Britanniques en 1826 aggrava les tensions frontalières, et une nouvelle guerre se produisit en 1864. La paix fut signée l’année suivante; le Bhoutan fut contraint de céder des territoires du Téraï aux Britanniques en échange d’une pension annuelle.

En 1907, le Bhoutan devint une monarchie. En 1910, un traité conclu avec la Grande-Bretagne plaça le Bhoutan sous protectorat britannique. L'anglais fut proclamée langue administrative du Bhoutan. L’autonomie interne du pays fut garantie en échange du contrôle des relations extérieures et de la défense. De nombreux Népalais sont venus s'établir dans le sud du pays.

En 1949, un traité entre l'Inde et le siège du gouvernement, la capitale Thimbu, plaça les affaires étrangères du Bhoutan sous le contrôle de l'Inde qui exerça un rôle prépondérant dans la vie du Bhoutan. Les fonctionnaires indiens représentèrent 55 % de la fonction publique bhoutanaise. Les 496 km de routes goudronnées furent construites par l’Inde, qui exploitait en commun le potentiel hydroélectrique du pays. L'hindi devint une langue d'enseignement dans certaines écoles du pays, avec le népali et l'anglais, mais la plupart des Bhotias ne fréquentaient que les écoles des monastères bouddhistes (jusqu'à la fin des années cinquante). En fait, seules les écoles privées enseignaient l'hindi, l'anglais ou le népali. À la fin des années cinquante, on ne comptait encore qu'une trentaine d'écoles primaires publiques dans tout le Bhoutan. Les études secondaires n'étaient disponibles qu'en Inde (avec l'hindi comme langue d'enseignement).

Le Bhoutan joua le rôle d’un État-tampon entre les deux grands voisins, que sont l’Inde et la Chine. Les revendications territoriales de la Chine et la querelle au sujet des réfugiés tibétains, en 1959, amenèrent le Bhoutan et l’Inde à resserrer leurs relations (aides économiques, assistance militaire, représentation diplomatique). Au même moment, le gouvernement bhoutanais légiféra afin d'interdire l'établissement des Népalais dans les vallées centrales du pays en raison de leur nombre sans cesse croissant, alors qu'ils demeuraient attachés aux traditions culturelles de leur pays d'origine; le gouvernement croyait ainsi la culture drukpa propre aux Bhotias.

Dans les années soixante, le Bhoutan s'engagea à moderniser la société, à abolir l'esclavage et le système des castes, à émanciper les femmes et à réformer le système agraire. Le gouvernement prit en charge les écoles privées afin de mettre en place un système national à travers le pays.

3.2 L'indépendance

Le Bhoutan adhéra à l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1971 et au mouvement des pays non-alignés en 1973. L’annexion du Sikkim par l’Inde en 1975 inquiéta la classe dirigeante bhoutanaise qui craignait de connaître le même sort. Les réformes sociales et économiques, entreprises par le roi Jigme Dorji Wangchuk de 1952 à 1972, furent poursuivies par son fils, le roi Jigme Singye Wangchuk.

Dans le but d'affaiblir l'influence des immigrants ou enfants d'immigrants népalais, considérés comme une menace à la monarchie absolue et à la culture drukpa, le roi Jigme Singye Wangchuk imposa la langue dzongkha qui devint obligatoire pour tous les citoyens, ainsi que le port des vêtements traditionnels bhoutanais; la pratique de l'hindouisme fut interdite. Dans les faits, la langue dzongkha fut introduite dans toutes les écoles primaires du Bhoutan, mais, outre le dzongkha, on continuait à enseigner le népali, le bumthangkha et le sharchopkha dans les districts où résidaient ces minorités. En même temps, l'anglais resta une langue d'enseignement pour les écoles secondaires et dans les établissements d'enseignement supérieurs.

Cela étant dit, la politique de bhoutanisation rencontra de violentes oppositions; en 1990, une partie de la communauté népalaise se rebella contre les autorités parce qu'elle refusait l'emploi du dzongkha comme langue officielle.  


Jigme Singye Wangchuk

C'est alors que le gouvernement durcit le ton en adoptant diverses mesures destinées à réduire encore les droits des Népalais. De nouveaux critères jugés par ailleurs «arbitraires» par Amnistie International furent établis pour accorder le droit à la citoyenneté bhoutanaise. La Loi sur la citoyenneté de 1985 eut pour effet de priver une large part des Lhotsampas de leur citoyenneté bhoutanaise. En 1988, le dzongkha, bien que langue maternelle de 16 % des Bhoutanais, était devenu l'unique langue officielle du pays, et le népali fut formellement interdit dans les lieux publics. L'année suivante, le gouvernement entreprit une vaste campagne de bhoutanisation dont le slogan était «Une Nation, Un Peuple»; il s'agissait d'exiger de tous les habitants du royaume d'adopter les vêtements et rites religieux bouddhistes, très différents de la tradition népalaise. Le ministère de l'Éducation statua que tous les Bhoutanais avaient dorénavant la responsabilité d'apprendre le dzongkha parce que c'était la langue nationale.  Pour faciliter dans l'étude du dzongkha, le ministère de l'Éducation publia un dictionnaire dzongkha. Les écoles népalaises furent alors supprimées.  Au début des années quatre-vingt-dix, le taux d'alphabétisation au Bhoutan était estimé à 30 % pour les hommes et 10 % pour les femmes, selon le Programme de développement des Nations unies. La plupart des Bhoutanais qui désiraient poursuivre des études supérieures devaient aller dans l'un ou l'autre des pays suivants: les États-Unis, Singapour, le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne et l'Allemagne.  

La plupart des Népalais furent expulsés ou invités à quitter volontairement la pays. Dans les années qui suivirent, quelque 100 000 Bhoutanais d'origine népalaise (les Lhotsampas) se réfugièrent au Népal dans des camps organisés par les Nations unies. Plusieurs rencontres se sont tenues entre le Népal et le Bhoutan, mais elles n'aboutirent pas, les autorités bhoutanaises considérant que ces réfugiés avaient volontairement quitté le pays et avaient renoncé ainsi à leur nationalité. Toutefois, les réfugiés affirment qu'ils ont été forcés de partir en raison des violences physiques, des pressions, des menaces ou des mesures d'intimidation, et qu'ils ont dû signer des «formulaires d'émigration volontaire». Selon l'article 6 de la Loi sur la citoyenneté de 1985, il est prévu qu'un citoyen ayant acquis la nationalité par naturalisation peut en être déchu s'il a manqué de loyauté, en actes ou en paroles, envers le roi, le pays ou le peuple du Bhoutan :

Article 6

c) Tout citoyen bhoutanais qui a acquis la nationalité par naturalisation peut en être déchu à tout moment s'il a manqué de loyauté, en actes ou en paroles, envers le roi, le pays ou le peuple du Bhoutan de quelque manière que ce soit.

d) Si les deux parents sont bhoutanais et que les enfants quittent le pays de leur plein gré sans que le gouvernement royal du Bhoutan n'en soit informé et que leurs noms ne figurent pas sur le registre de citoyenneté tenu par le ministère de l'Intérieur, ils ne seront pas considérés comme des citoyens bhoutanais.

e) Tout citoyen bhoutanais qui a été privé de la nationalité bhoutanaise doit vendre tous ses biens immeubles au Bhoutan dans le délai d'un an sous peine de les voir confisqués par le ministère de l'Intérieur en échange d'une indemnisation juste et raisonnable.

De plus, une circulaire, adressée le 17 août 1990 par le ministère de l'Intérieur à tous les dzongdags du sud du Bhoutan, c'est-à-dire les responsables des services de coordination des districts, prescrivait ce qui suit:

Vous êtes priés d'informer immédiatement tous les niveaux de l'administration locale et le public dans votre dzongkhag (district) que tout ressortissant bhoutanais qui quitte le pays pour aider les éléments antinationaux ne sera plus considéré comme un citoyen bhoutanais. Il doit également être annoncé très clairement que les membres de la famille de ces personnes vivant sous le même toit seront également tenus pour responsables et seront déchus de leur nationalité.

En novembre 1992, le Bhoutan et le Népal ont entamé des négociations concernant le retour au Bhoutan des personnes vivant dans les camps de réfugiés. Les nombreuses rencontres entre les représentants des deux gouvernements n'ont rien donné de concret, sauf de nouveaux critères de classification, qui constituent de nouveaux obstacles majeurs pour le rapatriement des réfugiés et qui accroissent le risque que les réfugiés deviennent des apatrides. Soulignons qu'un grand nombre d'entre eux, qui étaient des enfants au moment de leur expulsion, vont maintenant devenir apatrides.

En 1998, le roi Jigme Singye Wangchuck accepta de réduire volontairement les pouvoirs de la monarchie en les transférant au Parlement, ce dernier ayant même le droit de destituer le roi et de nommer un Conseil des ministres. L'impôt sur le revenu a été introduit, avec un formulaire d'impôt à remplir pour la première fois en février 2000. Cette année-là, le Népal et le Bhoutan ont finalement trouvé un accord sur la question des réfugiés. L'objectif était de permettre aux réfugiés bhoutanais de retourner dans leur pays, mais le programme de vérification semble s'effectuer très lentement.  Au même moment, les journaux de Katmandou parlaient régulièrement du problème des «Nepali speaking Bhutanese» (Népali parlant bhoutanais) réfugiés dans des camps et ou soupçonnés d'être des activistes anti-bhoutanais ou anti-indiens.

Le 15 décembre 2006, le roi Jigme Singye Wangchuck abdiqua en faveur de son fils de 26 ans, Jigme Khesar Wangchuk. Il s'est donné pour tâche de mettre en application les réformes amorcées par son père pour sortir le Bhoutan de son isolement. Le projet d’une nouvelle constitution et la tenue d’élections parlementaire en 2008 sont destinés à transformer la monarchie absolue en démocratie parlementaire dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Une fois adoptée, la Constitution remplacera un décret royal de 1953 qui accordait au souverain les pouvoirs absolus. 

Après une dizaine d'années, toutes les démarches entreprises pour rapatrier les 100 000 Lhotsampas au Bhoutan se sont avérées infructueuses. L'une des principales difficultés provient que les deux gouvernements ne se sont pas mis d'accord sur les modalités dont les personnes «vérifiées» vont être classées selon les quatre catégories définies en 1993, ainsi que sur le sort des réfugiés de chacune des catégories, un processus que les deux gouvernements désignent sous le nom de «harmonisation». De plus, les modalités du rapatriement devront faire l'objet d'une négociation avec la communauté internationale. Même si le nouveau roi a étudié en sciences politiques aux États-Unis et à Oxford, il continue de consulter les astrologues pour tous ses affaires, compris les législatives.

4 La politique linguistique

Le Bhoutan n'a pas de constitution écrite ni de lois organiques. Un texte officiel daté de 1907 soumis par les chefs religieux bouddhistes et le gouvernement constituait un accord pour établir une monarchie absolue héréditaire. Le seul texte juridique existant pouvant servir de constitution est un décret royal de 1953 prévoyant une Assemblée nationale. Cette sorte de Constitution présentait 18 «règles» succinctes pour les procédures de l'Assemblée nationale et la conduite de ses membres. Au début de 1969, les pouvoirs du président de l'Assemblée nationale ont été renforcés et le droit de veto du roi a été supprimé. En 2003, le roi promettait que la nouvelle Constitution apporterait un «cadre législatif pour la bonne gouvernance et l'État de droit». À cet effet, il a fait appel à une commission et à des experts internationaux, dont un avocat à la Cour suprême de l'Inde, pour proposer le modèle constitutionnel qui permettrait de «satisfaire les espoirs et les aspirations du peuple». Selon certains observateurs, la Constitution ne garantirait pas que les dignitaires du royaume perdaient leur contrôle sur le système administratif du pays.

4.1 Les langues de l'État

En principe, le gouvernement utilise deux langues dans l'administration des affaires: le dzongkha et l'anglais. Les lois sont rédigées en dzongkha, mais tous les documents sont imprimées dans cette langue et en anglais. Les communications orales n'ont lieu qu'en dzongkha; les langues des minorités nationales sont généralement ignorées, sauf dans les administrations municipales où certaines minorités sont concentrées. Dans tout le pays, les panneaux de signalisations sont bilingues (dzongkha et anglais).

Dans les cours de justice, la documentation est disponible dans les deux langues, mais le dzongkha reste la langue orale généralisée. Dans des cas de force majeure, on recourt à des interprètes.

4.2 Les langues de l'éducation

Jusqu'aux années soixante, il n'y avait pas eu de système formel d'éducation au Bhoutan, sauf pour l'éducation religieuse dans les monastères. Aujourd'hui, l'éducation est plus généralisée et gratuite, mais elle n'est pas obligatoire. La langue d'enseignement dans les écoles primaires est le dzongkha. L'anglais est introduit progressivement au secondaire, alors que l'anglais devient la langue d'enseignement et le dzongkha une discipline obligatoire. Dans certains districts, il existe quelques écoles primaires pour des minorités (les Népalis, les Tibétains et les Indiens), et le dzongkha reste une discipline obligatoire.

Malheureusement, les enfants bhoutanais n'ont pas tous accès à l'éducation, surtout dans les zones rurales des montagnes. C'est pourquoi seulement 25 % des enfants fréquentent l'école primaire et seulement 5 % l'école secondaire. La proportion de fréquentation scolaire est beaucoup plus élevée chez les garçon que chez les filles. Une autre difficulté provient du système de contrôle gouvernemental dans les examens ministériels. Beaucoup d'élèves échouent leur examen imposé par le Conseil d'État; ils doivent alors opter pour un service dans les postes inférieurs de la fonction publique, l'armée ou la police. Cependant, les enfants des Bhoutanais influents, tels que les fonctionnaires importants et ceux qui ont des relations au sein de la famille royale, tendent à réussir plus facilement et à obtenir de meilleurs résultats, même lorsqu'ils ignorent le dzongkha. On estime que 47 % de la population sait lire et écrire. Il n'existe pas de manuels, de livres ou de journaux autres qu'en dzongkha et en anglais. Par ailleurs, des efforts seraient faits pour rédiger davantage de manuels en dzongkha et le normaliser afin de le diffuser comme principale langue d'enseignement.

Les établissements universitaires dispensent leur enseignement en dzongkha et en anglais. Beaucoup d'étudiants bhoutanais obtiennent des subventions  pour poursuivre leurs études à l'étranger, généralement aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie, en Inde, à Singapour ou au Japon. Les étudiants qui obtiennent des subventions doivent retourner au pays et travailler durant six mois dans les zones rurales à ériger des écoles, superviser des cliniques médicales ou construire des systèmes d'irrigation.

L'importance de l'anglais est due à plusieurs facteurs. Ce sont d'abord les Britanniques qui ont introduit leur langue dans l'Administration, mais il y a eu le fait que l'Inde a exercé une forte influence sur le Bhoutan, ce qui a eu pour effet d'implanter l'anglais dans les écoles. Il faut rappeler aussi que les membres de la famille royale et les Bhoutanais plus aisés avaient l'habitude d'envoyer leurs enfants au St-Joseph College dans lequel les cours étaient dispensés par des jésuites canadiens installés à Darjeeling (dans l'État du Bengale occidental en Inde); le roi a même invité les jésuites canadiens à venir au Bhoutan pour organiser un système d'éducation moderne. Cependant, on assisterait à un certain déclin dans l'apprentissage de l'anglais dans les écoles du Bhoutan en raison de la mauvaise qualité de l'enseignement, de l'insalubrité des salles de classe et de l'abandon scolaire. En fait, seuls ceux qui ont terminé leur secondaire, soit moins de 5 % de la population, ont une connaissance adéquate de l'anglais. Les autres ne peuvent réussir qu'à le baragouiner, sans compte que la moitié des Bhoutanais ne peuvent ni écrire ni lire la langue officielle. En réalité, ceux qui parlent l'anglais sont des gens instruits résidant dans les centres urbains.

4.3 Les langues des médias

Malgré la politique d'ouverture du roi Jigme Singye Wangchuck, la monarchie semble laisser peu de place à une information pluraliste. En effet, tous les médias sont contrôlés par les Guups, les représentants du palais. Des responsables du ministère de l'Information et de la Communication, ainsi que des professionnels des médias se sont réunis dans la capitale pour débattre des projets de loi élaborés par le gouvernement afin de régulariser la presse écrite et audiovisuelle. Le gouvernement a annoncé que le Parlement adopterait pour l'été de 2004 une nouvelle législation destinée au développement professionnel des médias ; on créerait aussi un conseil de la presse.

Le journal national Kuensel de Thimphou est publié une fois par semaine en dzongkha, en anglais et népali.  Les autres journaux proviennent de l'étranger et sont de langue anglaise (p. ex., le Washington Post). L'unique radio, la Bhutan Broadcasting Service (BBS), diffuse deux bulletins d'information quotidiens en quatre langues: le dzongkha, l'anglais, le tshangla (ou sharchopkha) et le lhotsamkha, mais les deux dernières langues ne bénéficient que d'une émission quotidienne d'une demi-heure. La télévision publique diffuse un journal quotidien en dzongkha et en anglais, mais ne couvre pas encore tout le territoire; par contre, certains privilégiés ont accès aux télévisions étrangères grâce au satellite ou au câble.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le Bhoutan ne traite pas ses minorités de façon adéquate. Celles-ci sont opprimées depuis plusieurs siècles, encore davantage depuis que le gouvernement a entrepris sa politique de bhoutanisation. On espère seulement que. dans quelque temps, le dzongkha aura remplacer les «dialectes nationaux». Les Népalais ont subi de façon plus draconienne les politiques gouvernementales jusqu'à se faire interdire d'employer leur langue dans les lieux publics. La seule minorité à ne pas subir de répression est la petite communauté tibétaine qui compte quatre écoles primaires pour un total de moins de 200 élèves. Cette attitude du gouvernement découle généralement d'une politique qui consiste à présenter le gouvernement comme le protecteur en titre du bouddhisme. Étant donné que les Népalais sont hindouistes et non bouddhistes, ils sont discriminés. Le Bhoutan n'est pas un État de droit parce que les dignitaires qui font partie de la cour royale contrôle arbitrairement tout l'appareil gouvernemental.  La presse de Katmandou fait régulièrement état de la situation des réfugiés en parlant de «purification ethnique». On accuse le régime bhoutanais d'opprimer le droit des peuples de vivre dans la dignité et la liberté d'expression.

Quant au gouvernement, il se réfugie dans sa politique de bhoutanisation qui est elle-même concurrencée par une forte anglomanie prônée par une clique royale qui semble faire fi des droits humains les plus élémentaires. Bref, le Bhoutan pratique une politique d'assimilation à l'égard de ses minorités nationales, une politique de valorisation de la langue officielle et une politique de permissivité à l'égard de l'anglais, une langue privilégiée par l'élite instruite bouddhiste.

Dernière mise à jour: 06 juin 2009
 

Bibliographie

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