[Flag of India]
Union indienne

Union indienne

Indian Union / Bharat Ganarajyá

Capitale: New Delhi
Population: 1,0 milliard (2001)
Langues officielles (Union): hindi et anglais
Langues constitutionnelles: assamais, bengali, bodo, dogri, gujarati, hindi, kannada, kashmiri, konkani, maithili, malayalam, manipouri, marathi, népali, oriya, panjabi, ourdou, sanskrit, santali, sindhi, tamoul, télougou
Groupe majoritaire: hindi (près de 50 % des locuteurs)
Groupes minoritaires: 1600 langues, dont 398 officiellement répertoriées
Système politique: république fédérale de 28 États et de sept territoires fédéraux
Articles constitutionnels (langue): art. 29, 30, 120, 210, 343 à 350 de la Constitution de 1956 (en vigueur)
Lois linguistiques: l'
Ordonnance présidentielle de 1960; l
a Loi sur les langues officielles (Official Languages Act) de 1963 modifiée en 1967; les Règlements sur les langues officielles (Official Languages Rules) de 1976 modifiés en 1987; Directives relatives à la langue officielle de 2009.

1 Situation géographique

Le nom officiel de l'Inde est l'Union indienne (en français) ou Indian Union (en anglais) ou encore Bharat Ganarajyá (en hindi). Cette dénomination sert à désigner l'Union fédérale. On emploie aussi république de l'Inde pour désigner le pays.

L'Inde est un grand État de 3,2 millions de km² (France: 543 965 km²; Canada: 9,9 millions km², Pakistan: 803 940 km²; Afghanistan: 647 500 km²). L'Inde est 5,8 fois plus grande que la France et occupe la septième plus grande superficie à l’échelle mondiale, après le Canada, la Russie, les États-Unis, la Chine, le Brésil et l'Australie. L'Inde est aussi la troisième puissance des «pays en voie de développement» après la Chine et le Brésil.

Le pays est limité à l'ouest par la mer d'Oman et le Pakistan, au nord par la Chine, le Népal et le Bhoutan, à l'est par le Bangladesh, la Birmanie et le golfe du Bengale, au sud par le Sri Lanka et les îles Maldives. L'Inde comprend aussi les îles Laccadive à 300 km des côtes de l'État du Kerala, de même qu'un archipel au sud de la Birmanie, les îles Andaman (partie nord) et Nicobar (partie sud).

L'Inde se divise en trois régions géographiques: les Himalaya dans le Nord, le plateau du Deccan dans le centre du pays et la plaine du Gange, une région fertile et densément peuplée dans le Sud. Le pays compte plus de 6000 km de côtes et est arrosé au nord par le Gange qui, né dans l'Himalaya, va se jeter 2700 km plus loin dans le golfe du Bengale proche de Calcutta.

Au point de vue administratif, l'Union indienne est une république fédérale de 28 États fédérés et de sept territoires fédéraux (voir la carte des 28 États en date de 2001). Ces États fédérés sont les suivants: 

l'Andhra Pradesh,
l'Arunachal Pradesh,
l'Assam
le Bengale occidental
le Bihar
le Chhatisgarh
Goa
le Gujarat
l'Haryana,
l'Himachal Pradesh,
le Jammu-et-Cachemire
le Jharakhand
le Karnataka
le Kerala,
le Madhya Pradesh,
le Maharashtra
le Manipur,
le Meghalaya
le Mizoram
le Nagaland
l'Orissa

le Panjab
le Rajasthan,
le Sikkim
le Tamil Nadu,
le Tripura,
l'Uttaranchal
l'Uttar Pradesh

Les sept territoires de l'Union sont les îles Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Dadra-et-Nagar-Haveli, Daman-et-Diu, Delhi (district fédéral) les îles Lakshadweep (ou Laccadive) et Pondichéry (Pondicherry)

Si chacun des 28 États est autonome et doté de son parlement et de son exécutif (ainsi que sa fonction publique), les territoires de l'Union sont administrés directement par le gouvernement central. Toutefois, dans les faits, on peut dire que c'est la religion qui «gouverne» le pays, car elle est à l'origine de nombreux conflits qui ont ensanglanté le pays, notamment entre les hindous et les musulmans. Parmi la vingtaine de religions, ce sont les hindouistes qui, de loin, sont les plus nombreux (82 %) devant les musulmans (12 % dont la plupart résident dans le Nord-Ouest, comme au Jammu-et-Cachemire), les chrétiens (3 %, surtout au sud), les bouddhistes (1 %), les sikhs (essentiellement au Panjab), les jaïns (beaucoup au Gujarat), les parsis (à Bombay) et les juifs.

2 Données démographiques

Avec 1,0 milliard d'habitants en 2001, l’Inde représente environ un sixième de la population de l’humanité. Démographiquement, elle se place au deuxième rang mondial après la Chine. Les groupes ethniques sont nombreux et comptent principalement des Indo-Aryens (72 %), des Dravidiens (25 %), des Asiatiques (3 %). 

Parmi les principales ethnies, on distingue les Hindi, les Ourdous, les Bengali, les Marathes, les Assamais, les Sindhi, les Oriya, les Panjabi, les Cachemiri (Kashmiri), les Népali, les Télougous, les Tamouls, les Kannada et les Malayalam. Les quatre derniers sont des peuples dravidiens, alors que les autres sont des Indo-Aryens. Les Indiens sont répartis très inégalement entre les États. Par exemple, l'État du Sikkim (voir le code 11) ne compte qu'un demi-million d'habitants, alors que l'État de l'Uttar Pradesh (voir le code 9) atteint les 166 millions d'habitants; on dénombre 13,7 millions d'habitants dans le territoire fédéral de Delhi (voir le code 7) , mais seulement 50 595 aux îles Laccadive (voir le code 31). Il suffit de consulter le tableau ci-dessous pour constater les disparités démographiques entre les États indiens. Quant aux codes, ils renvoient à une carte politique des États qu'on peut consulter en cliquant ICI

Code État Capitale Superficie (km²)

Population (2001)

1 Jammu-et-Cachemire Srinagar 101 387    10 069 917    
2 Himachal Pradesh Simla  55 673      6 077 248    
3 Panjab (Punjab) Chandigarh  50 362    24 289 296    
5 Uttaranchal Dehra Dun  53 483      8 479 562    
6 Haryana Chandigarh  44 212    21 082 989    
8 Rajasthan Jaipur 342 239    56 473 122    
9 Uttar Pradesh Lucknow 240 928  166 052 859    
10 Bihār Patna  94 163    82 878 796    
11 Sikkim Gangtok   7 096        540 493    
12 Arunachal Pradesh Itanagar  83 743      1 091 117    
13 Nagaland Kohima  16 579      1 988 636    
14 Manipur Imphal  22 327      2 388 634    
15 Mizoram Aizawl  21 081         891 058    
16 Tripura Agartala  10 486      3 191 168    
17 Meghalaya Shillong  22 429      2 306 069    
18 Assam Dispur  78 438    26 638 407    
19 Bengale occidental Kolkata (ex-Calcutta)  88 752    80 221 171    
20 Jharkhand Ranchi  79 714    26 909 428    
21 Orissa Bhubaneswar 155 707    36 706 920    
22 Chhattīsgarh Raipur 135 191    20 795 956    
23 Madhya Pradesh Bhopal 308 245     60 385 118    
24 Gujarat Gandhinagar 196 022    50 596 992    
27 Maharashtra Mumbai 307 713    96 752 247    
28 Andhra Pradesh Hyderabad 275 069    75 727 541    
29 Karnataka Bangalore 191 791    52 733 958    
30 Goa Panaji    3 702      1 343 998    
32 Kerala Thiruvananthapuram  38 863    31 838 619    
33 Tamil Nadu Chennai 130 058    62 110 839    
  Territoire de l'Union   
4 Chandigarh Chandigarh   114       900 914    
7 Delhi Delhi 1483    13 782 976    
25 Daman-et-Diu Daman   112        158 059    
26 Dadra-et-Nagar-Haveli Silvassa   491         220 451    
31 Laccadive
(Lakshadweep)
Kavaratti    32          60 595    
34 Pondichéry
(Pondicherry)
Puducherry  480         973 829    
35 Andaman-et-Nicobar Port Blair 8249          356 265    
  TOTAL 3 166 414 1 027 015 247  
Source: Provisional Population Totals : India, Census of India 2001.
Note 1: Les données démographiques correspondent au résultats préliminaires du recensement tenu au commencement de 2001.
Note 2: La capitale du Panjab (3), celle de l'Haryana (6) et celle d'un territoire de l'Union (4) portent le nom de Chandigarh. 
Note 3: L'Uttaranchal, le Jharkand et Chhattisgarh proviennent de divisions récentes à partir des États de l'Uttar Pradesh, du Bihar et du Madhya Pradesh.

En analysant le tableau ci-dessus, on constate que dix États (Rajasthan, Uttar Pradesh, Bihar, Bengale occidental, Madhya Pradesh, Gujarat, Maharashtra, Andhra Pradesh, Karnataka et Tamil Nadu) comptent une population de plus de 50 millions d'habitants. Dans d'autres contextes politiques, il y aurait là de quoi faire plusieurs pays!

Ajoutons aussi quelques mots au sujet de la question des réfugiés en Inde. À la fin de 2001, environ 345 000 réfugiés vivaient en Inde, dont quelque 144 000 Srilankais (au Tamil Nadu), 110 000 Tibétains (en provenance de la Chine, 52 000 Birmans (dans les États de Mizoram et de Nagaland), 15 000 Bhoutans (dans les États d'Assam et du Bengale occidental), 12 000 Afghans et de 5000 à 20 000 Bengalideshi (au Bengale occidental). De ce nombre, il faut encore ajouter plus de 500 000 citoyens indiens qui ont été déplacées à l'intérieur de l'Inde en raison de la violence politique, dont environ 350 000 Kashmiri et plus de  157 000 autres dans le nord-est de l'Inde. L'État n'est pas un signataire à la Convention pour les réfugiés de l'ONU et n'a pas de législation nationale en ce qui a trait aux réfugiés. L'Inde a accordé des visas temporaires à un petit nombre de réfugiés reconnus comme «politiques», mais les autres sont considérés comme des «immigrants économiques» ou des «intrus», et ils sont logés dans des camps ou pourchassés comme du bétail par les forces de sécurité.

3 Les langues de l’Inde 

Il existe plus de 1600 langues en Inde, dont 398 sont officiellement répertoriées. Cependant, seulement 40 langues sont parlées par plus d'un million de locuteurs et rassemblent plus de 850 millions de personnes, soit 85 % de la population du pays. Cela signifie que moins de 10 % des langues sont parlées par la très grande majorité de la population et que 90 % des langues de l'Inde ne sont utilisées que par 15 % des locuteurs indiens. 

3.1 Les principales langues indiennes

L'hindi prédomine dans le Nord (180 millions de locuteurs), mais le télougou et le tamoul demeurent les langues les plus employées dans le Sud. Toutefois, l'assamais, le bengali, le gujarati, le kannada, le kashmiri, le malayalam, le marathi, l'oriya, le panjabi et l'ourdou, de même que l'hindoustati, sont également très employés. De plus, l'anglais (dit «l'anglo-indien») permet la communication entre les Indiens de langues différentes. Si l'hindi est parlé par 180 millions de locuteurs (18 %) comme langue maternelle, il est utilisé par plus de 365 millions de locuteurs (36 %, voire à divers degrés par près de 50 % des Indiens). Le tableau qui suit présente les 40 langues numériquement les plus importantes en terme de locuteurs.

Les 40 principales langues de l'Inde (1995)

N

Langue

Locuteurs
( millions)


Groupe

Régions principales

1 Hindi* 180 indo-iranien Delhi, Uttar Pradesh, Rajasthan, Panjab, Madhya Pradesh, Bihar, Himachal Pradesh
2 Bengali*    70,5 indo-iranien Bengale occidental
3 Télougou*    69,6 dravidien Andhra Pradesh
4 Marathi* 68 indo-iranien Mararashtra
5 Tamoul*    61,5 dravidien Tamil Nadu 
6 Ourdou* 48 indo-iranien Uttar Pradesh, Bihar, Andhra Pradesh, Madhya Pradesh, Radjasthan, Panjab, Haryana, Jammou-et-Cachemire
7 Gujarati*    45,4 indo-iranien Gujarat, Maharashtra, Rajasthan, Karnataka, Madhya Pradesh
8 Kannada*    35,3 dravidien Karnataka, Andhra Pradesh, Tamil Nadu, Maharashtra
9 Malayalam*    35,3 dravidien Kerala, îles Laccadive
10 Oriya*    31,6 indo-iranien Orissa, Bihar, Bengale occidental, Assam, Andhra Pradesh
11 Panjabi* 27 indo-iranien Panjab, Haryana, Delhi, Jammu-et-Cachemire
12 Bhojpouri (bihari)    24,5 indo-iranien Bihar, Uttar Pradesh, Assam, Delhi, Madhya Pradesh, Bengale occidetal
13 Maithili  22 indo-iranien Delhi, Bengale occidental
14 Awadhi (kosali)   20 indo-iranien Bihar, Madhya Pradesh, Uttar Pradesh, Delhi
15 Assamais*    15,3 indo-iranien Assam, Meghalaya, Arunachal Pradesh
16 Rajasthani    12,9 indo-iranien Radjasthan, Gujarat, Madhya Pradesh, Panjab, Delhi, Haryana, Uttar Pradesh
17 Chhattisgarhi    11,5 indo-iranien Chhattisgarhi, Madhya Pradesh, Bihar, Orissa,
18 Haryani 13 indo-iranien Haryana, Panjab, Karnataka, Delhi, Himachal Pradesh, Uttar Pradesh
19 Kanauji 6 indo-iranien Uttar Pradesh
20 Konkani* 6 indo-iranien Maharashtra, Karnataka, Dadra-et-Nagar Haveli, Kerala, Goa 
21 Népali* 6 indo-iranien Bengale occidental, Assam, Arunachal Pradesh, Bihar, Haryana, Himachal Pradesh, Uttar Pradesh
22 Santali 6 indo-iranien Assam, Bengale occidental, Bihar, Orissa, Tripura
23 Kashmiri*   3,3 indo-iranien Cachemire, Panjab, Uttar Pradesh, Delhi
24 Lambadi    2,8 indo-iranien Andhra Pradesh, Madhra Pradesh, Himachal Pradesh, Gujarat, Tamil Nadu, Maharashtra, Karnataka, Orissa, Bengale occidental
25 Sindhi*   2,8 indo-iranien Gujarat, Maharashtra, Rajasthan, Andhra Pradesh, Bihar, Delhi, Madhya Pradesh, Orissa, Tamil Nadu, Uttar Pradesh
26 Kumauni   2,3 indo-iranien Uttar Pradesh, Assam, Bihar, Delhi, Madhya Pradesh, Maharashtra, Nagaland
27 Dogari   2,2 indo-iranien Jammu-et-Cachemire, Chandigarh, Himachal Pradesh, Bengale occidental
28 Rajbangsi   2,2 indo-iranien Bengale occidental
29 Pahari   2,1 indo-iranien Himachal Pradesh, Cachemire, Uttar Pradesh
30 Kurukh 2 indo-iranien Bihar, Madhya Pradesh, Bengale occidental, Orissa, Assam, Tripura 
31 Mundari  2 indo-iranien Assam, Bihar, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, Orissa, Tripura, Bengale occidental, Andaman-et-Nicobar
32 Gondi   1,9 indo-iranien Madhya Pradesh, Maharashtra
33 Sadri   1,9 indo-iranien Assam, Bihar, Madhya Pradesh, Bengale occidental, Orissa, Andaman-et-Nicobar, Nagaland
34 Toulou   1,9 dravidien Andhra Pradesh, Kerala, Tamil Nadu, Maharashtra, Karnataka, Meghalaya 
35 Bagri   1,8 indo-iranien Panjab, Rajasthan, Haryana, Madhya Pradesh 
36 Wagdi   1,6 indo-iranien Rajasthan, Gujarat, Andhra Pradesh
37 Bhili   1,3 indo-iranien Madhya Pradesh, Rajasthan, Maharashtra,  Jammu-et-Cachemir, Andhra Pradesh, Karnataka, Panhab, Bihar, Tripura
38 Manipouri*   1,2 indo-iranien Manipur, Assam, Nagaland, Tripura, Uttar Pradesh, Bengale occidental
39 Mewari    1,2 indo-iranien Rajasthan
40 Malvi   1,1 indo-iranien Madhya Pradesh, Maharashtra, Rajasthan, Gujarat

Parmi ces 40 langues, l’hindi est certes la langue la plus importante du pays. Parlé comme langue maternelle par 180 millions de locuteurs et, comme langue seconde, par 340 à 400 millions d’autres, l'hindi est utilisé, à des degrés divers, par plus de 50 % des Indiens. C’est pourquoi l’hindi jouit du statut de langue officielle nationale, statut qu’il partage avec l’anglais, l’ancienne langue coloniale. 

Parmi les autres langues parlées par plus de 25 millions de locuteurs, mentionnons le bengali (70,5), le télougou (69,6 M), le marathi (68 M), le tamoul (61,5 M), l'ourdou (48 M), le goujarati (45,4 M), le kannada (35,4 M), le malayalam (35,3 M), l'oriya (31,6 M) et le panjabi (27 M). Cet ensemble regroupes plus de 636 millions de locuteurs, soit 64 % des Indiens. Rappelons que l'hindi et l'ourdou ne forment en réalité qu’une seule et même langue, mais l’hindi s’écrit avec l’alphabet devanagari et l’ourdou avec l’alphabet arabo-persan (voir l'hindoustati). Or, nous le savons, les 40 langues parlées par plus d'un million de locuteurs rassemblent plus de 850 millions de personnes, soit 85 % de la population du pays. Il reste donc des centaines de langues — au moins 1500 — pour moins de 140 millions de personnes, c'est-à-dire l'équivalent de 93 langues par tranche d'un million de personnes. Toutes ces langues s'écrivent avec des alphabets plus ou moins différents. 

3.2 Les familles linguistiques

L'Inde est divisée linguistiquement en deux grands grands groupes linguistiques: 

(1) les langues indo-iraniennes (de la famille indo-européenne ) regroupant 74,2 % de la population (ou 742 millions de locuteurs) – dans les États du Nord (hindi, panjabi, ourdou, bengali, rajasthani, etc.);

(2) les langues dravidiennes regroupant 23,8 % de la population (ou 23 millions de locuteurs) – dans les États du Sud (télougou, tamoul, kannada, malayalam, etc.). 

À l'intérieur de ces deux aires, dans le centre du pays, on retrouve un certain nombre de langues austro-asiatiques (1,1 % de la population ou 11,6 millions de locuteurs) et, tout au nord, des langues sino-tibétaines (0,8 % ou 8 millions de locuteurs). On peut consulter la carte linguistique de l'Inde. 

Toutes les langues indo-iraniennes dérivent des prakrits, langues usuelles de l'Inde ancienne, issues elles-même, plus ou moins directement, du sanskrit. Les principaux prakrits sont l'ardha-magadhi, l'avanta, la magadhi, la maharashtri et la shauraseni. Ces prakrits avaient fait de nombreux emprunts aux langues non indo-européennes de l'Inde, dont les langues dravidiennes. 

Les langues dravidiennes (tamoul, télougou, kannada et malayalam) sont massivement parlée dans le sud de l'Inde ainsi qu'au Sri Lanka. Ce sont des langues qui se ressemblent assez étroitement et leurs alphabets respectifs ont de nombreux points communs.  

On peut résumer la répartition des familles linguistiques de la façon suivante, selon les donnée du recensement 2001:

Familles linguistiques de l'Inde

Familles linguistiques Nombre des langues Locuteurs dont la langue maternelle est déclarée Pourcentage
de la population totale

1. Indo-européenne
(a) Indo-iranienne


21

790 627 060

76,86 %
(b) Iranienne  2         22 774  0,00 %
(c) Germanique  1       226 449  0,02 %
2. Dravidienne 17 214 172 874 20,82 %
3. Austro-asiatique 14  11 442 029   1,11 %
4. Sino-tibétaine (tibéto-birmane) 66  10 305 026   1,00 %
5. Chamito-sémitique  1       51 728   0,01 %
Total 12 1 026 847 940* 99,82 %*

* Le reste des 1 762 388 (0,17 %) de la population totale indienne (1 028 610 328) comprend les 1 635 280 locuteurs de ces langues et des langues maternelles qui n'étaient pas identifiées ou parlées par moins de 10000 locuteurs dans toute l'Inde. De plus, la population de 127 108 individus de l'État de Manipur n'a pas été incluse dans les données linguistiques, car les résultats du recensement de 2001 ont été annulés dans trois districts du Manipur.

Liste des langues du recensement 2001 par famille
(Données du gouvernement indien)

1. INDO-EUROPÉENNE

(a) GROUPE INDIEN

1. Assamais 2. bengali 3. bhili/bhilodi 4. bishnupuriya 5. dogri 6. gujarati 7. halabi  8. hindi 9. kashmiri 10. khandeshi 11. konkani 12. lahnda
13. maithili 14. marathi 15. népali 16. oriya 17. panjabi 18. sanskrit 19. shina 20. sindhi 21. ourdou.

 (b) GROUPE IRANIEN

1. Afghan/pachtou 2. persan (farsi).

(c) GROUPE GERMANIQUE

1. Anglais
 

2. DRAVIDIENNE

1. Coorgi/kodagu 2. gondi 3. jatapu 4. kannada 5. khond/kondh 6. kisan 7. kolami 8. konda 9. koya 10. kui 11. kurukh/oraon 12. malayalam 13. malto 14. parji 15. tamoul 16. télougou 17. toulou (tulu).  
 

3. AUSTRO-ASIATIQUE

1. Bhumij 2. gadaba 3. ho 4. juang 5. kharia 6. khasi 7. koda/kora 8. korku 9. korwa 10. munda 11. mundari 12. nicobarais 13. santali 14. savara
 

4. SINO-TIBÉTAINE (GROUPE TIBÉTO-BIRMAN)

1. Adi 2. anal 3. angami 4. ao 5. balti 6. bhotia 7. bodo 8. chakesang 9. chakru/chokri 10. chang 11. deori 12. dimasa 13. gangte 14. garo 15. halam
16. hmar 17. kabui 18. karbi/mikir 19. khezha 20. khiemnungan 21. kinnauri 22. koch 23. kom 24. konyak 25. kuki 26. ladakhi 27. lahaulil 28. lakher
29.
lalung 30. lepcha 31. liangmei 32. l
imbu 33. lotha 34. lushai/mizo 35. manipouri 36. maram 37. maring 38. miri/mishing 39. mishmi 40. mogh
41.
monpa 42. nissi/dafla 43. nocte 44. paite 45. pawi 46. phom 47. pochury 48. rabha 49. rai 50. rengma 51. sangtam 52. sema 53. sherpa 54. simte
55. tamang 56. tangkhul 57. tangsa 58. thado 59. tibétain 60. tripouri 61. vaiphei 62. wancho 63. yimchungre 64. zeliang 65. zemi 66. zou. 
 

5. CHAMITO-SÉMIRIQUE

1. Arabe.

3.3 Les alphabets

Les langues indo-iraniennes et dravidiennes s'écrivent avec une douzaine d'alphabets différents dont l'alphabet devanagari (signifiant «dieu de la ville»: l'écriture du sanskrit), l'alphabet bengali, l'alphabet arabo-persan, l'alphabet gurmukhi, l'alphabet gujrati, l'alphabet oriya, l'alphabet télougou, l'alphabet kannada, l'alphabet malayalam, l'alphabet tamoul, l'alphabet latin et l'alphabet  tibétain. 

Alphabet devanagari  Devanagari
Alphabet bengali Bangla (Bengali)
Alphabet gourmoukhi Gurmukhi
Alphabet goujarati Gujarati
Alphabet oriya Oriya
Alphabet télougou Telugu
Alphabet kannada
Alphabet tamoul Tamil (Tamir)
Alphabet tibétain

Tibetan (Pogay)

Cette énumération d'alphabets peut paraître décourageante pour certains, mais dans la pratique la situation n'est pas aussi confuse qu'elle semble l'être. Par exemple, le devanagari est utilisé par l'hindi et un certain nombre d'autres langues qui en sont proches, comme le bihari, la marathi et le népali. Des écritures comme le gourmoukhi ou le bengali sont directement dérivées du devanagari et, si elles sont suffisamment distinctes pour ne pas être lisibles sans initiation, il suffit de peu de temps pour en apprendre une à partir d'une autre.  

Dans l'Inde du Sud et au Sri Lanka — où l'influence bouddhique s'est maintenue — les alphabets employés sont plus proches du pali (une langue indo-iranienne parlée autrefois en Inde, mais encore utilisée comme langue liturgique dans le bouddhisme theravâda) que du nâgarî. Néanmoins, le système des voyelles est assez similaire à celui du devanagari. Il faut aussi préciser que pour de nombreuses lettres, que l'alphabet vienne du devanagari du pali, il existe des analogies de forme, des similitudes de mouvement de la main entre ces écritures, ce qui facilite leur mémorisation. Les écritures de type indien ont inspiré de nombreuses autres langues, dont le tibétain, le thaï, le khmer, etc. 

L'écriture appelée nâgarî (littéralement «urbaine») ou dévanâgarîdivin Nâgarî») s'écrit de gauche à droite; elle est basée sur un système phonologique tel que développé par les anciens pandits pour le sanskrit. Cette écriture et celles qui en sont dérivées se caractérisent par une barre horizontale placée par dessus des consonnes, ce qui donne l'impression que l'ensemble du mot est «surligné».  Les livres sacrés bouddhiques ont été écrits en pali, dont les lettres se caractérisent par des formes très arrondies. Voici des exemples comparatifs à partir de voyelles en hindi, en panjabi, en bengali et en gujarati:

Rappelons que, pour sa part, l'ourdou utilise un alphabet arabo-persan, très différent des alphabets nâgarî employés pour les langues indiennes. 

4 Le statut des langues

Étant donné le grand nombre des langues parlées dans le pays, on comprendra que toutes ces langues n'ont pas le même statut. Une stricte hiérarchie a été instituée.

4.1 L'hindi et l'anglais

Au somment de la hiérarchie, figurent l’hindi et l’anglais, les deux langues officielles de l'Union indienne (fédération). Ces langues sont restées pour l’ensemble de la population indienne des langues étrangères, surtout l'anglais. Contrairement à l’hindi perçu comme la langue de la caste dirigeante hindoue, l’anglais a l’avantage d’être considéré comme une langue «neutre» permettant de communiquer avec un plus grande nombre de locuteurs. C’est aussi la langue de la technologie, de la modernité et du développement économique.  N'oublions pas que l'hindi officiel demeure encore obscur aux classes populaires indiennes et a tendance à devenir un symbole de l'oppression et du pouvoir de l'État central, alors que l'anglais reste la langue qui fournit les meilleurs emplois. N'étant lié à aucune communauté régionale ou religieuse, l'anglais incarne aux yeux de nombreux Indiens «la langue où l'idée de la nation indienne peut le mieux s'exprimer», bien qu'elle reste une langue étrangère inaccessible au plus grand nombre. Cela étant dit, seulement 5 % des Indiens parlent l'anglais couramment; contre près de 30 % pour l'hindi. En revanche, de 85 % à 90 % des Indiens parlent la langue officielle de leur État respectif.

4.2 Les langues constitutionnelles

Depuis le mois de mai 2007, on compte aussi 22 langues dites constitutionnelles. Dans la Constitution de l'Inde, il existe une disposition prévoyant pour chacun des États indiens une ou des langues officielles. Les langues choisies peuvent être employées à des fins officielles et être inscrites dans la Eighth Schedule ou 8th Schedule (Annexe VIII) de la Constitution. Jusqu'à l'Amendement 21 (''Twenty-First Amendment'') de la Constitution de 1967, le pays reconnaissait 14 langues constitutionnelles, puis 18 jusqu'en 1992, avec l'Amendement 71 qui a prévu l'insertion de quelques autres langues (konkani, manipouri, népali). À partir de mai 2007, avec le 100e Amendement, le nombre des langues mentionnées dans la Eighth Schedule (Annexe VIII) a été augmenté à 22 (bodo, dogri, santali et maithili).

Avec l’hindi, ces langues sont les suivantes: l'assamais, le bengali, le bodo, le dogri, le goujarati, l'hindi, le kannada, le kashmiri, le konkani, le maithili, le malayalam, le manipouri, le marathi, le népali, l'oriya, le panjabi, l'ourdou, le sanskrit, le santali, le sindhi, le tamoul et le télougou. Le sanskrit est aux langues indiennes ce qu’est le latin pour le français, l’espagnol, l’italien, etc. Cette ancienne langue religieuse, aujourd’hui une langue morte, n’est parlée par à peu près personne, mais quelque milliers de spécialistes (historiens, linguistes, religieux, etc.) l'utilisent comme langue seconde; on lui a donc gardé son statut symbolique. 

Ces 22 langues constitutionnelles sont officielles dans les États suivants:

  Langues officielles Famille État

1

Assamais 

indo-européenne

Assam

2

Bengali 

indo-européenne

Andaman-et- Nicobar, Bengale occidental, Tripura

3

Bodo (nouvelle)

sino-tibétaine

Assam

4

Dogri (nouvelle)

indo-européenne

Jammu-et-Cachemire

5

Goujarati

indo-européenne

Dadra-et-Nagar-Haveli, Daman-et- Diu, Gujarat

6

Hindi 

indo-européenne

Andaman-et- Nicobar, Arunachal Pradesh, Bihar, Chandigarh, Chhattisgarh, Delhi, Haryana, Himachal Pradesh, Jharkhand, Madhya Pradesh, Rajasthan, Uttar Pradesh, Uttarakhand

7

Kannada 

dravidienne

Karnataka

8

Kashmiri

indo-européenne

Jammu-et-Cachemire

9

Konkani (nouvelle)

indo-européenne

Goa, Karnataka, Maharashtra, Kerala

10

Maithili (nouvelle)

indo-européenne

Bihar
11 Malayalam  

dravidienne

Kerala, Andaman-et- Nicobar, îles Laccadive (Lakshdweep)
12 Manipouri

indo-européenne

Manipur
13 Marathi

indo-européenne

Dadra-et-Nagar-Haveli, Daman-et- Diu, Goa, Maharashtra, Madhya Pradesh
14 Népali

indo-européenne

Bengale occidental, Sikkim
15 Oriya

indo-européenne

Orissa
16 Panjabi

indo-européenne

Panjab, Chandigarh, Delhi, Haryana
17 Ourdou

indo-européenne

Andhra Pradesh, Delhi, Jammu-et-Cachemire, Bihar, Uttar Pradesh
18 Sanskrit

indo-européenne

------------------

19 Santali (nouvelle)

indo-européenne

Assam, Bihar, Bengale occidental, Mizoram, Orissa, Tripura
20 Sindhi 

indo-européenne

Panjab
21 Tamoul

dravidienne

Andaman-et- Nicobar, Tamil Nadu, Pondichéry
22 Télougou

dravidienne

Andaman-et- Nicobar, Andhra Pradesh

Si l’on fait exception du sanskrit, les 22 langues constitutionnelles regroupent à elles seules plus de 70 % de la population. Toutes ces langues jouissent des avantages de leur statut: elles sont utilisées dans les parlements locaux, les écoles, les administrations, les médias, les commerces, etc. 

Hindi 180 millions Bengali 70,5 millions
Télougou 69,6 millions Marathi 68 millions
Tamoul 61,5 millions Ourdou 48 millions
Goujarati 45,4 millions Kannada 35,3 millions
Malayalam 35,3 millions Oriya 31,6 millions
Panjabi 27 millions Assamais 15,3 millions
Népali  6,5 millions Konkani 6 millions
Kashmiri 3,3 Millions Sindhi 2,8 millions
Manipouri 1,2 million Sanskrit env. 3000 individus

4.3 Les langues officielles des États et territoires

Les langues officielles (''scheduled languages'') sont des langues dites répertoriées et incluses dans la ''Eighth Schedule'' (Annexe VIII) de la Constitution indienne. Elles sont au nombre de 22. Les langues non répertoriées (''non-scheduled languages'') sont plus d'une centaine et comprennent des langues maternelles parlées par plus de 10 000 locuteurs.

Les langues officielles des États indiens sont fort nombreuses, car chacun des États indiens peut choisir la ou les langues officielles qu'il désire, y compris parmi les langues «non répertoriées». Autrement dit, il est possible qu'un État choisisse une langue officielle qui n'est pas une langue constitutionnelle. Par exemple, le chhattisgarhi est co-officiel avec l'hindi dans l'État de Chhattisgar. Cela dit, l'hindi est une langue officielle dans de nombreux États: Bihar, Gujerat, Haryana, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, Maharashtra, Rajasthan, Uttar Pradesh et les territoires de Delhi, d'Andaman-et-Nicobar, etc. L'ourdou également: Jammu-et-Cachermire, Uttaranchal, Bihar, Jharkhand et Andhra Pradesh. L'anglais est co-officiel dans les États ou territoires de Kerala, Mysore, Nagaland, Orissa, Goa, Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Dadra-et-Nagar-Haveli, Delhi, îles Laccadive, Manipour, Pondichéry, Daman-et-Diu et Delhi. 

Les autres langues sont l’assamais, le bengali, le bhojpouri, le bhoutia, le garo, le goujarati, l’haryanvi, l’hindi, le kannada, le kashmiri, le khasi, le konkani, le kuki, le lushai, le malayalam, le manipouri, le marathi, le marwadi, le miau, le mizo, le naga, le népali, l’oriya, l’ourdou, le pahadi, le panjabi, le rajasthani, le sindhi, le tamoul, le télougou et le tripouri (kokborok). À ces langues il faut ajouter, bien sûr, l’anglais mais aussi le français dans le territoire de Pondichéry où le français n'est pas une langue constitutionnelle, mais il a conservé son statut de langue co-officielle avec le tamoul. Quelques-unes des langues co-officielles sont employées dans les parlements locaux, les autres sont reconnues dans les services administratifs locaux et elles sont également enseignées et diffusées dans les médias électroniques ou écrits.

Code

État

Population (2001)

Langues officielles*
(autres langues en usage)

1 Jammu-et-Cachemire 10 069 917    

ourdou* ; kashmiri, hindi, dogri, panjabi, etc.

2 Himachal Pradesh 6 077 248    

hindi*; pahadi

3 Panjab 24 289 296     panjabi* ; sindhi, hindi, ourdou
5 Uttaranchal 8 479 562     hindi* / ourdou* / anglais*
6 Haryana 21 082 989     hindi* ; panjabi, ourdou, anglais
8 Rajasthan 56 473 122     hindi* ; rajasthani, ourdou, marwadi
9 Uttar Pradesh 166 052 859    

hindi* / ourdou* ; bhojpouri, pahadi, etc.

10 Bihār 82 878 796     hindi* / ourdou* ; maithili, bhojpouri, magahi, bengali
11 Sikkim 540 493    

népali* ; anglais, bhotia

12 Arunachal Pradesh 1 091 117    

anglais* ; hindi, assamais, bengali

13 Nagaland 1 988 636    

anglais* ; naga

14 Manipur 2 388 634    

manipouri* (meitei) ; anal, gangte, hmar, kabui, liangmei

15 Mizoram 891 058     mizo* ; goujarati, lushai, miau
16 Tripura 3 191 168     tripouri* (kokborok) / bengali* / anglais* ; kuki
17 Meghalaya 2 306 069     anglais* ; garo, khasi
18 Assam 26 638 407     assamais* ; bengali*, bodo*
19 Bengale occidental 80 221 171     bengali* ; népali*
20 Jharkhand 26 909 428     hindi* ; ourdou, maithili, bhojpouri
21 Orissa 36 706 920     oriya*
22 Chhattīsgarh 20 795 956     hindi* / chhatisgarhi*
23 Madhya Pradesh 60 385 118     hindi* ; marathi, ourdou
24 Gujarat 50 596 992     gujarati* / hindi*
27 Maharashtra 96 752 247     marathi* ; hindi
28 Andhra Pradesh 75 727 541     anglais* ; télougou, ourdou
29 Karnataka 52 733 958     kannada*
30 Goa 1 343 998    

konkani* ; marathi

32 Kerala 31 838 619     malayalam* / anglais*
33 Tamil Nadu 62 110 839     tamoul*

4.4 Les langues mineures et les langues tribales

Tout au bas de l’échelle, figurent des centaines de petites langues parlées par moins de 10 000 locuteurs : ce sont, d'une part, les «langues mineures» (''minor languages'' ou ''non-scheduled languages''), d'autre part, les «langues tribales» (''tribal languages'').

- Les langues mineures

Parmi ces langues mineures, il faut distinguer les «langues régionales» (''Regional languages''), celles qui sont reconnues comme officielles dans des districts ou zones, et les autres, les «langues indigènes» (''indigenous languages'').

Les langues mineures désignent les langues parlées par un petit nombre de locuteurs plus ou moins concentrés dans un secteur et qui n'ont jamais été largement employées dans le passé. Ces langues comprennent en principe les langues tribales. Le dogri, le konkani, le tulu, le khandeshi, le banjara, etc., peuvent être cités comme des langues mineures, mais pas les langues tribales bien connues comme le santali, le bhili, le gondi, le kodagu, etc., malgré leur grand nombre de locuteurs.

On peut consulter trois listes de «langues mineures» pour un total de 302 langues:

- celles parlées entre un million et plus de 50 000 locuteurs (79 langues);
- celles parlées entre 49 000 et 10 000 locuteurs (105 langues);
- celles parlées par moins de 10 000 locuteurs (118 langues).

- Les langues tribales

Les langues tribales sont officiellement reconnues selon la Constitution indienne comme des Scheduled Tribes, c'est-à-dire des «tribus répertoriées», dont le nombre est d'environ 250. On distingue les «langues tribales répertoriées» (''notified tribal languages'') et les «langues tribales non répertoriées» (''non-notified tribal languages'').

Les «langues tribales» sont parlées en principe par les aborigènes de l'Inde. Malheureusement, les gouvernements des États n'ont pas été en mesure d'utiliser une méthodologie adéquate afin que de rassembler l'information quant à leur usage en éducation, dans les médias, les publications, etc.

Ces langues sont rarement enseignées au primaire, mais elles demeurent néanmoins sous la supervision d’un commissaire aux minorités linguistiques («Commissioner Linguistic Minorities»), qui émet des recommandations aux différents gouvernements des États. Plusieurs de ceux-ci espèrent secrètement que les nombreuses petites langues de leurs administrés auront disparu avant même d’avoir été enseignées.

4.5 Le statut de l’anglais

L’anglais bénéficie d’un statut particulier dans ce pays extrêmement multilingue. Ancienne langue coloniale, l’anglais possède l’avantage de n’être la langue d’aucune ethnie, en plus d’avoir acquis un statut international unique. Lors de l'indépendance, l'opposition entre les musulmans (à majorité ourdou) et les hindouistes (à majorité hindi) aboutit, malgré les efforts de Gandhi pour faire adopter une forme intermédiaire, l'hindoustani, susceptible, selon lui, d'unifier – au moins en partie – le pays, à la création du Pakistan, État musulman ayant l'ourdou pour langue officielle. 

En 1958, la Constitution indienne mit en place une solution provisoire: la langue coloniale, l'anglais, devait rester langue officielle commune pendant quinze ans et être remplacé par l'hindi en 1963, tandis que les États constituant l'Union auraient le choix de leurs langues officielles respectives. Mais il se révéla impossible de remplacer l'anglais par l'hindi, en raison des États du Sud, où l'on parle des langues dravidiennes, qui s'y opposèrent. Ils estimèrent que l’État fédéral tentait d’imposer l’hindi dans tous les États du pays, y compris ceux du Sud, et ont préféré utiliser l’anglais, une langue apparemment plus «acceptable». L'Official Language Act de 1963 instaura alors l'anglais et l'hindi comme langues utilisées au Congrès, tandis que les États et les territoires conservèrent le choix de leurs langues officielles.

Aujourd'hui, non seulement l’anglais est largement utilisé dans plusieurs parlements indiens dont celui de Delhi, mais aussi dans de nombreuses administrations politiques des États, jusque dans les formulaires et les symboles tels que les timbres et les billets de banque. L’anglais est même la langue la plus utilisée dans les affaires et les activités commerciales entre les États.

- Les opposants à l'anglais

L’anglais est donc devenu une langue dite «unificatrice» et, notamment pour cette raison, il est enseigné dans la plupart des États de la fédération. À l'opposé, c'est aussi une langue que plusieurs dénoncent comme portant préjudice aux langues indiennes et dravidiennes. L'anglais est devenu l'une des principales cibles des nationaliste indiens qui voudraient bien le faire disparaître du pays! Ainsi, M. Mulayam Singh Yadav, alors qu'il exerçait en 1997 la fonction de ministre de la Défense, jura à Chennai (Madras) que lui et ses partisans ne prendraient pas de repos avant que l’usage de l’anglais ne soit totalement éliminé du pays: «L'anglais doit être évincé des bureaux et des écoles pour l'hindi et l'hindi seulement!» Selon lui: «L'anglais n'est pas une langue internationale, seulement sept pays dans le monde l'emploient comme langue officielle.» Il aurait été plus juste de préciser «comme langue maternelle». Mulayam Singh Yadav a déclaré publiquement qu'il ne lirait plus les documents rédigés en anglais lorsqu'ils étaient envoyés à son bureau. Il a ensuite ordonné de créer des centres de formation pour l'étude de huit langues indiennes. Il ajoutait encore à propos des écoles secondaires de l'Uttar Pradesh (son État d'origine) qu'elles formaient «des citoyens corrompus et malhonnêtes» et qu'elles devaient être fermées, ce qui n'a pas empêché ce politicien d'envoyer son propre fils dans une école anglaise. Par la suite, certains toponymes anglais ont même été remplacés par des équivalents indiens (p. ex., Mumbai a remplacé Bombay). Devenu premier ministre de l'Uttar Pradesh en 2003, Mulayam Singh Yadav s'est déclaré contre le jeu du cricket parce qu'il correspondait à un jeu étranger d'origine britannique :«Le cricket n'est pas un jeu à nous! La lutte est un jeu indien. En fait, nous ne devons pas jouer au cricket.» Et le ministre de citer le dramaturge britannique George Bernard Shaw qui décrivait ce jeu comme celui dans lequel «onze imbéciles jouent pendant que 11 000 observent». Mulayam Singh Yadav est demeuré le plus ardent défenseur des langues indiennes et le plus anglophobe, du moins dans ses discours. Beaucoup de politiciens hindiphones continuent de dire aux masses indiennes : «Dehors l'anglais, un reliquat de la domination britannique!» Ce point de vue était partagé par le mahatma Gandhi qui a vécu l’anglais comme une aliénation, alors que sa langue maternelle était le gujarati:

Le pilori a commencé dès le cours élémentaire [...]. Je sais maintenant que j’aurais appris aisément en un an ce que j’ai mis quatre ans à apprendre en arithmétique, en algèbre, en chimie et en astronomie, si je n’avais pas dû le faire en anglais mais en goujarati. J’aurais mieux possédé ces matières, plus vite et plus clairement. J’aurais eu un vocabulaire plus riche en goujarati. J’aurais utilisé mes connaissances à la maison, chez moi. L’anglais au contraire a créé une barrière infranchissable entre moi-même et ma famille, qui n’avait pas fréquenté l’école anglaise. [...] Je suis rapidement devenu un étranger dans mon propre foyer.

- Les locuteurs de l'anglais

Actuellement, le nombre des locuteurs dont l’anglais est la langue maternelle est évalué à 0,3 %, soit 226 449 lors du recensement de 2001. Ce nombre est identique à beaucoup de petites langues en Inde, par exemple, le bareli, une langue indo-iranienne parlée dans le centre de l'État de Maharashtra et complètement ignorée dans les écoles et le marché du travail. Mais le nombre des Indiens connaissant l'anglais (à des degrés divers) comme langue seconde pourrait atteindre les 90 millions d'individus. Selon les estimations les plus sérieuses, on peut considérer qu’entre 3 % et 11 % des Indiens auraient une certaine maîtrise de l’anglais pour leur permettre de se placer sur le marché du travail national et international. En réalité, l'usage de l'anglais en Inde ne dépasse pas vraiment une petite élite, celle de certains journalistes de grands quotidiens et de certains universitaires. Dans The Clash of Civilizations (publié en 1996), l'Américain Sam Huntington affirme que l’usage de l’anglais en Inde est largement dépassé par l'hindi: «La dure réalité est que, pour un voyageur qui descend du Cachemire jusqu’à l’extrême sud à Kanyakumari, la communication se maintient le mieux par l’usage d’une forme d’hindi.»

Cette «forme d'hindi» est appelé Inglish (non "English") ou Hinglish, voire broken English ("anglais cassé") ou encore Indian English ("anglais indien"). C'est l'anglais que la  plupart des Indiens parlent dans la rue; ils l'emploient d'ailleurs comme deuxième ou troisième langue, soit après leur langue indienne régionale (hindi, ourdou, sindhi, bengali, assamais, baloutchi, télougou, tamoul, etc.). Cet anglais indien est une variété distincte de l'anglais. De nombreux Indiens prétendent que l'anglais indien est très similaire à l'anglais britannique, mais cette opinion est fondée sur une analyse superficielle de l'anglais au plan lexical. L'anglais indien varie même d'une région à l'autre de sorte que cet Indian English n'est pas homogène en Inde, une conséquence inévitable de la diversité culturelle et linguistique de ce grand pays. En fait, lorsque les Indiens emploient l'anglais, il s'agit plus souvent d'un mélange d'anglais, d'hindi et d'autres langues indiennes. Ainsi, la syntaxe de l'hindi influence la syntaxe de l'anglais indien de plusieurs façons. C'est pourquoi il est si difficile pour un Britannique ou un Américain de comprendre aisément l'anglais indien, les différences demeurant trop importantes.

Cet Indian English ou Hinglish serait devenu la langue véhiculaire de la petite et de la moyenne bourgeoisie, et la langue branchée des salons de la grande bourgeoisie et de la haute société. Autrement dit, l'Hinglish est à la mode, c’est la langue de Bollywood (surnom de Bombay, la capitale du cinéma indien), des stations FM nationales et de la publicité. Pour David Crystal, l'auteur de la Cambridge Encyclopedia of the English Language, la réussite économique et la masse de la population de l’Inde feraient de cette forme d'anglais la variante la plus parlée au XXIe siècle: «Si 100 millions d’Indiens, de dire David Crystal, prononcent un mot d’une certaine façon, c’est davantage que la population britannique – c’est donc la seule façon de le prononcer.» Autrement dit, si l’anglais britannique a été la norme internationale de l'anglais au XIXe siècle, si l'anglo-américain l'a remplacé au XXe siècle, l'anglais du XXIe siècle pourrait être l'Hinglish ou une variété d'anglais fortement influencée par l’Inde.

4.6 La place du français

Le français ne joue pas un très grand rôle en Inde, mais il conserve une place non négligeable qui ferait l'envie, par exemple, de l'allemand, de l'espagnol, de l'italien, etc. Rappelons que le français demeure l'une des langues officielles du territoire de Pondichéry, l'ancienne capitale des établissements français de l'Inde, avec l'anglais, le tamoul, le télougou et le malayalam. Jusqu'en 1989, le français avait le statut de «première langue étrangère obligatoire» dans l'ensemble des écoles indiennes. Il est devenu depuis une «langue optionnelle» partout, sauf dans les instituts d'hôtellerie et de tourisme où il est resté relativement obligatoire.

Il faut comprendre que le français a perdu ce statut au profit des langues officielles des États indiens, car dans la plupart des États, les élèves apprennent la ou les langues officielles des États voisins. Aujourd'hui, le français reste enseigné en tant que «quatrième langue», plus précisément comme «première langue étrangère optionnelle» au pays. On estime à environ 300 000 le nombre d'élèves qui apprennent le français dans les niveaux d'enseignement primaire et secondaire. Dans l'enseignement supérieur, on compte environ 60 000 étudiants qui apprennent le français; on peut ajouter à ces derniers les 24 000 étudiants des quinze établissements de l'Alliance française. Néanmoins, le français ne jouera jamais un très grand rôle dans ce pays multilingue.

3 Bref aperçu historique

L'Inde a toujours réussi à résister aux invasions, famines, persécutions religieuses ou soulèvements politiques et autres cataclysmes. Aujourd'hui, malgré les difficultés de composer avec de nombreuses ethnies, langues différentes et à la diversité géographique du pays, l'Inde tente avec un certain succès de demeurer une démocratie. 

Le pays a subi au cours des siècles de nombreuses invasions de la part de marchands, mais aussi de la part de peuples puissants venus du monde entier, qui y ont laissé leurs traces. Ce sont les Aryens indo-européens dès 2000 avant notre ère, les Grecs avec Alexandre le Grand en 326 avant notre ère, les Moghols au XVIe siècle, les Britanniques aux XVIIIe et XIXe siècles, sans oublier, selon les époques, les Bactriens, les Moghols, les Scythes, les Parthes, les Koushites, les Huns, les Avars, les Turcs, les Afghans, les Portugais, les Hollandais et les Français. En raison de l'histoire fort complexe de ce pays, il a semblé préférable de ne présenter qu'un bref sommaire.

La première civilisation importante se constitua aux environs de 2500 avant notre ère le long de la vallée de l'Indus (actuellement le Pakistan); cette civilisation subit les invasions des Indo-Aryens, lesquels implantèrent l'hindouisme, ainsi que leur culture et les structures sociales (dont les castes) encore en vigueur aujourd'hui.

3.1 Les premières invasions au nord

Au cours des siècles suivants, soit de 1500 à 200 avant notre ère, les Indo-Aryens prirent le contrôle de tout le nord de l'Inde en expulsant les Dravidiens plus au sud du sous-continent. On en constate encore aujourd'hui les conséquences linguistiques de cette répartition territoriale: les langues indo-iraniennes au nord, dravidiennes au sud (voir la carte linguistique). C'est durant cette période que les Vedas (écritures sacrées Indoues) furent écrites et que le système de castes fut définitivement établi pour assurer le statut de Brahman (prêtres issus de la 1re civilisation).  Vers 500, le bouddhisme et le jaïnisme firent leur apparition dans le pays.

En 326, Alexandre le Grand établit des colonies grecques à l'ouest du pays, mais il n'y resta pas longtemps. La dynastie Maurya prit le pouvoir en 321 et devint l'un des empires les plus puissants et les plus étendus; l'apogée sera atteinte par le règne d'Asoka sur tout le pays (273-236). Cet empire s'écroula en 184 avant notre ère. Par la suite, il s'ensuivit une période de créations multiples d'empires jusqu'en 319 de notre ère, date de la fondation de l'empire Gupta, qui dura jusqu'en 606, alors que le nord de l'Inde se fragmenta en plusieurs royaumes hindous séparés; il ne se réunifia plus jusqu'à l'arrivée des musulmans (au XIe siècle). L'âge d'or de la civilisation hindoue coïncida avec le règne d'Harsa (606-647).

3.2 L'arrivée des musulmans

Les musulmans se révélèrent des envahisseurs différents des autres, car ils tenaient à leur identité et tentaient d'imposer leur religion aux territoires conquis. À partir de 1206 et lors de la création du sultanat de Delhi, les musulmans accrurent leur influence qui dura encore plusieurs siècles; ils ne furent jamais absorbés par l'hindouisme.

Néanmoins, l'hindouisme réussit à se maintenir, ce qui prouvait aux musulmans que l'Inde était un sol relativement peu fertile à la conversion; cela se confirma par la suite, car après 800 ans de domination musulmane, seulement 25 % de la population s'était convertie. Mais, de cette invasion, naquit une langue commune aux hindous et aux musulmans: l'ourdou (hindoustani) qui est resté la langue d'une grande partie du nord de l'Inde et du Pakistan.

3.3 Le sud de l'Inde

L'Inde du Sud l'objet d'influences diverses en raison de ses liens commerciaux et maritimes bien établis avec l'Asie du Sud-Est, les Égyptiens et, plus tard, les Romains. De grands empires se succédèrent jusqu'en 1300 avec les invasions musulmanes. Les invasions musulmanes n'affectèrent pas de façon permanente la région, mais, en 1336 un royaume musulman s'établit simultanément à l'établissement d'un royaume hindou. Ensuite, plusieurs royaumes se succédèrent jusqu'au grand règne de l'empire Mughal.

Du XVIe siècle au XVIIIe siècle, l'Inde fut essentiellement constituée de trois empires. L'empire Mughal, un empire musulman, contrôla une bonne partie de l'Inde. Il perdit progressivement mais rapidement le pouvoir contre les Britanniques jusqu'à sa chute en 1757, lors de la bataille de Plassey. Celui des Rajputs correspondait à une caste de guerriers hindous, qui régna durant la période musulmane surtout sur le Rajasthan. Enfin, les Marathes constituèrent un empire au nord et au centre de l'Inde, lequel exista de 1646 à la fin du XVIIIe siècle.

3.4 Les colonisations européennes

Les Portugais, avec Vasco de Gama en 1498, furent les premiers colonisateurs européens; ils arrivèrent au Kerala et s'emparèrent de Goa (en 1510) qu'ils contrôlèrent jusqu'en 1961.

Dès 1600, les Britanniques exercèrent leur pouvoir par la Compagnie orientale de l'Inde, qui établit plusieurs comptoirs commerciaux et exerça, pendant 250 ans, le contrôle en Inde pour le compte du gouvernement anglais. D'autres comptoirs commerciaux furent implantées par les Danois et les Hollandais et, en 1672, les Français s'établirent à Pondichéry. Les rivalités franco-britanniques s'accentuèrent autour du contrôle du commerce indien, mais les Français furent exclus de l'Inde en 1763 par le traité de Paris.

3.5 Les Indes britanniques

Après la guerre anglo-indienne avec les guerres afghanes (1839-1842 et 1878-1880), les guerres sikh (1845-49) et la révolte des Cipayes (1857-1858), l'Inde resta sous la tutelle des Britanniques en 1858; le gouverneur général de l'Inde devint vice-roi. En 1848, le rajah hindou de Jammu, un Dogra du nom de Gulab Singh, avait acheté de l'Angleterre la vallée du Cachemire. En 1876, la reine Victoria devint impératrice des Indes. En 1857, une première minuterie se manifesta, celle des bataillons indiens de l'armée du Bengale, mais elle ne toucha que le nord de l'Inde. Cet évènement eut deux conséquences: les Britanniques ne se vengèrent pas, mais l'administration du pays fut confiée au gouvernement anglais.

Les Britanniques considérèrent le pays comme une zone de prospérité financière et ils ne touchèrent pas à la culture, aux croyances et aux religions du sous-continent. Sous la Couronne britannique, l'Inde resta un ensemble d'États hétéroclites États princiers gouvernés par des maharadjas et des nawabs dont plusieurs restèrent relativement indépendants. Par leur intérêt pour le commerce et le profit, les Britanniques exploitèrent les mines de charbon et de fer, développèrent la production de thé, de café et de coton, élaborèrent des plans d'irrigation révolutionnant l'agriculture de l'époque et construisirent même un vaste réseau de chemins de fer. Au plan gouvernemental et législatif, les Britanniques développèrent des structures solides et organisées, lesquelles se révèleront très utiles par la suite aux Indiens lors de l'indépendance. La langue anglaise fut imposée comme langue administrative, ce qui permit aux colons britanniques de maintenir une certaine supériorité par rapport aux peuples colonisés.

Vers la fin du XIXe siècle, les Britanniques commencèrent à préparer l'indépendance future de l'Inde en déléguant des pouvoirs aux Indiens tout en gardant le contrôle. À partir de 1882, les Britanniques établirent la Local Self-Government Act (Loi sur l'autonomie locale) un système politique fondé sur l'élection qui s'étendra au plan des provinces avec les réformes de 1909, 1919 et 1935. En 1885, fut fondé le Congrès national indien par une intelligentsia hindoue soucieuse de prendre pied dans l'Administration. Les Britanniques vassalisèrent le Cachemire pour le compte des héritiers du rajah Gulab Singh; pour les populations assujetties au rajah, la dynastie dogra laissait un amère souvenir d'occupation étrangère difficile à supporter.

3.6 La route vers l'indépendance

Au début du XXe siècle, l'opposition du Parti du Congrès (parti établi par les Britanniques afin de favoriser l'autonomie de l'Inde) au pouvoir grandit et, après la Première Guerre mondiale, elle se concrétisa avec l'arrivée d'un leader pour le Parti du Congrès: le mahatma Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948), qui revenait d'Afrique du Sud où il exerçait la profession d'avocat et se battait contre la discrimination raciale envers les nombreux Indiens établis dans ce pays. En 1906, eut lieu la fondation de la Ligue musulmane qui défendit les intérêts de la communauté musulmane. Gandhi, adopta la politique de résistance passive (satyagraha) après le massacre d'Amritsar en 1919, alors que l'armée britannique avait ouvert le feu sur des protestants non armés.

Son but était de joindre non seulement les classes moyennes, mais aussi les paysans et les villageois à sa lutte par des boycotts de produits anglais, ce qui lui vaudra à maintes reprises d'être emprisonné. L'année suivante, Gandhi lança le mouvement de non-coopération et, dix ans plus tard, de désobéissance civile. En 1927, le Congrès indien réclama l'indépendance.

La fin de la Seconde Guerre mondiale amena les Britanniques à réaliser que l'indépendance était inévitable: ils n'avait plus le pouvoir ou la volonté de maintenir un si vaste empire, le «joyau de la Couronne britannique». Puis un autre problème surgit: l'importante minorité musulmane de l'Inde constata que l'indépendance signifierait également une domination hindoue sur tout le pays. En effet, les hindous furent les cibles privilégiés des Britanniques en tant que détenteurs du trône de Delhi. C'est pourquoi les musulmans se sont vite trouvés marginalisés dans le cadre colonial, tandis que les hindous y prospéraient, notamment grâce à leur nouveau système éducatif anglophone. C'est pourquoi l'Inde restait divisée par des idéologies purement religieuses: d'une part, la Ligue musulmane de Muhammad Ali Jinnah, d'autre part, Jawaharlal Nehru, lequel représentait la population hindoue et contrôlait le Parti du Congrès. Le pays assista à plusieurs affrontements entre les deux camps jusqu'à ce que le Royaume-Uni nomme lord Louis Mountbatten pour essayer calmer les esprits et préparer l'indépendance prévue pour le 15 août 1947.

Après avoir vainement tenté de convaincre Muhammad Ali Jinnah qu'une Inde unifiée paraissait un choix plus raisonnable, Nehru prit à contrecoeur la décision de diviser le pays en deux parties, l'Inde et le Pakistan. Gandhi s'y opposa, préférant une guerre civile au chaos qu'il prévoyait suite à une telle séparation. En effet, la division politique s'avéra une tâche difficile en raison du mélange des populations à travers tout le pays et du fait que les deux grandes régions musulmanes restaient séparés par 1600 kilomètres dans deux côtés opposés de l'Inde, le Pakistan occidental (Pakistan actuel) et le Pakistan oriental (Bangladesh actuel).

3.7 L'Inde indépendante

Le 15 août 1947, l'Inde obtint son indépendance et Nehru devint premier ministre. Mais le pays fut aussitôt séparé en deux entités: l'Inde hindoue et le Pakistan musulman. La partie occidentale de l'ancienne province du Bengale fut attribuée à l'Inde sous le nom de Bengale occidental (aujourd'hui le Pakistan) et la partie orientale devint le Pakistan oriental (aujourd'hui le Bangladesh). Les deux Pakistans ou Dominion du Pakistan restèrent séparés par la langue (ourdou et bengali), la culture et plus de 1600 km de territoire indien; l'islam apparut comme le seul lien unificateur des deux Pakistans. Les musulmans de l'Inde affluèrent dans les deux Pakistans, alors que les hindouistes se réfugièrent en Inde. Quelque 11 millions d'hindous émigrèrent vers l'Inde au moment de la partition.

À la suite à cette division entre l'Inde et le Pakistan, de nombreux problèmes surgirent, dont des massacres et des affrontements qui ne sont guère résolus à l'heure actuelle, notamment celui du Cachemire. Ce territoire était, au moment de l'indépendance, un État princier vassal de l'Empire britannique, à majorité musulmane, et gouverné par un maharadja hindou, un Dogra nommé Hari Singh qui dut, lors de la division, choisir d'appartenir à l'Inde ou au Pakistan. Il décida, après maintes réflexions (ou par la pression exercée par quelque 3000 combattants originaires de la frontière afghane et ayant envahi la région), d'opter pour l'Inde, ce qui permit à l'Inde d'intervenir militairement et conduisit le Pakistan à déclarer une offensive en 1948 pour accaparer un tiers de la province. Cet événement provoqua une série de guerres territoriales que se livrèrent non seulement le Pakistan et l'Inde, mais aussi la Chine. Encore aujourd'hui, l’Inde revendique le Cachemire occupé par le Pakistan (l'Azad-Cachemire) et la partie occupée par la Chine (l'Aksaï Chin). De son côté, le Pakistan revendique le Cachemire occupé par l'Inde (l'État de Jammu-et-Cachmire). Quant à la Chine, elle revendique la partie du Ladakh qui prolonge le plateau tibétain (voir la carte).

Après la sécession du Pakistan et du Bangladesh, l'Inde se retrouva avec 562 États princiers qui ont dû être fusionnés pour s'intégrer dans une union fédérale. Il était donc logique que cette union des États se fasse sur la base de la langue selon le principe un État, une langue , car tout le pays comptait des centaines de langues diverses et un nombre alors incalculable de langues tribales et mineures. Cependant, comme les frontières géographiques divisant les États ne pouvaient pas correspondre exactement aux frontières linguistiques, il subsista des poches de minorités linguistiques dans presque chaque État. De plus, avec les nouvelles migrations qui allaient s'amplifier avec les années entre les États, chaque langue officielle d'un État allait devenir une langue minoritaire à l'extérieur de son propre État. Pour toute ces raisons, la Constitution de l'Union devait protéger la plupart des langues, y compris les langues tribales.

Le 30 Janvier 1948, Gandhi était assassiné par un extrémiste hindou (Nathuram Godse). La disparition de l’inspirateur de l’indépendance ouvrit une nouvelle période de l’histoire indienne, caractérisée par une relative stabilité. Puis Nehru engagea le pays dans la voie de l'industrialisation et, au plan international, de la neutralité. L’Inde fut ainsi à l’origine du mouvement dit des «non-alignés», qui refusaient de choisir entre le camp américain et le camp soviétique. Le 26 janvier 1950, l'Inde adopta une nouvelle constitution qui en fit un État fédéral, l'Union indienne, une république démocratique laïque, membre du Commonwealth britannique. Entre 1952 et 1956, l'État indien annexa Pondichéry et quatre autres comptoirs français de l'Inde (Pondichéry ou Puducherry, Yanam, Karaikal et Mahé), en réalité déjà autonomes depuis 1939. Le traité officiel de sa cession fut signé le 8 mai 1956 entre l'Union indienne et la République française. Pondichéry fit alors partie intégrante de l'État de Madras, aujourd'hui l'État du Tamil Nadu.

Lors de la révolte tibétaine de mars 1959, quelque 9000 réfugiés tibétains demandèrent l’asile politique à l’Inde. Ils s’installèrent à Dharamsala dans l’État de Himachal Pradesh, où le dalaï lama a aujourd’hui encore sa résidence. Plusieurs conflits éclatèrent alors entre les troupes chinoises et indiennes à propos de certaines zones frontalières et, en août, l’armée chinoise pénétra en Inde. En 1961, après un bref conflit, l'Inde envahit et annexa les territoires de Goa et de Daman-et-Diu, qui appartenaient au Portugal. En 1963, sous l'initiative de Nehru, le Parlement fédéral indien adoptait la loi no 19, appelée Loi sur les langues officielles (Languages Official Act). Cette loi, qui sera modifiée en 1967, fixait les conditions d'utilisation tant de l'hindi que de l'anglais dans la conduite des affaires relevant de la juridiction du gouvernement fédéral, ainsi que dans les cours de justice.

3.8 L'après-Nehru

Le 27 mai 1964, Nehru, premier ministre depuis l’indépendance de l’Inde, décéda. Le Pakistan passa encore à l'attaque en 1965, toujours au Cachemire, croyant l'Inde diminuée après sa défaite contre la Chine en 1962. Mais la supériorité militaire de New Delhi fut sans appel, un rapport de forces que confirmera la guerre de 1971.

En 1966, la dirigeante du Parti du Congrès, Indira Gandhi (1917-1084), la fille de Nehru, prit la succession de Lal Bahadur Shastri (1904-1966) au poste de premier ministre.  Madame Gandhi, avait été portée au pouvoir par les conservateurs du Congrès, qui espéraient ainsi la manipuler. Mais celle-ci opta pour des réformes socialistes qui mécontentèrent les notables, ce qui fragilisa son pouvoir au Congrès.

En 1971, une guerre civile éclata dans la partie orientale du Pakistan, aujourd’hui le Bangladesh. Les Bengalis affluèrent alors massivement en Inde, et les relations entre l’Inde et le Pakistan occidental (Pakistan actuel) se détériorèrent. En décembre, l’Inde entra en guerre aux côtés du Pakistan oriental (Bangladesh), ce qui obligea l’armée pakistanaise à se rendre; elle fut également la première à reconnaître le Bangladesh en tant qu’État indépendant. De nombreux réfugiés bengalis regagnèrent alors leur pays. Les accords de Simla en 1972 consacrèrent la défaite complète du Pakistan. En 1975, le petit Sikkim (situé entre le Népal et le Bhoutan) fut annexé par l'Inde. En 1976, la Loi sur les langues officielles de 1963 fut complétée par les Règlements sur les langues officielles (The Official Languages Rules), lesquels seront modifiés en 1987.

En 1977, Indira Gandhi organisa des élections générales, espérant le soutien du peuple, mais elle perdit son siège au Parlement, tandis que le Parti du Congrès, pour la première fois depuis 1952, n’obtint pas la majorité. En 1979, le gouvernement mené par le Parti Janata (ou Parti du peuple) perdit la majorité au Parlement et Desai démissionna. Les élections organisées en janvier 1980 consacrèrent la victoire du Parti du Congrès et d’Indira Gandhi, de nouveau premier ministre de l'Union. Le 31 octobre 1884, Indira Gandhi fut assassinée par deux sikhs de sa garde personnelle. Au cours des émeutes qui suivirent cet assassinat, un millier de sikhs furent tués par la foule.

Le fils d'Indira Gandhi, Rajiv Gandhi (1944-1991), fut nommé premier ministre quelques heures après le décès de sa mère. Confirmé à ce poste lors des élections législatives de décembre 1984, Rajiv Gandhi répondit aux exigences des sikhs en acceptant d’agrandir les frontières du Pendjab. Le 3 décembre 1984, une fuite de gaz toxique provenant d’une usine de pesticides de la compagnie Union Carbide, implantée à Bhopal dans le centre de l’Inde, provoqua la mort d'environ 3300 personnes, entraînant de nombreuses maladies dont souffrirent plus de 20 000 Indiens. Aux élections de novembre 1989, le Parti du Congrès perdit sa majorité au Parlement et Vishwanath Pratap Singh, chef du Janata Dal Party (Parti socialiste du peuple), devient premier ministre. En 1990, une scission au sein du parti de Singh provoqua l’effondrement de son gouvernement minoritaire, alors que Chandra Shekhar lui succédait, mais le gouvernement périclita en mars 1991. Rajiv Gandhi fut assassiné en pleine campagne électorale par un extrémiste tamoul. Les électeurs, choqués, donnèrent au Parti du Congrès la majorité au Parlement, et Narasimha Rao, ancien ministre des Affaires étrangères et partisan de Gandhi, devient premier ministre.

Narasimha Rao fut le premier dirigeant indien à changer de politique économique, en renonçant notamment au dogme du protectionnisme. Son gouvernement mit en œuvre plusieurs réformes libérales, engagea un vaste programme de privatisations, mais les rivalités religieuses ruinèrent à nouveau ce processus d’ouverture. En janvier 1993, des émeutes éclatèrent (faisant environ 3000 victimes) après la destruction, par des extrémistes hindous, de la mosquée Babri Masjid d'Ayodhya, dans l’État de l'Uttar Pradesh. Au début des années quatre-vingt-dix, les tensions s’intensifièrent entre l’Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire. Depuis 1989, le Cachemire reste le théâtre de conflits sporadiques entre l’armée indienne et les séparatistes ainsi que les militants musulmans qui souhaitent un État indépendant ou un rattachement au Pakistan musulman. En janvier 1994, l’Inde et le Pakistan entamèrent des pourparlers sur l’avenir de cette région, sans véritable issue. Du fait que le Pakistan développait un programme d’armement nucléaire (comme l'Inde), certains pays redoutèrent que le différend sur le Cachemire ne dégénère.

Les élections législatives de février et mars 1998, marquées par de nombreuses violences, confirmèrent la montée des nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party (BJP, ou Parti du peuple indien) qui, avec l’appui de leurs alliés du Tamil Nadu, disposaient de la majorité absolue au Parlement. En mai 1998 et avril 1999, l’Inde procéda à des essais nucléaires, ce qui entraîna la réprobation internationale des membres du Conseil de sécurité de l’ONU, des sanctions économiques de la part des États-Unis et du Japon, une dégradation des relations avec la Chine, une aggravation de la situation au Cachemire et la réplique du Pakistan qui effectuait à son tour des essais nucléaires et des tirs de missiles. En mai 1999, de nouveaux accrochages eurent lieu au Cachemire entre Indiens et Pakistanais. L'Inde atteignit officiellement un milliard d'habitants en 2000. L'année suivante, trois nouveaux États firent créés: l'Uttaranchal, le Chattisgarh et le Jharkhand (voir la carte). Jusqu'à maintenant, le conflit indo-pakistanais à propos du Cachemire continue de pourrir les relations entre les deux pays.

Dernière mise à jour: 20 nov. 2009
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