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Le nom officiel de l'Inde est
l'Union
indienne (en français) ou Indian
Union (en anglais) ou encore Bharat Ganarajyá
(en hindi). Cette dénomination sert à désigner l'Union fédérale. On
emploie aussi république de l'Inde pour désigner le pays. L'Inde est un grand État de 3,2 millions de km² (France: 543 965 km²; Canada: 9,9 millions km², Pakistan: 803 940 km²; Afghanistan: 647 500 km²). L'Inde est 5,8 fois plus grande que la France et occupe la septième plus grande superficie à l’échelle mondiale, après le Canada, la Russie, les États-Unis, la Chine, le Brésil et l'Australie. L'Inde est aussi la troisième puissance des «pays en voie de développement» après la Chine et le Brésil. Le pays est limité à l'ouest par la mer d'Oman et le Pakistan, au nord par la Chine, le Népal et le Bhoutan, à l'est par le Bangladesh, la Birmanie et le golfe du Bengale, au sud par le Sri Lanka et les îles Maldives. L'Inde comprend aussi les îles Laccadive à 300 km des côtes de l'État du Kerala, de même qu'un archipel au sud de la Birmanie, les îles Andaman (partie nord) et Nicobar (partie sud). |
L'Inde se divise en trois régions géographiques: les Himalaya dans le Nord, le plateau du Deccan dans le centre du pays et la plaine du Gange, une région fertile et densément peuplée dans le Sud. Le pays compte plus de 6000 km de côtes et est arrosé au nord par le Gange qui, né dans l'Himalaya, va se jeter 2700 km plus loin dans le golfe du Bengale proche de Calcutta.
Au point de vue administratif, l'Union indienne est une république fédérale de 28 États fédérés et de sept territoires fédéraux (voir la carte des 28 États en date de 2001). Ces États fédérés sont les suivants:
| l'Andhra
Pradesh, l'Arunachal Pradesh, l'Assam, le Bengale occidental le Bihar le Chhatisgarh, Goa, |
le Gujarat, l'Haryana, l'Himachal Pradesh, le Jammu-et-Cachemire, le Jharakhand, le Karnataka, le Kerala, |
le Madhya
Pradesh, le Maharashtra, le Manipur, le Meghalaya, le Mizoram, le Nagaland, l'Orissa, |
le Panjab, |
Les sept territoires de l'Union sont les îles Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Dadra-et-Nagar-Haveli, Daman-et-Diu, Delhi (district fédéral) les îles Lakshadweep (ou Laccadive) et Pondichéry (Pondicherry).
Si chacun des 28 États est autonome et doté de son parlement et de son exécutif (ainsi que sa fonction publique), les territoires de l'Union sont administrés directement par le gouvernement central. Toutefois, dans les faits, on peut dire que c'est la religion qui «gouverne» le pays, car elle est à l'origine de nombreux conflits qui ont ensanglanté le pays, notamment entre les hindous et les musulmans. Parmi la vingtaine de religions, ce sont les hindouistes qui, de loin, sont les plus nombreux (82 %) devant les musulmans (12 % dont la plupart résident dans le Nord-Ouest, comme au Jammu-et-Cachemire), les chrétiens (3 %, surtout au sud), les bouddhistes (1 %), les sikhs (essentiellement au Panjab), les jaïns (beaucoup au Gujarat), les parsis (à Bombay) et les juifs.
Avec 1,0 milliard d'habitants en 2001, l’Inde représente environ un sixième de la population de l’humanité. Démographiquement, elle se place au deuxième rang mondial après la Chine. Les groupes ethniques sont nombreux et comptent principalement des Indo-Aryens (72 %), des Dravidiens (25 %), des Asiatiques (3 %).
Parmi les principales ethnies, on distingue les Hindi, les Ourdous, les Bengali, les Marathes, les Assamais, les Sindhi, les Oriya, les Panjabi, les Cachemiri (Kashmiri), les Népali, les Télougous, les Tamouls, les Kannada et les Malayalam. Les quatre derniers sont des peuples dravidiens, alors que les autres sont des Indo-Aryens. Les Indiens sont répartis très inégalement entre les États. Par exemple, l'État du Sikkim (voir le code 11) ne compte qu'un demi-million d'habitants, alors que l'État de l'Uttar Pradesh (voir le code 9) atteint les 166 millions d'habitants; on dénombre 13,7 millions d'habitants dans le territoire fédéral de Delhi (voir le code 7) , mais seulement 50 595 aux îles Laccadive (voir le code 31). Il suffit de consulter le tableau ci-dessous pour constater les disparités démographiques entre les États indiens. Quant aux codes, ils renvoient à une carte politique des États qu'on peut consulter en cliquant ICI.
| Code | État | Capitale | Superficie (km²) |
Population (2001) |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Jammu-et-Cachemire | Srinagar | 101 387 | 10 069 917 |
| 2 | Himachal Pradesh | Simla | 55 673 | 6 077 248 |
| 3 | Panjab (Punjab) | Chandigarh | 50 362 | 24 289 296 |
| 5 | Uttaranchal | Dehra Dun | 53 483 | 8 479 562 |
| 6 | Haryana | Chandigarh | 44 212 | 21 082 989 |
| 8 | Rajasthan | Jaipur | 342 239 | 56 473 122 |
| 9 | Uttar Pradesh | Lucknow | 240 928 | 166 052 859 |
| 10 | Bihār | Patna | 94 163 | 82 878 796 |
| 11 | Sikkim | Gangtok | 7 096 | 540 493 |
| 12 | Arunachal Pradesh | Itanagar | 83 743 | 1 091 117 |
| 13 | Nagaland | Kohima | 16 579 | 1 988 636 |
| 14 | Manipur | Imphal | 22 327 | 2 388 634 |
| 15 | Mizoram | Aizawl | 21 081 | 891 058 |
| 16 | Tripura | Agartala | 10 486 | 3 191 168 |
| 17 | Meghalaya | Shillong | 22 429 | 2 306 069 |
| 18 | Assam | Dispur | 78 438 | 26 638 407 |
| 19 | Bengale occidental | Kolkata (ex-Calcutta) | 88 752 | 80 221 171 |
| 20 | Jharkhand | Ranchi | 79 714 | 26 909 428 |
| 21 | Orissa | Bhubaneswar | 155 707 | 36 706 920 |
| 22 | Chhattīsgarh | Raipur | 135 191 | 20 795 956 |
| 23 | Madhya Pradesh | Bhopal | 308 245 | 60 385 118 |
| 24 | Gujarat | Gandhinagar | 196 022 | 50 596 992 |
| 27 | Maharashtra | Mumbai | 307 713 | 96 752 247 |
| 28 | Andhra Pradesh | Hyderabad | 275 069 | 75 727 541 |
| 29 | Karnataka | Bangalore | 191 791 | 52 733 958 |
| 30 | Goa | Panaji | 3 702 | 1 343 998 |
| 32 | Kerala | Thiruvananthapuram | 38 863 | 31 838 619 |
| 33 | Tamil Nadu | Chennai | 130 058 | 62 110 839 |
| Territoire de l'Union | ||||
| 4 | Chandigarh | Chandigarh | 114 | 900 914 |
| 7 | Delhi | Delhi | 1483 | 13 782 976 |
| 25 | Daman-et-Diu | Daman | 112 | 158 059 |
| 26 | Dadra-et-Nagar-Haveli | Silvassa | 491 | 220 451 |
| 31 |
Laccadive (Lakshadweep) |
Kavaratti | 32 | 60 595 |
| 34 | Pondichéry (Pondicherry) |
Puducherry | 480 | 973 829 |
| 35 | Andaman-et-Nicobar | Port Blair | 8249 | 356 265 |
| TOTAL | 3 166 414 | 1 027 015 247 | ||
| Source:
Provisional Population
Totals : India, Census
of India 2001. Note 1: Les données démographiques correspondent au résultats préliminaires du recensement tenu au commencement de 2001. Note 2: La capitale du Panjab (3), celle de l'Haryana (6) et celle d'un territoire de l'Union (4) portent le nom de Chandigarh. Note 3: L'Uttaranchal, le Jharkand et Chhattisgarh proviennent de divisions récentes à partir des États de l'Uttar Pradesh, du Bihar et du Madhya Pradesh. |
En analysant le tableau ci-dessus, on constate que dix États (Rajasthan, Uttar Pradesh, Bihar, Bengale occidental, Madhya Pradesh, Gujarat, Maharashtra, Andhra Pradesh, Karnataka et Tamil Nadu) comptent une population de plus de 50 millions d'habitants. Dans d'autres contextes politiques, il y aurait là de quoi faire plusieurs pays!
Ajoutons aussi quelques mots au sujet de la question des réfugiés en Inde. À la fin de 2001, environ 345 000 réfugiés vivaient en Inde, dont quelque 144 000 Srilankais (au Tamil Nadu), 110 000 Tibétains (en provenance de la Chine, 52 000 Birmans (dans les États de Mizoram et de Nagaland), 15 000 Bhoutans (dans les États d'Assam et du Bengale occidental), 12 000 Afghans et de 5000 à 20 000 Bengalideshi (au Bengale occidental). De ce nombre, il faut encore ajouter plus de 500 000 citoyens indiens qui ont été déplacées à l'intérieur de l'Inde en raison de la violence politique, dont environ 350 000 Kashmiri et plus de 157 000 autres dans le nord-est de l'Inde. L'État n'est pas un signataire à la Convention pour les réfugiés de l'ONU et n'a pas de législation nationale en ce qui a trait aux réfugiés. L'Inde a accordé des visas temporaires à un petit nombre de réfugiés reconnus comme «politiques», mais les autres sont considérés comme des «immigrants économiques» ou des «intrus», et ils sont logés dans des camps ou pourchassés comme du bétail par les forces de sécurité.
Il existe plus de 1600 langues en Inde, dont 398 sont officiellement répertoriées. Cependant, seulement 40 langues sont parlées par plus d'un million de locuteurs et rassemblent plus de 850 millions de personnes, soit 85 % de la population du pays. Cela signifie que moins de 10 % des langues sont parlées par la très grande majorité de la population et que 90 % des langues de l'Inde ne sont utilisées que par 15 % des locuteurs indiens.
3.1 Les principales langues indiennes
L'hindi prédomine dans le Nord (180 millions de locuteurs), mais le télougou et le tamoul demeurent les langues les plus employées dans le Sud. Toutefois, l'assamais, le bengali, le gujarati, le kannada, le kashmiri, le malayalam, le marathi, l'oriya, le panjabi et l'ourdou, de même que l'hindoustati, sont également très employés. De plus, l'anglais (dit «l'anglo-indien») permet la communication entre les Indiens de langues différentes. Si l'hindi est parlé par 180 millions de locuteurs (18 %) comme langue maternelle, il est utilisé par plus de 365 millions de locuteurs (36 %, voire à divers degrés par près de 50 % des Indiens). Le tableau qui suit présente les 40 langues numériquement les plus importantes en terme de locuteurs.
Parmi ces 40 langues, lhindi est certes la langue la plus importante du pays. Parlé comme langue maternelle par 180 millions de locuteurs et, comme langue seconde, par 340 à 400 millions dautres, l'hindi est utilisé, à des degrés divers, par plus de 50 % des Indiens. Cest pourquoi lhindi jouit du statut de langue officielle nationale, statut quil partage avec langlais, lancienne langue coloniale.
Parmi les autres langues parlées par plus de 25 millions de locuteurs, mentionnons le bengali (70,5), le télougou (69,6 M), le marathi (68 M), le tamoul (61,5 M), l'ourdou (48 M), le goujarati (45,4 M), le kannada (35,4 M), le malayalam (35,3 M), l'oriya (31,6 M) et le panjabi (27 M). Cet ensemble regroupes plus de 636 millions de locuteurs, soit 64 % des Indiens. Rappelons que l'hindi et l'ourdou ne forment en réalité qu’une seule et même langue, mais l’hindi s’écrit avec l’alphabet devanagari et l’ourdou avec l’alphabet arabo-persan (voir l'hindoustati). Or, nous le savons, les 40 langues parlées par plus d'un million de locuteurs rassemblent plus de 850 millions de personnes, soit 85 % de la population du pays. Il reste donc des centaines de langues — au moins 1500 — pour moins de 140 millions de personnes, c'est-à-dire l'équivalent de 93 langues par tranche d'un million de personnes. Toutes ces langues s'écrivent avec des alphabets plus ou moins différents.
3.2 Les familles linguistiques
L'Inde est divisée linguistiquement en deux grands grands groupes linguistiques:
(1) les langues indo-iraniennes (de la famille indo-européenne ) regroupant 74,2 % de la population (ou 742 millions de locuteurs) – dans les États du Nord (hindi, panjabi, ourdou, bengali, rajasthani, etc.);
(2) les langues dravidiennes regroupant 23,8 % de la population (ou 23 millions de locuteurs) – dans les États du Sud (télougou, tamoul, kannada, malayalam, etc.).
À l'intérieur de ces deux aires, dans le centre du pays, on retrouve un certain nombre de langues austro-asiatiques (1,1 % de la population ou 11,6 millions de locuteurs) et, tout au nord, des langues sino-tibétaines (0,8 % ou 8 millions de locuteurs). On peut consulter la carte linguistique de l'Inde.
Toutes les langues indo-iraniennes dérivent des prakrits, langues usuelles de l'Inde ancienne, issues elles-même, plus ou moins directement, du sanskrit. Les principaux prakrits sont l'ardha-magadhi, l'avanta, la magadhi, la maharashtri et la shauraseni. Ces prakrits avaient fait de nombreux emprunts aux langues non indo-européennes de l'Inde, dont les langues dravidiennes.
Les langues dravidiennes (tamoul, télougou, kannada et malayalam) sont massivement parlée dans le sud de l'Inde ainsi qu'au Sri Lanka. Ce sont des langues qui se ressemblent assez étroitement et leurs alphabets respectifs ont de nombreux points communs.
On peut résumer la répartition des familles linguistiques de la façon suivante, selon les donnée du recensement 2001:
Familles linguistiques de l'Inde
| Familles linguistiques | Nombre des langues | Locuteurs dont la langue maternelle est déclarée |
Pourcentage de la population totale |
|
1. Indo-européenne |
21 |
790 627 060 |
76,86 % |
| (b) Iranienne | 2 | 22 774 | 0,00 % |
| (c) Germanique | 1 | 226 449 | 0,02 % |
| 2. Dravidienne | 17 | 214 172 874 | 20,82 % |
| 3. Austro-asiatique | 14 | 11 442 029 | 1,11 % |
| 4. Sino-tibétaine (tibéto-birmane) | 66 | 10 305 026 | 1,00 % |
| 5. Chamito-sémitique | 1 | 51 728 | 0,01 % |
| Total | 12 | 1 026 847 940* | 99,82 %* |
* Le reste des 1 762 388 (0,17 %) de la population totale indienne (1 028 610 328) comprend les 1 635 280 locuteurs de ces langues et des langues maternelles qui n'étaient pas identifiées ou parlées par moins de 10000 locuteurs dans toute l'Inde. De plus, la population de 127 108 individus de l'État de Manipur n'a pas été incluse dans les données linguistiques, car les résultats du recensement de 2001 ont été annulés dans trois districts du Manipur.
|
Liste des langues
du recensement 2001 par famille |
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1.
INDO-EUROPÉENNE (a) GROUPE INDIEN 1. Assamais 2.
bengali 3. bhili/bhilodi 4. bishnupuriya 5. dogri
6. gujarati 7. halabi 8. hindi 9. kashmiri
10. khandeshi 11. konkani 12. lahnda (b)
GROUPE IRANIEN 1. Afghan/pachtou 2. persan (farsi). (c) GROUPE GERMANIQUE
1. Anglais |
|
2.
DRAVIDIENNE 1. Coorgi/kodagu 2.
gondi 3. jatapu 4. kannada 5. khond/kondh 6.
kisan 7. kolami 8. konda
9. koya
10. kui
11. kurukh/oraon 12. malayalam 13. malto 14. parji
15. tamoul 16. télougou 17. toulou (tulu).
|
|
3.
AUSTRO-ASIATIQUE 1. Bhumij 2.
gadaba 3. ho 4. juang 5. kharia 6. khasi
7. koda/kora
8. korku
9. korwa
10. munda
11. mundari 12. nicobarais 13. santali 14.
savara. |
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4.
SINO-TIBÉTAINE (GROUPE TIBÉTO-BIRMAN 1. Adi 2. anal
3. angami 4. ao 5. balti 6. bhotia 7. bodo
8. chakesang 9. chakru/chokri
10. chang
11. deori
12. dimasa
13. gangte
14. garo
15.
halam |
|
5. CHAMITO-SÉMIRIQUE 1. Arabe.
|
3.3 Les alphabets
Les langues indo-iraniennes et dravidiennes s'écrivent avec une douzaine d'alphabets différents dont l'alphabet devanagari (signifiant «dieu de la ville»: l'écriture du sanskrit), l'alphabet bengali, l'alphabet arabo-persan, l'alphabet gurmukhi, l'alphabet gujrati, l'alphabet oriya, l'alphabet télougou, l'alphabet kannada, l'alphabet malayalam, l'alphabet tamoul, l'alphabet latin et l'alphabet tibétain.
| Alphabet devanagari | |
| Alphabet bengali | |
| Alphabet gourmoukhi | |
| Alphabet goujarati | |
| Alphabet oriya | |
| Alphabet télougou | |
| Alphabet kannada | |
| Alphabet tamoul | |
| Alphabet tibétain |
|
|
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Cette énumération d'alphabets peut paraître décourageante pour certains, mais dans la pratique la situation n'est pas aussi confuse qu'elle semble l'être. Par exemple, le devanagari est utilisé par l'hindi et un certain nombre d'autres langues qui en sont proches, comme le bihari, la marathi et le népali. Des écritures comme le gourmoukhi ou le bengali sont directement dérivées du devanagari et, si elles sont suffisamment distinctes pour ne pas être lisibles sans initiation, il suffit de peu de temps pour en apprendre une à partir d'une autre. |
Dans l'Inde du Sud et au Sri Lanka — où l'influence bouddhique s'est maintenue — les alphabets employés sont plus proches du pali (une langue indo-iranienne parlée autrefois en Inde, mais encore utilisée comme langue liturgique dans le bouddhisme theravâda) que du nâgarî. Néanmoins, le système des voyelles est assez similaire à celui du devanagari. Il faut aussi préciser que pour de nombreuses lettres, que l'alphabet vienne du devanagari du pali, il existe des analogies de forme, des similitudes de mouvement de la main entre ces écritures, ce qui facilite leur mémorisation. Les écritures de type indien ont inspiré de nombreuses autres langues, dont le tibétain, le thaï, le khmer, etc.
L'écriture appelée nâgarî (littéralement «urbaine»
) ou
dévanâgarî
(«divin Nâgarî»
) s'écrit de gauche à droite; elle est basée sur un
système phonologique tel que développé
par les anciens pandits pour le sanskrit. Cette écriture et
celles qui en sont dérivées se caractérisent par une barre horizontale
placée par dessus des consonnes, ce qui donne l'impression que l'ensemble du
mot est «surligné». Les livres sacrés bouddhiques ont été
écrits en pali, dont les lettres se caractérisent par des formes très
arrondies. Voici des exemples comparatifs à partir de voyelles en
hindi, en panjabi, en bengali et en gujarati:
Rappelons que, pour sa part, l'ourdou utilise un alphabet arabo-persan, très différent des alphabets nâgarî employés pour les langues indiennes.
Étant donné le grand nombre des langues parlées dans le pays, on comprendra que toutes ces langues n'ont pas le même statut. Une stricte hiérarchie a été instituée.
4.1 L'hindi et l'anglais
Au somment de la hiérarchie, figurent l’hindi et l’anglais, les deux langues officielles de l'Union indienne (fédération). Ces langues sont restées pour l’ensemble de la population indienne des langues étrangères, surtout l'anglais. Contrairement à l’hindi perçu comme la langue de la caste dirigeante hindoue, l’anglais a l’avantage d’être considéré comme une langue «neutre» permettant de communiquer avec un plus grande nombre de locuteurs. C’est aussi la langue de la technologie, de la modernité et du développement économique. N'oublions pas que l'hindi officiel demeure encore obscur aux classes populaires indiennes et a tendance à devenir un symbole de l'oppression et du pouvoir de l'État central, alors que l'anglais reste la langue qui fournit les meilleurs emplois. N'étant lié à aucune communauté régionale ou religieuse, l'anglais incarne aux yeux de nombreux Indiens «la langue où l'idée de la nation indienne peut le mieux s'exprimer», bien qu'elle reste une langue étrangère inaccessible au plus grand nombre. Cela étant dit, seulement 5 % des Indiens parlent l'anglais couramment; contre près de 30 % pour l'hindi. En revanche, de 85 % à 90 % des Indiens parlent la langue officielle de leur État respectif.
4.2 Les langues constitutionnelles
Depuis le mois de mai 2007, on compte
aussi 22 langues dites
constitutionnelles. Dans la
Constitution de l'Inde, il existe une disposition prévoyant pour chacun des
États indiens une ou des langues officielles. Les langues choisies peuvent être
employées à des fins officielles et être inscrites dans la
Eighth Schedule
ou 8th Schedule (Annexe VIII) de la Constitution. Jusqu'à
l'Amendement 21 (''Twenty-First Amendment'') de la Constitution de 1967, le pays
reconnaissait 14 langues constitutionnelles, puis 18 jusqu'en 1992, avec
l'Amendement 71 qui a prévu l'insertion de quelques autres langues (konkani,
manipouri, népali). À partir de mai 2007, avec le 100e Amendement, le nombre des
langues mentionnées dans la Eighth Schedule
(Annexe VIII) a été augmenté
à 22 (bodo, dogri, santali et maithili).
Avec l’hindi, ces langues sont les
suivantes: l'assamais, le bengali, le bodo, le dogri, le goujarati, l'hindi, le
kannada, le kashmiri, le konkani, le maithili, le malayalam, le manipouri, le
marathi, le népali, l'oriya, le panjabi, l'ourdou, le sanskrit, le santali, le
sindhi, le tamoul et le télougou. Le sanskrit est aux langues
indiennes ce qu’est le latin pour le français, l’espagnol, l’italien,
etc. Cette ancienne langue religieuse, aujourd’hui une langue morte, n’est parlée
par à peu près personne, mais quelque milliers de spécialistes (historiens,
linguistes, religieux, etc.) l'utilisent comme langue seconde; on lui a donc gardé
son statut symbolique.
Ces 22 langues constitutionnelles sont officielles dans les États suivants:
Si l’on fait exception du sanskrit, les 22 langues constitutionnelles regroupent à elles seules plus de 70 % de la population. Toutes ces langues jouissent des avantages de leur statut: elles sont utilisées dans les parlements locaux, les écoles, les administrations, les médias, les commerces, etc.
| Hindi | 180 millions | Bengali | 70,5 millions |
| Télougou | 69,6 millions | Marathi | 68 millions |
| Tamoul | 61,5 millions | Ourdou | 48 millions |
| Goujarati | 45,4 millions | Kannada | 35,3 millions |
| Malayalam | 35,3 millions | Oriya | 31,6 millions |
| Panjabi | 27 millions | Assamais | 15,3 millions |
| Népali | 6,5 millions | Konkani | 6 millions |
| Kashmiri | 3,3 Millions | Sindhi | 2,8 millions |
| Manipouri | 1,2 million | Sanskrit | env. 3000 individus |
4.3 Les langues officielles des États et territoires
Les langues officielles (''scheduled languages'') sont des langues dites répertoriées et incluses dans la ''Eighth Schedule'' (Annexe VIII) de la Constitution indienne. Elles sont au nombre de 22. Les langues non répertoriées (''non-scheduled languages'') sont plus d'une centaine et comprennent des langues maternelles parlées par plus de 10 000 locuteurs.
Les langues officielles des États indiens sont fort nombreuses, car chacun des États indiens peut choisir la ou les langues officielles qu'il désire, y compris parmi les langues «non répertoriées». Autrement dit, il est possible qu'un État choisisse une langue officielle qui n'est pas une langue constitutionnelle. Par exemple, le chhattisgarhi est co-officiel avec l'hindi dans l'État de Chhattisgar. Cela dit, l'hindi est une langue officielle dans de nombreux États: Bihar, Gujerat, Haryana, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, Maharashtra, Rajasthan, Uttar Pradesh et les territoires de Delhi, d'Andaman-et-Nicobar, etc. L'ourdou également: Jammu-et-Cachermire, Uttaranchal, Bihar, Jharkhand et Andhra Pradesh. L'anglais est co-officiel dans les États ou territoires de Kerala, Mysore, Nagaland, Orissa, Goa, Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Dadra-et-Nagar-Haveli, Delhi, îles Laccadive, Manipour, Pondichéry, Daman-et-Diu et Delhi.
Les autres langues sont l’assamais, le bengali, le bhojpouri, le bhoutia, le garo, le goujarati, l’haryanvi, l’hindi, le kannada, le kashmiri, le khasi, le konkani, le kuki, le lushai, le malayalam, le manipouri, le marathi, le marwadi, le miau, le mizo, le naga, le népali, l’oriya, l’ourdou, le pahadi, le panjabi, le rajasthani, le sindhi, le tamoul, le télougou et le tripouri (kokborok). À ces langues il faut ajouter, bien sûr, l’anglais mais aussi le français dans le territoire de Pondichéry où le français n'est pas une langue constitutionnelle, mais il a conservé son statut de langue co-officielle avec le tamoul. Quelques-unes des langues co-officielles sont employées dans les parlements locaux, les autres sont reconnues dans les services administratifs locaux et elles sont également enseignées et diffusées dans les médias électroniques ou écrits.
Code |
État |
Population (2001) |
Langues officielles*
|
|---|---|---|---|
| 1 | Jammu-et-Cachemire | 10 069 917 |
ourdou* ; kashmiri, hindi, dogri, panjabi, etc. |
| 2 | Himachal Pradesh | 6 077 248 |
hindi*; pahadi |
| 3 | Panjab | 24 289 296 | panjabi* ; sindhi, hindi, ourdou |
| 5 | Uttaranchal | 8 479 562 | hindi* / ourdou* / anglais* |
| 6 | Haryana | 21 082 989 | hindi* ; panjabi, ourdou, anglais |
| 8 | Rajasthan | 56 473 122 | hindi* ; rajasthani, ourdou, marwadi |
| 9 | Uttar Pradesh | 166 052 859 |
hindi* / ourdou* ; bhojpouri, pahadi, etc. |
| 10 | Bihār | 82 878 796 | hindi* / ourdou* ; maithili, bhojpouri, magahi, bengali |
| 11 | Sikkim | 540 493 |
népali* ; anglais, bhotia |
| 12 | Arunachal Pradesh | 1 091 117 |
anglais* ; hindi, assamais, bengali |
| 13 | Nagaland | 1 988 636 |
anglais* ; naga |
| 14 | Manipur | 2 388 634 |
manipouri* (meitei) ; anal, gangte, hmar, kabui, liangmei |
| 15 | Mizoram | 891 058 | mizo* ; goujarati, lushai, miau |
| 16 | Tripura | 3 191 168 | tripouri* (kokborok) / bengali* / anglais* ; kuki |
| 17 | Meghalaya | 2 306 069 | anglais* ; garo, khasi |
| 18 | Assam | 26 638 407 | assamais* ; bengali*, bodo* |
| 19 | Bengale occidental | 80 221 171 | bengali* ; népali* |
| 20 | Jharkhand | 26 909 428 | hindi* ; ourdou, maithili, bhojpouri |
| 21 | Orissa | 36 706 920 | oriya* |
| 22 | Chhattīsgarh | 20 795 956 | hindi* / chhatisgarhi* |
| 23 | Madhya Pradesh | 60 385 118 | hindi* ; marathi, ourdou |
| 24 | Gujarat | 50 596 992 | gujarati* / hindi* |
| 27 | Maharashtra | 96 752 247 | marathi* ; hindi |
| 28 | Andhra Pradesh | 75 727 541 | anglais* ; télougou, ourdou |
| 29 | Karnataka | 52 733 958 | kannada* |
| 30 | Goa | 1 343 998 |
konkani* ; marathi |
| 32 | Kerala | 31 838 619 | malayalam* / anglais* |
| 33 | Tamil Nadu | 62 110 839 | tamoul* |
4.4 Les langues mineures et les langues tribales
Tout au bas de l’échelle, figurent des centaines de petites langues parlées par moins de 10 000 locuteurs : ce sont, d'une part, les «langues mineures» (''minor languages'' ou ''non-scheduled languages''), d'autre part, les «langues tribales» (''tribal languages'').
- Les langues mineures
Parmi ces langues mineures, il faut distinguer les «langues régionales» (''Regional languages''), celles qui sont reconnues comme officielles dans des districts ou zones, et les autres, les «langues indigènes» (''indigenous languages'').
Les langues mineures désignent les langues parlées par un petit nombre de locuteurs plus ou moins concentrés dans un secteur et qui n'ont jamais été largement employées dans le passé. Ces langues comprennent en principe les langues tribales. Le dogri, le konkani, le tulu, le khandeshi, le banjara, etc., peuvent être cités comme des langues mineures, mais pas les langues tribales bien connues comme le santali, le bhili, le gondi, le kodagu, etc., malgré leur grand nombre de locuteurs.
On peut consulter trois listes de «langues mineures» pour un total de 302 langues:
- celles parlées entre un million et plus de 50 000 locuteurs (79 langues);
- celles parlées entre 49 000 et 10 000 locuteurs (105 langues);
- celles parlées par moins de 10 000 locuteurs (118 langues).
- Les langues tribales
Les langues tribales sont officiellement reconnues selon la Constitution indienne comme des Scheduled Tribes, c'est-à-dire des «tribus répertoriées», dont le nombre est d'environ 250. On distingue les «langues tribales répertoriées» (''notified tribal languages'') et les «langues tribales non répertoriées» (''non-notified tribal languages'').
Les «langues tribales» sont parlées en principe par les aborigènes de l'Inde. Malheureusement, les gouvernements des États n'ont pas été en mesure d'utiliser une méthodologie adéquate afin que de rassembler l'information quant à leur usage en éducation, dans les médias, les publications, etc.
Ces langues sont rarement enseignées au primaire, mais elles demeurent néanmoins sous la supervision d’un commissaire aux minorités linguistiques («Commissioner Linguistic Minorities»), qui émet des recommandations aux différents gouvernements des États. Plusieurs de ceux-ci espèrent secrètement que les nombreuses petites langues de leurs administrés auront disparu avant même d’avoir été enseignées.
4.5 Le statut de l’anglais
Langlais bénéficie dun statut particulier dans ce pays extrêmement multilingue. Ancienne langue coloniale, langlais possède lavantage de nêtre la langue daucune ethnie, en plus davoir acquis un statut international unique. Lors de l'indépendance, l'opposition entre les musulmans (à majorité ourdou) et les hindouistes (à majorité hindi) aboutit, malgré les efforts de Gandhi pour faire adopter une forme intermédiaire, l'hindoustani, susceptible, selon lui, d'unifier – au moins en partie – le pays, à la création du Pakistan, État musulman ayant l'ourdou pour langue officielle.
En 1958, la Constitution indienne mit en place une solution provisoire: la langue coloniale, l'anglais, devait rester langue officielle commune pendant quinze ans et être remplacé par l'hindi en 1963, tandis que les États constituant l'Union auraient le choix de leurs langues officielles respectives. Mais il se révéla impossible de remplacer l'anglais par l'hindi, en raison des États du Sud, où l'on parle des langues dravidiennes, qui s'y opposèrent. Ils estimèrent que lÉtat fédéral tentait dimposer lhindi dans tous les États du pays, y compris ceux du Sud, et ont préféré utiliser langlais, une langue apparemment plus «acceptable». L'Official Language Act de 1963 instaura alors l'anglais et l'hindi comme langues utilisées au Congrès, tandis que les États et les territoires conservèrent le choix de leurs langues officielles.
Aujourd'hui, non seulement langlais est largement utilisé dans plusieurs parlements indiens dont celui de Delhi, mais aussi dans de nombreuses administrations politiques des États, jusque dans les formulaires et les symboles tels que les timbres et les billets de banque. Langlais est même la langue la plus utilisée dans les affaires et les activités commerciales entre les États.
- Les opposants à l'anglais
L’anglais est donc devenu une langue dite «unificatrice» et, notamment pour cette raison, il est enseigné dans la plupart des États de la fédération. À l'opposé, c'est aussi une langue que plusieurs dénoncent comme portant préjudice aux langues indiennes et dravidiennes. L'anglais est devenu l'une des principales cibles des nationaliste indiens qui voudraient bien le faire disparaître du pays! Ainsi, M. Mulayam Singh Yadav, alors qu'il exerçait en 1997 la fonction de ministre de la Défense, jura à Chennai (Madras) que lui et ses partisans ne prendraient pas de repos avant que l’usage de l’anglais ne soit totalement éliminé du pays: «L'anglais doit être évincé des bureaux et des écoles pour l'hindi et l'hindi seulement!» Selon lui: «L'anglais n'est pas une langue internationale, seulement sept pays dans le monde l'emploient comme langue officielle.» Il aurait été plus juste de préciser «comme langue maternelle». Mulayam Singh Yadav a déclaré publiquement qu'il ne lirait plus les documents rédigés en anglais lorsqu'ils étaient envoyés à son bureau. Il a ensuite ordonné de créer des centres de formation pour l'étude de huit langues indiennes. Il ajoutait encore à propos des écoles secondaires de l'Uttar Pradesh (son État d'origine) qu'elles formaient «des citoyens corrompus et malhonnêtes» et qu'elles devaient être fermées, ce qui n'a pas empêché ce politicien d'envoyer son propre fils dans une école anglaise. Par la suite, certains toponymes anglais ont même été remplacés par des équivalents indiens (p. ex., Mumbai a remplacé Bombay). Devenu premier ministre de l'Uttar Pradesh en 2003, Mulayam Singh Yadav s'est déclaré contre le jeu du cricket parce qu'il correspondait à un jeu étranger d'origine britannique :«Le cricket n'est pas un jeu à nous! La lutte est un jeu indien. En fait, nous ne devons pas jouer au cricket.» Et le ministre de citer le dramaturge britannique George Bernard Shaw qui décrivait ce jeu comme celui dans lequel «onze imbéciles jouent pendant que 11 000 observent». Mulayam Singh Yadav est demeuré le plus ardent défenseur des langues indiennes et le plus anglophobe, du moins dans ses discours. Beaucoup de politiciens hindiphones continuent de dire aux masses indiennes : «Dehors l'anglais, un reliquat de la domination britannique!» Ce point de vue était partagé par le mahatma Gandhi qui a vécu l’anglais comme une aliénation, alors que sa langue maternelle était le gujarati:
| Le pilori a commencé dès le cours élémentaire [...]. Je sais maintenant que j’aurais appris aisément en un an ce que j’ai mis quatre ans à apprendre en arithmétique, en algèbre, en chimie et en astronomie, si je n’avais pas dû le faire en anglais mais en goujarati. J’aurais mieux possédé ces matières, plus vite et plus clairement. J’aurais eu un vocabulaire plus riche en goujarati. J’aurais utilisé mes connaissances à la maison, chez moi. L’anglais au contraire a créé une barrière infranchissable entre moi-même et ma famille, qui n’avait pas fréquenté l’école anglaise. [...] Je suis rapidement devenu un étranger dans mon propre foyer. |
- Les locuteurs de l'anglais
Actuellement, le nombre des locuteurs dont l’anglais est la langue maternelle est évalué à 0,3 %, soit 226 449 lors du recensement de 2001. Ce nombre est identique à beaucoup de petites langues en Inde, par exemple, le bareli, une langue indo-iranienne parlée dans le centre de l'État de Maharashtra et complètement ignorée dans les écoles et le marché du travail. Mais le nombre des Indiens connaissant l'anglais (à des degrés divers) comme langue seconde pourrait atteindre les 90 millions d'individus. Selon les estimations les plus sérieuses, on peut considérer qu’entre 3 % et 11 % des Indiens auraient une certaine maîtrise de l’anglais pour leur permettre de se placer sur le marché du travail national et international. En réalité, l'usage de l'anglais en Inde ne dépasse pas vraiment une petite élite, celle de certains journalistes de grands quotidiens et de certains universitaires. Dans The Clash of Civilizations (publié en 1996), l'Américain Sam Huntington affirme que l’usage de l’anglais en Inde est largement dépassé par l'hindi: «La dure réalité est que, pour un voyageur qui descend du Cachemire jusqu’à l’extrême sud à Kanyakumari, la communication se maintient le mieux par l’usage d’une forme d’hindi.»
Cette «forme d'hindi» est appelé Inglish (non "English") ou Hinglish, voire broken English ("anglais cassé") ou encore Indian English ("anglais indien"). C'est l'anglais que la plupart des Indiens parlent dans la rue; ils l'emploient d'ailleurs comme deuxième ou troisième langue, soit après leur langue indienne régionale (hindi, ourdou, sindhi, bengali, assamais, baloutchi, télougou, tamoul, etc.). Cet anglais indien est une variété distincte de l'anglais. De nombreux Indiens prétendent que l'anglais indien est très similaire à l'anglais britannique, mais cette opinion est fondée sur une analyse superficielle de l'anglais au plan lexical. L'anglais indien varie même d'une région à l'autre de sorte que cet Indian English n'est pas homogène en Inde, une conséquence inévitable de la diversité culturelle et linguistique de ce grand pays. En fait, lorsque les Indiens emploient l'anglais, il s'agit plus souvent d'un mélange d'anglais, d'hindi et d'autres langues indiennes. Ainsi, la syntaxe de l'hindi influence la syntaxe de l'anglais indien de plusieurs façons. C'est pourquoi il est si difficile pour un Britannique ou un Américain de comprendre aisément l'anglais indien, les différences demeurant trop importantes.
Cet Indian English ou Hinglish serait devenu la langue véhiculaire de la petite et de la moyenne bourgeoisie, et la langue branchée des salons de la grande bourgeoisie et de la haute société. Autrement dit, l'Hinglish est à la mode, c’est la langue de Bollywood (surnom de Bombay, la capitale du cinéma indien), des stations FM nationales et de la publicité. Pour David Crystal, l'auteur de la Cambridge Encyclopedia of the English Language, la réussite économique et la masse de la population de l’Inde feraient de cette forme d'anglais la variante la plus parlée au XXIe siècle: «Si 100 millions d’Indiens, de dire David Crystal, prononcent un mot d’une certaine façon, c’est davantage que la population britannique – c’est donc la seule façon de le prononcer.» Autrement dit, si l’anglais britannique a été la norme internationale de l'anglais au XIXe siècle, si l'anglo-américain l'a remplacé au XXe siècle, l'anglais du XXIe siècle pourrait être l'Hinglish ou une variété d'anglais fortement influencée par l’Inde.
4.6 La place du français
Le français ne joue pas un très grand rôle en Inde, mais il conserve une place non négligeable qui ferait l'envie, par exemple, de l'allemand, de l'espagnol, de l'italien, etc. Rappelons que le français demeure l'une des langues officielles du territoire de Pondichéry, l'ancienne capitale des établissements français de l'Inde, avec l'anglais, le tamoul, le télougou et le malayalam. Jusqu'en 1989, le français avait le statut de «première langue étrangère obligatoire» dans l'ensemble des écoles indiennes. Il est devenu depuis une «langue optionnelle» partout, sauf dans les instituts d'hôtellerie et de tourisme où il est resté relativement obligatoire.
Il faut comprendre que le français a perdu ce statut au profit des langues officielles des États indiens, car dans la plupart des États, les élèves apprennent la ou les langues officielles des États voisins. Aujourd'hui, le français reste enseigné en tant que «quatrième langue», plus précisément comme «première langue étrangère optionnelle» au pays. On estime à environ 300 000 le nombre d'élèves qui apprennent le français dans les niveaux d'enseignement primaire et secondaire. Dans l'enseignement supérieur, on compte environ 60 000 étudiants qui apprennent le français; on peut ajouter à ces derniers les 24 000 étudiants des quinze établissements de l'Alliance française. Néanmoins, le français ne jouera jamais un très grand rôle dans ce pays multilingue.
L'Inde a toujours réussi à résister aux invasions, famines, persécutions religieuses ou soulèvements politiques et autres cataclysmes. Aujourd'hui, malgré les difficultés de composer avec de nombreuses ethnies, langues différentes et à la diversité géographique du pays, l'Inde tente avec un certain succès de demeurer une démocratie.
Le pays a subi au cours des siècles de nombreuses invasions de la part de marchands, mais aussi de la part de peuples puissants venus du monde entier, qui y ont laissé leurs traces. Ce sont les Aryens indo-européens dès 2000 avant notre ère, les Grecs avec Alexandre le Grand en 326 avant notre ère, les Moghols au XVIe siècle, les Britanniques aux XVIIIe et XIXe siècles, sans oublier, selon les époques, les Bactriens, les Moghols, les Scythes, les Parthes, les Koushites, les Huns, les Avars, les Turcs, les Afghans, les Portugais, les Hollandais et les Français. En raison de l'histoire fort complexe de ce pays, il a semblé préférable de ne présenter qu'un bref sommaire.
La première civilisation importante se constitua aux environs de 2500 avant notre ère le long de la vallée de l'Indus (actuellement le Pakistan); cette civilisation subit les invasions des Indo-Aryens, lesquels implantèrent l'hindouisme, ainsi que leur culture et les structures sociales (dont les castes) encore en vigueur aujourd'hui.
3.1
Les premières invasions au nord
Au cours des siècles suivants, soit de 1500 à 200 avant notre ère, les
Indo-Aryens prirent le contrôle de tout le nord de l'Inde
en expulsant les Dravidiens plus au sud du sous-continent. On en constate encore
aujourd'hui les conséquences linguistiques de cette répartition
territoriale: les langues indo-iraniennes au nord, dravidiennes au sud (voir
la carte linguistique). C'est durant cette période que les Vedas (écritures sacrées Indoues) furent écrites et que le système de castes fut
définitivement établi pour assurer le statut de Brahman (prêtres issus de la 1re
civilisation). Vers 500, le bouddhisme et le jaïnisme firent leur apparition
dans le pays.
En 326, Alexandre le Grand établit des colonies grecques à l'ouest du pays, mais il n'y resta pas longtemps. La dynastie Maurya prit le pouvoir en 321 et devint l'un des empires les plus puissants et les plus étendus; l'apogée sera atteinte par le règne d'Asoka sur tout le pays (273-236). Cet empire s'écroula en 184 avant notre ère. Par la suite, il s'ensuivit une période de créations multiples d'empires jusqu'en 319 de notre ère, date de la fondation de l'empire Gupta, qui dura jusqu'en 606, alors que le nord de l'Inde se fragmenta en plusieurs royaumes hindous séparés; il ne se réunifia plus jusqu'à l'arrivée des musulmans (au XIe siècle). L'âge d'or de la civilisation hindoue coïncida avec le règne d'Harsa (606-647).
3.2 L'arrivée des musulmans
Les musulmans se révélèrent des envahisseurs différents des autres, car ils tenaient à leur identité et tentaient d'imposer leur religion aux territoires conquis. À partir de 1206 et lors de la création du sultanat de Delhi, les musulmans accrurent leur influence qui dura encore plusieurs siècles; ils ne furent jamais absorbés par l'hindouisme.
Néanmoins, l'hindouisme réussit à se maintenir, ce qui prouvait aux musulmans que l'Inde était un sol relativement
peu fertile à la conversion; cela se confirma par la suite, car après 800
ans de domination musulmane, seulement 25 % de la population s'était convertie.
Mais, de cette invasion, naquit une langue commune aux hindous et aux musulmans:
l'ourdou (hindoustani) qui est resté la langue d'une grande partie du
nord de l'Inde et du
Pakistan.
3.3 Le sud de l'Inde
L'Inde du Sud l'objet d'influences diverses en raison de ses liens commerciaux
et maritimes
bien établis avec l'Asie du Sud-Est, les Égyptiens et, plus tard, les Romains.
De grands empires se succédèrent jusqu'en 1300 avec les invasions musulmanes.
Les invasions musulmanes n'affectèrent pas de façon permanente la région, mais,
en 1336 un royaume musulman s'établit simultanément à l'établissement d'un
royaume hindou. Ensuite, plusieurs royaumes se succédèrent jusqu'au grand règne
de l'empire Mughal.
Du XVIe siècle au XVIIIe siècle, l'Inde fut essentiellement constituée de
trois empires.
L'empire Mughal, un empire musulman, contrôla une bonne partie de l'Inde. Il perdit
progressivement mais rapidement le pouvoir contre les Britanniques jusqu'à sa chute en
1757, lors de la bataille de Plassey. Celui des Rajputs correspondait à une caste de guerriers hindous, qui régna durant la période
musulmane surtout sur le Rajasthan. Enfin, les Marathes constituèrent un empire au nord et au centre de l'Inde,
lequel exista
de 1646 à la fin du XVIIIe siècle.
3.4 Les colonisations européennes
Les Portugais, avec Vasco de Gama en 1498, furent les premiers colonisateurs
européens; ils
arrivèrent au Kerala et s'emparèrent de Goa (en 1510) qu'ils contrôlèrent jusqu'en 1961.
Dès 1600, les Britanniques exercèrent leur pouvoir par la
Compagnie
orientale de
l'Inde, qui établit plusieurs comptoirs commerciaux et exerça, pendant 250 ans, le
contrôle en Inde pour le compte du gouvernement anglais. D'autres comptoirs commerciaux furent implantées par les Danois et les Hollandais
et, en 1672, les Français s'établirent à Pondichéry.
Les rivalités franco-britanniques s'accentuèrent autour du
contrôle du commerce indien, mais les Français furent exclus de l'Inde en 1763
par le traité de Paris.
3.5 Les Indes britanniques
Après la guerre
anglo-indienne avec les guerres
afghanes (1839-1842 et 1878-1880), les guerres sikh (1845-49) et la révolte
des Cipayes (1857-1858), l'Inde resta sous la tutelle des Britanniques
en 1858; le gouverneur général de l'Inde devint vice-roi. En 1848, le rajah
hindou de Jammu, un Dogra du nom de Gulab Singh, avait acheté de l'Angleterre la
vallée du Cachemire. En 1876, la reine
Victoria devint impératrice des Indes.
En 1857, une première minuterie se manifesta, celle des bataillons indiens de l'armée du
Bengale, mais elle ne toucha que le nord de l'Inde. Cet évènement eut deux conséquences: les
Britanniques ne se vengèrent pas, mais l'administration du pays fut
confiée au gouvernement anglais.
Les Britanniques considérèrent le pays comme une zone de prospérité financière et ils ne touchèrent pas à la culture, aux croyances et aux religions du sous-continent. Sous la Couronne britannique, l'Inde resta un ensemble d'États hétéroclites — États princiers gouvernés par des maharadjas et des nawabs — dont plusieurs restèrent relativement indépendants. Par leur intérêt pour le commerce et le profit, les Britanniques exploitèrent les mines de charbon et de fer, développèrent la production de thé, de café et de coton, élaborèrent des plans d'irrigation révolutionnant l'agriculture de l'époque et construisirent même un vaste réseau de chemins de fer. Au plan gouvernemental et législatif, les Britanniques développèrent des structures solides et organisées, lesquelles se révèleront très utiles par la suite aux Indiens lors de l'indépendance. La langue anglaise fut imposée comme langue administrative, ce qui permit aux colons britanniques de maintenir une certaine supériorité par rapport aux peuples colonisés.
Vers la fin du XIXe siècle, les Britanniques commencèrent à préparer l'indépendance future de l'Inde en déléguant des pouvoirs aux Indiens tout en gardant le contrôle. À partir de 1882, les Britanniques établirent la Local Self-Government Act (Loi sur l'autonomie locale) un système politique fondé sur l'élection qui s'étendra au plan des provinces avec les réformes de 1909, 1919 et 1935. En 1885, fut fondé le Congrès national indien par une intelligentsia hindoue soucieuse de prendre pied dans l'Administration. Les Britanniques vassalisèrent le Cachemire pour le compte des héritiers du rajah Gulab Singh; pour les populations assujetties au rajah, la dynastie dogra laissait un amère souvenir d'occupation étrangère difficile à supporter.
3.6 La route vers l'indépendance
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Au début du XXe siècle, l'opposition du Parti du Congrès (parti établi par les Britanniques afin de favoriser l'autonomie de l'Inde) au pouvoir grandit et, après la Première Guerre mondiale, elle se concrétisa avec l'arrivée d'un leader pour le Parti du Congrès: le mahatma Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948), qui revenait d'Afrique du Sud où il exerçait la profession d'avocat et se battait contre la discrimination raciale envers les nombreux Indiens établis dans ce pays. En 1906, eut lieu la fondation de la Ligue musulmane qui défendit les intérêts de la communauté musulmane. Gandhi, adopta la politique de résistance passive (satyagraha) après le massacre d'Amritsar en 1919, alors que l'armée britannique avait ouvert le feu sur des protestants non armés. |
Son but était de
joindre non seulement les classes moyennes, mais aussi les paysans et les
villageois à sa lutte par des boycotts de produits anglais, ce qui lui vaudra à
maintes reprises d'être emprisonné. L'année suivante, Gandhi lança le mouvement
de non-coopération et, dix ans plus tard, de désobéissance
civile. En 1927, le Congrès indien réclama l'indépendance.
La fin de la Seconde Guerre mondiale amena les Britanniques à réaliser que l'indépendance
était inévitable: ils n'avait plus le pouvoir ou la volonté de maintenir un
si vaste empire, le «joyau de la Couronne britannique». Puis un autre problème surgit: l'importante minorité
musulmane de l'Inde constata que l'indépendance signifierait également une
domination hindoue sur tout le pays. En effet, les hindous furent les cibles
privilégiés des Britanniques en tant que détenteurs du trône de Delhi. C'est
pourquoi les musulmans se sont vite trouvés marginalisés dans le cadre colonial,
tandis que les hindous y prospéraient, notamment grâce à leur nouveau système
éducatif anglophone. C'est pourquoi l'Inde restait divisée par des idéologies purement religieuses:
d'une part, la Ligue musulmane de
Muhammad Ali Jinnah, d'autre part, Jawaharlal Nehru, lequel
représentait la population hindoue et contrôlait le Parti du Congrès. Le pays
assista à plusieurs affrontements entre les deux
camps jusqu'à ce que le Royaume-Uni nomme lord Louis Mountbatten pour essayer
calmer les esprits et préparer l'indépendance prévue pour le 15 août 1947.
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Après avoir vainement tenté de convaincre Muhammad Ali Jinnah qu'une Inde unifiée paraissait un choix plus raisonnable, Nehru prit à contrecoeur la décision de diviser le pays en deux parties, l'Inde et le Pakistan. Gandhi s'y opposa, préférant une guerre civile au chaos qu'il prévoyait suite à une telle séparation. En effet, la division politique s'avéra une tâche difficile en raison du mélange des populations à travers tout le pays et du fait que les deux grandes régions musulmanes restaient séparés par 1600 kilomètres dans deux côtés opposés de l'Inde, le Pakistan occidental (Pakistan actuel) et le Pakistan oriental (Bangladesh actuel). |
3.7 L'Inde indépendante
Le 15 août 1947, l'Inde obtint son indépendance et Nehru devint premier ministre. Mais le pays fut aussitôt séparé en deux entités: l'Inde hindoue et le Pakistan musulman. La partie occidentale de l'ancienne province du Bengale fut attribuée à l'Inde sous le nom de Bengale occidental (aujourd'hui le Pakistan) et la partie orientale devint le Pakistan oriental (aujourd'hui le Bangladesh). Les deux Pakistans ou Dominion du Pakistan restèrent séparés par la langue (ourdou et bengali), la culture et plus de 1600 km de territoire indien; l'islam apparut comme le seul lien unificateur des deux Pakistans. Les musulmans de l'Inde affluèrent dans les deux Pakistans, alors que les hindouistes se réfugièrent en Inde. Quelque 11 millions d'hindous émigrèrent vers l'Inde au moment de la partition.
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À la suite à cette division entre l'Inde et le Pakistan, de nombreux problèmes surgirent, dont des massacres et des affrontements qui ne sont guère résolus à l'heure actuelle, notamment celui du Cachemire. Ce territoire était, au moment de l'indépendance, un État princier vassal de l'Empire britannique, à majorité musulmane, et gouverné par un maharadja hindou, un Dogra nommé Hari Singh qui dut, lors de la division, choisir d'appartenir à l'Inde ou au Pakistan. Il décida, après maintes réflexions (ou par la pression exercée par quelque 3000 combattants originaires de la frontière afghane et ayant envahi la région), d'opter pour l'Inde, ce qui permit à l'Inde d'intervenir militairement et conduisit le Pakistan à déclarer une offensive en 1948 pour accaparer un tiers de la province. Cet événement provoqua une série de guerres territoriales que se livrèrent non seulement le Pakistan et l'Inde, mais aussi la Chine. Encore aujourd'hui, l’Inde revendique le Cachemire occupé par le Pakistan (l'Azad-Cachemire) et la partie occupée par la Chine (l'Aksaï Chin). De son côté, le Pakistan revendique le Cachemire occupé par l'Inde (l'État de Jammu-et-Cachmire). Quant à la Chine, elle revendique la partie du Ladakh qui prolonge le plateau tibétain (voir la carte). |
Après la sécession du Pakistan et du Bangladesh, l'Inde se retrouva avec 562 États princiers qui ont dû être fusionnés pour s'intégrer dans une union fédérale. Il était donc logique que cette union des États se fasse sur la base de la langue — selon le principe un État, une langue —, car tout le pays comptait des centaines de langues diverses et un nombre alors incalculable de langues tribales et mineures. Cependant, comme les frontières géographiques divisant les États ne pouvaient pas correspondre exactement aux frontières linguistiques, il subsista des poches de minorités linguistiques dans presque chaque État. De plus, avec les nouvelles migrations qui allaient s'amplifier avec les années entre les États, chaque langue officielle d'un État allait devenir une langue minoritaire à l'extérieur de son propre État. Pour toute ces raisons, la Constitution de l'Union devait protéger la plupart des langues, y compris les langues tribales.
Le 30 Janvier 1948, Gandhi était assassiné par un extrémiste hindou (Nathuram Godse). La disparition de l’inspirateur de l’indépendance ouvrit une nouvelle période de l’histoire indienne, caractérisée par une relative stabilité. Puis Nehru engagea le pays dans la voie de l'industrialisation et, au plan international, de la neutralité. L’Inde fut ainsi à l’origine du mouvement dit des «non-alignés», qui refusaient de choisir entre le camp américain et le camp soviétique. Le 26 janvier 1950, l'Inde adopta une nouvelle constitution qui en fit un État fédéral, l'Union indienne, une république démocratique laïque, membre du Commonwealth britannique. Entre 1952 et 1956, l'État indien annexa Pondichéry et quatre autres comptoirs français de l'Inde (Pondichéry ou Puducherry, Yanam, Karaikal et Mahé), en réalité déjà autonomes depuis 1939. Le traité officiel de sa cession fut signé le 8 mai 1956 entre l'Union indienne et la République française. Pondichéry fit alors partie intégrante de l'État de Madras, aujourd'hui l'État du Tamil Nadu.
Lors de la révolte tibétaine de mars 1959, quelque 9000 réfugiés tibétains demandèrent l’asile politique à l’Inde. Ils s’installèrent à Dharamsala dans l’État de Himachal Pradesh, où le dalaï lama a aujourd’hui encore sa résidence. Plusieurs conflits éclatèrent alors entre les troupes chinoises et indiennes à propos de certaines zones frontalières et, en août, l’armée chinoise pénétra en Inde. En 1961, après un bref conflit, l'Inde envahit et annexa les territoires de Goa et de Daman-et-Diu, qui appartenaient au Portugal. En 1963, sous l'initiative de Nehru, le Parlement fédéral indien adoptait la loi no 19, appelée Loi sur les langues officielles (Languages Official Act). Cette loi, qui sera modifiée en 1967, fixait les conditions d'utilisation tant de l'hindi que de l'anglais dans la conduite des affaires relevant de la juridiction du gouvernement fédéral, ainsi que dans les cours de justice.
3.8 L'après-Nehru
Le 27 mai 1964, Nehru, premier ministre depuis l’indépendance de l’Inde, décéda. Le Pakistan passa encore à l'attaque en 1965, toujours au Cachemire, croyant l'Inde diminuée après sa défaite contre la Chine en 1962. Mais la supériorité militaire de New Delhi fut sans appel, un rapport de forces que confirmera la guerre de 1971.
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En 1966, la dirigeante du Parti du Congrès, Indira Gandhi (1917-1084), la fille de Nehru, prit la succession de Lal Bahadur Shastri (1904-1966) au poste de premier ministre. Madame Gandhi, avait été portée au pouvoir par les conservateurs du Congrès, qui espéraient ainsi la manipuler. Mais celle-ci opta pour des réformes socialistes qui mécontentèrent les notables, ce qui fragilisa son pouvoir au Congrès. |
En 1971, une guerre civile éclata dans la partie orientale du Pakistan, aujourd’hui le Bangladesh. Les Bengalis affluèrent alors massivement en Inde, et les relations entre l’Inde et le Pakistan occidental (Pakistan actuel) se détériorèrent. En décembre, l’Inde entra en guerre aux côtés du Pakistan oriental (Bangladesh), ce qui obligea l’armée pakistanaise à se rendre; elle fut également la première à reconnaître le Bangladesh en tant qu’État indépendant. De nombreux réfugiés bengalis regagnèrent alors leur pays. Les accords de Simla en 1972 consacrèrent la défaite complète du Pakistan. En 1975, le petit Sikkim (situé entre le Népal et le Bhoutan) fut annexé par l'Inde. En 1976, la Loi sur les langues officielles de 1963 fut complétée par les Règlements sur les langues officielles (The Official Languages Rules), lesquels seront modifiés en 1987.
En 1977, Indira Gandhi organisa des élections générales, espérant le soutien du peuple, mais elle perdit son siège au Parlement, tandis que le Parti du Congrès, pour la première fois depuis 1952, n’obtint pas la majorité. En 1979, le gouvernement mené par le Parti Janata (ou Parti du peuple) perdit la majorité au Parlement et Desai démissionna. Les élections organisées en janvier 1980 consacrèrent la victoire du Parti du Congrès et d’Indira Gandhi, de nouveau premier ministre de l'Union. Le 31 octobre 1884, Indira Gandhi fut assassinée par deux sikhs de sa garde personnelle. Au cours des émeutes qui suivirent cet assassinat, un millier de sikhs furent tués par la foule.
Le fils d'Indira Gandhi, Rajiv Gandhi (1944-1991), fut nommé premier ministre quelques heures après le décès de sa mère. Confirmé à ce poste lors des élections législatives de décembre 1984, Rajiv Gandhi répondit aux exigences des sikhs en acceptant d’agrandir les frontières du Pendjab. Le 3 décembre 1984, une fuite de gaz toxique provenant d’une usine de pesticides de la compagnie Union Carbide, implantée à Bhopal dans le centre de l’Inde, provoqua la mort d'environ 3300 personnes, entraînant de nombreuses maladies dont souffrirent plus de 20 000 Indiens. Aux élections de novembre 1989, le Parti du Congrès perdit sa majorité au Parlement et Vishwanath Pratap Singh, chef du Janata Dal Party (Parti socialiste du peuple), devient premier ministre. En 1990, une scission au sein du parti de Singh provoqua l’effondrement de son gouvernement minoritaire, alors que Chandra Shekhar lui succédait, mais le gouvernement périclita en mars 1991. Rajiv Gandhi fut assassiné en pleine campagne électorale par un extrémiste tamoul. Les électeurs, choqués, donnèrent au Parti du Congrès la majorité au Parlement, et Narasimha Rao, ancien ministre des Affaires étrangères et partisan de Gandhi, devient premier ministre.
Narasimha Rao fut le premier dirigeant indien à
changer de politique économique, en renonçant notamment au dogme du
protectionnisme. Son gouvernement mit en œuvre plusieurs réformes libérales,
engagea un vaste programme de privatisations, mais les rivalités religieuses
ruinèrent à nouveau ce processus d’ouverture. En janvier 1993, des émeutes
éclatèrent (faisant environ 3000 victimes) après la destruction, par des
extrémistes hindous, de la mosquée Babri Masjid d'Ayodhya, dans l’État
de l'Uttar Pradesh. Au début des années quatre-vingt-dix, les tensions
s’intensifièrent entre l’Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire. Depuis 1989,
le Cachemire reste le théâtre de conflits sporadiques entre l’armée indienne et
les séparatistes ainsi que les militants musulmans qui souhaitent un État
indépendant ou un rattachement au Pakistan musulman. En janvier 1994, l’Inde et
le Pakistan entamèrent des pourparlers sur l’avenir de cette région, sans
véritable issue. Du fait que le Pakistan développait un programme d’armement
nucléaire (comme l'Inde), certains pays redoutèrent que le différend sur le
Cachemire ne dégénère.
Les élections législatives de février et mars 1998, marquées par de nombreuses
violences, confirmèrent la montée des nationalistes hindous du Bharatiya Janata
Party (BJP, ou Parti du peuple indien) qui, avec l’appui de leurs alliés du
Tamil Nadu, disposaient de la majorité absolue
au Parlement. En mai 1998 et avril 1999, l’Inde procéda à des essais nucléaires,
ce qui entraîna la réprobation internationale des membres du Conseil de sécurité
de l’ONU, des sanctions économiques de la part des États-Unis et du Japon, une
dégradation des relations avec la Chine, une aggravation de la situation au
Cachemire et la réplique du Pakistan qui effectuait à son tour des essais
nucléaires et des tirs de missiles. En mai 1999, de nouveaux accrochages eurent
lieu au Cachemire entre Indiens et Pakistanais. L'Inde atteignit officiellement
un milliard d'habitants en 2000. L'année suivante, trois nouveaux États firent
créés: l'Uttaranchal, le Chattisgarh et le Jharkhand (voir
la carte). Jusqu'à maintenant, le conflit indo-pakistanais à propos du
Cachemire continue de pourrir les relations entre les deux pays.
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