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La Jordanie est divisée en 12 provinces ou gouvernorats (muhafazat au sing., muhafazah au pl.): Ajlun, Al 'Aqabah, Al Balqa', Al Karak, Al Mafraq, 'Amman, At Tafilah, Az Zarqa', Irbid, Jarash, Ma'an et Madaba (voir la carte détaillée). Quant aux anciens gouvernorats qui formaient la Cisjordanie (Jérusalem-Est, Ramallah, Bethlehem et Naplouse), ils sont aujourd'hui occupés par Israël depuis la guerre des Six-Jours; en 1988, durant l’Intifada, le roi Hussein a rompu tous les liens administratifs et juridiques avec la Cisjordanie au profit de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Les grandes villes de Cisjordanie sont Naplouse, au nord, Hébron au sud, Jéricho à l'est et Ramallah à l'ouest.
La population de la Jordanie est presque entièrement arabe. Elle est constituée pour près de 40 % par des réfugiés palestiniens, dont les rangs furent grossis par les 400 000 «réfugiés du Golfe», expulsés par le Koweït en 1991, après que le roi Hussein eut refusé de condamner l’invasion de ce pays par l'Irak. Les Bédouins, traditionnellement nomades, ont été contraints à une semi-sédentarisation, pratiquant désormais l’élevage et l’agriculture; ils représentent à peine 5 % de la population jordanienne. Les Circassiens (Adigués), arrivés au XIXe siècle à la suite de la conquête du Caucase par les Russes, forment la principale minorité ethnique (au nombre d'environ 20 000). Il y a aussi la question des réfugiés palestiniens. Au total, il est habituellement reconnu que la proportion de Palestiniens en Jordanie dépasse les 50 %, ce qui est énorme dans la mesure où ce nombre peut remettre en question l'identité jordanienne. Comment alors préserver l'influence des Transjordaniens de souche?
L’islam est religion d’État. Environ 90 % des Jordaniens sont des musulmans sunnites. Le pays compte aussi une minorité de druzes ainsi que des chrétiens, dont un tiers sont des Grecs orthodoxes, qui représentent 8 % de la population.
L’arabe classique est la langue officielle du pays, mais les langues maternelles sont ce qu'on appelle l'arabe dialectal, c'est-à-dire l'arabe levantin du Sud (55 %) parlé aussi par l'ensemble des réfugiés palestiniens, l'arabe bedawi (11 %), l'arabe nadji (1 %), l'adygué ou circassien (1,2 %), l'arménien (0,1 %), le tchétchène (0,05 %) et le tsigane domari. Les langues arabes font partie de la famille chamito-sémitique, alors que l'arménien (ainsi que le tsigane) est un isolat indo-européen et que l'adigué (circassien) et le tchétchène font partie des langues caucasiennes.
AVIS: Certaines parties historiques de cette section sont tirées presque intégralement de l'Encyclopédie Microsoft Encarta 2004, art. «Jordanie».
Le territoire de l’actuelle Jordanie fut le berceau des plus anciens États connus à ce jour. Les Ammonites, présents dans le pays dès le XVIIe siècle avant notre ère, fondèrent Rabbath Ammon (aujourd'hui Amman). La Bible fait également état des royaumes d’Édom, de Galaad et de Moab, situés à l’est du Jourdain. Le roi David fut, au XIe siècle avant notre ère, le bâtisseur d’un empire réunissant les royaumes de Juda et d’Israël. La région connut ensuite la domination des Assyriens (IXe siècle), puis des Babyloniens conduits par Nabuchodonosor II (au Ve siècle).
Les Babyloniens, vaincus par l’Empire Perse achéménide, furent définitivement
écartés en 539 avant notre ère par les troupes de Cyrus le Grand. Ce dernier pacifia
la région et autorisa le retour de populations déportées par les Babyloniens,
permettant un nouvel essor économique. Les armées d’Alexandre le Grand
déferlèrent deux siècles plus tard; l’actuelle Jordanie fut intégrée dans
l’Empire séleucide jusqu’à l’arrivée des Romains au Ier siècle de notre ère.
Les Romains latinisèrent la région, puis lors du partage de l’Empire, le territoire
jordanien rejoignit l’Empire byzantin.
3.1 La conquête musulmane
La région fut conquise par les Arabes en 634, lors de la bataille de Yarmouk. La Jordanie fut gouvernée par les califes omeyades, basés à Damas, puis
par les abbassides, qui installèrent leur capitale à Bagdad (Irak). Délaissées, la
Jordanie et la Syrie connurent alors une période de déclin et furent
partiellement occupées, aux Xe et
XIe siècles, par les Tulunides et les
Fatimides, souverains musulmans d’Égypte, puis menacées par les Turcs
seldjoukides, qui s’établirent au nord de la Syrie jusqu’au milieu du
XIe
siècle. Toute la région s'islamisa et s'arabisa.
Le désordre qui régnait dans la région, divisée entre des dynasties arabes et
turques rivales, favorisa l’établissement des croisés qui, après la prise
d’Antioche (1098) et de Jérusalem (1099), intégrèrent le territoire jordanien au
royaume latin de Jérusalem. En 1187, Saladin, fondateur du sultanat ayyubide,
prit la tête de la lutte contre les Francs qui furent définitivement chassés en
1291 par les mamelouks, dynastie d’esclaves au pouvoir en Égypte. Les troupes de
Sélim Ier envahirent la région en 1517, qui devint une province
semi-désertique de l’Empire
ottoman jusqu’en 1918.
3.2 La Transjordanie
Durant la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman s'engagea aux côtés de
l'Allemagne contre les Alliés. Pour leur part, les Britanniques soutinrent la
révolte arabe contre la domination ottomane;
le colonel Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie, devint célèbre auprès
des Arabes. La révolte éclata en 1916, conduite par le chérif
hachémite de La Mecque, Hussein ibn Ali. Les Britanniques avaient gagné l’appui
des Arabes en leur promettant, en contrepartie de leur soutien, l’indépendance
en cas de victoire sur l’Empire ottoman. Cet accord, prévoyant la création d’un
grand État arabe, fut formalisé en janvier 1916 par un échange de lettres entre
le gouvernement britannique et Hussein. Dans le même temps, la Grande-Bretagne
concluait avec la France et la Russie les accords secrets Sykes-Picot (mai
1916), par lesquels les trois pays se partageaient les terres arabes sous
domination ottomane. L’année suivante, le Royaume-Uni affirma, par la
déclaration Balfour, son intention de favoriser la création d’un foyer national
juif en Palestine (2 novembre 1917).
Lors du traité de Sèvres (1920), l’Empire ottoman fut démantelé et la Turquie
perdit ses territoires arabes du Proche-Orient. La Société des Nations (SDN)
plaça alors la Palestine (Jordanie et Israël actuels), la Syrie du Sud
(Transjordanie) et l’Irak sous mandat britannique, tandis que la France obtint
le contrôle du Liban et de la Syrie. Le territoire jordanien se trouva composé
de deux entités: la Palestine, comprenant les terres à l’ouest du Jourdain, et
la Transjordanie, regroupant les terres situées sur la rive orientale du fleuve.
Abdallah ibn Hussein Abdallah ibn Hussein fut l'artisan de l'indépendance de la
Jordanie. Alors que ce territoire qui porte alors le nom de
Transjordanie était
placé sous mandat britannique, il bénéficia d'une administration propre qui lui
conférait une relative autonomie. Abdallah se
défit peu à peu de la tutelle britannique sans pour autant entrer en conflit ouvert avec
l'occupant colonial. En 1925, il disposait de pouvoirs d'administration qui
allaient
être renforcés avec la promulgation de la loi constitutionnelle du 16 avril 1928,
qui faisait de l'émir un souverain héréditaire. Ce processus graduel d'émancipation
trouva son terme en 1946 avec la déclaration d'indépendance du royaume.
Tout en demeurant sous la tutelle britannique, la Transjordanie fut confiée, en
1921, à l’émir Abd Allah, fils de Hussein; son autre fils, Fayçal Ier étant
installé sur le trône d’Irak. Les Hachémites allaient désormais présider aux
destinées du pays. Des officiers britanniques formèrent la nouvelle armée
transjordanienne, la Légion arabe, en 1923. Progressivement le pouvoir de l’émir
fut renforcé et, en avril 1928, une loi organique fut proclamée, octroyant à la
Transjordanie, sa propre Constitution.
Durant la Seconde Guerre mondiale, la Transjordanie se rangea du côté allié;
son territoire servit de base aux opérations britanniques dirigées contre les
partisans de l’Axe qui avaient pris le pouvoir en Irak.
En juin 1945, la région obtint son émancipation et le gouvernement britannique
mit définitivement fin à son mandat sur la Transjordanie en mars 1946, sous
réserve de pouvoir conserver des bases militaires dans le pays. L’indépendance
fut proclamée et Abd Allah (1882-1951) fut couronné roi en mai 1946.
Membre de la Ligue arabe depuis sa création (mars 1945), la Transjordanie
participa à l’attaque lancée par les États arabes, en mai 1948, contre le nouvel
État d’Israël. Les Transjordaniens occupèrent Jérusalem-Est et la Cisjordanie,
avant de signer un armistice avec l’État hébreu le 3 avril 1949.
3.3 Le Royaume hachémite de Jordanie
Le 24 avril 1950, le roi Abd Allah réunit la Transjordanie et la Palestine arabe
(Jérusalem-Est et Cisjordanie) sous le nom de Royaume hachémite de Jordanie.
Quelque 400 000 Palestiniens originaires des territoires conquis par Israël se
réfugièrent en Jordanie.
Mais le souverain fut assassiné le 20 juillet 1951 par un Palestinien qui lui
reprochait ses positions trop conciliantes à l’égard d’Israël. Le 11 août 1952,
son petit-fils, Hussein, fut proclamé roi et entreprit la modernisation du pays.
Il dut faire face à la multiplication des incidents entre Israéliens et
Jordaniens, et chercha à atteindre un équilibre sur la scène internationale par
le jeu des alliances. En 1956, afin de répondre à l’agitation anti-occidentale,
il abrogea le traité anglo-jordanien, renvoya Glubb Pacha, le chef britannique
de son armée, et, pendant la crise de Suez, signa un accord militaire avec
l’Égypte dirigée par Gamal Abdel Nasser.
La Jordanie connut une période de stabilité sur le plan interne au début des
années soixante. Au nom de l’unité arabe contre Israël, les relations diplomatiques
avec l’Égypte furent rétablies en 1964 et un traité de défense fut signé avec
Nasser le 30 mai 1967. Mis les Israéliens remportèrent la guerre des Six-Jours
en 1967. Ce conflit se solda par une lourde défaite: 10 000 victimes militaires,
l’anéantissement des forces aériennes jordaniennes, puis l’occupation par Israël
de la Cisjordanie et de la partie est de Jérusalem, qui chassa vers la Jordanie
250 000 nouveaux réfugiés palestiniens.
3.4 La question palestinienne
Au lendemain de la guerre, la Jordanie se trouva de nouveau réduite à la rive
orientale du Jourdain, tout en devant accueillir 350 000 réfugiés palestiniens
supplémentaires. Les relations ne tardèrent pas à se tendre entre Hussein et
l'Organisation de libération de la Palestine (OLP. En septembre 1970, l’armée jordanienne expulsa les groupes palestiniens armés, qui
trouvèrent refuge au Liban. La Jordanie ne participa pas à la guerre dite «du
Kippour» contre Israël en 1973. Les liens se relâchèrent ensuite entre la
population jordanienne et la population de Cisjordanie, autrement dit les
«territoires occupés». En 1988, Hussein rompit officiellement les liens
juridiques entre la Jordanie et la Cisjordanie. Après l'accord d'Oslo entre
Israël et l'OLP en 1993, la Jordanie signa avec Israël un traité de paix (1994).
À Hussein, mort en 1999, succéda son fils Abdallah (né en 1962), qui hérita
d'importants défis à relever tant à l’intérieur que dans les relations avec les
voisins.
La Jordanie n'a pas beaucoup élaboré de textes juridiques concernant sa politique linguistique. En effet, seuls deux articles constitutionnels, un peu vagues, servent de base juridique aux droits linguistiques. L'article 2 de la Constitution du 8 janvier 1952 proclame l'islam (sunnite) comme religion d'État et l'arabe (classique) comme langue officielle: «La religion de l'État est l'islam et sa langue officielle l'arabe.» L'article 6 interdit la discrimination fondée sur la race, la langue et la religion (par. 1). Le second paragraphe ne mentionne même pas si les langues utilisées par la population sont en cause:
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Article 6 1) Les Jordaniens seront égaux devant la loi. Il n'y aura aucune discrimination entre eux en ce qui concerne leurs droits et leurs devoirs pour des raisons de race, de langue ou de religion. 2) Dans la mesure de ses possibilités, le gouvernement se chargera du travail et de l'enseignement et s'assurera que tous les Jordaniens jouissent de la tranquillité et de chances égales. |
4.1 L'arabe comme langue de l'État
L'arabe classique, qui n'est pas la langue maternelle des Jordaniens, est la langue de l'État. À l'instar de la plupart des pays arabes, c'est celle qui est utilisée presque exclusivement au Parlement, surtout dans la rédaction et la promulgation des lois, dans les cours de justice et dans les écoles. Précisons que c'est l'unique langue écrite, mais qu'à l'oral l'arabe dialectal est très courant, que ce soit dans les discussions au Conseil des ministres, dans les débats au Parlement et dans les conversations familières entre professeurs à l'école, sans oublier la radio et la télévision. Cela dit, la Jordanie a aussi une longue tradition anglophile. L'anglais est enseigné dans toutes les écoles comme langue seconde. C'est pourquoi cette langue est relativement comprise par une majorité de la population (environ 60 %).
4.2 Les droits des minorités
La question des minorités en Jordanie ne se pose pas en terme de langue, mais plutôt de religion. Si l'on fait exception des petites minorités arménienne, circassienne, tchétchène et tsigane, tous les Jordaniens arabophones doivent utiliser une autre langue que leur langue maternelle dans leurs communications officielles ou dans toutes les sphères de l'éducation. Les minorités linguistiques ne font pas exception.
Cela dit, les minorités linguistiques ET religieuses disposent de certains droits. Par exemple, le système électoral réserve une place particulière à ces minorités. En effet, chacune d'elles disposent de sièges réservés à la Chambre des députés: chrétiens (un peu moins de 5 % de la population: neuf sièges); bédouins (six sièges); Circassiens (deux sièges), Tchétchènes (un siège). Ces deux derniers groupes, musulmans, sont les descendants de peuples caucasiens qui avaient fui vers l'empire ottoman, à partir de 1864, devant la progression des Russes dans le Caucase. Ils représentent environ 1 % de la population actuelle. Généralement, la plupart des administrations locales (gouvernorats) en Jordanie réservent des postes aux minorités religieuses et ethniques.
Les minorités ont le droit de se regrouper en association de façon à défendre leurs intérêts. Elles peuvent fonder leurs écoles. Par exemple, les chrétiens peuvent recevoir l'enseignement religieux dans leurs propres écoles. La plupart des membres des minorités peuvent recevoir une partie de leur enseignement dans leur langue maternelle et dans leur religion, mais uniquement dans des écoles privées. Dans les écoles publiques, seule la langue arabe classique est utilisée comme langue d'enseignement. L'enseignement du français est possible dans quelque 45 établissements privés et 18 établissements publics pour 32 800 élèves sur un total de 1,3 million. Les autorités jordaniennes ont décidé d'introduire le français comme épreuve optionnelle au baccalauréat littéraire, ce qui a permis l'ouverture de 80 nouvelles classes supplémentaires de français. Les écoles dirigées par les minorités ethniques ont aussi le droit d'accepter des enfants n'appartenant pas à leur communauté, car elles sont ouvertes aux enfants des autres groupes ethniques.
Bien que l'arabe classique soit la langue officielle, toutes les minorités disposent de médias dans leur langue, notamment à la radio. Toutes les variétés d'arabe (arabe levantin du Sud, arabe bedwadi et arabe nadji) et les Adygués (Circassiens) ont des émissions radiophoniques et télévisées. Les Arméniens et les Tchétchènes captent leurs programmes de la Russie. L'anglais est présent partout, à la radio, la télévision et les journaux, et il fait concurrence à l'arabe officiel.
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La Jordanie a une politique linguistique dite
d'arabisation: elle consiste à promouvoir la langue officielle, en l'occurrence
l'arabe classique, une langue que personne ne parle spontanément. Quoi qu'il en
soit, c'est le cas de tous les États arabophones et la Jordanie ne fait pas
exception . Il existe tout de même une différence avec la Jordanie et les
autres pays arabes. En effet, la question des minorités en Jordanie ne se pose pas en
terme de langue, mais en terme de religion. Il n'y a pas de droits linguistiques
spécifiques dans le pays, mais les minorités religieuses ont des droits
reliés à l'éducation. Si l'on fait exception des petites
minorités arménienne, circassienne, tchétchène et tsigane, tous les Jordaniens,
y compris les arabophones, doivent utiliser une autre langue que leur langue maternelle dans
leurs communications officielles ou dans toutes les sphères de l'éducation. Les
minorités linguistiques ne font pas exception.
Bibliographie
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