Macao

Région administrative spéciale de Macao

(République populaire de Chine)

 

Capitale: Macao
Population: 472 000 (2005)
Langues officielles: portugais et chinois
Groupe majoritaire:  chinois cantonais (86,3 %)
Groupes minoritaires: portugais (1,8 %), chinois mandarin (1,1 %), autres langues chinoises (9,2 %)
Système politique:  région administrative spéciale de la République populaire de Chine
Articles constitutionnels (langue): art. 9 de la Loi fondamentale du 31 mars 1993
Lois linguistiques: aucune

1  Situation générale

Macao (en chinois Aomen, mais aussi connu de façon informelle comme 澳門 ; en portugais Macau) est une région sous administration spéciale de la République populaire de Chine. Le territoire est situé dans le sud du pays, à 64 km à l’ouest de Hong-Kong (voir la carte détaillée).

Macao est bordé au nord par la province de Guangdong, et au sud par la mer de Chine méridionale. Sa superficie totale n'est que de 16 km².

Le territoire compte trois petites îles reliées par des ponts: Macao, Taipa et Coloane. La ville de Macao est la capitale du territoire.

2 Données démolinguistiques

Le territoire est  habité par 472 000 habitants (estimation 2005) parlant le chinois cantonais dans une proportion de 86,3 %. Le portugais est la langue maternelle d'à peine 1,8 % des habitants de Macao, appelés en portugais Macaenses (en français: Macanais ou Macaviens; en anglais: Macaneses) et désignant surtout les vieilles familles d'origine portugaise: les «filhos da terra». Les autres parlent le chinois mandarin ou putonghua (1,1 %), ou encore d'autres langues chinoises (9,2 %).

2.1 Le portugais

Ensemble, les Chinois forment 98 % de la population de Macao. Les Portugais, les descendants de Portugais et les Métis (les «sangs mêlés») parlent le portugais et un peu l'anglais. Quelque 2000 locuteurs parlent le portugais comme langue maternelle et environ 11 500 comme langue seconde. Chez les personnes âgées, majoritairement des femmes, le portugais parlé n'est pas celui du Portugal ni celui du Brésil, mais un portugais créolisé, appelé patuá («patois») ou crioulo macaense («créole macanais») et très influencé par le cantonais, puis par le malais (de Java et de Singapour). 

2.2 Le chinois

Cependant, il faut se rappeler que, si la plupart des habitants de Macao parlent en chinois cantonais, ils écrivent généralement en chinois mandarin traditionnel. Pour la transcription écrite, les Chinois ou sinophones, peu importe la langue qu'ils parlent, utilisent tous pour écrire le système idéographique, c'est-à-dire une écriture très ancienne (certains diront archaïque) qui ne repasse pas par les sons de la langue, comme c'est le cas des écritures alphabétiques (latin, arabe, hébreu, arménien, etc.). Chaque idéogramme représente à la fois un mot et une syllabe, et chaque mot dispose d'un signe, ce qui rend évidemment le système peu économique, car près de 6000 à 8000 caractères sont généralement nécessaires. On peut compter jusqu'à 80 000 signes dans certains dictionnaires scientifiques. Cette complexité a rendu obligatoires plusieurs réformes au cours des siècles; la dernière en Chine date de 1977. On a simplifié le système au point qu'avec 2238 caractères il est possible de satisfaire aux besoins de l'usage le plus courant. Les Macanais écrivant le cantonais utilisent un système similaire au chinois mandarin. Grâce à ce système, tous les sinophones (mandarin, min, cantonais, wu, hakka, etc.) de la Chine ou du monde peuvent lire, par exemple, le même journal, chacun dans sa langue.  En fait, toutes les langues chinoises possèdent une structure syntaxique et des usages de caractères différents. Cependant, comme la pratique chinoise est d'écrire en langue unifiée ou en caractères chinois normalisé, les différences sont complètement effacées à l'écrit. Il ne s'agit pas d'une impossibilité à écrire ces langues, mais d'un choix issu d'un concept linguistique particulier, c'est-à-dire la séparation de l'oral et de l'écrit.

Bref, les Macanais s'expriment en cantonais (à l'oral), mais écrivent en chinois normalisé (mandarin officiel). Ce qu'on appelle le «chinois officiel» correspond en fait au «chinois écrit normalisé» (putonghua). Mais à l'oral, c'est du cantonais! Dans leur esprit, les Macanais parlent en cantonais et écrivent en chinois.

3 Bref historique du territoire

Macao fut une enclave portugaise en Chine fondée en 1557 par des missionnaires et marchands originaires du Portugal. Le territoire avait été donné au Portugal pour l’aide apportée à l’Empire du milieu dans la lutte contre la piraterie. C’est le plus ancien comptoir européen en Chine. Vers 1740, la population de Macao était d'environ 40 000 habitants; elle restera à ce niveau durant près de deux cents ans. Macao demeura une plaque tournante du commerce d’Extrême-Orient jusqu’au début du XIXe siècle. En réalité, le territoire de Macao n’est devenu une colonie du Portugal qu'en 1844, l'année où le Portugal déclara unilatéralement Macao comme «province d’outre-mer». L'année suivante, le Portugal fit de Macao une zone de port franc. Quelques années plus tard, le 22 août 1849, le gouverneur portugais Ferreira do Amaral fut assassiné, probablement sur ordre de la Chine, pour avoir pris de nombreuses dispositions renforçant la souveraineté du Portugal sur le territoire de Macao. Cette période marqua pour Macao le début d’un déclin qui allait durer plusieurs décennies. Puis, le 1er décembre 1887, le traité de Tientsin confirma par la Chine «l’occupation permanente et l’administration de Macao et ses îles adjacentes par le gouvernement du Portugal». Néanmoins, Macao recommença à péricliter par la suite et, progressivement, le commerce international fit place à l’activité industrielle, au tourisme et aux jeux (casinos, courses de chevaux et de lévriers).

3.1 Une société multiculturelle

Au cours des siècles d'administration portugaise, la population de Macao est devenue une société multiculturelle distincte, car elle se composait d'éléments à la fois portugais, macanais et chinois, sans négliger les apports des autres possessions portugaises en Asie et en Afrique. Macao a donc développé une population indigène mixte ainsi qu'une une culture très particulière, avec un patrimoine historique considérable accumulé au cours de quatre siècles, notamment en matière d'architecture. Le portugais est toujours demeuré la langue officielle de l’Administration durant toute l’occupation portugaise. Le gouverneur de Macao était désigné par le président de la république du Portugal après consultation des autorités locales.

Durant toute la première moitié du XXe siècle, la Chine se trouva en pleine révolution et en même temps dépecée par les seigneurs de la guerre. Macao demeura complètement à l’écart des évolutions tant politiques qu'économiques de la Chine continentale, sauf de façon très occasionnelle lorsque des dirigeants nationaliste ou révolutionnaires virent y trouver refuge. Dès les années vingt, Macao connut un grand afflux de Chinois venant du continent; sa population augmenta rapidement à plus de 100 000 habitants. Étonnamment, le petit territoire de Macao n'occupa pratiquement aucune place dans les préoccupations du régime chinois.

3.2 Un territoire chinois sous administration portugaise

Après la victoire des communistes de 1949 en Chine, le territoire de Macao put redevenir un lieu de contact avec l'Occident tout en servant les intérêts économiques chinois. Cependant, la Chine, ostracisée par la communauté internationale, fut empêchée de récupérer ses territoires perdus, ce qui incluait Macao. Cette situation perdura pendant de nombreuses années. Entre-temps, Macao connut une croissance explosive de sa population qui passa à plus de 200 000. En 1974, le Portugal avait cherché à rendre Macao à la Chine, mais le gouvernement chinois refusa sous prétexte qu’une rétrocession aurait pu avoir de fâcheuses répercussions sur la santé financière de Hong-Kong (alors une colonie britannique). Au point de vue juridique, Macao devint un territoire chinois sous administration portugaise et régi par le Statut organique de 1976 et révisé en 1990. À partir des années quatre-vingt, Macao bénéficia d’une croissance économique et démographique qui l’a rendue plus prospère. Toutefois, le territoire s'est également trouvé marginalisée par l’expansion économique de Hong-Kong, la création des zones économiques spéciales et l’intégration économique grandissante du delta de la Rivière-des-Perles.

Macao n'a jamais connu une activité démocratique développée durant l'administration portugaise. De plus, son économie, presque entièrement dominée par les jeux, était affligée d'une violente criminalité, dont les conséquences sociales furent très importantes. Néanmoins, le Portugal a toujours fait preuve de tolérance en faisant place au développement de la culture, de la langue et de la religion propres à la communauté chinoise de Macao. Bien que les Macanais soient influencés par les cultures occidentales et orientale, ils s'identifiaient davantage comme des Portugais (que des Chinois) et s'exprimaient souvent en portugais, même s'ils étaient nés en Chine et parlaient généralement le cantonais. Pourtant, la plupart d'entre eux n'entretenaient aucun lien avec le Portugal, n'y avaient jamais mis les pieds et, par conséquent, leur exposition à la culture portugaise étaient tout à fait limitée. En réalité, dans la vie quotidienne, ils parlaient un portugais particulier très influencé par le parler local macanais (un mélange de portugais, de cantonais, de hakka et de putonghua). La plupart des Macanais envoyaient leurs enfants dans les écoles de langue portugaise afin de recevoir un enseignement en portugais standard. Des parents interdisaient même aux enfants de s'exprimer en cantonais au sein de la famille.

3.3 Une région administrative spéciale

Finalement, les gouvernements de la Chine et du Portugal en sont arrivés à un accord en 1987. Le 31 mars 1993, l’Assemblée populaire nationale de la République populaire de Chine adopta la Loi fondamentale de Macao. Le 20 décembre 1999, Macao est revenu à la Chine sous un régime d’administration spéciale à l'instar de Hong-Kong: en portugais «Região Administrativa Especial de Macau da República Popular da China». Les anciens drapeaux portugais ont été remplacés par le nouveau drapeau vert à lotus blanc. La fleur de lotus stylisée représente le peuple, et ses trois pétales les trois îles de Macao. Le pont et les vagues sont l'emblème de l'environnement naturel de Macao. Vers la fin de 1998, la population totale de Macao avait encore fait un bon prodigieux et était passée à quelque 450 000 habitants.

Il existe à Macao un institut culturel appelé "Instituto Cultural de Macau" et une fondation "Fundação do Oriente", des sociétés demeurées très actives à Macao.

4 La politique linguistique

Le seul texte juridique concernant la politique linguistique de Macao est la Loi fondamentale adoptée par la Chine au 31 mars 1993.

4.1 Les langues officielles

L'article 9 de la Loi fondamentale de Macao prévoyait que le portugais allait rester, en plus du chinois (sans préciser laquelle des langues chinoises), une langue officielle par les autorités exécutive, législative et judiciaire:

Article 9

En plus de la langue chinoise, le portugais peut être également employé comme langue officielle par les autorités exécutive, législative et judiciaire de la Région administrative spéciale de Macao.

Cette Loi fondamentale de Macao est pratiquement la copie conforme de celle de Hong-Kong, y compris l'article 9 portant sur l'emploi des langues, sauf que l'anglais est remplacé par le portugais pour Macao. La politique linguistique de Macao porte en réalité sur trois langues importantes qui se font concurrence: le portugais, le chinois mandarin et le chinois cantonais. Les langues officielles sont le portugais et le chinois. Comme on précise pas de quel chinois il s'agit, le chinois cantonais est officiel à l'oral, car le cantonais demeure la langue d'usage de presque tous les Macanais. Mais ce sont le portugais et le chinois mandarin qui demeurent officiels à l'écrit.

Depuis la rétrocession de Macao à la Chine, Pékin s'est vu forcé d'adopter le cantonais dans ses relations avec les élites et le gouvernement local, alors que ce serait tout à fait inacceptable à Canton. Quant à Macao, il continue de fonctionner à la fois en chinois et en portugais, que ce soit dans l'Administration, les écoles ou les médias écrits ou électroniques. L'anglais demeure la quatrième langue d'importance, et elle est confinée aux affaires, au commerce international et au tourisme.

Avec le retour de Macao en Chine, la concurrence linguistique est en train de changer. Afin de bénéficier des avantages sociaux que peut apporter la connaissance d'une langue devenue désormais incontournable, beaucoup de Macanais, notamment les fonctionnaires, se sont mis à suivre des cours intensifs en chinois putonghua, espérant ainsi que ce bilinguisme leur permettra de jouer un rôle plus important dans l'avenir.

4.2 Les langues de l'État

Les lois sont rédigées en chinois cantonais, traduites en portugais, et promulguées en chinois mandarin et en portugais. Comme à Hong-Kong, les juristes doivent présumer que les deux versions, portugaise et chinoise (putonghua), conservent la même signification et qu'elles doivent être interprétées de la même façon.  Dans le cas où subsisteraient des interprétations différentes entre les deux versions, les règles d'interprétation statutaires doivent prévaloir et concourir à résoudre les différences, non les accentuer.

Les expressions ou mots chinois inscrits dans une version portugaise doivent être interprétés en conformité avec la langue et la tradition chinoise; de la même façon, les expressions ou mots portugais inscrits dans toute version chinoise doivent être interprétés en vertu de la langue et de la tradition portugaise. Lorsqu'une loi est à l'origine rédigée en portugais et que la version chinoise semble différer de la version originale, la signification portée par la version portugaise aura la priorité sur le chinois; la situation inverse s'applique également. Si une expression du droit coutumier est employée dans le texte portugais, tandis qu'une expression analogue est employée dans le texte correspondant chinois (putonghua), la loi doit être interprétée conformément à la signification du droit coutumier de la langue d'origine. En général, la version portugaise des lois apparaît plus explicites que la version chinoise, car l'esprit du texte reste plus portugais que cantonais.

Dans les tribunaux, un procès peut être mené en portugais ou en cantonais, ou dans les deux langues à la fois. Les même règles d'interprétation statutaires des documents juridique s'appliquent dans les cours de justice. 

4.3 L'éducation 

Il existe aujourd'hui trois types d'écoles à Macao : les écoles publiques (ou gouvernementales), les écoles sous inspection gouvernementale et les écoles privées. L'Église catholique de Macao gère, à titre privé, quelques écoles primaires et des écoles professionnelles. Le chinois cantonais, le portugais et l'anglais sont enseignés dans les écoles primaires et secondaires publiques, mais le cantonais reste la langue principale de l'enseignement à l'oral, le mandarin à l'écrit. Les écoles où la langue d'enseignement est uniquement le putonghua ou l'anglais sont des écoles privées. Les écoles dont la langue d'enseignement est le portugais sont des écoles inspectées par le gouvernement et leurs élèves sont principalement des enfants de Macanais. Les écoles privées qui enseignement uniquement en chinois cantonais donnent également des cours de langue seconde en portugais. Mais de nombreux Macanais préfèrent les écoles privées où le chinois et l'anglais dominent. L'Université de Macao, fondée en 1981 et autrefois connue comme l'Université de l'Asie orientale de Macao, est une université privée financée avec l'aide gouvernementale. L'Institut de technologie de Macao dispose de cours de gestion, de langue et de traduction, de culture physique, d'administration publique, etc.  L'enseignement supérieur dispense ses cours en chinois cantonais en chinois mandarin, en portugais et parfois en anglais. 

La plupart des Chinois de Macao considèrent à tort ou à raison que l'anglais est plus facile à apprendre que le portugais. C'est que la langue anglaise leur apparaît plus utile dans les affaires et dans leur vie professionnelle; non seulement l'anglais leur permet de regarder des émissions de télévision et des films en anglais, mais beaucoup ont des parents à Hong-Kong avec qui ils communiquent en anglais. De plus, les Portugais de Macao parlent généralement l'anglais en plus du portugais. C'est pourquoi les parents chinois sont fiers lorsque leurs enfants apprennent l'anglais et ils sont prêts à investir dans l'apprentissage tant du chinois mandarin que de l'anglais.

Le problème, c'est qu'à Macao la grande majorité des professeurs d'anglais n'ont pas l'anglais comme langue maternelle, mais le cantonais. De plus, ils enseignent l'anglais en cantonais. Cela signifie que l'enseignant donne ses exemples en anglais, mais pose des questions et répond en cantonais. Dans ces conditions, le ministère de l'Éducation songe à réformer cet enseignement de façon à introduire un niveau plus élevé de performance en anglais.

4.4 Les médias

Les journaux de langue chinoise sont diffusés à Macao plus de cent ans. Il y a maintenant sept quotidiens à Macao, dont trois en chinois mandarin (Macao Daily News, Son Pou et Va Kio) et quatre en portugais (Macau, Macau Hoje, Jornal Tribuna de Macau et Ponto Final). Les journaux étrangers sont tous en anglais. Les hebdomadaires portugais sont O Clarim et Ponto Finale. La radio de Macao a commencé à émettre en 1930 et ce ne fut qu'en mai 1984 que la télévision de Macao a commencé à fonctionner. Les émissions radiophoniques de Macao sont diffusées à la fois en chinois cantonais et en portugais, 24 heures par jour. La télévision macanaise compte un canal chinois et un canal portugais, diffusant chacun une douzaine d'heures par jour. Il est aussi très aisé de capter les émissions diffusées en anglais et provenant de Hong-Kong.

En définitive, il est probable que le chinois mandarin va remplacer graduellement le portugais dans les domaines politique et judiciaire, et prendre la place qu'occupait auparavant cette langue. Dans le commerce et les affaires, l'anglais (la quatrième langue) représente un enjeu très important et concurrence sévèrement le chinois mandarin. Quoi qu'il en soit, la politique de bilinguisme est là pour rester à Macao, mais ce sera avec le cantonais et le chinois mandarin. D'après certains observateurs, le bilinguisme risque de se transformer en un trilinguisme mettant en cause le cantonais, le chinois mandarin et l'anglais. Le portugais sera évacué à long terme, car il aura perdu sa raison d'être.

Dernière révision: 21 juin, 2009

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