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Pakistan
Islamic Republic of Pakistan
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Le Pakistan porte le nom officiel de
République islamique du Pakistan. C'est un
pays d'Asie méridionale limité par l'Inde à l'est, la mer d'Oman au
sud, l'Iran à l'ouest, l'Afghanistan et la Chine au nord-est. Sa superficie
est de
quelque
803 940 km², ce qui le place
au 34e rang, après la Namibie et avant le Mozambique (France:
547 030 km²). Le
Cachemire, dont
les frontières sont revendiquées tant par l'Inde que par le Pakistan, est partagé
entre les deux États.
Avant son indépendance (1947), le Pakistan faisait partie de l'Inde (ainsi que
le Bengladesh) et avait
été colonisé par les Britanniques.
Le mot Pakistan est un néologisme qui signifierait «pays des purs»: issu de l'ourdou pâk correspondant à «pur» et stân désignant le «pays» en y incluant un i de liaison. Quant au nom de la capitale fédérale, Islamabad, il signifie «la ville de l'Islam », ce qui sert de symbole identitaire pour les Pakistanais, presque tous de confession musulmane. |
Au moment de l'indépendance en 1947, le Pakistan formait une seule république islamique avec le Bangladesh dont il était séparé par 1000 kilomètres de territoire indien (voir la carte). La province de l'Ouest était appelée le Pakistan occidental (l'actuel Pakistan), la province de l'Est, le Pakistan oriental (l'actuel Bangladesh) qui se souleva contre la répression exercée par le Pakistan occidental. C'est l'Inde qui força la libération de la province orientale du Pakistan, le Bangladesh, qui devint indépendant à son tour. Le père fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah (1876-1948), voulait construire un État fort, reposant sur le principe «une nation (islam), une langue (ourdou), un État (Pakistan)». Par la suite, tous les dirigeants qui lui ont succédé à la tête du pays se sont tous réclamés de l'islam et, à un degré moindre, de l'ourdou.
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Aujourd'hui, le Pakistan forme une république
islamique divisée en
quatre provinces
avec chacune son Chief Minister
(ou «ministre en chef»)
et son assemblée législative: le
Balouchistan
(frontière sud-ouest avec
l'Iran et l'Afghanistan), la province de la
Frontière du Nord-Ouest
(frontière
nord-ouest avec l'Afghanistan ou North-West Frontier Province), le
Panjab
(frontière nord-est avec l'Inde)
et le
Sind
(frontière sud-est avec la mer d'Oman et l'Inde). D'ailleurs,
le nom de Pakistan a été formé en 1940 à partir des initiales (en ourdou)
des provinces de l'époque dont on souhaitait la séparation d'avec l'Inde: Penjab,
Afghania, Kashemire,
Sind,
Balouchistan.
Quatre de ces cinq régions sont aujourd'hui des provinces
pakistanaises, le Cachemire restant un
territoire disputé entre l'Inde et le Pakistan, alors que l'Afghania
correspond à la province de la Frontière du Nord-Ouest.
À la frontière nord-est avec la Chine et l'Inde, il convient d'ajouter aussi l'Azad-Cachemire (Azad Kashmir), territoire fédéral revendiqué par l'Inde, ainsi que, tout au nord, les Northern Areas of Pakistan («Territoires du Nord du Pakistan»). Ajoutons aussi un autre territoire au nord du Baloutchistan, une bande étroite de 50 km le long de l'Afghanistan (superficie: 27 220 km²), appelée les Federally Administered Tribal Areas (FATA), c'est-à-dire «régions tribales administrées par le gouvernement fédéral». |
Ces régions tribales comptent une population de cinq millions de Pachtounes — l'ethnie des talibans — regroupés en 1200 tribus et clans. C'est là que se cacheraient les talibans, Al-Qaeda et Oussama ben Laden. Les armes, le haschisch et l'héroïne y circulent librement. La zone est pratiquement indépendante, même si elle fait partie juridiquement du Pakistan. Les habitants des FATA sont en général pauvres et peu instruits, réputés conservateurs et hostiles aux étrangers; le fondamentalisme musulman y est très présent. Une partie des FATA est en état constant d’insurrection.
On constate que la province du Panjab compte pour 53,8 % de la population, ce qui lui assure une prépondérance au sein de la Fédération, l'autre province importante demeurant le Sind (22,2 %).
| Province | Population 2002 | % | Superficie |
| Panjab (1) | 82 514 100 | 53,8 % | 205 344 km2 |
| Sind (2) | 34 093 500 | 22,2 % | 140 914 km2 |
| Frontière-du-Nord-Ouest (3) | 19 956 400 | 12,8 % | 74 521 km2 |
| Baloutchistan (4) | 7 401 700 | 4,8 % | 347 190 km2 |
| Azad-Cachemire / Zone Nord | 4 683 600 | 3,0 % | 84 159 km2 |
| Territoire fédéral de la capitale | 908 300 | 0,5 % | 907 km2 |
| Territoires administrés par le fédéral (FATA) | 3 567 300 | 2,3 % | 27 219 km2 |
| PAKISTAN |
153 124 800 |
100 % |
880 254 km² |
Depuis 1947, le Pakistan a toujours connu une forte instabilité politique et les phases de dictature militaire, souvent dirigées par l’ethnie ourdoue et/ou sindhi, ont alterné avec de trop brefs retours à la démocratie. Le dernier coup d’État militaire a eu lieu en octobre 1999 et a porté au pouvoir le général Pervez Muscharraf que le premier ministre avait auparavant cherché à limoger. Après avoir proclamé l’état d’urgence, le nouveau chef du pays a promis de «restaurer la vraie démocratie» et la «désescalade militaire» le long de la frontière avec l’Inde, tout en reconnaissant le droit à l’autodétermination des Kashmiri; le général s'est fait élire président (juin 2001) en promettant d'abandonner la direction de l'armée, mais la promesse est restée lettre morte. Lorsque Muscharraf a dirigé le Pakistan, la corruption s'est généralisée et le pouvoir judiciaire s'est affaibli. La police est illettrée, sous-payée et corrompue.
Au Pakistan, l’armée, la seule institution nationale organisée, contrôle l’industrie, le commerce, l’agriculture, la bureaucratie, pratiquement tout; il s’agit d’une véritable colonisation de l'intérieur disposant de 40 % du budget national. Les militaires vivent confortablement dans des camps bien dotés en écoles, en hôpitaux et en magasins, alors que dans le reste du pays les Pakistanais doivent souffrir des pénuries de toutes sortes. De plus, le centralisme du général-président Muscharraf a étouffé le fédéralisme; l'hégémonie conjointe des militaires, des féodaux et des bureaucrates a opprimé la majorité des Pakistanais; les opérations militaires se sont étendues du Baloutchistan jusqu'à la Frontière-du-Nord-Ouest. Seul le Panjab ne s'est pas plaint, sa population lui assurant la part du lion au Parlement, au cabinet, ainsi qu'au sein des forces armées et dans le milieu des affaires.
Au Pakistan, la montée en puissance de groupes religieux rivaux, chiites (20 %) et sunnites (75 %), qui ont réglé leurs conflits dans le sang à plusieurs reprises, fait toujours craindre une déstabilisation de cette république islamique forte de 165 millions d’habitants (2007). De plus, il faut dire que le banditisme a toujours existé dans les provinces pauvres du Baloutchistan et du Nord-Ouest où il constitue, avec la contrebande, un mode de vie traditionnel. De même, les grandes propriétés agricoles du Sind ont toujours attiré les pillards, souvent avec la complicité des propriétaires, véritables féodaux, pour leur servir de miliciens afin de mieux asservir les travailleurs agricoles. En 2003, le gouvernement pakistanais a déployé plus de 100 000 soldats dans la zone tribale (FATA), sous la pression des Américains, afin qu'il se débarrasse des talibans et d'Al-Qaeda. En vain! Les militaires se sont battus contre leurs propres concitoyens: quand les Pachtouns ont vu leurs enfants mourir, ils se sont révoltés et sont devenus de fervents militants anti-gouvernementaux. L'armée dut repartir.
Il y a une trentaine d'années, un dictateur pouvait encore contrôler le pays. Mais, au début de 2008, le Pakistan est devenu un ensemble hétéroclite d'insurrections nationalistes (province du Balouchistan), d'émirats islamistes (région du Waziristan au nord-ouest du pays, peuplé de Pachtouns), de fiefs militaires et économiques (villes de Rawalpindi, Islamabad et Karachi). Toutes ces entités ne travaillent que pour leurs propres intérêts, donc pour des objectifs différents. Plus rien ne semble les unir, pas même la religion. L'ancienne première ministre, Benazir Bhutto, n'aurait rien pu faire devant une telle déliquescence de son pays; son échec aurait été inévitable et elle aurait sans doute repris le chemin de l'exil. Elle est morte «en martyre» en décembre 2007; son pays pourrait bien aussi connaître le martyre.
Par ailleurs, l'islam est la religion de 97 % de la population, aux trois quarts de rite sunnite (75 %), le reste, de rite chiite (20 %). La Constitution fait de la loi islamique, la Charia, la loi suprême du pays. Toutefois, elle garantit (en principe) la liberté de culte, que ce soit pour les hindouistes, les chrétiens, les sikhs, les parsis ou les bouddhistes. Pour beaucoup de musulmans, le Pakistan devrait être une république islamique gouvernée par des mollahs qui conseilleraient les élus.
Ce pays de 163 millions d'habitants compte deux provinces importantes au point de vue de la population. En effet, les provinces du Penjab (82,5 millions d'habitants) et du Sind (22,2 millions) comptent pour 76 % de la population du pays.
Le Pakistan compte près de 80 langues. Les plus importantes, celles parlées par plus d'un million de locuteurs, sont pour la plupart des langues indo-iraniennes : le penjabi de l'Ouest (37 %), le sindhi (9,3 + 2,7 + 1,8 = 13,8 %), le panjabi du Sud ou aaraiki (9,4 %), le sindhi (9,3 %), le pachtou du Nord (7,6 %), l'ourdou (7,1 %), le pachtou du Sud (3,9 %), le hindko (3,8 %), le pachtou de l'Est (3,6 %), le baloutchi de l'Est (1,8 %), le brahoui (1,6 %), le baloutchi du Sud (1,5 %), le pachtou du Centre (1 %), le panjabi de l'Est (1 %), l'ouzbek du Sud (0,7 %), le baloutchi de l'Ouest (0,6 %).
Parmi ces langues, le brahoui est une langue dravidienne et l'ouzbek une langue altaïque. On compte aussi un grand nombre de petites langues indo-iraniennes, quelques rares langues sémitiques, altaïques et sino-tibétaines. Citons aussi une langue rarissime, le bouroushaski, un isolat linguistique unique au monde. Parmi toutes les langues, les variétés de panjabi rassemblent près de 48 % des locuteurs du pays.

Pourtant, c'est l'ourdou
(7,1 %), la langue des Mohajirs, qui est devenu l'une des langues co-officielles avec l'anglais,
la langue de l'ancien colonisateur. Il n'y a pas d'anglophones indigènes au
Pakistan, mais juste 12 000 Britanniques. Cela dit, la plupart des élites
instruites et cultivées savent parler et écrire l'anglais.
De façon générale, l'anglais n'est pas une langue utilisée de façon courante
dans la vie privée. Cette langue demeure surtout la clé de l'accès au poste
de responsabilité, dans l'appareil de l'État, comme dans le secteur privé.
Par contre, l'ourdou est beaucoup plus répandu parce que c'est une langue
islamique et une langue véhiculaire entre les provinces, et celle des
journaux, de la radio et de la télévision.
| Ethnie | Langue maternelle | Affiliation linguistique | Population | % |
|
Panjabi de l'Ouest |
panjabi de l'Ouest | langue indo-iranienne | 60 399 644 | 37,0 % |
| Panjabi du Sud | aaraiki | langue indo-iranienne | 15 335 349 | 9,4 % |
| Sindhi | sindhi | langue indo-iranienne | 15 280 208 | 9,3 % |
| Pachtouns du Nord | pachtou du Nord | langue indo-iranienne | 12 504 851 | 7,6 % |
| Ourdous | ourdou | langue indo-iranienne | 11 685 583 | 7,1 % |
| Pachtouns du Sud | pachtou du Sud | langue indo-iranienne | 6 353 000 | 3,9 % |
| Pachtouns de l'Est | pachtou de l'Est | langue indo-iranienne | 6 000 000 | 3,6 % |
| Hindko | hindko du Sud | langue indo-iranienne | 5 284 000 | 3,2 % |
| Shaikh (Sindhi) | sindhi | langue indo-iranienne | 4 418 444 | 2,7 % |
| Baloutches de l'Est | baloutchi de l'Est | langue indo-iranienne | 3 045 585 | 1,8 % |
| Rajput (Sindhi) | sindhi | langue indo-iranienne | 2 978 518 | 1,8 % |
| Brahouis | brahoui | langue dravidienne | 2 640 685 | 1,6 % |
| Baloutches du Sud | baloutchi du Sud | langue indo-iranienne | 2 544 573 | 1,5 % |
| Pachtouns du Centre | pachtou du Centre | langue indo-iranienne | 1 721 000 | 1,0 % |
| Shaikh (Penjabi) | panjabi de l'Est | langue indo-iranienne | 1 271 000 | 1,0 % |
| Ouzbeks du Sud | ouzbek du Sud | langue altaïque (turcique) | 1 250 933 | 0,7 % |
| Hindko du Sud | hindko du Sud | langue indo-iranienne | 1 100 311 | 0,6 % |
| Baloutches de l'Ouest | baloutchi de l'Ouest | langue indo-iranienne | 1 082 801 | 0,6 % |
| Dogri | gogri-kangri | langue indo-iranienne | 938 999 | 0,5 % |
| Goujarati | goujarati | langue indo-iranienne | 938 899 | 0,5 % |
| Teli (Penjabi) | panjabi de l'Est | langue indo-iranienne | 648 723 | 0,4 % |
| Shina | shina | langue indo-iranienne | 528 146 | 0,3 % |
| Burig | pourik | langue sino-tibétaine | 407 373 | 0,2 % |
| Kolai | shina kohistani | langue indo-iranienne | 352 103 | 0,2 % |
| Bhotia Baltistani | balti | langue sino-tibétaine | 326 721 | 0,2 % |
| Goujjars | goujari | langue indo-iranienne | 300 000 | 0,1 % |
| Parkari Kachchhi | koli parkari | langue indo-iranienne | 275 176 | 0,1 % |
| Kho | khowar | langue indo-iranienne | 269 638 | 0,1 % |
| Bengali | bengali | langue indo-iranienne | 250 373 | 0,1 % |
| Bagri | bagri | langue indo-iranienne | 235 413 | 0,1 % |
| Meghwar Bhil | chamari | langue indo-iranienne | 219 108 | 0,1 % |
| Iraniens | farsi de l'Est | langue indo-iranienne | 218 000 | 0,1 % |
| Shaikh (Jatki) | jadgali | langue indo-iranienne | 205 636 | 0,1 % |
| Arabes | arabe standard | langue sémitique | 156 483 | 0,1 % |
| Penjabi | penjabi de l'Est | langue indo-iranienne | 156 483 | 0,1 % |
| Dhatki Marwari | dhatki | langue indo-iranienne | 146 077 | 0,0 % |
| Persans | farsi de l'Ouest | langue indo-iranienne | 142 000 | 0,0 % |
| Wadiyara Koli | koli wadiyara | langue indo-iranienne | 137 596 | 0,0 % |
| Kashmiri | kashmiri | langue indo-iranienne | 123 590 | 0,0 % |
| Wanetsi | waneci | langue indo-iranienne | 108 224 | 0,0 % |
| Kutchi Kohli | koli kachi | langue indo-iranienne | 100 227 | 0,0 % |
| Bouorusho | bouroushaski | isolat linguistique | 96 832 | 0,0 % |
| Turvali | torwali | langue indo-iranienne | 87 646 | 0,0 % |
| Hazara | hazaragi | langue indo-iranienne | 75 000 | 0,0 % |
| Marwari du Sud | marwari du Sud | langue indo-iranienne | 65 723 | 0,0 % |
| Marwari du Nord | marwari du Nord | langue indo-iranienne | 60 402 | 0,0 % |
| Od | od | langue indo-iranienne | 58 431 | 0,0 % |
| Kohistani | kalami | langue indo-iranienne | 58 431 | 0,0 % |
| Goanais | konkani goanais | langue indo-iranienne | 51 765 | 0,0 % |
| Bateri | bateri | langue indo-iranienne | 30 060 | 0,0 % |
| Bhattiana | bohtan (néo-araméen) | langue sémitique | 15 648 | 0,0 % |
| Pahari | pahari-potwari | langue indo-iranienne | 15 648 | 0,0 % |
| Rajkoti | kalami | langue altaïque (turcique) | 15 648 | 0,0 % |
| Sansi bhil | sansi | langue indo-iranienne | 15 648 | 0,0 % |
| Shumashti | shumashti | langue indo-iranienne | 15 648 | 0,0 % |
| Jat | jadgali | langue indo-iranienne | 15 648 | 0,0 % |
| Khetrani | khetrani | langue indo-iranienne | 15 648 | 0,0 % |
|
Tsiganes arhagar |
romani | langue indo-iranienne | 15 648 | 0,0 % |
| Deghwari | dehwari | langue indo-iranienne | 14 600 | 0,0 % |
| Britanniques | anglais | langue germanique | 12 519 | 0,0 % |
| Palula | phalura | langue sino-tibétaine | 11 032 | 0,0 % |
| Lassi | lasi | langue sino-tibétaine | 10 954 | 0,0 % |
| Gouhjali | wakhi | langue sino-tibétaine | 10 938 | 0,0 % |
| Turkmènes | turkmène | langue altaïque (turcique) | 9 389 | 0,0 % |
| Ladakhi | ladakhi | langue sino-tibétaine | 7 824 | 0,0 % |
| Ouïgours | ouïgour | langue altaïque (turcique) | 7 824 | 0,0 % |
| Chinois han | chinois mandarin | langue sino-tibétaine | 7 762 | 0,0 % |
| Zangskar | zangskari | langue sino-tibétaine | 6 259 | 0,0 % |
| Damel | dameli | langue indo-iranienne | 6 040 | 0,0 % |
| Bashgar | kati | langue sino-tibétaine | 6 009 | 0,0 % |
| Kalash | kalasha | langue sino-tibétaine | 5 571 | 0,0 % |
| Ormouri | ormouri | langue sino-tibétaine | 5 508 | 0,0 % |
| Kalkoti | kalkoti | langue sino-tibétaine | 5 101 | 0,0 % |
| Kanauri | kknnauri | langue sino-tibétaine | 4 694 | 0,0 % |
| Prasuni | prasuni | langue sino-tibétaine | 4 694 | 0,0 % |
| Turcs | turc | langue altaïque (turcique) | 4 694 | 0,0 % |
| Vaghri Koli | vaghri | langue indo-iranienne | 3 662 | 0,0 % |
| Badeshi | badeshi | langue indo-iranienne | 3 130 | 0,0 % |
| Galo | kohistani | langue indo-iranienne | 2 770 | 0,0 % |
| Oushojo | oushojo | langue indo-iranienne | 2 410 | 0,0 % |
| Narisati | gawar-bati | langue indo-iranienne | 1 956 | 0,0 % |
| Total = 163 001 322 (2004) | ||||
3.1 Les langues nationales provinciales
Il s'agit surtout du panjabi, du sindhi, du baloutchi et du pachtou, exceptionnellement du kashmiri.
Dans la province du Panjab (82 millions), le panjabi est la principale langue parlée (75,2 %). Ensuite, il est suivi par le saraiki (17,6 %), l'ourdou (4,5 %), le pachtou (1,1 %), le baloutchi (0,6 %), le sindhi (0,1 %) et quelques autres langues minoritaires (0,9 %).
Dans la province du Sind (23 millions), la majorité parle le sindhi (60 %), la langue co-officielle avec l'ourdou dans cette région. Les autres langues sont l'ourdou (21 %), le panjabi (6,9 %), le pachtou (4,1 %), le goujarat (3 %), le baloutchi (2 %), le saraiki (1 %) et quelques autres langues (2,3 %).
Dans la province du Baloutchistan (6,5 millions), le baloutchi, le brahoui et le pachtou demeurent généralement les langues d'usage, mais l'ourdou est la langue officielle. C’est une région peu peuplée, mais qui est traditionnellement réfractaire au pouvoir fédéral. Les talibans afghans et pakistanais contrôlent la frontière entre l’Afghanistan et la province; les sardar («chefs de tribus») sont en rébellion plus ou moins constante contre les autorités fédérales qui n'exercent leur contrôle que dans les villes et les ports de l'océan Indien.
Dans la province de la Frontière du Nord-Ouest ou North-West Frontier Province (20 millions), le pachtou et le baloutchi sont les langues principales; les autres langue sont principalement l'hindko, le saraiki, le khowar, le panjabi et le persan. Encore aujourd'hui, certains citoyens demandent que le pachtou soit déclaré co-officiel avec l'ourdou, mais jusqu'ici cette demande est demeurée sans réponse et seul l'ourdou a acquis le statut de langue officielle. C'est une région où la présence des talibans est très forte.
3.2 Les langues des territoires fédéraux
Dans l'Azad-Cachemire (4,5 millions), territoire contrôlé par le gouvernement fédéral, c'est le kashmiri qui est principalement utilisé, même si l'ourdou reste la langue officielle. L'ourdou est parlé partout comme langue seconde, même s'il ne s'agit que de 7,1 % de la population du Pakistan qui le parle comme langue maternelle. Les autres langue sont le panjabi, le hindko, le mirpuri, le pahari, le gojri et le pachtou. Toutes les langues minoritaires sont très anciennes et restent encore très fortes à l'oral dans le pays. Ce territoire est revendiqué par l'Inde.
Dans les Régions tribales administrées par le gouvernement fédéral (FATA), dont la population totale est de 3,2 millions, le pachtou est parlé par la quasi-totalité des habitants. En effet, 99 % des résidents de ce territoire on le pachtou comme langue maternelle, contre 0,10 % pour le panjabi, 0,05 % pour le sindhi, 0,02 % pour le hindko, 0,02 % pour l'ourdou et 0,01 % pour le baloutchi. Toutes les autres langues, dont le persan, ne sont parlées que par 0,9 % des locuteurs. Les lois pakistanaises ne s’appliquent pas dans ces territoires qui sont administrés par les chefs de tribus sous le contrôle d’un «political agent». C’est la région la plus troublée du Pakistan, le refuge des talibans et des militants d’Al Qaida. Même l'armée pakistanaise n'ose pas s'aventurer à l'extérieur de ses bases militaires.
Mentionnons également les territoires du Nord, appelés Northern Areas of Pakistan (1,8 million) où il existe huit peuples différents : Balti (balti), Yashkuns (yashkun), Moghals (moghal), Kashmiris (kashmiri), Pathans (pathan), Ladakhis (ladakhi et ourdou) et Turcs (shina, balti, brushiski, khawar, wakhi, ourdou, puchtou et farsi). On trouve dans cette région une langue isolée, le bourouchaski, n'appartenant à aucune famille. Ce territoire est aussi revendiqué par l'Inde.
- Analphabétisme et communications
En général, c'est l'analphabétisme de leurs locuteurs qui «tue» ces langues régionales plutôt que leur statut de minoritaire. Depuis la partition de 1947, les langues écrites comme le panjabi, le pachtou, le baloutchi, le brahoui, le saraiki, etc., ont perdu beaucoup de leur importance. Par ailleurs, il existe au Pakistan une cinquantaine de petites langues, surtout dans le Nord, qui subissent la pression énorme de l'ourdou et de l'anglais. Beaucoup de locuteurs de ces langues estiment devoir les préserver, mais ils cèdent aussi devant les nécessités des nouvelles routes qui transforment l'environnement linguistique. Toute ces langues empruntent massivement des mots de l'ourdou et l'anglais. Lorsque les Pakistanais quittent leurs campagnes pour la ville, ils changent de langue, et passent à l'ourdou.
- La résistance du sindhi
On on peut se demander comment il se fait que, de toutes les langues régionales, seul le sindhi a acquis un prestige et un statut différent des autres langues (baloutchi, panjabi, pachtou, etc.). Le sindhi est, en effet, la seule langue régionale a avoir acquis un statut officiel reconnu à la fois par le gouvernement fédéral et la Constitution. Ceci est dû au fait que le chef du gouvernement fédéral (Zulficar Ali Bhutto), au moment de la promulgation de la Constitution de 1973, était un Sindhi et jouissait d'une popularité exceptionnelle dans tout le pays. Il était aisé pour lui de favoriser sa langue et sa province d'origine.
Ce fait illustre qu'au Pakistan il y a une «ethnicisation» de la politique en général. Ainsi, dans la province du Sind, les Sindhis ont peur de perdre leur majorité démographique depuis l'arrivée massive des immigrants musulmans venus de l'Inde et des autres provinces pakistanaises. Les «étrangers» sont très mal acceptés et des problèmes ethniques surviennent, notamment à Karachi, la capitale du Sind. Dans toutes les autres provinces, seul l'ourdou est reconnu comme langue officielle.
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| Quetta |
baloutchi pachtou brahoui |
ourdou | |
| Panjab | Lahore |
panjabi saraiki |
ourdou |
| Karachi | sindhi |
sindhi ourdou |
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| Peshawar |
baloutchi pachtou |
ourdou |
Quant à l'ourdou, il constitue l'une des 12 langues les plus importantes du sub-continent indien avec l'hindi. L'ourdou et l'hindi ne forment en réalité qu'une seule et même langue, mais l'hindi s'écrit avec l'alphabet dévanâgari et l'ourdou avec l'alphabet arabe. Ce sont des raisons religieuses et politiques qui ont favorisé cette répartition: les Pakistanais sont musulmans et voulaient se distinguer des Indiens à majorité hindoue.
Avant le XIXe siècle, l'hindi et l'ourdou n'existaient même pas, ils se sont formés au cours du XIXe siècle dans le nord de l'Inde par des soldats et commerçants qui tentaient de trouver une langue de communication commune. D'ailleurs, à cette époque, on ne parlait que d'hindoustani en se référant à la langue commune qui allait donner naissance, à la suite de tensions de plus en plus fortes entre les communautés musulmane et hindouiste, à l'ourdou et à l'hindi. En 1947, l'ourdou est devenu la langue officielle du Pakistan, l'hindi, celle de l'Inde.
Les différences entre les deux langues ne sont pas seulement d'ordre de l'écriture (alphabet dévanâgari pour l'hindi et alphabet arabe pour l'ourdou) mais aussi d'ordre culturel. Elles reflètent des divergences religieuses et politiques, dans la mesure où l'ourdou est associé à l'islam et l'hindi à l'hindouisme. Depuis la partition de 1947, les différences entre les deux langues ont tendance à s'accuser et à se transposer sur le plan lexical, notamment au niveau de la création néologique. Ainsi, l'hindi tend de plus en plus à avoir recours au sanscrit, la langue mère, pour former de nouveaux mots. De son côté, l'ourdou aurait tendance à se «purifier» et à emprunter largement au persan, lui-même largement imprégné d'emprunts arabes. Ce fonds persan est resté très longtemps productif en hindoustani sous la domination britannique, mais est délaissé de plus en plus par l'hindi depuis la partition.
Étant donné que le Pakistan est aux prises avec de multiples tensions sécessionnistes découlant des nombreuses ethnies composant le pays, la tâche principale des gouvernements pakistanais, par ailleurs souvent contrôlés par les Ourdous et les Sindhis, a toujours été de promouvoir l'unité nationale constamment menacée. C'est pour cette raison que l'ourdou a été choisi comme instrument de l'unité nationale, d'autant plus que cette langue jouissait d'un grand prestige (avec l'hindi), qui lui venait de son statut en Inde, et possédait une tradition écrite très développée. En fait, l'ourdou était déjà, au moment de la partition, une langue supra-ethnique et un véhicule linguistique perfectionné et développé.
En 1947, il était impensable de songer à un multilinguisme officiel au Pakistan étant donné le grand nombre de langues, alors qu'aucune n'était majoritaire à l'échelle du pays. De plus, il était impossible de «venir à bout» des langues nationales parlées par des millions de locuteurs. La solution la plus appropriée a été de conserver l'anglais comme langue officielle. Il y eut aussi un facteur extrêmement important qui a joué un rôle indéniable: l'ourdou avait toujours été associé à l'islam. Cette association a été façonnée tout au cours de la période coloniale britannique. Les Britanniques avaient pris soin de remplacer le persan, la langue du pouvoir moghol, par l’ourdou (aux échelons inférieurs) et l’anglais (aux échelons supérieurs) dans plusieurs régions du nord de l’Inde et de l’actuel Pakistan. L’ourdou s’est alors répandu dans les réseaux scolaires et les communications dans toute l’Inde coloniale, dont faisait partie le Pakistan actuel. Cette langue devint le principal véhicule de l'instruction dans les madrasas (établissements d'enseignement secondaire et supérieur dirigés par les autorités religieuses) et la principale langue des écrits religieux. L’ourdou est ainsi devenu le plus important symbole de l’identité musulmane et a contribué à mobiliser la communauté musulmane pour demander la création du Pakistan en 1947.
C'est pourquoi, au Pakistan, l’ourdou et l’islam constituent des composantes symboliques fondamentales de l’identité nationale. Par voie de conséquence, l'ourdou et l'islam se trouvent à s’opposer à l’expression des langues régionales du Pakistan. Cette fusion entre la langue (ourdou) et la religion (islam) a toujours été défendue par les partis politiques de droite, qui se sont constamment opposés aux identifications ethniques. En même temps, ces partis politiques se sont opposés à toute acculturation occidentale, mais n'ont jamais perçu la contradiction en perpétuant le statut de l'anglais, une langue occidentale, libérale et toute aussi symbolique (que l'ourdou).
Néanmoins, la Constitution de 1973,
plusieurs fois modifiée, suspendue puis restaurée en 1985 (mais suspendue à nouveau en 2001), semble permettre le multilinguisme
et par conséquent la sauvegarde des langues régionales. En effet, l'article 28
déclare que «tout groupe de citoyens ayant une langue,
une écriture ou une culture distinctes a le droit de les préserver et d'en faire
la promotion et, sous réserve de la loi, de fonder des établissements à ces
fins»:
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Article 28 Preservation of language, script and culture. Subject to Article 251 any section of citizens having a distinct language, script or culture shall have the right to preserve and promote the same and subject to law, establish institutions for that purpose. |
Article 28 Préservation de la langue, de l'écriture et de la culture Sous réserve de l'article 251, tout groupe de citoyens ayant une langue, une écriture ou une culture distinctes a le droit de les préserver et d'en faire la promotion et, sous réserve de la loi, de fonder des établissements à ces fins. |
Cependant, deux langues seulement sont prévues
pour être utilisées à des fins officielles: l'ourdou,
parlé par 7,5 % de la population, et l'anglais, la langue de l'ancien
colonisateur. Autrement dit, de toutes les langues nationales du pays,
c'est l'ourdou, la langue-symbole, qui a été choisi à des fins officielles.
Ainsi, on peut lire à l'article 251:
|
Article 251 National language. 1) The National language
of Pakistan is Urdu, and arrangements shall be made for its being used for
official and other purposes within fifteen years from the commencing day. |
Article 251 Langue nationale 1) La langue nationale du Pakistan est l'ourdou, et des dispositions seront prises pour qu'elle soit utilisée aux fins officielles et à d'autres fins dans les quinze années qui suivent la date de la promulgation. 2) Sous réserve du paragraphe 1, la langue anglaise pourra être utilisée à des fins officielles jusqu'à ce que les dispositions nécessaires aient été prises pour qu'elle soit remplacée par l'ourdou. 3) Sans qu'il ne soit porté atteinte au statut de la langue nationale, une assemblée provinciale peut, par une loi, prendre des dispositions pour enseigner, promouvoir et utiliser une langue provinciale en plus de la langue nationale. |
On constatera que le paragraphe 3 laisse entendre qu'il est possible de rendre co-officielle une autre langue en plus de l'ourdou dans une province. Pour le moment, seule la province du Sind dans le Sud-Est a pu se prévaloir de cette disposition. En effet, dans le Sind, l'ourdou et le sindhi sont les langues co-officielles de la province. Dans les autres provinces, seul l'ourdou bénéficie du statut de langue officielle.
La politique des gouvernements pakistanais
consiste à ignorer (exception faite pour le sindhi), sans les réprimer,
les langues régionales pour imposer et favoriser la seule langue suprarégionale: l'ourdou.
Il n'existe pas de loi linguistique dans ce pays multilingue. L'un des très
rares textes juridiques faisant allusion à la langue est le Code pénal adoptée
en 1860 par les Britanniques et maintes fois modifié depuis, dont la dernière a
eu lieu en 2006. L'article 153-A traite uniquement de la discrimination, pas du
tout de quelconques droits linguistiques.
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Pakistan Penal Code (Act XLV of 1860)
Article 153-A.
shall be punished with imprisonment for a term which may extend to five years and with fine. |
Code pénal du Pakistan (loi XLV de 1860) Article 153-A
sera passible d'un emprisonnement pouvant aller jusqu'à cinq ans et avec une amende. |
Les deux langues utilisées lors des débats au Parlement d'Islamabad sont l'ourdou (surtout) et l'anglais, mais les lois sont généralement rédigées en anglais, généralement traduites en ourdou; la version anglaise faisant foi en cas de conflit d'interprétation. Le Parlement pakistanais n'a que fort peu siégé depuis que le chef de l'État, le général Pervez Musharraf, l'a dissous en juin 2001. Le 20 juin, le général Musharraf s'est fait élire président de la République. Il y resta jusqu'en 2008, en pratiquant une politique autoritaire. Depuis la chute de Musharraf, Ali Zardari, veuf de Mme Benazir Bhutto, a été désigné président du Pakistan par l'Assemblée nationale.
Dans le province du Sind, les langues de la législature sont l'ourdou et le sindhi, mais c'est cette dernière langue qui demeure pratiquement seule utilisée. Dans les autres provinces, les parlements — quand ils ne sont pas suspendus par le gouvernement central — de Quetta, Lahore et Peshawar, l'ourdou reste l'unique langue de la législature (avec l'anglais).
5.1 Les tribunaux
Dans les tribunaux, l'ourdou et l'anglais sont les langues les plus couramment employées, sauf dans la province du Sind (en sindhi). En cas de force majeure (une personne ne parlant pas l'ourdou), on a recours aux autres langues du pays grâce à la présence d'un interprète. Soulignons que les documents judiciaires écrits préparés par la cour sont toujours en anglais (sauf dans le Sind). Dans les zones tribales appelées «Tribal areas», le système judiciaire n'est pas sous la tutelle de l'administration provinciale et les langues utilisées sont alors celles de la tribu (cas de force majeure).
5.2 L'Administration publique
Si l'anglais accapare beaucoup de fonctions dans la législature et dans le domaine judiciaire, il n'en est pas de même dans l'Administration publique auprès des citoyens. Les communications orales se déroulent généralement en ourdou, rarement en anglais, souvent dans la langue maternelle des habitants d'une région, particulièrement en panjabi, en baloutchi, en saraiki, en pachtou, etc. Les missives officielles destinées à l'ensemble de la population sont bilingues (anglais-ourdou), sauf pour les Pakistanais du Sind, qui les reçoivent toujours en sindhi et en ourdou. Les ministères de l'Agriculture et de l'Intérieur sont multilingues, c'est-à-dire que les fonctionnaires fédéraux communiquent oralement dans la langue maternelle des habitants d'une région donnée.
Cette situation se répète dans les administrations provinciales, municipales et les hôpitaux dans tout le pays. Il faut dire que l'analphabétisme est assez répandue au Pakistan et qu'il est illusoire de procéder autrement. Ce «portrait» de la langue des services gouvernementaux paraît totalement différent dans la province du Sind puisque les Sindhis ne communiquent que dans la langue nationale locale; même le gouvernement central d'Islamabad se plie à cette réalité dont les dispositions constitutionnelles sont précises à ce sujet.
5.3 L'éducation
Dans le domaine de l'éducation, les langues locales ont tendance à être ignorées, sauf à la maternelle, parce qu'il est impossible de faire autrement. De plus, selon le gouvernement fédéral, il n'existerait aucune demande populaire concernant l'enseignement primaire des langues régionales. La plupart des parents exigeraient que leurs enfants apprennent d'abord l'ourdou et l'anglais. Les écoles anglaises sont réservées à une élite destinée surtout à la fonction publique.
Il est vrai que l'analphabétisme dans les langues régionales est chronique au Pakistan. Étant donné les conditions minables dans le secteur de l'éducation en général et l'absence d'infrastructures efficaces, de livres, de matériel pédagogique et surtout de ressources financières, étant donné le grand nombre des langues au Pakistan et étant donné que la langue officielle est l'ourdou, la seule possibilité actuelle est laissée à l'ourdou. De toute façon, il semble que, dans la plupart des cas, seuls les volumes en ourdou et en anglais soient disponibles. De plus, selon le gouvernement pakistanais, la population n'aurait jamais demandé (?) de débat public sur la question de l'enseignement des langues régionales. Tout au plus, fait-on savoir, dans les officines fédérales, que les langues régionales pourraient être enseignées comme matière culturelle, mais l'ourdou doit toujours rester la langue du «patriotisme pakistanais», un peu comme le rôle joué par l'anglais aux États-Unis. Ajoutons aussi que l'enseignement primaire n'est pas obligatoire au Pakistan, si bien que le pays a le triste privilège d'être l'un des rares États au monde à voir la fréquentation scolaire reculer. Seulement 51 % des Pakistanais de plus de 10 ans ont déjà fréquenté l’école et 63 % de ceux-ci n’ont pas terminé leur primaire.
Durant tout le primaire, l'ourdou demeure la seule langue d'enseignement, mais au secondaire l'anglais vient s'ajouter sans supplanter l'ourdou qui, pour sa part, devient subordonné à l'anglais dans les universités. Évidemment, dans la province du Sind, les parents ont le choix d'envoyer leurs enfants dans les écoles ou l'enseignement est dispensé en sindhi ou en ourdou; la plupart des Sindhis choisissent le sindhi jusqu'à la fin du primaire pour passer à l'anglais et à l'ourdou au secondaire. Mais les Panjabis, les Pachtous ou les Baloutches qui habitent le Sind choisissent l'ourdou. Dans les écoles primaires dont l'enseignement se fait en sindhi, l'ourdou demeure obligatoire comme langue seconde.
Au début des années quatre-vingt-dix, le gouvernement provincial du Baloutchistan a tenté d'implanter un enseignement primaire en baloutchi, en pachtou et en brahoui. On s'est rendu compte qu'on manquait de professeurs sachant écrire ces langues, qu'on ne disposait pas de manuels scolaires (sauf en ourdou et en anglais), que la plupart des membres de l'Assemblée législative du Baloutchistan ne savaient même pas écrire leur propre langue maternelle. Sauf pour des cas exceptionnels comme pour le sindhi, les langues régionales ne sont jamais enseignées, bien que ce soit légalement possible en vertu de l'article 251-c de la Constitution, qui prévoit qu'il est possible d'enseigner, en plus de l'ourdou, une autre langue locale: «Sans qu'il ne soit porté atteinte au statut de la langue nationale, une assemblée provinciale peut, par une loi, prendre des dispositions pour enseigner, promouvoir et utiliser une langue provinciale en plus de la langue nationale.»
Selon la SPARC (Society for the Protection of the Rights of the Child), une organisation non gouvernementale spécialisée dans la défense des droits des enfants, le système scolaire pakistanais souffrirait de la formation insuffisante des enseignants, de l’absentéisme du personnel et des élèves, de la rareté et de la mauvaise qualité des écoles, ainsi que du surpeuplement des classes.
Par ailleurs, le gouvernement fédéral possède ses propres écoles, notamment pour des services publics comme les chemins de fer, les douanes, les télécommunications, le police, etc. Ces écoles enseignent à la fois en ourdou et en anglais.
Il existe aussi au Pakistan des établissements privés appelés English medium, dispensant un enseignement uniquement en anglais. Ces écoles sont très coûteuses (dix à quinze fois plus cher) pour les parents qui envoient leurs enfants dans ces écoles. Les familles modestes, qui considèrent l'anglais comme indispensable, font de grands sacrifices pour envoyer leurs enfants dans ces écoles. Les familles riches envoient leurs enfants étudier à l'étranger ou à l'International American School, ce qui coûte plus de 10 000 $ US par année.
5.4 La vie économique
Du côté de la vie économique, la situation paraît relativement complexe. Comme il n'existe aucune réglementation à ce sujet, les Pakistanais vaquent à leurs affaires régionales dans leur langue maternelle, selon les régions et les provinces: sindhi, baloutchi, pachtou, panjabi, etc. Cependant, dès qu'on se situe à l'échelle nationale, l'ourdou et l'anglais occupent toute la place. Il en est ainsi de l'affichage public des services gouvernementaux, des banques, des corporations et autres organismes ou sociétés commerciales. Dans les quatre provinces, les raisons sociales des sociétés locales peuvent être bilingues: anglais-ourdou, anglais-panjabi, anglais-sindhi, anglais-pachtou, anglais-baloutchi (plus rarement). En fait, l'anglais et l'ourdou demeurent les deux grandes langues de la vie économique du pays.
Toutefois, l'anglais reste perçu comme le véhicule des valeurs occidentales libérales et l'ourdou comme la langue islamique et nationaliste par excellence, tandis que les langues vernaculaires ou régionales sont associés à l'identité et aux nationalismes ethniques. Cela étant dit, les milieux islamistes et les classes dominés tendent de plus en plus à s'approprier l'anglais dans lequel ils voient la langue de l'ascension sociale dans le monde moderne.
5.5 Les médias
Du côté des médias, les grandes langues du pays disposent de radios locales diffusant dans la plupart des grandes langues régionales en plus de l'ourdou et de l'anglais: sindhi, baloutchi, panjabi, pachtou, saraiki, hindko, brahoui, etc. La Pakistan Television Corporation (ou PTV), la société de télévision du Pakistan, six canaux nationaux, principalement en ourdou et en anglais. De 6 h à 18 h, PTV News émet des bulletins d'information en ourdou, en anglais, en arabe et en kashmiri. Des bulletins de nouvelles sont aussi diffusés en panjabi (de Lahore), en sindhi (de Karachi), en pachtou et en hindko (de Peshawar) et en baloutchi, en pachtou et en brahoui (de Quetta). Il existe des stations privées de télévision telles PTV Bolan, qui diffuse principalement en baloutchi, et Sindh TV, en sindhi.
La situation est plus problématique
dans les médias écrits. Seuls les journaux écrits
en ourdou ou en anglais sont suffisamment répandus dans le pays.
Les journaux écrits, par exemple en panjabi ou en baloutchi, sont
le plus souvent des traductions ou des copies conformes des journaux nationaux
ou encore des magazines locaux. Tous les grands journaux nationaux
n'apparaissent qu'en ourdou ( Daily Khabrain, Daily Jang, Daily Khabrain,
Daily Jang, Nawa-i-Waqt, Daily Ausaf, Daily Jasarat, etc.) ou en anglais (The
Nation, Pakistan Times, Pakistan Today, The News, etc.). ![]()
C'est là l'effet d'une politique linguistique destinée à supplanter définitivement les langues régionales pour des motifs religieux. Il est pour le moins surprenant, par exemple, que les 78 millions de Panjabis, les 15 millions de Saraikis et les 10 millions de Pachtounes acceptent si facilement la dévalorisation sociale de leur langue. En d'autres termes, il s'agit d'une politique d'assimilation plutôt bien réussie, puisque les locuteurs de ces langues en viennent à considérer que les langues régionales sont moins importantes et qu'il est préférable d'utiliser l'ourdou (surtout) et l'anglais dans toutes les manifestations officielles du pays. La politique de l'État fédéral qui consiste à évincer les langues régionales dans tous les domaines de prestige (administration, écoles, journaux écrits, police, armée, etc.) est une façon de réduire l'identité des groupes ethniques et, par le fait même, d'unifier un pays multilingue et massivement musulman, la religion servant de symbole identitaire pour tous les Pakistanais. Il ne faut pas oublier non plus que le Pakistan demeure une construction artificielle, ce qui expliquerait la quantité importante, depuis l'indépendance (1947), de régimes autoritaires et de coups d'État militaires.
Par ailleurs, la situation actuelle laisse croire que le Pakistan s'orientera davantage vers une société de plus en plus islamisée tout en cherchant encore le modèle qui lui permettrait de supprimer la violence caractérisant son histoire, afin de s'engager dans un avenir pacifique et plus prospère. Pour le moment, on pourrait dire que le Pakistan est un pays constamment en guerre contre ses propres concitoyens. Heureusement, malgré la loi martiale et les assassinats politiques, la plupart des Pakistanais n’ont pas abandonné leur rêve de démocratie.
Bibliographie
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![]() L'Asie |
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