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La Syrie, en forme longue officiellement appelée
République arabe syrienne (en arabe, Al Jumhuriyah al' Arabiyah as
Suriyah; en anglais: Syrian Arab Republic), est un État du Proche-Orient bordé au nord par la Turquie, à
l’est par l’Irak, au sud par la Jordanie et Israël et à l’ouest par le
Liban et la mer Méditerranée. Sa superficie est de 185 180 km² (France:
547 030 km²); le pays
possède un accès à la mer Méditerranée par 183 km de côtes.
La Syrie compte 14 provinces (muhafazat; singulier: muhafazah) administratives ou gouvernorats: Al Hasakeh, Lattakia, Al Quneitera, Al Raqua, Al Sweida, Dara, Deir Al Zour, Damas-Ville, Aleppo, Hama, Homs, Edleb, Damas-Campagne et Tartous (voir la carte détaillée des provinces syriennes). La capitale de la Syrie est Damas (deux millions d'habitants). Les autres grandes villes sont Alep (1 308 000 habitants) au nord du pays, Homs (440 000 habitants) au centre, et le port de Lattaquié (240 000 habitants). |
Les gouvernorats les plus importants (plus d'un million d'habitants) au chapitre de la population sont Alep (Aleppo), Homs, Hama, Edleb, Damas-Ville, Damas-Campagne et Al Hasakeh.
| Province | Capitale | Superficie |
Population (1996) |
Transcription possibles des dénominations |
| Al Hasakeh | Al Hasakah | 23 334 km2 | 1 013 000 | Hazakieh, Al Jazira, Al-Hasakah |
| Lattakia | Al Lâdhiqîyah | 2 297 km2 | 936 000 | Latakia, Al Lâdhiqîyah, Lattaquié |
| Al Quneitera | Al Qunatirah | 1 861 km2 | 330 000 | Al Quneitra, Al Qunaytirah |
| Al Raqua | Ar Raqqah | 19 616 km2 | 592 000 | al-Rakka, Al-Rashid, al-Raqqah |
| Al Sweida | As Suwaydâ' | 5 550 km2 | 380 000 | al-Sueida, Soueida, Jabal Druze, As Suwaydâ' |
| Dara | Dar'â | 3 730 km2 | 689 000 | Dar'â, Hauran, Dera'a |
| Deir Al Zour | Dayr az Zawr | 33 060 km2 | 994 000 | Dayr az-Zaur, Dayr az Zawr |
| Damas-Ville | Dimashq | 105 km2 | 1 347 000 | Damascus City, Dimashq (Madînat) |
| Alep | Halab | 18 500 km2 | 3 694 000 | Halab, Aleppo |
| Hama | Hamâh | 8 883 km2 | 1 415 000 | Hamâh |
| Homs | Hims | 42 223 km2 | 1 497 000 | Hims |
| Edleb | Idlib | 6 097 km2 | 1 270 000 | Idleb, Idlib |
| Damas-Campagne | Dimashq | 18 032 km2 | 1 237 000 | Damascus District, Rif Dimashq |
| Tartous | Tartûs | 1 892 km2 | 730 000 | Tartaus, Tartûs |
| TOTAL: |
Pays |
185180 km2 |
16 124 000 |
En 2001, la population syrienne était estimée à 16,7 millions d'habitants inégalement répartis et concentrés surtout dans l’ouest du pays, sur la plaine côtière et dans le Ghab. La plus grande ville du pays, Damas (capitale), compte plus de deux millions d'habitants.
2.1 Les Arabes syriens
Environ 88 % des Syriens sont des Arabes, parmi lesquels des Bédouins.
Les
minorités non arabes les plus importantes sont les Kurdes, habitant
essentiellement le long de la frontière turque (8 %) au nord, et les Arméniens, qui
vivent dans le Nord, surtout dans les grandes villes (2,8 %).
La Syrie compte une douzaine de langues. La plus importante est l'arabe
levantin du Nord (57,2 %); c'est un arabe syro-libanais basé sur la
langue parlée à Damas, ainsi qu'à la radio et la télévision. Parmi les autres
langues chamito-sémitiques, mentionnons l'arabe
levantin bedawi (0,4 %) parlé près de Damas, l'arabe
syrien du Nord ou arabe mésopotamien (11,7 %) employé dans l'est de
la Syrie, l'arabe najdi (3,2 %) utilisé dans
le désert syrien, l'arabe mésopotamien du Nord
(2 %) dans l'est du pays, l'assyrien
néo-syriaque (0,2 %) dans le Nord, le
néo-araméen de l'Ouest (0,1 %) au nord de Damas et le
turoyo (0,05 %) dont les locuteurs sont
disséminés d'est en ouest. Voir la carte en cliquant
ICI.
2.2 Les Kurdes de Syrie
Pour les langues minoritaires non arabes, le kurde septentrional ou kurmandji ou kurmancî (6,3 %), parlé dans le Nord-Est appelé le Kurdistan syrien, est la langue la plus importante (famille indo-européenne). Ainsi, le kurde n'est apparenté ni à l'arabe ni au turc. Avec les Arabes, les Perses et les Arméniens, les Kurdes constituent l'un des peuples les plus anciens de la région. Le pays qu'ils habitent est appelé le Kurdistan. Avec 25 millions de personne, on peut dire que c'est le plus grand peuple du monde, sans pays.
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Les Kurdes constituent d'ailleurs la seule
grande minorité nationale ou ethnique à assise territoriale en Syrie. Il existe
trois petites régions kurdes au nord de la Syrie, séparées les unes des autres, mais
toutes limitrophes du Kurdistan turc et iranien dont elles constituent en
quelque sorte un prolongement.
Le Kurdistan est une région de hautes terres du sud-ouest de l'Asie. Cette région de 530 000 km² s'étend sur le nord-ouest de l'Iran, le nord-est de l'Irak et l'est de la Turquie, au sud du mont Ararat (voir la carte détaillée du Kurdistan). En Syrie, le Kurdistan n'occupe que 15 000 km². |
Bien que beaucoup de Kurdes habitent la Syrie depuis des générations, un grand nombre est venu de la Turquie entre 1924 et 1938, quand Mustapha Kemal Atatürk a tenté d'imposer sa politique assimilatrice aux Kurdes turcs. Environ 35 % à 40 % des Kurdes syriens vivent dans les contreforts des montagnes au nord de la province d'Alep (Aleppo). Un nombre égal vit dans le Jazirah; environ 10 % au nord-est du Jarabulus (province d'Alep) et 10 % à 15 % à Hayy al Akrad, l'un des faubourgs de Damas. La plupart des Kurdes sont des musulmans de rite sunnite, mais quelques-uns sont chrétiens ou alaouites.
La plupart des Kurdes parlent le kurde septentrional (kurmandji ) et l'arabe, bien que d'autres, en particulier à Damas, ne connaissent que l'arabe. Les Kurdes immigrés depuis quelques années en Syrie conservent habituellement leur langue, leur culture et leur langue. Pour les Kurdes, l'appartenance à la tribu est plus forte que l'identité ethnique, la fidélité nationale ou syrienne. Ils sont traditionnellement méfiants de n'importe quel gouvernement, en particulier celui de Damas. Les Kurdes ne jouissent d'aucun droit linguistique ou culturel d'ordre collectif en Syrie. De plus, plus de 60 000 Kurdes syriens sont actuellement privés arbitrairement de la nationalité syrienne, interdits d'emplois publics et considérés comme des étrangers dans leur propre pays. Cependant, leur mode de vie relativement paisible en Syrie et l'assimilation graduelle ont atténué la méfiance des autorités syriennes.
2.3 Le Kurdistan
Bien que partagés entre plusieurs États – surtout la Turquie, l'Irak, l'Iran et la Syrie, mais aussi l'Arménie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, le Turkménistan, la Kirghizie et le Kazakhstan – qu'ils ne contrôlent pas, les quelque 25 millions de Kurdes sont restés relativement concentrés dans leur Kurdistan ancestral, à cheval sur quatre frontières. On compte aujourd’hui plus de 800 000 Kurdes en Syrie, mais environ quatre millions en Irak, soit 18 % de la population du pays. On compte aussi 15 millions de Kurdes en Turquie (24 % de la population du pays), 6 millions en Iran (18 %) et quelque 115 900 disséminés en Arménie, en Géorgie, en Azerbaïdjan, au Turkménistan, en Kirghizie et au Kazakhstan. En outre, on estime que 700 000 Kurdes sont réfugiés en Europe.
Les Kurdes possèdent toutes les caractéristiques d'une nation, sans pouvoir disposer d'un État qui leur appartienne en propre. Pour conserver leur identité, ils ont dû s'opposer à des gouvernements centralisateurs et répressifs, la plupart du temps par la violence, à défaut d'autres solutions que leur refusent conjointement les États dans lesquels ils sont intégrés. Retranchés dans leurs chaînes de montagnes et hauts plateaux d'accès difficile, les Kurdes résistent farouchement aux dominations étrangères depuis plus de 70 ans. Pris en étau, ils continuent aujourd'hui d'être pourchassés par l'armée irakienne, refoulés par l'aviation turque, affamés et réprimés en Iran, sans oublier la répression dont ils ont été victimes en Syrie. Bref, une sorte de coalition qui fait l'affaire des États concernés. En ce sens, la Syrie n'est pas différente des autres États.
Beaucoup d’observateurs croient que ces agressions sont le fruit d'un accord entre les oppresseurs du peuple kurde. D’ailleurs, la Turquie n’a jamais caché qu’elle souhaitait le rétablissement de l'autorité de Bagdad sur le Kurdistan d'Irak malgré la tutelle internationale imposée en 1991 par l’ONU.
2.4 La langue kurde
Conséquence du fractionnement politique des Kurdes, la langue kurde n'est pas unifiée; elle est fragmentée en plusieurs variétés dialectales dont le kurmancî et le soranî, les variétés les plus importantes, puis le zazaî, le lorî, le bakhtyarî et le goranî. Le kurmancî est parlé par environ 90 % des Kurdes de Turquie; il est également parlé dans les régions kurdes d'Iran et d'Irak, ainsi qu'en Syrie, soit 60 % de l'ensemble des Kurdes. Le soranî est parlé dans les régions centrales du Kurdistan en Iran et en Irak; le zazaî est parlé dans certaines régions du Kurdistan de Turquie; dans les trois parties du sud du Kurdistan, on parle le goranî et d'autres dialectes.
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De plus, les Kurdes de Géorgie et d'Arménie écrivent leur langue en alphabet cyrillique, ceux de Turquie en alphabet latin, ceux d'Irak, d'Iran et de Syrie en alphabet arabe ou arabo-persan. Ils sont davantage unifiés par la religion, étant presque tous des musulmans sunnites. |
2.5 Les autres ethnies
Au point de vue numérique, la langue kurde est suivie de l'arménien de l'Ouest (2,8 %) au nord-est (famille indo-européenne), du circassien de l'Ouest (ou adyguéen), une langue caucasienne parlée par 0,1 % de la population, de l'azerbaïdjanais (0,2 %), une langue altaïque parlée dans les gouvernorats de Homs et Hama, et du tsigane domari (0,07 %), une langue indo-iranienne parlée à Kurbat.
- Les Arméniens
La plupart des Arméniens sont arrivés en Syrie par vagues successives en tant que réfugiés fuyant la Turquie entre 1925 et 1945. Environ 75 % des Arméniens vivent dans la province d'Alep (Aleppo) au nord-ouest, le long de la frontière du Nord avec la Turquie. Les autres sont dispersés dans Hayy al Arman (près de Damas) et dans quelques autres villes du pays. Les Arméniens appartiennent généralement à l'Église orthodoxe arménienne, mais environ 20 000 relèvent de l'Église catholique arménienne. Les Arméniens constituent l'un des grands groupes importants non assimilés en Syrie. Ils ont conservé de leurs coutumes, maintiennent leurs propres écoles et lisent des journaux dans leur langue. Beaucoup de leaders arméniens s'opposent catégoriquement à l'assimilation et veillent au maintien de l'identité arménienne.
- Les Ciscassiens
Approximativement 100 000 Circassiens ou Adyguéens sont les descendants des nomades musulmans ayant émigré de Russie en Syrie au XIXe siècle. Près de la moitié d'entre eux est concentré dans la province de Al Quneitera, notamment dans la capitale Al Qunatirah. Après la guerre de 1973 qui a détruit une grande partie de la ville, beaucoup d'Adiguéens se sont déplacés à Damas. Les Adyguéens ont assez bien résisté à l'assimilation, car ils ont conservé leur langue caucasienne (le circassien), mais s'ils parlent également l'arabe. Les Arabes de Syrie se méfient des Adiguéens, car ceux-ci ont servi dans les forces armées lors du mandat français. Ils sont de confession musulmane de rite sunnite.
- Les Juifs
Les Juifs habitent la Syrie depuis des siècles. Leur nombre était estimé à plus de 40 000 avant 1990. Depuis, ils ont presque tous quitté la Syrie pour Israël; ils ne sont plus qu'une centaine d'individus et sont aujourd'hui concentrés dans la province d'Alep et dans la ville de Damas (quartier juif de Hayy al Yahud). La plupart des Juifs de Damas sont des colporteurs, des commerçants, des changeurs ou des artisans; quelques-uns sont d'importants professionnels, en particulier des médecins. Comme les Juifs syriens parlent l'arabe, ils sont tenus comme une minorité religieuse et non linguistique. La situation socio-économique des Juifs était assez bonne jusqu'à ce que la guerre israélo-arabe éclate en 1967. Depuis lors, leur liberté économique reste limitée et ils sont sous la surveillance continuelle de la police. Les Syriens arabes se méfient généralement des Juifs, car ils les considèrent comme des traîtres réels ou potentiels.
- Les communautés immigrantes
La Syrie compte un grand nombre de ressortissants venant d'autres pays, notamment des Ossètes (60 000), des Turcs (59 000), des Turkmènes (plus de 100 000), des Français (12 000, dont des coopérants et des enseignants), des Grecs (5900), des Britanniques (2500), des Bulgares (2000), etc.
2.6 Les religions
Le pays est musulman à 90 % (dont les Kurdes), avec des minorités chrétiennes. La plupart des Syriens sont des sunnites (env. 70 %), mais certains sont de rite chiite, ismaélien ou alaouite. La Syrie compte aussi des druzes professant une religion musulmane hétérodoxe; ils sont établis dans le sud de la Syrie où ils occupent la zone montagneuse du Hawran, connue sous le nom de Djebel Druze. Comme tous les chiites, les druzes, ismaéliens et alaouites constituent des sous-groupes particuliers du monde musulman. Les autres Syriens non musulmans sont chrétiens, soit catholiques, grecs-orthodoxes ou arméniens-orthodoxes, mais on compte aussi un millier de juifs. La communauté alaouite, branche dissidente de l'islam à laquelle appartient la famille du président Bachard al-Assad, représente environ 10 % de la population, mais elle tient une place disproportionnée dans le gouvernement et surtout dans l'armée. Les minorités religieuses et ethniques ont généralement appuyé le régime de al-Assad, car, dans l'éventualité d'une reprise du pouvoir par la majorité sunnite, un régime islamique serait imposé dans tout le pays.
C'est pourquoi il faut s'attendre à une vague de réfugiés en Syrie, là où les chrétiens sont au nombre de 850 000 (env. 6 % de la population). Cette minorité, active et prospère, a toujours vécu sous l'aile protectrice du régime alaouite. Toutefois, lorsque les sunnites prendront le pouvoir en Syrie, un autre exode est à prévoir, car les rebelles sunnites ne cachent pas leur hostilité envers les chrétiens.
Dès le paléolithique et le néolithique, des groupes humains peuplèrent cette région. Dans la vallée de l’Euphrate, formant avec celle du Tigre la Mésopotamie, apparurent l’agriculture, puis les premières villes, les premiers royaumes, ainsi que l’écriture cunéiforme et l’alphabet.
3.1 La Syrie de l'Antiquité
Du fait qu'elle était un lieu de passage entre l’Égypte et la Mésopotamie, la Syrie
fut livrée très tôt aux
invasions des grandes puissances commerciales du monde de l'époque.
Soumise à la domination des Sumériens, puis des
Akkadiens, la région passa, à
la fin du IIIe millénaire, sous l’influence des Amorites, un peuple sémite
nomade. Au XIXe siècle
avant notre ère, les Amorides fondèrent la première dynastie de
Babylone. Hammourabi, roi de Babylone, étendit sa domination sur toute la région
au siècle suivant.
À partir du XVIe siècle, l'Égypte
des pharaons (la XVIIIe dynastie)
prit le contrôle de la Syrie méridionale, tandis qu’au nord s’établirent les
Hittites.
Au carrefour commercial entre la Méditerranée et l’Asie, la région prospéra grâce à l’activité des marchands phéniciens qui fondèrent de nombreux
ports (Tyr, Byblos, Sidon au Liban, Ougarit en Syrie).
L’équilibre fut rompu par l’arrivée des «Peuples de la mer» qui déferlèrent au
XIIIe
siècle avant notre ère et dévastèrent le littoral. Alors que les
Araméens établissaient de petites
principautés de la vallée de l’Oronte à celle de l’Euphrate, le royaume d’Israël
étendit sa domination sur la région aux Xe et
IXe siècles, en
créant des liens de vassalité avec les Araméens. Le royaume de Damas fut fondé vers
1000 avant notre ère.
Nabuchodonosor II, illustre représentant de la Xe
dynastie de Babylone qui
s’établit sur les restes de la puissance assyrienne, étendit son pouvoir jusqu’à
Jérusalem; maître de l’Orient, il fit de sa langue, l’araméen, l’idiome de
tous les peuples sous sa domination.
En 539, Cyrus le Grand, accueilli en libérateur par les peuples sous
le joug babylonien, dévasta l’empire chaldéen. La Syrie passa sous
domination perse et fut administrée par les satrapes des Grands Rois pendant les
deux siècles qui suivirent. Alexandre le Grand l’annexa ensuite à son empire en
333-332 avant notre ère. Sous influence hellénistique, la Syrie échut
après la mort du conquérant à Séleucos Ier Nikator, l’un de ses généraux. Une
partie de la Syrie s'hellénisa au cours des siècles suivants, car le grec s'est
imposé dans la région.
Par la suite, le royaume de Syrie fut envahi par
les Romains de Pompée venus en Orient vaincre les Parthes;
le royaume devint une province romaine en 64
avant notre ère. Mais la Syrie demeura
quand même hellénisée sous la domination romaine, à tel point
qu’elle devint l’une des principales provinces de l’Empire. Toutefois, après la
fragmentation de l’Empire romain en 395 de notre ère, la Syrie fut intégrée à
l’Empire byzantin. Elle connut une période de prospérité économique et de
stabilité politique, troublée par les querelles religieuses qui déchirèrent
l’Église d’Antioche. À partir de 611, les Perses tentèrent de mettre à profit les
troubles religieux pour rétablir leur domination sur la région. Les
Byzantins
les chassèrent définitivement en 623, pour faire face à une nouvelle menace, celle
de l’islam.
3.2 La Syrie arabe
Dès le IVe siècle avant notre ère, des tribus arabes venues du sud de l’Arabie s'étaient établies en Syrie. Affaiblis par les luttes qui les opposaient, Byzantins et Perses ne purent résister à l'expansion arabo-musulmane. La victoire du Yarmouk (636) sur les troupes d'Héraclius Ier permit aux Arabes de s'assurer le contrôle de la Syrie, qui s'islamisa et s'arabisa. La dynastie omeyyade (661-750), fondée par Moawiyya, exerça son rayonnement depuis Damas, la capitale. La marine du calife s'empara des îles de la Méditerranée orientale (Chypre, Crète, Rhodes), tandis que les troupes terrestres virent camper sous les murs de Constantinople. L'administration fut réorganisée, les sciences se développèrent, les mosquées et les palais se multiplièrent. Pourtant, les Omeyyades tombèrent sous les coups des Abbassides, qui firent de Bagdad la capitale de leur nouvel empire (750-1258), dont la Syrie devint une simple province. Le pays connut ensuite une période troublée lorsque l'empire commença à se démembrer.
Aux Xe et XIe siècles, le désordre qui régnait dans le pays, divisé entre des dynasties arabes et turques rivales, favorisa l’établissement des croisés occidentaux qui, après la prise d’Antioche (1098) et de Jérusalem (1099), occupèrent le littoral et le nord de l’actuelle Syrie. Les croisés édifièrent une série de châteaux forts tournés vers la mer. En 1173, Saladin, fondateur du sultanat ayyubide, mena la lutte des musulmans contre les croisés et unifia l’intérieur de la Syrie. Affaibli par la guerre opposant croisés et musulmans, le pays subit au XIIIe siècle l’invasion destructrice des Mongols. Les mamelouks, dynastie d’esclaves qui s’était imposée en Égypte, stoppèrent leur avance, expulsèrent les croisés en 1291 et dominèrent la Syrie jusqu’en 1516.
En réalité, la multiplicité des invasions étrangères s'est traduite dans le domaine religieux. Ainsi, si 90 % de la population est devenue musulmane, 10 % de celle-ci est restée chrétienne, avec le maintien de minorités chiite, druze, ismaélienne et surtout alaouite.
3.3 La Syrie ottomane
Après avoir pris Constantinople, les Ottomans vainquirent les mamelouks en 1516,
annexèrent la Syrie à leur nouvel empire et divisèrent celle-ci en trois, puis en
quatre pachaliks ou provinces (Damas, Tripoli, Alep et Saïda). La Syrie
ottomane fut gérée au nom du sultan par des gouverneurs nommés pour un an.
Cependant, la domination turque se fit principalement sentir dans les villes,
les émirs locaux exerçant partout ailleurs leur propre pouvoir.
Voir la
carte de l'Empire ottoman.
Durant quatre siècles, la Syrie redevint un carrefour commercial important et développa des relations avec le monde occidental. Puis l’affaiblissement graduel de la puissance ottomane attisa les ambitions territoriales, tantôt du premier consul Bonaparte en 1799, tantôt par les troupes du vice-roi d’Égypte Méhémet Ali en 1831. En 1860, Napoléon II intervint en Syrie afin de favoriser les chrétiens.
Puis ce fut le tour des Britanniques. Ayant gagné l'appui des Arabes syriens, les Anglais promirent l’indépendance du pays en cas de victoire sur l’Empire ottoman. Cependant, le 16 mai 1916, la Grande-Bretagne et la France conclurent des accords secrets, les accords Sykes-Picot, par lesquels les deux puissances se partageaient les terres arabes sous domination ottomane. Cet accord résulte d'un long échange de lettres entre Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, et sir Edward Grey, secrétaire d'État au Foreign Office; par la suite, un accord ultra-secret fut conclu à Downing Street entre sir Mark Sykes pour la Grande-Bretagne et François Georges-Picot pour la France. Cet accord équivalait à un véritable dépeçage de l'espace compris entre la mer Noire, la Méditerranée, la mer Rouge, l'océan Indien et la mer Caspienne. La région fut découpée de la façon suivante:
1) Une zone bleue française, d'administration directe (Liban et Cicilie);
2) Une zone arabe A, d'influence française (Syrie du Nord et province de Mossoul);
3) Une zone rouge anglaise, d'administration directe (Koweït et Mésopotamie);
4) Une zone arabe B, d'influence anglaise, (Syrie du Sud, Jordanie et Palestine);
5) Une zone brune, d'administration internationale comprenant Saint-Jean-d'Acre, Haiffa et Jérusalem.
Bref, la Syrie et le Liban actuels revirent à la France,
l’Irak et la Palestine furent attribuées au Royaume-Uni.
3.2 Le mandat français (1920-1941)
Les
Britanniques et les Arabes participèrent à la prise de Damas en 1918. L’année
suivante, les forces britanniques se retirèrent de la zone d’influence revenant à
la France, cédant le contrôle aux troupes françaises. En 1920, la Société des
Nations (SDN) confia à la France un mandat sur la Syrie et le Liban, lesquels devaient
rapidement aboutir, du moins en théorie, à l’indépendance des deux territoires.
Toutefois, les nationalistes syriens, organisés depuis la fin du XIXe siècle, espéraient la création d’une Syrie indépendante, incluant la
Palestine et le Liban. En mars 1920, le Congrès national syrien (élu en 1919)
refusa le mandat français et proclama unilatéralement l’indépendance du pays. Celui-ci devint
une monarchie constitutionnelle dirigée par le fils de Hussein, le prince
Fayçal.
Néanmoins, en avril 1920, la conférence de San Remo confirma les accords Sykes-Picot,
qui
légitimaient l'intervention militaire française: les troupes du général Gouraud entrèrent à
Damas en juillet. Fayçal, contraint à l’exil, trouva alors refuge en Irak, où il
sera couronné en 1921. Ce fut alors l'effondrement du «grand projet arabe» de rassembler
autour de Damas les terres arabes autrefois placées sous contrôle ottoman. Alors
qu'elle avait été hostile envers les Turcs, la population syrienne développa
rapidement un sentiment antifrançais.
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Le Mandat français sur la Syrie fut organisé en un «Grand Liban» composé de quatre provinces: l'État de Damas, l'État d'Alep, l'État des Alaouites (1920) et l'État du Djebel druze (1921), auxquels s'ajouta, en mars 1923, le sandjak d'Alexandrette (au nord) détaché d'Alep et peuplé d'une minorité turque. La même année, le général Gouraud créa la Fédération syrienne, qui regroupait Damas, Alep et l'État alaouite, sans le Djebel druze, ni Alexandrette. En 1924, l'État alaouite en fut également séparé. De 1925 à 1927, le Djebel druze entra en état d'insurrection, dirigée par le sultan Pacha-El-Atrache. Le général Sarrail y fut chargé de rétablir l'ordre français. En 1926, le «Grand Liban» devint la République libanaise. |
La frontière syro-libanaise fut tracée par les Français, protecteurs traditionnels des chrétiens dans la région, afin de satisfaire les ambitions des maronites à la création d'un «plus grand Liban». La Syrie ne reconnut jamais ce tracé. Sachant proche l'indépendance du mandat français du Levant, la Turquie fit savoir, dès 1936, qu'elle se refusait à ce que la population minoritaire turque du Sandjak d'Alexandrette puisse passer sous l'autorité syrienne indépendante. Paris, soucieux de ne pas contrarier un État dont la position revêtait une grande importance stratégique quant à la défense des intérêts français au Levant, accéda à la demande d'Ankara, et le Sandjak d'Alexandrette (ou république du Hatay) passa sous souveraineté turque le 23 juin 1939, sous le nom de «province du Hatay», au grand dam des nationalistes syriens.
Malgré son hostilité à l’égard de la France, la Syrie se rangea aux côtés des Alliés en 1939. En juin 1940, après la capitulation française, la Syrie passa sous le contrôle du gouvernement de Vichy. En 1941, les forces de la France libre et les Britanniques chassèrent le général Dentz, haut-commissaire du Levant. Le général Catroux, au nom de la France libre, reconnut officiellement l’indépendance de la Syrie, mais les troupes franco-britanniques demeurèrent sur le sol syrien. Les Français ne se retirèrent totalement du Liban et de la Syrie qu’en 1946, après avoir violemment réprimé de nouvelles émeutes nationalistes et bombardé Damas. Cette même année, la Syrie devient membre des Nations unies.
Soulignons que, lors du mandat français, les Kurdes ne firent l'objet d'aucune mesure répressive. Même s'ils ne jouissaient d'aucun statut officiel, ils pouvaient librement pratiquer leur religion et utiliser leur langue, voire diffuser leurs journaux. C'est dans le Kurdistan syrien que beaucoup d'intellectuels Kurdes persécutés en Turquie vinrent trouver refuge, bien qu'ils ne disposaient d'aucun droit politique. Les Kurdes ont bel et bien demandé leur autonomie à l'intérieur des frontières du pays. Une pétition fut adressée à l'Assemblée constituante de Syrie le 23 juin 1928 et y a inclus les trois demandes suivantes:
1) L'usage de la langue kurde dans les zones kurdes, concurremment avec d'autres langues officielles (arabe et français);
2) L'éducation en langue kurde dans ces régions;
3) Le remplacement des employés du gouvernement de ces régions par des Kurdes.
Les autorités du mandat français ne favorisèrent pas l'autonomie kurde dans cette partie de la Syrie en raison de l'intolérance manifestée par la Turquie et l'Irak à l'égard «d'un territoire autonome kurde» près de leurs frontières. En fait, l'usage du kurde était libre, sans être officielle, dans la région. Mais l'absence de matériel pédagogique en langue kurde aurait rendu l'organisation de l'éducation particulièrement difficile, bien que ce soit des considérations d'ordre politique qui ait joué.
Quant à la minorité religieuse alaouite, elle fut favorisée par les Français. Longtemps persécutés dans le passé, les alaouites (issus des chiites) purent s'instruire et se faire embaucher dans l'armée coloniale française, ce qui assura leur promotion sociale, dont les élites dirigeront ensuite le Parti Baas à partir de 1963. Les Français avaient créé le «Territoire des alaouites», qui allait devenir l'«État des Alaouites», puis en 1930 le «territoire de Lattaquié» ou «gouvernement de Lattaquié». Afin de faire contrepoids au nationalisme arabe des sunnites, les Français encouragèrent pendant l'entre-deux-guerres le particularisme alaouite, qui prétendait faire des alaouites un peuple à part entière, mais cette politique colonialiste échoua.
3.3 La Syrie indépendante
Les dirigeants syriens proclamèrent l'indépendance, le 17 avril 1946,
alors que les dernières troupes françaises quittaient le pays. Ce furent les
sunnites qui prient le pouvoir, au grand dam des alaouites. La période de l’après-guerre fut marquée par une grande instabilité politique
en raison de la création de l'État d'Israël.
La Syrie, membre de la Ligue arabe, participa à la guerre de 1948 qui opposait les
Arabes au nouvel État des Juifs. La défaite arabe marqua la première crise du
jeune État. Les coups d'État qui se succédèrent furent dominés par l'armée.
L'ascension des partis de gauche, en particulier le parti Bass (Parti socialiste
de la résurrection arabe) amorça la longue alliance avec l'URSS.
- La «ceinture arabe»
À partir de 1961, le gouvernement syrien commença à accuser les Kurdes d'avoir des visées anti-arabes. En 1962, le gouvernement appliqua la politique dite de la «ceinture arabe» qui prévoyait expulser toute la population kurde de la région de Djazira le long de la frontière turque et de la remplacer par des Arabes; il semble que la découverte du pétrole à Karatchok ne soit pas étrangère à cette politique. Une fois recensés, les Kurdes syriens se sont vu retirer leur droit à la citoyenneté syrienne. En effet, sous prétexte de débusquer les Kurdes turcs qui auraient illégalement franchi la frontière turco-syrienne, le gouvernement déclara que les quelques 120 000 Kurdes de la région du Kurdistan — tous des ressortissants syriens — n'étaient pas des Syriens, mais des «étrangers se trouvant illégalement en Syrie».
En réalité, le Kurdes ont, depuis 1962, un statut d'«étrangers kurdes» ou de «citoyens étrangers» (en arabe: ajanib. Ce statut est officialisé par une carte d'identité rouge distribuée par le ministère de l'Intérieur). Comme ce statut se transmet de père en fils ou de mère en fille, le nombre de personnes concernées ne cesse d'augmenter avec les années. En 1996, quelque 67 465 kurdes possédaient ce statut, selon les chiffres officiels, contre 200 000 selon des sources kurdes.
Dans un document secret intitulé«Étude de la province de Jazira sur les aspects nationaux, sociaux et politiques» (1963), Hilal, le chef de la police politique de la région de Hasaka, proposait un «plan» d'arabisation en douze points:
- dispersion des Kurdes de Syrie;
- interdiction d'établissements d'enseignement en kurde;
- mise au chômage des Kurdes;
- extradition des Kurdes turcs vers la Syrie pour être emprisonnés;
- application du principe de «diviser pour régner» entre les Kurdes;
- instauration d'une «ceinture arabe» autour de la région;
- colonisation du territoire par des «Arabes purs et nationalistes»;
- proclamation d'une «ceinture militaire» pour surveiller le départ des Kurdes et l'arrivée des Arabes;
- établissement de «fermes collectives» (mazari' jama'iyya) pour les Arabe;
- suppression des droits civils pour tout ressortissant ignorant la langue arabe;
- abolition de l'autorité religieuse des mollahs kurdes et leur remplacement par des religieux «purs arabes»;
- interdiction des «assemblée kurdes», sauf pour des rassemblements religieux.
Par la suite, toutes les minorités non arabes firent l'objet de discrimination en raison de leur origine ethnique, ce qui inclut les groupes qui vivent sur le territoire depuis de nombreuses générations. Le gouvernement n'a jamais adopté de mesures législatives ou administratives d'envergure pour éliminer cette discrimination, qui s'est poursuivie. Pire, tous les villages et toutes les villes kurdes furent rebaptisés de noms arabes, tandis que la Constitution de 1973 ne reconnaîtra jamais ni la nationalité, ni la langue, ni la culture kurdes. Les terres des Kurdes furent distribuées à des Arabes provenant d'autres régions que le Kurdistan, ce qui entraîna une politique de minorisation démographique dans les territoires kurdes. Cette politique provoqua la déportation de plusieurs dizaines de milliers de Kurdes, en majorité de confession yézidi. Privés de leur nationalité et de papier officiels, les Kurdes syriens n'ont jamais pu, du moins légalement, ni se marier, ni aller à l'hôpital ou dans les écoles publiques.
- L'idéologie panarabiste du Baas
Le Parti Bass prit le pouvoir en 1963 à la suite d'un coup d'État militaire. Un Conseil de commandement de la révolution fut chargé de diriger le pays; l’industrie, le pétrole et le commerce furent nationalisés. Cependant, le Parti Baas resta divisé par la rivalité entre ses dirigeants et les jeunes officiers plus radicaux, appartenant pour la plupart à la minorité alaouite. Ces derniers prirent le pouvoir le 23 février 1966 et emprisonnèrent les dirigeants historiques du Parti Baas. Les nouveaux dirigeants baasistes, s’inspirant de l'idéologie pan-arabiste (ultra-nationaliste), aggravèrent la situation des Kurdes syriens, comme de toutes les minorités non arabes et non islamistes.
Pour toute minorité, le droit d’avoir ses propres écoles est fondamental: aussi la communauté chrétienne de Syrie avait-elle durement ressenti l'«étatisation», en septembre 1967, des établissements d’enseignement privés, et notamment de plus d’une centaine d’écoles catholiques, qui furent fermées ou expropriées.
Puis le gouvernement envoya 3000 soldats accompagnés de chars d'assaut au secours de l’Irak dans sa guerre contre les Kurdes irakiens afin de supprimer tout velléité d'autonomie. Les autorités syriennes tentèrent par la suite de démonter «scientifiquement que les Kurdes qui n’ont ni histoire, ni civilisation, ni langue et qu'ils ne constituent pas une nation». Le nouveau régime adopta une politique prévoyant la déportation et la dispersion des Kurdes afin de les liquider et d'arabiser leur région en y installant des tribus arabes nomades. Toutefois, cette politique ne sera que partiellement mis en place. En effet, après la déportation et la nationalisation des terres de plus de 100 000 Kurdes en 1967, la guerre qui venait d’être déclenchée contre Israël arrêta la mise en oeuvre de cette politique.
- La guerre israélo-arabe
Lors du déclenchement de la guerre de Six-Jours en juin 1967, les forces israéliennes s’emparèrent des positions syriennes dans le Golan et progressèrent rapidement à l’intérieur du pays, parvenant à 65 km de Damas.
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En novembre 1970, le général Hafez al-Assad,
un alaouite appuyé par l'armée, chassa du pouvoir les extrémistes du Baas, puis accéda à la présidence de la République en mars 1971.
Al-Assad instaura un pouvoir autocratique reposant sur l'armée et les services de
sécurité.
Les mouvements d'opposition furent victimes d'une sévère répression policière. Il n'en demeure pas moins que le pouvoir alaouite, par essence minoritaire, n'a réussi à se maintenir qu'au prix d'un contrôle social rigoureux qui le contraignit à «jouer serré» en maintenant une pression extérieure, comme c'était jusqu'à présent le cas au Liban ou en lâchant la bride au Hezbollah pour étoffer, selon les besoins du moment, sa capacité de négociation avec Israël, Damas trouvant dans cet état de tension permanent la justification au maintien d'un sévère régime intérieur. |
La libéralisation progressive de l’économie fut engagée, tandis que le nouveau régime, consacré par la Constitution de 1973, tenta de rompre l’isolement diplomatique du pays. Mais la Syrie poursuivit sa guerre contre Israël. La troisième guerre israélo-arabe de 1973, qui se solda par une nouvelle victoire d’Israël, entraîna un coût élevé pour la Syrie, laquelle perdit l’essentiel de ses infrastructures industrielles. En 1975, l’armée syrienne intervint au Liban, déchiré par la guerre civile. Israël annexa unilatéralement le plateau du Golan (occupé depuis 1967) appartenant à la Syrie. En 1976, le président Hafez al-Assad renonça officiellement à la nouvelle mise en œuvre de la «ceinture arabe» et décida «de laisser des choses comme elles sont».
Les forces syriennes et israéliennes s’affrontèrent en 1982, lors de l’invasion israélienne du Liban. À l'intérieur, l’armée syrienne intervint en 1982 pour réprimer une révolte islamiste menée par le mouvement des Frères musulmans. Mais la préoccupation essentielle d’Hafez al-Assad demeura le Liban. En 1985, la Syrie obtint le retrait israélien de la plus grande partie du Liban; en février 1987, elle dépêcha 7000 hommes en renfort dans le secteur musulman de Beyrouth pour rétablir l’ordre, et opéra la réunification de la capitale libanaise. Les accords de Taef, en 1989, consacrèrent la tutelle exercée de fait par la Syrie au Liban. En mai 1991, le gouvernement syrien et le gouvernement libanais signèrent un traité d’amitié et de coopération précisant que leurs deux pays appartenaient à une «même nation». La présence militaire syrienne se poursuivit au Liban.
Pendant tout ce temps, le régime d’Hafez al-Assad qui avait privé de la nationalité syrienne des Kurdes de Djézireh obligea les Kurdes «non syriens» au service militaire afin de les utiliser dans l’occupation militaire du Liban ou la guerre contre Israël. En novembre 1986, le gouvernement édicta un décret interdisant l'usage de la langue kurde sur les lieux de travail. En décembre 1989, il promulgua un autre décret interdisant les chansons kurdes lors des mariages et des fêtes. En octobre 1992, plusieurs centaines de Kurdes furent arrêtés parce qu'ils revendiquaient l'égalité des droits civiques et culturels. De plus, le gouvernement en vint à dissoudre les associations kurdes et interdit aux fonctionnaires de l’état civil d'enregistrer les enfants portant un prénom kurde. En même temps, la presse turque accusait la Syrie de soutenir «les séparatistes kurdes» de Turquie.
- La guerre du Golfe
Puis les États-Unis continuèrent d’accuser le régime syrien de soutenir les
actions de différents groupes terroristes. Le président al-Assad rompit
définitivement l’isolement diplomatique de son pays lorsque ses troupes se
joignirent à la coalition anti-irakienne durant la guerre du Golfe en 1991. Cette
participation valut à la Syrie un regain d’intérêt de la part des investisseurs
occidentaux, encouragés par de nouvelles mesures d’ouverture économique. En
1992, le président al-Assad fit un nouveau geste en autorisant les juifs de Syrie à voyager: 4000 d’entre eux émigrèrent aux États-Unis. Dans le même temps, des détenus
politiques furent libérés.
En avril 1996, la Syrie intervint dans le contrôle du
cessez-le-feu au sud du Liban et prit en juin 1997 l’initiative d’un
rapprochement tactique avec l’Irak, avec qui Damas n’entretenait plus de
relations officielles depuis 1980. La question de la succession
d’Hafez al-Assad activa les luttes de clans au sein du pouvoir.
En octobre 1998, soumise à des pressions et des menaces militaires par la
Turquie, la Syrie signait avec ce pays un accord, par lequel elle s'engageait à ne
plus fournir d'appui financier, militaire ou logistique aux Kurdes. Au Liban, pays
dans lequel elle exerce une influence déterminante, la Syrie intervint dans la
désignation du chef de l'État. En février 1999, Hafez al-Assad fut réélu
président de la République syrienne pour une durée de sept ans, mais il mourut
en juin de l'année suivante.
- La république héréditaire
Un processus institutionnel, politique et électoral fut mis en place afin que son fils cadet, Bachar Al-Assad, largement plébiscité par le Parti Baas et commandant d'une division blindée de l'armée syrienne depuis 1994, puisse lui succéder. Il fut nommé général et commandant en chef des armées, proclamé chef du Parti Baas et choisi par le Parlement comme candidat unique à la présidence. Ce choix fut confirmé, pour un mandat de sept ans, par le référendum du 10 juillet. Bachar Al-Assad inaugurait une ère inédite au Proche-Orient: la république héréditaire. Bachar el-Assad a fait ses études à l'école franco-arabe al-Hurriyet de Damas; il y a appris l'anglais et le français qu'il parle couramment.
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Au début, le président Bachar
al-Assad voulut entreprendre
des réforme, mais il fut impossible de réformer le pays sans une équipe de
réformateurs. L'entourage du nouveau président ne fut nullement convaincu de la
nécessité des réformes. C'est pourquoi Bachar al-Assad revint à la ligne politique autoritaire de son père,
avec une direction collégiale d'un État toujours
dominé par la minorité alaouite. Disposant d'une quinzaine de services de
sécurité, le régime autoritaire de Bachard al-Assad a vite repris
les choses en main. Le danger de conflits entre les diverses
communautés de la Syrie fut le principal épouvantail brandi par le
régime pour tenter de clamer les ardeurs des opposants. Le clan al-Assad est au pouvoir depuis plus de quarante-cinq ans. Le pays est sous l'état d'urgence depuis 1963. L'état d'urgence suspend la loi, permet aux services de sécurité d'intervenir chez les citoyens sans mandat et réduit sensiblement les libertés publiques; il autorise la surveillance des communications et le contrôle préalable des médias. Ceux qui en profitent ne désirent nullement que tout cela s'arrête. |
Le régime politique syrien est un système toujours fermé et très autoritaire, qui repose sur des alliances de sorte que beaucoup de gens ont intérêt à ce que le système se maintienne comme il est. Toute la politique intérieure de la Syrie est le résultat des rapports de force à l'intérieur d'un régime entièrement contrôlé par des conservateurs. Le clan Al-Assad bénéficie du soutien de l'Iran et d'une faible opposition interne.
Depuis la mois de mars 2011, le régime est ouvertement contesté par une partie de la population, comme ce fut le cas en Tunisie, en Égypte, en Libye. Mais le président syrien Bachar Al-Assad impute la responsabilité des protestations à des «conspirateurs étrangers», tout en restant muet sur la levée de l'état d'urgence. Les opposants au régime demandent non seulement la levée de l'état d'urgence (en vigueur depuis plus d'un demi-siècle), mais de nouvelles lois sur les médias et le pluralisme politique, réclament la libération des milliers de détenus politiques, la liberté d'expression et de réunion et la fin de l'arbitraire de la toute-puissante sécurité d'État. Or, le président syrien n'a annoncé aucune réforme de libéralisation pour calmer la contestation. Les manifestations vont donc continuer, elles ont touché plusieurs villes de Syrie. Afin de calmer la grogne, le président Bachard al-Assad a accordé la citoyenneté à 300 000 habitants d'origine kurde (la région orientale d'Al Hassaka : gouvernorat de Hassaké), lesquels en avaient été privés à la suite du recensement controversé de 1962. Le gouvernement avait alors allégué que des groupes de Kurdes, venus illégalement des pays voisins, en particulier de Turquie, s'étaient installés dans le gouvernorat de Hassaké en 1945 et avaient réussi à s'inscrire frauduleusement sur les registres civils syriens. Cette question avait toujours empoisonné longtemps les relations entre le gouvernement central et la communauté kurde. Il faut comprendre que les Kurdes apatrides ou sans citoyenneté vivaient un véritable casse-tête: ils ne pouvaient travailler dans des entreprises publiques ni devenir fonctionnaires; ils ne pouvaient émigrer dans un autre pays, puisqu'ils ne possédaient pas de passeport.
Puis les Kurdes demandent maintenant à la Syrie de reconnaître leur spécificité culturelle et leur rôle dans la vie politique. Bien qu'il existe quelque 12 partis politiques, ils sont tous interdits. Dans un pays qui se présente comme le cœur de l'arabisme, ces partis se défendent de toute visée sécessionniste, mais ils veulent pouvoir s'exprimer en kumanji, l'une des deux langues kurdes.
Quant à Amnistie internationale, elle estime que la Syrie compte aujourd'hui entre 3000 et 4000 prisonniers politiques. C'est un pays où les disparitions se compteraient par milliers et où les familles des détenus ignorent où ils se trouvent. On parle aussi d'un des pays les plus corrompus au monde, et la torture y serait redoutable. Depuis le mois de mars 2011, les Syriens exigent des réformes et manifestent dans tout le pays. Mais le défi est immense devant une dictature qui s'impose par la terreur depuis près d'un demi-siècle, dans un pays où toute vie publique est étroitement contrôlée, où le quotidien se vit sous la surveillance d'agents de renseignement recrutés parmi les serveurs de café, les institutrices, voire les éboueurs. Depuis le début de la révolte, le régime de Bachar al-Assad n'a pas hésité à assassiner froidement des civils non armés, femmes et enfants compris. Les dirigeants syriens ont déployé tout leur arsenal pour terroriser leurs opposants: la torture, les exécutions sommaires, les passages à tabac, les humiliations, etc. Ces attaques systématiques contre des civils ont fait plus de 2000 morts, et pourraient se qualifier au titre de crimes contre l'humanité, selon une agence de l'ONU. Mais les manifestations n'ont pas cessé, elles se sont étendues à l'ensemble du pays. L'état d'urgence est en vigueur en Syrie depuis... 1963.
Le pouvoir de Bachar al-Assad repose sur une minorité chiite alaouite, qui accapare tous les privilèges dans le pays. C'est pourquoi la majorité sunnite ne rêve que de vengeance. Mais le président al-Assad bénéficie du soutien de toutes les minorités religieuses non musulmanes, notamment les chrétiens (11 % de la population), les Kurdes et les Turkmènes, qui craignent que l'arrivée au pouvoir de la majorité sunnite fasse basculer le pays dans une ère de vengeance. Si les leaders sunnites pouvaient assurer les minorités syriennes qu'elles ne seraient pas victimes de représailles dans une ère post-Assad, ils pourraient empêcher que les révoltes démocratiques actuelles ne sombrent dans la guerre civile. Pendant ce temps, le régime al-Assad est encerclé : les partisans du président savent que, s'ils lâchent le pouvoir, ils seront massacrés. Bachar al-Assad veut mourir aux commandes, quitte à finir comme Saddam Hussein en Irak et Kadhafien Lybie. Les combats vont se poursuivre et entraîner un afflux de réfugiés au Liban et en Irak, ce qui pourrait amener la Turquie à intervenir directement. Dans un entretien au Sunday Telegraph, le président turc, Abdullah Gül, a affirmé le 2 novembre 2010 en faisant allusion à la Syrie : «Il n’y a plus de place pour les régimes autoritaires sur les rives de la Méditerranée [...]. En tant que quelqu'un qui a étudié et vécu au Royaume-Uni et qui a une vision du monde, le président a-Assad devrait être en mesure de comprendre cela.» Après avoir tenté de raisonner la Syrie, la Turquie a durci le ton et soutient désormais l'opposition. Tout est en place pour un affrontement final en Syrie. Bachar al-Assad finira par être chassé du pouvoir, mais d'ici là il peut causer encore beaucoup de problèmes. Le pays n'est pas au bout de ses peines.
La Constitution du 12 mars 1973, approuvée par référendum trois ans après la prise du pouvoir d’Hafez al-Assad, a fondé un régime présidentiel fort au sein duquel le président de la République est élu sur proposition de l’Assemblée pour un mandat de sept ans. Au chapitre de la langue, seul l'article 4 compte une disposition d'ordre linguistique: «La langue arabe est la langue officielle.» En vertu de cette simple disposition, la langue arabe classique sert de véhicule pour toutes les communications de l'État syrien.
4.1 Le Parlement et les tribunaux
Les langues employées par les parlementaires sont l’arabe levantin du Nord et l’arabe classique dans les débats oraux, mais les lois ne sont rédigées qu’en arabe classique. Mentionnons que c'est à l'époque du mandat français que provient une grande partie des lois et codes syriens, lesquels furent directement rédigés en langue française par des juristes français. On s'y réfère encore à l'occasion.
Les tribunaux mixtes (religieux et civils), qui comprenaient des magistrats français, furent les premiers à appliquer les lois syriennes; leurs décisions furent alors publiées en français et elles ont servi de base à la jurisprudence syrienne qui continue encore à les prendre en considération. Les lois adoptées à cette époque sont restées inchangées. Elles sont non seulement d'inspiration française, mais elle sont rédigées en français. Pour ce qui est de la jurisprudence, il est fréquent de lire des décisions, alors que l’arabe classique est devenu la langue officielle, qui contiennent des passages de référence en français, voire tirés d'ouvrage français.
Aujourd’hui, l’arabe syrien est généralement la langue couramment utilisée dans les tribunaux de première instance, comme dans les tribunaux religieux. Ces derniers, qui ont juridiction sur le statut personnel des Syriens, peuvent utiliser une autre langue, par exemple l'anglais, voire l’arménien ou le kurde. Chacune des juridictions communautaires disposent de ses propres règles, de ses textes juridiques, de sa terminologie particulière, de sa jurisprudence, etc.
4.2 L'Administration publique
Dans l’Administration publique, la langue utilisée à l'oral est généralement l’arabe syrien dit arabe levantin, mais cet emploi n’interdit pas l’arabe classique, voire l'anglais dans certains cas. Tous les documents administratifs sont en arabe classique, jamais dans une langue minoritaire. Les fonctionnaires ont même reçu l'ordre de ne pas enregistrer à l'état civil des prénoms à consonance kurde.
Plus de 30 % des Kurdes de Syrie n'ont pas la citoyenneté syrienne, mais le statut d'«étrangers kurdes» ou de «citoyens étrangers». Ce statut ne procure aucun droit, mais il implique de nombreuses interdictions comme celle de bénéficier d'un passeport, de voter, d'acquérir des biens immobiliers, d'ouvrir un commerce, de faire reconnaître son mariage devant les autorités civiles, de travailler dans l'administration publique, d'exercer une profession telle que médecin, magistrat ou ingénieur, de se faire soigner dans un hôpital public ou de recevoir de l'aide alimentaire.
4.3 L'éducation et les médias
En éducation, l'une des tâches assignées aux écoles est d'éduquer les élèves de sorte qu'ils apprécient leur héritage et leur civilisation nationale, leur langue et leur culture arabe. L’instruction primaire est gratuite et obligatoire, mais l'arabe classique reste la seule langue d'enseignement permise dans le système public. Il existe des écoles privées, mais elles sont généralement réservées à une certaine élite qui veut voir instruire ses enfants en anglais ou en français. Par ailleurs, certaines écoles privées sont possibles en arménien et en circassien, mais elles demeures marginales et essentiellement coraniques. En Syrie, il est interdit d'utiliser le kurde comme langue d'enseignement dans les écoles publiques. Pour ce qui est des langues étrangères, il est obligatoire d'apprendre au moins une langue; c'était auparavant l'anglais OU le français, mais la plupart n'apprenaient donc que l'anglais. Depuis 2003, les autorités syriennes ont fait du français la seconde langue étrangère obligatoire dans l’enseignement public. Cela se fait maintenant à partir de la septième année de l’enseignement de base, ce qui équivaut à la 5e année en France.
La Syrie possède des universités à Damas, Alep, Homs et Lattaquié
(Lattakia). Damas est le
siège de l’Académie arabe (1919), dédiée à l’étude de la langue et de la
civilisation arabes. Il existe aussi d’autres instituts et universités, toutes
en arabe, spécialisés pour les affaires sociales, l’agriculture, l’industrie, la
technologie et la musique.
Kurdes
Pour ce qui est des médias, c'est la langue arabe qui sert de véhicule de transmission. Dans les médias écrits, seule la langue arabe classique est permise. Dans les médias électroniques, l'arabe dialectal est également largement utilisée.
4.4 L'absence de droits linguistiques
Quant aux droits des minorités linguistiques, il vaut mieux les oublier. Ce n'est pas pour rien qu'un comité des Nations unies recommande au gouvernement syrien d'accéder aux propositions suivantes:
1) de prendre des mesures concrètes pour lutter contre la discrimination dont les groupes minoritaires sont l'objet, en particulier les Kurdes, comme l'enregistrement des naissances, la fréquentation scolaire et la possibilité pour ces groupes d'utiliser leur langue et d'autres modes d'expression culturelle;
2) de mettre en œuvre un plan national d'éducation pour tous;
3) de faire en sorte que les groupes minoritaires, comme les Kurdes, puissent jouir de leur droit à utiliser leur propre langue et à vivre conformément à leur culture, sans en être empêchés par des dispositions législatives ou administratives;
4) de garantir à tous les enfants relevant de la compétence de la Syrie le droit d’être inscrit sur un registre et d’acquérir une nationalité, sans discrimination d’aucune sorte et sans égard à la race, à la religion ou à l’origine ethnique de l’enfant, des parents ou des tuteurs légaux.
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La politique linguistique de la Syrie en est une d’unilinguisme arabe, sinon d’assimilation à l’égard de la plupart de ses minorités. Elle tolère les minorités religieuses soumises et déclare une guerre sans merci aux autres, particulièrement aux Kurdes. Dans leur cas, à l’exemple de l’Irak, de la Turquie et l’Iran, la Syrie n’hésite pas à pratiquer une politique de minorisation et de liquidation de ses Kurdes. Dans l’immédiat, on ne voit pas comment le pouvoir syrien accorderait au Kurdistan une reconnaissance administrative qui correspondrait plus fidèlement à l'aire de peuplement de la population kurdophone. Sans un assouplissement et une reconnaissance juridique de la part des autorités syriennes, il est impossible que la situation puisse trouver une solution quelconque. Le Parti Baas a amené au pouvoir les alaouites arabes contre les minorités, surtout kurdes. En fait, la politique linguistique de la Syrie à l'égard des minorités est carrément inacceptable, car elle nie les droits les plus fondamentaux.
Bibliographie
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