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TurquieSituation générale |
République de Turquie |
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La Turquie est un État du Proche-Orient limité au nord-est par la Bulgarie
et la Grèce, à l'ouest par la mer Égée, au sud par la Méditerranée, au
sud-est par la Syrie et l'Irak, à l'est par l'Iran, au nord par la mer
Noire et l'Arménie. La superficie du pays est de
780 580 km², ce qui est considérable par rapport aux États voisins: Grèce (131
940
km²), Bulgarie (110 910
km²),
Syrie (185 180
km²), Irak (437 072
km²), etc.
La Turquie est donc située dans
une région explosive où les différents États se sont souvent livrés à d'incessantes
guerres.
L'État turc est constitué de 79 provinces (appelées il) à la tête desquelles se trouve une sorte de préfet (vali). Celui-ci est généralement un membre du parti majoritaire régional et représente le gouvernement central dans sa province. Les provinces sont elles-mêmes divisées en districts ou arrondissements (ilce) placés sous l'autorité d'un gouverneur de district (kaymakam), nommé par le ministre de l'Intérieur. Il existe dans le pays 847 districts subdivisés en sous-districts (bucak), lesquels n'ont qu'un champ de compétences minime. |
Depuis 1987, la Turquie a instauré un état d'exception en vigueur dans six provinces du sud-est du pays, soit le territoire kurde: Diyarbakir, Van, Hakkari, Siirt, Sirnak et Tunceli. Ces provinces sont placées sous l'autorité d'un «gouverneur d'exception», appelé aussi «supergouverneur». Avec la Loi sur le statut d'exception, ce dernier a des compétences étendues pour combattre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). L'état d'exception doit être régulièrement confirmé par le Parlement, mais les députés font consensus pour prolonger cette mesure dans les provinces kurdes.
On dénombre près d'une quarantaine de langues en Turquie, réparties en quelques familles linguistiques, dont surtout les familles altaïque et indo-européenne (langues indo-iraniennes). Aucune des données démolinguistiques qui suivent ne provient du gouvernement de la Turquie. Dans ce pays, la question de l'origine ethnique des citoyens relève de la loi su silence, par peur des représailles ou de ségrégation. De toute façon, cette question n'intéresse pas le gouvernement turc pour lequel tous les habitants de la Turquie sont des Turcs. La plupart des données de cette page du site proviennent soit d'Ethologue (''Languages of the World''), soit du groupe Joshua Project. Bref, les données démolinguistiques sont forcément moins fiables.
2.1 Les langues
Plus de 74 % de la population du pays parle le turc (incluant le turc de Crimée), une langue de la famille altaïque. Le pays compte plusieurs autres langues altaïques telles que l’azéri, le kirghiz, le tatar, l’ouzbek, le turkmène, etc., ainsi que des minorités parlant des langues indo-européennes telles que le grec, l'arménien, le bulgare, l'albanais, le pashtou, etc., ou encore une langue caucasienne comme le géorgien et le tchétchène. On trouve aussi des minorités arabophones (Leventins et Assyriens), chinoise, hongroise, etc.
| Groupe ethnique | Langue maternelle | Affiliation linguistique | Population | % | Religion |
| Turcs | turc | famille altaïque | 42 992 230 | 66,7 % | islam |
| Kurdes kourmanji | kurde kourmanji | langue indo-iranienne | 12 000 000 | 18,2 % | islam sunnite |
| Tatars de Crimée | turc de Crimée | famille altaïque | 4 684 000 | 7,2 % | islam sunnite |
| Arabes leventins | arabe leventin du Nord | famille chamito-sémitique | 1 213 000 | 1,8 % | islam |
| Kurdes dimli | kurde dimli | langue indo-iranienne | 1 145 000 | 1,7 % | islam |
| Azéris | azerbaïdjanais (azéri) | famille altaïque | 685 000 | 1,0 % | islam |
| Iraniens | farsi de l'Ouest | langue indo-iranienne | 563 300 | 0,8 % | islam |
| Pomaques (bulgares) | pomaque bulgare | langue slave | 301 600 | 0,4 % | islam sunnite |
| Circassiens (Adygués) | adyghé | famille caucasienne | 277 900 | 0,4 % | islam sunnite |
| Kurdes kirmanjki | kurde kirmanjki | langue indo-iranienne | 166 400 | 0,2 % | islam |
| Mingréliens (Laz) | laz | famille caucasienne | 137 800 | 0,2 % | islam sunnite |
| Arméniens | arménien | isolat indo-européen | 104 000 | 0,1 % | christianisme |
| Tosk albanais | albanais tosk | isolat indo-européen | 91 400 | 0,1 % | islam sunnite |
| Bulgares | bulgare | langue slave | 66 500 | 0,1 % | orthodoxe |
| Karakalpaks | karakalpak | famille altaïque | 66 500 | 0,1 % | islam sunnite |
| Tsiganes | romani des balkans | langue indo-iranienne | 59 900 | 0,0 % | islam sunnite |
| Pashtouns | pashtou | langue indo-iranienne | 53 200 | 0,0 % | islam sunnite |
| Chinois | chinois mandarin | famille sino-tibétaine | 45 300 | 0,0 % | bouddhisme |
| Géorgiens | géorgien | famille caucasienne | 40 000 | 0,0 % | aucune |
| Abkhaz | turc | famille altaïque | 39 102 | 0,0 % | islam sunnite |
| Assyriens (Syriaques) | assyrien | famille chamito-sémitique | 36 400 | 0,0 % | christianisme |
| Ossètes | ossète | langue indo-iranienne | 33 200 | 0,0 % | islam sunnite |
| Serbes bosniens | serbo-croate | langue slave | 33 200 | 0,0 % | orthodoxe |
| Araméens syriens | turoyo | famille chamito-sémitique | 28 600 | 0,0 % | orthodoxe |
| Tsiganes (Domari) | domari | langue indo-iranienne | 28 400 | 0,0 % | islam |
| Tatars | tatar | famille altaïque | 23 200 | 0,0 % | islam sunnite |
| Roumains | roumain | langue romane | 19 900 | 0,0 % | orthodoxe |
| Ourdous | ourdou | langue indo-iranienne | 19 900 | 0,0 % | islam sunnite |
| Ouzbeks | ouzbek | famille altaïque | 10 000 | 0,0 % | islam sunnite |
| Grecs | grec | langue grecque | 9 400 | 0,0 % | orthodoxe |
| Juifs | ladino | langue romane | 8 600 | 0,0 % | judaïsme |
| Tchétchènes | tchétchène | famille caucasienne | 6 600 | 0,0 % | islam sunnite |
| Hongrois | hongrois | famille ouralienne | 6 600 | 0,0 % | catholicisme |
| Ashirats | ahirani | langue indo-iranienne | 3 000 | 0,0 % | christianisme |
| Kirghiz | kirghiz | famille altaïque | 1 600 | 0,0 % | islam sunnite |
| Kumyks | kumyk | famille altaïque | 1 330 | 0,0 % | islam sunnite |
| Kazakhs | kazakh | famille altaïque | 1 300 | 0,0 % | islam sunnite |
| Turkmènes | turkmène | famille altaïque | 1 300 | 0,0 % | islam sunnite |
| Ouïgours | ouïgour | famille altaïque | 700 | 0,0 % | islam sunnite |
| 64 445 192 (2000) | 100 % |
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Comme on aura pu le constater, la plus importante minorité de la Turquie reste évidemment la communauté kurde (avec 13 millions de locuteurs) du groupe indo-iranien appartenant à la famille indo-européenne. On distingue des Kurdes kourmanji (12 millions), des Kurdes dimli (1,1 million) et des Kurdes kirmanjki (166 000), ce qui implique des variantes linguistiques de cette langue. Cela étant dit, il reste difficile de dénombrer avec précision le nombre de chacune de ces minorités, puisque la législation turque ne permet pas d’obtenir des renseignements sur le recensement de celles-ci. Néanmoins, on sait que la majorité des Kurdes originaires de Turquie sont locuteurs du kourmanji, bien qu'une importante minorité puisse parler le dimli (zazaki) dont l'appartenance au kurde est contesté. Les locuteurs du dimli ou du zazaki sont numériquement minoritaires, géographiquement dispersés parmi les kourmanjophones et parlent souvent le kourmanji. |
Soulignons que la présence des Pomaques est très controversée en Turquie. La Turquie affirme que ces populations seraient des «Turcs pur sang» arrivés en Bulgarie et en Grèce avant l’occupation ottomane et qu’ils auraient apporté leur religion (l'islam) avec eux, mais parleraient maintenant le bulgare. Le ladino, pour sa part, est une langue romane parlée par une partie de la communauté juive de Turquie. On emploie aujourd’hui le terme de judéo-espagnol pour désigner cette variété linguistique issu du castillan en 1492. On estime que près de 400 000 juifs parlent cette langue, dont 300 000 en Israël et 8600 en Turquie Le judéo-espagnol s’est écrit avec l’alphabet hébreu, mais au cours du XXe siècle les caractères latins ont fini par l’emporter.
2.2 L'appartenance religieuse
Selon des estimations non gouvernementales basées sur le dernier recensement (1965) portant sur l’affiliation religieuse et l’appartenance ethnique, on compterait 99 % de musulmans en Turquie, dont 80 % de sunnites et 20 % d’alévis et autres communautés chiites.
Parmi les non-musulmans, on distingue la communauté arménienne (env. 60 000 personnes), la communauté juive (25 000), la communauté grecque orthodoxe (2500), la communauté assyro-chaldéenne (25 000), la communauté catholique (env. 25 000), la communauté protestante (seulement 200 personnes).
Au moment du traité de Lausanne (1923), près de 300 000 Grecs orthodoxes étaient autorisés à résider en Turquie (alors qu'ils étaient deux millions en 1922 à habiter Istanbul, Kadiköy (Chalcédoine), Imbros (Gökçeada) et Ténédos (Bozcaada), les îles des Princes et à Derques). On ne sait plus trop combien il reste de Grecs aujourd’hui, mais les estimations laissent croire qu’ils seraient tout au plus 9000; il parait plus vraisemblable que le nombre se soit réduit aujourd'hui à quelque 2500 individus. La plupart d'entre eux habitent Istanbul, ainsi que dans les îles de Imbros et de Ténédos (aujourd'hui en turc: Gökçeada et Bozcaada); de toute façon, il leur est interdit d'habiter ailleurs. C'est pourquoi les jeunes ont tendance à quitter massivement le pays pour vivre en Grèce ou en Amérique du Nord. Le comité d’Helsinki pour les droits de l’homme a déjà reconnu en octobre 1991 que la Turquie violait systématiquement les droits de l'homme de la minorité grecque par des pratiques jugées inacceptables telles que le harcèlement par la police, les restrictions sur la liberté d’expression et la liberté religieuse, la discrimination en matière d’éducation, les limitations sur le droit de contrôler des organismes caritatifs, le déni de l’identité ethnique, etc. Évidemment, la communauté grecque est maintenant en voie de disparition.
Pour leur part, les Arméniens représentent numériquement la plus importante minorité chrétienne de Turquie (plus de 100 000 personnes), mais leur situation demeure fragile et vulnérable. Ceci s’explique surtout par le poids de l’histoire, particulièrement le génocide de 1915, et sa négation farouche par tous les gouvernements turcs. Rappelons que, selon les Arméniens, quelque 1,5 million de leurs compatriotes auraient été massacrés durant les dernières années de l'Empire ottoman (1915-1923), dans le cadre d'une opération militaire visant à expulser la population arménienne de la Turquie orientale.
Mais l'État turc a toujours affirmé qu'il n’y avait eu aucun massacre systématique et que la plupart des Arméniens avaient fui le pays de leur propre gré durant la guerre civile. Pour les autorités turques, il n'y a jamais eu autre chose que
«des déplacements de population nécessités par la guerre». La Turquie publie même assez régulièrement des livres qui laissent entendre que, en réalité, «des bandes arméniennes, de mèche avec les troupes russes, ont massacré des populations musulmanes», sans parvenir à fournir une explication cohérente sur la disparition du million et demi d'Arméniens de cette région du monde où ils vivaient depuis la haute Antiquité. Il n'en demeure pas moins que le génocide des Arméniens continue de poser de graves problèmes à la Turquie; si les responsabilités individuelles ont été oubliées, il n'en est pas ainsi de celles de l'État. Le génocide des Arméniens demeure une plaie pour la Turquie. De façon générale, la communauté arménienne est maintenant bien intégrée (assimilée) à la société turque et plusieurs de ses membres font partie de la haute bourgeoisie turque.Pour ce qui est de la communauté chrétienne assyro-chaldéenne (environ 35 000 personnes), elle semble également en voie de disparition. Cette minorité cumule en ensemble de problèmes presque insurmontables tels que l’absence de toute reconnaissance juridique, la privation du droit à des institutions scolaires, la confiscation de lieux de culte, sinon l’interdiction de construire de nouvelles églises. La communauté se voit également refuser le droit d’organiser un enseignement religieux syriaque, tandis que des demandes d’exemption aux cours de culture religieuse au sein des écoles publiques sont parfois ignorées. Bref, les Assyro-Chaldéens se sentent traités par l’État turc comme des étrangers et quittent progressivement le pays. Ce qui n’aide pas à leur cause: le conflit armé entre les autorités turques et les mouvements kurdes qui ont précipité le départ massif des Assyro-Chaldéens du sud-est de la Turquie.
Il faudrait parler aussi de la petite communauté juive dont la population varierait entre 8000 et 10 000 personnes. La plupart des juifs de Turquie résident à Istanbul, mais de petites communautés demeurent à Izmir (environ 2500), ainsi qu’à Brousse, Çanakkale, Adana, Ankara Iskenderun, Kirklareli, etc. On estime que 96 % de la communauté juive est composée de séfarades, les autres étant partagés entre les ashkénazes et les caraïtes. De façon générale, les juifs de Turquie ne sont guère inquiétés par le régime qui les considère comme des alliés (à l'instar d'Israël). Ils possèdent 18 synagogues en service à Istanbul aujourd'hui, mais plusieurs ne fonctionnent que durant les mois d’été, d’autres seulement les jours de fêtes. Les juifs, qui par ailleurs parlent tous le turc comme langue maternelle, ont le droit d’enseigner l’hébreu à la synagogue et dans les écoles privées.
De façon générale, les minorités linguistiques de la Turquie ne sont guère satisfaites de leur sort, pour employer un euphémisme. Le «problème kurde» semble avoir affecté toutes les minorités, alors que la Turquie semble souffrir de paranoïa à l’encontre de ses minorités. Ainsi, l’opinion publique turque croit généralement que les Arméniens combattent secrètement l’État turc au sein du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), même s'il n'existe aucune preuve. Parce que les Assyriens habitaient les régions rurales du Sud-Est où se déroulait la guerre contre les Kurdes, ils ont été considérés comme des Kurdes. Les Grecs connaissent une situation encore plus difficile depuis février 1975, alors que la Turquie envahissait le nord de l’île de Chypre: ils sont depuis cette époque associés aux «Grecs de Chypre» et considérés comme des «ennemis de la Turquie». Quant aux Kurdes, ils sont systématiquement pourchassés, leur région demeurant aujourd'hui sous le contrôle illimité de la puissante armée turque. Bien qu'à plusieurs reprises le gouvernement turc ait promis aux instances européennes de «rendre sa législation conforme aux normes et aux principes européens», aucune démarche sérieuse n'a été entreprise jusqu’à présent. Les autorités turques se contentent plus souvent qu’autrement de changements mineurs purement cosmétiques.
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| (1) Situation générale | (3) L'État turc et le problème kurde | |
| (4) La politique linguistique à l'égard des minorités nationales | (5) Bibliographie | Kurdistan |
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