kosovodrap.gif (2006 octets)

Kosovo

République de Kosovo
 
Capitale: Priština / Prishtinë
Population:
2,1 millions (2005)
Langues officielles: serbe (de jure) et albanais (de facto)
Groupe majoritaire: albanais (88 %)
Groupes minoritaires: serbe (7 %), tsigane (2,4 %), turc (0,7 %), croate, etc.
Système politique provisoire: statut de province de la république de Serbie sous mandat des Nations unies, ayant le 17 février 2008 déclaré unilatéralement son indépendance totale
Articles constitutionnels (langue): art. 5, 24, 29 et 30 de la Constitution du 16 avril 2008
Lois linguistiques (serbes): la Loi sur la radio-télévision, la Loi sur l’information publique, la Loi sur l'éducation primaire, la Loi sur l'éducation secondaire, la Loi sur l’éducation supérieure, la Loi sur l’université (1998); la
Loi sur la protection des droits et libertés des minorités nationales (2002), la Charte sur les droits de l’homme, les droits des minorités et les libertés civiles (2003).

1 Situation géopolitique

Le Kosovo (en albanais: Kosovë ou, selon la forme définie, Kosova) était, jusqu'au 17 février 2008, du moins selon le droit international, une province de la république de Serbie. Puis, après des années de négociations infructueuses avec la Serbie, le gouvernement du Kosovo a déclaré unilatéralement son indépendance en 2008. C'était le dernier morceau du casse-tête yougoslave.

L'ex-«province du Kosovo» (10 887 km²) est située tout au sud de la Serbie et elle est limitée au sud-est par la république de Macédoine, au sud-ouest par l’Albanie, au nord-ouest par la république du Monténégro. La capitale du Kosovo est Priština (en serbe) / Prishtinë (en albanais). Le Kosovo, où les Albanais représentent environ 90 % des deux millions d’habitants, a été reconnu à ce jour par 60 pays, parmi lesquels les États Unis et 22 des 27 pays membres de l’Union européenne.
 

En vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies du 10 juin 1999, le Kosovo était administré par une sorte de pro-consul. Cette ex-province serbe est ainsi devenue un protectorat provisoire de la communauté internationale. Le protectorat du Kosovo est fondé sur la coopération des Nations unies, de la KFOR (Force de paix au Kosovo) et de l’OSCE (l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Le Kosovo est divisé en plusieurs zones: une zone française, une zone italienne, une zone britannique, une zone allemande et une zone américaine. La KFOR est chargée de prévenir les conflits armés et de garantir la sécurité; la MINUK (Mission des Nations unies au Kosovo) est chargée de créer une administration transitoire et de normaliser les processus politiques et économiques; l’ OSCE, pour sa part, doit organiser les élections, créer des médias indépendants, d’élaborer des lois et un système démocratique durable.

Le Kosovo est formé des plaines du Kosovo Polje et de la Metohija ainsi que de leur bordure montagneuse, d’où le nom de Kosovo-Metohija qu’on abrège parfois en Kosmet. L'expression Kosovo-Metohija est généralement en usage par les autorités de la république de Serbie.

Quant à l'orthographe francisée Kossovo, elle était utilisée par les autorités autoproclamées de la république de Kosovo. Mais, dans les médias occidentaux, c’est l’usage de l’orthographe Kosovo qui s’est imposé, bien qu’il aurait fallu écrire en français Kossovo.

Le nouveau drapeau du Kosovo, adopté le 17 février 2008, représente une carte du Kosovo sur un fond bleu (Union européenne) entouré de six étoiles jaune. La couleur jaune rappelle la forme du Kosovo, alors que les six étoiles blanches symbolisent les six principales communautés ethniques du pays: la majorité albanaise et cinq minorités (Serbes, Bosniaques, Tsiganes «égyptiens», Gorans et Turcs).

Le Kosovo est divisé administrativement en 30 communes (albanais / serbe) : Albanik / Leposavic, Burim / Istok, Deçani / Decani, Dragash / Dragaš, Ferizaj / Uroševac, Fushë Kosova / Kosovo Polje, Gjakova / Ðakovica, Gjilan / Gnjilane, Gllogovci / Glogovac, Kaçanik / Kacanik,
Kamenica / Kosovska Kamenica, Klina / Klina, Lipjan / Lipljan, Malisheva / Mališevo, Mitrovica / Kosovska Mitrovica, Novobërda / Novo Brdo,
Obiliq / Obilic, Peja / Pec, Podujeva / Podujevo, Prishtina / Priština, Prizren / Prizren, Rahovec / Orahovac, Shtërpcë / Štrpce, Shtime / Štimlje, Skënderaj / Srbica, Theranda / Suva Reka, Viti / Vitina, Vushtrri / Vucitrn, Zubin Potok / Zubin Potok, Zveçan / Zvecan (voir la carte).

2 Données démolinguistiques

Même si le Kosovo a toujours été massivement albanophone et musulmane, il y a également depuis longtemps d'autres groupes linguistiques et religieux. Précisons que l'albanais parlé par les habitants du Kosovo (et de l'Albanie) fait partie des langues indo-européennes, mais qu’elle constitue un sous-groupe particulier (le groupe albanais ne comprenant qu'une seule langue) au même titre que l’arménien, le slave, le germanique, le celtique, etc.

L'albanais du Kosovo n'est pas l'albanais standard unifié. Il existe même des différences notables du fait que l'albanais kosovar est influencé par la phonétique et le lexique serbes. Les Kosovars parlent en réalité la variété guègue de l'albanais, plus précisément le guègue du Nord-Est, parlé dans tout le Kosovo ainsi que dans le nord-est de l'Albanie (voir la carte des dialectes albanais). Certains Kosovars du Sud parlent le guègue moyen comme langue maternelle.

Le guègue est parlé non seulement au Kosovo, mais aussi dans le nord de l'Albanie, au Monténégro et en Macédoine. Le guègue s'oppose au tosque employé dans le sud de l’Albanie, ainsi qu'en Grèce et dans la région macédonienne du lac de Prespa. C’est depuis 1944 que l’albanais officiel a été normalisé à partir du tosque. La réunification des deux variétés linguistiques a permis la création d'une langue littéraire, laquelle semble avoir été acceptée par tous les albanophones. 

Les Kosovars parlent le guègue, mais écrivent en albanais standard. L'albanais standard parlé constitue une source de frustration pour bien des Kosovars au point que des intellectuels voudraient officialiser l'albanais kosovar.

Outre l'albanais, le Kosovo compte des locuteurs parlant le serbe, le croate, le tsigane ou le turc. Il existe d'autres minorités plus particulières telles que les Bosniaques (serbophones islamisés), les Gorans ou Goranci (autres slaves islamisés) et des Ashlalli (Tsiganes islamisés et albanisés, appelés aussi «Égyptiens»). Pour de nombreux Albanais, toutes ces minorités, qu'elles soient musulmanes ou non, sont souvent perçues comme des «races inférieures», à l'exemple des anciens «occupants» serbes. Mais, avec l'indépendance, cette perception risque de changer. En 2007, selon le Bureau statistique du Kosovo, la province comptait 94 % d'Albanais, 3 % de Serbes et 3% de Turcs, de Bosniaques, de Croates, de Tsiganes et de Gorans. Aujourd'hui, la majorité des 150 000 Serbes qui vivent au Kosovo sont totalement isolés de la majorité albanaise. Environ 60 % vivent dans des enclaves situées dans les parties centrale et sud du Kosovo, alors que que 40 % sont concentrés dans trois municipalités du Nord (Zubin Potok, Leposavic et Zvecan), ainsi qu’à Mitrovica-Nord (voir la carte ethnique de 2005).

Quant à préciser la proportion et le nombre de chacun des groupes, il convient de distinguer la situation démographique avant la guerre du Kosovo et celle d'après la guerre.

2.1 La population AVANT la guerre du Kosovo

Avant la guerre du Kosovo (déclenchée le 24 mars 1999), la province comptait 1,9 million d’habitants (statistiques fédérales officielles de 1991), ce qui correspondait alors à près de 20 % de la population de la république de Serbie. Les Albanais y étaient massivement majoritaires avec au moins 82 % de la population (1,5 million), selon les statistiques officielles fédérales, et 90 % selon les prétentions albanaises. 

Les Serbes et les Monténégrins, quant à eux, formaient environ 11 % de la population (209 000) de cette province. Les Albanais étaient majoritaires dans 25 municipalités sur 31; quant aux Serbes, ils n’étaient majoritaires que dans cinq municipalités de cette province. Il a toujours existé aussi de petites minorités: quelque 60 000 Bosniaques (3 %) de langue serbe, 45 000 Tsiganes (2,4 %), 15 000 Turcs (0,7 %) et environ 700 Croates. Les Serbes sont de religion orthodoxe, mais les Albanais, les Bosniaques et les Turcs pratiquent l’islam sunnite; les Croates sont catholiques.

2.2 La diaspora albanaise

Au plan démolinguistique, on peut comprendre l’insécurité des Serbes vis-à-vis des Albanais qui, avant la guerre du Kosovo, occupaient massivement presque toute la province du Kosovo et partageaient également des frontières communes avec d’autres «frères» albanais, soit en Albanie et en Macédoine, sans compter le Monténégro. Bref, les trois millions d’albanophones d’Albanie, les 490 000 albanophones de la Macédoine et le 1,6 million d’albanophones du Kosovo (avant le 24 mars 1999) formaient une forte diaspora de plus de cinq millions de locuteurs. C’est pourquoi les Serbes de Yougoslavie ont toujours redouté le nationalisme albanais et ses conséquences, c’est-à-dire la sécession éventuelle de la province du Kosovo, en vue de former une prétendue «Grande Albanie» avec l’actuelle Albanie, le Kosovo de la Serbie, le nord-ouest de la Macédoine et une portion de la république du Monténégro (60 000). C’est ce que les Serbes appellent le «front islamique» qu’ils craignent par-dessous tout. 

À cette diaspora albanaise, il faut ajouter une communauté de quelque 220 000 Kosovars vivant en Suisse (surtout depuis 1988), ce qui fait de cette communauté la deuxième communauté étrangère du pays, après la communauté italienne et avant la communauté portugaise. On prétend que chacune des familles de la communauté albanaise de Suisse aurait, lors de la guerre du Kosovo, versé jusqu’à 2000 marks allemands (env. 900 $US) par mois à l’Armée de libération du Kosovo (ce qui paraît énorme!) et que certains de ces immigrants albanais contrôleraient la plus grande partie de l’héroïne en Suisse. Quoi qu'il en soit, on n'est plus là dans les questions de langue.

2.3 La population APRÈS la guerre du Kosovo


Cliquer sur la carte pour la répartition en 2005

Évidemment, la guerre du Kosovo aura modifié considérablement la répartition des Serbes et des albanophones non seulement au Kosovo, mais également en Albanie, en Macédoine et probablement au Monténégro. Rappelons que, entre le mois de mars 1998 jusqu’au début de juin 1999, le Haut Commissariat des Nations unies a estimé à 978 000 le nombre de réfugiés kosovars, dont 800 000 juste à partir du début des bombardements de l’OTAN; on dénombrerait aussi plus de 100 000 disparus. Depuis la crise de 1998, le nombre de personnes qui ont dû quitter leurs foyers au Kosovo — réfugiés ou déplacés à l'intérieur de la province — a atteint 1,6 million sur une population totale évaluée à 1,9 million de personnes. En septembre 1999, on estimait à 772 300 le nombre d’Albanais qui étaient retournés au Kosovo: 718 000 étaient revenus des pays de la région et 54 300 autres, d’Europe, d’Amérique et d’Océanie. Il est probable que les Kosovars albanais, pour la plupart, soient revenus au Kosovo. Du côté des Kosovars serbes, le Haut-Commissariat des Nations unies estime qu’au moins 80 % des Serbes et Monténégrins (170 000 sur une population évaluée à 209 000), ainsi qu’environ 90 % des Tsiganes (40 000 sur une population de 45 000), auraient fui le Kosovo depuis l’arrivée des troupes de l’OTAN. Selon l’Église orthodoxe serbe, il restait au Kosovo, en septembre 1999, quelque 30 000 Serbes et quelque 10 000 Tsiganes. En juin 1999, Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés affirmait que près de 65 000 Serbes étaient restés au Kosovo et qu'ils habitaient dans des enclaves protégés par la Force multinationale de paix. 

ll y aurait peut-être encore 60 000 Bosniaques et quelques dizaines de milliers de Gorans, sans oublier 15 000 Turcs. Il faut aussi considérer que plus de 200 villages serbes ont été systématiquement détruits au Kosovo par les Albanais ou les frappes de l’OTAN. Ainsi, le «nettoyage ethnique» à grande échelle du printemps 1999 contre les Albanais possède un aspect pathétique, même du point de vue des Serbes, parce qu’ils subissent eux-mêmes un «nettoyage ethnique». Dorénavant, il est peu probable qu’une population serbe acceptera de repeupler les villes et villages serbes du Kosovo. D’ailleurs, pour 80 % des Serbes de Yougoslavie, ils estiment maintenant avoir «perdu leur Kosovo». 

Quoi qu'il en soit, en 2005, la population du Kosovo était estimée à 2,1 millions d'habitants.  De ce nombre, quelque 88 % des habitants étaient considérés comme des Albanais, ce qui n'inclut pas tous les albanophones. Il resterait 8 % de Serbes orthodoxes et 4 % de diverses nationalités :Tsiganes, Ashkalli, Monténégrins, Croates, Turcs (surtout à Prizren), Bosniaques et Gorans (voir la carte ethnique).

3 Données historiques et politiques

Vers le IIe millénaire av. J.-C., les Illyriens (les ancêtres des Albanais actuels) occupèrent une grande partie de la péninsule des Balkans, englobant le Kosovo actuel. Les territoires illyriens, qui comprenaient le Kosovo et une partie de la Macédoine, finirent par être annexés par l'Empire romain. Au VIIIe siècle, ces peuples romanisés furent refoulés sur les côtes de la mer Adriatique par les Serbes, qui fondèrent plusieurs principautés. L'unification de la Serbie se fit au XIIe siècle. Le roi des Serbes, le tsar Étienne IX Duchan (1331-1355), régna sur un territoire qui englobe aujourd’hui la Macédoine, l'Albanie et la Grèce. Pour les nationalistes serbes, le Kosovo constitue donc le berceau de la Serbie médiévale. Les Serbes dominèrent le Kosovo à cette époque, et de nombreux monastères orthodoxes attestent de leur présence. Ainsi, pour les Serbes, le Kosovo serait serbe depuis le Moyen Âge et les Albanais se seraient approprié peu à peu cette région. Pour les Kosovars, le Kosovo a toujours été albanais et les Serbes ne sont que des occupants.

3.1 L’occupation ottomane

Cependant, l’Empire serbe s’effrita lorsque l’Empire ottoman (voir la carte de l'Empire ottoman) commença à conquérir les Balkans à la fin du XIVe siècle, notamment en 1396 avec la domination de la Macédoine et de la Bulgarie. En 1389, après la bataille de Kosovo Polje, dite du «champ des Merles», aux portes de l’actuel chef-lieu de la province (Pristina), la Serbie passa sous la juridiction des Ottomans. À cette époque, les Albanais du Kosovo, bien que minoritaires, étaient catholiques ou orthodoxes, et ils se battirent aux côtés des Serbes contre l’ennemi turc. La victoire des forces ottomanes allait permettre l’occupation complète du territoire serbe jusqu’au XIXe siècle. Les Ottomans divisèrent administrativement l'Albanie en quatre vilayets: Shkodër, Kosovo, Manastir et Janina (voir la carte de l'Albanie ottomane). L'Albanie ottomane avait une superficie de presque le double de ce qu'elle a aujourd'hui.

La défaite historique de 1389 signifia la décomposition de l'État serbe et la fuite progressive des Serbes hors du Kosovo, où subsistent encore de nombreux monastères orthodoxes. La fuite des Serbes permit à l’administration turque d’islamiser les Albanais. En effet, les vaincus, qu’il s’agisse des Albanais, des Serbes ou des Croates, pouvaient accéder à des postes élevés de l’administration ottomane à la condition qu’ils se convertissent à l’islam. Tout au long des cinq siècles d’occupation, des dizaines de milliers de Kosovars (albanais) sont ainsi passés à l’islam. Au cours de leur longue domination, les Turcs ont ainsi favorisé les Albanais islamisés aux dépens des Serbes, car beaucoup moins de Serbes se sont islamisés (cf. les Musulmans ou Bosniaques d’aujourd’hui). C’est ce qui explique que les Albanais du Kosovo et les Bosniaques soient considérés par les Serbes comme des «renégats» et des «traîtres» qui ont renié leur foi. Quoi qu’il en soit, au XVIIe siècle, les Serbes du Kosovo avaient pratiquement cédé la place aux Albanais islamisés et aux Turcs. Pendant que les Serbes émigrèrent vers le nord, notamment en Bosnie, les Albanais de l’actuelle Albanie furent attirés par les plaines fertiles du Kosovo. La Serbie retrouva son indépendance en 1878, mais sans le Kosovo, qui resta sous la tutelle ottomane.

3.2 La première Yougoslavie (monarchiste)

À la fin du XIXe siècle, la décadence de l'Empire ottoman, conjuguée au renouveau national serbe, croate et bulgare fit fréquemment du Kosovo un véritable champ de bataille. Au moment de la création de l’État albanais en 1912, l’Albanie revendiqua le Kosovo, mais c’est la Serbie qui, grâce à la pression de la Russie, obtint gain de cause auprès des grandes puissances européennes. En 1918, le Kosovo fut officiellement incorporé au jeune «royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes», lequel devait par la suite s'appeler la Yougoslavie (première Yougoslavie monarchiste). Bref, c’est contre leur gré que les Albanais du Kosovo firent partie de la Serbie et de la Yougoslavie. C’est pourquoi les Kosovars, alors déjà majoritaires dans leur province, considérèrent les troupes serbes comme des «forces d’occupation», tandis que les Serbes restés au Kosovo proclamèrent leur «libération». Entre 1915 et 1919, les Kosovars organisèrent des soulèvements qui furent tous réprimés sans pitié, le gouvernement yougoslave de l’époque ayant eu recours à l'expulsion d’Albanais, à la fermeture d’écoles, à la confiscation des terres et au repeuplement par des Serbes. En somme, les événements qui se dérouleront au Kosovo entre 1995 et 1999 ressemblent étrangement à ceux qui ont eu lieu entre 1915 et 1919.

En 1942, l'Italie fasciste intégra l’Albanie, le Kosovo, une partie du Monténégro et l’ouest de la Macédoine dans une «Grande Albanie» ethnique (voir la carte albanophone). L’Allemagne nazie mit même sur pied une division SS albanaise employée à «nettoyer» les Serbes du territoire. Beaucoup de groupes kosovars en profitèrent pour massacrer les Serbes qui quittèrent progressivement la région pour remonter vers le nord. On comprendra un peu pourquoi, pour les Albanais du Kosovo, leur province fait théoriquement partie de la «nation albanaise» et non de la Serbie.

3.3 La seconde Yougoslavie (titiste)

Toutefois, en juillet 1945, l'armée de Tito (d’origine croate) parvint à écraser la résistance albanaise. Le Kosovo devint à nouveau une entité administrative de la république de Serbie, d'abord à titre de «région autonome», puis, à l'issue des émeutes de 1968, élevée au rang de «province autonome». Ce statut fut confirmé dans la Constitution de 1974. Le «Kosovo autonome» à l'intérieur de la république de Serbie devenait quasi indépendant de la Serbie, car il bénéficiait d’un parlement et d’un gouvernement propres, et possédait même un droit de veto sur toute loi promulguée en Serbie.

Les Serbes virent, dans l'accession du Kosovo au rang de province autonome, une discrimination à leur égard, d'autant que l'égalité de représentation du Kosovo favorisait les Albanais et affaiblissait les Serbes. De plus, il faut l’avouer, les Albanais se sont souvent comportés comme une majorité aux dépens des Serbes qui se sont sentis minorisés et rejetés dans leur propre pays. De plus, selon les Serbes, les Kosovars auraient retiré aussi des revenus du trafic de la drogue, ce qui aurait alimenté la contrebande d'armes dans toute la région. Enfin, les Serbes prétendent que l’autonomie du Kosovo (1974-1989) aurait entraîné l’exode des Serbes et que 800 villages mixtes (albanais-musulmans) seraient devenus à 100 % albanais. Les Serbes ont, bien sûr, gardé un très mauvais souvenir de cette époque titiste. Quant aux Albanais kosovars, bien que confinés à un sous-développement économique, ils mirent en veilleuse leurs revendications, notamment le vieux réflexe de regrouper tous les albanophones (Albanie, Kosovo, Monténégro et Macédoine) dans une patrie commune.

3.4 L’abolition de l’autonomie et la troisième Yougoslavie (Milosevic)

La quasi-indépendance des Kosovars accentua la xénophobie des dirigeants serbes qui parlèrent alors de «génocide physique, politique et culturel» de leur communauté au Kosovo. Ce soi-disant «génocide» contre les Serbes aurait été pratiqué durant cinquante ans par les Albanais et les Musulmans (Bosniaques) avec la complicité des communistes (de Tito). Selon les élites serbes, la «terre serbe sacrée» du Kosovo aurait été exposée à une «albanisation agressive, raciste et systématique» qui aurait mis en danger «l'être national serbe» et aurait menacé de «l'exterminer à jamais».

- L'abolition de l'autonomie

En mars 1989, le président de la Serbie, alors Slobodan Milosevic, se croyait donc justifié d’abolir l’autonomie du Kosovo. Le 5 juillet 1990, le parlement de la Serbie adoptait la Loi sur l'abrogation des activités de l’Assemblée du Kosovo et de son gouvernement. Par cette loi, le Kosovo se voyait retirer tout pouvoir exécutif et législatif. Le président Milosevic instaura ensuite un régime autoritaire et discriminatoire envers les Albanais — un véritable apartheid — en plaçant la région sous le contrôle direct de l'armée fédérale. C’est de cette époque que date la fameuse prédiction de Xhafer Shatri, alors ministre de l'Information du gouvernement kosovar clandestin, installé à Genève: «La guerre en Yougoslavie a commencé au Kosovo. Elle se terminera au Kosovo.»

Dès cette même période, le projet de changer la composition ethnique de la province fut explicitement affiché à Belgrade et suivi par toute une série de mesures incitant les Serbes à venir prendre des emplois et des logements au Kosovo en lieu et place des Albanais licenciés et poussés à l'exode par le harcèlement policier. Toutefois, la grande masse de plus de 400 000 réfugiés serbes venant de Croatie et de Bosnie et incités à s'installer au Kosovo a refusé de le faire. Par la suite, la Serbie aurait adopté pas moins de 200 lois et décrets applicables au Kosovo et le gouvernement fit construire des commissariats de police sur toutes les routes menant à la province albanaise. Comme en 1915, de violents affrontements eurent lieu, un mouvement local de résistance clandestine amorça la lutte pour les droits de la «majorité albanaise» à l'autodétermination.

Depuis l’abolition de l’autonomie du Kosovo, les Albanais ont toujours dénoncé une situation qu’ils estimaient être de type colonial, puisque la grande majorité de la population albanaise (82 %) était dominée par une petite minorité serbe (11 %) qui prenait ses ordres de l’extérieur. En 1995, le président Slobodan Milosevic proposa timidement le réouverture du parlement du Kosovo, mais tout en excluant que les Albanais disposent d’une majorité de sièges.

- La suppression des droits linguistiques

Au plan linguistique, les droits des Albanais furent systématiquement abolis. La Servie de Milosevic prit la décision d'exclure les Albanais de toutes les instances du pouvoir, du moins ceux qui refuseraient d'exercer leurs activités en serbe. Il fut interdit d'utiliser l'albanais dans les tribunaux. La plupart des magistrats durent quitter les palais de justice. Il en fut ainsi dans l'éducation. L'enseignement, de la maternelle jusqu'à l'université, ne pouvait plus qu'être dispensé qu'en serbe. Dans les écoles primaires et secondaires, les programmes furent définis par Belgrade. L'enseignement de l'albanais n'était possible qua dans le cadre des langues étrangères. Les enseignants durent repasser des examens afin que le gouvernement serbe puisse contrôler leurs connaissances du serbe. En fait, la plupart des enseignants durent quitter leur emploi. Il en fut ainsi des médecins dans les cliniques et les hôpitaux. Les Albanais ne purent conserveur que des emplois subalternes, à la condition d'avoir signé un serment d'allégeance à la Serbie. La Bibliothèque nationale du Kosovo fut occupée et d'énormes quantités de volumes furent envoyés à Belgrade pour être détruits et servir de papier recyclé. Tous les musées furent fermés.

- La résistance

Les Albanais organisèrent un pouvoir parallèle en éducation. Des écoles furent créées dans les maisons privées, même dans les garages; les élèves n'avaient pas toujours ni de chaises ni de tables, et travaillaient assis par terre. L'enseignement parallèle en albanais se poursuivit pour quelque 400 000 élèves, de la maternelle jusqu'à l'université, avec la contribution de 20 000 enseignants. Cependant, l'effectif universitaire ne fut jamais important en raison de l'absence des débouchés. De ce fait, les jeunes Kosovars furent incités à émigrer. Environ 250 000 Albanais quittèrent le Kosovo entre 1990 et 1993.

C'était exactement ce que le président Milosevic désirait: une forte émigration, suivie d'un taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde, suite à la dégradation des conditions sanitaires.

Malgré, la présence de l'armée serbe, les provocations et les exactions, le leader kosovar, Ibrahim Rugova, poursuivit sa politique de non-violence.

- La répression

Au moment où les accords de Dayton de 1995 confirmèrent la partition de la Bosnie-Herzégovine, les stratèges américains du département d’État «oublièrent» le Kosovo. En se désintéressant du Kosovo lors des accords de Dayton, la communauté internationale a ainsi infligé un cruel désaveu à la vertueuse politique de non-violence d’Ibrahim Rugova et de sa Ligue démocratique du Kosovo. Un an plus tard, de jeunes Albanais avaient pris le maquis et s’entraînaient au combat avec les armes libérées par l’effondrement de l’État en Albanie. En février 1996, l'Armée de libération du Kosovo (ALK en français et UÇK en albanais: Ushtria Çlirimtare e Kosoves), qui a compté un moment donné 35 000 militants, se manifestait pour la première fois en revendiquant une série d'attaques à la bombe. L’UÇK devint un interlocuteur privilégié pour les Américains et, par le fait même, par les forces de l’OTAN. Pendant ce temps, ces «combattants de la liberté» étaient pourchassés comme des «terroristes» et des «guérilleros» par l’armée serbe de Slobodan Milosevic, devenu entre-temps président de la fédération yougoslave (et non plus président de la Serbie).

L’offensive serbe reprit de plus belle en février 1998, ce qui entraîna de sanglantes répressions suivies d’une nouvelle crise. Le président Milosevic disposait à ce moment-là de neuf bataillons (au lieu des trois prévus) au Kosovo et il avait confié aux forces de police des armes lourdes servant à bombarder les villages. Les affrontements entre Serbes et Kosovars auraient, cette année-là, provoqué la mort de plus de 2000 Kosovars, la destruction de 300 villages et l’exode de plus de 300 000 réfugiés. Mais c’est le massacre de 45 civils kosovars en janvier 1999, qui indigna la communauté internationale.

3.5 La guerre du Kosovo

En février 1999, les États-Unis, la Russie et l’Union européenne imposèrent aux belligérants kosovars et serbes des négociations à Rambouillet (près de Paris) qui n’ont pas donné les résultats escomptés. Les négociations échouèrent à Paris en mars, alors que les Kosovars signèrent seuls l’entente de paix et acceptèrent l’autonomie proposée (au lieu de l’indépendance). Ce plan de paix dicté par le Groupe de contact (États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie et Russie) fut en réalité orchestré comme une reddition par les Américains, car il n’était pas négociable. Le plan de paix s’avérait très favorable pour les Albanais du Kosovo: le désarmement de la guérilla, l’instauration d’un statut particulier pour trois ans, une révision de la situation après cette période suivie d’un référendum sur l’indépendance et le déploiement d’une force de 28 000 hommes sous commandement de l’OTAN.

Pour les Serbes, il leur fallait céder sur pratiquement tout : le retrait de leurs troupes, l’acceptation des troupes étrangères sur leur territoire, l’octroi d’un statut d’autonomie au Kosovo suivie d’un référendum qu’ils étaient certains de perdre trois ans plus tard. Les Américains savaient très bien que les Serbes ne pouvaient que refuser la «proposition» qui leur était faite. D’ailleurs, des officiers américains ont même avoué à des journalistes: «On a mis la barre assez haut pour que Belgrade refuse, ils ont besoin d’être bombardés.» Ainsi, les stratèges américains étaient justifiés de «sauver le Kosovo» par les armes et forcer le président Milosevic à refuser le plan de paix proposé. Les bombardements sur la Yougoslavie commencèrent le 24 mars 1999.

Toutefois, non seulement les frappes aériennes de l’OTAN n’ont pas fait plier le président Milosevic, mais elles ont attisé la vengeance serbe et accéléré la purification ethnique au Kosovo à une vitesse incroyable, sans rencontrer de résistance. Pourtant, ces événements étaient aisément prévisibles, car tous les journalistes qui, au Kosovo, avaient interrogé des Serbes à partir du début du mois de mars 1999, avaient reçu la même réponse: «Si vous nous bombardez, nous résoudrons une fois pour toutes le problème. Nous chasserons tous les Albanais vers l'Albanie!» Il est impossible que les 1300 observateurs de l'OSCE (Organisation de la coopération et de la sécurité européenne) présents à ce moment-là dans la province n'aient pas eu vent d'une telle menace.

En quelques semaines, les quelque 100 000 militaires serbes massés au Kosovo ont vidé une grande partie de la province (plus de 800 000 personnes) sous les yeux impuissants de la communauté internationale; la majorité s’est retrouvée en Albanie (314 000), puis en Macédoine (116 000) et au Monténégro (67 000), sans compter ceux qui ont été conduits en Allemagne, en Turquie, en France ou ailleurs (dont le lointain Canada). Plus de 80 % des Kosovars ont été déplacés d’une façon ou d’une autre à l’intérieur ou à l’extérieur de la province, soit 1,6 million de personnes sur un total de 1,9 million d’habitants. Selon de multiples témoignages et le rapport de l’organisation humanitaire Médecins sans frontières intitulé Histoires d’une déportation et publié le 1er mai 1999, les autorités serbes ont un mené au Kosovo un «processus planifié d’effacement d’un peuple». Les Kosovars n’ont pas fui des affrontements armés, mais ont été mis dans l’obligation de quitter leur village ou leur ville, sous peine de mort. Certains miliciens serbes disaient: «Partez et allez vous plaindre à l'OTAN.» La déportation s’accompagnait de la spoliation et de la destruction des biens des personnes; et la confiscation des papiers d’identité était une pratique systématique. Selon l’Associated Press, plus que 90 % de tous les Albanais du Kosovo ont été expulsés de leurs maisons par les forces serbes. Alors que les raids de l’OTAN devaient protéger les Kosovars, ils ont paradoxalement accéléré leur perte. Selon certaines estimations, des exécutions sommaires — on parle de 10 000 exécutions — auraient eu lieu dans au moins 70 villes et villages, et plus de 300 villages auraient été détruits depuis le 4 avril 1999, les mosquées, les écoles et les édifices publics étant particulièrement visés.

Enfin, après 11 semaines de bombardements de l’OTAN en Yougoslavie, le 9 juin 1999, un accord obtenu à Cologne au sein du G8 (les sept pays les plus industrialisés et la Russie) ouvrit la voie à la paix. Cet accord, qui exigeait la coopération de l’ONU, de la Russie, de la Chine et des militaires yougoslaves, se résumait ainsi:

- une force internationale sous l’égide de l’ONU (et non de l’OTAN);
- le déploiement de cette force seulement au Kosovo;
- le retour des réfugiés supervisé par le Haut-Commissariat de l’ONU;
- une autonomie substantielle pour le Kosovo et aucun référendum sur l’indépendance;
- la démilitarisation de l’UÇK (Armée de libération du Kosovo).

3.6 La fin de la guerre

Le 10 juin 1999, le retrait du Kosovo des forces serbes commençait. La guerre était terminée. Trois semaines plus tard, l’ONU nommait un administrateur provisoire, une sorte de proconsul chargé d’administrer la province dévastée et d’instaurer la paix. Le Kosovo est alors devenu une sorte protectorat provisoire de la communauté internationale. La KFOR, la force internationale de 40 000 hommes (finalement 46 000), devrait rester au moins cinq ans dans la province, probablement plus longtemps encore. 

Le 17 novembre 2001, les citoyens du Kosovo ont élu leur première Assemblée. La session inaugurale du Parlement multiethnique du Kosovo s'est déroulée le 10 décembre 2001, à Pristina, en présence de l'administrateur de la mission de l'ONU dans la province (MINUK). Le représentant de l'ONU, M. Hans Haekkerup, a qualifié de «jour historique» la première réunion de l'Assemblée au cours de laquelle M. Nexhat Daci, un responsable de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) que dirigeait le nationaliste modéré Ibrahim Rugova, a été élu au poste de président du Parlement. Le 4 mars 2002, Ibrahim Rugova est devenu le premier président du Kosovo, à la suite d'un vote du Parlement. Il s'agit là d'une étape cruciale dans la mise en place de l'autonomie dans cette province de Serbie administrée par l'ONU.  La résolution no 1244 du Conseil de sécurité, votée en juin 1999, prévoyait une «autonomie substantielle» de la province, mais dans les limites de l'ex-Yougoslavie. Pourtant, les Albanais du Kosovo ne voyaient dans l'instauration de l'autonomie  que l'ultime tremplin avant l'indépendance. Le nouveau président l'avait d'ailleurs clairement précisé: «Ma position est claire, je souhaite un Kosovo indépendant, libre et intégré à l'Europe.»

Toutefois, le président du Kosovo, Ibrahim Rugova, qui a dirigé le Kosovo dans les années cruciales du processus de marche du pays vers l'indépendance, est décédé le 21 janvier 2006, des suites d'un cancer du poumon. Écrivain renommé, diplômé de la Sorbonne, Ibrahim Rugova parlait français, anglais et serbe. Il a été l'un des pionniers de l'intelligentsia du Kosovo dans l'ancienne Yougoslavie communiste. Sa lutte pacifique contre l'emprise de Belgrade et la répression sous le régime de Slobodan Milosevic, lui ont valu le surnom de «Gandhi du Kosovo».

En mars 2007, le médiateur chargé par les Nations unies de définir le statut le plus approprié pour le territoire kosovar déclarait que la seule solution pour assurer la viabilité économique et politique était l'indépendance. Il déclarait que, pour une période transitoire, le Kosovo soit placé sous la «supervision» d'un représentant international délégué par l'Union européenne et soutenu par l'OTAN. Il proposait aussi que le Kosovo devienne un État multiethnique  et que les groupes minoritaires aient une représentation garantie à l'Assemblée nationale, où leurs représentants devraient approuver en majorité les mesures qui les concernent. Les dirigeants politiques du Kosovo ont donné leur appui à ce scénario, mais les autorités serbes ont opposé une fin de non-recevoir. Les Serbes du Kosovo craignent n'avoir plus rien à faire dans la région si ce plan se réalisait. En cas de partition, les Serbes partiraient d'eux-mêmes ou seraient chassés, voire tués. Le scénario inverse pourrait se produire pour les Albanais qui vivent au nord de la Serbie, ce qui reléguerait aux oubliettes toute possibilité d'État multiethnique.

Après des années de négociations infructueuses entre la Serbie et le Kosovo, la province serbe a, le 17 février 2008, fini par déclarer unilatéralement son indépendance, avec l'appui des grandes puissances. La Serbie a évidemment considéré comme nulle et illégale la proclamation d’indépendance de sa province. Mais que peut-elle y faire?

De plus, le 22 juillet 2010, la Cour internationale de justice de La Haye a tranché dans le cas de la déclaration d'indépendance du Kosovo. La Cour a conclu que l'adoption de la déclaration d'indépendance du 17 février 2008 n'a violé ni le droit international général, ni la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité, ni le cadre constitutionnel. Évidemment, la nouvelle a été accueillie avec allégresse au Kosovo, mais à Belgrade les dirigeants serbes se sont montrés amers. Les dirigeants ont affirmé qu'ils ne reconnaîtraient «jamais» l'indépendance du Kosovo qu'ils considèrent comme leur province méridionale. En fait, la Cour ne s'est pas demandé si le Kosovo avait le droit de déclarer unilatéralement son indépendance, elle s'est plutôt demandé s'il fallait condamner le Kosovo ou en prendre acte.  Bref, rien dans le droit international n'empêche d'en prendre acte, donc de la reconnaître.

4 Les différents statuts du Kosovo

La Kosovo a connu depuis plus d'une décennie différents statuts, passant de la province yougoslave à une province serbe, puis un territoire sous tutelle des Nations unies et enfin, l'indépendance.

4.1 La province serbe

La Yougoslavie de Slobodan Milosevic n’a pas su concilier les intérêts des deux principales communautés du Kosovo: les Albanais et les Serbes. Les solutions, toutes radicales, furent la suppression de l’autonomie du Kosovo en mars 1989 et la répression pendant dix ans. Pourtant, le gouvernement yougoslave devait savoir que l’option du «nettoyage ethnique» ne pouvait, à long terme, être sérieusement envisagée dans une région où les Albanais constituaient (avant la guerre) plus de 82 % à 90 % de la population. 

On aura intérêt à consulter sur ce sujet le texte de la recommandation no 1360 adoptée dès le 18 mars 1998 par la Commission permanente agissant au nom de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Il restait alors l’une des trois possibilités suivantes: 

1) que le Kosovo redevienne une province serbe dotée d’une grande autonomie; 
2) qu’il obtienne le statut de république yougoslave au même titre que la Serbie et le Monténégro; 
3) qu’il soit rattaché à l’Albanie.

La première hypothèse, c’est-à-dire l’autonomie provinciale, a été rapidement écartée par les albanophones qui ne voulaient plus faire confiance aux Serbes; la seconde hypothèse, une république yougoslave, fut refusée par le Monténégro qui répugnait à l’idée de compter pour un tiers dans les institutions fédérales et non plus pour la moitié; la troisième hypothèse, l’annexion à l’Albanie, fut rejetée à la fois par les Serbes qui ne voulaient pas perdre le Kosovo et par la communauté internationale qui craignait les conséquences d’une déstabilisation de la Macédoine où les Albanais représentaient au moins 25 % de la population.

4.2 Les tergiversations

Dans sa déclaration publique du 10 juin 1999, l'ancien président Milosevic avait déclaré à la presse internationale que «la question d’une possible indépendance du Kosovo a été refermée» et que «cette garantie est contenue dans le projet de résolution de l’ONU». Avant la guerre, le président de la Serbie, Milan Milutinovic, avait convenu avec le chef kosovar modéré, alors Ibrahim Rugova, de maintenir le Kosovo dans la République fédérale de Yougoslavie en lui accordant «une large auto-administration».

Malgré les assurances officielles des grandes puissances, l'objectif de l'autonomie risquait quand même d’être abandonné au profit de l'indépendance du Kosovo. Dans ce cas, comment refuser aux Serbes et aux Croates de la Bosnie ce qu'on aurait accordé aux Albanais du Kosovo? Cela mettrait fin aux accords de Dayton et, avec eux, de la fragile Bosnie-Herzégovine, sans parler des revendications des Albanais de la Macédoine, de la Hongrie sur la Voïvodine, de la Bulgarie et de la Grèce sur la Macédoine, de la Grèce sur l'Épire albanais, etc. Bref, la plupart des pays aux prises avec des minorités revendicatrices voyaient l'indépendance du Kosovo d'un mauvais œil. C'est que le gouvernement du Kosovo était réputé corrompu et protégeait mal ses minorités. La recomposition ethnique qui se formait pouvait déboucher sur des décennies de combats, de massacres et d'épurations ethniques.

Cela étant dit, en octobre 2000, une commission internationale indépendante, présidée par le juge sud-africain Richard Goldstone, a recommandé l'octroi d'une «indépendance conditionnelle» au Kosovo. Selon cette commission, il n'était «ni réaliste, ni justifiable» de s'attendre à ce que les albanophones de la province acceptent maintenant une administration serbe, mais les Serbes et les autres minorités de la province ont droit à la protection et à une existence paisible au Kosovo, comme par le passé. Et la commission de conclure: «Le Kosovo pourrait devenir indépendant sous réserve de remplir un certain nombre de conditions, ce qui pourrait prendre des années.»

Le 17 novembre 2005, le Parlement du Kosovo adoptait une résolution soutenant l'idée de la création d'un État indépendant et souverain, quelques jours avant le début des négociations sur le statut final de la province à majorité albanaise et administrée encore par l'Onu. Les députés s'engageaient par cette résolution à «tester une nouvelle fois par référendum la volonté du peuple». Ils faisaient ainsi allusion à un référendum semi-clandestin, organisé en 1991, sur l'indépendance. Le OUI l'avait emporté à 99 %, selon des chiffres albanais.

Par la suite, selon les termes de l’accord de paix du 10 juin 1999 (la résolution 1244 des Nations unies), c’est une une autonomie substantielle qui fut prévue au Kosovo, non pas l’indépendance; c'est au plan juridique un statut ambigu difficile à appliquer. La résolution 1244 confirme «l’attachement de tous les pays membres du Conseil de sécurité à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie et des autres États de la région», en faisant référence aux règlements internationaux. Cependant, cette résolution confirme en même temps «l’appel des résolutions précédentes pour une large autonomie et une auto-administration réelle du Kosovo». Par ailleurs, la définition du statut futur du Kosovo est mentionnée par une seule disposition de la résolution qui, parmi les autres responsabilités de la mission civile au Kosovo, mentionne «l’aide au processus politique qui a pour objectif la définition du futur statut du Kosovo,  en tenant compte des accords de Rambouillet». Les deux annexes à la résolution 1244 parlent seulement des garanties et de l’application d’une réelle auto-administration du Kosovo dans le cadre de la RFY. Selon leur pays d’origine, certains membres de la MINUK (Mission des Nations unies pour le Kosovo) préconisent une suspension totale de la souveraineté yougoslave; d’autres sont favorables au respect relatif d’une souveraineté yougoslave fondamentale. En pratique, l’application de ces deux concepts contradictoires a provoqué confusion et retards. 

N’oublions pas qu’une écrasante majorité de la population albanophone désirait avant tout l’indépendance. Les Albanais n’éprouvaient plus aucun intérêt à faire partie d’une fédération des «Slaves du Sud» (encore moins dans une république serbe indépendante), qui les ont méprisés durant trop longtemps. 

4.3 La déclaration unilatérale d'indépendance

Chose certaine, le Kosovo ne pouvait être maintenu éternellement sous occupation militaire, même s’il s’agissait d’une force internationale. Avec le recul, nous pouvons certainement affirmer qu’il aurait été préférable que l'ex-président Slobodan Milosevic n’eût jamais aboli, en mars 1989, le statut d’autonomie du Kosovo. Dix ans de répression et d’abolition des droits pour obtenir une autonomie que les Kosovars avaient déjà en 1989, et ce, au prix de souffrances et d’un nettoyage ethnique sans précédent! Le coût est dramatique quand on sait qu’il a fallu repartir à zéro! Tout cela pour rien?

La guerre du Kosovo s’est terminée d’une façon tout aussi embrouillée et mal planifiée qu’elle s’était déroulée, et elle s’est transformée à la fois en une «guerre ethnique» et en une «guerre linguistique», qui n'ont pas laisser de quartiers. Les problèmes ne sont pas définitivement résolus pour les Albanais, même après avoir déclaré unilatéralement, le 17 février 2008, leur indépendance. Les lois serbes ont continué de s'appliquer afin d'éviter le vide juridique.

Les négociations qui ont eu lieu le Kosovo et la Serbie en 2007 ne sont jamais parvenues à une solution. Ce fut l'impasse totale: la Serbie n'accordait qu'une grande autonomie, le Kosovo demandait l'indépendance. L'histoire récente de cette région, qui baigne dans le sang, a fait en sorte qu'il est devenu impossible que les deux peuples, les Serbes et les Albanais, puissent vivre ensemble. Au lendemain de la déclaration de l'indépendance, le Conseil de sécurité de l'ONU a de nouveau constaté son désaccord sur le Kosovo, les pays occidentaux reconnaissant le proclamation d»'indépendance, alors que la Russie demandait à l'ONU de la déclarer «nulle et non avenue». Cependant, aucun pays n'a soutenu la demande de la Russie d'annuler la proclamation d'indépendance du Kosovo.

Sept pays (Allemagne, Belgique, Croatie, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Italie) ont rédigé une déclaration commune dans laquelle ils réaffirment que «l'indépendance internationalement supervisée (du Kosovo) est la seule solution viable pour apporter stabilité et sécurité». Comme on pouvait s'y attendre, six autres pays aux prises avec des minorités importantes (Chypre, Slovaquie, Espagne, Bulgarie, Grèce, Chine et Roumanie), ont exprimé leur opposition à l'indépendance du Kosovo: ils craignent de créer un précédent pour les «séparatismes» à travers le monde. Évidemment, la Serbie ne reconnaîtra jamais le Kosovo, alors que les Serbes du Kosovo sont tentés de déclarer leur autonomie au sein du Kosovo, sans proclamer déclarer leur indépendance de peur de devoir reconnaître celle du Kosovo. La situation risque d'être explosive, car le Kosovo pourrait rester encore longtemps un baril de poudre! Déjà, l'Union européenne a donné son feu vert à l'envoi d'une mission civile de quelque 2000 policiers et juristes chargés d'encadrer le nouvel État indépendant. On peut s'attendre à ce que la Russie, grâce à son droit de veto, empêche encore longtemps le Kosovo de devenir membre de l'ONU.

Quant aux Serbes de Serbie, ils ont l'impression qu'on est venu leur donner un coup de marteau sur la tête. Ils croyaient que la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo et l'intégrité territoriale étaient garanties par la Constitution serbe, la Charte des Nations unies, la résolution 1244 du Conseil de sécurité et la législation internationale. Les Serbes semblent avoir oublié que ce sont bien eux qui ont exercé durant dix ans une sanglante répression sur le Kosovo. Ils ont oublié la campagne de nettoyage ethnique sous le président Milosevic.

5 La politique linguistique sous le régime de Tito

Lors de la seconde Yougoslavie, de 1974 à 1989, le Kosovo jouissait, rappelons-le, du statut d’une quasi-république en Serbie. La province disposait alors d’un gouvernement autonome et d’un parlement propre, lequel bénéficiait d’un droit de veto sur toute loi adoptée par la Serbie. Au Kosovo, deux langues avaient acquis le statut de langues officielles sur l’ensemble du territoire: le serbo-croate et l’albanais; le turc partageait un statut similaire dans plusieurs municipalités.

Les Albanais, les Serbes, les Bosniaques et les Turcs communiquaient avec l’Administration provinciale et la justice dans leur langue; les Serbes et les Albanais communiquaient dans leur langue avec l’Administration fédérale. Chacune des trois communautés disposait aussi de ses écoles, de ses médias et d’une foule d’autres avantages linguistiques considérables. Quant aux albanophones, ils vivaient exclusivement dans leur langue, que ce soit au Parlement provincial, dans les services administratifs, la justice, les écoles, les médias, etc. Toute la vie sociale et professionnelle se déroulait en albanais, sauf lorsque les Albanais voyageaient en Serbie proprement dite. Au Kosovo, chacune des communautés parlait sa langue dans ses communications «internes». Lorsque deux ou plusieurs interlocuteurs de langue différente se parlaient entre eux, ils avaient généralement recours au serbo-croate lorsque tous le connaissaient, sinon c’était la "débrouille". Quoi qu’il en soit, les deux communautés linguistiques les plus importantes restaient relativement cloisonnées, car Albanais et Serbes se méfiaient les uns des autres. On peut dire que les deux groupes vivaient en relative harmonie dans la mesure où les contacts étaient quasi inexistants. En réalité, c’était le rejet pacifique.

En somme, sous la férule de Tito, les droits acquis par les minorités en Yougoslavie étaient considérables, probablement bien plus avancés que les différentes normes internationales codifiées notamment par l’Organisation de la coopération et de la sécurité européenne (OSCE). Puis, tout a basculé en 1989!

6 La politique linguistique sous Slobodan Milosevic (1989-1999)

Le Kosovo est devenu un baril de poudre prêt à exploser dès que le président de la république de Serbie (Slobodan Milosevic), aussitôt arrivé au pouvoir, eût aboli le statut autonome de la province en 1989, la faisant ainsi entrer dans un régime de discrimination et de violence institutionnalisées. La suppression de l’autonomie du Kosovo a eu pour effet d’abolir à peu près tous les droits linguistiques, culturels, sociaux et politiques des Albanais dans la province. Même si les dispositions constitutionnelles de la fédération et celles de la république de Serbie demeuraient encore théoriquement en vigueur, elles ne faisaient plus le poids devant l’état d’urgence de la situation politique et la loi martiale appliquée par la police serbe et l’armée serbo-fédérale, sans parler des combattants de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK). Avec l’abolition de l’autonomie du Kosovo, la Serbie prenait directement en mains toute la province albanaise.

En plus de l’abolition du statut d’autonomie du Kosovo, la Serbie aurait adopté pas moins de 17 nouvelles lois à incidence linguistique depuis 1990. Toutes ces lois ont eu pour effet de supprimer le bilinguisme dans l'administration gouvernementale de la province, de même que presque tous les droits linguistiques de la «majorité» albanaise. Le serbe est devenu l’unique langue officielle et l'emploi de l’albanais et de toute autre langue fut même interdit dans les affaires de l’État. En réalité, le gouvernement serbe a lui-même avoué que la plupart des lois adoptées avaient pour objectif principal de protéger la population majoritaire de Serbie et particulièrement les Serbes du Kosovo.

En juillet 1991, la république de Serbie adopta la Loi sur l’usage officiel de la langue et de l’alphabet, qui faisait du serbe la langue officielle de la République, incluant obligatoirement le Kosovo. Bien que certaines dispositions contenaient des clauses prévoyant la possibilité d’employer également les langues des minorités, seul l’unilinguisme serbe prévalut.

De plus, entre 1990 et 1995, près de 500 lois, décrets, ordonnances et règlements portant sur la recolonisation du Kosovo ont été adoptés par le gouvernement serbe. Le programme yougoslave prévoyait le repeuplement serbe de la province à grand renfort de primes, de salaires préférentiels, de facilités d’accession à la propriété, etc. Le gouvernement considérait la recolonisation du Kosovo et l’expulsion des Albanais comme une nécessité d’intérêt national dans le but de faire de la province une terre serbe. Pour les Albanais, le Kosovo est vite devenu «le pays de la serbitude» dont ils ne voulaient plus faire partie. Et la guerre du Kosovo de 1999 a définitivement scellé le divorce entre Albanais et Serbes.

La politique linguistique décrite dans les lignes qui suivent est celle qui prévalait entre 1989, soit au lendemain de l’abolition du statut d’autonomie, et le 24 mars 1999, c’est-à-dire juste avant la guerre du Kosovo. Cette politique linguistique concerne au premier chef les albanophones et les Serbes, mais aussi les Bosniaques, les Tsiganes, les Turcs et les quelques Croates qui habitaient alors la province du Kosovo.

6.1 La langue de l’Administration

À partir de 1989, la langue albanaise n’a plus bénéficié d’aucun statut au Kosovo, même si les Albanais représentaient officiellement 82 % de la population locale. Plus de 40 000 Albanais occupant une fonction administrative ont été congédiés par le gouvernement serbe, et ce, sur la seule base de leur appartenance ethnique. Souvent, l’administration serbe a remplacé les Albanais par des Tsiganes, particulièrement à des postes peu importants dans la police. Dans les hôpitaux et cliniques, près de 1800 médecins et professionnels de la santé ont également été congédiés ou expulsés, et remplacé par du personnel serbe ou turc. Il en a été ainsi dans les corps policiers et les cours de justice dont tout le personnel a dû subir les expulsions arbitraires et discriminatoires. De nombreux ex-policiers d’origine albanaise ont même été l’objet de procès injustes où ils ont été accusés d’avoir trahi l’État.

Partout, c’est-à-dire dans les cours de justice, les prisons, les commissariats de police, les hôpitaux, les dispensaires, etc., le personnel albanais a été remplacé par du personnel serbe. Non seulement la langue albanaise est-elle devenue interdite dans les affaires de l’État, mais les Albanais ont même perdu le droit dans la pratique de requérir les services des hôpitaux réservés aux seuls Serbes. Le chômage et la pauvreté ont ainsi atteint des sommets très élevés parmi le million et demi d’albanophones... au profit des quelque 200 000 Serbes qui se sont mis à craindre constamment pour leur vie. Mais ces derniers ont dû continuer à recevoir leurs ordres de Belgrade.

6.2 La langue de l’enseignement

Au lendemain de l’abolition du statut d’autonomie et de la suppression de l’albanais comme langue officielle (1989), tout le système éducatif du Kosovo tomba sous la juridiction exclusive du ministère de l’Éducation du gouvernement serbe. Tous les édifices scolaires devinrent la propriété de la république de Serbie et tout le personnel employé par les écoles et l’université, les enseignants, tout comme le personnel administratif, acquit le statut de fonctionnaire de l’État serbe payé par le ministère de l’Éducation. En 1993, le ministère de l’Éducation serbe imposa un programme identique à tous les établissements d’enseignement de la république, qu’ils soient en Serbie ou au Kosovo. Or, il n’y avait jamais eu de programme uniforme auparavant. Les Albanais ont alors refusé de s’y conformer. Par ailleurs, le gouvernement serbe imposa une discrimination légalisée par une loi contre les enseignants albanais qui ont été payés sept fois moins que leurs collègues serbes; ensuite, tout le financement de l’enseignement est tombé au minimum.

Les Albanais ont alors déserté les écoles et les collèges ainsi que l’université de Pristina. Ce boycottage s’est poursuivi jusqu’à la guerre du Kosovo, mais ce n’est pas parce que le gouvernement serbe avait interdit l’accès des écoles aux Albanais, c’est plutôt parce que l’enseignement en langue albanaise a été officiellement supprimé. Jusqu’à la guerre du Kosovo de 1999, plus de 97 % des élèves du primaire et du secondaire n’étaient pas inscrits dans les écoles de l’État. Les Kosovars albanais ont alors ouvert leurs propres écoles parallèles — le plus souvent dans des maisons privées, garages, boutiques, mosquées et, l’été, en plein air —, de la maternelle à l’université, et les diplômes n’ont jamais été reconnus ni par la Serbie ni par la Yougoslavie. Devant la réaction des Albanais du Kosovo, Belgrade congédia plus de 25 000 enseignants albanais. Les professeurs qui ont protesté ont été ensuite les cibles d'attaques violentes par des nationalistes et la police serbe.

Pour finir, le gouvernement serbe ferma toutes les écoles primaires et secondaires albanaises, toutes les institutions culturelles et scientifiques albanaises, ainsi que la section albanaise de l’université de Pristina. Il licencia aussi plus de 1000 professeurs et assistants albanais enseignant à l’université de Pristina. Les Albanais ont alors fondé une université parallèle qui, évidemment, n’a pas été reconnue par l’État. Enfin, le gouvernement a aussi aboli l'Académie des sciences et des arts du Kosovo, l’Institut d’histoire du Kosovo, l'Institut d'études albanaises, l’Administration albanaise pour la publication des manuels scolaires, etc.

Avant le boycottage albanais, on comptait 904 écoles primaires de langue albanaise et 69 écoles secondaires. L’université de Pristina recevait 37 000 étudiants albanais et 17 000 étudiants serbes. Tous les Albanais étudiaient dans leur langue maternelle. En septembre 1996, le président de la Serbie, Slobodan Milosevic, et le président albanais élu de la république autoproclamée du Kosovo, Ibrahim Rugova, en arrivèrent à un accord rétablissant l’enseignement de l’albanais, premier pas vers la normalisation dans la province, mais l’accord n’a jamais connu le moindre début d’application. Malgré la mise en place d’un système d’éducation parallèle en langue albanaise, les jeunes n’ont eu d’autre perspective que de s’exiler pour trouver un emploi. Certains, les plus chanceux, ont pu partir étudier à l'étranger, notamment en Albanie, en Allemagne ou en Bulgarie. Avec des moyens de fortune, les autres ont mis en place une école clandestine, souvent "chez l'habitant"; financé par des dons privés, venant essentiellement de la diaspora, ce système parallèle s'est rapidement effondré. Les dernières années semblent avoir été particulièrement catastrophiques. Selon des témoignages concordants d'enseignants albanais, le taux d'illettrisme serait très élevé parmi les jeunes Albanais en raison de l'inefficacité de l'enseignement, souvent interrompu par les combats.

Quant aux Bosniaques (60 000 personnes), la plupart des élèves recevaient leur instruction en serbe dans les écoles serbes, en alphabet cyrillique, alors que les Bosniaques emploient normalement l’alphabet latin; ils se disaient constamment harcelés par leurs professeurs en raison de leur appartenance à la foi musulmane. Pour ce qui est des Gorans (moins de 100 000), ils n’ont jamais été inquiétés par les Serbes. En raison de la proximité de leur langue (entre le serbe et le macédonien), les enfants de cette minorité recevaient leur enseignement en serbe.

Pour ce qui est des Tsiganes (45 000), comme partout en Yougoslavie, il n'y a jamais eu d’école où l’enseignement s’est donné en langue tsigane. Les enfants de la minorité tsigane fréquentaient généralement les écoles albanaises. Puis, après l’interdiction de l’enseignement en Albanais, la plupart des enfants tsiganes ont été obligés d’aller dans des écoles serbes qui étaient les seules à exister, et où ils étaient aussi exposés tous les jours à l’idéologie du pouvoir. Les membres de cette minorité ont toujours appartenu à la partie plus illettrée de la population yougoslave, et le pourcentage d'analphabètes tsiganes dépassait souvent les 80 %. Il y avait très peu d’élèves tsiganes dans les écoles secondaires (serbes) et à peu près jamais d’étudiants universitaires. Pourtant, les Tsiganes ont toujours été considérés comme pro-serbes. Des classes spéciales auraient été introduites vers le milieu des années quatre-vingt-dix, mais la pénurie de professeurs et le manque de matériel pédagogique auraient entraîné l’échec de cette mesure.

Enfin, pour ce qui est de la petite minorité turque (env. 15 000 personnes), le réseau des écoles primaires de langue turque semblait équitablement développé et les cours se donnaient en turc, mais les représentants de cette minorité étaient insatisfaits de la qualité des cours dispensés aux enfants et des programmes scolaires. Ils se plaignaient aussi de la pénurie des manuels; à ce sujet, tous les manuels de classes étaient des traductions des manuels serbes officiels; or, non seulement les programmes officiels de la république de Serbie ont-ils été appliqués intégralement dans les écoles turques, mais aussi tous les éléments de la culture serbe. Quant à la toute petite minorité croate (env. 700 personnes), elle ne disposait d’aucune école, si ce n’est en serbe.

6.3 Les activités culturelles

Parallèlement au système d’éducation, les activités culturelles destinées aux minorités, surtout albanaises, ont été interdites. Par exemple, plus de 70 manifestations culturelles annuelles, telles que festivals, foires, expositions et autres événements traditionnels, ont été supprimées. Il en a été ainsi des maisons d’édition, des théâtres, cinémas, bibliothèques, jusqu’aux troupes de ballet et de danse, sans oublier les musiciens et autres artistes locaux. Ajoutons aussi que tout le personnel albanais attaché aux archives du Kosovo (à Pristina) fut expulsé tandis qu’une partie des documents fut pillée et le reste envoyé à Belgrade.

6.4 Les médias

Avant la guerre du Kosovo, il restait plusieurs médias en langue albanaise, même si un grand nombre de journaux et de périodiques ont cessé progressivement de paraître. Presque tous les journalistes albanais oeuvrant dans les stations de radio et de télévision ont été congédiés (plus de 1500 personnes) et remplacés par des Serbes. Les journalistes albanais qui pratiquaient encore (jusqu’à récemment) leur profession ont été constamment intimidés et harcelés par les forces policières, quand ils n’ont pas été arbitrairement emprisonnés et torturés. Juste avant la guerre du Kosovo, les stations de radio et de télévision étaient entièrement contrôlées par le gouvernement serbe; elles diffusaient des émissions en serbe, en albanais, en turc et en tsigane. Les bulletins d’informations provenaient des services de traduction du gouvernement serbe: il s’agissait d’émissions serbes traduites. Lors de la guerre du Kosovo, tous les journaux albanais ont été interdits, ce qui incluait le seul quotidien en albanais, la Rilindja.

Chez les Bosniaques, il n'existait aucun média écrit ou électronique, sauf un petit périodique, Selam, qui paraissait à intervalles plus ou moins réguliers à Prizren, et il restait d’une influence fort négligeable. Quant aux Gorans, ils ne bénéficiaient pas de médias propres.

Par contre, l'État serbe subventionnait quelques journaux ainsi que des stations de télévision et de radio destinées aux membres de la minorité tsigane. Les Tsiganes étaient concentrés dans les villes et localités de Prizren, Pec, Pristina et Kosovska Mitrovica. Il y avait trois journaux en langue tsigane: Romske Novosti ("Nevipe Romani"), Rota ("La Roue") et Ahimsa ("Non-Violence"). Romske Novosti est un journal financé par le ministère de l’Information serbe et son rédacteur en chef était un Serbe appartenant au parti au pouvoir à Belgrade. Celui-ci était aussi responsable de la station de télévision en langue tsigane Anglunipe ("Progrès"). La station Anglunipe offrait essentiellement des émissions de divertissement et des programmes musicaux diffusés dans les villes de Prizren, Pec et Pristina. Les seuls journaux privés étaient Rota et Ahimsa.

Les Turcs (dont une bonne partie était considérée comme pro-serbe) avaient à leur disposition des émissions et de radio et de télé dans leur langue. C’étaient cependant des émissions autorisées et transmises de Radio-Télévision de Serbie (RTS). L’État serbe finançait aussi un journal hebdomadaire Tan. Il n'existait aucun média privé en turc au Kosovo.

Enfin, lors de la crise du Kosovo en 1998, le président Milosevic (devenu entre-temps président de la fédération yougoslave, et non plus président de la république de Serbie) avait établi un contrôle à peu près total des médias nationaux, y compris les médias serbes. Pour les Serbes, les Kosovars ont quitté le pays lors de la guerre du Kosovo pour fuir les bombardements de l’OTAN et la campagne de terreur pratiquée par l’Armée de libération du Kosovo (UÇK). Vu de l’Occident, cette perception des événements peut paraître déformée, mais lorsqu’une population vit quotidiennement avec des sirènes annonçant les bombardements de l’OTAN, elle n’a que faire des détails de ce qui pourrait se passer au Kosovo. Elle a plutôt le réflexe d’appuyer son président et de protéger sa patrie menacée.

6.5 Des minorités pro-serbes et pro-albanaises

Bien avant la guerre du Kosovo, les communautés ne détenaient pas toutes le même statut. Ainsi, les Albanais étaient largement majoritaires (82 %), mais avaient un statut de groupe minoritaire dans la mesure où ce sont les Serbes qui assuraient le pouvoir à tous les échelons. Évidemment, Kosovars albanophones et serbophones formaient des blocs opposés à tous les plans (politique, religieux, social, culturel, linguistique, idéologique). Les deux communautés ne se parlaient plus et ne se mélangeaient pas du tout.

Parmi les petites minorités tsiganes, bosniaques, turques et croates, il existait également des clans opposés se partageant entre pro-serbes et pro-albanais. Tandis que les Tsiganes et les Gorans étaient considérés comme pro-serbes, les Bosniaques étaient perçus comme pro-albanais, mais les Turcs semblaient partagés plus ou moins également entre les Serbes et les Albanais. Ce parti-pris étaient devenu si manifeste que les Serbes en étaient venus à distinguer les minorités "loyales" des autres; les responsables serbes utilisaient les expressions «nos minorités» en parlant des Tsiganes et des Gorans (et d’une partie des Turcs considérés comme "loyaux") et "leurs minorités" en parlant des Bosniaques et des Turcs jugés «déloyaux».

Il en résulte que les minorités pro-serbes ont reçu un meilleur traitement que les minorités pro-albanaises, considérées comme anti-serbes. C’est pourquoi les Bosniaques/Musulmans, qui parlent pourtant la même langue que les Serbes, ont toujours obtenu moins de droits sociaux, culturels, religieux, etc., que les Tsiganes (généralement pro-serbes) et les Gorans qui n’ont à peu près jamais été inquiétés par le régime. Quant aux Bosniaques, ils préféraient même cacher leur identité ethnique et «passer pour» des Albanais ou, mieux, pour des Turcs (souvent pro-serbes), en raison du statut non résolu de leur «nationalité» dans la Constitution yougoslave. Lorsque les Bosniaques étaient identifiés comme tels par les autorités serbes, ils étaient plus souvent qu’autrement harcelés, que ce soit par les fonctionnaires serbes, les enseignants ou la police qui, de son côté, les soupçonnait tout le temps de cacher des armes. En contrepartie, à partir de 1998, l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) s’en prenait physiquement aux minorités pro-serbes, notamment les Tsiganes du Kosovo et les Gorans.

Enfin, le régime de Milosevic a utilisé sa minorité pro-serbe, les Tsiganes, contre les Albanais. On sait maintenant que les Tsiganes ont été obligés par les forces serbes de faire les sales besognes des Serbes. Par exemple, ils devaient abattre le bétail des paysans albanais pour nourrir l’armée serbe, transporter les biens volés dans les maisons albanaises au profit des Serbes, enterrer les victimes des massacres et, plus tard, exhumer les corps pour les transporter à Trepça et Feronikela où ils ont été brûlés ou jetés dans des galeries désaffectées. En conséquence, les Albanais peu informés en veulent maintenant aux Tziganes.

6.6 L’échec de la politique de serbisation

La politique linguistique adoptée par la Serbie au Kosovo en était une d’assimilation. C’est pourquoi elle était appuyée par une politique de serbisation destinée à modifier la composition ethnique de la province. Mais cette politique de serbisation s’est avéré un retentissant échec. D’une part, le gouvernement de Milosevic n’a jamais réussi à serbiser les albanophones qui se sont révoltés. D’autre part, il n’a jamais été capable de "rapatrier" les Serbes au Kosovo, car seulement quelque 15 000 Serbes, essentiellement des réfugiés importés de Croatie et de Bosnie et parqués dans des sortes de centres d'accueil, ont "accepté" de s’établir dans la province contre un million et demi d'Albanais (du moins avant leur exode forcé). La population totale des Serbes au Kosovo n’a jamais atteint les 200 000 personnes.

Pire, la politique de Milosevic a fini par sataniser les Albanais que les Serbes craignaient et méprisaient tout à la fois. Pour les Serbes, les Siptars (terme albanais péjoratif servant à désigner les Kosovars) "ne savent pas travailler", ils sont "paresseux et malpropres", "mal éduqués et primitifs", ce qui justifiait sans doute leur xénophobie. C’est vrai, les Kosovars sont pauvres, ils détiennent les records de sous-emploi et d’analphabétisme non seulement en Yougoslavie mais dans toute l’Europe. Mais les véritables raisons — le régime de discrimination, de violence institutionnalisée et d’apartheid — pour lesquelles la province du Kosovo est restée sous-développée n’a pas semblé concerner outre mesure les dirigeants serbes.

Au Kosovo, il existait deux vérités: celles des Serbes et celle des Kosovars. Toute version de l’un était perçue par l’autre comme un tissu de mensonge. C’était le rejet absolu de tout ce que peut dire le camp opposé. Les Serbes sont encore convaincus que le Kosovo est le berceau de la Serbie alors que pour les Albanais le Kosovo a toujours été albanais; les Serbes, des occupants. Même si le Kosovo était habité par une grande majorité de simples paysans peu instruits et craintifs, les Serbes voyaient partout des «nids de terroristes» qu’il fallait «nettoyer».

7 La situation linguistique APRÈS la guerre du Kosovo (1999)

Toute situation linguistique est nécessairement reliée au contexte sociopolitique, au Kosovo plus qu’ailleurs. C’est pourquoi il faut se rappeler que, pendant dix ans, la justice serbe a eu le bras long et qu’un adulte albanophone sur deux avait déjà été interpellé d’une façon ou d’une autre par la police. Les massacres résultant de la violence étaient devenus le lot de la vie quotidienne. En 1999, lors de la guerre du Kosovo, la vengeance serbe a connu des développements sans précédents alors que la purification ethnique s’est accélérée à une vitesse incroyable.

La communauté internationale, par la voix du Conseil de sécurité des Nations unies, avait d’ailleurs dénoncé cette entreprise «purification ethnique» et avait condamné fortement les autorités de la RFY (Serbie et Monténégro) pour les pratiques discriminatoires et les violations des droits de l'homme à l’encontre des Kosovars de langue albanaise. Quant au président yougoslave, Slobodan Milosevic, il avait été officiellement inculpé, le 27 mai 1999, par le Tribunal pénal international de La Haye (Pays-Bas) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans le cadre du conflit armé au Kosovo; un mandat d'arrêt international a même été émis contre lui.

Tous ces faits n’ont pas favorisé la réconciliation entre Albanais et Serbes. Au contraire! Dès la fin de la guerre, les Kosovars albanais ont entrepris, eux aussi, des actions de représailles. Ils ont rendu aux Serbes la monnaie de leur pièce au mépris des droits de l’homme les plus élémentaires. Après avoir été dépouillée de sa population albanaise par les Serbes, la province du Kosovo a été pratiquement vidée de sa minorité serbe et s’est retrouvée vite encadrée par la guérilla indépendantiste de l’UÇK. Le Kosovo a ensuite pris l'Onu de vitesse alors que les dirigeants kosovars albanais rompaient, dans les faits, tous les ponts avec le reste de la Serbie afin de construire une entité purement albanaise qui ne devait plus rien avoir à faire avec la Serbie.

La situation actuelle se caractérise par l’absence d’une véritable autorité civile, car l’administration internationale est trop lente et relativement impuissante à faire régner l’ordre. Il en résulte une belle anarchie et une corruption généralisée, alors que les crimes et les assassinats sont redevenues monnaie courante, comme avant la guerre du Kosovo. Avant celle-ci, c’étaient les Albanais qui subissaient l’oppression; après la guerre, ce sont TOUTES les minorités qui l’ont subie: les Serbes d’abord, puis les Tsiganes et les Gorans, ensuite les Bosniaques, les Turcs, etc. Autrement dit, on retrouve dans le comportement des Albanais du Kosovo tous les «ingrédients» répressifs qu’on reprochait aux Serbes: intolérance nationaliste, persécution incessante des minorités, mythomanie, presse de droite, actes de vengeance, assassinats crapuleux, etc. Bref, ce sont les mêmes atrocités!

Présentement, les crimes les plus déplorables commis par les Albanais semblent être les massacres et les assassinats de Serbes et de Tsiganes, des femmes comme des hommes, généralement âgés, malades et vulnérables, autrement dit des gens qui, faute de moyens, n’ont pu fuir le Kosovo. Ces violations des droits humains contre des groupes minoritaires du Kosovo (Serbes, Tsiganes, Gorans, Bosniaques, Turcs, etc.) ont été condamnées par toutes les organisations engagées dans la protection des groupes persécutés, telles que le Human Rights Watch, le Comité d’Helsinki, le Comité pour la protection des droits de l’Homme et des libertés de Pristina, ainsi que par les principaux protagonistes politiques du Kosovo (dont Ibrahim Rugova et Hashim Thaçi). À part ces exceptions, la communauté internationale semble moins sensibilisée à l’oppression albanaise qu’elle l’a été pour l’oppression serbe. Pourtant, la répression albanaise n’est pas préférable à répression serbe; il suffit de de relever le fait qu’en octobre 1999 un employé bulgare de l'Onu a été assassiné en plein centre de Pristina pour avoir répondu en serbe à une question anodine. Pour le fanatisme linguistique, on repassera...

7.1 Le départ des minorités

Avant d’en arriver à la situation linguistique proprement dite, il faut encore rappeler que, sur une population estimée à environ 200 000 Serbes et 45 000 Tsiganes, au moins 170 000 Serbes et 35 000 Tsiganes avaient fui le Kosovo avec l’arrivée des troupes de l’OTAN. En somme, il restait au Kosovo en octobre 1999 moins de 30 000 Serbes et environ 10 000 Tsiganes (mais peut-être jusqu'à 100 000), la plupart étant des personnes âgées, souvent malades, parfois handicapées, presque toujours pauvres, vivant constamment dans la terreur d’être assassinées. Tous sont maintenant confinés dans des enclaves, une sorte de prison dont ils ne peuvent sortir que sous l'escorte des militaires de la Force multinationale de paix.

En février 2000, l’épuration ethnique était presque terminée puisqu’on ne comptait que 400 Serbes à Pristina et environ 11 000 dans le nord de la ville de Mitrovica. Pour les Albanais, tous les Serbes (et leurs alliés tsiganes) seraient responsables des crimes commis contre eux. En attendant, la situation au Kosovo évolue du chaos vers l’anarchie contrôlée. Les troupes de la Force internationale tentent bien que mal de rétablir l’ordre, mais comme il faudrait placer un soldat de la KFOR derrière chaque Albanais... On sait que la KFOR comprend entre 45 000 et 50 000 hommes, pour la plupart de l'Otan, mais avec participation de Russes et de contingents de pays neutres; elle devait, en plus d’empêcher le retour des forces serbes et démilitariser l'Armée de libération du Kosovo, garantir la sécurité de tous les Kosovars. 

L'organisation Médecins sans frontières, fondée par Bernard Kouchner (ironie de l'histoire), a dénoncé en août 2000, le «nettoyage ethnique» au Kosovo, estimant que la communauté internationale avait «failli» dans son devoir de protéger les minorités. C'est pourquoi certains accusent la KFOR et la MINUK (Mission des Nations unies au Kosovo) d'être complices d'un nouveau «nettoyage ethnique». Qu’en est-il maintenant des répercussions linguistiques de ces événements malheureux?

7.2 La nouvelle Administration

Les représentants serbes des pouvoirs exécutif et judiciaire ont été parmi les premiers à quitter le Kosovo avec la police et l'armée, ce qui a rapidement créé une confusion générale. Les fonctionnaires serbes sont partis à la hâte en abandonnant les archives et les documents gouvernementaux dans les entreprises, mairies ou tribunaux. À ce jour, aucune institution serbe ne fonctionne au Kosovo. Il n'y a ni douane, ni services d’impôts, ni systèmes d’inspection, ni services bancaires, ni bureau de poste, ni mairie, etc. 

À la fin de juin 1999, le Kosovo était administré par une sorte de pro-consul désigné par l’ONU. Cette province est devenue ainsi un protectorat provisoire de la communauté internationale. En principe quatre administrations se partagent maintenant les responsabilités du Kosovo: deux administrations albanaises (l’une lié à l'UÇK et l’autre au leader modéré Ibrahim Rugova), une administration internationale (l'administration civile gérée par l'ONU) et le Conseil exécutif provisoire serbe (qui ne fonctionne pas toujours).

Le fonctionnement des services municipaux est partiellement financé par l'ONU, tandis que la plupart des problèmes sont réglés par la «débrouille». Seules sont à respecter les restrictions imposées par la KFOR, comme le couvre-feu qui commence dès 20 h 30 dans certaines villes au Kosovo. La principale priorité a été de rétablir la loi et l’ordre, d’où la nécessité d’implanter une force de police internationale et de nommer des juges capables d’appuyer le travail de celle-ci, et ensuite de former des policiers locaux.

Dans l’administration civile, la langue serbe a immédiatement laissé la place à l’albanais, mais aussi aux langues parlées par les membres des forces internationales civiles et militaires comme l’anglais, le français, l’allemand, l’italien et le russe. Inutile de dire que le serbe a vite disparu des communications orales au point où «ne pas parler serbe» signifie maintenant sauver sa peau. Par exemple, lorsqu’un Serbe âgé se risque à demander un renseignement dans sa langue, il est à peu près sûr d’être, au mieux ignoré, au pire assassiné sur-le-champ, mais généralement menacé et frappé.

Puis, les Albanais se sont employés à effacer les symboles qui pouvaient rappeler le long règne (1989-1999) des Serbes. Les inscriptions cyrilliques en serbe sur les devantures des magasins et dans les rues ont toutes été effacées, et l’unilinguisme serbe à laissé la place à l’unilinguisme albanais. Les drapeaux yougoslaves et serbes ont été enlevés pour laisser la place aux drapeaux albanais, qui flottent partout devant les magasins et les maisons. On a enlevé aussi les enseignes serbes de presque toutes les institutions (à part celles du Conseil exécutif de la région) de manière qu'il n'y ait plus au Kosovo le moindre symbole de son appartenance à l'État serbe. À Pristina, l’UNICEF a préparé des affiches bilingues (en albanais et en serbe) pour sensibiliser les Kosovars au danger des mines dans la province; elles ont toutes été enlevées parce que la langue serbe «offensait» les Albanais. 

Même la monnaie yougoslave, le dinar, a été supprimée pour être remplacée par le mark allemand; le dinar yougoslave n’est pas interdit, mais une taxe administrative spéciale est perçue pour tous les paiements effectués en dinar. Comme les retraités et handicapés serbes reçoivent leurs allocations en dinars, ils risquent d’être attaqués ou arnaqués lorsqu’ils veulent changer leurs dinars pour des marks allemands. Enfin, les Albanais ont poursuivi une politique d'épuration dans les emplois et soutenu la confiscation des biens appartenant à des non-Albanais.

Après quatre ans d'indépendance, le Kosovo demeure encore dans l'incapacité d'assurer son autorité sur l'ensemble de son territoire et d'enrayer la pauvreté et la corruption rampante dénoncée par l'Union européenne.

8 La politique linguistique du Kosovo indépendant

De façon simplifiée, la situation linguistique actuelle n'a pas changé depuis l'indépendance. Les pratiques actuelles existent depuis 2000. En somme, la situation actuelle est à peu près celle qui prévalait AVANT la guerre du Kosovo, sauf que c’est l’albanais maintenant qui tient le haut du pavé et que les langues des minorités sont pratiquement ignorées... comme avant. La situation des Serbes et des Tsiganes semble particulièrement préoccupante. Ils ont été placés dans un curieux dilemme: rester cachés et risquer de mourir de faim, ou sortir et risquer de se faire assassiner! Finalement, la grande majorité a décidé de rester confiné dans des ghettos gardés par les militaires de la KFOR, la force internationale de 45 000 à 50 000 hommes.

Si Serbes et Tsiganes s’adressent à des Albanais, ils peuvent être attaqués; s’ils font appel à un soldat ou à un fonctionnaire de la KFOR, ils doivent parler anglais, français, allemand, italien ou russe. Or, si les Serbes ne connaissent que leur langue maternelle, ils doivent demander l’aide d’un interprète albanais et, dans ce cas, ils sont à la merci de la bonne volonté de ce dernier. 

Le 27 mai 2009, un rapport d’une association internationale de défense des droits de l’homme dénonçait les discriminations multiples à l’égard des nombreuses minorités ethniques résidant au Kosovo. Paradoxalement, la communauté internationale reste muette à cette seconde épuration ethnique de la part des Albanais, alors qu'elle avait été très sévère à l'endroit des Serbes accusés de tous les torts inimaginables. Le responsable de “Minority Right Group” basé à Londres, Mark Lattimer, précisait à l’Agence France-Presse :

De nombreux membres des minorités ashkali, bosniaque, croate, goran, tsigane, serbe et turque abandonnent le Kosovo, car ils font face à une exclusion de la société et à des discriminations à de nombreux niveaux.

L’indépendance proclamée unilatéralement par le Kosovo en février 2008 et l’opposition de la Serbie à cette proclamation ont laissé un «vide» dans la protection internationale des minorités

Les restrictions à la liberté de mouvement et l’exclusion de la vie politique économique et sociale sont particulièrement ressenties par les petites communautés ethniques. Ces minorités souffrent de plus d’un manque d’accès à l'information et à une instruction dans leur propre langue. Cela, en plus des conditions économiques précaires, a résulté par des départs de membres de ces minorités du Kosovo.

Il est vrai que les Kosovars ont subi une guerre barbare pendant laquelle les Serbes ont été responsables des crimes les plus haineux, mais les exactions, qu'elles proviennent des Serbes ou des Kosovars albanais, demeurent inacceptables.

8.1 La justice ou ce qu’il en reste

Pendant la période de transition, les juges doivent en principe faire respecter le Code pénal de la République fédérale de la Yougoslavie, au besoin modifié par les conventions internationales sur les droits de l’homme lorsque les lois serbes violent ceux-ci. Toutefois, les juges, tous albanophones ou presque — sur 420 juges, seulement deux sont serbes —, nommés par la Mission des Nations unies au Kosovo (MINUK) refusent d’appliquer les lois serbes en vigueur, ce qui est contraire aux ordres de l’ONU, car le Kosovo n’a jamais connu d’autres lois que celles de l'ex-Yougoslavie, puis celles de la Serbie. Pendant ce temps, la MINUK a décrété que les lois antérieures à 1989 devaient être appliquées. 

Cette anarchie juridique n’a fait qu’encourager la violence. Comme il n’y a plus de lois serbes dans les faits, c’est la loi de la vendetta qui sévit et ce sont les minorités qui en sont devenues les premières victimes: Serbes, Monténégrins, Gorans, Tsiganes, Turcs, etc. Par exemple, sur 30 procès pour meurtres intentés à l’automne 1999, les sentences ont varié de six mois de prison pour un Albanais musulman à 13 ans pour un Serbe! Bref, c’est une justice partiale qui manque singulièrement de crédibilité. L'ONU n'a recouru que tardivement à des magistrats internationaux, présentement au nombre de 13 dans la province. Les crimes restent généralement impunis et les détenus s'évadent facilement. Ces défaillances du système seraient dues au manque d'effectifs de la police. 

En octobre 2000, une étude de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe en arrivait à la conclusion qu'au Kosovo l'impartialité des tribunaux locaux n'était «pas garantie, notamment vis-à-vis des défenseurs serbes de la province», que certaines dispositions judiciaires locales ne correspondaient pas aux normes internationales des droits de l'homme, et que les lois n'étaient «pas toujours appliquées d'une manière cohérente». L'étude recommande que, dans ces conditions, la suprématie du droit humanitaire international soit affirmée sur toutes les lois existantes au Kosovo. Bref, le système judiciaire, considéré comme l’institution la plus faible, a besoin d’être réformé en profondeur. Les autorités du Kosovo doivent s’impliquer davantage pour éradiquer la corruption, un fléau qui gangrène l’ensemble du Kosovo.

8.2 Le système scolaire

Les écoles albanaises, fermées depuis plusieurs années, ont rouvert leurs portes depuis les mois de septembre et d’octobre 1999 pour permettre aux enfants kosovars de reprendre leurs études. Obligés de partager des équipements parfois très rudimentaires, les écoliers ont néanmoins redoublé d'attention dans les cours de rattrapage (le 1er septembre) afin de compléter le programme de l'année scolaire 1998-1999.

Étant donné que la moitié des quelque 1000 écoles du territoire ont été entièrement ou partiellement détruites au cours du conflit par les bombardements de l’OTAN et les exactions commises par l'armée serbe, beaucoup d’élèves continuent de suivre leurs cours dans des maisons privées. Un programme de construction et de rénovation est en cours pour redonner aux Kosovars tous les équipements dont ils ont besoin. La rentrée scolaire de l’automne 1999 s'est effectuée le lundi 25 octobre dans la quasi-totalité des 529 écoles disponibles du Kosovo, pour environ 250 000 élèves et 25 000 professeurs. Évidemment, les enfants albanophones reçoivent maintenant leur instruction en langue albanaise. Les responsables de la Commission conjointe de l'éducation mise en place par l'Onu ont décidé de réviser complètement les programmes et les manuels scolaires afin d'éliminer les contenus haineux et racistes qui avaient été imposés par les autorités serbes. Toutefois, il est à craindre que de nouveaux propos haineux réapparaissent, cette fois contre les Serbes et tous les Slaves en général. Cette hostilité qu'éprouvent les Kosovars albanais envers les Slaves, y compris les Russes, s'explique par leur lien historique avec les Serbes.

Quant aux MINORITÉS, seuls les enfants serbes reçoivent parfois un enseignement dans leur langue lorsqu’ils résident dans des régions — au nombre de cinq — où la population serbe est concentrée. La plus grande difficulté concerne les écoles secondaires, car il n’existe pratiquement aucun bâtiment adéquat pour ces écoliers. Au mois d’octobre 1999, neuf écoles serbes ont été occupées par l'UÇK dans le district de Gnjilane pendant que la Mission des Nations unies du Kosovo (MINUK) refusait aux Serbes l'autorisation d'organiser des classes dans des abris de fortune parce que la KFOR ne pouvait garantir leur sécurité. À Pristina, les écoles serbes, y compris l’école de théologie de Prizren, sont toutes restées fermées, aucun élève ne s’étant présenté à l’appel; il faut dire que, peuplée avant la guerre de quelque 20 000 Serbes, Pristina n'en compte plus maintenant que quelques centaines. Pour l’instant, les Serbes se sont regroupés dans la région de Mitrovica où le système scolaire fonctionne tant bien que mal, tandis que les enfants serbes sont gardés à vue par les troupes de la KFOR afin de les protéger des Albanais. Les écoliers turcs, pour leur part, ont pu se présenter à leur école, également sous bonne garde! Pour ce qui est des enfants des autres minorités (Tsiganes, Bosniaques, Gorans, etc.), ils sont maintenant obligés de s’albaniser.

L’enseignement universitaire reste un problème épineux. Avant la guerre du Kosovo, les statistiques serbes révélaient que 17 000 étudiants serbes fréquentaient l’université de Pristina, bien que la plupart d’entre eux ne fussent pas originaires du Kosovo. Les représentants de la Mission des Nations unies au Kosovo (MINUK) cherchent encore à déterminer qui administrera l’université et comment sera organisé l’enseignement pour les étudiants serbes, car la MINUK semble bien résolue à ne pas permettre la ségrégation ethnique et linguistique. En principe, l’université de Pristina doit être bilingue, c’est-à-dire ouverte tant aux albanophones qu’aux serbophones. 

Le problème est qu’on ne sait pas combien d’étudiants serbes sont prêts à s’inscrire à l’université. Pour le moment, seul l’albanais y est parlé; le bâtiment officiel de l’Administration est gardé par les Forces internationales et un fonctionnaire de la MINUK, la plus haute autorité de l’université, administre temporairement l’établissement. Il semble que, d’une part, les étudiants albanais font tout pour rattraper les cours perdus et que, d’autre part, les étudiants serbes vont attendre un changement de climat ou simplement vont s’inscrire dans une autre université en Serbie.

.  Statut de la population serbe du Kosovo avant la déclaration d’indépendance

72.  D’après le bureau des statistiques du Kosovo, sa population est d’environ 2 millions d’habitants, avec 92 % d’Albanais, 5,3 % de Serbes et 2,7 % appartenant à d’autres groupes ethniques. La majorité des 150 000 Serbes qui vivent au Kosovo sont totalement isolés de la majorité albanaise. Environ 60 % vivent dans des enclaves situées dans les parties centrale et sud du Kosovo, tandis que 40 % sont concentrés dans trois municipalités dans le Nord – Zubin Potok, Leposavic et Zvecan, ainsi qu’à Mitrovica Nord.

73    Les relations entre la majorité albanaise et la minorité serbe sont caractérisées par la méfiance, et les Serbes ressentent toujours un profond sentiment d’insécurité. La participation limitée des Serbes du Kosovo aux institutions centrales est l’un des problèmes majeurs. La communauté serbe, pour une bonne part, a boycotté les élections législatives et municipales de 2007, comme les y avaient invités les dirigeants locaux et Belgrade.

74.    La représentation des minorités au sein de l’administration, soit entre 11 et 12 %, demeure également inférieure à l’objectif officiel de 16,6 %. Ce qui est dû en partie à la non-reconnaissance par les dirigeants serbes du Kosovo des institutions du Kosovo, dont le corollaire est le refus de recevoir des salaires payés par Pristina. A l’échelon local, les municipalités serbes ont établi leur propre système parallèle d’administration et entretiennent des liens étroits avec Belgrade. Des services sont ainsi offerts à la population locale dans les domaines suivants : justice, éducation, soins de santé, poste, enregistrement des biens immobiliers, délivrance de documents d’identité et de voyage, etc.

75.   Après les émeutes de mars 2004, des efforts visant à fusionner ces structures parallèles avec les institutions officielles du Kosovo ont été déployés dans le cadre d’une nouvelle initiative en faveur de la décentralisation. Ce qui toutefois ne s’est pas fait sans heurt. Cinq projets pilotes de décentralisation ont été approuvés, mais les deux municipalités pilotes à majorité serbe de Gracanica et de Partesh n’ont pas été mises en place.

76.   Rien ou presque n’a été fait concernant la question du retour des réfugiés. Sur les 230 000 personnes – Serbes pour la plupart - qui, selon les estimations du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), ont été déplacées à la fin du conflit du Kosovo en 1999, seulement 18 232 étaient revenues en juin 2008, dont 7 827 Serbes. Vu le climat d’insécurité et le non respect des droits de propriété, auxquels s’ajoute l’incertitude qui entoure le futur statut, le retour des réfugiés est pratiquement au point mort.

 

8.3 Les mesures à l'égard des minorités

Lors de la déclaration d'indépendance du 17 février 2008, les dirigeants du Kosovo ont affirmé qu'ils mettront «intégralement en application les obligations» découlant du plan Ahtisaari (adopté par l'Union européenne), «dont l'adoption prioritaire de lois figurant dans son annexe XII, notamment celles qui protègent et promeuvent les droits des communautés et de leurs membres». Selon le plan Ahtisaari, appuyé par les États-Unis, il sera interdit au Kosovo de se doter d'une armée. Une division territoriale est prévue au nord de l'Ibar, près de la frontière avec la Serbie, afin que la majorité des Serbes du Kosovo soient administrés par la Serbie, tandis que des villages albanais de Serbie se rattacheraient au Kosovo, consacrant ainsi le caractère ethnique du nouveau pays.

Le plan Ahtisaari prévoit six nouvelles municipalités confiées aux Serbes, et un plus grand droit de regard sur le choix des chefs de la police, l'éducation ou la santé. Pour ce qui est précisément de la municipalité de Kosovska Mitrovica, très bi-ethnique, il est envisagé la création de deux municipalités et d'un conseil conjoint chargé de la coopération. L'Union européenne pourrait annuler les lois adoptées par le Parlement kosovar et renvoyer les dirigeants élus qui dérogeraient au plan de transition. Il faudrait aussi que les Kosovars acceptent d'assurer la sécurité des lieux saints et des sites historiques des Serbes, et leur en permettre l'accès. Il faudra aussi protéger les minorités qui ont choisi de rester sur le «mauvais côté de la frontière» et de prévoir des sanctions contre les gouvernements qui ne respecteraient pas les mesures mises en place pour empêcher les préjudices et la discrimination. Ces mesures, qui viennent également du rapport de Martii Ahtisaari, ont été reproduites dans le document constitutionnel proposé par le premier ministre au Parlement kosovar, M. Hashim Thaçi. Toutefois, le plan Ahtisaari pour le Kosovo se heurtera à l'opposition des Serbes et risque d'être bloqué par la Russie devant l'ONU. Pour la Russie, le plan Ahtisaari demeure une «bombe à retardement»; pour la Serbie, il ne mérite même pas d'être examiné. Dans ces conditions, les négociations avec la Serbie seront difficiles. On marche sur des œufs!

8.4 Les nouvelles dispositions constitutionnelles de 2008

Le 16 avril 2008, le parlement du Kosovo approuvait la nouvelle Constitution. L'entrée en vigueur de la Constitution représente pour les Kosovars albanais une étape importante vers une souveraineté accrue, quatre mois après la proclamation de leur indépendance (le 17 février). L'article 5 proclame que l'albanais et le serbe sont les langues officielles du Kosovo:

Article 5 [traduit de l'anglais]

Langues

1)
Les langues officielles de la république du Kosovo sont l'albanais  et le serbe.

2)
Le turc, le bosniaque et le tsigane ont le statut de langues officielles au niveau municipal ou sont d'usage officiel à tous les niveaux tel qu'il est prévu conformément à la loi.

Cependant, le turc, le bosniaque et le tsigane sont également officiels dans les municipalités où ces communautés linguistiques sont en concentration suffisante.

L'article 24 interdit toute discrimination pour des raisons de langue, de race, de couleur, etc.:
 

Article 24

Égalité devant la loi

1) Tous sont égaux devant la loi. Chacun bénéficie du droit du droit à une égale protection juridique sans discrimination.

2) Nul ne doit être victime de discrimination pour des motifs de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou autre, d'origine nationale ou sociale, de rapport avec une communauté, de propriété, de condition économique et sociale, d'orientation sexuelle, de naissance, d'invalidité ou de tout autre statut personnel.

3)
Les principes de protection d'égalité juridique ne doivent pas empêcher l'imposition de mesures nécessaires pour protéger et promouvoir les droits des individus et des groupes qui sont en position inéquitable. Ces mesures seront appliquées seulement avant les fins pour lesquelles elles sont imposées n'aient été remplies.

L'article 29 garantit que toute personne en état d'arrestation doit être promptement informée, dans une langue qu'elle comprend, des motifs de son arrestation:

 
Article 29

Droit à la liberté et à la sécurité

2) Quiconque est privé de liberté doit être promptement informé, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation. [...]

Dans le même contexte, l'article 30 prévoit qu'un accusé doit être promptement informé, dans une langue qu'il comprend, de la nature et de la cause de l'accusation portée contre lui et avoir l'assistance gratuite d'un interprète s'il ne peut pas comprendre ou parler la langue employée par la cour:

 
Article 30

Droits de l'accusé

Quiconque est accusé d'une violation criminelle bénéficie des droits minimums suivants:

(1) être promptement informé, dans une langue qu'il comprend, de la nature et de la cause de l'accusation portée contre lui;

(2) être promptement informé de ses droits selon la loi;

(3)
avoir suffisamment de temps, de possibilités et de solutions pour la préparation de sa défense ;

(4) avoir l'assistance gratuite d'un interprète s'il ne peut pas comprendre ou parler la langue employée par la cour;

À l’instar de plusieurs des anciennes colonies anglaises et françaises, la situation actuelle du Kosovo montre bien qu’une population conditionnée durant des décennies à la répression et à la dictature éprouve d’énormes difficultés à parvenir à la démocratie. Il se pourrait que le Kosovo retombe dans la dictature, une fois l’indépendance obtenue, une dictature dirigée cette fois-ci par des Albanais kosovars. À tout le moins, on peut émettre quelques légers doutes sur la future démocratisation du Kosovo. On ne voit pas comment le nouveau Kosovo pourrait devenir tout à coup plus tolérant à l'égard de ses Serbes, après dix ans de répression. Comme on dit encore au Canada: «La vengeance est douce au cœur de l'Indien.» En menant une campagne de nettoyage ethnique contre la majorité albanaise du Kosovo, la Serbie a sacrifié sa souveraineté sur ce territoire. Cette politique fut si brutale qu'elle a rendu illusoire tout retour du Kosovo sous souveraineté serbe. C'est ce qu'avait constaté en 2007 l'envoyé spécial de l'ONU pour le Kosovo, Martii Ahtisaari: «Belgrade ne pourrait rétablir son pouvoir sans provoquer une violente opposition. L'autonomie du Kosovo à l'intérieur des frontières de la Serbie est tout simplement intenable.» M. Ahtisaari s'est empressé de souligner que la situation du Kosovo ne saurait faire jurisprudence: «Le Kosovo est un cas inédit qui appelle une solution inédite.»

Il convient que l'Union européenne, malgré ses restrictions, accepte l'indépendance du Kosovo en y mettant des conditions de façon à empêcher que le Kosovo ne devienne un «État voyou» et pour le prémunir contre le crime organisé. Il faut le plus tôt possible intégrer économiquement ce pays. Cependant, la Russie pourrait mettre des bâtons dans les roues si elle décidait de jouer la carte de la violence et de la déstabilisation. L'expérience démontre que les choses peuvent rapidement déraper au Kosovo. Déjà, de nombreux analystes considèrent que la seule solution viable serait la partition du Kosovo, c'est-à-dire l'amputer de sa partie serbe au nord de l'Ibar, près de la frontière avec la Serbie. Les Serbes du Kosovo ne se laisseront pas faire. Les Albanais, non plus! Jusqu'ici, tous les faits semblent démontrer que la plupart des Serbes et des Albanais ne veulent pas vivre ensemble dans la même société ou être gouvernés par un gouvernement contrôlé par l'autre groupe ethnique. Les Kosovars risquent de déchanter sous peu.

Dernière mise à jour: 18 févr. 2012

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