La croix de saint PiranLe cornique
(Kernewek - Cornish)
1 Bref historique
Le cornique (ou Kernewek en cornique; cornish en anglais) était une langue celtique parlée à lorigine en Cornouailles (Kernow en cornique; Cornwall en anglais), une région de quelque 480 000 habitants située complètement au sud-ouest de lîle de Grande-Bretagne (voir la carte de gauche). C'est une langue du groupe brittonique assez proche du breton parlé en Bretagne (France), notamment du «breton cornouaillais», mais aussi du gallois parlé au pays de Galles.
Ce sont des Celtes parlant le cornique qui sinstallèrent en Cornouailles dès le Ve siècle. En 1337, la région devint le duché de Cornouailles et revint par tradition à l'aîné du souverain d’Angleterre – le prince héritier actuel, Charles, est, en effet, duc de Cornouailles. Devenus sujets anglais, les habitants des Cornouailles s’anglicisèrent rapidement.
On estime que la religion fut l'une des causes majeures de la disparition du cornique. En effet, la religion anglicane était pratiquée presque exclusivement en anglais; en tant que force dominante, l'Église constituait un élément majeur du bien-être social et la connaissance de l'anglais restait incontournable. Dès le début du XVIIIe siècle, peu de gens des Cornouailles parlaient encore le cornique et, à la fin du siècle, cette langue était disparue. En réalité, la dernière personne à parler cette langue sest éteinte en 1777. C'était une marchande de poissons nommée Dolly Pentreat dont les dernières paroles (pieusement recueillies, il va sans dire!) furent: «Me ne vidn cewsel Sawznek!» Ces paroles signifient en français: «Je ne parlerai pas l'anglais!»
Il ne subsiste plus de cette langue celtique que quelques noms propres (patronymes et toponymes) et certains mots du parler anglais local en Cornouailles, un comté de 465 000 habitants de l'Angleterre.
En 1904, Henry Jenner, considéré comme le «père de la langue cornique», fut à l'origine de la reconnaissance de la langue et de la culture cornique, notamment par la publication de son ouvrage Handboot of the Cornish language. Par la suite, des sociétés corniques furent fondées et publièrent un journal, le Old Cornwall. Ces dernières années, plusieurs intellectuels influents de la région ont tenté des efforts pour ranimer le cornique, notamment dans des services religieux, des cours du soir, des cours par correspondance, des camps dété pour les enfants et même par un début denseignement expérimenté dans quelques écoles primaires.
2 Situation du cornique
Le cornique serait actuellement enseignée dans six écoles primaires et quatre écoles secondaires à titre d'activité «récréative»; environ une dizaine de candidats se présentent chaque année à l'examen du second degré. Le mouvement Dalleth, qui tend à promouvoir le cornique dans l'enseignement, apporte son soutien.
Il existe aussi un Kesva an Taves Kernewek (Cornish Language Board ou Office de la langue cornique) pour promouvoir la langue ancestrale, bien qu’on ne compte aucun locuteur du cornique comme langue maternelle. On estime à un millier de locuteurs ceux qui peuvent employer le cornique comme langue seconde.
Bien que le Royaume-Uni ait, en 2002, reconnu officiellement le cornique en vertu de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, le cornique ne bénéficie d'aucun statut juridique en Grande-Bretagne. Le gouvernement de Londres s'opposait jusqu'à tout récemment à tout statut du genre pour le cornique sous prétexte que cette langue ne serait pas favorisée par l'octroi d'un statut officiel, mais plutôt par son emploi réel dans la communauté. Le conseil de comté, pour sa part, revendique une identité particulière par la remise à l'honneur du drapeau cornouaillais (la croix de saint Piran avec les mêmes couleurs que l'ancien drapeau breton) auprès du drapeau britannique, un hymne national (Trelawny) et l'introduction de la langue cornique dans quelques panneaux de signalisation routière. Les autorités britanniques s'apprêteraient à changer leur fusil d'épaule et à accorder un statut de co-officialité au cornique en Cornouailles. Notons que le fils le plus âgé et héritier de la Couronne britannique porte, outre le titre de «prince de Galles», également celui de «duc de Cornouailles».
3 Comparaisons linguistiques
Afin de constater les similitudes entre les langues brittoniques (cornique, gallois et breton), nous reproduisons ici un tableau élaboré par Wikipedia. Il existe au moins trois orthographes pour transcrire les mots en cornique : le «cornique unifié» (Kernewek Unys), le «cornique commun» (Kernewek Kemmyn) et le «cornique moderne» (Curnoack). Le tableau qui suit présente, outre le cornique unifié et le cornique commun, la traduction en français et en anglais des mêmes mots :
| Français | Cornique unifié |
Cornique commun |
Breton | Gallois | Anglais |
|---|---|---|---|---|---|
| cornique | Kernowek | Kernewek | Kerneveureg | Cernyweg | Cornish |
| abeille | gwenenen | gwenenenn | gwenanenn | gwenynen | bee |
| chaise | chayr, cadar | kador | kador | cadair | chair |
| fromage | cues | keus | keuz | caws | cheese |
| sortie | mesporth | yn-mes | er-maez | allanfa/mas | exit |
| tomber | codha | koedha | kouezhañ | cwympo | (to) fall |
| chèvre | gavar | gaver | gavr | gafr | goat |
| maison | chy | chi | ti | tŷ | house |
| lèvre | gweus | gweus | gweuz | gwefus | lip |
| estuaire | aber | aber | aber | aber, genau | mouth (river) |
| nombre | nyver | niver | niver | rhif, nifer | number |
| poire | peren | perenn | perenn | gellygen, peren | pear |
| école | scol | skol | skol | ysgol | school |
| fumer | megy | megi | mogediñ | ysmygu | (to) smoke |
| étoile | steren | sterenn | steredenn | seren | star |
| aujourd'hui | hedhyw | hedhyw | hiziv | heddiw | today |
| siffler | whybana | hwibana | c'hwibanat | chwibanu | (to) whistle |
À lire: «Le cornique au Royaume-Uni» de EUROMOSAIC,
http://ec.europa.eu/education/policies/lang/languages/langmin/euromosaic/uk1_fr.html