République d'Estonie

Estonie

(Eesti)

(1) Généralités

 
Capitale: Tallinn 
Population: 1,3 million (2000) 
Langue officielle: estonien 
Groupe majoritaire: estonien (67,9 % 
Groupes minoritaires: russe (25,6 %), ukrainien (2,1 %), biélorusse (1,3 %), finnois (0,9 %), tatar (0,2 %), letton (0,2 %), polonais (0,2 %), yiddish (0,1 %), lituanien (0,1 %), allemand (0,1 %), arménien, azéri, moldave (roumain), tchouvache, morvde, carélien, ingrien, géorgien, ouzbek, suédois.
Système politique: république parlementaire
Articles constitutionnels (langue): art. 6, 12, 21, 37, 49, 50, 51, 52 de la Constitution de 1992 
Lois linguistiques : 
la Loi sur l’autonomie culturelle des minorités nationales de 1993; la Loi sur l'instruction publique de 1993; la Loi sur la protection du consommateur de 1994; la Loi sur les règles de procédures du Riigikogu (1994); la Loi sur la citoyenneté du 19 janvier 1995; la Loi sur la langue de 1995; la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l’Europe (en vigueur au 1er février 1998).

1 Situation géographique

La république d'Estonie (en estonien: Eesti Vabariik) est bordée au nord par le golfe de Finlande, à l'est par la Russie, au sud par la Lettonie et à l'ouest par la mer Baltique. L'Estonie possède plus de 500 îles dont les deux plus vastes, Saaremaa et Hiiumaa, séparent le golfe de Riga de la mer Baltique (voir la carte).

L'Estonie fait partie des États baltes avec la Lettonie et la Lituanie. Les pays baltes représentent au total 175 000 km², avec une population de 7,4 millions d'habitants. Bordés par la mer Baltique à l'ouest, ils partagent leurs frontières avec la Russie, la Biélorussie et la Pologne. L'oblast de Kaliningrad, l'ancienne Königsberg allemande, enclavé entre la Lituanie et la Pologne, appartient à la Russie.

L'estonien est une langue de la famille ouralienne, alors que le letton et le lituanien sont des langues indo-européennes du groupe balte. Les trois langues utilisent l'alphabet latin. La Lituanie est à majorité catholique, tandis que la Lettonie et l'Estonie sont protestantes. Il existe néanmoins une unité culturelle balte, visible par exemple dans l'architecture hanséatique des grandes villes comme Tallinn, Riga ou Vilnius.

L'Estonie est divisé administrativement en 15 comtés ou régions (maakonnad, singulier - maakond): Harjumaa (Tallinn), Hiiumaa (Kardla), Ida-Virumaa (Johvi), Jarvamaa (Paide), Jogevamaa (Jogeva), Laanemaa (Haapsalu), Laane-Virumaa (Rakvere), Parnumaa (Parnu), Polvamaa (Polva), Raplamaa (Rapla), Saaremaa (Kuressaare), Tartumaa (Tartu), Valgamaa (Valga), Viljandimaa (Viljandi), Vorumaa (Voru), les centres administratifs liés aux comtés étant indiqués entre parenthèses

2 Données démolinguistiques

Selon les données du recensement officiel de 2000, l'Estonie comptait 1,3 million d'habitants. Le tableau qui suit montre que la population du pays était de 1,5 million en 1989.
 

Nationalité

1989 2000
Nombre Pourcentage Nombre Pourcentage
Estoniens 963 281 61,5 % 930 219 67,9 %
Russes 474 834 30,3 % 351 178 25,6 %
Ukrainiens   48 271   3,1 %   29 012   2,1 %
Biélorusses   27 711   1,8 %   17 241   1,3 %
Finnois   16 622   1,1 %   11 837   0,9 %
Tatars     4 058   0,2 %     2 582   0,2 %
Lettons     3 135   0,2 %     2 330   0,2 %
Polonais     3 008   0,2 %     2 193   0,2 %
Juifs     4 613   0,3 %     2 145   0,1 %
Lituaniens     2 568   0,2 %     2 116   0,1 %
Allemands     3 466   0,2 %     1 870   0,1 %
Autres   14 088   0,9 %     9 410   0,7 %
Inconnus          7   0,0 %     7 919   0,6 %
Total 1 565 662 100,0 % 1 370 052 100,0 %

Source: Recensement officiel de l'Estonie, 2000

Les Estoniens représentent 67,9 % de la population, alors que les russophones forment une groupe de 25,6 %. Autrement dit, Estoniens et Russes regroupent 93,5 % des habitants du pays. Dans les trois pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), la langue de la majorité est la langue officielle (estonien, letton et lituanien); en Estonie, elle l’est dans une proportion de 67,9 % – contre 75,5 % en Lituanie et seulement 54,5 % en Lettonie.  La troisième communauté est formée des Ukrainiens (2,1 %), suivie par les Biélorusses(1,3 %), les Finnois (0,9 %), les Tatars (0,2 %), les Lettons (0,2 %), les Polonais (0,2 %), les Juifs (0,1 %), les Lituaniens (0,1 %) et les Allemands (0,1 %).

 Le pays compte également des Arméniens, des Azerbaïdjanais, des Moldaves, des Tchouvaches, des Morvdes, des Caréliens, des Ingriens, des Géorgiens, des Ouzbeks et des Suédois. On estime que la grande majorité des citoyens estoniens (83,4 %) peuvent s'exprimer en estonien, alors que 15,3 % peuvent le faire en russe. Beaucoup de locuteurs des petits peuples ne parlent plus leur langue ancestrale, car ils sont passés au russe. Par contre, beaucoup de Finnois, d'Ingriens, de Tsiganes et quelques autres parlent l'estonien comme langue maternelle.

Les russophones sont concentrés surtout dans les zones urbaines, essentiellement dans les villes industrielles du nord-ouest du pays. Avant l'annexion du pays par les Soviétiques en 1940, les Russes ne constituaient que 8,5 % de la population totale. Ils se sont installés ensuite massivement en Estonie et ont formé jusqu'à 40 % de la population (en 1989), surtout après que le régime communiste eût lancé une intense politique d'industrialisation et de soviétisation des pays baltes.

L’estonien n’est pas une langue balte et ne fait pas partie des langues indo-européennes puisqu’il appartient à la famille ouralienne – avec le finnois, le hongrois, le permiak, etc. Ainsi, seuls la Lettonie et la Lituanie peuvent, linguistiquement parlant, prétendre constituer un véritablement des «États baltes». C’est donc improprement qu’on classe en ce sens l’Estonie parmi les États baltes. Toutefois, en raison des caractéristiques géographiques, politiques et démographiques, on a coutume de dire que la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie font partie des États baltes. Il faut se rappeler que le fait que la langue nationale, l’estonien, n’est ni une langue balte ni une langue indo-européenne et, pour cette raison, constitue une difficulté supplémentaire pour son apprentissage de la part de la minorité russophone.

3 Données historiques

Les ancêtres des Estoniens actuels furent les Estes, des tribus organisées en petits États vaguement fédérés au Ier siècle après J.-C. En 1219, le roi Waldemar II du Danemark envahit le nord de l'Estonie, mais à la suite d'une révolte paysanne en 1343-1345 la couronne danoise dut céder ses territoires du nord de l'Estonie aux chevaliers teutoniques (allemands) qui contrôlaient déjà le sud de la région, la Livonie (Lettonie). En 1561, les Estoniens passèrent alors sous la protection de la couronne suédoise, la Pologne contrôlant temporairement le sud du pays. Puis, en 1645, la totalité de l'Estonie passa aux mains des Suédois.

En 1710, l’Estonie fut occupée par la Russie et cédée par la Suède en 1721. Au cours du XIXe siècle, la conscience nationale estonienne commença à s'éveiller. Après la révolution russe de 1917, le gouvernement provisoire accorda l'indépendance aux Estoniens, mais les bolchéviques envahirent à nouveau l'Estonie, puis furent chassés par les Allemands; le 24 février 1918, l'indépendance fut proclamée et dura jusqu’en 1940.

En juin 1940, l’Armée rouge occupa l'Estonie et les autres États baltes, la Lettonie et la Lituanie. L’Estonie devint alors une république de l'URSS et subit une politique d’intense russification. Comme en Lettonie, l'Allemagne envahit le territoire estonien en 1941; l’occupation militaire ne prit fin qu'en septembre 1944, avec le retour des troupes soviétiques. Durant les 45 ans de régime communiste, plus de 60 000 Estoniens s'enfuirent alors en Suède ou en Allemagne. Avec l'effondrement de l'URSS en 1991, l'Estonie, à l’exemple des autres républiques baltes (Lettonie et Lituanie), retrouva son indépendance et fut admise à siéger aux Nations unies.

4 La question de la citoyenneté estonienne

En Estonie, l'indépendance a été obtenue dans le calme. À l’exemple de la Lettonie, l'actuelle république d'Estonie est présentée comme le successeur historique de la république indépendante du même nom qui a existé de 1918 à 1940. Une nouvelle Constitution a été approuvée par référendum en 1992.

En s'inspirant d'une loi de 1939, le gouvernement a restreint les possibilités d'acquisition de la nationalité estonienne. Selon la législation de 1992, toutes les personnes qui résidaient en Estonie avant 1940 ainsi que leurs descendants se voient attribuer automatiquement la citoyenneté sans distinction ethnique. Les autres citoyens doivent demander un permis de séjour de deux ans et passer un examen de compétence linguistique.

Les relations interethniques se sont considérablement dégradées en juin 1993 à la suite de l'adoption d'une loi sur les étrangers demandant aux «non-citoyens» – en majorité russophones – de choisir entre la citoyenneté estonienne ou de rester étrangers, munis d'un permis de séjour. La loi d'acquisition de la nationalité, entrée en vigueur le 25 février 1992, prévoyait une période de résidence de trois ans, assortie d'un test de compétence de l’estonien et d'une déclaration d'allégeance à la république d’Estonie. En janvier 1995, le Riigikogu (Parlement) a adopté une nouvelle Loi sur la citoyenneté dont les exigences ont été accrues.

Selon l’article 6 de la Loi sur la citoyenneté de 1995, il faut, outre être âgé d’au moins 15 ans, avoir vécu en Estonie sur la base d’une résidence permanente autorisée pour au moins cinq années antérieures à la date à laquelle la demande de citoyenneté estonienne a été soumise et encore une année suivant la date de la demande d’inscription; il faut aussi connaître la Constitution et la Loi sur la citoyenneté; il faut avoir un revenu légal, permanent et suffisant pour subvenir à ses propres besoins ainsi qu’aux personnes à sa charge; il faut être loyal à la république d’Estonie et prêter serment en déclarant: «Je postule la citoyenneté estonienne, je jure fidélité au système constitutionnel de l’Estonie.»

Cependant, l’exigence la plus contraignante pour un russophone provient certainement des prescriptions de l’article 8 de la Loi sur la citoyenneté sur les exigences linguistiques:

 

- être capable de comprendre en estonien les déclarations et documents officiels, les avis de danger ou de sécurité, les nouvelles de l’actualité, les descriptions d’événements;

- être capable de soutenir une conversation en estonien, soit raconter quelque chose, formuler des questions, des explications, des hypothèses, donner des ordres, exprimer des opinions ou des demandes personnelles;

- être capable de lire en estonien des documents à caractère public, des avis, des formulaires simples, des articles de journaux, des messages, catalogues, modes d’emploi, questionnaires, rapports et des guides;

- être capable de rédiger en estonien des demandes de candidature, des lettres officielles, des textes explicatifs, des curriculum vitae, des questionnaires, des formulaires standards, etc., et de remplir un test.

De plus, la connaissance de la langue estonienne sera évaluée par un examen d’aptitude linguistique et un certificat sera émis à toute personne qui réussit avec succès l’examen de compétence. Toutefois, toute personne qui a complété son instruction, primaire, secondaire ou post-secondaire, en estonien sera exemptée de l’examen de compétence linguistique.

Malgré leur présence importante au Riigikogu (Parlement), les partis politiques russophones n'ont pas réussi à faire modifier la Loi sur la citoyenneté qui semble constituer un obstacle à la naturalisation d'une grande part des russophones "non citoyens" résidant dans le pays. La décision prise par le gouvernement de délivrer à ces "non-citoyens" un passeport d'étranger devait contribuer à limiter le risque de tension entre Estoniens et russophones. Selon certaines sources, l'information sur les procédures de naturalisation serait insuffisante, les conditions exigées trop sévères, le financement des cours de langues trop maigre et les professeurs d'estonien trop peu nombreux. 

Il faudrait ajouter aussi la question délicate des officiers soviétiques à la retraite. Or, l’un des effets de la Loi sur la citoyenneté a été de retarder le retrait des troupes russes de l’Estonie; en effet, le gouvernement russe liait le départ de l’armée à la fin des "violations des droits de l'homme" dont il estimait victime la minorité russophone. En 1996, il y avait encore 2300 soldats russes en Estonie – ils étaient 30 000 à 35 000 lors de l'indépendance. Le lien avec la question des minorités et les allusions à la perspective d'une présence militaire russe permanente ont accru les craintes des Estoniens, ce qui n'arrange pas les relations interethniques.

En 1997, le gouvernement estonien semblait avoir décidé d’aller dans le sens de la conciliation et du pragmatisme. Il a créé un poste de conseiller pour les questions de politique ethnoculturelle en nommant un russophone; il a créé une commission chargée de préparer des modifications aux lois sur la citoyenneté, les étrangers et la langue, et il attend beaucoup de l'intégration à l'Union européenne de l'Estonie. Le 18 février 1997, le Parlement estonien a adopté la Loi relative aux réfugiés. Le lendemain, il ratifiait la convention de 1951 et le protocole de 1967 relatifs au statut de réfugiés.

Dernière mise à jour: 04 juil. 2008
 

- L'Estonie -

(2) La politique de valorisation de la langue officielle (estonien)
 

(3) La politique linguistique à l'égard des minorités nationales
 

(4) Bibliographie
 

Lettonie  -  Europe  -  Lituanie

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