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Irlande du Nord(Royaume-Uni) |
Capitale: Belfast |
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LIrlande
du Nord (angl. Northern Ireland) constitue la partie nord-est de l'île
d'Irlande. Cette région de 14 148 km² (soit 1/5 de la république d’Irlande: 70
283 km²) est enclavée au nord-ouest et au sud par la république
dIrlande, mais elle est bordée à lest par le canal du Nord et la
mer dIrlande (voir la carte 1). On sait
que le nord de lIrlande est séparé politiquement du sud de lIrlande
depuis 1921.
LIrlande du Nord fait partie du Royaume-Uni (angl. United Kingdom) avec lÉcosse (angl. Scotland), lAngleterre (angl. England) et le pays de Galles (angl. Wales), alors que la république dIrlande au sud forme un État indépendant depuis 1937 (voir la carte 2). L'Irlande du Nord fait partie de l'Ulster, l'une des quatre grandes provinces historiques de l'île d'Irlande: l'Ulster (Ulaidh) au nord, le Connaught (Connacht) à l'ouest, le Munster (Mumhain) au sud et le Leinster (Laighin) à l'est. On peut consulter la carte des comtés de toute l'île d'Irlande, mais il faut distinguer l'Irlande du Nord de la république d'Irlande. |
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Rappelons que, depuis 1922, six des neuf comtés de l'«Uster historique» forment l'Irlande du Nord: Antrim, Armagh, Londonderry, Down, Fermanagh, Tyrone. Les trois autres comtés de la province «historique» de l'Ulster font partie de la république d'Irlande: Donegal, Monaghan et Cavan (voir la carte). Pour de nombreux Irlandais de la république d'Irlande, les six comtés de l'Irlande du Nord sont «sous domination britannique». Le 2 décembre 1999, des pouvoirs décentralisés («dévolution») ont été transférés à l'Assemblée irlandaise et à l'Exécutif d'Irlande du Nord, même si les deux organismes sont plus souvent «suspendus» qu'en «activité». Depuis la «dévolution» accordée à l'Irlande du Nord, au pays de Galles et à l'Écosse, le gouvernement britannique utilise l'expression devolved administrations («administrations déléguées») pour désigner les trois «entités» en question, ce qui se traduirait en français par «administrations déléguées». En réalité, le seul terme utilisé décrivant le territoire est celui de area, ce qui équivaut en français à «région». |
On a également recours aux expressions local authorities («autorités locales») et local government («administration locale») pour désigner les «administrations déléguées», ainsi que le mot nation («nation») pour dénommer la population de chacune des «régions déléguées». On emploie aussi les termes central government («gouvernement central») pour désigner le gouvernement de Londres.
Le Royaume-Uni n'étant pas une fédération, il n'est pas possible de recourir à des termes tels que «État» (comme aux États-Unis), «province» (comme au Canada et en Afrique du Sud) ou «canton» (comme en Suisse). Le Royaume-Uni n'a pas non plus retenu les expressions telles que «région autonome» (comme en Italie) ou «communauté autonome» (comme en Espagne). Bref, la terminologie demeure incertaine et ambiguë pour désigner les nouvelles entités découlant de la dévolution. Contentons-nous de l'expression «autorités locales» correspondant en anglais à local authorities.
L'Irlande du Nord comptait quelque 1,6 million d'habitants lors du recensement de 2001. Les habitants de lIrlande du Nord sont dorigine anglaise, écossaise ou irlandaise. Ceux dorigine anglaise et écossaise communément appelés les Ulster-Scots forment la majorité de la population, soit 60 %: ils sont de religion protestante et veulent généralement poursuivre la politique de rattachement avec la Grande-Bretagne.
Les autres 40 % sont des Irlandais de souche, c’est-à-dire des catholiques et des nationalistes natifs de l’Ulster, et ils sont généralement considérés comme des «indépendantistes» prônant le rattachement avec la république d’Irlande. Cependant, même si les protestants constituent 60 % de la population d'Irlande du Nord, ils sont progressivement rattrapés par les catholiques, dont le taux de natalité reste plus élevé. Dans les écoles des villes où l’on retrouve des catholiques et des protestants, les enfants de confession catholique sont aujourd'hui déjà majoritaires. Si la population catholique s’élevait à environ 33 % lors de la ratification de l’Accord de Belfast en 1998, elle pourrait bien atteindre plus de 45 % dans moins de quinze ans, ce qui diminuerait d'autant la proportion des protestants et entraînera une quasi-égalité numérique des deux communautés. Les catholiques sont concentrés à proximité de la frontière avec la république d'Irlande et dans certains ghettos urbains de Belfast (la capitale) et de Londonderry.
Qu'ils soient catholiques ou protestants, les Irlandais d'Irlande du Nord parlent pratiquement tous l'anglais comme langue maternelle. Il s'agit d'un anglais légèrement différent de celui de l'Angleterre. Ils parlent donc l'anglais d'Irlande du Nord.
Cela étant dit, l'Irlande du Nord compte aussi un certain nombre d'immigrants, notamment des Indiens (1505), des Pakistanais (619) et des Bangladeshi (192).
2.1 L'irlandais d'Irlande du Nord
Selon le recensement de 2001, seulement 167 490 locuteurs (10,4 % du total) auraient une certaine connaissance de l'irlandais en Irlande du Nord: ce sont très massivement des catholiques irlandais. Comme le gallois et le gaélique écossais, l’irlandais est une langue indo-européenne appartenant au groupe celtique. La langue irlandaise de l'Irlande du Nord résulte d'un mouvement de renaissance linguistique dit «revivaliste», car la totalité des derniers locuteurs ayant historiquement l'irlandais comme langue maternelle sont décédés au cours des années soixante-dix. Puis certaines familles «irlandisantes» ont voulu faire renaître la langue ancestrale, notamment dans divers districts de l'Irlande du Nord, y compris à Belfast. C'est à partir de ces familles que l'irlandais a continué de se transmettre comme langue seconde d'une génération à l'autre. Aujourd'hui, ces locuteurs de l'irlandais sont répandus un peu partout dans toute l'Irlande du Nord, mais il existe une concentration plus forte dans la région de Belfast.
Le recensement de 2001 donne les résultats qui suivent au sujet de l'irlandais:
| 3 à 11 ans | 12 à 15 ans | 16 à 24 ans | 25 à 39 ans | 40 à 59 ans | 60 à 74 ans |
75
et
plus |
Total | |
| Ayant une connaissance de l'irlandais |
13
710 (6,1 %) |
25
662 (23,8 %) |
33
874 (16,0 %) |
39
784 (10,7 %) |
36
772 (9,0 %) |
12
735 (6,5 %) |
4
953 (4,9 %) |
167
490 (10,4 %) |
| N'ayant aucune connaissance de l'irlandais |
209
420 (93,9 %) |
81
954 (76,2 %) |
177
608 (84,0 %) |
332
076 (89,3 %) |
370
185 (91,0 %) |
184
045 (93,5 %) |
95
179 (95,1 %) |
1
450
467 (89,6 %) |
| Total |
223
130 (100,0 %) |
107
616 (100,0 %) |
211
482 (100,0 %) |
371
860 (100,0 %) |
406
957 (100,0%) |
196
780 (100,0 %) |
100
132 (100,0 %) |
1
617
957 (100,0 %) |
Source: Northern Ireland Census 2001
La question du recensement portait sur «une connaissance de l'irlandais» (''Some Knowledge of Irish'') ou «aucune connaissance de l'irlandais» (''No Knowledge of Irish''), ce qui semble plutôt imprécis. Aucun niveau de maîtrise de la langue n'était précisé dans le questionnaire du recensement. Ce recensement de 2001 révèle aussi ce qui suit pour les locuteurs de l'irlandais (10,4 % en Irlande du Nord) âgés de trois ans ou plus:
|
Type de locuteurs |
Nombre |
Pourcentage |
| Comprenant l'irlandais sans le parler, ni le lire ou l'écrire |
36 479 |
21,7 % |
| Parlant l'irlandais sans le lire ni l'écrire |
24 536 |
14,6 % |
| Parlant et lisant l'irlandais sans l'écrire |
7 183 |
4,2 % |
| Parlant, lisant, écrivant et comprenant l'irlandais |
75 125 |
44,8 % |
| Autres combinaisons possibles |
24 167 |
14,4 % |
| Total |
167 490 |
100,0 % |
Source: Northern Ireland Census 2001
En somme, on peut affirmer que 10,4 % des citoyens ont une «certaine connaissance» de l'irlandais et que 89,6 % n'en ont aucune.
2.2 L'écossais d'Usler
L'écossais d'Usler (ou «scots d'Usler»; en anglais: Ulster-Scots) est l'une des deux langues «nationale» avec l'irlandais en Irlande du Nord. Cependant, le recensement de 2001 ne comportait aucune question relative à cette langue. De plus, il n'existe pas de données fiables quant au nombre de ses locuteurs. Dans le cadre de l'enquête «Northern Ireland Life and Times Survey»' de 1999, seulement 2 % des personnes interrogées ont déclaré être des locuteurs de l'écossais d'Ulster, ce qui représenterait approximativement 35 000 individus, sans précision sur le degré de connaissance de cette langue. Cette enquête a été effectuée sur un échantillon représentatif de quelque 2200 adultes.
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La variété d'écossais d'Usler (Usler-Scots), qui est appelée Ullans dans les textes législatifs, est parlée surtout dans le nord-est du comté de Londonderry, le nord-est du comté de Down (les «Ards»') et dans une grande partie du comté d'Antrim, ainsi que dans le comté de Donegal en république d'Irlande (voir la carte). À l'origine, le scots était la langue des Scots, un peuple qui a donné son nom à l'Écosse (Scotland). On estime que quelque 100 000 locuteurs parleraient le scots ou l'une de ses variétés (le lallans et le doric) en Écosse, notamment dans le Sud et l'Est. Contrairement au gaélique qui est d'origine celtique, l'écossais d'Usler est une langue germanique de l'Ouest. C'est pourquoi il ne faut pas confondre le scots ou l'écossais d'Usler avec l'écossais d'Écosse (ou gaélique écossais), car ce dernier appartient au groupe celtique, l'autre, au groupe germanique. |
Le scots est formé à partir du vieil anglais parlé à l'origine par les Scots de la région de Northumbrie en Angleterre, c'est-à-dire du vieux-northumbrien, l'un des dialectes anglo-saxons du Nord, avant l'invasion normande de 1066. Il a aussi été influencé par le vieux-norrois, apporté par les Vikings danois au IXe siècle. C'est au début du XVIIe siècle que de nombreux Scots ont quitté l'Écosse pour l'Uslter. Le scots a toujours été traditionnellement parlé dans les Basses-Terres (Lowlands) de l'Écosse. Cette langue est également connue en Écosse sous différentes dénominations: l'inglis (synonyme d'anglais archaïque, ce qui démontre sa parenté avec l'anglais), le lallans ou Lowland Scots (dans les Lowlands du centre de l'Angleterre) et le doric (comme langue régionale à Edimbourg, particulièrement au XVIIIe siècle) comme langue régionale d'Aberdeen dans le nord est. Le scots est reconnu comme une langue régionale de l'Écosse. Bien que des Écossais utilisent encore le lallans, celle-ci est désormais considérée comme une langue strictement littéraire.
Si l'Irlande du Nord est appelée Northern Ireland en anglais, la dénomination prend la forme de Tuaisceart Éireann en irlandais et de Norlin Airlann en écossais d'Usler.
2.3 Les langues immigrantes
Les locuteurs des langues autres que l'anglais, l'irlandais et l'écossais d'Usler sont peu nombreux. Au nombre de moins de 2000, ils se limitent essentiellement à l'hindi, à l'ourdou, au bengali, etc.
L'île de l'Irlande, occupée par les Celtes depuis le IVe siècle avant notre ère, a connu plusieurs occupations au cours de son histoire: les Vikings norvégiens et danois au XIe siècle, les Normands au XIIe siècle, les Anglais au XVIe siècle. Après avoir été complètement dominée et exploitée par l'Angleterre, l'Irlande obtient son autonomie législative en 1782-1783 en tant que «nation protestante libre» avec ses deux parlements, l'un à Dublin (sud), l'autre à Belfast (nord).
3.1 La Loi d'Union
La Loi déclaratoire de 1719, selon laquelle les lois adoptées à Londres s'appliquaient en Irlande, fut révoquée par Londres. Cela nempêcha pas les Irlandais catholiques, alors dominés par un parlement protestant, de se révolter contre l'Angleterre. En 1800, le parlement de Westminster vota une Loi d'Union avec l'Irlande qui forma dès lors un Royaume-Uni avec la Grande-Bretagne appelé le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande.
Dorénavant, les lois durent être adoptées au parlement de Westminster. Les députés irlandais présents à la Chambre assistèrent, minoritaires et impuissants, à l'adoption des lois s'appliquant à l'Irlande. En général, les députés du Royaume-Uni les adoptaient, en pleine nuit, en bloc, sans examen, surtout lorsqu'ils s'agissait de lois répressives dans le but de restreindre, suspendre ou supprimer les libertés individuelles, dont tous les habitants du Royaume étaient censés bénéficier.
Le gouvernement britannique avait interdit aux enseignants catholiques d'enseigner dans les écoles irlandaises. Devant l'impossibilité de trouver des maîtres, les Anglais durent se raviser, mais les écoles catholiques irlandaises et les écoles protestantes anglaises ne furent pas dotées du même traitement, en terme de subventions. Le Board of National Education fut composé majoritairement de protestants, alors que l'écrasante majorité de la population était catholique. C'est ce Board qui avait la main mie sur les manuels scolaires, lesquels étaient presque toujours rédigés par des Anglais protestants anglicans ou presbytériens. Les élèves irlandais apprenaient, par exemple, que certaines doctrines du catholicisme relevaient du paganisme. Dans l'enseignement de l'histoire, toute référence au passé de l'Irlande était supprimée. On espérait ainsi que les Irlandais éprouveraient un profond respect pour l'histoire de l'Angleterre dont ils dépendaient pour tout. Dans un manuel de géographie, les élèves pouvaient lire:
| À l'est de l'Irlande se trouve l'Angleterre où vit la reine; beaucoup de ceux qui habitent l'Irlande sont nés en Angleterre; nous parlons la même langue et nous sommes appelés à une même nation. [Cité par Pierre JOANNON, Histoire de l'Irlande et des Irlandais, p. 221.] |
Ce n'était guère mieux dans les universités. Ainsi, sir John Pentland Mahaffy (1839-1919), provost (sorte de principal) du Trinity College de Dublin, professait ouvertement ses opinions antipapistes, propageait son aversion pour la langue et l'histoire irlandaises, et accablait de sarcasmes tous ceux qui s'efforçaient de ressusciter les coutumes gaéliques d'un monde disparu.
Sous l'influence du système d'éducation, l'anglicisation progressa lentement. Tout poussait les Irlandais à troquer leur vieille langue gaélique pour l'anglais associé à la langue de la modernité. En 1841, à la veille de la Grande Famine, 50 % des huit millions d'Irlandais parlaient encore l'irlandais. Puis un million à un million et demi de d'irlandais périrent de faim et de maladie, tandis qu'un million et demi d'Irlandais furent contraints d'abandonner leur terre natale. La saignée fut considérable, et l'Irlande n'a jamais pardonné à l'Angleterre cette catastrophe sans précédent. Une dizaine d'années plus tard, le progrès de l’anglicisation a été tel que plus de 80 % des Irlandais ne parlaient plus qu’anglais, puis 12 % étaient devenus bilingues et 8 % ne parlaient encore que l’irlandais. Il faut dire que les Anglais avaient pratiqué un génocide assez réussi: famines, massacres, esclavage, déportations, etc. Les survivants des massacres et des famines qui n’ont pas émigré ont dû s’assimiler pour pouvoir survivre. Les recensements parlent d'eux-mêmes: 8,1 millions d'habitants en 1841, contre 3,4 millions en 1891. Voici un témoignage de l'historien Donal McCartney dans The Dawning of Democracy: Ireland 1800-1870 paru en 1987 :
| L'acquisition de la langue anglaise était généralement perçue comme la victoire de la sophistication urbaine sur l'arriération rurale, des habitants des villes sur les cul-terreux de la campagne, des riches terres sur les tourbières et les collines rocailleuses, de l'économie commerciale des ports de l'Est sur les villages de pêcheurs de l'Ouest. [Cité par Pierre JOANNON, Histoire de l'Irlande et des Irlandais, p. 223.] |
Le rejet de l'irlandais et la pratique opiniâtre de l'anglais illustraient la volonté d'assimilation des Anglais sur les Irlandais colonisés. Dépossédés de leur langue, les Irlandais allaient se tourner, une fois de plus, vers la religion, ce qui allait donner un pouvoir considérable aux représentants de l'Église catholique.
En 1856, Friedrich Engels (1820-1895), philosophe allemand et grand ami de Karl Marx, visita l'Irlande en compagnie de sa femme, Mary Burns, d'origine irlandaise. Le caractère colonial de la situation irlandaise l'avait choqué. Dans une lettre à Karl Marx, daté du 23 mai 1856, il écrivait:
| On peut regarder l'Irlande comme la première colonie anglaise, comme une colonie qui, à cause de sa proximité, est encore gouvernée selon l'ancien système; et l'on s'y rend compte que la prétendue liberté des citoyens anglais a pour fondement l'oppression des colonies. Dans aucun pays je n'ai vu autant de gendarmes, et le gendarme prussien à mine patibulaire a trouvé son expression la plus parfaite dans cette police armée de carabines, de baïonnettes et de menottes. |
Quelques années plus tard, Marx écrira à Engels: «En aucun autre pays d'Europe, la domination étrangère n'a pris cette forme directe de l'expropriation des indigènes.» D'ailleurs, cette constatation allait devenir le point central de la pensée de Karl Marx sur l'Irlande: l'asservissement impérialiste de l'Irlande permet celui du prolétariat anglais, et l'émancipation de ce dernier n'est pas possible avant la libération de l'Irlande.
C'est pourquoi, tout au cours du XIXe siècle, les mouvements indépendantistes irlandais s'intensifièrent et se durcirent. Ainsi, Thomas Osborne Davis (1814-1845), un poète et révolutionnaire irlandais, écrivait:
| Un peuple sans sa langue n'est que la moitié d'une nation. Une nation se doit de conserver sa langue plus que ses territoires. C'est une barrière plus sûre et une frontière plus importante que forteresses et fleuves. Perdre votre langue maternelle et apprendre celle de l'étranger, c'est la pire marque de la conquête: c'est l'âme que l'on charge de chaînes. [Cité par Pierre JOANNON, Histoire de l'Irlande et des Irlandais, p. 249.] |
Thomas Davis ne semblait pas demander la substitution complète de l'irlandais à l'anglais; il souhaitait un bilinguisme dans lequel l'anglais serait resté le véhicule du commerce et des affaires, alors que l'irlandais conserverait son rôle de véhicule de la nation irlandaise. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. L'anglais a tout accaparé: tandis que les locuteurs de l’irlandais étaient massivement assimilés, un mouvement en faveur de la préservation de l'irlandais est apparu, l'organisation la plus influente étant la Gaelic League (Ligue gaélique) créée en 1893. Les partisans de la ligue prônèrent le retour de l’irlandais dans la vie sociale, au lieu de simplement tenter de la préserver. L’importance de ce mouvement de restauration linguistique fut considérable dans la mesure où il fut ensuite intégré dans le combat pour l'indépendance politique.
Mais la guerre anglo-irlandaise se poursuivit de 1917 à 1922. Le gouvernement provisoire créé en Irlande institua un ministère de la Langue nationale et mit au point une stratégie dans le but de renverser le processus d’assimilation à l'anglais: il fallait restaurer l'irlandais en tant que langue nationale.
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La Home Rule fut promulguée le
18 septembre 1914, mais son application fut suspendue jusqu'à la fin
des hostilités, soit en 1920. Dès lors, Londres constitua deux
parlements «religieux» en Irlande: l'un, à majorité anglo-protestante, dans
la province de l'Ulster (capitale: Belfast), l'autre, à majorité
anglo-catholique, dans le reste de l'Irlande (capitale: Dublin). Les deux
Irlande, celle du Nord et celle du Sud, durent prêter serment d'allégeance à
la couronne d'Angleterre, car elles faisaient toujours partie du Royaume-Uni.
Autrement dit, le traité anglo-irlandais avait concédé un statut d'«États
libres» à 26 des 32 comtés de l'Irlande, soit tout le Sud catholique. Les six
autres comtés, situés en Irlande du Nord et dont les citoyens étaient
protestants, restèrent au sein du Royaume-Uni. La Home Rule était une loi de partition, d'ou le nom qu'on lui donna parfois: Partition Act. Mais la partition était, en principe, tenue pour temporaire. Il fallait aussi que le gouvernement britannique ait prévu un système de protection à l'égard des minorités religieuses. À cet effet, l'article 5 de la Government of Ireland Act du 23 décembre 1920 interdit aux législatures irlandaises de favoriser une religion aux dépens de l'autre. Effectivement, la minorité protestante fut protégée en Irlande (le Sud), mais pas la minorité catholique ulstérienne. |
Ainsi, au nord, quelque 430 000 catholiques, représentant un tiers de la population, restait assujettis au bon vouloir des protestants, alors qu'au sud plus de 325 000 protestants, représentant 10 % de la population, avaient un droit de véto. Malgré la partialité de la Government of Ireland Act en leur faveur, les unionistes protestants ne parurent guère satisfaits, car ils ne voulaient pas d'un régime partitionniste qu'ils n'avaient pas sollicité; ils voulaient faire partie intégrante de l'Angleterre. Ce fut le mouvement du «retour à Westminster». Les unionistes croyaient aussi que les protestants du Sud étaient livrés corps et âmes aux nationalistes irlandais. En fait, la partition de l'Irlande fut le comble de l'ironie, car personne n'en voulait, ni les nationalistes irlandais qui aspiraient à l'indépendance complète de l'île, ni les unionistes protestants qui désiraient le maintien de l'union entre les deux îles de l'archipel britannique, ni même les dirigeants britanniques qui considéraient la partition comme un expédient temporaire.
Pourtant, le gouvernement britannique avait prévu une régime de subordination à l'égard de l'Irlande. L'article 75 de la Government of Ireland Act énonçait formellement que l'établissement des parlements d'Irlande ne supprimait ni ne diminuait ni l'autorité du Parlement du Royaume-Uni, qui pouvait restreindre, élargir ou supprimer le domaine de l'autonomie des deux Irlande.
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Article 75 Saving for supreme authority of the Parliament of the United Kingdom. Notwithstanding the establishment of the Parliaments of Southern and Northern Ireland, or the Parliament of Ireland, or anything contained in this Act, the supreme authority of the Parliament of the United Kingdom shall remain unaffected and undiminished over persons, matters, and things in Ireland and every part thereof. |
Article 75 Pour sauvegarder l'autorité suprême du Parlement du Royaume-Uni Nonobstant l'établissement du Parlement d'Irlande du Sud et d'Irlande du Nord, ou du Parlement de l'Irlande, ou de toute disposition contenu dans la présente loi, l'autorité suprême du Parlement du Royaume-Uni sur les citoyens ne sera affectée ni diminuée sur des questions et sujets en Irlande et pour chacune de ses parties. |
Si le parlementarisme britannique s'est révélé positif pour l'Angleterre, il n'en a pas été ainsi pour l'Irlande, trop divisée aux plans de la religion, de la société, de la politique et de l'économie. Deux communautés s'affrontèrent tout en s'ignorant totalement, chacune motivée par la peur de l'Autre, le signe extérieur de cet affrontement demeurant la religion, catholique pour l'une, protestante pour l'autre. Les unionistes protestants qui contrôlaient l'Assemblée législative nord-irlandaise restèrent des ardents défenseurs de l'intégrité du Royaume-Uni. Quant aux Irlandais du Sud, ils demeurèrent des nationalistes catholiques partisans d'une Irlande unie. Évidemment, les six comtés qui ont été détachés du reste de l'Irlande permettaient aux unionistes protestants de se tailler une confortable majorité en Irlande du Nord. Conséquemment, l'Irlande du Nord s'est transformé en État-parti protestant. De plus, le découpage des circonscriptions fut effectué de sorte que le parti unioniste se voyait accordé la majorité des sièges jusque dans les conseils locaux. Sir James Craig (1748-1812) définissait ainsi le caractère des institutions nord-irlandaises: A Protestant Parliament fort a Protestant People. Condamnée à vivre dans un état de subordination, la minorité catholique nord-irlandaise rejeta cette partition. Les catholiques mobilisèrent toute leur énergie à renverser l'État d'Irlande du Nord, tantôt par la violence tantôt par des moyens pacifiques, en vain. De leur côté, les unionistes adoptèrent toute une série de mesures et de lois d'exception afin de doter l'Exécutif des pouvoirs d'une véritable dictature policière.
3.2 À la suite de la république d'Irlande
En 1949, l'Irlande catholique du Sud proclama unilatéralement son indépendance et prit le nom officiel de république d'Irlande. Lirlandais et langlais devinrent les deux langues officielles de la République. Quant à l'Irlande du Nord, majoritairement protestante, elle continua d'être rattachée à la Grande-Bretagne tout en disposant encore de son parlement local à Belfast.
Néanmoins, le problème de l'Irlande nétait pas réglé pour autant. L'Armée républicaine irlandaise (l'IRA), qui veut réunir la province de l'Ulster (l'Irlande du Nord) à la république d'Irlande, intensifia sa lutte au point que l'armée britannique dut occuper l'Irlande du Nord en 1969. En 1972, le gouvernement de Londres décida de suspendre le gouvernement et dabolir le parlement de Belfast, puis d'imposer la loi martiale. Les députés de Belfast vinrent siéger au parlement de Westminster; l'Irlande du Nord fut à nouveau entièrement liée au gouvernement central de Londres jusqu'à l'accord de 1998 sur l'avenir de l'Usler.
3.3 L’accord de 1998 sur l’avenir de l’Ulster
Dans le but dinstaurer des réformes jugées nécessaires dans les institutions britanniques, le parlement de Wesminster a adopté la Loi sur l'Irlande du Nord (la Northhern Ireland Act de 1998) destinée à redonner à lIrlande du Nord son autonomie politique perdue. Le 10 avril 1998, à Belfast, un accord politique dune importance capitale a été conclu sur lavenir de lUlster. Cet accord, appelé laccord de Belfast (The Belfast Agreement 1998) et qui a permis de bâtir un triangle de coopération inédite entre Belfast, Dublin, et Londres, lie non seulement le Royaume-Uni et les partis politiques dIrlande du Nord, mais aussi la république dIrlande.
L’accord prévoyait, dès février 1999, le rétablissement du parlement de l’Irlande du Nord réunissant pour la première fois loyalistes protestants et catholiques irlandais. Il prévoyait également la création du Conseil Nord-Sud pour développer des politiques communes entre les deux Irlandes, la création du Conseil Est-Ouest réunissant des représentants du Parlement britannique, du nouveau Parlement écossais et du nouveau Parlement nord-irlandais. En outre, l’accord qui, rappelons-le, lie aussi la république d’Irlande, prévoyait que celle-ci accepte de modifier sa constitution afin de ne plus formuler des revendications territoriales sur l’Irlande du Nord; néanmoins, la Grande-Bretagne ne s'opposerait pas à l'union entre le nord (Irlande du Nord) et le sud de l'Irlande (république d’Irlande), si telle était la volonté de la majorité de tous les Irlandais en Ulster, catholiques comme protestants. Sur le plan de la langue, Londres s’engageait même à promouvoir la langue irlandaise là où les Irlandais du Nord (surtout catholiques) le désirent, c’est-à-dire dans l’enseignement, les arts et la culture, les médias, l’usage tant public que privé, et à militer contre tout ce qui peut en restreindre l’emploi.
Lors du référendum de mai 1998, les Irlandais du Nord ont approuvé laccord de Belfast dans une proportion de 71,1 %, les Irlandais du Sud, 94,4 %. De son côté, lIRA, lArmée républicaine irlandaise, a fait savoir par voie de communiqué quelle ne rendrait pas les armes. Or, la question du désarmement de lIRA a toujours bloqué lavancée du processus de paix. L'accord de paix accorde un délai de deux ans aux paramilitaires pour restituer l'intégralité de leur arsenal.
Comme en fait foi la Loi sur l’Irlande du Nord (Northhern Ireland Act) de 1998, l’autonomie politique dont bénéficie, à partir du 2 décembre 1999, le nouveau parlement de l’Irlande du Nord demeure assez réduite. En effet, l'Assemblée irlandaise de 108 membres élus a l'autorité de légiférer dans des domaines limités concernant les affaires intérieures telles que la justice, l’éducation, la culture, l’administration locale, le patrimoine, le logement, la santé, l’agriculture. C’était en février 1999 que Londres devait transférer à l'Assemblée irlandaise ses pleins pouvoirs en matière d'administration, à l'exception de secteurs comme la défense, la police et la fiscalité. Depuis 1998, toutes les institutions prévues dans l'accord ont dû être mises sur pied, notamment la formation du gouvernement local (l’Exécutif) de l’Ulster, qui devait être composé de six à huit membres. Encore faut-il que les protestants et les catholiques puissent travailler ensemble. Déjà, lors de l'ouverture solennelle (en septembre 1998) de l'Assemblée autonome d'Ulster au château de Stormont, catholiques et protestants se sont chamaillés pour savoir si le drapeau britannique devait flotter sur le parlement et si les débats devaient être traduits ou non en irlandais.
Notons également que toutes les lois irlandaises devront recevoir lapprobation du parlement de Westminster, qui pourrait alors opposer son veto. Quant au rôle du secrétaire dÉtat de Sa Majesté, il a la responsabilité de représenter les intérêts de lIrlande du Nord au Conseil des ministres britanniques. Autrement dit, lIrlande du Nord fait encore partie du Royaume-Uni dont le Parlement ne perd aucune de ses prérogatives, notamment celle dadopter des lois concernant lIrlande du Nord. On peut déjà prévoir des conflits juridiques alors que les deux parlements adopteront des lois politiquement et juridiquement incompatibles.
En ce qui a trait à la langue, le parlement de Westminster peut légiférer pour faciliter et encourager l'emploi de la langue irlandaise là où il y aura une demande appropriée. Il devra supprimer tout obstacle qui empêcherait le développement de lirlandais, fournir des moyens pour assurer des communications avec toute autre communauté de langue irlandaise, créer un organisme administratif (lEducation Department) destiné à encourager linstruction en irlandais, fournir un soutien financier pour promouvoir la production de films et démissions de télévision en irlandais. Enfin, le gouvernement britannique devra sassurer que cet engagement sera poursuivi par le nouveau Parlement irlandais.
À supposer que toutes les dispositions linguistiques de l’accord de Belfast se concrétisent, il est peu probable qu’elles auront pour effet d’améliorer vraiment le statut réel de la langue irlandaise en Irlande du Nord, comme d’ailleurs en république d’Irlande. Par exemple, l’introduction de la traduction simultanée au Parlement irlandais ne changerait pas grand-chose dans la mesure où il existe peu de parlementaires parlant cette langue, à supposer que son emploi soit demandé et exigé par les catholiques. Dans la vie sociale et économique, les quelque 142 000 catholiques parlant l’irlandais et représentant 9 % de la population de l’Ulster ne pèseront pas d’un poids très lourd, pas assez en tout cas pour redonner vie à la langue irlandaise.
Quoi qu’il en soit, la paix en Irlande du Nord se trouve toujours dans une délicate position. Après trente années de conflit, les catholiques et les protestants ont souvent été dans l'impasse. Il y a eu deux accords de cessez-le-feu, un accord de paix, la création d’un parlement biconfessionnel et d’innombrables crises politiques. En juillet 1999, il a été impossible de former un gouvernement mixte, ce qui a eu pour effet de geler le processus de paix pour un certain temps, les unionistes protestants ayant boycotté la séance qui devait, pour la première fois, voir entrer des ministres catholiques dans le gouvernement nord-irlandais. En fait, David Trimble, le chef du Parti unioniste d'Ulster, a rejeté le plan de paix en persistant à exiger un désarmement immédiat de l'Armée républicaine irlandaise (IRA); son acceptation du partage du pouvoir avec la branche politique de l'IRA, le Sinn Fein, était à ce prix. Pourtant, l'accord de paix d'avril 1998 — appelé l’accord du Vendredi saint — prévoyait initialement que le désarmement n'interviendrait qu'en mai 2000, plus d'un an après la mise en place des nouvelles institutions. Mais l'IRA a refusé de déposer les armes tant que le gouvernement ne serait pas formé et a menacé à mots de rompre le cessez-le-feu si les négociations n'aboutissaient pas. Un accord temporaire a été trouvé — le désarmement de l’IRA devait commencer dès la formation de l’Exécutif nord-irlandais — et le gouvernement nord-irlandais a été formé le 2 décembre 1999. Mais un peu plus de deux mois plus tard (le 12 février 2000), le gouvernement britannique adoptait au Parlement une loi suspendant temporairement les jeunes institutions en place en Irlande du Nord, en raison de l’absence (ou du commencement) de désarmement de l’IRA (pourtant prévue pour mai 2000). La suspension du gouvernement nord-irlandais signifiait que le gouvernement britannique reprenait la gestion directe de la «province» nord-irlandaise, comme il l’a fait quasiment sans interruption depuis 1972.
Pendant ce temps, les dirigeants, tant catholiques que protestants, se sont rejeté la faute de l’échec de leur seconde tentative de se gouverner eux-mêmes. D’ailleurs, certains députés protestants ont même laissé entendre que cette situation leur plaisait dans le mesure où Londres conserverait sa mainmise en Irlande du Nord. Les relations anglo-irlandaises fonctionnent sur un mode colonial depuis plus de huit siècles: elles ne changeront pas en un jour.
Quoi qu'il en soit, depuis le 11 septembre 2001, les actions terroristes de l'IRA semblent beaucoup plus difficiles à justifier. Si les membres de l'IRA ne rendent pas les armes, les riches donateurs américano-irlandais pourraient ranger leurs chéquiers et les alliés du Capitole retireraient maintenant leur soutien au Sinn Féin. C'est que le terrorisme islamique a eu pour effet d'éclipser le terrorisme irlandais. Certains commentateurs parlent même de la «bonne vieille IRA» par opposition aux «méchants» islamistes! Depuis le 11 septembre, les républicains irlandais savent que leur guerre ne peut plus se poursuivre «comme avant» et qu'ils devront opérer de façon différente que les groupes islamistes. D'un autre côté, l'unification des deux Irlandes paraît tout aussi lointaine que jamais. Quelque trente années de violence ont laissé un héritage de haine et d'amertume au sein d'une communauté déchirée.
Le 14 octobre 2002, le secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord a suspendu l'Assemblée et l'Exécutif d'Irlande du Nord. Le secrétaire d'Etat, assisté de son équipe de ministres pour l'Irlande du Nord, a pris la direction et le contrôle des ministères nord-irlandais. Les plus optimistes croyaient à une restauration du gouvernement décentralisé à l’automne 2006, soit quatre ans après la suspension de l’Assemblée nord-irlandaise de Stormont. Puis l'IRA a renoncé à la violence et démantelé son arsenal le 28 juillet 2005, mais sans grand résultat institutionnel jusqu’à présent. L'IRA dit préférer suivre la voie démocratique au moyen de sa branche du Sinn Fein. Faute d'accord, le processus de paix risque d'être enterré. Néanmoins, le premier ministre Tony Blair n’a pas hésité à qualifier cet évènement de «développement capital et historique».
Le statut des langues en Irlande du Nord n'est pas bine clairement défini dans aucun texte juridique. Même l'anglais n'a pas de statut juridique officiel, ce qui signifie que l'anglais jouit néanmoins de ce statut dans les faits (de facto). Malgré cette situation juridique floue, l'Accord de Belfast (ou Accord du Vendredi saint), signé le 10 avril 1998, précise que toutes les parties signataires ont reconnu «l'importance du respect, de la compréhension et de la tolérance vis-à-vis de la diversité culturelle y compris, en Irlande du Nord, pour l'irlandais, l'écossais d'Ulster et les langues des diverses communautés ethniques». En ce sens, le gouvernement du Royaume-Uni a pris des engagements spécifiques concernant l'irlandais. De plus, la déclaration commune des gouvernements britannique et irlandais, en date du 1er avril 2003, indique ce qui suit :
| Le Gouvernement britannique va continuer de s'acquitter de toutes les obligations, acceptées au titre de l'Accord, concernant l'irlandais. En particulier, pour ce qui concerne la radiodiffusion, le Gouvernement britannique prendra toutes les mesures nécessaires pour garantir la création, aussi tôt que possible après la réception en avril du dossier économique définitif, d'un fonds de soutien financier pour la production de films de cinéma et de télévision en irlandais. Il prendra aussi des mesures afin d'encourager l'octroi d'une aide à une académie de l'écossais d'Ulster. Les deux Gouvernements poursuivront leur collaboration avec les organismes de surveillance compétents et les autorités de radiodiffusion afin de lever les obstacles techniques et autres qui s'opposent à une extension substantielle de la réception de TG4 en Irlande du Nord. |
On est peut-être loin de la proclamation de langues co-officielles, mais il s'agit d'une reconnaissance réelle acceptée par le plus haut niveau de l'État.
Par ailleurs, l'ordonnance de 1999 pour l'Irlande du Nord sur la coopération Nord/Sud, officiellement appelée «The North/South Co-operation (Implementation Bodies) (Northern Ireland) Order 1999», a prévu la création de l'Organisme Nord/Sud pour la mise en application des politiques linguistiques grâce à deux instances: le Foras na Gaeilge (ou Bureau de la langue irlandaise) et le Tha Boord o Ulstèr Scotch (ou Bureau de l'écossais d'Ulster). Ces deux organismes ont pour mandat de promouvoir ces deux langues. De plus, en 2006, le Parlement britanique a adopté la Loi sur l'Irlande du Nord, appelée aussi «Accord de la Saint-Andrew», qui oblige le Comité exécutif de l'Irlande du Nord à adopter une politique disposant comment il entend accroître et protéger le développement de l'irlandais et de l'écossais d'Ulster.
En réalité, la situation de l'Irlande du Nord s'avère différente de celle l'Écosse et du pays de Galles. Il serait abusif de parler de statut juridique particulier en Irlande du Nord, l'anglais demeurant la seule langue officielle de cette région ou «province» du Royaume-Uni. On peut même affirmer que l'Irlande du Nord n'a, de jure, aucune langue officielle, et que l'irlandais et l'écossais d'Ulster sont reconnues, au sens de la Charte du Conseil de l'Europe, comme des «langues régionales ou minoritaires».
4.1 La langue de la législation
En vertu de l'accord de Belfast signé le 10 avril 1998, le gouvernement du Royaume-Uni s'engage, conjointement avec la république d'Irlande, à favoriser activement la diversité linguistique, ce qui est encore loin de la reconnaissance officielle de l'irlandais. En outre, le gouvernement du Royaume-Uni s'engage à rendre accessibles en irlandais les textes législatifs nationaux les plus importants et ceux qui concernent particulièrement les locuteurs de cette langue, à moins que ces textes ne soient déjà disponibles autrement. Certains textes officiels nationaux ont été traduits et sont disponibles en irlandais.
Cependant, l'Assemblée d'Irlande du Nord, lorsqu'elle siège, peut autoriser l'utilisation de l'irlandais dans ses débats; elle a d'ailleurs pris des dispositions dans ce sens. L'Assemblée emploie aujourd'hui à plein-temps une personne chargée de la traduction et de l'interprétation en irlandais. Le Foras na Gaeilge, (le «Bureau de la langue irlandaise»), a même rédigé un dictionnaire des termes parlementaires, lequel a été publié le 27 mai 2002 par le président de l'Assemblée législative d'Irlande du Nord.
4.2 La justice
En matière de justice, il n'existe aucune disposition juridique sur la langue irlandaise. Il n'est donc pas possible d'utiliser l'irlandais ou l'écossais d'Usler dans un tribunal situé en Irlande du Nord.
4.3 L'Administration publique
Jusqu'à récemment, seul l’anglais était permis, aussi bien pour l’administration locale de l’Irlande du Nord que pour celle de Sa Majesté. Plusieurs ministères nord-irlandais ont traduit leurs principaux documents en irlandais et en écossais d'Ulster. Les autorités locales peuvent désormais permettre et encourager les locuteurs de l'irlandais ou de l'écossais d'Usler à présenter des demandes orales ou écrites dans l'une ou l'autre langue. Pour le moment, la politique du gouvernement n'interdit pas aux autorités locales (l'Assemblée) ou régionales (les 26 conseils de district) d'accepter des demandes orales ou écrites en irlandais. Les services publics doivent faire en sorte de permettre aux locuteurs de formuler toute demande dans ces langues. Une messagerie vocale a été mise en place pour les membres du public qui souhaitent effectuer leurs démarches en irlandais ou en écossais d'Usler.
L'Organisme Nord/Sud pour la langue a été créé en vertu de l'ordonnance de 1999 pour l'Irlande du Nord sur la coopération Nord/Sud Order 1999 (North/South Co-operation, Implementation Bodies, Northern Ireland). Cet organisme est composé de deux instances distinctes: le Boord o Ulster Scotch («Bureau de l'écossais d'Ulster») et le Foras na Gaeilge («Bureau de la langue irlandaise») chargés de promouvoir, selon le cas, l'irlandais et l'écossais d'Ulster. Plus précisément, le Bureau de l'écossais d'Ulster a particulièrement pour mission de «la promotion d'une plus grande conscience et d'un plus grand usage de l'ullans et des questions culturelles de l'écossais d'Ulster, tant en Irlande du Nord que dans l'ensemble de l'île».
Ajoutons qu’une loi du 13 décembre 1949, la Loi sur la santé publique et l'administration locale (Public Healt and Local Government Act), a jadis interdit l'usage de l'irlandais sur les plaques odonymiques (noms de rue). Cette loi est demeurée en vigueur jusqu’à récemment. Cependant, l'ordonnance de 1995 sur l'administration locale pour l'Irlande du Nord (Local Government, Miscellaneous Provisions, Northern Ireland, Order 1995) a réintroduit une législation donnant aux conseils de district le pouvoir de nommer les rues dans «une autre langue», parallèlement à la dénomination anglaise:
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Section 11 Powers of councils in relation to street names and numbering of buildings 1) A council may erect at or near each end, corner or entrance of any street in its district a nameplate showing the name of the street; and a nameplate erected under this paragraph—
2) A council may, immediately adjacent to a nameplate erected under paragraph (1) which expresses the name of a street in English only, erect a second nameplate expressing the name of the street in a language other than English. |
Article 11 Pouvoirs des conseils pour les noms de rue et la numérotation des édifices 1) Un conseil peut ériger au ou près de chaque fin, coin ou entrée de rue dans son district une enseigne montrant le nom de la rue; et une enseigne érigée en vertu du présent paragraphe:
2) Un conseil peut, immédiatement contiguë à une enseigne érigée en vertu du paragraphe 1 désignant le nom d'une rue seulement en anglais, apposer une seconde enseigne désignant le nom de la rue dans une autre langue que l'anglais. |
Dans ce cas, les conseils de district doivent tenir compte de l'opinion des citoyens résidant à proximité de la rue en question. Il n'existe aucune restriction quant à l'usage de la version irlandaise d'autres parties des adresses telles que le ''townland'' (plus petite division administrative, propre à l'Irlande), la ville ou le comté. Le texte de l'Ordonnance de 1995 a permis l'adoption de noms de rues bilingues anglais-irlandais et anglais-écossais d'Ulster. Un certain nombre d'affiches odonymiques (environ 500) ont été ont été libellées en irlandais et en anglais. Pour ce qui est de la signalisation routière, on ne compte que quelques panneaux bilingues (anglais-irlandais) près de la frontière de la république d'Irlande, là où est concentrée une partie des Irlandais celtophones (catholiques).
4.4 L'éducation
Le système d'enseignement de l'Irlande du Nord est identique à celui de tout le Royaume-Uni et il est soumis aux mêmes lois, notamment à la Loi sur l'éducation de 2002. Tous les citoyens habitant l'Irlande du Nord sont assurés de recevoir un enseignement en anglais. La scolarité obligatoire du Programme national est formée de quatre «cycles» (''key stages'': «étapes-clés» ou «niveaux-seuil»), dont deux au primaire et deux au secondaire:
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Enseignement primaire (Primary school) |
KEY STAGE 1 (Infant school) |
1re année | 5 - 8 ans |
| 2e année | |||
| 3e année | |||
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KEY STAGE 2 (Junior school) |
4e année | 8 - 11 ans | |
| 5e année | |||
| 6e année | |||
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Enseignement secondaire (Secondary school) |
KEY STAGE 3 | 7e année | 11 - 14 ans |
| 8e année | |||
| 9e année | |||
| KEY STAGE 4 | 10e année | 14 - 16 ans | |
| 11e année |
Les matières obligatoires du programme dans les écoles primaires sont réglementées par la Loi sur l'éducation (Education Act 2002) du Ryaume-Uni. Les trois «matières principales» (''core subjects'') comprennent les cours d’anglais, de mathématiques et de science. Les articles 105 et 106 de la Loi sur l'éducation de 2002 décrivent les programmes pour chacun des cycles (''Key stages'').
Cependant, d'après l'ordonnance de 1998 sur l'éducation pour l'Irlande du Nord (''Education (Northern Ireland) Order 1996''), le ministère nord-irlandais de l'Éducation est tenu, en principe, d'encourager et d'organiser le développement de l'enseignement en langue irlandaise. Mais l'article 3 de cette ordonnance paraît quelque peu ambigu, car il ne précise aucune langue, laquelle est assimilée à des «besoins spéciaux en éducation»:
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Section 3 Meaning of "special educational needs" and "special educational provision" etc. 3) A child is not to be taken as having a learning difficulty solely because the language (or form of the language) in which he is, or will be, taught is different from a language (or form of a language) which has at any time been spoken in his home. |
Article 3 Signification de "besoins spéciaux en éducation" et "dispositions spéciales en éducation", etc. 3) Un enfant ne doit pas être considéré comme ayant d'une difficulté d'apprentissage uniquement parce que la langue (ou type de langue) dans laquelle il apprend, a appris ou apprendra diffère d'une langue (ou type de langue) qu'il a toujours parlé à la maison. |
En Irlande du Nord, la langue irlandaise est incluse dans le Programme national de l'Angleterre ("National Curriculum in England"), mais il faut aussi comprendre que l'enseignement de l'irlandais est proposé comme un cours facultatif dans le cadre des langues étrangères avec le français, l'allemand, l'italien et l'espagnol. L'article 35 de l'Annexe 3 (Schedule 3) de l'ordonnance de 1996 sur l'éducation pour l'Irlande du Nord est précis sur les matières obligatoires (''compulsory contributory subjects''):
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Cycle 1 (''Key stage 1'') |
Cycle 2 (''Key stage 2'') |
Cycle 3 (''Key stage 3'') |
Cycle 4 (''Key stage 4'') |
|---|---|---|---|
| Domaine d'études |
Matières obligatoires dans les étapes 1 et 2 |
Matières obligatoires dans l'étape 3 |
Matières obligatoires dans l'étape 3 |
| Anglais | Anglais (A) | Anglais (A) | Anglais (A) |
| Mathématiques | Mathématiques (A) | Mathématiques (A) | Mathématiques (A) |
| Science et technologie | Science (A) |
|
Science (A) |
| Environnement et société |
|
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Histoire ou Géographie, ou Études des affaires ou Sciences économiques ou Sciences politiques ou Économie domestique or Études environnementales ou sociales (A) |
| Études artistiques et expressives |
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Éducation physique |
Éducation physique |
|
Études d'une langue |
Irlandais (seulement dans les écoles de langue irlandaise) (A) |
Français
ou allemand ou
italien ou espagnol ou irlandais (A) |
Français
ou allemand ou
italien ou espagnol ou irlandais (A) |
Le même ministère de l'Éducation a créé, en août 2000, un organisme (le Comhairle na Gaelscolaíochta) chargé de la promotion de l'irlandais; cet organisme a pour objectifs de promouvoir, d'organiser et d'encourager le développement de l'enseignement en irlandais en Irlande du Nord, de représenter ce secteur et d'entretenir des liens avec le Ministère, en le conseillant sur différentes questions relatives à l'enseignement de l'irlandais.
Le statut d'école subventionnée a été accordé à plusieurs écoles primaires de langue irlandaise. Parmi les critères de viabilité pour ces écoles primaires irlandaises et mixtes (irlandais-anglais), il faut compter un minimum de 15 élèves pour les écoles de Belfast et de Londonderry, et 12 partout ailleurs. Il est rare que l'irlandais soit enseigné dans les écoles primaires (catholiques). Mais il existe une section pour l'enseignement de l'irlandais dans les «Irish Medium Primary Schools». On y compte quelque 35 écoles maternelles (Naíscoileanna) dont peu sont financées par le gouvernement, 25 écoles primaires (Bunscoileanna) dont 10 sont financées par le gouvernement et deux écoles secondaires (Meánscoileanna), toutes deux financées par le gouvernement: l’une est située à Belfast, l’autre à Londonderry. Le nombre des élèves qui étudient l'irlandais au niveau secondaire était de 2452 en 2000/2001, puis 2670 en 2001/20002 et 2689 en 2002/2003.
Le système d'éducation prévoit des cours d'irlandais à l'intention des adultes dans la plupart des régions de l'Irlande du Nord. L'administration de l'Irlande du Nord soutient, grâce à l'aide de l'Organisme Nord/Sud pour la langues, les organismes qui proposent des cours d'irlandais ou d'écossais d'Ulster. Le ministère de l'Éducation a créé en août 2000 un organisme de promotion, le Comhairle na Gaelscolaíochta, qui a pour objectif, entre autres, de faciliter et d'encourager le développement de l'enseignement en irlandais en Irlande du Nord, de représenter ce secteur et d'entretenir des liens avec le Ministère, en le conseillant sur différentes questions relatives à l'enseignement de l'irlandais.
En ce qui a trait à l'enseignement supérieur, les universités d'Irlande du Nord — Open University in Ireland, Queen's University Belfast et University of Ulster — proposent un programme d'irlandais dans les divers cycles universitaires. La Queen's University de Belfast offre aux étudiants de premier cycle préparant un diplôme d'anglais la possibilité d'étudier l'écossais d'Ulster dans le cadre d'un module irlandais-anglais.
4.5 Les médias
Tous les journaux de l'Irlande du Nord sont publiés en anglais. Il n’existe aucun journal en langue irlandaise, mais le Bureau de l'écossais d'Ulster publie le journal Ulster-Scot, dont le premier numéro est paru en novembre 2002. L'Ulster Scot est inséré gratuitement dans l'édition dominicale d'un journal régional d'Irlande du Nord, le Newsletter. Chaque édition du quotidien Irish News offre un supplément en irlandais intitulé An tEolas.
La BBC nord-irlandaise a produit et diffusé, régulièrement pour la radio et de façon occasionnelle pour la télévision, des émissions sur l'écossais d'Ulster. La BBC diffuse en irlandais quelque 150 heures de radio et seulement trois ou quatre heures de télévision, et ce, au cours de toute une année. Les émissions en irlandais des radios et télévisions de la république d'Irlande (RTE et TG4) peuvent être captées facilement en Irlande du Nord. En raison des nouvelles conditions de diffusion, la couverture de RTE et TG4 est passée de 30 % à près de 70 % de la population d'Irlande du Nord.
C'est pourquoi le gouvernement britannique et l'Administration locale ne peuvent qu'encourager la diffusion de l'irlandais. D'ailleurs, le gouvernement britannique s'est engagé à garantir la liberté de réception directe des émissions de radio et de télévision des pays voisins dans une langue pratiquée sous une forme identique ou proche de l'irlandais, et à ne pas s'opposer à la retransmission d'émissions de radio et de télévision des pays voisins dans cette langue; à veiller à ce qu'aucune restriction à la liberté d'expression et à la libre circulation de l'information dans une langue pratiquée sous une forme identique ou proche de l'irlandais ne soit imposée à la presse écrite.
En Irlande du Nord, il est difficile de parler de droits linguistiques à l'égard de l'irlandais, car cette langue, lorsqu'elle est parlée, constitue une langue seconde. Par contre, les Écossais d'Usler parlent souvent l'écossais d'Usler comme langue maternelle, et ils sont tous bilingues (anglais-écossais d'Usler). La quasi-liquidation des langues nationales d'Irlande du Nord sont le résultat d'une longue politique d'assimilation pratiquée par les différents gouvernements anglais au cours de l'histoire. Maintenant que l'irlandais et l'écossais d'Usler ne peuvent plus constituer un danger pour langlais, leur survie étant devenue extrêmement précaire, le gouvernement de Sa Majesté peut se payer le luxe de la générosité en accordant une certaine autonomie politique aux Irlandais, qui pourraient éventuellement tenter de restaurer leurs langues ancestrales.
Bien que les réformes du Royaume-Uni fussent nécessaires, elles semblent arriver un peu trop tard. Lassimilation est devenue une issue incontournable pour ces minorités nationales du Royaume-Uni. Plus rien nempêchera la très grande majorité des Écossais d'Usler et des Irlandais de souche de continuer à faire usage de langlais dans leur vie quotidienne, à leur travail ou à lécole. Peu importe les subventions gouvernementales de Sa Majesté, les directives de lUnion européenne, la restauration de l'administration régionale ou les campagnes de promotion linguistique, limaginaire collectif des minorités continuera de sexprimer en anglais. Lirlandais risque de demeurer une «langue de décoration», c'est-à-dire une langue identitaire quon emploiera dans les lois, les noms de rue, les menus de restaurant, etc., mais pas dans la vraie vie. On ne voit pas comment l'irlandais et l'écossais d'Usler pourraient devenir des instruments de communication généralisés dans la vie quotidienne des Irlandais du Nord.
Enfin, il faut souligner fortement que le territoire actuel de l'Irlande du Nod constitue aujourd'hui un anachronisme destiné à protéger ad nauseam la minorité anglo-protestante de l'île d'Irlande. Jusqu'à tout récemment, les Irlandais du Nord ont joué à une guerre rétrograde qui relevait du Moyen Âge. Or, le gouvernement britannique n'a plus l'énergie nécessaire pour perpétuer un passé colonial de plusieurs siècles, pendant lequel il a défendu ses intérêts économiques et stratégiques dans l'île, sans tenir compte des souhaits de la majorité du peuple irlandais.
Certes, Londres joue encore un rôle-clé dans le conflit irlandais et sa position, fatalement partiale, n'a pas fini de conditionner le contenu et l'issue des négociations jamais terminées. Puis, il y a eu un événement crucial: les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Pendant un bout de temps, il n’y a plus eu de mitraillette et les républicains de l’Irlande du Nord ont choisi la voie politique. L’IRA a déposé les armes. Ce geste historique a été salué partout dans le monde. La célèbre maxime de l'IRA «un bulletin de vote dans une main, une mitraillette dans l'autre» ne fonctionne plus. Depuis que la Grande-Bretagne est devenue une alliée des États-Unis dans la lutte aux terroristes, l'IRA avait perdu toute liberté d'action, sauf rentrer dans «le club des bons gars». Il aura fallu une secousse sismique, les attentats du 11 septembre 2001, pour forcer l’IRA à désarmer.
Quoi qu’il en soit, la Grande-Bretagne, et surtout les protestants nord-irlandais, devront se faire à l’idée que l'Ulster va un jour leur échapper et retournera vraisemblablement à la république d'Irlande, même si ce n'est pas demain la veille.
Lois à incidences linguistiques diverses pour l'Irlande du Nord