République d'Islande

Islande

Lýðveldið Ísland

 

Capitale: Reykjavik  
Population: 276 000 (1998)
Langue officielle: islandais (de facto
Groupe majoritaire: islandais (98 %) 
Groupes minoritaires: quelques petites communautés immigrantes
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition linguistique dans la Constitution de 1944
Lois linguistiques: Loi sur les hôtels et les restaurants (1985); Loi sur la police (1996); Loi sur les noms de personne (1996); Loi sur les bibliothèques (1997); Loi sur la radiodiffusion (2000); Loi sur les étrangers (2002); Règlement sur les étrangers (2003); Loi sur les contrats d'assurance (2004); Loi sur l'exécution des jugements (2005).

1 Situation géographique

Carte : Islande

La république d’Islande constitue une île du nord de l’océan Atlantique située entre le Groenland et l’Écosse en Grande-Bretagne (voir la carte). C’est un pays insulaire de 102 800 km² équivalant à la superficie de Cuba, soit trois fois la superficie de la Belgique (30 527 km²), le cinquième de la France (544 000 km²) ou le quart de la province de Terre-Neuve (402 000 km²) au Canada.

2 Données démolinguistiques

Ce petit pays ne compte que 276 000 habitants, qui parlent presque tous une langue germanique du Nord (de type scandinave): l’islandais appelé íslenska. L’Islande apparaît comme l’un des pays les plus homogènes au monde parce que sa population parle la même langue dans une proportion de 98 %. Il n’existe guère de minorité dans ce pays, mais depuis quelque dix ou quinze ans des immigrants en provenance de l’Espagne, du Portugal, mais surtout des Philippines, de la Thaïlande, du Vietnam, du Sri Lanka et de l’Inde, sont venus s’établir en Islande. Ces minorités immigrantes ne sont encore guère nombreuses et ne représentent que 2 % de la population islandaise.

2.1 L'islandais

La langue islandaise reste très particulière à plus d’un titre. Il s’agit d’une langue scandinave comme le danois, le norvégien, le suédois et le féroïen, mais si les trois «langues continentales» (danois, suédois et norvégien) demeurent mutuellement intelligibles, il n’en est pas ainsi pour l’islandais. Aucun locuteur de ces trois langues ne comprend ni ne lit l’islandais, alors qu’un Islandais, à la condition de bénéficier d’un peu d’instruction et de culture, comprend et lit toutes les autres langues scandinaves, y compris le féroïen parlé aux îles Féroé. Néanmoins, l'islandais possède plus de parenté avec le féroïen et quelques variantes norvégiennes de l'ouest de la Norvège qu'avec le danois et le suédois. Cette situation de parenté s’explique par le fait que toutes ces langues viennent d’une même origine, mais que l’islandais a conservé toutes ses principales caractéristiques intactes depuis le XIIe ou le XIIIe siècle.

Pour un Danois, un Norvégien ou un Suédois, la langue islandaise paraît très archaïsante et ne peut être intelligible qu’après un certain apprentissage. En Islande, n’importe quel enfant peut lire un texte écrit en islandais du XIIe siècle, sans avoir recours à la traduction, ce qui serait impensable par exemple pour un Suédois, mais aussi pour un Français, un Allemand, un Espagnol, etc., lisant un texte ancien dans sa langue. L'islandais est une langue scandinave comme le danois, le norvégien et le suédois:

Islandais Suédois Danois Norvégien Français
skyrta
hanzki
faðir
eiginmaður
hús
dyr
karfa
flaska
blóm
svartur
skjorta
handske
fa(de)r
man
hus
dörr
korg
flaska
bloma
svart
hands
keskjort
fader
mand
hus
dør
kurv
flaske
blomst
sort
skjorte
hanske
far
mann
hus
dør
kurv
flaske
blomst
sort
chemise
gant
père
mari (époux)
maison
porte
panier
bouteille
fleur
noir

De toutes les langues scandinaves, c'est l'islandais qui est la langue la plus différenciée, mais le suédois suit tout de suite après. Les Danois, les Norvégiens et les Suédois se comprennent mutuellement sans trop d'efforts. Mais aucun des locuteurs de ces langues ne comprend ni ne lit l'islandais, tandis qu'un islandophone comprend assez aisément les trois autres langues.

L’islandais est réputé pour être une langue difficile, avec une grande richesse de vocabulaire (peu influencé par les emprunts étrangers) avec ses abondants néologismes locaux, une grammaire assez complexe (trois genres grammaticaux et quatre déclinaisons), un alphabet latin doté de lettres supplémentaires (comme [æ], [ö], [ð] et [þ]), une prononciation particulière par rapport aux langues scandinaves, etc. En somme, l’islandais contemporain est demeuré plus proche de l’ancien nordique parlé par les premiers Vikings (avant l’an 1000) que les autres langues scandinaves. En ce sens, cette langue constitue un véritable «musée linguistique vivant» pour les linguistes.

Au cours de son histoire, le vocabulaire islandais s'est enrichi d'un grand nombre de mots. Si certains mots anciens ont acquis un nouveau sens supplémentaire, la plupart des mots courants sont identiques encore aujourd'hui : höfuð («tête»), auga («œil»), himinn («ciel»), haf («mer»), þú («tu/toi»), kýr («vache»), gras («herbe»), móðir («mère»), faðir («père»), ganga («marcher»), etc. Évidemment, l'islandais a dû créer de fort nombreux néologismes afin de répondre aux besoins de la terminologie moderne. En général, ces néologismes sont formés à partir de mots ou de parties de mot déjà existants. Enfin, l'islandais a également puisé dans les autres langues. surtout dans les langues scandinaves et, depuis quelques décennies, dans l'anglais.

Par ailleurs, l’Islande est un pays pratiquement dépourvu de variantes dialectales et il est très rare qu’un pays relativement vaste avec une population dispersée ne soit pas divisé en zones correspondant à des dialectes régionaux.

2.2 Les immigrants et les étrangers

Parmi les ressortissants étrangers vivant actuellement en Islande, à l'exclusion du personnel militaire américain, les groupes les plus nombreux sont composés des citoyens des pays suivants : Pologne (17,9 %), Danemark (8,4 %), ex-Yougoslavie (6,3 %), Philippines (6,1 %), Allemagne (5,1 %), États-Unis (4,8 %), Thaïlande (4,6 %), Lituanie (4 %), Portugal (3,4 %) et Royaume-Uni (3,2 %).

3 Données historiques

L’île d’Islande fut d’abord découverte par les Irlandais au VIIIe siècle, mais elle fut exploitée et colonisée par les Vikings norvégiens en 874. La région de Reykjavik se peupla rapidement et les insulaires fondèrent un nouveau pays à eu près achevé aux environs de 930, lorsque la quasi-totalité des terres arables fut colonisée. Le Parlement, appelé l’Althing, fut créé en 970 pour réglementer ce qui était devenu la «première république du monde», qui comptait environ quelque 20 000 habitants. Comme ces premiers arrivants provenaient en majorité du sud-ouest de la Norvège (Vestfold, Agder, Trøndelag), les autres étant des Vikings ayant émigré dans les îles britanniques, c'est cette variante de l’ancien nordique, devenue l'islandais, qui s'est imposée dans l’île comme langue véhiculaire. En l’absence de toute monarchie, le Parlement islandais promulguait les lois en islandais et servait également de cour de justice. L’État a su se maintenir durant trois cents ans et colonisa en partie le Groenland avec Erik le Rouge en 984, un Viking originaire d'Islande, qui installa des colonies vikings sur la côte est, tout le long de deux fjords, là où il était possible de pratiquer l'élevage bovin. Dès les premières décennies, 80 % des forêts d'origine disparurent pour faire lace à des pâturages ou pour en faire du bois de chauffage, du bois de construction ou du charbon de bois. 

Les Islandais s’organisèrent en une société hautement originale et élaborèrent une littérature exceptionnelle, dès qu'ils eurent adopté l'écriture latine qu'amena l'Église catholique à partir de l'an 1000. En effet, l’Islande est restée célèbre pour ses sagas des Xe et XIe siècles, des récits en prose rédigés dans la langue vernaculaire de l’époque. L’écrivain Snorri Sturlusson (1179-1241) est l’auteur le plus connu. Il a notamment écrit Heimskringla, un récit qui relate les aventures des rois de Norvège, et l’Edda (poèmes héroïques). De plus, les nombreux contes et légendes mettant en scène des histoires de revenants, d'elfes et de trolls font également partie intégrante de la culture islandaise. Issu de l’ancien nordique et isolé par son caractère insulaire, l’islandais n’a que très peu évolué comparativement au norvégien par exemple, qui a connu son lot de bouleversements linguistiques.

3.1  La domination danoise

Puis, en 1262, l’Islande fut dirigées par les Norvégiens, mais resta relativement autonome. Les Islandais crurent qu'un roi éloigné, celui de la Norvège, était moins dangereux et qu'il leur accorderait davantage d'autonomie. Mais cette occupation norvégienne, qui s’étendit jusqu’en 1397, fut une période de décadence pour l’Islande jusqu’à ce que le royaume de Norvège tombât sous la souveraineté de la couronne danoise en 1397, lors de l’union de Kalmar. Ayant pourtant la même origine, le norvégien et l’islandais étaient alors devenus des langues distinctes.

Avec l’Union, la Norvège apportait ses vastes possessions du nord de l’Atlantique, c’est-à-dire l’Islande, mais aussi les îles Féroé et le Groenland. En fait, l’union de Kalmar réalisait sous un seul royaume l'unification du Danemark, de la Suède et de la Norvège et prévoyait que les trois pays (dont l’Islande faisait partie) seraient gouvernés par un roi danois. La reine Margrethe I, régente du Danemark, de la Norvège et de la Suède, fit couronner, en juin 1397, à Kalmar, son neveu Erik de Poméranie, comme roi de l’Union. Ce dernier ne gouverna personnellement qu’à partir de 1412, et il mécontenta rapidement les Suédois qui se révoltèrent en 1434. L’Union avec la Suède prit fin en 1521-1523, lorsque Gustave Eriksson chassa les Danois et se fit reconnaître roi de Suède. Mais l’Union avec la Norvège dura jusqu'en 1814. Pendant ce temps, soit entre 1402 et 1404, une épidémie de peste noire décima les deux tiers de la population islandaise. D’ailleurs, au cours de l’histoire, les calamités naturelles ont plusieurs fois décimé la population. Pendant une dizaine de siècles, celle-ci n'a jamais dépassé les quelque 70 000 habitants.

3.2 La sauvegarde de la langue islandaise

Durant toute cette période, qui s’étendit de 1397 à 1814, les Islandais continuèrent d’utiliser leur langue dans la vie de tous les jours, d’autant plus que les communications avec le Danemark demeuraient rares. Alors qu’il restait figé dans ses fonctions orales, l’islandais était remplacé par le danois dans ses fonctions écrites. C’est aussi au cours du Moyen Âge que s’élabora une littérature qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Il s’agit non seulement d’une littérature dite savante composée de romans de cour et de chevalerie, mais aussi de créations issues de l'historiographie classique et de l'hagiographie médiévale rédigées à l’origine en latin, mais que les écrivains islandais ont repris en langue vernaculaire. Ces écrits extrêmement originaux et très précieux ont été qualifiés de «sagas». C’est pourquoi certains ont pu dire que l’Islande était devenue le «conservatoire des antiquités scandinaves». N’oublions pas que toute cette littérature a été rédigée en islandais, c’est-à-dire dans une langue farouchement maintenue dans son intégrité, et ce, malgré les Danois qui cherchèrent par tous les moyens à imposer le danois.

En 1530, les Danois introduisirent ou plutôt imposèrent la religion luthérienne dans l’île, ce qui laissait sous-entendre aussi une plus grande domination de la langue danoise. Les Islandais tentèrent bien de s’opposer à la religion danoise; ils finirent par délaisser le catholicisme, sans abandonner leur langue. Contre toute attente, la langue islandaise s’est conservée intacte et n’a pratiquement subi aucune influence danoise, l’isolement géographique et une tradition littéraire fortement ancrée ont sans doute été les garants de la «pureté» de sa forme, tout en étant assortie d’une grande créativité sur le plan lexical. Cependant, il s’agit là de la langue écrite et de la grammaire, car en ce qui a trait à la prononciation le système a considérablement changé depuis le temps du nordique commun. Par la suite, les Danois imposèrent un monopole commercial qui fit perdre toute autonomie économique aux Islandais.

Au XVIIIe siècle, l’Islande fut victime d’épidémies, d’éruptions volcaniques, de famines et d’une grave crise économique provoquée par la «Compagnie danoise d’Islande», qui avait monopolisé le commerce. En raison des contraintes imposées par le Danemark, l’Islande dut restreindre ses relations économiques avec les îles britanniques et les États germaniques.

En 1814, l'Union entre le Danemark et la Norvège fut abolie, et les deux États devinrent indépendants. Le statut politique de l’Islande se transforma avec le rétablissement de l’assemblée islandaise, l’Althing, mais celle-ci n’obtint qu’un contrôle partiel sur ses finances publiques. L’autonomie politique interne ne survint qu’en 1904; elle fut même «complétée» par une loi d’Union avec le Danemark en 1918, le roi du Danemark conservant son titre de roi d’Islande. 

Jusqu’à cette époque, il n’y eut jamais d’écoles où l’on enseignait en islandais, bien que tous les enfants savaient lire et écrire en cette langue. Seul le danois était enseigné, l’islandais étant réservé à la maison; tous les parents apprenaient à leurs enfants à lire et à écrire en islandais. L’école primaire ne fut obligatoire qu’en 1913.

Le plus surprenant, c’est que le pays a produit plusieurs écrivains de renom, dont Jonas Hallgrimsson (1807-1845), Jon Thoroddsen (1819-1868), Johan Sigurjonson (1880-1919), Steinn Steinarr (1908-1958), Gunnar Gunnarsson (1889-1974) et surtout le grand Halldór Laxness, qui remporta le prix Nobel de la littérature en 1955. Laxness modifia l’orthographe, recourut à des mots familiers, inventa des termes nouveaux et utilisa même des mots étrangers. Il écrivit plus d’une quarantaine d’oeuvres (recueil de nouvelles et de poèmes, romans, pièces de théâtre, etc.) et fut traduit en une trentaine de langues.

3.3 L’invasion de l'Allemagne et des États-Unis

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le Danemark, lui-même envahi par l’armée allemande, dut laisser tomber l’Islande en 1940. Les nazis du Troisième Reich popularisèrent la littérature islandaise. Ils y voyaient un héritage de la grande culture germanique. Les héros germaniques comme Siegfried luttant contre le dragon étaient systématiquement mis à l’honneur. Le problème, c’est que beaucoup de ces héros romantiques prétendument «germaniques» avaient leur origine dans la tradition islandaise; même Richard Wagner, dans ses célèbres drames épiques, avait puisé son inspiration dans les récits de la littérature islandaise.

Puis le pays connut alors une nouvelle invasion: celle des Américains. En effet, alors qu’en 1940 l’Islande n’était peuplée que de 126 000 habitants, 50 000 soldats américains débarquèrent sur l’île afin de combattre les forces hitlériennes. La présence massive de l’armée américaine allait changer la face du pays en provoquant un exode rural en direction des villes et villages côtiers, dont une grande partie vers Reykjavik, la capitale, et en développant l’économie en fonction des intérêts des États-Unis. De plus, alors que l’Islande était dépourvue de station de télévision, l’arrivée de la télévision américaine bouleversa les habitudes linguistiques des habitants de l’île. Pendant quelques années, cette station de télévision américaine renvoya de l’Islande une image très primitive: des pauvres «boys» (américains) qui devaient s’exiler dans une horrible et lointaine contrée dont la population parlait un «dialecte» scandinave moyenâgeux et incompréhensible. Durant «l’occupation américaine», l’anglais remplaça le danois dans les fonctions officielles, mais les «autochtones» continuèrent de parler leur «dialecte».

La loi d’Union de 1918 était sujette à une révision après 25 ans et elle prévoyait qu'on pouvait y mettre fin en respectant des conditions très précises. La loi exigeait notamment une majorité d'au moins des trois quarts des votes valides exprimés. Le Parlement islandais organisa en 1944 un référendum sur l’indépendance. La question soumise aux Islandais était portait sur le sujet suivant: «L'Althing prend la résolution de déclarer que la loi d’Union du Danemark et de l'Islande de 1918 est annulée.» Le seuil des trois quarts fut largement dépassé: le OUI obtint 98,6 % des votes exprimés. L’Islande retrouva son indépendance officielle, le 17 juin 1944, puisque les résultats du référendum ne laissaient aucun doute à ce sujet. Alors que prenait fin la massive occupation américaine, la nouvelle république d’Islande ne proclama pas dans la Constitution la langue islandaise comme la langue officielle du pays. En réalité, les Islandais n’étaient pas prêts à utiliser l’islandais à des fins officielles parce que cette langue n’avait jamais été utilisée pour ces fonctions.

À la fin de la guerre, et contrairement à leurs engagements, les États-Unis ne retirèrent pas leurs forces armées. De plus, le gouvernement américain exigea la présence des bases militaires de façon permanente dans le pays. Devant la réaction négative des Islandais, un compromis fut trouvé en 1946: il autorisait un contrôle américain de l'aéroport de Keflavík pendant six ans et demi. En 1951, les États-Unis obtinrent l'autorisation de l'Islande de stationner des troupes sur son territoire, dans le cadre de l'OTAN. Or, cette présence américaine, ininterrompue depuis 1941, a été un grand sujet de division pour plus d'une génération d'Islandais. La première diffusion d’une émission télévisée en islandais a eu lieu en 1966. Dans l’état actuelle des choses, on comprendra que les Islandais parlent presque tous l’anglais et... le danois.

Aux termes d'un accord signé en 1994 avec Washington, il ne subsiste actuellement du gigantesque dispositif de la Seconde Guerre mondiale que la base de Keflavík et quelque 2800 soldats américains, qui assurent la défense de l'île et des missions dans le cadre de l'OTAN. Il faut préciser que l'Islande n'a pas d'armée, seulement 200 garde-côtes qui surveillent les eaux territoriales. La présence américaine, affaiblie, semble désormais acceptée par la majorité de la population. Il est remarquable que la petite langue islandaise ait toujours réussi à se protéger de l’influence américain, ce qui n’est guère le cas des langues comme le norvégien, le suédois ou le danois. Ce n’est pas pour rien que tous les films étrangers doivent être sous-titrés en islandais. Néanmoins, certaines formations de gauche, dont la principale, l'Alliance du peuple, continuent de réclamer la fermeture de la base de Keflavík et du retrait islandais de l'OTAN.

4 Une politique linguistique volontariste

Lors de l’indépendance en 1944, les Islandais se retrouvèrent libres pour la première fois d’utiliser leur langue nationale à des fins officielles. Mais ce fut l’affaire de plusieurs années. Il fallut instituer des commissions de terminologie destinées à moderniser l’islandais resté à l’époque du Moyen Âge, du moins en ce qui a trait aux domaines scientifiques et techniques.

4.1 Le code linguistique

Les différents gouvernements islandais obligèrent les établissements d’enseignement à enseigner les nouveaux mots et aux journalistes oeuvrant dans les médias à les employer. Il faut savoir qu’en Islande les terminologues du gouvernement travaillent à plein temps pour créer des mots islandais et éviter les emprunts au danois et, maintenant, à l’anglais. L’objectif de la Commission de la langue islandaise est très clair: éviter les anglicismes et assurer l’islandisation du vocabulaire, que ce soit dans les écoles, les usines ou les médias.

Cette pratique existe depuis le XVIIIe siècle. En effet, une «loi linguistique» édictée à cette époque interdisait l'intégration de mots étrangers, de sorte que, par exemple, au lieu d'adopter les termes techniques et scientifiques internationaux — bien souvent d’origine gréco-latine —, les terminologues de l’époque formaient des mots composés à partir des souches islandaises, réutilisaient d'anciens mots tombés en désuétude ou encore créaient des néologismes à partir de vieilles racines de la langue. C’est ainsi qu’une commission de terminologie a proposé l’ancien terme simi signifiant «lien» ou «messager» et qui est désormais utilisé par tous pour désigner le téléphone. Pour former le mot servant à désigner l’ordinateur, on a associé völva («sorcière» dans un sens positif) et le préfixe t- (qui rappelle le calcul) pour inventer le terme tölva («ordinateur»). L’islandais a recours aussi à sími pour «téléphone», símbréf pour «fax», hugbúnaður pour «logiciel», vélbúnaður pour  «matériel» (hardware), etc.

Aujourd’hui, le système axé sur le purisme linguistique fonctionne à un point tel que les médias attendent patiemment les nouveaux mots au fur et à mesure qu’ils paraissent et évitent, entre-temps, d’employer les anglicismes. Selon certaines sources, il s’agit presque d’une «religion» au sein de la population islandaise. D’ailleurs, dans ce pays, les terminologues sont considérés comme des «sages» veillant à la pureté de la langue, et non comme des fonctionnaires «bornés» campés sur leurs positions.

Cette attitude conservatrice s'explique par la longue histoire particulière des Islandais parce qu'elle est liée à la fragilité de leur environnement. Après les premières décennies de leur histoire, qui s'est révélée plutôt médiocre, les Islandais ont bien tenté d'améliorer leur situation, mais les changements ont généralement tourné à la catastrophe. D'ailleurs, les gouvernements danois, qui ont dirigé l'Islande après 1397, se sont toujours heurtés aux réticences de la population locale, dès qu'ils voulurent apporter de nouvelles solutions aux problèmes des insulaires. Les traces de ces catastrophes passées sont restées visibles sous la forme de paysages lunaires, d'anciennes fermes abandonnées et de vastes zones érodées. De toutes ces expériences, les Islandais ont fini par conclure que la meilleure façon de procéder était de ne rien modifier afin d'assurer leur survie. Ils ont agi de la même manière avec leur langue: le conservatisme. Ce pays, qui fut jadis le plus pauvre de l'Europe, est devenu aujourd'hui l'un des pays les plus riches du monde, du moins en termes de revenu par habitant. En ce sens, l'Islande est une belle histoire de réussite.    

4.2 Les noms de personne

Les étrangers qui viennent résider en Islande peuvent être surpris de la complexité des noms de personne en islandais. Jusqu'à récemment, il était de coutume d'attribuer au premier né le prénom du grand-père maternel; au second fils, celui du grand-père paternel. Le système était similaire pour les filles avec les prénoms de leurs grands-mères. Puis les autres enfants étaient désignée par les prénoms des oncles et des tantes, dont les parents voulaient honorer le nom.

La loi islandaise autorise aujourd'hui autant les patronymes (nom du père) que le matronyme (nom de la mère), mais ce dernier est rarement utilisé, sauf chez les mères célibataires qui donnent leur prénom à leur enfant. De façon courante (env. 90 %), les individus sont identifiés par le prénom, suivi de leur nom patronymique, c’est-à-dire de la mention du prénom de leur père avec le suffixe -son pour les garçons ou celui de leur mère (matronyme) avec le suffixe -dóttir pour les filles. Par exemple, Gunnar Snorri Helgason et Anna Björg Helgadóttir signifient respectivement «Gunnar Snorri fils (-son) de Helgi» et «Anna Björg fille (-dóttir) de Helgi». Prenons le cas où Bjarni et Björk auraient une fille qu'ils prénomment Sigríður. Étant donné que le génitif de Bjarni est Bjarna et celui de Björk est Bjarkar, la petite fille pourrait s'appeler «Sigríður Bjarnadóttir» ou «Sigríður Bjarkardóttir», selon le choix de Bjarni et Björk.

Dans le prochain exemple, le père d'Óskar Eiríksson s'appelle Eiríkur Haraldsson ; le nom d'Óskar (Eiríksson) sert à faire connaître que le prénom du père est Eiríkur. Quant à la femme d'Óskar, Helga Bjarnadóttir, le nom du père est Bjarni Ólafsson. Même mariée avec Óskar (Eiríksson), Helga ne change pas de nom.

Supposons maintenant que Óskar et Helga ont quatre enfants, dont les noms sont respectivement Sigríður, Gyða Björk, Daði et Bjarni. Les trois premiers peuvent avoir le patronyme de leur père (Óskar), et le quatrième à sa mère (Helga). Cette famille islandaise de six personnes utilisera cinq patronymes différents : (A) le père Óskar Eiríksso; (B) la mère Helga Bjarnadóttir; et leurs enfants (1) Sigríður Óskarsdóttir, (2) Gyða Björk Óskarsdóttir (3) Daði Óskarsson et (4) Bjarni Helguson.

Bref, en Islande, il convient de recourir au nom complet (Óskar Eiríksson) ou seulement au prénom (Óskar). Dans l'annuaire téléphonique, les abonnés sont répertoriés alphabétiquement d'après leur prénom et non d'après leur patronyme. Le patronyme islandais ne se transmet pas de génération en génération.

Il peut arriver que certains noms de familles apparaissent sans le suffixe -son («fils de») ou -dottir («fille de»), mais ce sont généralement des noms d'étrangers. Jusqu'en 1996, tout étranger était tenu de se conformer à la législation sur les prénoms et patronymes islandais lorsqu'il désirait acquérir la citoyenneté islandaise, quitte à «inventer» un père fictif avec un prénom islandais réel comme Hallgrimsson, Thoroddsen, Sigurjonson, etc. En ce cas, le Comité des noms personnels peut prendre une décision pour adapter le nom de famille à la langue islandaise.  

Tout le processus concernant les noms de personne est décrit dans la Loi sur les noms de personne de 1996. L'article 5 de cette loi énonce qu'il faut utiliser des terminaisons islandaises avec le génitif, que les noms ne peuvent pas entrer en conflit avec la structure linguistique de l'islandais et qu'ils doivent être écrits conformément aux règles ordinaires de l'orthographe islandaise:

Article 5

1) Les prénoms doivent pouvoir posséder des terminaisons islandaises avec le génitif ou être établis par tradition en islandais. Les noms ne peuvent pas entrer en conflit avec la structure linguistique de l'islandais. Ils doivent être écrits conformément aux règles ordinaires de l'orthographe islandaise, à moins qu'une autre orthographe ne soit établie par la tradition.

Le paragraphe 3 de l'article 8 précise bien que le nom de famille doit porter le nom du père ou de la mère au génitif, avec le suffixe -son («fils de») dans le cas d'un homme ou -dottir («fille de ») dans le cas d'une femme:
 

Article 8

3) Les patronymes et matronymes sont formés comme suit : après le prénom ou les prénoms d'une personne, le cas échéant, le nom de famille doit porter le nom du père ou de la mère au génitif, avec le suffixe -son dans le cas d'un homme ou -dottir dans le cas d'une femme.

Il est rare que la législation d'un pays précise à ce point la question des noms de personne, mais pour l'Islande il s'agit d'une priorité identitaire et culturelle.

4.3 La législature et les tribunaux

Du côté de la législature, les débats ne se déroulent qu’en islandais et les lois ne sont rédigées que dans cette langue. Mais plusieurs anciennes lois du temps de la domination danoise peuvent être rédigées en danois. Étant donné que tous les parlementaires connaissent la langue nationale, il ne subsiste aucun problème.

Dans les tribunaux, seul l’islandais est autorisé, mais les étrangers et les immigrants peuvent recourir à un interprète en cas de force majeure. Il n'existe que fort peu de textes juridiques portant sur les langues dans le domaine judiciaire. Le Loi sur l'exécution des jugements de 1995 demeure l'une des rares lois sur cet aspect. L'article 17 autorise les détenus à recevoir et se faire expliquer dans une langue qu'ils comprennent, un résumé des règles applicables au service de leur peine, leurs droits et obligations, les possibilités de travail et d'études disponibles, les règlements de la prison, etc., ainsi que le droit de communiquer avec leurs avocats:

Article 17

Traitement et programme d'emprisonnement

Quand ils commencent à purger leur peine, les détenus doivent recevoir et se faire expliquer dans une langue qu'ils comprennent, un résumé des règles applicables au service de leur peine, leurs droits et obligations, les possibilités de travail et d'études disponibles, les règlements de la prison, les types de conduite qui entraîneront des mesures disciplinaires et le traitement de ces cas, les renseignements au sujet des possibilités des  détenus de porter appel contre les décisions concernant l'exécution de leur peine et les renseignement sur les motifs de soumettre des plaintes au médiateur parlementaire et aussi le droit de communiquer avec leurs avocats.

L'article 36 précise qu'il est possible d'exiger que la conversation ait lieu dans une langue que le gardien de prison comprenne ou qu'un interprète traduise la conversation. Il en est ainsi à l'article 37 pour la correspondance qui doit se faire dans une langue comprise par le gardien de prison ou encore qu'un traducteur autorisé soit chargé de traduire le courrier.

4.4 L’Administration

L’Administration publique n’utilise que l’islandais dans ses services auprès de la population. Il en est ainsi des inscriptions gouvernementales sur les édifices publics et les plaques toponymiques identifiant les noms de lieu.

De façon générale, les fonctionnaires sont tenus de connaître l'islandais. Pour les policiers, en vertu de la Loi sur la police de 1996, ils doivent posséder une bonne connaissance de l'islandais, ainsi qu'une des langues scandinaves (au choix: danois, suédois ou norvégien) et l'anglais ou l'allemand (au choix) :

Loi sur la police, no 90, du 13 juin 1996

Article 38

Admission de nouveaux étudiants et structure des cours d'étude

1) Le Commissaire de la Police nationale islandaise doit faire de la publicité auprès des étudiants des universités dans tout le pays. Il doit déterminer annuellement le nombre des étudiants qui peuvent commencer à recevoir une formation sur la base des prévisions relative au taux de remplacement dans la Police nationale islandaise.

2) Tout policier éventuel doit satisfaire aux conditions générales suivantes générales :

a. Ils doivent être citoyens islandais âgés entre 20 et 35 et ne doivent pas être condamnés pour une faute disciplinaire en vertu du Code pénal;

b. Ils doivent être mentalement et physiquement en santé et passer un examen médical sous la responsabilité du médecin de la police;

c. Ils doivent avoir terminé depuis au moins deux ans leur instruction de niveau général post-obligatoire ou toute autre instruction comparable avec des résultats satisfaisants; ils doivent posséder une bonne connaissance de l'islandais, ainsi que l'une des langues scandinaves et de l'anglais ou de l'allemand; ils doivent détenir un permis ordinaire de conduire et être capables de nager;

[...]

Comme la barrière de la langue constitue un obstacle redoutable pour les immigrants désirant s’installer en Islande, le gouvernement a créé, en 1994, à Reykjavik, un Centre d'information et de culture spécialement destiné aux étrangers. Ce centre est appelé à fournir un certain nombre de services aux immigrants qui viennent s'établir en Islande et fournit aux étrangers les renseignements pratiques jugés nécessaires, par exemple, sur l'autorisation de résidence, la santé, les services sociaux, les assurances, l’accès aux écoles, etc. Le Centre d'information et de culture a déterminé une liste d'interprètes dont l'éventail linguistique est très diversifié. Il a précisé son rôle dans une brochure explicative publiée en sept langues: anglais, espagnol, polonais, russe, vietnamien, tagalog et thaïlandais.

4.5 Le monde de l’éducation

De la maternelle à l'université, le système scolaire est gratuit et, entre 13 et 15 ans, les jeunes ont la possibilité de s'initier à la vie professionnelle en travaillant pour les municipalités pendant les vacances scolaires. Dans les écoles primaires, la langue d’enseignement est l’islandais, mais le danois et l’anglais sont obligatoires comme langues secondes. En fait, l’anglais est obligatoire depuis 1946 et constitue une conséquence directe de l’occupation américaine. Depuis 1993, le ministère de l’Éducation, de la Science et de la Culture a organisé des classes d’accueil pour les enfants immigrés. Il a également élaboré un programme spécial pour l’enseignement de l’islandais aux enfants dont ce n’est pas la langue maternelle.

Les écoles secondaires fonctionnent toutes en islandais, mais l’enseignement du vocabulaire scientifique et technique est renforcé. De plus, à la fin du secondaire, un examen de connaissance de la langue officielle est imposé à tous les élèves et la réussite de cet examen constitue une condition essentielle de l’obtention du diplôme de fin d’études. Pour sa part, le ministère de l’Éducation, de la Science et de la Culture impose une troisième langue étrangère aux élèves du secondaire, habituellement l’allemand ou le français. Des fonds supplémentaires sont à présent alloués à l'enseignement spécialisé, adapté aux enfants immigrés, en nombre croissant dans les écoles islandaises. À la fin de leurs études secondaires, la plupart des Islandais sont devenus trilingues: ils parlent l’islandais, l’anglais et le danois.

Des crédits ont été accordés pour l'instruction spéciale des immigrés dans les établissements d'enseignement secondaire et dans le secteur de l'éducation des adultes, où on s'est attaché principalement aux familles dont les enfants sont inscrits à l'école primaire.

Dans les trois universités du pays — l’Université d’Islande (Háskóli Íslands), l’Université à Akureyri (Háskólinn á Akureyri) et le Collège universitaire de l’éducation (Kennaraháskóli Íslands) —, l’enseignement se fait exclusivement en islandais, mais les livres et manuels disponibles sont souvent en anglais ou dans l’une ou l’autre des langues scandinaves, particulièrement en danois ou en suédois. La capitale Reykjavik possède également un collège technique et des collèges d'agriculture et de musique, ainsi que des écoles de formation des enseignants. 

Tout étudiant qui le désire peut obtenir une bourse pour aller étudier à l'étranger: environ le quart des étudiants de troisième cycle effectuent leurs études à l'étranger. Or, fait surprenant, aucune fuite de cerveaux significative ne se produit: pratiquement tous rentrent au pays à la fin de leurs études universitaires. Un autre fait à noter, l’Islande détient l’enviable record mondial d’achats de livres par habitant.

Enfin, la Loi sur les bibliothèques (1997) énonce que l'objectif est «de promouvoir la langue islandaise, d'encourager l'éducation permanente et de favoriser l'intérêt de la lecture».

4.6 Les médias

Du côté des médias, on compte trois quotidiens (dont le célèbre Morgunblaðið), des centaines de périodiques, quelques chaînes de télévision et plusieurs stations de radio qui diffusent exclusivement en islandais. Les Islandais doivent sûrement être de grands liseurs, car on compte plus de 900 périodiques pour une population de quelque 270 000 habitants (incluant les enfants). Il faut dire que la plupart d'entre eux (environ 700) ne paraissent qu'une ou quatre fois par année. Au total, on compte 55 mensuels, 8 hebdomadaires et 3 quotidiens. 

Les journaux, largement subventionnées par l’État, doivent se plier aux contraintes de la politique linguistique de l’islandisation du vocabulaire. Ainsi, tous les quotidiens diffusent des bulletins d’information linguistique ainsi que la liste des termes techniques récemment créés par la Commission de la langue islandaise. La liste officielle des néologismes est diffusée périodiquement dans tous les journaux. L'insularité accentue ce lien particulier avec la langue et la terre ancestrale. Tous les journaux consacrent, dans leur carnet du jour, de longues colonnes aux textes écrits à la mémoire de personnes décédées. On édite des dictionnaires généalogiques des familles d'Islande, et des recensements sont en cours pour retrouver les 40 000 à 50 000 Américains d'ascendance islandaise.

Ce n’est qu’en 1966-1967 que le gouvernement a pu créer une télévision nationale islandaise, ce qui a alors contraint les États-Unis à réduire la portée d’émission de leur chaîne militaire. Au début, la première chaîne islandaise ne diffusait que six jours pas semaine et cessait ses activités au début de juillet pour les reprendre à la rentrée des classes à l’automne. Mais les chaînes se sont multipliées depuis cette époque et aujourd’hui on compte plusieurs stations régionales.

La Loi sur la radiodiffusion du 17 mai 2000 impose des contraintes au sujet de la langue islandaise. De façon générale, les employés, notamment les journalistes et les présentateurs de nouvelles, doivent s'efforcer «de promouvoir l'essor culturel en général et de renforcer la langue islandaise». Non seulement la plus grande partie du temps d'antenne doit être réservée à la production islandaise et ensuite européenne, mais l'emploi des voix hors-champ et des sous-titres en islandais sont obligatoires. L'article 8 est sans équivoque à ce sujet:

Article 8

Voix hors-champ et sous-titres en islandais

1)
La production d'émissions télévisées en langue étrangère doit toujours être accompagné d'une voix hors-champ ou des sous-titres en islandais, le cas échéant. Cependant, cette disposition ne s'applique pas aux paroles des chansons étrangères, aux transmissions par satellite et à une station de réception de nouvelles et aux émissions d'affaires actuelles traitant principalement d'événements tels qu'ils ont eu lieu.

2) Dans ce cas, le présentateur de télévision doit, chaque fois que possible, fournir une récapitulation ou un exposé en islandais des événements qui ont eu lieu. Tous les efforts doivent être faits pour s'assurer que la voix hors-champ et les sous-titres soient toujours en islandais correct.

3) Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas à la retransmission de des stations de télévision étrangère dans le cas du direct, de long-métrage et d'émissions entières originales des stations de télévision. En outre, ces dispositions ne s'appliquent pas lorsque des radiodiffuseurs se sont vu accorder des permis de diffusion en d'autres langues qu'en islandais, conformément au paragraphe 1
er de l'article 7.

Les infractions à la Loi sur la radiodiffusion sont sanctionnées par une amende dans les cas suivants» : la radiodiffusion sans un permis accordé par la Commission des permis de transmission et le défaut de fournir des voix hors-champ ou des sous-titres en islandais pour des émissions émises dans une langue étrangère. En somme, pour ce qui est du cinéma, l’Islande pratique une politique linguistique protectionniste, dans la mesure où tous les films étrangers, de quelque origine qu’ils soient, doivent être au moins sous-titrés en islandais.

4.7 L'islandisation des immigrants ou des étrangers

L'islandisation de la langue passe également par l'intégration des étrangers et des immigrants. Jusqu'en 1996, la loi islandaise obligeait tous les immigrants à adopter un patronyme islandophone lorsqu'ils décidaient de s'installer définitivement en Islande. Cette loi sur les noms de personne avait été jugée discriminatoire, notamment parce qu'elle faisait obligation à tout étranger naturalisé d'adopter un nom islandais qui serait utilisé conjointement avec son nom d'origine. Ainsi, l'enfant d'un étranger naturalisé avait l'obligation, lorsqu'il atteignait l'âge de 15 ans, d'utiliser le patronyme islandais. Mais la Loi sur les noms de personne no 45/1996 supprime dorénavant cette obligation; les personnes naturalisées et leurs enfants peuvent maintenant conserver leur nom de famille d'origine.

De plus, l'article 15 de la Loi sur les étrangers, no 96, de 2002 précise qu’un étranger demandant un permis de séjour doit avoir en sa possession un passeport et avoir suivi un cours d'islandais:

Article 15

1) Un étranger, qui est demeuré en Islande durant une période ininterrompue de trois ans en vertu d'un permis de séjour exempté des restrictions et qui a suivi un cours d'islandais destiné aux étrangers, peut à sa demande se voir accorder un permis de séjour à la fin de cette période, pourvu que rien ne soit arrivé pouvant entraîner son expulsion de l'Islande.

Cependant, la nécessité du passeport ne s'applique pas aux ressortissants danois, finlandais, norvégiens ou suédois, qui arrivent en Islande directement du Danemark, de la Finlande, de la Norvège ou de la Suède, ou qui se déplacent dans ces pays à partir de l'Islande. C'est que, d'après la loi islandaise, tout étranger qui a atteint l'âge de 18 ans et qui n'est pas un ressortissant de chacun des pays nordiques doit, lorsqu'il réside en Islande, porter en tout temps son passeport.  De fait, la loi oblige les étrangers de fournir des informations sur leur identité et prévoit que les étrangers présenteront, sur demande, une pièce d’identité à la police et que le ministère de la Justice peut décider que les étrangers, à l’exception des Danois, des Finlandais, des Norvégiens et des Suédois, doivent porter leur passeport ou une autre pièce d’identité sur eux en permanence pendant leur séjour en Islande.

L'article 48 du Règlement sur les étrangers, no 53, du 23 janvier 2003, reprend la même disposition relative à la connaissance de l'islandais:

Article 48

Permis de séjour

Un étranger, qui est demeuré en Islande durant une période ininterrompue de trois ans en vertu d'un permis de séjour exempté de restrictions et qui répond aux exigences prévues à l'article 50 en ce qui concerne la connaissance de l'islandais, peut se voir accorder un permis de séjour sur demande, à la condition qu'aucun facteur ne s'applique pouvant mener à son expulsion, conformément au paragraphe 1er de l'article 20 de la Loi sur les étrangers. Un permis de séjour peut être délivré seulement si les conditions fixées pour l'obtention d'un permis de séjour peuvent être remplies.

L'article 50 est entièrement consacré aux cours d'islandais (minimum de 150 heures) que doivent suivre les ressortissant étrangers pour obtenir un permis de séjour :

Article 50

Cours d'islandais

1) Un candidat à un permis de séjour doit suivre un cours d'islandais destiné aux étrangers pour un minimum de 150 heures. Le candidat doit soumettre un certificat faisant la preuve de sa participation et de son assiduité, laquelle doit atteindre un minimum de 85 %. Un certificat faisant la preuve de sa participation doit être transmis par un éducateur approuvé par le ministère de la Justice.

2) Les dispositions du paragraphe 1er concernant la participation à un cours de langue peuvent ne pas s'appliquer si le candidat a acquis une connaissance acceptable de l'islandais et soumis un certificat démontrant qu'il réussi un examen en islandais destiné aux étrangers. Le certificat doit être émis par une personne ou une entité avec qui le ministère de la Justice a conclu un accord pour procéder à ces examens. La condition relative à la participation aux cours peut également être abandonnée si le candidat est âgé de plus de 65 ans et est demeuré en Islande pour au moins dix ans et enfin si le candidat est physiquement ou mentalement incapable de participer à un tel cours, tel que confirmé par un médecin.

3) La personne ou l'entité dispensant un cours ou un examen en vertu des paragraphes 1 et 2 peut faire payer un candidat pour le cours, l'examen et l'émission d'un certificat.

Le permis de séjour est lié au permis de travail en Islande. Mais les ressortissants des pays nordiques ne sont pas dans l'obligation d'obtenir un tel permis de travail. Pour tous les autres étrangers, les permis de travail ne sont accordés qu'aux employeurs, non aux employés. Il semble que l’octroi des permis de travail aux employeurs soit très particulier à la pratique islandaise. Afin de bénéficier de la protection sociale et des soins de santé, l'autorisation de l'employeur est en principe nécessaire pour changer d’emploi. 

Par ailleurs, s'il paraît normal pour un étranger désirant s'établir en Islande d'apprendre la langue de son pays d'accueil, il convient néanmoins de souligner que l’obligation juridique de maîtriser l'islandais peut, dans bien des cas, se révéler difficile à satisfaire pour certains ressortissants, surtout ceux qui proviennent de l'Asie, ou lorsque les cours dispensés sont trop onéreux. Selon la loi, les règlements peuvent prévoir des frais exigés pour suivre un cours d'islandais ou subir un test pour démontrer ses compétences linguistiques. 

4.8 La vie économique

Quant à la vie économique, elle se déroule entièrement en islandais pour les affaires intérieures, que ce soit les formulaires, les affichettes écrites à la main, les chèques ou autres imprimés commerciaux. Il en résulte que l’affichage commercial demeure généralement en islandais, mais il arrive souvent que les raisons sociales des entreprises portent une dénomination en anglais, parfois en danois. Dans tous les endroits touristiques, l’islandais et l’anglais sont employés concurremment; la publicité commerciale, la langue reste l’islandais, car il est rare qu’on s’adresse aux consommateurs dans une autre langue (par exemple, en anglais). Dans les contacts avec l’extérieur, l’anglais et le danois (ou parfois une autre langue scandinave) viennent à la rescousse de l’islandais.

L'article 2 de la Loi sur les hôtels et les restaurants (1985) exige que «les noms des sociétés ou des opérations d'affaires doivent être conformes au système phonétique et flexionnel de l'islandais». Mentionnons aussi que la Loi sur les contrats d'assurance exige que les contrats d'assurance doivent être rédigés «en islandais ou dans une autre langue acceptée par l'assuré» afin de comprendre les dispositions des conditions de la protection prévue et des conditions offertes avant la conclusion du contrat.

La population de l’Islande peut être décrite comme étant constituée d'une seule nation vivant sur un territoire insulaire nécessairement délimité. Les habitants parlent pratiquement tous la même langue sans variation dialectale et partagent le même patrimoine culturel. La nation islandaise est donc très homogène et ne comporte pas (encore) de véritables groupes minoritaires importants se distinguant, par exemple, par la couleur, la race, la langue ou la religion. Elle a toujours connu traditionnellement une situation d'isolement en raison de sa position géographique.

Tous ces facteurs expliquent que l'Islande n'ait jusqu'ici prêté que peu d'attention, dans ses orientations politiques et sa législation, à la question des groupes minoritaires. Le pays semble aujourd'hui encore relativement épargné par les problèmes de discrimination et d'intolérance, mais cette situation pourrait néanmoins changer avec l'augmentation récente de l'immigration dans le pays. L'Islande n'a pas encore ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, ni la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. Leur ratification devrait être considérée comme une question de principe et de solidarité. Cependant, il est peu probable que l’Islande sombre dans l’intolérance, puisque le gouvernement a même été félicité par les organismes internationaux pour ses efforts afin de solutionner les problèmes liés à la discrimination et au racisme. Des efforts supplémentaires semblent encore nécessaires, mais il apparaît que ce pays, disposant par ailleurs d’une très longue tradition démocratique, ne sera pas pris au dépourvu par les problèmes qui pourraient surgir.

Consulter: les dispositions linguistiques de diverses lois islandaises.

Dernière mise à jour: 04 août 2008
 

 

Bibliographie

EURYDICE. «The Education System in Iceland» dans Eurydice, The Information Network on Education in Europe, Eurybase 1997, 3 Ko, 25 mars 1998, [http://www.eurydice.org/Eurybase/files/dossier.htm].  

HAGÈGE, Claude. Le souffle de la langue, Paris, Éditions Odile Jacob, coll. "Opus", 1994, 288 p.  

LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. "Synthèse", 1992, 708 p.

MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION, DE LA RECHERCHE ET DE LA CULTURE. L'islandais, ancien et moderne à la fois, Reykjavik, Ministère de l'Éducation, de la Recherche et de la Culture, 2001.   

NATIONS UNIES. Quatorzième rapport périodique que les États parties doivent présenter en 1996 : Islande, 29 avril 1996, CERD/C/299/Add.4. (State Party Report), Genève.

 
   
 
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