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Norvège
Kongeriket Norge (bokmål)
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Population: 4,5 millions (2003) Langues officielles: bokmål et nynorsk Groupe majoritaire: bokmål (80 %) Groupes minoritaires: nynorsk (17,5 %), same, tsigane, finnois (kvène) Système politique: monarchie constitutionnelle Articles constitutionnels (langue): art. 92 de la Constitution du 17 mai 1814 Lois linguistiques: la Résolution royale du 31 mai 1957 ou Directives pour l’orthographe des noms de lieu de 1957; la Loi sur l'usage des langues dans les services publics (11 avril 1980 et modifiée le 11 mars 1988); loi no 56 du 12 juin 1987 relative au Sametinget (Loi same); le Règlement sur l'usage des langues dans les services publics (1988), le Règlement sur la langue des questions d'examen (1988); la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires; la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales; la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux; Loi relative à l'enseignement primaire et secondaire (Loi sur l'éducation) (2005); Loi sur la nationalité norvégienne (2006). |
Le mot bokmål se prononce [bouk-môl] comme dans bouc et pôle; dans les langues scandinaves, la lettre å correspond au son [ô] en français et non [a].Quant au mot nynorsk, la lettre y renvoie approximativement à la voyelle française [u] comme dans flûte; le mot nynorsk se prononce donc [nu-norsk] et non [ni-norsk]. |
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État de l'Europe du Nord, la
Norvège forme la bordure occidentale de la Scandinavie (voir
la carte détaillée). Baignée par l'Atlantique à l'ouest et au nord, et par la mer
du Nord au sud, la Norvège est limitée à l'est par la Russie, la Finlande et la
Suède avec laquelle la Norvège partage la plus longue frontière (Suède: 1619 km;
Finlande:
729 km; Russie: 167 km). Le pays occupe une superficie de 323 879 km²,
soit environ l'équivalent de l'Italie.
Le territoire norvégien comprend également l'archipel du Svalbard (62 160 km²), et l'île Jan Mayen dans l'océan Arctique, l'archipel des Lofoten-Vesterålen (4 044 km²) et l'île Bouvet (inhabitée) dans l'océan Atlantique ainsi que l'île Pierre-Ier, au large de l'Antarctique. La terre de la Reine-Maud en Antarctique est également rattachée à la Norvège. |
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La Norvège est divisée en 19 «provinces» administratives (fylker,
singulier-fylke): Akershus, Aust-Agder, Buskerud, Finnmark, Hedmark,
Hordaland, Møre og Romsdal, Nordland, Nord-Trøndelag, Oppland, Oslo,
Østfold,
Rogaland, Sogn og Fjordane, Sor-Trøndelag, Telemark, Troms, Vest-Agder.
On peut consulter la carte des provinces en cliquant ICI. La population est répartie assez inégalement selon les provinces. Les plus populeuses sont Oslo, Akershus, Hordaland, Rogaland et Østfold. Notons que la lettre [ø] renvoie au son français [eu] comme dans heureux ou encore pneu. 2 Données démolinguistiquesAu 1er janvier 2003, la population norvégienne s’élevait à 4,5 millions d'habitants. La majorité des Norvégiens parlent l’une des deux langues norvégiennes (langues germani-ques du Nord) officielles du pays: le bokmål (env. 80 %) et le nynorsk (env. 17,5 %). Au début de l’année 1999, le nombre de personnes immigrées s'élevait à 260 700, soit 5,89 % population totale. Quant aux minorités nationales (Nasjonale minoriteter) recon-nues, elles sont peu nombreuses et constituent de petites communautés: les Sames (appelés auparavant Lapons), les Tsiganes, les Kvènes (personnes d’origine finlandaise vivant dans le nord du pays), les Skogfinn (personnes de souche finlandaise habitant le sud du pays), sans oublier les Juifs. Au sens strict du terme, les Sames ne se considèrent pas «une minorité nationale» parce que, en tant qu'autochtones (peuple indigène), ils jouissent, selon le Sámediggi (Assemblée same), de droits juridiques et politiques plus étendus que ceux couverts par les dispositions de la législation norvégienne. |
Il n’existe pas en Norvège d’estimation précise du nombre de personnes appartenant aux minorités nationales, puisque aucune statistique officielle n’est tenue sur la base de critères strictement «ethniques». En se basant à la fois sur les représentants des groupes ethniques eux-mêmes et les recherches effectuées par des spécialistes, on peut estimer que le pays abrite actuellement environ 10 000 à 15 000 Kvènes (Kven), 1500 à 2000 Juifs, quelques centaines de Skogfinn, 2000 à 3000 «Romani / Voyageurs» et 300 à 400 Rom / Tsiganes. Soulignons que ces nombres restent imprécis, car ils correspondent aux personnes qui «pourraient» se considérer comme appartenant aux groupes minoritaires en question et non aux individus qui parlent couramment la langue d'un groupe donné; comme toujours, le nombre des locuteurs d'une langue minoritaire et plus faible que celui du groupe ethnique correspondant. En réalité, très peu de Kvènes, de Skogfinn et de Tsiganes parlent encore leur langue ancestrale; la plupart se sont assimilés au cours des siècles précédents, surtout aux XIXe et au XXe siècles lors des politiques de norvégianisation pratiquées par les différents gouvernements.
2.1 Les deux langues norvégiennes
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Il existe deux langues norvégiennes officielles, la variante bokmål (prononcer [bouk-môl]) et la variante nynorsk (prononcer [nu-norsk]). Ces deux langues sont mutuellement intelligibles, sans le recours à la traduction. Étant donné qu'au moins 97 % des Norvégiens utilisent le norvégien comme langue maternelle, en fait l’une des deux variantes (bokmål ou nynorsk), on peut dire que la Norvège est un pays relativement homogène sur le plan linguistique. Le bokmål, jadis très influencé par le danois, est généralement utilisé dans les centres urbains, ainsi que dans les régions où la densité de la population est assez élevée (p. ex., autour du fjord d'Oslo et dans la province d'Østlandet). On peut consulter la carte linguistique des municipalités norvégiennes en cliquant ICI, s.v.p. |
Pour sa part, le nynorsk, dérivé des anciens dialectes norvégiens, est plus répandu dans les zones rurales (p. ex., le long des fjords de la côte ouest et dans les villages de montagne à l'intérieur du pays). Les règles concernant le choix de la langue enseignée sont fixées par la loi. On peut recourir à quelques exemples pour montrer les ressemblances entre les deux variantes norvégiennes:
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Bokmål |
Nynorsk |
Français |
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vieux |
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cendres |
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oublier |
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trou |
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malade |
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truite |
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détacher |
Source:
d'après Comparación entre Bokmål y Nynorsk
http://meltingpot.fortunecity.com/ormonde/795/bokny.htm
Ces deux langues officielles (ou variantes officielles) de la Norvège sont relativement proches et l'intercompréhension entre les deux, rappelons-le, est quasi totale. À cela s'ajoute le fait qu'une partie des Norvégiens, qui écrivent le bokmål, parlent dans la vie courante un bokmål teinté de formes dialectales que l'on retrouve en nynorsk. Précisons qu'en Norvège on ne parle jamais de deux «langues», mais de deux «variantes» d'une même langue. Même la loi utilise souvent les expressions de «variante linguistique» ou de «variante majoritaire» dans ses textes. Ci-dessous, on peut lire en français, en bokmål et en nynorsk l'article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme :
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Français |
Bokmål |
Nynorsk |
| Article 1er Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. |
Artikkel 1 Alle mennesker er født frie og med samme menneskeverd og menneskerettigheter. De er utstyrt med fornuft og samvittighet og bør handle mot hverandre i brorskapets ånd. |
Artikkel 1 Alle menneske er fødde til fridom og med same menneskeverd og menneskerettar. Dei har fått fornuft og samvit og skal leve med kvarandre som brør. |
Soulignons que les deux variantes officielles sont sur un pied d'égalité au plan juridique. Cependant, elles ne le sont pas au point de vue social. Les grands journaux et les médias en général sont dominés par le bokmål, qui demeure la langue enseignée dans tous les centres urbains et la plupart des zones industrielles; c'est donc la langue des affaires et de la publicité. La variété bokmål a toujours joui d'un prestige certain sur la variété nynorsk, car elle a été la langue commune des citoyens plus instruits. Le bokmål bénéficie aussi du grand avantage d'être parlé par plus de 80 % de la population dont la norme utilisée est en plaine expansion. Il faut aussi ajouter que le système morphologique du bokmål est un peu plus simple que celui du nynorsk, ce qui fait que «le système le moins compliqué est celui qui est présent partout» (cf. Eyvind Fjeld Halvorsen). Bref, le bokmål bénéficie du même statut qu'une langue officielle par rapport à une langue non officielle; c'est donc dire qu'en Norvège bokmål est plus officiel que le nynorsk, car il constitue le symbole d'un niveau social.
Cependant, la législation qui régit le statut des deux variétés linguistiques impose aux administrations locales, aux établissements d'enseignement et aux médias des «quotas» pour l'emploi du nynorsk. Parce que le nynorsk est minoritaire, il faut le protéger. Le nynorsk est massivement parlé dans les zones rurales, particulièrement dans les régions où la population est stable et où les locuteurs parlent un dialecte local traditionnel. Ainsi, le nynorsk dans sa forme normalisée et utilisée dans les écoles n'est pas parlé par les communautés locales, qui préfèrent leur «nynorsk dialectal». Lorsque les locuteurs du nynorsk provenant de différentes régions de regroupent, ils utilisent alors le nynorsk normalisé. Et voici un petit exemple de mots dans leur contexte (en français: «Il ne criait plus, il avait peur des réponses qu'il avait reçues»).
| En dialecte local | En nynorsk | En bokmål |
| Han rope kje lenger, var rædd dei svar han fekk. | Han ropar ikkje lenger, var redd dei svara han fekk. | Han roper ikke lenger, var redd for de svarene han fikk. |
Selon Eyvind Fjeld Halvorsen de l'Université d'Oslo, les rapports entre les deux langues norvégiennes sont stables depuis plusieurs années. Le bokmål continue de dominer et d'exercer des pressions sur le nynorsk, ce qui fait que le nynorsk est devenu une langue minoritaire.
Toutefois, cela ne signifie pas que le nynorsk va s'éteindre, voire reculer. N'oublions pas que le nynorsk reste la langue principale des Norvégiens habitant la plus grande partie géographique du pays. Quand on consulte la carte linguistique (voir le document) des communes à statut officiel bokmål, nynorsk et «neutre», on doit constater qu'il y a 162 communes dont la langue officielle est le bokmål, 116 est le nynorsk et 156 sont neutres (sans décision sur le statut linguistique). De plus, en terme de superficie, les communes du nynorsk sont loin d'être en déficit et elles sont toutes situées dans le sud-ouest.
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Le
statut linguistiques par province |
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| 2006 | Nombre | Pourcentage | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Total | Bokmål | Nynorsk | Neutre | Bokmål | Nynorsk | Neutre | |
| TOTAL | 431 | 160 | 115 | 156 | 39,5 % | 11,5 % | 49,0 % |
| Østfold | 18 | 16 | - | 2 | 87,4 % | - | 12,6 % |
| Akershus | 22 | 17 | - | 5 | 79,9 % | - | 20,1 % |
| Oslo | 1 | - | - | 1 | - | - | 100,0 % |
| Hedmark | 22 | 15 | - | 7 | 68,2 % | - | 31,8 % |
| Oppland | 26 | 9 | 7 | 10 | 65,9 % | 11,7 % | 22,4 % |
| Buskerud | 21 | 13 | 3 | 5 | 67,6 % | 4,5 % | 27,9 % |
| Vestfold | 14 | 14 | - | - | 100,0 % | - | - |
| Telemark | 18 | - | 8 | 10 | - | 12,8 % | 87,2 % |
| Aust-Agder | 15 | 4 | 4 | 7 | 71,0 % | 5,1 % | 23,9 % |
| Vest-Agder | 15 | 7 | 2 | 6 | 80,5 % | 1,5 % | 18,0 % |
| Rogaland | 26 | 3 | 12 | 11 | 40,3 % | 16,5 % | 43,2 % |
| Hordaland | 33 | - | 30 | 3 | - | 39,9 % | 60,1 % |
| Sogn og Fjordane | 26 | - | 26 | - | - | 100,0 % | - |
| Møre og Romsdal | 37 | 2 | 23 | 12 | 8,3 % | 48,5 % | 43,1 % |
| Sør-Trøndelag | 25 | 9 | - | 16 | 14,9 % | - | 85,1 % |
| Nord-Trøndelag | 24 | 4 | - | 20 | 7,2 % | - | 92,8 % |
| Nordland | 44 | 23 | - | 21 | 32,0 % | - | 68,0 % |
| Troms Romsa | 25 | 9 | - | 16 | 15,2 % | - | 84,8 % |
| Finnmark / Finnmárku | 19 | 15 | - | 4 | 78,1% | - | 21,9 % |
| Source: 2006, Ministère norvégien de la Culture et des Affaires religieuses. | |||||||
Par ailleurs, la pression exercée par le bokmål dans les zones rurales est bien moindre. On pourrait même dire que le sentiment d'identité des locuteurs du nynorsk est plus grand que chez ceux du bokmål. En général, les locuteurs du nynorsk demeurent plus combatifs que ceux du bokmål, car pour changer de langue il est plus facile de passer du nynorsk au bokmål que l'inverse. Il est rare en effet qu'un Norvégien perde le bokmål pour adopter le nynorsk. En général, les locuteurs du bokmål semblent indifférents comparativement aux locuteurs du nynorsk dont la conscience linguistique est plus forte. Les locuteurs du nynorsk affirment que leur langue est «la seule langue véritablement norvégienne», alors que le bokmål ne serait pas norvégien, mais «danois». Enfin, en Norvège, la question linguistique passe très vite au plan émotif et qu'elle fait régulièrement dans les médias l'objet de querelles et de caricatures. La langue étrangère la plus connue est l'anglais.
Le norvégien (bokmål et nynorsk) est une langue scandinave comme le suédois, le danois et l'islandais:
| Norvégien | Danois | Suédois | Islandais | Français |
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skjorte hanske far mann hus dør kurv flaske blomst sort |
hands keskjort fader mand hus dør kurv flaske blomst sort |
skjorta handske fa(de)r man hus dörr korg flaska bloma svart |
skyrta hanzki faðir eiginmaður hús dyr karfa flaska blóm svartur |
chemise gant père mari (époux) maison porte panier bouteille fleur noir |
De toutes les langues scandinaves, c'est l'islandais qui est la langue la plus différenciée, mais le suédois suit tout de suite après. Les Danois, les Norvégiens et les Suédois se comprennent mutuellement sans trop d'efforts. Mais aucun des locuteurs de ces langues ne comprend ni ne lit l'islandais, tandis qu'un islandophone comprend assez aisément les trois autres langues.
2.2 Les minorités nationales
Les Sames, les Kvènes, les Skogfinn, les Juifs et les Tsiganes constituent les minorités nationales de la Norvège. Elles ne parlent pas toutes leur langue ancestrale, mais lorsque c'est le cas elles utilisent respectivement le same (Sames), le finnois (Kvène et Skogfinn) ou le tsigane.
- Les Sames
| Les Sames,
appelés anciennement «Lapons» mais
Sâmidiggi
en langue same, parlent le same, une langue de la
famille
ouralienne, à l’instar du finnois, de l’estonien et du hongrois.
Depuis quelques années, le terme Lapon servant à désigner les autochtones est remplacé par
Sábme, Same ou Sami. La communauté same considère que le
mot Lapon revêt une connotation méprisante et étrangère et se qualifie
elle-même de Same. En français, on utilise de préférence le mot same
(adjectif) ou Same (nom). Soulignons que la plupart des Sames vivent dans les régions septentrionales de la Finlande, de la Norvège, de la Suède et de la Russie. Quelque 70 000 à 100 000 Sames sont installés dans cette grande région nordique appelée Sápmi (voir la carte détaillée) dans laquelle on dénombre dix langues sames. Quelque 30 000 Sames vivent en Norvège; la plupart vivent dans la province du Finnmark, tout au nord du pays. Aux quelque 30 000 Sames de Norvège, il faut ajouter quelque 3000 autres en Finlande, 10 000 en Suède et environ 1000 en Russie. Linguistiquement, les Sames de Norvège se répartissent en trois variétés distinctes: le same oriental ou same de l’Est, le same central et le same méridional ou same du Sud. Quant au same central, il est fragmenté en same du Nord, en pitesame (same de Pitea) et en lulesame (same de Lule). |
Les principales variétés dialectales semblent être le same méridional (2500 locuteurs), l'umesame ou same de Ume (peut-être 500 locuteurs), le pitesame ou same de Pite (1000 locuteurs), le lulesame ou same de Lule (17 000 locuteurs), le same du Nord (10 000 locuteurs), l'inaresame, le skoltesame, le kildinsame et le tersame. Mais les spécialistes de la question sont pas tous d'accord sur ces distinctions. En Norvège, le same de Lule est parlé dans une partie du Nordland (Tysfjord étant la municipalité comptant la plus grande concentration de locuteurs du same de Lule), le same méridional dans le Nordland au Trøndelag; dans le Finmark oriental, à Varanger (près de la Russie), les Sames s’expriment en skoltesame. La plupart des Sames de Norvège sont bilingues (same-norvégien); il s’agit généralement du bokmål puisque c’est cette langue (variété) qui est enseignée dans les écoles sames. Outre l'élevage des rennes, la pêche, l'agriculture, les Sames vivent, pour une bonne part, de leurs activités dans le secteur tertiaire. Faute de recensement récent des Sames en tant que groupe ethnique, le gouvernement norvégien ne dispose d'aucune statistique permettant d'évaluer le nombre exact de locuteurs natifs pratiquant l’une des variétés du same; les données numériques déjà mentionnées ne correspondent donc qu’à des approximations.
Présentement, le district administratif samophone comprend les communes de Karasjok, Kautokeino, Nesseby, Porsanger, Tano et Kåfjord. Les municipalités de Tysfjord et de Snåsa ont demandé de faire partie du district administratif samophone. Ce statut est important, car le same est devenu ainsi une langue officielle au même titre que le norvégien dans ce district administratif.
- Les Tsiganes
La Norvège compterait aussi deux communautés assez proches l'une de l'autre: environ de 2000 à 3000 «Romani / Voyageurs» et de 300 à 400 Rom / Tsiganes. Il s'agit de populations plus ou moins dispersées à travers tout le pays, bien que la plupart soient concentrés dans les grandes villes du Sud. Au sens de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, il s’agit de minorités «dépourvues de territoire». On ignore le nombre réel des membres de ces communautés; pour ce qui est de la connaissance de la langue, c'est le mystère le plus complet.
- Les Kvènes et les Skogfinn
Pas davantage que pour les autres minorités, il n’existe pas de statistique officielle pour les finnophones (famille ouralienne) résidant en Norvège. On croit qu'il peuvent compter sur un total de 10 000 à 15 000 personnes, dont quelques centaines pour les Skogfinn, mais le gouvernement norvégien les estime entre 2000 et 8000. On les appelle Kven (ou Kvènes en français et Kveeni en finnois et en anglais) lorsqu'ils sont concentrés au nord, le long de la frontière finno-norvégienne, ou Skogfinn lorsqu'ils résident dans le Sud.
Même au sein de la communauté kvène, les opinions diffèrent divergent sur l’appellation de kvène ou de finnois qu’il convient de donner à la langue de ce groupe. L’État norvégien a souvent choisi la double forme kvène/finnois. Il existe également un désaccord, non seulement chez les Kvènes mais aussi chez les spécialistes, sur la question de savoir si le kvène constitue une langue «à part entière» ou une «variante du finnois». Certains Kvènes rédigent leurs textes en restant le plus près possible du kvène parlé; il s'agit alors de textes «écrits en kvène». Toutefois, la plupart des Kvènes écrivent leur langue en respectant la forme traditionnelle (en finnois standard) utilisée en Finlande, que ce soit pour les conjugaisons, les déclinaisons, le choix des mots, etc.; dans ce cas, les autorités avaient décidé qu’il s’agissait du «finnois» et non du «kvène». En avril 2005, le gouvernement norvégien a reconnu le kvène comme une «langue distincte», non comme un dialecte du finnois. On ignore le nombre réel des locuteurs de ce «finnois norvégien», mais les estimations laissent croire que ce serait autour de 5000 locuteurs pour le finnois kvène et 200 personnes pour le finnois skogfinn.
Les archéologues estiment que la Norvège était déjà habitée il y a 14 000 ans par un peuple de chasseurs paléolithiques — les Lapons — d'Europe centrale et d'Europe occidentale. Beaucoup plus tard, des paysans germaniques originaires du Danemark et de Suède s'établirent dans la région, autour des grands lacs et des fjords; ils parlaient une langue germanique, le vieux norrois, dont les langues scandinaves d’aujourd’hui sont issues. C’est le vieux-norrois qui a donné le mot Nordhrvegr (le «chemin du Nord») et son nom à la Norvège. L’arrivée des populations germaniques eut pour effet de repousser les Lapons (Sames) vers le Grand Nord. Sans défense et sans État, les Lapons furent obligés de payer de forts tributs aux rois norvégiens et aux marchands finlandais.
3.1 Les Vikings et les Norvégiens
Vers 800, les populations germaniques construisirent des navires de guerre: ce fut l’ère des Vikings. Vers 875, ces guerriers du Nord, divisés en de multiples royaumes, fondèrent des colonies en Irlande, en Écosse, en Islande ainsi que dans les îles Féroé et les îles Orcades et Shetland (Écosse). Au siècle suivant, vers 985, l’explorateur Erik le Rouge gagna les côtes de l’Islande, puis celles du Groenland (dit le «pays vert»). Son fils, Leif Eriksson, fut l'un des premiers Européens à explorer l'Amérique du Nord. L'alphabet latin fut introduit avec le christianisme en remplacement des caractères runiques et une langue écrite norvégienne distincte se développa au XIe siècle. Les Vikings norvégiens tentèrent de conquérir la Grande-Bretagne, mais ils échouèrent quelques jours avant le débarquement de Guillaume le Conquérant (1066).
La Norvège connut son apogée sous le roi Haakon IV, qui régna de 1217 à 1263 à la tête d’un vaste empire s’étendant jusqu’en Islande et au Groenland. Puis, en 1266, la Norvège dut céder les colonies de l’île de Man et des îles Orcades et Shetland à l’Écosse. Ensuite, le déclin se poursuivit rapidement. Les vieilles familles nobles s’affaiblirent graduellement et la Norvège devint surtout une nation de paysans. En 1319, à la mort d'Haakon V, qui n'avait pas d'héritier mâle, le royaume échut à Magnus II de Suède. En 1380, Olav II, roi de Danemark, devint le roi Olav IV de Norvège.
3.2 La domination danoise
En 1397, l’union de Kalmar réunit les royaumes du Danemark, de Suède et de Norvège qui devint une province du Danemark avec le luthéranisme comme religion officielle. Le Groenland et les îles Féroé devinrent danoises. La rupture de l’union de Kalmar en 1523 n’entraîna pas l’indépendance de la Norvège, mais la plaça sous la domination de fait du Danemark; elle dura trois siècles. La Norvège, en tant que province (lydrike) du Danemark, fut négligée par les rois scandinaves au profit de la Suède et du Danemark, plus étendus et plus riches.
Durant toute cette période, qui s’étendit de 1380 à 1814, l’influence de la langue danoise fut déterminante, car la seule langue écrite demeura le danois. Celui-ci était généralement parlé par les classes supérieures de la société norvégienne, tandis que les dialectes norvégiens continuaient d’être utilisés dans les régions rurales et, dans les villes, par la classe ouvrière et la bourgeoisie.
3.3 La domination suédoise
À la suite de la défaite de Napoléon en 1814, le Danemark, allié de la France, fut obligé de signer le traité de Kiel du 14 janvier et céda la Norvège à la Suède. Toutefois, les Norvégiens rejetèrent le traité et proclamèrent leur indépendance. Ils rédigèrent une constitution libérale et offrirent la couronne au prince héritier du Danemark, Christian Frédéric (le futur Christian VIII). En échange de la signature du traité, la Norvège réussit à garder sa nouvelle constitution. Par l'acte d'union de 1815, elle posséda sa propre armée, sa marine, ses services de douanes, son parlement et une certaine autonomie à l'intérieur de ses frontières.
Dès la semi-indépendance de 1814, la Constitution norvégienne stipulait que les affaires de l'État devaient être conduites en norvégien. Cette clause purement symbolique rédigée en danois ne pouvait être mise en pratique parce qu'il n'existait pas de langue norvégienne écrite. Il fallait donc créer une langue écrite pour répondre aux dispositions constitutionnelles.
3.4 La Norvège moderne
Puis le nationalisme norvégien s'intensifia et amena le Storting (Parlement norvégien) à se plaindre du traitement infligé à la Norvège par la Suède; ce traitement était jugé incompatible avec l'esprit de l'acte d'Union et contraire au principe d'égalité entre les nations. En 1905, ce fut la rupture définitive de l’union avec la Suède. Le Storting proclama l'indépendance de la Norvège, le roi de Suède ayant cessé d’exercer ses fonctions. Au cours d’un plébiscite en août 1905, le peuple norvégien vota à une large majorité pour sa séparation de la Suède. Le Parlement suédois (le Riksdag) ratifia l'indépendance du pays en octobre. Par la suite, le mouvement nationaliste éveilla chez les Norvégiens le désir d'avoir une langue qui soit vraiment la leur. Ce faisant, les divers gouvernements norvégiens pratiquèrent des politiques d'assimilation (ou de «norvégianisation») à l'égard de leurs minorités nationales.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Norvège devint une démocratie sociale et un État-providence. Elle adhéra à la charte des Nations unies (ONU) en 1945, puis à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) en 1949. La Norvège devint en 1959 l’un des membres fondateurs de l'Association européenne de libre-échange (AELE). En 1970, la Norvège posa sa candidature pour adhérer à la Communauté européenne ou CEE (aujourd'hui appelée Union européenne), mais lors du référendum de 1972, les électeurs rejetèrent les recommandations du gouvernement. Le 4 mai 1994, le Parlement européen appuya à nouveau l'adhésion de la Norvège (en même temps que la Suède, la Finlande et l'Autriche à l'Union européenne. Cependant, au référendum des 27 et 28 novembre 1994, les Norvégiens rejetèrent l'adhésion à l'Union européenne pour la deuxième fois.
Par ailleurs, le gouvernement a a signé la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux (1989) de l’Organisation internationale du travail et le Parlement norvégien l’a ratifiée le 19 juin 1990. Le 1er mars 1998, la Norvège a également ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et, le 1er juillet 1999, la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales). En février 1998, la ministre du Gouvernement local et du Développement régional, Mme Ragnild Queseth Haarstad, a présenté des excuses officielles au nom du gouvernement pour les injustices commises par les autorités norvégiennes dans le passé à l’égard des Tsiganes et des autres minorités nationales (Kven, Skogfinn et Juifs) et pour la façon dont celles-ci ont été traitées.
La Norvège a développé tôt une expertise en matière d’interventionnisme linguistique. On peut distinguer trois mouvements successifs entre 1814 et aujourd'hui: la création de deux langues norvégiennes (1814-1909), la période de fusionnement (1909-1966), la politique de non-intervention (1966-1980). Depuis 1980, l'État s'est contenté de reconnaître la pratique de la dualité linguistique par la proclamation du bilinguisme institutionnel (bokmål-nynorsk) appuyé par une législation sur les services publics.
3.1 La création de deux langues norvégiennes (1814-1909)
L'initiative du dirigisme linguistique en Norvège ne revient pas à l'État, mais à deux individus: Ivar Aassen (1813-1896) et Knud Knudsen (1812-1895). Dès les années 1830, de leur propre chef, Aassen et Knudsen se mirent à la tâche de créer la langue norvégienne écrite. Le résultat donna lieu à la naissance du landsmål (prononcer [lands-môl]), la «langue du pays», et du riksmål (prononcer [riks-môl]), la «langue du royaume». En fait, bien que le terme landsmål soit resté, Aasen lui donna divers noms: «langue de notre peuple» (vort almuesprog), «vraie langue norvégienne» (det rette norske folksprog), «langue nationale (national sprog), «langue nationale norvégienne» (norske landsmål), et «norvégien» (norsk). Les partisans de Knud Knudsen se mobilisèrent au tour du mot riksmål, mot construit sur le modèle de l'allemand reichssprache.
Ce fut le début d'une longue lutte entre deux langues norvégiennes concurrentes: le landsmål et le riksmål, la campagne contre la ville. En 1885, la Norvège devint un État officiellement bilingue en reconnaissant le landsmål et le riksmål comme les langues nationales officielles du pays.
3.2 La tentative de fusionnement (1909-1966)
Il est apparu rapidement qu'aucune des deux langues norvégiennes n'arriverait à supplanter l'autre. Chacune bénéficiait de ses défenseurs et de ses organismes officiels, chacune était employée au Parlement et enseignée dans les écoles. Au plus fort de la controverse, le gouvernement décida de s'en mêler en lançant un appel en faveur de la fusion des deux langues. Dès lors, se succédèrent toute une série de commissions gouvernementales qui tentèrent de réunir le landsmål et le riksmål. La politique de fusionnement consistait à introduire dans chacune des langues des éléments issus de l'autre et à proposer ou imposer un nouveau code partiellement commun. En 1923, Knud Knudsen pouvait commenter ainsi la situation:
Deux réformes orthographiques hardies en une décennie avaient donné à la riksmål norvégienne un visage entièrement nouveau, qui pouvait difficilement la faire prendre pour du danois. |
Mais la politique linguistique n'était que partiellement atteinte. Si le premier objectif était de différencier nettement le riksmål du danois, il restait l'autre objectif : unifier linguistiquement la Norvège qui restait aux prises avec, d'une part, une classe dominante pratiquant une langue proche de la langue écrite (riksmål), d'autre part, une classe populaire pratiquant une forme proche des parlers locaux (landsmål). Au cours des années trente, le Parti communiste norvégien en profitera pour répéter que la lutte pour la langue populaire faisait partie de la lutte des classes.
En 1929, une loi du Parlement changea le nom des deux langues officielles: le landsmål devint le nynorsk (prononcer [nu-norsk] comme dans flûte), c'est-à-dire le «nouveau norvégien», et le riksmål s'appela le bokmål (prononcer [bouk-môl] comme dans bouc et pôle), c'est-à-dire la «langue des livres». D'autres tentatives se sont succédé afin de réunir les deux langues norvégiennes, mais elles se soldèrent toutes par des échecs. Par exemple, en 1938, un décret du gouvernement décida que les diphtongues du nynorsk devaient remplacer les monophtongues du bokmål dans les manuels scolaires (par exemple [ost] devait se prononcer [aust] et [sten] devait devenir [stein]). On imagine la réaction des parents! Néanmoins, ces tentatives permirent l'expansion du nynorsk, dont le nombre de locuteurs passa, entre 1930 et 1949, de 20 % à 32 % de la population. Le 9 décembre 1938, les plaques de 300 rues de la ville d'Oslo avaient été changées afin de respecter la nouvelle orthographe; ce geste était pour la municipalité une façon symbolique d'affirmer son adhésion à la réforme orthographique. Cette réforme fut abolie en 1941, sous l'occupation allemande, parce que les communistes accusèrent les tenants de la réforme «d'introduire la dictature du prolétariat dans le domaine linguistique», mais elle fut rétablie en 1945 lors de la libération.
En 1946, un sondage Gallup destiné à déceler l'opinion des Norvégiens sur la question linguistique révéla que 80 % des Norvégiens était pour la fusion des deux langues et que 75 % croyaient que cette fusion devait s'appuyer sur le bokmål. Malgré les résistances des défenseurs du bokmål, le Parlement adopta la nouvelle réforme en 1959 sans être capable d'endiguer le radicalisme des tenants du nynorsk et du bokmål. Un comité gouvernemental décréta qu’il y aurait dorénavant des formes obligatoires (seules permises), des formes alternatives (libre choix) et des formes optionnelles (permises seulement par les enfants dans leurs compositions). Il n’est pas surprenant que de telles réformes soient restées lettres mortes. Loin de faire l’unanimité, les diverses réformes ont suscité de vives réactions de la part des «traditionalistes» opposés à tout changement tant dans la forme du nynorsk que dans celle du bokmål. Ce constat d'échec des politiques de fusionnement fut confirmé dans un rapport publié en 1966 par un nouveau comité linguistique qui préconisait d'abandonner la recherche de fusionnement et de préserver plutôt l'héritage culturel des langues officielles de la Norvège, à la ville comme à la campagne.
3.3 La politique du laisser-faire
À partir de 1966, le gouvernement norvégien fit volte-face. Non seulement il abandonna sa politique de fusionnement, mais il renonça à toute planification linguistique. Au moment où le gouvernement a décidé de ne plus intervenir, la situation sociolinguistique était devenue radicalement différente de ce qu'elle avait été 20 ans auparavant. De 32 % de la population, les locuteurs du nynorsk avaient chuté à 17,9 %: l'industrialisation et l'urbanisation avaient favorisé le bokmål, langue traditionnellement parlée dans les villes, langue des intellectuels et des affaires par surcroît; c'était donc la langue de l'élite sociale de la Norvège. D'ailleurs, le nynorsk et le bokmål ont toujours eu des statuts très inégaux, tant par le nombre de leurs utilisateurs respectifs que par la valeur sociale accordée à chacune des langues.
Quoi qu'il en soit, la défense du nynorsk en Norvège demeure l’expression d’un nationalisme, mais un nationalisme régional qui ne concerne pas l’ensemble du pays. Il est aussi mené par une élite influente qui représente les régions. C'est depuis le XIXe siècle que le nynorsk est l'un des symboles du mouvement d’émancipation nationale norvégien. Étant donné que les populations des zones rurales n’ont jamais accepté pas la domination culturelle de la capitale, le mouvement est là pour rester.
Aujourd'hui, le gouvernement norvégien croit que la langue écrite «norvégienne» doit être stabilisée, mais en évitant, autant que possible, les changements fréquents de l'orthographe. Il semble qu'on ait préféré des réformes plus complètes aux réformes annuelles portant sur des problèmes ponctuels. (compréhensives) ou les rajustements annuels de points individuels.
Maintenant que le bokmål est largement majoritaire, avec plus de 80 % de la population norvégienne, le rapport de force joue à son avantage, et ce, malgré le bilinguisme institutionnel. Le bokmål prédomine partout: au Parlement, dans les tribunaux et dans la fonction publique, dans les écoles (même si le nynorsk est obligatoire comme langue seconde), dans les médias. Rappelons encore une fois que le bokmål et le nynorsk constituent deux langues norvégiennes dont l'intercompréhension est relativement facile. Un Norvégien parlant le bokmål est compris par un autre Norvégien parlant le nynorsk; de même, le nynorsk est compris par un locuteur bokmål.
Par ailleurs, on comptait en 2001 quelque 435 municipalités en Norvège, qui appliquaient la politique linguistique. De ce nombre, 164 avait le bokmål comme langue officielle, 116 le nynorsk et 155 étaient «neutres». Cinq municipalités étaient bilingues: Gáivuotna-Kåfjord, Unjárga-Nesseby, Guovdageaidnu-Kautokeino, Deatnu-Tana, Kárášjohka-Karasjok. Deux étaient officiellement trilingues: Porsanger-Porsàngu-Porsanki (nynorsk, same et finnois) et Tana (nynorsk, same et finnois).
4.1 Le législation linguistique
Depuis 1980, le gouvernement norvégien a adopté une législation linguistique. Celle-ci se résume pour l'essentiel à quelques textes: la Loi sur l'usage des langues dans les services publics (11 avril 1980 et amendée le 11 mars 1988), le Règlement sur l'usage des langues dans les services publics (1988), le Règlement sur la langue des questions d'examen (1988). Précisons que la Constitution de la Norvège ne contient qu'une seule disposition linguistique. L'article 92 stipule que, pour être nommé à un poste officiel de l'État, il faut parler la «langue du pays». Ce sont donc les récentes lois linguistiques de 1980 et de 1988 qui régissent l'emploi des langues en Norvège.
La Loi sur l'usage des langues dans les services publics de 1980 proclame officiellement le bilinguisme des institutions norvégiennes (art. 1) et y inclut les municipalités:
| Article 1 La langue bokmål et la langue nynorsk (néo-norvégien) sont des variantes linguistiques de valeur égale et ont un statut égal dans les communications écrites de tous les organismes de l'État, les communes et les municipalités régionales. |
Il existe donc deux langues officielles pour toute la Norvège: la plus courante, le bokmål ou «langue du Livre», et le nynorsk ou «nouveau norvégien». Le same est également officiel dans les régions sames, notamment dans le Finnmark.
4.2 Les services publics
Selon la loi du 11 avril 1980, no 5, sur l'usage des langues dans les services publics, avec ses modifications du 11 mars 1988, tous les services publics doivent fonctionner dans les deux langues, sauf pour les cas prévus par la loi (art. 2):
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Article 2 1) Les services publics sont soumis aux dispositions des articles 3 à 11 au sujet de l'obligation d'utiliser la langue livresque et le néo-norvégien. Toutefois, ces dispositions ne s'appliquent pas:
2) Dans le cas de l'Église de Norvège, l'enseignement et la justice, la loi ne s'applique qu'à la partie administrative des activités. |
Ainsi, ces dispositions ne s'appliquent pas au Parlement, à l'administration interne et à l'Église de Norvège. De plus, lorsque des raisons particulières le justifient, le roi peut soustraire, en tout ou en partie, certains organismes ou certaines activités aux dispositions de la loi (art. 3). Même si tout Norvégien peut utiliser la variante de son choix, le Parlement, l'administration interne de l'État et l'Église de Norvège emploient surtout le bokmål.
Tout individu peut exiger que les organismes communiquent avec lui dans la «variante linguistique» (écrite) de son choix (art. 6); lorsque la préférence linguistique du sujet n'est pas connue, l'organisme est libre d'utiliser la variante qu'elle désire. Les communes et les municipalités régionales peuvent également exiger que le gouvernement communique avec elles dans une «variante linguistique» déterminée ou décider d'être «linguistiquement neutres»; les organismes de l'État doivent alors utiliser la variante linguistique ainsi choisie. Dans leurs communications écrites avec les communes ou municipalités linguistiquement neutres, les organismes de l'État ont le choix de la variante linguistique; le roi peut cependant prescrire la langue à utiliser dans de tels cas. Voici le libellé de l’article 6 de la loi du 11 avril 1980, no 5, sur l'usage des langues dans les services publics, avec modifications du 11 mars 1988:
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Article 6 1) Les organismes de l'État doivent répondre aux communications écrites des sujets de droit privé dans la variante linguistique utilisée par ceux-ci. Lorsque la préférence linguistique du sujet n'est pas connue, l'organisme est libre d'utiliser la variante de son choix. Les sujets de droit privé peuvent exiger d'obtenir des organismes de l'État les dépliants, les formulaires, etc., qui les concernent dans leur variante linguistique préférée. 2) Dans leurs communications avec les municipalités et les municipalités régionales qui ont fait leur choix en vertu de l'article 5, les organismes de l'État doivent utiliser la variante linguistique ainsi choisie. 3) Dans leurs communications écrites avec les municipalités et les municipalités régionales qui sont linguistiquement neutres, les organismes de l'État ont le choix de la variante linguistique. Le roi peut cependant prescrire la langue à utiliser dans de tels cas. |
Les textes qui intéressent plus particulièrement une région géographique doivent être rédigés dans la variante linguistique majoritaire de cette région (art. 8). Dans les régions linguistiquement neutres, ces textes doivent être rédigés dans les deux variantes en alternance de manière à obtenir une répartition acceptable. De toute façon, tous les formulaires et autres documents administratifs doivent être disponibles «dans les deux variantes linguistiques». Tous les organismes centraux de l'État sont «linguistiques neutres», mais ils doivent toujours répondre dans la variante de l'expéditeur.

On peut également consulter l’article 5 du Règlement sur l’usage des langues dans les services publics (1988):
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Article 5 1) La langue de service d'un organisme local de l'État doit être celle qui aura été déterminée par la municipalité qui constitue son territoire de travail. Cette langue doit être utilisée dans les communications écrites avec tous les organismes de l'État. 2) La langue de service d'un organisme régional de l'État doit être la variante majoritaire des municipalités qui constituent son territoire de travail. La détermination de la variante majoritaire doit suivre les dispositions de l'article 7 de la Loi sur l'usage des langues dans les services publics. Dans les communications de l'organisme régional de l'État avec un organisme local, c'est la langue de service de l'organisme local qui doit être utilisée. Dans les communications écrites d'un organisme régional avec les autres organismes de l'État, c'est la langue de service de l'organisme régional qui doit être utilisée. 3) Les organismes centraux de l'État sont linguistiquement neutres. Un organisme central de l'État a le choix de la variante linguistique à utiliser lorsqu'il écrit à un autre organisme linguistiquement neutre. Dans les communications écrites avec un organisme régional de l'État, c'est la langue de service de l'organisme régional qui doit être utilisée. Dans les communications écrites avec un organisme local de l'État, c'est la langue de service de l'organisme local qui doit être utilisée. |
Quoi qu'il en soit, il est possible de déterminer l’implantation géographique du nynorsk au sein des administrations locales. Ainsi, le nynorsk domine dans les régions côtières de l’Ouest. En 2006, dans la province de Sogn og Fjordane (au sud-ouest), toutes les 26 municipalités avaient choisi le nynorsk. Dans la province de Hordaland (au sud-ouest), 30 municipalités sur 33 avaient choisi le nynorsk, les autres ayant décidé de demeurer «neutres» De même, dans la province de Møre og Romsdal (au sud-ouest), 23 municipalités (sur 37) ont préféré le nynorsk, mais deux ont choisi le bokmål et douze sont demeurés neutres. Dans la province de Rogaland (au sud-ouest), douze ont choisi le nynorsk, trois le bokmål et il restait onze municipalités neutres. Cependant, au fur et à mesure qu'on se rapproche des provinces de l’Est (Akershus, Aust-Agder, Oslo, Østfold, etc.) et du Nord (Finnmark, Nordland, Nord-Trøndelag, Troms, etc.), plus la tendance s’inverse à l'avantage du bokmål. Par exemple, la municipalité d'Østfold compte 16 municipalités avec le bokmål, zéro avec le nynorsk et deux neutres. Parmi les 22 municipalités d'Akershus, on trouve 17 avec le bokmål, zéro avec le nynorsk et cinq neutres (voir le tableau en 2.1).
En 2006, sur les 431 municipalités de Norvège, 39,5 % (160 municipalités) ont déclaré vouloir communiquer avec les autorités centrales en bokmål, contre 11,5 % (115 municipalités) en nynorsk, et 49 % «neutres» (156 municipalités). Au total, 240 municipalités ont choisi le bokmål ou le nynorsk (voir le tableau en 2.1). On peut consulter aussi une carte illustrant le statut linguistique des municipalités en cliquant ICI, s.v.p.
4.3 La justice
Dans les cours de justice, tout citoyen utilise la variante de son choix, mais ce droit vaut aussi pour le personnel judiciaire. Ainsi, un citoyen peut utiliser le nynorsk, mais les avocats et/ou le juge peuvent recourir au bokmål. Cela ne cause pas de problème, puisque tous les Norvégiens comprennent les deux variantes linguistiques.
4.4 L’éducation
Dans le domaine de l'éducation, tous les établissements d'enseignement doivent prévoir des examens en bokmål ou en nynorsk (au choix) aux candidats, aux élèves ou aux étudiants. L'établissement peut faire exception si tous demandent la même variante, si les questions d'examen ont une ampleur considérable au plan quantitatif, si la terminologie utilisée dans une variante est inconnue des élèves. Toutes les écoles doivent enseigner la langue seconde, soit le nynorsk ou le bokmål (selon le cas), mais les élèves peuvent remettre leurs travaux dans la variante de leur choix. L’enseignement de l’anglais débute dès la deuxième année du primaire; une seconde langue étrangère est introduite en première année du secondaire, généralement l’allemand ou le français.
Soulignons que la loi donne la possibilité aux parents de choisir la principale langue d’enseignement pour leurs enfants au cours des dix premières années de la scolarité, mais les deux langues doivent être connues par tous. Ce choix de la langue d'enseignement s’effectue par région ou commune au moyen d'un «référendum». L'article 2-5 de la Loi relative à l'enseignement primaire et secondaire (Loi sur l'éducation) de 2005 est très précis à ce sujet:
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Article 2-5 Variantes du norvégien dans les écoles primaires et secondaires du premier cycle
1) La municipalité publie des règlements
concernant quelle variante du norvégien (bokmål ou nynorsk) doit
être la variante du primaire dans une école donnée. La
principale variante du norvégien doit être utilisée pour les cours et
les travaux écrits. À partir de la 8e
année, les
élèves doivent pouvoir décider eux-mêmes quelle variante principale écrite du
norvégien ils vont utiliser. 3) Les parents doivent décider de la variante du norvégien dans les manuels utilisés par les élèves jusqu'à la 7e année incuse. À partir de la 8e année, les élèves décident eux-mêmes quelle variante linguistique ils vont employer. Les manuels employés pour l'enseignement du norvégien doit être dans la variante principale du norvégien.
4)
Dans le cas où au moins dix élèves fréquentant l'une des sept
premières années dans une municipalité souhaitent
recevoir les cours écrits dans une variante linguistique principale autre que
celle décidée par la municipalité, ils ont le droit d'organiser une classe
distincte à moins que cela n'ait pour résultat d'avoir
moins de dix élèves dans la classe ou dans chacune des
classes. Ce droit doit continuer de s'appliquer
tant qu'au moins six élèves restent dans la classe formée après la
partition. Dans le cas où les élèves sont répartis entre
plusieurs écoles de la municipalité, les parents doivent décider à
la majorité simple quelle école offrira les cours dans la variante
linguistique principale concernée. 6) Au cours des deux dernières années du primaire et du secondaire du premier cycle, les élèves reçoivent des cours dans les deux variantes du norvégien. Le Ministère peut publier des règlements concernant l'octroi d'exemption de cours dans la variante secondaire du norvégien pour les élèves qui reçoivent des cours linguistiques spéciaux. 7) En relation avec un changement de variante principale du norvégien ou lorsqu'il est exigé par une majorité du conseil municipal ou au moins un quart de ceux qui ont le droit de vote, un référendum consultatif doit être tenu. Quiconque vit dans un district scolaire et a le droit de vote, conformément à l'article 11 de la Loi sur les élections du 1er mars 1985 a le droit de voter à ce référendum (cf. l'article 8-1). Les parents et tuteurs des enfants fréquentant une école primaire ont le doit de vote sur les questions relatives à la langue écrite des cours, indépendamment de leur domicile ou de leur nationalité. Le Ministère peut émettre de nouveaux règlements. |
Évidemment, les zones mixtes sont le théâtre de véritables campagnes, car chaque communauté veut promouvoir «sa» langue. C'est une situation qui a entraîné de très importantes mobilisations populaires, surtout de la part des défenseurs du nynorsk. Ainsi, la plus importante association de défense du nynorsk est la Noregs Mållag, c'est-à-dire la «Ligue de la langue de Norvège», rien de moins; elle est surtout fortement implantée dans le Hordaland. Quant au bokmål, il possède lui aussi ses défenseurs, dont la Landslaget for språking samling («Ligue nationale pour l’unification de la langue»).
De son côté, le gouvernement norvégien a créé un organisme indépendant et représentatif: le Conseil de la langue norvégienne, le Norsk språkråd og Departementet, qui doit décider, entre autres, des réformes linguistiques en éducation. Le Conseil de la langue norvégienne a notamment pour objectifs :
- de protéger l'héritage culturel que représente la langue norvégienne parlée et écrite, promouvoir les projets visant à augmenter la connaissance de la langue norvégienne, de son histoire et de son caractère distinct, promouvoir la tolérance et le respect mutuel parmi tous les utilisateurs du norvégien dans ses diverses variantes, et protéger le droit de chaque citoyen à l'égard de l'utilisation de la langue norvégienne;
-de conseiller les autorités pour ce qui touche la langue norvégienne, en particulier à l'égard de l'utilisation du norvégien dans les écoles, à la Société de radiodiffusion norvégienne et dans les organismes gouvernementaux, soumettre des énoncés en matière de codification du langage écrit et de la toponymie, et proposer des mesures légales en ce qui a trait à la langue norvégienne;
- d'offrir des services de conseil et d'orientation au public;
-de promouvoir la coopération nordique en matière de culture de la langue et y participer;
-de rendre publics les résultats de ses travaux.
Sur un total de 610 297 élèves fréquentant le primaire en octobre 2002, un proportion de 85 % de Norvégiens allaient dans une école du bokmål (519 528), 14,6 % (89 679) dans une école du nynorsk et 0,17 % (1047) dans une école same. Dans les écoles primaire, les enfants kvènes doivent choisir entre le same ou le bokmål (ou le nynorsk) comme leur langue d'enseignement, car le gouvernement norvégien ne permet pas l'enseignement en kvène.
La langue de l’enseignement destinée aux immigrants fait également l’objet de controverses en Norvège. Beaucoup de Norvégiens croient que le bokmål devrait constituer la seule langue d’enseignement à l’école, tandis que d’autres estiment que les enfants d’origine étrangère doivent bénéficier d’un enseignement à la fois dans leur langue maternelle et en norvégien (bokmål).
Quant aux universités, elles sont libres d'utiliser la variante linguistique de leur choix. La plupart ont décidé de choisir le bokmål, mais certaines universités peuvent décider de favoriser l'une des deux langues. Par exemple, l’Université de Bergen a décidé que 60 % des thèses de doctorat devaient être rédigées en nynorsk. Bien que cette université ait obtenu l’autorisation du Conseil de la langue norvégienne (Norsk Språkråd og Departementet), la presse norvégienne n'en a pas moins protesté et qualifié la mesure de «terreur linguistique».
4. 5 Les effets du bilinguisme institutionnel
Le bilinguisme institutionnel de la Norvège est remarquablement égalitaire et pourrait être présenté comme un exemple de bilinguisme équilibré, du moins «sur papier». En effet, lorsqu'on lit les documents juridiques et que l'on observe les dispositifs administratifs mis en place pour assurer l'égalité des langues, on ne peut qu'être impressionné, surtout lorsqu'on compare la situation norvégienne avec d’autres cas tels que Haïti (français-créole), la Nouvelle-Zélande (anglais-maori) ou Israël (hébreu-arabe). Le bilinguisme institutionnel de la Norvège s'avère exemplaire au plan des symboles de l'État, des communications écrites officielles et des organismes publics, incluant les municipalités.
La Norvège compte un minorité same de quelque 30 000 locuteurs. Aujourd'hui, les Sames jouissent des mêmes droits et des mêmes possibilités que les autres citoyens norvégiens. Au siècle dernier, la Norvège avait pratiqué une politique d'assimilation intensive. C'est pourquoi le gouvernement norvégien a cru nécessaire de se doter d'instruments juridiques spéciaux et d'adopter des mesures économiques spécifiques pour permettre au peuple same de sauvegarder et de développer sa culture, sa langue et ses traditions. La langue same est reconnue localement par les autorités norvégiennes, notamment dans la Constitution et dans la loi du 12 juin 1987 relative au Parlement same. Rappelons que la Norvège a également ratifié la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail, ainsi que la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales.
Le statut juridique des Sames est reconnu, depuis avril 1988, lors d’une modification de la Constitution (article 110a):
| Article 110a Il incombe aux autorités de l’État de créer des conditions permettant au groupe ethnique same de préserver sa langue, sa culture et son mode de vie. |
Ainsi, l'État norvégien est tenu de reconnaître des droits linguistiques aux Sames du pays, notamment dans le Finnmark. C'est pourquoi le gouvernement norvégien a fait adopter l'article 1-5 de la Loi relative au Parlement same et autres questions concernant cette communauté (Loi same):
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Article 1-5 Langue same Le same et le norvégien sont des langues officielles égales. Ils doivent être langues au statut égal, conformément aux dispositions du présent chapitre III. |
5.1 Les services administratifs en same
En vertu de la Loi same, les Sames ont le droit de recevoir des services dans leur langue s’ils résident dans la circonscription administrative same. Les dispositions des paragraphes 2 et 3 de l'article 3-2 de la Loi same répondent à l'obligation de mettre à disposition des formulaires et textes administratifs d'usage courant. Le paragraphe 2 de l'article 3-2 prévoit que les «communications des organismes publics concernant particulièrement tout ou partie de la population same se feront en same et en norvégien». Quant au paragraphe 3, il précise que «les formulaires pour l'emploi concernant un organisme public local ou régional dans le district administratif doivent être disponibles en same et en norvégien».
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Article 3-2 Traduction de règlements, communications et formulaires 1) Les lois et règlements d'intérêt particulier en totalité ou en partie pour la la population same doivent être traduits en same. 2) Les communications des organismes publics qui sont adressées particulièrement en totalité ou en partie à la population dans le district administratif doivent être en same et en norvégien. 3) Les formulaires pour l'emploi concernant un organisme public local ou régional dans le district administratif doivent être disponibles en same et en norvégien. Le roi doit émettre des règlements plus détaillées pour la mise en oeuvre de la présente disposition. |
En conséquence, les organismes nationaux sont tenus de répondre en same aux demandes orales et écrites qui leur sont adressées. Enfin, les autorités permettent aux organismes administratifs de rédiger et de publier des documents en same.
Par ailleurs, les forces de police du district administratif same sont tenues de s'exprimer en same chaque fois que leurs responsabilités l'exigent. Dans le district administratif same, le personnel de chaque commissariat local compte des agents samophones.
En 1998, le Conseil de la langue same a effectué une enquête sur l'utilisation du same dans les organismes publics. Dans ses conclusions, il soulignait que, au sein de ces différents services, l'emploi du same est inférieur à ce que l'on pourrait escompter en vertu des dispositions législatives. Selon le Rapport annuel du Conseil de la langue same de 1998, cette situation découlerait de trois facteurs:
a) une connaissance et une compréhension insuffisantes des textes;
b) très peu de personnel maîtrise la langue same;
c) le manque d'habitude sur le plan de la promotion de l’égalité linguistique.
Le second paragraphe de l'article 3 de la Loi sur la toponymie stipule que les dénominations sames communément utilisées par les autochtones le seront également par l’Administration pour les cartes, les panneaux de signalisation, les registres, etc. L'article 4 de cette loi énonce que l'écriture de ces noms se basera sur leur prononciation locale traditionnelle. Il précise également que l’écriture respectera les règles orthographiques courantes du norvégien et du same. Un montant d'environ 350 millions de couronnes norvégiennes (environ 45 millions de dollars US) est consacré chaque année à soutenir directement, entre autres, diverses activités et institutions sames.
À partir du 1er janvier 2003, le nom du comté de Finnmark est devenu officiellement bilingue (norvégien-same) et approuvé par un décret ministériel : Finnmark / Finnmarkku. L'emploi des deux dénominations est obligatoire dans le cadre de l'administration publique, ce qui inclut les logos, la signalisation routière, etc. Dans tout contexte public où le same écrit et oral est employé, l'usage des dénominations sames est obligatoire.
Le 1er janvier 2005, les autorités norvégiennes ont approuvé les modifications des dénominations bilingues des municipalités de Deatnu/Tana, Gâivuotna/Kâfjord, Guovdageaidnu/Kautokeino, Kârâsjohka/Karasjok et Unjârga/Nesseby. Ces modifications consistent à supprimer le trait d'union et à juxtaposer les versions same et norvégienne du nom des municipalités; le nom same doit figurer en premier dans le cas des municipalités du district administratif same.
5.2 La justice en same
L'article 3-4 du chapitre consacré à la langue dans la Loi same précise les règles de l'emploi du same dans le système judiciaire. Ces dispositions s'appliquent aux cours de justice dont la juridiction s'étend sur tout ou partie de la circonscription administrative same, à la police et aux autorités du ministère public dont la juridiction s'étend sur tout ou partie du même secteur ainsi qu'aux établissements pénitentiaires des provinces de Troms et de Finnmark. Ainsi, le juge peut, sur demande, décider que la procédure soit menée en same. Par ailleurs, toute personne a le droit de s’exprimer en same lors d’une procédure judiciaire.
De plus, le gouvernement norvégien a l’obligation de rendre disponibles en same les textes législatifs qui concernent spécifiquement les locuteurs de la langue same. En effet, l'article 3-2 de la Loi same prévoit que tous les textes et règlements «présentant un intérêt particulier» pour toute la population same ou partie seront traduits en same. De plus, le ministère de la Justice et de la Police ainsi que la municipalité de Tana ont mis en place un programme commun visant à enrichir la terminologie juridique same.
5.3 L’éducation same
En vertu de la Loi same, les citoyens sames ont le droit de recevoir leur instruction en same. L’article 3-8 prévoit que les règles énoncées dans la Loi sur l'enseignement primaire et le premier cycle secondaire s'appliqueront à l'apprentissage du same.
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Article 3-8 Droit de recevoir son instruction en same 1) Quiconque a le droit de recevoir son instruction en same. Le roi peut émettre des règlements plus détaillés concernant la mise en oeuvre de la présente disposition. 2) Les règles contenues et émises conformément à la Loi sur l'éducation primaire et secondaire du premier cycle et la Loi sur l'éducation secondaire du second cycle s'appliquent à l'enseignement dans les établissements primaires et secondaires du same. |
Les parents peuvent demander que leurs enfants reçoivent une éducation bilingue (same-bokmål), mais cet enseignement n’est disponible qu’en bokmål. Pour ce faire, il faut qu’au moins trois enfants (leurs parents ou tuteurs) parlant le same en fassent la demande. Là où il n'y a pas d'enseignants disponibles en langue same, les élèves peuvent recevoir un enseignement à distance.
La loi no 55 du 21 juin 1974, qui régit actuellement le deuxième cycle de l'enseignement secondaire, ne comporte aucune disposition relative à l'enseignement du same dans les établissements de second cycle. Cependant, l'État norvégien assure le financement intégral de certains établissements qui dispensent un enseignement de deuxième cycle secondaire en same. Des fonds publics sont également consacrés aux cours de same proposés au sein des établissements secondaires de second cycle.
Enfin, les conditions d'entrée dans l'enseignement supérieur garantissent aux Sames les mêmes droits qu'au reste de la population. Certains établissements, comme l'Université de Tromsø, fixent des quotas pour les candidats sames.
5.4 Les médias sames
Comme en Finlande, la communauté same dispose d’une station de radio diffusant seulement en same. En réalité, les Sames de Norvège bénéficient d’émissions radiophoniques dans leur langue depuis 1946. La Norsk Rikskringkasting (NRK), la Société norvégienne de radiotélévision, diffuse par la canal Radio-Same des émissions en same. Radio-Same a diffuse en moyenne 1360 heures d’émission en cette langue. La NRK diffuse en moyenne une trentaine d'heures d'émissions télévisées en same.
Des journaux publient des articles en same depuis 1870. Le journal Sami Aigi, fondé à Karasjok, a publié son premier numéro en 1979. Le gouvernement a prévu un financement public pour les organismes de presse en same. Les grands quotidiens nationaux sont publiés en bokmål: Aftenposten, Dagbladet et VG. Quelques quotidiens régionaux, par exemple Bergens Tidende et Stavanger Aftenblad, ainsi que plusieurs journaux locaux utilisent les deux langues norvégiennes. Conformément aux lois et réglementations en vigueur, des subventions sont accordées aux journaux qui s'adressent à la population same de Norvège. Leur montant dépend du nombre annuel de numéros et de pages publiés.
L’affichage n’est pas réglementé, mais les commerçants sames faisant affaire dans les localités à majorité same affichent en same, parfois à la fois en same et en bokmål.
Les Sames disposent de plusieurs organisations les représentant: le Parlement same (Assemblée same), le Conseil de la langue same, le Conseil same de l’enseignement, etc. Le Parlement same, appelé maintenant le Sametinget (comme en Finlande et en Suède), protège les droits du peuple same en Norvège. Le Sametinget, qui semble l’organisme (consultatif) le plus important pour cette minorité, veille à la préservation de la langue et la culture same et s'occupe des questions relatives au statut des Sames comme peuple autochtone en faisant des propositions et en publiant des déclarations. Il décide aussi de la répartition des fonds gouvernementaux destinés aux Sames. Le Sametinget n’a le pouvoir de prendre des décisions que dans le cadre de la Loi same.
Cela dit, la Norvège a été l’un des premiers pays de l’Europe à avoir signé, le 5 novembre 1992, la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, traité qui veut favoriser l'emploi des langues régionales ou minoritaires dans la vie publique, notamment l'enseignement, la justice, les autorités administratives et les services publics, les médias, les activités et équipements culturels, la vie économique et sociale et les échanges transfrontaliers. Dans sa déclaration consignée au Conseil de l’Europe en date du 10 novembre 1993, le royaume de Norvège mentionnait que les locuteurs de la langue same devaient bénéficier des mesures du traité dont l’entrée en vigueur était prévue pour le 1er mars 1998.
5.5 La Convention relative aux peuples indigènes et tribaux
On comprendra que, par souci de solidarité avec les peuples autochtones du monde, le gouvernement de la Norvège ait signé la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux (1989) de l’Organisation internationale du travail (OIT); le Parlement norvégien l’a ratifiée le 19 juin 1990. Ce document d’une grande importante implique 14 États, surtout en Amérique latine; la Norvège constitue, avec le Danemark et les Pays-Bas, les seuls États européens à avoir adhéré à la Convention no 169 de l'OIT.
La Convention reconnaît aux peuples indigènes le droit de jouir pleinement des libertés fondamentales, sans entrave ni discrimination (art. 3). Les dispositions de cette convention doivent être appliquées sans discrimination aux femmes et aux hommes de ces peuples. Les gouvernements des États signataires doivent mettre en place des moyens par lesquels les peuples autochtones pourront, à égalité avec le reste de citoyens de leur pays, participer librement et à tous les niveaux à la prise de décisions dans les institutions électives et les organismes administratifs et autres qui sont responsables des politiques et des programmes qui les concernent (art. 6). L’article 7 reconnaît aux populations concernées le droit de contrôler leur développement économique, social et culturel propre. Les États doivent aussi tenir compte des coutumes et du droit coutumier de ces populations (art. 8). L’article 20 de la Convention oblige les gouvernements à «prendre des mesures spéciales pour assurer aux travailleurs appartenant à ces peuples une protection efficace en ce qui concerne le recrutement et les conditions d'emploi». Les gouvernements doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter toute discrimination entre les travailleurs appartenant aux peuples intéressés.
La partie VI de la Convention est consacrée à l’éducation, donc indirectement à la langue. L’article 26 est très clair sur la possibilité des autochtones d’acquérir leur instruction à tous les niveaux:
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Des mesures doivent être prises pour assurer aux membres des peuples intéressés la possibilité d'acquérir une éducation à tous les niveaux au moins sur un pied d'égalité avec le reste de la communauté nationale. |
Le paragraphe 3 de l’article 27 reconnaît «le droit de ces peuples de créer leurs propres institutions et moyens d'éducation» et que des ressources appropriées leur soient fournies à cette fin. C’est l’article 28 qui semble le plus important en cette matière:
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1) Lorsque cela est réalisable, un enseignement doit être donné aux enfants des peuples intéressés pour leur apprendre à lire et à écrire dans leur propre langue indigène ou dans la langue qui est le plus communément utilisée par le groupe auquel ils appartiennent. Lorsque cela n'est pas réalisable, les autorités compétentes doivent entreprendre des consultations avec ces peuples en vue de l'adoption de mesures permettant d'atteindre cet objectif. 2) Des mesures adéquates doivent être prises pour assurer que ces peuples aient la possibilité d'atteindre la maîtrise de la langue nationale ou de l'une des langues officielles du pays. 3) Des dispositions doivent être prises pour sauvegarder les langues indigènes des peuples intéressés et en promouvoir le développement et la pratique. |
Les États appuieront l'élaboration de programmes scolaires correspondant à la réalité des peuples autochtones et mobiliseront les ressources techniques et financières nécessaires à leur bonne application. Quant à l’article 31, il précise que «mesures de caractère éducatif doivent être prises dans tous les secteurs de la communauté nationale, et particulièrement dans ceux qui sont le plus directement en contact avec les peuples intéressés, afin d'éliminer les préjugés qu'ils pourraient nourrir à l'égard de ces peuples». Dans ces perspectives, il est précisé que «des efforts doivent être faits pour assurer que les livres d'histoire et autres matériels pédagogiques fournissent une description équitable, exacte et documentée des sociétés et cultures des peuples intéressés».
Comme il se doit, les États signataires de la Convention reconnaîtront et établiront des mécanismes pour assurer l'exercice de tous les droits des peuples autochtones, en particulier en ce qui concerne l'éducation, la langue et la culture.
En Norvège, la notion de «minorités nationales» correspond au groupes minoritaires qui entretiennent des «liens durables» avec le pays. Ces groupes doivent appartenir à une minorité et occuper une «position non dominante» dans la société; ils doivent également présenter des caractéristiques ethniques, linguistiques, culturelles et/ou religieuses distinctes, ce qui les différencient du reste de la population norvégienne. De plus, outre le fait d'être de nationalité norvégienne, les personnes concernées doivent avoir la volonté commune de préserver et de développer leur identité culturelle. Selon ces critères, il s'agit pour la Norvège, outre les Sames, des Juifs, des Kvènes, des Tsiganes (Rom et «Romani/Voyageurs» et des Skogfinn, qui possèdent tous une longue histoire dans le pays, car certains groupes y sont présents depuis les XVIe et XVIIe siècles. Toutefois, l'expression «minorité nationale» n’est pas utilisée dans la législation norvégienne. Il n’existe donc pas de définition juridique de ce terme, ni de liste recensant les groupes considérés comme des minorités nationales dans la législation norvégienne. Dans la proposition no 80 (1997-1998) au Storting relative au consentement à la ratification de la Convention-cadre du Conseil de l’Europe du 1er février 1995, les autorités norvégiennes ont conclu que les Sames, les Kvènes, les Skogfinn, les Romani/Voyageurs, les Rom/Tsiganes et les Juifs remplissaient les conditions requises pour être considérés comme des «minorités nationales». En somme, les langues concernées sont le same, le finnois et le tsigane.
Rappelons que, jusqu'au début du XXe siècle, la Norvège a pratiqué à l'égard de ses minorités nationales (incluant les Sames), une politique d'assimilation active. La situation a changé depuis quelques années, surtout depuis que la Norvège a ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (le 1er mars 1998) et la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (le 1er juillet 1999). Les autorités norvégiennes condamnent maintenant les politiques ou les pratiques dont le but est d’assimiler contre leur gré les personnes appartenant aux minorités nationales. Après que la Norvège eût ratifié la Convention-cadre du Conseil de l’Europe pour la protection des minorités nationales en 1999, le ministère du Gouvernement local et du Développement régional a été chargé de coordonner la politique du gouvernement central, en particulier au sujet des minorités nationales.
6.1 La question des tribunaux
Il n’existe pas de réglementation particulière pour les minorités nationales de Norvège, notamment pour le finnois et le tsigane. Selon la section 232 de la loi no 25 du 22 mai 1981 relative à la procédure judiciaire dans les affaires pénales (Loi sur la procédure pénale), les inculpés sont informés de la nature des accusations qui pèsent contre eux et de leur droit de garder le silence. Cette disposition doit être interprétée dans le sens que ces informations doivent être données «dans une langue comprise par les accusés». De plus, la section 2-8 des «Instructions en matière de poursuites» précise que la décision rendue par les autorités d’instruction dans l’affaire jugée doit «être traduite dans une langue comprise par la personne concernée». La section 135 de la loi no 5 du 13 août 1915 relative aux tribunaux (Loi sur les tribunaux) prévoit aussi qu’«un interprète doit être présent lorsqu’une personne qui ne parle pas le norvégien doit participer au procès». La section 304 de la Loi sur la procédure pénale prévoit qu'au moins les arguments du procureur et de l’avocat de la défense doivent être portés à la connaissance de la personne inculpée; l’usage veut que, si celle-ci ne comprend pas le norvégien, le procès tout entier est traduit par un interprète.
Autrement dit, la législation norvégienne ne prévoit que les services de traduction et d'interprétariat pour les membres des minorités nationales. Ceux-ci ont le droit d'utiliser leur langue maternelle, mais ne peuvent exiger d'être compris dans cette même langue par le juge. Il est vrai que ces minorités sont tellement petites qu'ils serait plus difficile de former des juges, surtout pour la langue tsigane; pour le finnois, ce serait déjà plus aisé.
6.2 Les services gouvernementaux
En vertu de la législation norvégienne, tout ce qui n’est pas explicitement interdit est autorisé. Ainsi, il n'existe aucune interdiction portant sur l’utilisation des langues minoritaires dans quelque contexte que ce soit. Cependant, si les individus parlant une langue minoritaire peuvent légalement utiliser leur langue maternelle auprès des services gouvernementaux, les fonctionnaires ou les représentants de l'État ne sont pas tenus de comprendre ces langues ou d'offrir des services dans l'une ou l'autre de ces langues (finnois et tsigane, en l'occurrence).
Comme il n'existe pas de statistiques sur l'origine ethnique des personnes employées dans les services gouvernementaux ou municipaux, notamment en éducation, en santé et dans les services sociaux, il est difficile de se faire une idée du nombre des représentants des minorités dans ces postes. On sait seulement qu'en éducation le nombre des enseignants appartenant aux minorités est peu nombreux et que dans les secteurs de la santé et des services sociaux les quotas de recrutement d'étudiants des groupes minoritaires ne sont guère appliqués.
6.3 L'éducation
Les autorités norvégiennes reconnaissent à chacun le droit d’apprendre sa langue minoritaire. Cela dit, le gouvernement n’a pas l’obligation d’offrir un tel enseignement à toutes les personnes appartenant aux minorités linguistiques, ni à celles appartenant à une minorité nationale. Dans le rapport no 25 (1998-1999) au Storting portant sur l’enseignement de la langue maternelle au primaire et au premier cycle du secondaire, le gouvernement déclare que «l’enseignement doit être adapté aux qualifications de chaque enfant […] et à son origine linguistique», avec comme objectif premier d’offrir à chaque élève une bonne assise pour son développement personnel et son éducation en Norvège. Il est aussi précisé la directive suivante:
| Les élèves reçoivent un enseignement bilingue jusqu’à ce qu’ils aient acquis une connaissance suffisante du norvégien pour pouvoir suivre l’enseignement normal. […] Lorsque cela est possible, la langue maternelle doit être proposée comme matière optionnelle au niveau du premier cycle de l’enseignement secondaire. |
En vertu de cette directive et en conformité avec l'article 2-8 de la Loi sur l’éducation, le ministère de l’Éducation, de la Recherche et des Affaires religieuses a publié des règlements obligeant les municipalités à offrir aux élèves des minorités linguistiques d'abord un enseignement dans leur langue maternelle, puis un enseignement bilingue dans les matières du programme scolaire et ensuite un enseignement spécial en norvégien jusqu’à ce que leur connaissance de cette langue soit suffisante pour leur permettre de suivre le programme normal. L'article 2-8 de la Loi relative à l'enseignement primaire et secondaire (Loi sur l'éducation) prescrit en effet un enseignement bilingue pour les minorités autres que le same:
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Article 2-8 3) Lorsque la langue maternelle et les matières d'enseignement ne peuvent pas être dispensées à la fois dans la langue maternelle et en norvégien par son propre personnel enseignant, la municipalité doit autant que possible prévoir un autre enseignement adapté aux exigences des élèves. |
- Le kvène/finnois
Plus précisément, le règlement no 791 du 16 juin 1997 relatif au programme scolaire primaire et secondaire du premier cycle donne au finnois le statut de «deuxième langue» dans les régions des comtés de Troms et de Finnmark où vit au nord une population kvène/finnoise. Le règlement précise que, lorsqu’au moins trois élèves dans l'une des écoles de ces régions demandent de pouvoir bénéficier d'un enseignement du finnois en tant que « deuxième langue», ils ont le droit d’obtenir satisfaction. La nouvelle Loi sur l’éducation (entrée en vigueur le 1er août 1999) fait de l’enseignement du finnois en tant que «deuxième langue» un droit juridiquement protégé par la loi (articles 2 à 7). Le programme du finnois «deuxième langue» fait partie du programme scolaire officiel pour les dix ans d’enseignement primaire et secondaire du premier cycle. Les élèves doivent passer un examen de finnois standard lors de leur examen final en 10e année (ainsi qu'à la fin du deuxième cycle du secondaire). L’enseignement peut s’appuyer sur des textes écrits en kvène lorsque les conditions locales s’y prêtent. Les élèves qui choisissent le finnois comme « deuxième langue» au primaire et au premier cycle du secondaire peuvent être dispensés de l’enseignement et de l’examen portant sur la forme secondaire du nouveau norvégien (nynorsk).
L'article 2-7 de la Loi relative à l'enseignement primaire et secondaire (Loi sur l'éducation) de 2005 énonce qu'il faut une demande de trois élèves pour accorder des cours en finnois (kvène):
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Article 2-7 Cours en finnois pour les locuteurs du finnois norvégien (kvène) 1) Lors d'une demande par au moins trois élèves de la minorité finnoise (kvène) fréquentant des écoles primaires et secondaires du premier cycle dans le Troms et le Finnmark, les élèves ont le droit de recevoir des cours en finnois. Le contenu de l'enseignement et le temps alloué sont prévus par règlement, conformément aux articles 2-2 et 2-3 de la présente loi. À partir de la 8e année, les élèves décident eux-mêmes s'ils vont recevoir des cours en finnois. 2) Le Ministère peut publier des règlements concernant d'autres variantes de cours conformément au paragraphe 1 lorsque les enseignants de l'école n'ont pas les connaissances de dispenser ces cours. |
Des programmes ont également été prévus pour le finnois « deuxième langue» pour le second cycle du secondaire. Ceux qui ont fait usage du droit d'être dispensés de l'enseignement et de l'examen portant sur la forme du nynorsk peuvent également demander à en être dispensés lors du second cycle du secondaire; dans ce dernier cas, leurs bulletins scolaires portent en lieu et place la mention «a participé».
Par exemple, au cours de l’année scolaire 1998-1999, quelque 700 élèves du primaire et du premier cycle du secondaire, répartis dans 11 des 19 municipalités de la province de Finnmark, ont suivi des cours de finnois «langue seconde». À l’automne 1999, ils étaient 720, répartis dans 14 municipalités. Dans la province de Troms, le nombre d’élèves s’élevait à 204 dans 11 des 25 municipalités pour l’année 1998-1999. À l’automne 1999, ce nombre atteignait 219 élèves répartis dans 10 municipalités.
Toutefois, le gouvernement norvégien admet qu'il subsiste certains problèmes dans l'enseignement du finnois, notamment dans la formation des enseignants et l’accès aux manuels. Le nombre de maîtres qualifiés pour enseigner le finnois paraît insuffisant dans la mesure où les autorités se contentent souvent de recruter des enseignants en Finlande. Présentement, les étudiants d’origine kvène qui suivent un programme de formation des maîtres sont exemptés de l’examen obligatoire portant sur les deux formes du norvégien (le bokmål et le nynorsk) pour la matière norvégienne obligatoire du programme général, s’ils choisissent le finnois comme matière facultative.
Dans l'enseignement supérieur, l’Institut finlandais de l’université de Tromsø offre un programme complet d’études de langue et de culture finnoises allant jusqu’au doctorat. Les étudiants de maîtrise peuvent faire porter leurs recherches sur la langue et la culture kvène. Depuis 1998, l’université propose parfois un cours de kvène sans condition d’accès et réservé en priorité aux étudiants kvène. Cette matière ne serait pas offerte systématiquement parce que l’université manquerait des ressources nécessaires et aussi parce que le nombre d’étudiants inscrits serait trop faible. L'université d’Oslo offre également un programme complet d’études finnoises.
- Le tsigane
La langue des Rom/Tsiganes n’est pas enseignée dans les écoles norvégiennes. Il semble qu'aucune demande n’ait été exprimée à cet égard. Dans son rapport de 1999 au Storting concernant la politique à l’égard des minorités nationales, le gouvernement a annoncé qu’il étudiera la possibilité d’adapter aux besoins éducatifs des Rom/Tsiganes et des Romani/Voyageurs (lesquels se déplacent pendant une partie de l’année scolaire) les technologies de l’information et de la communication en les associant à des réseaux de contact établis au sein des écoles dans les régions concernées.
6.4 Les médias
Les petites minorités nationales de Norvège ne disposent que de faibles ressources financières pour disposer de médias dans leur langue. Heureusement, le gouvernement norvégien alloue des fonds pour venir en aide à ces communautés. Le bureau régional de la Norsk Rikskringkasting (NRK), la Société norvégienne de radiotélévision, diffuse à partir de Troms une émission hebdomadaire de 12 minutes en kvène: nouvelles, reportages et programmes musicaux et culturels. Dans son rapport 1999, le Conseil de la radiotélévision de service public a déclaré que la NRK devrait envisager de prolonger cette émission et de la diffuser sur tout le territoire national. Depuis l'année 2003, les radiodiffuseurs ont produit environ 10 500 heures d'émission de radio locale, dans 21 langues minoritaires.
Dans les médias écrits, les autorités gouvernementales subventionnent le journal kvène Ruijan Kaiku. Ce journal est publié toutes les deux ou trois semaines. Depuis 1995, Ruijan Kaiku a reçu 250 000 couronnes norvégiennes (équivalant à 30 000 $US) sur le budget du ministère des Affaires culturelles. Ce journal constitue un instrument important pour diffuser des commentaires, informations et débats au sein de la communauté kvène. Le montant de la subvention devait passer à 350 000 couronnes norvégiennes (environ 68 000 $US ou 44 000 €) en 2001. La petite minorité kvène ne dispose pas d'émissions radiophoniques ou télévisées dans sa langue; en 2004, le budget était passé à 600 000 couronnes (plus de 115 000 $US ou 75 000 €).
Il faudrait ajouter également un nombre non négligeable d’immigrants. Ceux-ci comptent maintenant un bloc hétéroclite de plus de 100 000 personnes (environ 2 % de la population totale), en provenance du Royaume-Uni, de l’Allemagne, des états-Unis, du Maroc, de la Somalie, du Pakistan, du Sri Lanka, de l’Iran, des Philippines et du Chili. On estime que 70 % des immigrants sont de religion musulmane, alors que l’ensemble des Norvégiens pratique surtout le luthéranisme. Afin d'intégrer les immigrants à la société norvégienne, la Norsk Rikskringkasting (NRK), la Société norvégienne de radiotélévision, diffuse à leur intention une émission de télévision hebdomadaire en norvégien, dont certaines parties sont en langues étrangères (ourdou, vietnamien, turc, etc.). Plus de 200 heures d'émissions radiophoniques en langues étrangères sont diffusée dans une seule année.
Afin de faciliter l'intégration des immigrants, l'État a prévu dans la Loi sur la nationalité norvégienne de 2006 une disposition obligeant les nouveaux arrivants à compléter une formation linguistique suffisante du norvégien ou du same:
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Loi sur la nationalité norvégienne
(1er septembre 2006) Article 8 Condition d'avoir complété une formation linguistique du norvégien Pour les requêtes déposées après que le 1er septembre 2008, les requérants âgés entre 18 et 55 ans doivent nécessairement avoir complété une formation approuvée de 300 heures de la langue norvégienne ou être en mesure de prouver qu'ils ont une connaissance adéquate du norvégien ou du same. Le roi peut, par règlement, prévoir de nouvelles dispositions concernant cette condition d'avoir complété une formation linguistique du norvégien, y compris les exemptions, et la condition concernant une connaissance suffisante du norvégien ou du same. |
Rappelons que le same est une langue officielle au même titre que le norvégien dans le district administratif same.
La politique linguistique de la Norvège comporte des failles, car elle est limitée aux communications écrites officielles. Étant donné que tous les Norvégiens comprennent les deux variétés de la langue norvégienne, l'État n'a pas cru nécessaire d'appliquer la politique de bilinguisme au plan des communications orales. Il en résulte que, dans les faits, le bokmål assure sa dominance sur le nynorsk dans presque toutes les activités sociales et non officielles. De ce point de vue, le bilinguisme se révèle restrictif et le problème de la langue nationale norvégienne n’est toujours pas résolu. En effet, il existe encore deux normes linguistiques correspondant à deux variantes. En vertu de la concurrence entre les langues, le nynorsk est surtout parlé dans l’Ouest et dans le Sud, le reste de la Norvège étant le domaine du bokmål, particulièrement dans les villes.
Cependant, la politique de non-intervention risque d'aboutir, du moins à long terme, à l'unification des deux variantes grâce à l'absorption de l'une (nynorsk) par l'autre (bokmål). L'expérience norvégienne nous permet de constater, une fois de plus, que les langues ne sont pas de simples instruments de communication et qu'il est utopique de croire que l'État puisse intervenir sans tenir compte de la pression sociale et idéologique d'une langue. Néanmoins, plusieurs États bilingues auraient intérêt à s'inspirer de ce modèle en l'élargissant aux communications orales.
Pour ce qui est de la politique concernant la minorité autochtone same, les mesures prévues à cet effet semblent tout à fait convenables et respectent les standards européens en cette matière. Il ne faut pas oublier que la minorité same ne compte que 30 000 à 40 000 individus. Toutefois, les minorités de Norvège affirment être victimes de discrimination, laquelle peut varier d'une communauté à une autre. Les rapports émanant des organisations de minorités nationales et du Centre de lutte contre la discrimination ethnique signalent que les personnes appartenant aux minorités nationales perçoivent la discrimination comme un problème. Mais il n'existe pas de statistiques officielles complètes sur les cas de discrimination raciale en Norvège.
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