|
Nouvelle-ZélandeNew Zealand
|
|
![]() |
La Nouvelle-Zélande est un État insulaire d'Océanie baigné par l'océan
Pacifique-Sud et la mer de Tasmanie. Située à quelque 1600 km au sud-est de l’Australie
et à environ 10 000 km de la côte ouest des États-Unis, la Nouvelle-Zélande s’étire
du 1600 km. Sa superficie terrestre totale, qui est de 270 534 km², se rapproche
de celle du Japon ou des îles britanniques. Le pays comprend deux îles principales: l'île du Nord (115 000 km²) et l'île du Sud (151 000 km²), anciennement l'île Fumante et l'île de Jade. La Nouvelle-Zélande compte aussi une série d'autres petites îles dans le sud-ouest du Pacifique (voir la carte détaillée). Ses voisins les plus proches sont, au nord, la Nouvelle-Calédonie, les Fidji et Tonga, et à l'ouest l'Australie. |
La Nouvelle-Zélande possède aussi des territoires extérieurs qui ont acquis une certaine autonomie politique: l’île Niue, l’île Tokelau et les îles Cook, sans compter quelques îlots ou atolls (Stewart, Auckland, Bounty, Chatham, Antipodes, Kermadec, Campbell et Snares) et un territoire dans l'Antarctique.
Les premiers colons polynésiens seraient arrivés en Nouvelle-Zélande (appelée alors Aotearoa) il y a plus de 1000 ans. Les implantations maories étaient déjà répandues sur la plus grande partie du pays au XIIe siècle. En 1642, le navigateur hollandais Abel Tasman aperçut Aotearoa. Œuvrant pour le compte de la Hollande, Tasman lui donna le nom de «Nieuw-Zeeland». Mais ce n'est que 127 ans plus tard, soit en 1769, qu'un capitaine de la marine britannique, James Cook, devint le premier européen à fouler le sol néo-zélandais. Les insulaires qui habitaient le pays, les Maoris, n’apprécièrent pas trop leurs premiers contacts avec les Anglais. À son retour en Angleterre, Cook fit part de ses découvertes, notamment au sujet des énormes richesses en bois et en poissons. Londres mit au point un plan de colonisation et créa la New Zealand Compagny (1758). Des chasseurs de baleines et des aventuriers s’installèrent dans la région de Bay of Islands au nord de l’île du Nord et y instaurèrent la loi du plus fort. Les affrontement entre Européens et Maoris devinrent si violents que la région eut la triste réputation d’être «le trou d’enfer du Pacifique».
En 1838, un Français, Jean-François Langlois, chasseur de baleine, acheta des terres dans la péninsule de Banks. L'année suivante, la France accorda son autorisation pour fonder une colonie à Akaroa, appelée également Port-Louis-Philippe (en l'honneur du roi Louis-Philippe). En 1840, des colons français, au nombre de 63, fondèrent le premier et seul établissement français de la Nouvelle-Zélande.
2.1 Le traité de Waitangi de 1840
Britanniques et autochtones en vinrent à un terrain d’entente : ce fut le traité de Waitangi. En fait, ce traité fut signé par quelque 500 chefs maoris et le capitaine William Hobson (1792-1842), représentant de la reine Victoria et qui deviendra le premier gouverneur. Le traité déclarait que la Nouvelle-Zélande devenait un territoire britannique, mais garantissait en contrepartie certains droits aux Maoris, notamment des droits de propriété sur «leurs» terres. Le traité de Waitangi fut rédigé à la fois en anglais et en maori, mais il comportait d’importantes différences selon la version. Par exemple, la version maorie ne cédait aux Britanniques que le «droit de gouverner», alors que la version anglaise parlait de «souveraineté» proprement dite. Dans ces conditions, les Maoris et les Britanniques ont interprété le traité en fonction de leurs intérêts respectifs, c'est-à-dire de façon inconciliable. Tandis que les Maoris ont considéré le traité comme une forme de partenariat, les Britanniques l'ont perçu comme la prise en compte d'une nouvelle colonie. Or, le gouvernement britannique n'a jamais ratifié le traité de Waitangi qui, de nos jours, passe pour une «manoeuvre politique frauduleuse», car les chefs maoris n'ont signé que la version maorie.
Par la suite, toutes les décisions politiques des Britanniques se sont fondées uniquement sur la version anglaise du document. Évidemment, le traité de Waitangi n’a pas réussi à assurer quelque paix que ce soit, puisque les conflits commencèrent immédiatement après sa signature. D'une part, Maoris et Britanniques interprétèrent différemment les clause du traité; d'autre part, l'arrivée massive de colons européens mécontenta les Maoris qui subirent ainsi d'énormes pression pour céder leurs terres. Dans les faits, le traité servit à spolier les Maoris de leurs terres. L’entente reconnaissait à l’origine 66,4 millions d’acres de terres aux autochtones, mais 38 ans plus tard il ne leur en restait plus que 11 millions. Les Maoris appelèrent raupatu le mécanisme de dépossession de leurs terres par des moyens qu'ils estimèrent illégaux : c'était d'abord la confiscation pure et simple, puis l'achat des terres à des prix ridicules, suivi de la création forcée des «réserves maories». De plus, les fameuses «réserves maories» étaient contrôlées par des administrateurs de la Couronne afin de promouvoir officiellement l’établissement des Maoris. En général, le gouvernement louait à perpétuité les terres maories aux colons à des prix inférieurs aux taux du marché. Tous les Maoris furent assujettis à la raupatu. Pendant que les Maoris restaient confinés dans l’arrière-pays à une vie de misère, le pays fut colonisé au profit des Britanniques, surtout des Anglais, mais aussi à l’avantage des Écossais, des Irlandais et des Gallois. La population maorie ira en décroissant durant tout le XIXe siècle.
2.2. La Nouvelle-Zélande indépendante
La Nouvelle-Zélande devint un État indépendant de la Grande-Bretagne en 1907, mais le pays resta gouverné par les Britanniques néo-zélandais. Après la Première Guerre mondiale, la «question maorie» refit surface, surtout au cours des années trente, pour s'intensifier au début des années soixante avec le militantisme maori. Les principales revendications des Maoris portaient sur la restitution des terres reconnue dans le fameux traité de Waitangi (1840). En 1975, un tribunal Waitangi fut créé afin d'étudier les revendications maories concernant les terres et leur dédommagement, et de formuler des recommandations à ce sujet. Ce tribunal possédait les pouvoirs d’une commission d’enquête, qui furent renforcés en 1985 par l’adoption du Waitangi Amendment Act («Loi modifiant le traité du Waitangi»). Le tribunal Waitangi était constitué de membres de la magistrature de la Nouvelle-Zélande, d’Aînés et de chefs maoris, ainsi que d'un certain nombre de participants maoris et non maoris. Bien que les recommandations du tribunal ne soient pas exécutoires, elles ont permis de faire avancer le débat. Par exemple, le gouvernement de la Nouvelle-Zélande a reconnu que le système de la raupatu constituait une violation du traité de Waitangi.
Au début des années quatre-vingt-dix, d'énormes portions du territoire néo-zélandais firent l'objet de réclamations auprès des tribunaux. La plupart des litiges concernaient les nombreuses terres appartenant à l'État. En 1994, un accord entre les Maoris de Waikato et le gouvernement permit de régler de nombreux litiges avec des tribus particulières. Cependant, les progrès apparurent fort lents, ce qui fit réapparaître la contestation maorie, cette fois avec une certaine violence. En fait, la contestation maorie a remis en cause les institutions néo-zélandaises en revendiquant la «souveraineté maorie» avec comme point de départ la restitution des «terres spoliées» par les colons britanniques au cours du XIXe siècle. Pour le gouvernement néo-zélandais, le traité de Waitangi ne reconnaissait aucunement un quelconque droit à l'autodétermination, encore moins un droit à la sécession, ce qui remettrait en cause l'existence même du pays.
Finalement, le 22 mai 1994, James Bolger et Dame Arkinui Te Atairangikaahu (reine des Tainu), la plus importante fédération tribale maorie, signèrent un accord réglant les litiges concernant quelque 50 000 hectares de terres saisis illégalement par les colons européens au cours des années 1860. Cet accord comprenait des remboursements ainsi que la restitution des terres contrôlées par le gouvernement d'une valeur estimée à 116 millions de dollars US. En 1995, la reine d'Angleterre, Elizabeth II, offrait ses excuses au peuple maori, tandis que le gouvernement néo-zélandais restituait une bonne part des territoires revendiqués.
Toutefois, la question maorie semble se poursuivre, car les Maoris sont aux prises avec de nombreuses difficultés telles que le taux de chômage élevé, une criminalité peu enviable, l'abandon scolaire généralisé, la violence familiale endémique, etc. Par ailleurs, en raison de leur droit sur les terres issues du traité de Waitangi, les Maoris refusent que le gouvernement adopte une loi garantissant l'accès au littoral à tout citoyen néo-zélandais. Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande s’était engagé à verser un règlement global (connu sous le nom d'«enveloppe fiscale») de l’ordre de un milliard de dollars néo-zélandais, ce qui excluait l’indemnité versée aux tiers. Ce règlement a, lui aussi, fait l’objet d’un litige. Les Maoris considèrent cette somme «artificielle» et «insuffisante». Le gouvernement actuel a fini par supprimer le «plafond» sur les ententes, mais son souvenir constitue encore une menace pour les Maoris.
La population compte 3,5 millions d'habitants et elle est composée majoritairement de descendants d'Anglais, d'Écossais, de Gallois et d'Irlandais (76 %). Lors du recensement de 1991, les Néo-Zélandais de souche européenne ou nés en Europe constituaient 79,5 % de la population, alors que 12,9 % de la population est d’origine maorie ou en partie maorie. Le troisième groupe ethnique le plus important est constitué de Polynésiens (5 %) venus principalement des îles Samoa (samoan), Cook (maori), Niué (niuéen), Tonga (tongau), Tokelau (tokelauan) et des Fidji (fidjien). Suivent quelques petits groupes ethniques dont des Chinois (0,6 %) et des Indiens (0,4 %) et des Vietnamiens (0,4 %). Par ailleurs, quelque 3,5 % des Néo-Zélandais estiment appartenir à deux groupes ethniques ou plus: européen-maori, européen-polynésien, européen-indien-chinois, maori-polynésien, etc.
L'anglais est la langue principale utilisée par la majorité de la population et dans la vie publique. En effet, 92 % des Néo-Zélandais parlent l’anglais comme langue maternelle. Mais la Nouvelle-Zélande est caractérisée notamment par la présence de ses autochtones, les Maoris (ou Tangata Whenua), qui forment 12,9 % de la population. Ils parlent en principe le maori, une langue du groupe malayo-polynésien oriental (sous-groupe océanien) appartenant à la famille austronésienne et apparentée au tahitien et à l'hawaïen.
Sur une population d'environ 310 000 personnes d'origine maorie, seulement 30 000 à 50 000 Maoris parlent encore couramment leur langue polynésienne. Très peu de Maoris sont unilingues maoris, la plus grande partie d'entre eux ne connaissant que l'anglais ou sont bilingues. La plupart des Maoris vivent dans l'île du Nord. En fait, ce territoire fait partie d’un ensemble plus vaste couvrant une grande partie du Pacifique et formant ce qu’on appelé le triangle polynésien, dont les sommets sont Hawaï au nord, l’île de Pâques au sud-est et la Nouvelle-Zélande au sud-ouest.
La Constitution de la Nouvelle-Zélande ne fait aucune référence à la langue. L'anglais n'est proclamé langue officielle dans aucun texte juridique néo-zélandais, sauf dans de vieilles lois anglaises qui ne sont plus en vigueur. Paradoxalement, seule la langue maorie fait l'objet d'une reconnaissance juridique par la Loi sur la langue maorie (Maori Language Act) de 1987. Autrement dit, l'anglais est la langue officielle de facto (selon le fait), le maori est une langue officielle de jure (selon le droit). Ainsi, la Nouvelle-Zélande est officiellement un État bilingue; il reste à voir comment la Nouvelle-Zélande applique son bilinguisme institutionnel.
La Loi sur la langue maorie fait donc du maori l'une des deux langues officielles de la Nouvelle-Zélande. L'article 3 se lit comme suit:
|
Section 3 Māori language to be an official language of New Zealand The Māori language is hereby declared to be an official language of New Zealand. |
Article 3 Il est par les présentes déclaré que la langue maorie est une langue officielle de la Nouvelle-Zélande. |
La loi garantit le droit d'expression en maori dans les tribunaux (art. 4) et établit par l'article 6 le Commissariat à la langue maorie (appelé te Taura Whiri i te Reo Maori). Le Commissariat a pour objectif de promouvoir la langue maorie en tant que "langue du quotidien". Aujourd'hui, même si peu de gens parlent le maori, tous les discours officiels commencent par quelques mots de maori, avant de passer définitivement à l'anglais que tout le monde comprend et parle partout au pays.
Les débats au parlement de Wellington se déroulent toujours en anglais, mais les quelques députés maori (six sur 92 en 1987) utilisent parfois leur langue ancestrale. Depuis 1987, la langue maorie a été admise dans les débats du Parlement et un service de traduction simultanée (vers l'anglais seulement) est disponible sur demande. Cependant, les lois ne sont rédigées et promulguées qu'en anglais. Elles ne sont jamais traduites, à l'exception de la Loi sur la langue maorie qui a été rédigée en version anglaise et en version maorie.
Pourtant, la Loi du traité de Waitangi (Treaty of Waitangi Act) de 1975 plaçait l'anglais et le maori sur un pied d'égalité de statut au Parlement. Rappelons que cette loi offrait aux Maoris un moyen juridique de demander réparation en justice et de faire entendre leurs revendications au sujet de leurs terres spoliées. Désormais, grâce à la Loi du traité de Waitangi, le point de vue maori est considéré comme une composante normale de tout débat public sur la planification et la répartition des ressources. En 1996, Sir Robin Cooke, le président de la Cour d'appel de la Nouvelle-Zélande, a décrit le Traité de Waitangi comme étant «simplement le document le plus important de l'histoire de la Nouvelle-Zélande».
En réalité, le seul droit spécifiquement reconnu par la loi concerne la langue des tribunaux (articles 4 et 5). Dans les tribunaux, les langues autorisées sont l'anglais et le maori (à l'oral seulement); toute autre langue est possible avec l'aide d'un interprète en cas de force majeure.
|
Section 4
Right to speak Māori in legal proceedings 1) In any legal proceedings, the following persons may speak Māori, whether or not they are able to understand or communicate in English or any other language:
2) The right conferred by subsection (1) of this section to speak Māori does not---
3) Where any person intends to speak Māori in any legal proceedings, the presiding officer shall ensure that a competent interpreter is available. 4) Where, in any proceedings, any question arises as to the accuracy of any interpreting from Māori into English or from English into Māori, the question shall be determined by the presiding officer in such manner as the presiding officer thinks fit. 5) Rules of Court or
other appropriate rules of procedure may be made requiring any person
intending to speak Māori in any legal proceedings to give reasonable
notice of that intention, and generally regulating the procedure to be
followed where Māori is, or is to be, spoken in such 6) Any such Rules of
Court or other appropriate rules of procedure may make failure to give the
required notice a relevant consideration in relation to an award of costs,
but no person shall be denied the right to speak Māori in any legal
proceedings because of any such failure. Section 5 Effect of recognition Nothing in section 3 or section 4 of this Act shall ---
|
Article 4 Droit de parler le maori dans le cadre d'actions en justice 1) Dans toute action en justice, les personnes suivantes peuvent parler le maori, quelles soient ou non capables de comprendre l'anglais ou de communiquer dans cette langue ou dans toute autre langue:
2) Le droit conféré par le paragraphe 1) du présent article de parler le maori ne donne pas droit:
3) Lorsqu'une personne a l'intention de parler maori dans le cadre d'une action en justice, la personne présidant l'audition devra s'assurer qu'un interprète compétent est disponible. 4) Lorsque, dans une action en justice, on met en doute la précision de l'interprétation du maori à l'anglais ou de l'anglais au maori, la question sera réglée par la personne présidant l'audition au meilleur de sa compétence. 5) Un règlement de cour ou une autre règle de procédure appropriée peut être établi pour exiger que toute personne ayant l'intention de parler en maori dans le cadre d'une action en justice fasse connaître son intention dans des délais raisonnables, et pour indiquer d'une manière générale la marche à suivre lorsqu'au cours d'une telle action en justice on parle maori ou on a l'intention de le faire. 6) Tout règlement de cour ou règle
de procédure approprié de cette nature peut faire du défaut
de l'avis requis une considération importante en ce qui concerne
l'établissement des coûts, mais personne ne peut se voir retirer
le droit de parler maori dans une action en justice en raison d'un tel
défaut.
Effet de la reconnaissance Nulle disposition des articles 3 ou 4 de la présente loi ne devra:
|
Aux termes de la loi, toute personne peut s'exprimer en maori, et ce, qu'elle soit capable ou non de parler en anglais ou dans une autre langue. Lorsqu'un Maori décide d'exercer son droit linguistique, la cour doit recourir à un interprète si le juge ne comprend pas la langue.
Toutefois, la loi ne confère pas aux Maoris le droit de s'adresser par écrit à la cour ni celui de recourir à des témoins en maori. À l'usage, seul l'anglais est employé et le maori est utilisé de façon très restreinte. De toute manière, le juge ne rend ses sentences qu'en anglais. Le statut de l'anglais dans les tribunaux est défini dans l'une des plus anciennes lois de la Nouvelle-Zélande, la Loi sur les lois anglaises (English Laws Act) de 1908; le statut du maori est défini dans la Loi sur la langue maorie, dans la Summary Proceeding Act (1957) ainsi que dans certains règlements (District Court Rule 346 et High Court Rules no. 62-64). Il semble bien que les droits reconnus dans les lois et règlements de la Nouvelle-Zélande soient quasi symboliques pour la minorité maorie dont la langue est pourtant reconnue officiellement.
L'administration du pays ne fonctionne qu'en anglais, que ce soit dans la gestion interne entre employés ou dans les services aux citoyens. Quelques municipalités de l'île du Nord peuvent communiquer en maori, mais il s'agit là d'une pratique peu étendue. Pourtant, le Commissariat à la langue maorie, qui a pour fonction de promouvoir l'usage du maori dans tous les services gouvernementaux, fait de nombreux efforts pour encourager les Maoris à demander des services dans leur langue.
Il semble que beaucoup de Maoris eux-mêmes hésitent à le faire parce qu'ils auraient alors l'impression de solliciter un privilège. En réalité, comme l'offre ne précède pas la demande, il faut que les Maoris exigent expressément le bilinguisme pour se voir offrir un service dans leur langue, ce qui, semble-t-il, demanderait beaucoup de courage dans la mesure où les ressources humaines en langue maorie sont limitées. Toutefois, dans les quelques municipalités où les Maoris sont concentrés, les services bilingues sont moins difficiles à obtenir.
Soulignons que la prestation des services publics aux Maoris n’est pas assurée par des ministères particuliers, mais par des organismes qui desservent l’ensemble de la population indigène. Cette approche, appelée mainstreaming (ou «intégration»), se révèle très différente des politiques antérieures, alors qu’on avait eu recours à des organismes distincts de service maoris. Le rôle du ministère du Développement maori consiste à présenter les problèmes des Maoris aux organismes de prestation des services gouvernementaux. Le Ministère collabore avec les iwi, les hapu et d'autres organisations maories afin de déterminer les besoins particuliers et de formuler des recommandations.
Dans le domaine de l'enseignement, l'anglais est obligatoire de la maternelle à l'université. Les Maoris peuvent recevoir un enseignement dans leur langue à la maternelle et au premier cycle du primaire (trois premières années) seulement, mais les écoles maories sont rares et disponibles seulement dans les régions où la minorité est concentrée. Quoi qu'il en soit, l'anglais est incontournable puisque les cours de mathématiques et les cours d'anglais sont dispensés uniquement dans cette langue. De plus, la pénurie du matériel pédagogique en maori et le manque de professeurs (seulement 4 % sont maoris) capables d'enseigner cette langue rendent l'enseignement du maori peu accessible. Les élèves dont la langue maternelle est l'une des langues polynésiennes ou une langue d'une autre communauté linguistique ont également les mêmes possibilités d'utiliser leur propre langue dans le cadre de leur scolarité.
Au secondaire, il n'y a ni écoles ni cours en langue maorie; les professeurs sont libres toutefois de donner des cours sur la culture et l'histoire maorie. Le ministère de l'Éducation prépare du matériel pédagogique qu'il distribue dans les écoles afin de favoriser ce type d'enseignement. Mais le Ministère veut également promouvoir le caractère multiculturel de la Nouvelle-Zélande; il en résulte que les éléments reliés à la culture maorie sont souvent noyés dans les contenus propres aux cultures européennes, polynésiennes et asiatiques. Bref, le système établi en Nouvelle-Zélande vise moins à assurer la survivance de la langue et de la culture maorie qu'à promouvoir une éducation bilingue transitoire afin que les Maoris puissent s'intégrer à la majorité anglophone du pays.
Dans le monde du travail, particulièrement le monde des affaires, l'anglais est presque exclusivement utilisé. La visibilité du maori est marginale, on ne le perçoit que dans l'affichage administratif, surtout dans les municipalités maories, au ministère des Affaires étrangères et à la Bibliothèque nationale. La signalisation routière est en anglais seulement. La plupart des noms de lieu de la Nouvelle-Zélande portent des noms maoris. Le National Geographic Board, qui détient une autorité absolue sur l'usage officiel des noms de lieu, n'accepte pas le principe d'une toponymie bilingue. Sur les plaques odonymiques (noms de rues), beaucoup de dénominations spécifiques sont en langue maorie, mais le terme générique est toujours en anglais (p. ex., Kowhai Road). Les enseignes et la publicité commerciale ne paraissent qu'en anglais, à l'exception des boutiques à vocation touristique où le japonais et le chinois sont présents. Enfin, si les règlements ponctuels et les consignes relatives à la sécurité ne paraissent qu'en anglais, certaines agences gouvernementales publient assez souvent des dépliants destinés au grand public non seulement en maori, mais également en samoan, en niuan (île Niue), en tokelauan (île Tokelau), etc.
Le degré de satisfaction des groupes minoritaires est plutôt élevé dans le cas des immigrants, souvent trop heureux de s'intégrer à la majorité anglophone du pays. Par contre, les Maoris se déclarent tout à fait insatisfaits des droits qui leur sont reconnus. Ils revendiquent beaucoup plus de services dans leur langue, particulièrement dans l'administration, la justice, l'enseignement et le milieu de travail. Plusieurs demandent une nouvelle loi sur la langue maori qui transposerait leurs droits dans les faits et les étendrait dans diverses domaines, particulièrement à l'école.
De plus, ils ne veulent plus que leurs droits ne leur soient concédés que seulement s'il y a une demande expresse. Les leaders de la communauté maorie désirent que l'usage du maori soit étendu à tout le système scolaire et disponible à tout élève maori, que plus de ressources humaines soient consacrées à la formation des professeurs et que le ministère de l'Éducation prévoit des programmes complets en langue maorie. Enfin, on demande une extension des émissions de radio et de télévision en maori (consulter à nouveau la Loi sur la langue maorie).
![]()
Dans l'état actuel des choses, on peut estimer que les droits reconnus aux Maoris sont tellement restreints qu'ils deviennent presque symboliques, à l'instar des discours politiques qui commencent toujours par quelques mots en maori. Ces droits ne sont pas suivis d'une véritable politique de promotion de leur langue ancestrale. De plus en plus de Maoris veulent apprendre celle-ci pour retrouver leur identité. Étant donné que le nationalisme maori est en hausse constante depuis quelques années, le gouvernement néo-zélandais serait mal venu d'ignorer ces demandes, puisqu'elles s'avèrent des plus légitimes. Le statut de langue officielle du maori ne se vérifie pas dans les faits, puisqu'il correspond plutôt à celui des droits nettement différenciés en faveur de l'anglais.
Il semble, en définitive, que le maori soit devenu plus un
symbole qu'une question d'égalité entre citoyens. Les stratégies de marketing
et de promotion du tourisme néo-zélandais se réclament toutes des traditions
maories, mais en autant que tout reste dans le domaine du folklore (visages
tatoués et danses maories).
|
Île Cook - Île Niue - Île Tokelau