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Présentation

Table des matières

Résumé

L'équipe du Trésor de la langue française au Québec a été constituée dans les années 1970 dans le but de créer une infrastructure scientifique pour la recherche sur le français québécois. Dans cette perspective, l'équipe a réuni une riche documentation destinée à fonder une entreprise d'explication historique de cette variété de français et a publié de nombreux ouvrages et articles sur cette thématique. La recherche prend en compte également, dans une certaine mesure, les français de l'Acadie, de l'Ontario, de l'Ouest canadien, de la Nouvelle-Angleterre, du Missouri et de la Louisiane.

Dès le début des années 1980, le TLFQ a reconnu la nécessité de diffuser le fruit de ses recherches au-delà du cercle des spécialistes. En mars 1982 était ainsi lancée, dans la revue Québec français, une chronique de langue qui continue d'intéresser les lecteurs. Cette ouverture vers le grand public s'est confirmée à travers des émissions de radio et de télévision, des conférences, des interventions publiques et un service de consultation dont ont bénéficié de nombreux organismes et individus. Les projets actuels tiennent compte de la nécessité de tenir un discours qui soit largement accessible.

Parmi les intervenants dans le domaine de la langue au Québec, le TLFQ représente un point de vue original s'inspirant d'une approche anthropologique où la langue est considérée comme un bien culturel. C'est donc la dimension patrimoniale du français québécois qui est mise en évidence dans cette perspective. Les résultats de la démarche du TLFQ permettent d'envisager dans un esprit plus serein et sur la base d'une documentation objective la question de la standardisation de la langue et celle des différences avec le français de France.

Le TLFQ est devenu une référence dans le monde francophone pour toute question relative à la variation régionale de la langue et à la lexicologie du français. C'est un centre de formation où des étudiants, des professeurs et des chercheurs de tous horizons viennent se documenter sur le français nord-américain, compléter leurs connaissances en linguistique ou s'initier à la méthodologie des bases de données. La réalisation principale du TLFQ est le Dictionnaire historique du français québécois (1998). Ses autres apports à la lexicographie concernent surtout des ouvrages grand public : contributions au Dictionnaire du français Plus (1988), au Dictionnaire universel francophone, au Dictionnaire du français acadien (1999), au Petit Larousse (éd. de 2001 à 2006). Le TLFQ a ainsi joué un rôle de leader dans le développement de la lexicographie comme discipline au Québec.

Depuis la fin des années 1990, le TLFQ dirige un important projet de bases de données lexicographiques (BDLP) sur Internet auquel participent des équipes de vingt-deux pays ou régions de la francophonie (vingt bases sont en ligne). Son imposant fichier lexical est également en voie de numérisation et comprenait, en mars 2010, plus de 400 000 citations rendant compte de l'évolution de la langue, dans ses divers usages, depuis l'époque de Jacques Cartier jusqu'à nos jours. Ces réalisations, qui mettent à profit les possibilités du multimédia, illustrent la volonté de l'équipe de diffuser ses données de la façon la plus efficace possible.

Historique

Le projet du TLFQ s'inscrit dans une tradition de recherche sur le français du Québec à l'Université Laval. Mentionnons les travaux de la Société du parler français au Canada, qui ont conduit à la publication du Glossaire du parler français au Canada, ceux de l'équipe de Gaston Dulong et de l'équipe de Thomas Lavoie, qui ont donné lieu à des répertoires des usages traditionnels sur le territoire du Québec et des régions voisines. Par rapport à ces travaux fondateurs, l'entreprise du TLFQ vise un objectif plus large : celui de proposer une synthèse historique du français québécois illustrée principalement à travers son vocabulaire.

L'idée de ce projet ambitieux a été lancée par Marcel Juneau au début des années 1970. Juneau s'est rapidement entouré d'une équipe d'étudiants avec lesquels il a exploré la langue des documents anciens. En collaboration avec Micheline Massicotte et Claude Poirier, il entreprend de constituer un fichier lexical représentatif des usages caractéristiques du français au Québec depuis l'époque de la colonisation jusqu'à nos jours. S'ensuit une intense période de dépouillements de journaux, de textes littéraires et scientifiques, de manuscrits de radioromans et de téléromans, d'enregistrements oraux, etc. avec l'aide d'une équipe d'auxiliaires de recherche qui ont construit l'essentiel du fichier du TLFQ entre 1977 et 1983. Ce fichier papier contient aujourd'hui plus de 1 200 000 citations.

Au début des années 1980, Claude Poirier prend la relève à la direction de l'entreprise et, sous sa direction, un volume de présentation de l'ouvrage est publié en 1985 par un groupe de professeurs et de collaborateurs qui s'est constamment renouvelé depuis les années 1970. La conception de l'ouvrage a continué à évoluer et, en 1998, une première édition du Dictionnaire historique du français québécois était publiée. L'Équipe du TLFQ a, au cours de son cheminement, bénéficié de l'appui de chercheurs de diverses disciplines et de divers pays.

L'Équipe actuelle

En 2011, l'équipe du TLFQ se compose de deux professeurs et de deux professionnels de recherche. Des étudiants apportent en outre une contribution quand le financement le permet. L'équipe bénéficie de l'encadrement administratif du Centre interdisciplinaire de recherches sur les activités langagières. Membres principaux :

  1. Aline Francoeur, professeure de linguistique, directrice
  2. Claude Poirier, professeur associé, chercheur
  3. Myriam Côté, documentaliste, chargée de formation pour la BDLP;
  4. Jean-François Smith, linguiste-informaticien et webmestre.

Le TLFQ compte en outre un membre associé, Jacques Leclerc, auteur d'un site reconnu mondialement sur l'aménagement linguistique, hébergé sur notre serveur.

Le centre de documentation

Depuis les années 1970, l'Équipe du TLFQ a créé un laboratoire de recherche sur le français québécois et nord-américain qui abrite une documentation dont on ne trouve nulle part l'équivalent. Répartie dans plusieurs salles, la documentation papier se compose d'un imposant fichier d'exemples couvrant les usages du français au Québec depuis le 16e siècle et d'une bibliothèque spécialisée riche de plus de 15 000 titres. Mais le fonds se compose aussi de bases de données qui sont ouvertes à la consultation sur Internet. L'ensemble de ce fonds a valeur de patrimoine linguistique puisqu'il représente les Archives linguistiques du Québec.

Parmi les bases de données, le Fichier lexical et la Base de données lexicographiques panfrancophone (BDLP) sont celles qui sont les plus fréquentées par les internautes, ce qui confirme la pertinence de la démarche du TLFQ. Ces bases représentent en effet deux étapes de cette démarche. Dans un premier temps, il a fallu construire un vaste réservoir d'exemples qui alimenterait la recherche sur l'histoire du français du Québec, d'où les travaux de dépouillements qui ont abouti à la création du Fichier lexical. C'est ce fichier qui a rendu possibles le dictionnaire historique et la Chronologie commentée du français québécois qui sont deux des projets prioritaires du TLFQ. Les données du Fichier renseignent sur nos usages et permettent de faire le point sur notre identité linguistique.

L'intérêt de la BDLP-Québec, en plus du fait qu'elle livre des explication sur les mots à partir d'une analyse des données du fichier, est qu'elle peut être mise en rapport avec d'autres bases concernant les usages d'autres pays ou régions de la francophonie. Elle permet donc de faire le point sur nos rapports avec les autres francophones. La comparaison des usages permet de constater que la situation du Québec, même si elle est particulière du point de vue politique dans le contexte nord-américain, n'est pas une exception au sein de la francophonie : toutes les communautés francophones possèdent des usages qui leur sont propres. Le fait que le projet de la BDLP ait jusqu'ici attiré des équipes d'une vingtaine de pays ou régions de la francophonie montre bien que la question les concernait également. À mesure qu'elle se développera, la BDLP fera en outre la preuve que les caractéristiques d'une communauté sont souvent partagées avec une ou plusieurs autres. Ainsi, marier au sens d'" épouser " n'est pas limité au Canada : le mot se dit en Belgique, dans une partie de la France et dans tous les pays de l'Afrique francophone. On doit en conclure que cet emploi n'est pas attribuable à l'anglais, malgré tout ce qu'on a écrit à ce sujet au Québec depuis le 19e siècle. En somme, la BDLP instaure un dialogue entre les Québécois et les autres francophones du monde et contribue à faire disparaître le mythe du français 'langue uniforme et invariable' par rapport auquel les Québécois seraient les seuls à se distinguer.

L'approche du TLFQ

L'Équipe a fait le choix de traiter en priorité les emplois caractéristiques plutôt que tout le lexique. Ce choix s'explique par les raisons suivantes : a) urgence d'étudier les mots qui n'avaient jamais fait l'objet d'un article de dictionnaire, cette lacune rendant impossible la vérification par les individus de leur usage personnel par rapport à celui de la communauté et favorisant la prolifération de préjugés; b) absence de consensus concernant la norme du lexique, ce qui invitait à documenter les mots proprement québécois pour être en mesure de les évaluer.

La dimension historique était essentielle également compte tenu que le français en Amérique du Nord a connu une évolution distincte : cette histoire devait être documentée comme dans le cas de toute langue normale. Cet argument vaut à plus forte raison dans le cas du français québécois qui est la langue usuelle et officielle d'une communauté de plus de sept millions de locuteurs. La variété québécoise est en outre celle qui a connu la plus grande diffusion à l'extérieur du Québec (Ontario, Ouest du Canada, Nouvelle-Angleterre, Floride, Californie). En faveur de l'approche historique, on peut rappeler encore que la plupart des jugements (favorables ou défavorables) qui ont été portés sur le français du Québec reposent sur des arguments liés à la formation de la langue (provenance des emplois, liens avec l'anglais, etc.). Or ces arguments, qui ne peuvent s'appuyer sur aucun ouvrage de référence rigoureux et complet, sont souvent mal fondés.

Cette double orientation étant précisée, il restait à déterminer sous quel angle la description du lexique serait réalisée. D'autres équipes ou organismes abordent la question de la langue d'un point de vue politique ou d'un point de vue correctif. Le choix qu'a fait le TLFQ est de se concentrer sur le vocabulaire et de traiter les mots comme étant des objets culturels. Les historiens considèrent que les objets physiques, ceux qu'on place dans des musées, peuvent renseigner sur les pratiques anciennes et, indirectement, sur l'évolution de la société et de ses valeurs. À plus forte raison en est-il des mots dont l'étude peut aider à comprendre comment s'est constituée notre conscience collective et à dégager les caractéristiques fondamentales de notre identité.

L'étude d'ensemble que mène le TLFQ sur ces aspects s'appuie sur des analyses d'évènements anciens (par ex. le remplacement du symbole de la feuille d'érable par celui de la fleur de lis, au milieu du 19e siècle) et sur l'observation des attitudes actuelles, par ex. les réactions du public aux recommandations des organismes linguistiques. On constate ainsi que le peuple n'est pas opposé à la standardisation de la langue, mais il résiste quand il a le sentiment, à tort ou à raison, qu'on cherche à le dépouiller de son identité.

La langue courante continue de faire vivre une foule de mots, de locutions et d'expressions qui, au-delà de leur utilité actuelle, sont susceptibles de nous renseigner sur le passé et la construction de notre personnalité collective : ce sont des objets culturels vivants qui témoignent mieux de notre identité que les objets inertes, dans la mesure où on sait les interpréter. À cet égard, il faut reconnaître que la langue familière est une source presque inépuisable d'enseignements. On peut faire parler un mot comme godendart, qui se dit aujourd'hui d'une grande scie traditionnelle mais qui désignait à l'origine une arme de guerre redoutable, ou encore la prononciation galfeter pour calfater, que l'on relève déjà dans les écrits de Jacques Cartier. Dans cette optique, même une expression populaire comme être habillé comme la chienne à Jacques est un objet culturel : elle livre un témoignage éclairant sur nos racines..

Les travaux du TLFQ visent à faire avancer la réflexion sur la dimension sociale de la langue et à diffuser des données bien documentées afin que notre société puisse faire des choix éclairés par les faits et éviter les préjugés. Les principes sur lesquels s'appuie sa démarche concernent la conception qu'on doit se faire du français québécois, la reconnaissance du caractère légitime de notre façon de parler et la nécessité de rendre les Québécois personnellement responsables de leur langue.

La formation des chercheurs

Depuis le début du projet du TLFQ, 54 étudiants ont déposé un mémoire de maîtrise et 7 une thèse de doctorat. Deux autres doctorats sont en préparation. Plusieurs de ces mémoires et thèses ont été réalisés en collaboration avec des professeurs d'autres universités ou d'autres départements de l'Université Laval. La presque totalité de ces études reposent sur la documentation du TLFQ et la méthodologie qui y a été mise au point.

Une formation en lexicologie et en lexicographie a en outre été donnée à près de deux cents étudiants ayant travaillé plus d'un an au sein de l'Équipe (le Dictionnaire historique du français québécois donne la liste de ces collaborateurs jusqu'en 1998). De ce nombre font partie, outre les étudiants à la maîtrise et au doctorat qui ont été dirigés par des professeurs membres du TLFQ, vingt-cinq étudiants dirigés par d'autres professeurs de la Faculté des Lettres et qui ont ainsi trouvé un financement pour des études de 2e ou de 3e cycles. Ces étudiants avaient, pour la plupart, été initiés à l'étude du français québécois dans le cadre du cours Le français en Amérique du Nord qui s'appuie sur la recherche du TLFQ.

Il faut compter également, au chapitre de la formation, les 127 stagiaires qui sont venus au TLFQ pour des séjours de recherche variant d'une semaine à plusieurs mois. La presque totalité de ces chercheurs, étudiants ou professeurs, étaient d'origine étrangère.

Les publications

Les travaux scientifiques de l'Équipe du TLFQ portent surtout sur le lexique envisagé du point de vue de l'évolution de la langue : origines des québécismes, comparaison du français québécois et du français de France, rapports avec l'anglais, formation ide la conscience linguistique. Le Dictionnaire historique du français québécois illustre la méthode pratiquée par l'Équipe. Des études traitent en outre de la prononciation examinée également dans une perspective historique. La première publication scientifique d'importance a d'ailleurs été la synthèse de Marcel Juneau sur l'histoire de la prononciation française au Québec. Outre cet ouvrage, plusieurs des textes produits au TLFQ servent de référence dans le milieu universitaire, au Québec et à l'étranger.

La section des Publications regroupe l'ensemble des textes publiés par l'Équipe, classés par catégories. En consultant cette section, on remarquera que l'Équipe a produit un bon nombre de textes de vulgarisation, qu'elle a contribué à plusieurs dictionnaires destinés au grand public (Dictionnaire du français plus, Dictionnaire universel francophone de Hachette, Le Petit Larousse) et qu'elle a participé au débat sur la norme du français.

Les services à la collectivité

Le TLFQ reçoit régulièrement des visiteurs et des demandes de renseignements sur le vocabulaire de la part d'enseignants, de chercheurs, de professionnels de la langue et du grand public. Certains organismes font appel à nous pour la préparation de dossiers. Des journalistes ou recherchistes, représentant des périodiques, des journaux et des stations de radio et de télévision, sollicitent notre avis. Notre centre a reçu la visite de personnalités, comme Mme Jeanne Sauvé, gouverneur général du Canada, et le secrétaire de l'Académie française, M. Maurice Druon.

Les projets en cours

Les quatre projets présentés ici sont étroitement liés. Chacun est un produit distinct, mais ils s'alimentent l'un l'autre, la BDLP-Québec représentant, en quelque sorte, l'aboutissement de la démarche. L'ensemble de ces produits constitue, avec la bibliothèque du TFLQ, les Archives du français québécois. La France possède un très grand nombre de fichiers, d'ouvrages et de bases de données qui renseignent sur l'évolution du français dans ce pays. Le Québec ne dispose pour l'instant d'aucun fonds comparable documentant l'histoire du français sur son territoire. L'objectif principal du TLFQ depuis les années 1970 est de combler cette lacune afin que la réflexion sur le français du Québec puisse dorénavant se fonder sur des données objectives.

Le financement

Le projet du TLFQ a véritablement démarré en 1977 grâce à une subvention concertée (Université Laval - Conseil de recherches en sciences humaines du Canada) qui a couvert une période de 20 ans s'étant terminée en juin 1997. Le ministère de l'Éducation du Québec a pris la relève de 1999 à 2004. De 2005 à 2009, le TLFQ a mis l’essentiel de ses énergies dans une opération de numérisation de son Fichier lexical, financée par le Secrétariat à la politique linguistique du gouvernement du Québec. La recherche proprement dite n'a été assurée que par un appui financier de l'Université Laval et, depuis avril 2007, par une modeste subvention triennale du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour la préparation du dictionnaire. L'Équipe est donc à la recherche d'un financement qui lui permettrait de faire avancer ses projets, et surtout de terminer le Dictionnaire historique du français québécois. Il restera à trouver une formule qui garantira la conservation du fonds d'archives et une source de financement qui en assurera dans l'avenir l'exploitation dynamique par les chercheurs et les étudiants.